‹ Charlotte de Corday et les Girondins (volume 2)Chapitre 156 sur 174 · DECLARATION DE PETION ET DE BUZOT · texte numérisé non relu

DECLARATION DE PETION ET DE BUZOT

Avant de terminer nos jours, nous avons cru devoir à nos Concitoyens et à la Postérité la déclaration de nos Sentiments et les motifs de notre Conduite.

Les maux que le Despotisme a fait ' à la Terre nous ont inspiré de bonne heure la haine des Rois^. Il nous

1 La faute existe dans les quatre pièces.

Les mots mis entre parenthèses avec l'initiale P. appartiennent à Petion seul, et ne se trouvent pas dans lo texte de la déclaration do Buzot.

2 Les Mémoires de Buzot prouvent que ces idées étaient en effet communes à Buzot et à Petion, qui, tous les deux membres de l'Assemblée constituante, avaient pu échanger leurs sentiments, communs dès cette époque.

P. 23 : « Né avec un caractère d'indépendance et de fierté qui ne plia jamais sous le commandement de personne, comment pouvois-je supporter l'idée d'un maître héréditaire et d'un homme inviolable? La tête et le cœur remplis de mon histoire grecque et romaine et des grands personnages qui dans ces anciennes républiques honoroient le plus l'espèce humaine, je professai de bonne heure leurs maximes; je me nourris de l'étude de leurs vertus.

» ... Ce fut surtout à l'époque de la fuite du roi que mon aversion contre la royauté se manifesta sans réserve. On m'en fit un crime et à Petion aussi...

» Petion, s' entretenant avec Louis XVI, dans sa voiture, lors du retour de Varennes, lui avoua que son avis étoit que le gouvernement républicain valoil infiniment mieux que le système monarchique; et quelques jours après le roi, parlant de ce qui lui étoit arrivé pendant la route, dit : « M. Petion est un très-honnête homme; il dit très- » franchement ce qu'il pense. Il ne m'a pas dissimulé qu'il préféroit » le gouvernement républicain à l'état monarchique. » (Note de M. Guadet, p. 28.) Et le Récit du Retour de Varennes, par Petion, Histoire de la Terreur, de Mortimer-Ternaux , t. I, p. 359. Petion déclare positivement avoir dit à la Reine qu'il était Républicain et même l'un des chefs de ce parti.

a toujours paru absurde et avilissant pour l'Espèce humaine que le sort de plusieurs Millions d'hommes dépendit de la volont-'^ et des passions d'un seul.

Il nous a paru révoltant et dangereux qu'un individu héritât du droit de commander en Souverain à ses semblables.

Ce Système de Gouvernement, le seul pour ainsi dire qui depuis des siècles pèse sur le monde, nous a paru la Source principale des Erreurs, des préjugés et des maux qui désolent et dégradent les hommes réunis en Société.

Des le commencement de la Révolution, nous avons conçu l'espoir de voir anéantir ce funeste et criminel système.

Nous avons constamment travaillé a remplir cet objet de nos vœux le plus cher.

La Destruction de la Royauté étoit une suitte de la Déclaration des droits et des principes proclamés par l'Assemblée Constituante'.

Nous avons défendu autant qu'il étoit en notre pouvoir (P. en nous) ces Principes éternels puisés dans la Raison , dans la Morale et dans la Justice.

C'est sur ces bases que nous avons voulu établir une Liberté sage et durable.

Nous nous sommes montrés aussi invariablement les Amis de cette Liberté que les Ennemis irréconciliables de la Licence.

La conduite que n'a cessé de tenir la Cour a précipité encore la ruine (P. chute) de la Royauté et a

1 V. le préambule de la Conslitution des 3-14 septembre il9\ :

DÉCLARATION DES DROITS DE l'uOMME ET DU CITOYEN.

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porté nécessairement la Nation vers une autre forme de Gouvernement.

