‹ Charlotte de Corday et les Girondins (volume 2)Chapitre 13 sur 174 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

DANTON, ROBESPIERRE, BARRERE.

DANTON

Elî bien! pour nos projets qu'avez-voiis fait d'utile? Aurons-nous le Sénat, le peuple est-il tranquile? Nos collègues vont-ils se rendre dans ces lieux ?

Aux termes des décrets commandés par nos vœux , Qui laissent sans reserve à notre surveillance, Et le sort du Sénat et celui de la France, Tout grand conspirateur devant nous est traduit. Mais le peuple en tous lieux a droit d'être introduit; Et cette loi gênante, en cet instant d'orage. Peut faire à nos projets perdre quelqu'avantage. L'assassin de Marat va bientôt être admis; Le droit de l'accuser à nos soins est commis; Les juges sont à nous , et tout accroît leur zèle : Mais tout son vil parti doit tomber avec elle; Et le peuple, agité par un si grand combat, Va se rendre aux Proscrits, s'il ne venge Marat. Parlez donc; remplit-on notre attente secrète? Tout est-il disposé ? la foudre est-elle prête ?

ROBESPIERRE

J'ai maîtrisé les cœurs, du moins pour un moment. J'ai parlé; j'ai flatté : ce peuple turbulent

20 CHARLOTTE CORDAI.

A reconnu ma voix et s'est laissé séduire. L'espoir d'un grand décret a paru lui suffire : Il l'attend; mais ces flots subitement calmés, Prêts à gronder encor, ne sont que comprimés. Chacun ose vouloir, au gré de son caprice. Pour nous ou contre nous, que le Sénat agisse; Ainsi , la haine veille et le calme est trompeur. Mais, attentifs à tout et redoublant d'ardeur. Nos agens versent l'or, soignent nos avantages. De la foule, pour nous, marchandent les suffrages;

* Et, repoussant d'ici tout censeur dangereux. Vont de cœurs dévoués environner ces lieux. Il faut en convenir, ces soins sont nécessaires , Cette femme a frappé les cœurs les plus vulgaires ; Le ciel, qui contre nous la suscite aujourd'hui, Ne pouvoit nous donner un plus grand ennemi. Voilà ce que j'ai fait.

BARRERE.

A ton parti , fidèle , C'est ainsi chaque jour que tu prouves ton zèle;

* De ton activité tu remplis tes amis.

A vos ordres aussi , le Sénat s'est soumis ;

J'ai fait de vos dangers retentir la tribune ;

J'ai peint Marat sanglant et la douleur commune,

Le glaive suspendu sur chacun d'entre nous.

Et le Sénat entier frappé des mêmes coups;

« Des ennemis publics ces forfaits sont l'ouvrage, »

Ai-je dit : « jusqu'à quand souffrirons-nous leur rage?

«Attendrons-nousqu'enfin, nous foulant sousleurs pieds,

» Du sang républicain ils soient rassasiés ?

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