SUR LA DÉCLARATION TESTAMENTAIRE
DE
L'idée d'une profession de foi en quelque sorte testamentaire existait chez les Girondins depuis la journée du 2 juin. Dès cette époque, ils se préoccupaient de rédiger une déclaration au peuple français., expositive de leurs principes, et qui mît leur mémoire à couvert. (Mémoires de Petion.) Le temps seul leur avait manqué pour mettre leur dessein à exécution. On ne doit donc pas s'étonner de voir cette même pensée réalisée une année plus tard par Petion et Buzot.
La curieuse déclaration qu'on va lire se trouve aux Archives de l'Empire, carton AF, n" 45, section du Secrétariat ; elle provient sans doute de cette boîte de fer-blanc qui renfermait des ouvrages et dépêches contrerévolutionnaires de Buzoty Barbarouoc et Petion, et qui fut saisie avant que madame Bouquey eût pu en assurer la destruction.
La pièce existe en triple; on distingue la minute originale et deux expéditions offrant entre elles quelques variantes.
Le projet primitif est de la main de Petion. Il n'est pas signé, mais l'écriture est parfaitement reconnaissable. On y remarque peu de ratures. Il y a seulement en marge quelques additions qui peut-être ont été in-
spirées par Buzot, et qui seraient ainsi une trace de sa collaboration à Tœuvre commune. Cette pièce est renfermée dans une enveloi)pe avec cette adresse :
Au citoyen Garnery, libraire.
Rue Serpente, n° 17,
A Paris.
Indépendamment de ce travail de premier jet, il existe deux copies :
L'une de la main de Petion , intitulée : Déclaration DE Buzot et de Petion, et signée dans l'ordre suivant : Petion — F. N. L. Buzot.
L'autre de la main de Buzot, intitulée : Déclaration DE Petion et de Buzot, et signée dans l'ordre inverse de la précédente : F. N. L. Buzot — Petion \
* Au moment de mettre sous presse, il nous a été donné connaissance par M. Dupont, sous-cbef du secrétariat des Archives de l'Empire, d'une troisième copie conservée dans l'Armoire de fer et écrite entièrement de la main de Petion.
Cette troisième copie est conforme aux précédentes; elle est placée dans une enveloppe sur laquelle est écrite l'adresse suivante :
Aux citoyens Pouliquens, négocians, à Brest , Département du Finistère.
On comprend dès lors quelle a été l'intention de Petion et de Buzot. Ils ont voulu multiplier les duplicata pour éviter les chances de perte ou destruction : ce qui prouve le prix qu'ils attachaient à cette déclaration, qu'ils considéraient comme la sauvegarde de leur honneur politique. En conséquence ils ont gardé ces deux exemplaires minutes pour eux-mêmes; puis ils en ont préparé un probablement pour des amis sûrs à Brest. Le brouillon primitif a été destiné à Garnery,
Chacune de ces pièces est écrite sur une grande feuille de papier de 32 centimètres de hauteur et de 20 de largeur. Le papier a été plié en quatre, et une marge d'un quart de la feuille a été laissée en blanc.
L'écriture couvre à peu près les quatre pages du double feuillet.
Ces déclarations testamentaires étaient renfermées dans des enveloppes scellées de cire rouge.
L'une, celle de Petion, porte cette suscription : PAPIERS A OUVRIR EN CAS D'ÉVÉNEMENTS FACHEUX.
L'autre, celle de Buzot, contient ces simples mots: A NE PAS OUVRIR MAINTENANT.
Nous avons suivi le texte de Buzot, en notant les quelques variantes qui se trouvent dans celui de Petion.
Aucun des exemplaires n'est daté. A quelle époque faut-il rapporter cette déclaration? On est réduit sur ce point à de simples conjectures.
II nous paraît d'abord certain que l'écrit de Petion et de Buzot avait été composé avant le 29 prairial, jour de leur fuite de Saint-Émilion. Le style, l'écriture, les doubles, tout annonce que la rédaction a été faite, non dans un moment de précipitation et d'alerte, mais à tète reposée, avec calme, avec une sorte de recueillement religieux; on y reconnaît l'accent d'un découragement profond et réfléchi bien plus que le cri de la surprise ou de l'alarme. Si Petion et Buzot veulent se
libraire du parti girondin, sans doute pour l'impression. Souvent dénoncé aux Jacobins, Garnery fut l'objet de diverses saisies. Garnery était l'éditeur des ouvrages de Petion. Œuvres de Jérôme Petion, membre de l'Assemblée constituante, de la Convention nationale et maire de Paris. A Paris, chez Garnery, libraire, rue Serpente, I'an