‹ Charlotte de Corday et les Girondins (volume 2)Chapitre 135 sur 174 · PET ION SIR BRI S SOT · texte numérisé non relu

PET ION SIR BRI S SOT

La Vérité etoit que Brissot deplaisott au gouvernement par la liardiesse de ses opinions et ses principes républicains; la Vérité etoit que Morande espion du gouvernement francois avoit annoncé l'arrivée de brissot en franco pour le faire incarcérer.

Il resta quatre mois à la bastille et ce fut par les soins de madame de Genlis ' et à la sollicitation de M. le duc d'Orléans qu'il en sortit.

firissot cependant ne connoissoit ni l'une ni l'autre mais sa femme aiant contribué a faire l'éducation des enfans du duc d'Orléans ' dont madame de Genlis étoit nommée gouverneur'^ ce fut a la considération de sa femme qu'il dut les démarches qui amenèrent son Elargissement.

Cette détention porta a brissot le plus grand préjudice l'entreprise de son journal s'en trouva renversée une interruption de quatre mois à la naissance d'un établissement au moment ou les premières correspondances s'établissent ne lui permit plus de continuer.

Cette entreprise avoit exigé une mise de fonds assez considérable brissot outre son travail en avoit fait la majeure partie un particulier avoit fait le surplus; les

1 « Quant à Petion, tout le monde sait qu'il avait voué à madame de Sillery un attachement très-vif. Ils ont fait ensemble un voyage d'Angleterre qui semble révéler entre eux une grande intimité... Comme on me savait très-lié avec Petion, on en conclut que je l'étais également avec madame de Sillery, même j'ai vu des gens me dire que c'était moi qui avait causé leur liaison. J'ai pu en être la cause indirecte. » Mém. de Brissot, t. II, p. 322.

- « Ma fernme avait été attachée, en 1782, à l'éducation de mademoiselle de Chartres. » P. 324.

^ « On sait que madame de Sillery avait obtenu ce titre. » fbid. V. aussi une lettre de la femme de Brissot à madame de Genlis.

no DOCLMENTS.

conditions du traité entre eux deux étoient communes le particulier s'étoit soumis a partager la bonne comme la mauvaise fort une de lopération tant mieux si elle réussissoit, tant |)is si elle n'avoit pas de succès '.

Lentrepiise avoit échoué par un événement majeur plus fatal encore pour brissot que pour son associé ce particulier n'en jeta pas moins les hauts cris Morande se chargea d'exhaler les plaintes et Morande eut laudace

* Il s'agissait de la formation d'une sorte de cercle littéraire et politique. C'était une de ces sociétés alors fort en vogue sous le titre de lycées. Celte société devait tenir des assemblées et publier un journal qui lui servirait d'organe. L'associé de Brissot était un sieur Desforges d'Hunecourt. Il était le bailleur de fonds de l'entreprise, et Brissot devait rédiger le journal ainsi que d'autres publications annexes. Ce projet reçut un commencement d'exécution, et une somme de quinze mille livres fut employée aux dépenses de premier établissement. Mais l'entreprise n'avant pu se continuer, la mise de fonds se trouva perdue. De là naquit un double procès entre Brissot et son associé, l'un au civil, l'autre au criminel. « Au civil, dit Brissot, la question se réduisoit à ceci : Un bailleur de fonds qui rompt une Société, a-t-il droit de redemander tous ses fonds, sans subir aucune perte, s'il y en a, ou, en bon francois, une Société est-elle un jeu d'enfant?

» Au criminel, telle est l'autre question : Un associé peut-il diffamer son associé, parce que celui-ci veut compter et régler suivant les lois ? ou , en bon francois , a-t-on droit d'appeler frippon un honnête homme, parce qu'il refuse de payer ce qu'il ne doit pas et lorsqu'on lui doit ? n

Ces procès, commencés en 1784, n'avaient pas abouti lorsqu'ils furent repris, en 1791, par Morande au moment de l'élection de Brissot à l'Assemblée législative. Brissot se défendit avec énergie dans plusieurs mémoires imprimés où il prouve nettement :

1° Qu'il avait fourni à Desforges des comptes réguliers approuvés par celui-ci;

2° Que ces comptes le constituaient, lui Brissot, créancier, loin d'être reliquataire;

3° Que l'acte de Société établissait des arbitres pour juger les difficultés pouvant naître entre les associés, et que Desforges n'avait jamais osé ni saisir des arbitres ni se présenter devant le Chàtelet.

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et latrocité de traiter nettement brissot de voleur descroc dhomme qui avoit trompé dévalisé le citoyen honnête qui avoit soutenu son entreprise par ses fonds ' .

Brissot intenta un procès criminel au cliatelet de paris contre morande et contre les rédacteurs du Courrier de Leurope, et il saisit cette occasion pour exposer au grand jour la pureté de sa conduite et les bassesses de celle de son odieux adversaire.

Brissot resta en France ou tous ceux qui le connoissent savent qu'il ne se donna jamais les jouissances et ne mena jamais la vie d'un liomme qui a du susperflu il étoit impossible d'être plus simple dans sa parure d'avoir -des appartemens moins recherchés d'avoir une table plus frugal et de faire enfin moins de dépenses sa femme étoit également la simplicité même une excellente mère de famille uniquement occupée de ses enfans souvent brissot n'avoit pas six francs dans sa poche il étoit

1 Malgré ces justifications et les désaveux de Desforges lui-même, Morande persista dans ses accusations; avec l'art de manier le pamphlet, qu'il avait acquis dans le vil Irafic auquel il doit sa honteuse célébrité, il avait imaginé de faire du nom de Brissot un verbe et de ce verbe le synonyme de v oler. Puis, à force d'être répétées, ces calomnies avaient fini par passer comir.e des vérités acquises dans les libelles du temps. Ainsi on lit dans la Jacobinéide, chant v, p. 74 :

Brissot qu'on cite avec raison,

Dont l'éloge est dans chaque bouche.

