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les ouvrages des grands maîtres et faire des notes et des observations, déjà il aniassoit des matériaux pour l'avenir '.
Il étudioit et apprenoit les langues avec une facilité qui tenoit du prodige , de lui-même et sans aucun guide il sut en peu de temps langlais et l'italien, il cultiva le grec, ébaucha lespagnol, l'allemand et se fit des principes extrêmement ingénieux pour apprendre en peu de temps les divers dialects connus (addition à la marge) il a exposé depuis ces principes dans nne dissertation sur les ouvrages de Court de Geblin"- et de Lebrigand '\
Il n'étoit point encore sorti de la petite ville ou il étoit. Il avoit puisé en lui-même cet amour pour les siences (sic), là il ne trouvoit rien qui excitât son émulation. Il étoit pour ainsi dire sans ressource pour alimenter le feu qui lenflamoit. Les hommes qui cultivoient les Lettres étoient en petit nombre; ils vivoient sans communication entre eux. L'activité de son ame qui avoit besoin de s'étendre se trouvant trop comprimée Brissot fut a paris.
Ses parens sans être pauvres n'étoient cependant pas assez riches pour lui fournir de quoi se livrer tranquillement a ses goûts il fut encore obligé d'entrer
* Brissot, Mém., t. I, p. 5. « Je ne vous apprendrai pas beaucoup de langues, dit-il à ses enfans, mais je vous instruirai dans leur mécanisme général. Quand vous le posséderez, vous serez un jour en état de les étudier toutes par vous-mêmes. »
' Auteur du Mqnde primitif analysé et comparé au monde moderne, en 9 volumes in-4°, contenant l'étymologie des langues, l'origine du langage, etc.
^ Lebrigant, savant linguiste.
liiez lin procureur, au l)Out de six mois il fut premier
clerc ' .
Les travaux dont il étoit surchargé ne Tempecherent pas do se livrer a sa passion dominante. Il n'étoit pour lui aucun moment de dissipation il ne connoissoit même pas les plaisirs séduisans que paris offroit à son âge tant l'amour de Tetudc Tabsorhoit, les dimanches et tètes jours cjue les jeunes gens consacroient a leurs amusements il les passoit avec Locke, îMontagne et Montesquieu.
Sa mémoire étoit si prodigieuse et si exacte qu'il sa voit les auteurs a peu près par cœur, il citoit sans jamais se tromper la page ou tel morceau dont on parloit se trouvoit.
Sa tête étoit meublée d'une multitude d'anecdotes curieuse (sic) et son érudition étoit déjà prodigieuse.
Il fut prendre ses grades a Rheims et se disposoit a se faire recevoir avocat au parlement de paris.
^lais il ne fut pas plutôt libre et abandonné à luimême qu'au lieu de suivre les audiences il resta chez lui soccupant unicjuement de sciences et de philosophie.
Une grande querelle s'éleva au barreau Lordre des avocats refusa de reconnoître Linguet" pour un de ses membres et de fraterniser avec lui. Brissol prit part à
1 Chez M*" NoUeau , où il aurait eu Robespierre pour second clerc.
2 V. le chapitre viii des Mémoires de Brissot sur ses rapports avec Linguet, t. I, p. 121 . On y trouve citée une lettre dans laquelle Linguet dissuade fortement Brissot de se livrer à la littérature : « C'est une vraie syrène, dit-il, elle perd tous ceux qu'elle séduit .. » Ces mots étaient prophétiques pour l'un et pour l'autre. Linguet périt sur l'échafaud le 9 messidor an ii. Brissot y était monté le 10 brumaire de la même année.
PETTON SUR BRISSOT. ?23
la dispute il publia une petite brochure aiant pour titre Ihi indépendant a L ordre des aroeats ' ,
Dans cet écrit il s'éleva avec chaleur contre le despotisme des corps qui étoufïbit le génie et les talens il proclama des principes de liberté et il n'étoit pas difïicile de voir que les gennes de cette Vertu Républicaine étoient dans son cœur.
Il écrivit également et dans le même tems contre la tyrannie des corps académiques.
H publia une autre brochure sur l'état actuel de notre littérature.... des lettres très-piquantes sur les epitres de saint Paul '.
On remarquoit dans ces essa'is une imagination ardente de la sagacité des connoissances et surtout un esprit impatient de tout joug.
Il fit aussi une petite plaisanterie assez caustique aiant pour titre le Pot-pourri; c'étoit si on peut s'exprimer ainsi une gourme de jeunesse. Cette bagatelle étoit très-piquante , l'arme du ridicule et du sarcasme y étoit maniée avec beaucoup d'habileté et elle fit plus de bruit et eut plus de vogue qu'un ouvrage sérieux. Mais l'esprit de l'auteur prit bientôt sa vraie direction naturellement tourné vers les objets sérieux utiles vers la morale et la politique Brissot s'occupa beaucoup de nos lois criminelles.
Il composa deux mémoires sur cette matière pour
1 Satire écrite, dit Brissot, pour le venger des dégoûts de la cliicane. Elle lui aurait valu , suivant lui , sa première lettre de cachet. T. I, p. 166.
