PAPIERS DE PETION
Les papiers de Petion comprennent :
1° Une Notice en réponse à raccusation d'avoir ordonné de tirer sur le peuple au Dix Août;
2° Une Notice biographique de Brissot;
3° Épitre dédicatoire à son fils;
4' Sa Lettre d'adieu à sa femme.
XOTICK*.
Je ne répondrai pas aux vils scélérats qui prétendent former la Convention Nationale', mais je dirai à cette portion de citoyens qui peut encore être aveugle sur leurs crimes, et qui a la stupidité de croire aux calomnies atroces qu'ils vomissent chaque jour contre tout ce qu'il y a de gens de bien et d'hommes Vertueux en France, que Limputation qui m'est faitte par le rapporteur du Comité de sûreté générale d'avoir donné, dans la nuit du 9 au 10 août, l'ordre de tirer sur le peuple par derrière, lorsqu'il deboucheroit du faubourg Saint- Antoine par l'arcade Saint-Jean, est une absurdité digne de mépris, ou si on l'aime mieux une infamie digne de châtiment.
Il me sulTiroit de nier, de défier ensuitte l'accusateur de prouver son assertion imbecille et coupable, et il seroit couvert de honte, s'il pouvoit encore rougir; mais j'ajoute deux raisons auxquelles il n'y a point de réponse valable :
r L'ordre qu'il a eu l'audace d'imaginer supposseroit (jue j'étois d'intelligence avec la Cour, que nous agissions de concert, et il est de notoriété publique, et mille témoins peuvent l'attester, que la cour m'auroit fait égorger dans cette nuit fameuse, si un décret ne m'eut pas arraché des mains des assassins;
* Celte Notice était enfermée dans une enveloppe qui a été conservée el qui porte la suscription suivante : « Aux citoyens Pouliquens, négocians, à Brest (départemenl du Finistère). »
* Peut-être cette Notice a-t-cUe été écrite en réponse à Fabre d'ftglantine, qui disait : « Pet ion signa le 10 août l'ordre de tirer sur le peuple. » [Moniteur, 1793, n^' 192.)
2" Le commandant de la garde nationale appelle à la municipalité, interrogé à la municipalité dans cette nuit même sur l'ordre qu'il avoit de tirer sur le peuple, ne fut menacé et mis à mort qu'à cause de cet ordre. S'il l'eut reçu du Maire, il n'eut pas manqué, pour se soustraire à son suplice, de déclarer quil n'avoit fait (ju'oheir à la réquisition du magistral. Cette justification étoit simple et naturelle, il n'en a pas fait usage, et la raison en est sensible, cest que jamais un semblable ordre n'a été souscrit de ma main.
Je réponds en passant à une autre calomnie non moins absurde : on a avancé que j'avois accompagné le l'oi dans la revue qu'il a faitte des troupes le 10 août. C'est à cinq heures et demie, six heures du matin, que cette revue a été faitte. Je suis sorti à quatre heures des Thuileries pour me rendre à l'Assemblée; a quatre heures et demie j'étois à la maison commune, et à cinq heures à la mairie, ou je suis resté toute la journée.
Peti©n.
Archives de l'Empire.
Section du Secrétariat.
AE. Carton 28.
La Notice sur Brissot nous a semblé offrir un intérêt sérieux et se rattacher d'ailleurs à notre sujet sur beaucoup de points.
Elle n'est pas dans la conduite de Petion un fait isolé : Petion en toute circonstance a pris la défense de Brissot. Il l'a défendu contre Robespierre devant la Convention. Il l'a défendu devant la Société des Jacobins. Il est
naturel qu'il l'ait détendu, mort, devant la postérité et devant l'histoire '.
Petion était le compatriote de Brissot et son contemporain, le premier étant né en 1 756 et le second en 1 754. Ils s'étaient connus dès l'enfance. Petion était devenu le collaborateur du journal de Brissot, le Patriote français, et plus tard ils s'étaient trouvés tous les deux membres de la Convention. Aussi cette Bio2;raphie, quoique tracée de souvenir, se rapporte-t-elle d'une manière étonnante avec les mémoires qu'a laissés Brissot. On pourra s'en convaincre par les notes que nous avons extraites de ces mémoires et placées en regard de la Notice de Petion. — Ces deux documents se prêtent ainsi un mutuel appui en se confirmant et parfois en se rectifiant l'un par l'autre,
L'Étude de Petion se compose de huit petites feuilles écrites à mi-marge avec quelques renvois, mais fort peu de ratures.
Petion ne s'est pas occupé de l'homme public : il semble que ce soit une dette du cœur qu'il ait voulu acquitter envers son ami, un pieux devoir qu'il ait rempli en consignant par écrit les paroles qu'il ne pouvait prononcer sur sa tombe.
1 « Je connais Brissot dès son enl'ance. Je l'ai vu dans ces moments où l'àme se montre tout entière, où l'on s'abandonne sans réserve à l'amitié, à la confiance; je connais son désintéressement, je connais ses principes; je vous proteste qu'ils sont purs; ceux qui en font un chef de parti n'ont pas la plus légère idée de son caractère; il a des lumières et des connaissances; mais il n'a ni la réserve, ni la dissimulation, ni ces formes entraînantes, ni cet esprit de suite qui constituent un chef de parti; et ce qui vous surprendra, c'est que, loin de mener les autres, il est très-facile à abuser. "
Discours deJérômePetionsurraccusalion intentée contreKobespierro, non prononcé, mais imprimé en novembre 1792.
t2Q nOClMENTS.