Lui qui vient de donner son nom

A ce bel art dont feu Cartouche

Si nettement donnoit leçon.

Rotondo , Camus et Pethion ,

Grands brissoteurs, mais d'ordinaire

Ces Messieurs ne brissotoient guère

Qu'en l'hoiuieur de la nation.

Puis en note : « On dit que M. Brissot prépare une nouvelle édition de la \ie de Cartouche, qu'il doit dédier aux Jacobins. >^

■?;{•? imcr.MENTS.

ohlii^é (le faire a cluHjiie instant de petits emprunts a ses amis et cet état de médiocrité a toujours existé pour lui cependant il ne dépensoit jamais un sou a ses plaisirs cependant personne ne travailloit plus que lui.

On le força dabord d'accepter une place dans la maison d'Orléans ' cette place n'avoit point de titre fixe il étoit le directeur l'inspecteur de plusieurs bureaux le déparlemens il étoit en même tems le Secrétaire ami du cliancellier il avoit l'œil sur toute l'administration. Ses appointemens étoient modiques et il étoit incapable de les augmenter par aucuns moyens bas et détournés, il y avoit même de petites rétributions casueles qu'il pouvoit prendre sans blesser la délicatesse et il négligeoit de le faire il laissoit les sous ordres se les appropi'ier. C.e genre d'occupation ne rallentit pas ses travaux littéraires et quelques égards qu'on lui témoignât quelque attachement que le marquis ducrest alors chancelier eut pour lui son esprit d'indépendance lui fit abandonner cette place après huit a dix mois d'exercice ^

1 Mém. de Hiissot. t. II, p. 4.11. Biissot dit qu'il accepta la place de lifuienant (/••ncral de la chnicolh'rie que lui offrit le marquis Ducrest, lors de la mort du duc d'Orléans',, père de Louis-Philippe-Joseph d'Orléans, mort qui eut lieu en ITSo. « Ce n'était qu'un titre; mon travail consistait dans l'examen de tous les projets que le prince pouvait former avec son immense fortune. On voulut s'attacher les savans, encourager les arts, les sociétés. Ainsi l'on donna des pensions aux premiers, des secours aux inventeurs. On créa une foule de sociétés pliilantropiques dans les apanages du Prince, etc. »

Brissot dit ailleurs : « Les esprits étoient alors vivement agités. Le frisson de la Rivolutiun se faisait sentir. Je crus que le foyer pouvoit s'en établir au palais d'Orléans, et que le prince pouvoit s'immortaliser en contribuant à rendre la liberté à la France. » Répome, p. 23.

2 Suivant Brissot, il aurait été obligé de passer en Angleterre pour éviter une lettre de cachet, que lui avaient attirée dos lettres publiées

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Il fit paroitrc alois et siiccessi ventent nnc foule d'ouvrages tous respirant le plus ardent amour de la liberté.

Il publia deux volumes de lettres sur l'histoire de la révolution Dangleterre dans lesquelles on trouve des discussions intéressantes sur les causes et les efîets de cette révolution et un parallèle curieux a établir entre l'histoire de Hume et celle de madame Macaulay duquel il resuite qua bien des égards louvrage de madame Macaulay est préférable a celui de Hume que l'un est écrit par une amie de la république et l'autre par un partisan de la royauté '.

contre l'adminisfralion du cardinal de Brienne (1787). « Je ciiiittai, dit-il, ce palais de boue où, loin de m'enrichir, je fus uial payé de mes services et contractai des dettes. » T. II, p. 437.

Madame de GiMdis prétend que les appointements de cet emploi étaient de mille écus avec un logement à la cli<mcellerie d'Orléans. {Précis de la conduite de madaiiie de Genlis di'puis la Révolution. Hambourg, 1726.;

Quoi qu'il en soit, il est une justice qu'il faut rendre à Brissot, c'est qu'il fut toujours pauvre et famais intéressé. Le plus bel éloge qu'on puisse faire de lui sous ce rapport se trouve dans la bouclie d'un de ses adversaires, auquel Cliambonas. ministre des finances, offrait jusqu'à huit cent mille francs pour gagner Brissot au parti de la cour. « Si j'avais quelque lueur, quelque espérance de réussir, je me dévouerais à votre commission, répondit l'interlocuteur de Chambonas. Mais je dois vous dire qu'une telle ouverture suffira pour que Brissot me repousse. » (Soulavie, Méni. du règne de Louis XVI, t. VI , p. 4.30.) Et cependant celui qui rapi)orte cette conversation traite Bris.sot d'aventurier quelques lignes plus liaul. Soulavie appartenait alors au parti de la Montagne.

' « Ses riva'es n'ont pas su lui |)ardonner d'avoir disputi> la palme à Hume et de la lui avoir souvent enlevée; non pas que madame Mac- Aulay ait eu le secret du style enchanteur de Hume, mais elle le surpasse par sa mâle énergie et par ces vigoureux développemenis qu'elle donne aux principes de la liberté. » P. 236. — V. aussi p. 231. Elle a

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