- Lettres sur hi vie, et les écrits de saint Paul, chez Vircliaux, à Hambourg, 1782. Livre composé à l'aide d'un ouvrage anglais sur le même sujet. Mém. de Brissot, t. I,. p. 84.
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lacadc'iiiie do Cli à Ions-su r-Ma in c et ses mémoires lurent
couronnés.
Celui (jui a pour titre le Sang innocent Vengé est plein dénergie et déloquence. L'autour s'appuie sur les raisons les plus solides et qu'il déduit avec tout Tart de la dialectite (sic) pour prouver que l'état doit des indemnités à riiomme injustement accusé qui a souffert une détention longue pénible et dommageable '.
Sa Théorie des lois criminelles qu'il adressa a M. de Voltaire et dont il reçut la réponse la plus flatteuse et la plus honorable est un ouvrage beaucou p plus considérable dans lequel les vices et les imperfections de nos lois criminelles sont exposées dans tout leur jour dans lequel en môme temps l'auteur indique les remèdes ou pour mieux dire dans lecpiel il présente un code nouveau fondé sur les bazes de Tliumanité de la morale et de la justice -.
' Ce mémoire fut couronné le 25 août 1781 ; Brissot reçut une récompense plus flatteuse encore; il vit ses idées proclamées dans l'ordonnance criminelle du 8 mai 1788. En attendant que le mode de réparation pour les accusés reconnus innocents fût organisé. Louis XVI voulut que les jugements d'absolution fussent imprimés et affichés aux dépens de son domaine. V. le bel ouvrage dé M. Bonneville de Marsangy, de l'Amélioration de la loi criminelle, t. I, p. 313. On y trouve citée et commentée éloquemment l'ordonnance de Louis XVI qui consacrait le principe posé par Brissot.
- Ma Théorie des lois criminelles parut en 2 volumes in-8" en 1780. [Réponse de Brissot à tous les libellistes. Paris, 10 août 1791 .)
« La multiplicité des abus qui souillait le Code pénal de toutes les nations de l'Europe avait engagé un ami de l'humanité à proposer un prix pour celui qui donnerait le moyen de les réformer. La Société économique de Berne avait été choisie pour juge. Elle détailla dans un programme les vues sous lesquelles ce sujet important devait être considéré. Voltaire voulut concourir à l'exécution d'un si noble projet en ajoutant une somme d'argent au prix proposé. » Mém. de Brissot, t. II, p. 17.
Brissot composa son ouvrage de la Théorie des lois criminelles en
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l'ne entreprise plus vaste encore utile à toutes les nations propre a préparer une réforme dans la législation criminelle de L'europe est celle de la Bibliothèque criminelle du législateur et du philosophe ouvrage en 10 Vol.
Ce recueil fiiit avec autant de soin (jue de discernement renferme les meilleurs écrits publiés en anglais et en italien en allemand en espagnol et en francois sur les lois criminelles avec des notes savantes et instructives de l'auteur'.
Si un grand nom plus connu que celui de Brissot ne l'étoit alors eut été attaché a cet ouvrage il eut C'té célébré répandu avec profusion et regardé comme un bienfait envers l'humanité.
Ce qu'il y a de remarquable c'est que presque tous ces ouvrages ont été onéreux a leur auteur. Il est vrai que personne n'étoit plus fait pour être dupe que Brissot. Sa confiance étoit extrême. Il croioit à la bonne foi des autres avec la simplicité d'un enfant ■ il étoit de plus absolument insouciant pour ses intérêts, il faisoit des livres unitpiement pour exprimer ses pensées, dire la vérité et être utile.
vue de ce prix : mais l'ayant fait imprimer sans attendre la décision de la Société, il fut écarté du concours. 11 nous apprend qu'il vendit son livre à un libraire pow mille livres. P. 41.
1 « Le véritable objet, celui que je pouvais montrer ouvertement, était de répandre les principes de la liberté qui guidaient les Anglais et les Américains, en insérant dans cette collection plusieurs pièces qui n'avaient part qu'à la grande réforme politique. » V. Mém., p. 40.
- « Aucun auteur n'a eu pour ses intérêts privés l'abandon que j'ai témoigné pour les miens. Je vendais à vil prix, à peine étais-je payé de la moitié et le plus souvent par des arrangements qui achevèrent de me ruiner. » Mém. de Brissot. t. I, p. 3.
En 1779 l'entrepreneur du Courrier de L'europe ' se trouvant à paris et ayant fait connoissance avec Brissot lui proposa de travailler à ce journal.
Brissot accepta d'autant plus volontiers que cela lui donnoit l'occasion de s'établir a Londres et qu'il désiroit beaucoui) voir Langleterre.
Brissot dans ce journal fit particulièrement les articles de littérature il se fit beaucoup d'ennemis par sa irancliise et par ?on habitude de dire la vérité sans déguisement. Il humilia plusieurs petits auteurs qui se croioient des grands hommes. Il déplut aussi au gouvernement francois par l'hardiesse de ses principes.