Quelque fut notre désir de voir la République s'établir en France, si le Roi eut voulu sincèrement la Constitution acceptée par le Peuple, s'il lui eut donné une activité salutaire, s'il lui eut imprime une direction naturelle, nous n'en eussions jamais troublé la marche (addition de Petion seul : et nous eussions attendu la réforme du tems). — Le Roi en a voulu une qui le conduisit rapidement au pouvoir absolu; nous en avons voulu une autre qui s'accomodàt uniquement au régime de la Liberté '.

Le Roi pour réusir dans son projet a cherché à séduire , a attirer la masse du Peuple a lui par la Fourberie et par la Corruption, nous avons cherché à l'attacher à la bonne cause par la Vertu - , par la Force de la Vérité et des Principes.

Nous avons perpétuellement prêché au Peuple ies plus saines maximes de la Morale et de l'Humanité et nous n'avons négligé aucune occasion de lui inspirer des sentiments nobles et généreux.

Nous l'avons vu grand dans les beaux jours de la Liberté naissante; il a supporté avec courage les sacri-

1 I\Iém. de Buzot, p. 1 6 : « 11 ne faut pas se le dissimuler, la majorité du peuple françois soupiroit après la royauté et la Constitution de 4791. » Buzot répète encore en terminant ce passage : « Voyez les choses de près, pénétrez dans l'intérieur des familles, sondez tous les cœurs... vous y verrez que tous les vœux, toutes les espérances se portent vers la Constitution de 1791. » (P. 17.)

- On sait que ce mot était devenu le surnom de Petion, qu'on appelait la Vertu Petion. Buzot en faisait aussi un fréquent usage. Il dit (p. 163 de ses Mémoires) : « Moi dont ils connoissoient le désintéressement et, si j'ose le dire, le vertueux caractère... »

fices qu'il a été obligé de faire, nous l'avons admiré, loué, encouragé.

Nous avons toujours pensé qu'il auroit continué à se rendre digne de la Liberté, si de vils flatteurs, si des hommes pervers n'avoient pas mis tout en œuvre pour l'égarer.

Nous avons datte la perte de Sa Morale de l'Époque du 2 septembre ' ; elle a décliné alors d'une manière sensible; cest aussi a cette affreuse journée et à ses suittes que nous avons attribué les malheurs de la France.

Il a été évident pour nous que ces jours de crime ont élevé aux places les plils importantes des hommes qui auroient toujours Croupi dans les sentiers de la bassesse et du crime.

Il a été Évident pour nous que ces hommes se sont coalisés, qu'ils ont formé une faction foible dans l'origine, qui s'est fortiffiée et aggrandie insensiblement par les moyens les plus odieux et qui Enfin a force daudace et de forfaits, est devenue dominante.

Il a été Évident pour nous que ces hommes em-

* Buzot dit dans ses Mémoires (p. 163) : « Il ne faut pas que jamais l'histoire oublie que Demoulins, Fabre Desglantines, Danton et Robespierre sont les seuls auteurs des affreuses journées de septembre. » — Buzot dit ailleurs qu'à ce moment il n'était pas à Paris. (Mémoires, p. 29.) « Je ne connoi-sois pas encore tous les détails de la journée du 2 septembre... » Mais Petion était maire de Paris, et l'histoire lui reproche son inaction dans ces moments suprêmes. Peut-être dira-t-on qu'il était réduit à l'impuissance. Soit; mais alors il faut se retirer ou se faire tuer : sans quoi on encourt une responsabilité voisine de la complicilé. Et, en effet, Petion a été accusé par les hommes de septembre d'avoir bu à la santé des massacreurs! La simple possibilité d'une telle accusation est une tache. (V. la déposition de Chabot devant le tribunal révolutionnaire. Procès de Briisot, p. 171.)