Brissot étoit universellement connu pour être à la tête du journal et on diriger le travail. Il fut très-mécontent de voir insérer à son inscu plusieurs articles qui contrarioient absolument ses principes et qui mettoient a chaque instant un en opposition avec un autre (sir). Il découvrit que l'homme qui glissoit ces poisons dans le Courrier étoit un nonmié ^lorande auteur d'un infâme libelle du Gazetier cuirassé l'homm.e le plus immoral et le plus perdu de réputation.
' Serre!< de la Tour. Selon Brissot, c'est à Londres qu'il se serait lié avec le rédacteur du Courrier de V Europe. P. 160. Il ajoute que cette gazelle, rédigée en Angleterre et distribuée en France, avait pour but d'échapper à la censure. Yergennes, qui avait besoin de connaître à fond l'opinion du public anglais surtout au moment de la guerre avec l'Amérique, favorisait l'entrée de ce journal qui, dit Brissot, valait poir lui cent espions. Peut-être est-ce là ce qui lui valut à lui-même l'imputation d'être un agent de police littéraire. C'est le premier mot de l'acte d'accusation présenté par Amar au nom du Comité de Sûreté générale (Brissot, agent de police sous les rois...j, et Robespierre, dan? la séance du 24 juin 1793 : « Brissot, ce lâche espion de police, cet homme que la main du Peuple a saisi couvert d'opprobre et de crime?. »
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Brissot s'en plaij^nit à rontrepreneur, rentrepreneiir tergiversa, continua a emploier secrètement Morancle. Alors Brissot abandonna le journal mais alors aussi Morande lui jura une haine mortelle et de là sont nées toutes ces diatribes, toutes ces calomnies atroces que Morande n'a cessé de vomir contre Brissot dans le Courier de Leurope (sic).
Brissot entreprit seul un autre journal, aiant si je m'en rappelle, pour titre Correspondance universelle \ L'ol)jet de ce journal consacré aux siences (sic) et particulièrement à la philosophie et à la politique étoit tres-vaste, il tendoit a unir les Savans de tous les pays entre eux a leur donner un point central a faire connoître leurs ouvrages d'un pôle a l'autre en quelques langues qu'ils fussent écrits, a tenir registre de toutes les vérités utiles a marquer les progrès de toutes les connoissances humaines. Le plan de cet ouvrage étoit grand superbe et Brissot étoit par l'étendue, la variété des connoissances un des hommes le plus propre a le bien remplir, de même que Londres étoit le point du globe le plus avantageux pour la célérité et la facilité des communications avec toutes les parties du monde littéraire.
Il paroissoit un n" du journal tous les mois et ceux que l'auteur a publié (sic) font regretter que cette belle entreprise n'ait pas eu de suitte.
Brissot donnoit en même temps au public et par cahier un ouvrage précieux sur L'inde. Il faisoit counoître cet immense pays, ses productions, ses res-
' Le titre exact, suivant Brissot. serait Correspondance philosophique et politique. Méin., t. I, p. 203.
oos DdClMI'.NTS.
sources, les uKeiirs et les usages de ses liabitans, il (levoiloit la force et la loiblesse des Anglois dans cette partie du monde leur commerce, l'établissement de jour (omiKiiïnie ses progrès il présagoit (sic) le sort de CCS licrs insulaires dans les indes et indicpioit aux nations a la France surtout la marche qu'elle devoit suivre envers ses rivaux sur ce point du globe les puissances avec lesquelles elle devoit s'allier.
Cet ouvrage ne fit pas la sensation qu'il auroit du produire parce qu'on ne s'occupoit pas alors sérieusement en France de ces grands intérêts deconomie politi(pie et qu'il y avoit a peine un petit nombre d'hommes a (jui ces matières n'étoient pas tout a fait indifférentes et étrangères.
Brissot au milieu de ces travaux eut besoin de venir passer quelques jours en France pour des affaires a peine fut il arrivé a paris qu'il y fut arrêté et conduit à la bastille '.
Cette détention avoit pour prétexte de prt'tendues liaisons avec un nommé belleport (sic) ce l)elleport avoit publié a Londres un libelle infâme contre la Reine de france et on voulut bien supposer que Brissot avoit travaillé a ce libelle "-.
1 Brissot prélenrj qu'après son retour de Londres il passa six semaines à Paris dans la plus profonde tranquillité. Son arrestation eut lieu le 12 juillet, et sa captivité dura deux mois. V. le Rapport de police adressé par M. Lenoir à M. de Breteuil sur la mise en liberté de Brissot; il y est dit : « Le s"^ Brissot de Warville a de l'esprit; il est homme de lettres; il paroît avoir des systèmes, des principes extraordinaires, mais il est constant que ses relations avec Pelleport avoient cessé depuis huit à dix mois. » Réponse, etc., p. 20.
- Les Passe-temps d'Antoimlte. Suivant Brissot, Pelleport aurait cherché à vendre ce libelle dirigé contre la reine, 1784; mais il ne l'aurait pas composé.