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ployoient (P. tournoient) contre la Liberté des Sociétés qui d'abord en avoient été les plus fermes soutiens; que chassant successivement de leur sein les hommes a talens et les gens de bien ' , qui leur portoient ombrage, ces Écoles de morale et d'instruction etoient devenues des Écoles de corruption et des Instrumens aveugles et dangereux entre leurs mains coupables (P. devenoient des Écoles de corruption et de calomnie et des instrumens dangereux et aveugles entre leurs mains coupables).

Il a été évident pour nous que ces hommes avoient formé le projet d'avilir et de dissoudre la Convention nationale', qu'ils ont suivi ce plan avec une audace et une opiniâtreté imperturbables, que pour le faire réussir ils ont employé touttes les manœuvres imaginables, qu'ils ont marché de crimes en crimes, de conspirations en conspirations qui sans cesse découvertes ont été sans cesse impunies ^

Nous avons fait des efforts constans pour arrêter les progrès de cette faction liberticide, pour faire dominer

* Allusion probable à l'épuration des Jacobins, qui eut lieu en 1792i793, et qui fit sortir de cette société Brissot, Roland, Louvet, Girey Dupré (iJS novembre 1792), et plus tard Yergniaud, Guadet, Gensonné

2 Marat l'avoue hautement, même avant que la Convention fût réunie. Y.YAmi du Peuple, n°^ 682 à 685, du 15 au, 20 septembre 1792.

2 Tentative, dès le 2 septembre 1792, contre Roland, Brissot, Guadet et les chefs des Girondins de l'Assemblée Législative. — Conspiration du 9 mars 1793. — Projet d'égorger à domicile les chefs du parti girondin de la Convention, etc. — V. Mém. de Buzot, p. 75. — Et le journal de Gorsas, à la date des 10 mars 1793 et jours suivants. — Y. aussi Procès-verbaux de la commission des xii et Preuves sur les conspirations qui ont existé depuis l'Assemblée législative jusqu'au 10 thermidor, ou /'Innocence des députés mis hors la loi ou proscrits , brochure de 70 pages, par Bergoeing, député de la Gironde.

les principes qui avoient commencé {sic) la révolution (addition au premier projet de Petion, faite par Pelion lui-même sur son brouillon), pour repousser cette foule de décrets désastreux fruits de l'ignorance et de la perfidie, pour empêcher ces actes de tyrannie et d'oppression dignes des Nerons et des Caligulas ; ces meurtres', ces pillages^, ces proscriptions, ces violations de propriété et de domicile, ces arrestations arbitraires, ces supplices et ces atrocités de tout genre, qui ont couvert la France de Deuil ^ ! Mais la foiblesse d'une partie de nos Collègues , mais le silence et la stupeur de la Nation ont aggravé de plus en plus le mal en enhardissant les scélérats et il est parvenu enfin à ce degré , quil na plus été en notre pouvoir d'en arrêter le torrent; et que nous nous sommes trouvés dans l'impuissance absolue de nous opposer a la marche et aux desseins des enemis de notre Patrie.

Nous n'avons jamais voulu faire usage que des armes de la raison et nous avons été sans cesse vaincus par les armes de l'intrigue, par la violence et par la calomnie.

Nous avons dédaigné une fausse popularité qu'il nous étoit si facile d'acquérir, nous nous sommes

* Massacres individuels de Tiiéobald Dillon , de La Rocliefoucauld, de Clermont-Tonnerre, etc.; — massacres en masse de la Glacière à Avignon, du 2 septeml)re, des prisonniers d'Orléans à Versailles; de Meaux, Reims, Caen, etc.

- Pillage des épiciers, le 25 février 1793.— Destruction des presses de Gorsas, 9 mars.

^ Le meilleur commentaire de ce passage se trouve dans l'écrit publié par Brissot le 22 mai 4793 , p. 44 à 50. Il reprend un à un tous les griefs énumérés ici par Petion et Buzot, et il signale nominativement les Troubles de l'Eure, de l'Orne, etc., etc.; les Troubles d'Orléans (affaire de Léonard Bourdon) ; les Troubles de la Vendée. (Bnissor

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