BARBAROUX
La mer qui revient et s'élance Sur les bords qu'elle avoit quittés', 0 feu! tout cède à ton empire, Depuis l'insecte qui respire Jusqu'à Francklin qui t'asservit.
La mort, hélas! c'est ton absence.
Reviens, source de l'existence.
Reviens, ou l'univers périt.
YIII.
0 Dieu! l'instant de la vengeance Arrive déjà : l'éclair luit, La foudre part; elle s'élance, Roule, tombe... et s'évanouit.
Que vois-je? quel nouveau prodige!
Ah! quelle est la main qui dirige Le feu sacré de l'Éternel ?
Ce feu s'éteint, la foudre expire; Un fer la dissipe, l'attire.
Et c'est l'ouvrage d'un mortel!
ÎX.
Ainsi la foudre fut domptée.
Francklin, tu désarmes les cieux.
Et ta main, nouveau Prométhée, Arrache le tonnerre aux Dieux.
Tu dis : « Que la foudre obéisse A cette flèche protectrice! »
1 Lamartine aussi, dans la même Méditation, dit avec une évidente supériorité :
De sa prison profonde La mer vomit san onde , Et (les bords qu'elle inonde Recule on mugissant.
La foudre obéit à l'instant, Et conduite sans résistance, Elle vient mourir en silence Au pied de l'insecte rampant.
Ah! ne crains pas que de ta gloire
Le temps efface quelques traits :
Le temps respecte la mémoire
Des hommes grands par leurs bienfaits.
Et tandis qu'au sein des ténèbres
Il plonge ces brigands célèbres
Dont le monde a subi la loi,
Francklin, sa puissance immortelle,
Ainsi que la foudre éternelle.
Doit s'anéantir devant toi.
Ailleurs, quel spectacle terrible!
L'éclair enfante des volcans ;
La terre tremble, un gouffre horrible
S'ouvre, et l'Ethna vomit ses flancs;
La lave a percé les montagnes,
Et dans les paisibles campagnes
A roulé des torrens de feu.
Messine n'est plus... 0 nature!
Tu frappes. — L'homme en vain murmure
Son trépas pour toi n'est qu'un jeu.
xn.
Céleste agent , de ta présence Quant {sic) tout ici-bas nous instruit,
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Méconnoitrai-jc la puissance De l'Être incréé qui te fit?
Inconcevable Météore, Non , ce n'est pas toi que j'adore :
Loin de moi cette folle erreur !
Porté sur des ailes de flame, Je m'élance aux cieux , et mon âme Va rendre hommage à ton Auteur.
(T. II, p. 304 à 314.)
« C'était le temps où les phénomènes de Télectricité venaient d'être expliqués par Francklin. Barbaroiix en étudia les effets dans la médecine, inventa un électromètre et correspondit, à dix-sept ans, avec les auteurs du Journal de physique. Plusieurs Mémoires de lui, contenant des observations justes et des découvertes intéressantes, furent insérées dans ce Recueil. » (Notice sur Barbaroux, en tête de ses Mémoires, ij.)
Barbaroux avait suivi un cours d'optique sous Marat. (Même ouvrage, p. 57.) Et Marat lui-même avait été en rapport avec Francklin. Nous publierons ultérieurement une lettre de Fiancklin à Marat; et Brissot, dans ses Mémoires, raconte avoir vu le célèbre physicien chez le futur Ami du Peuple. (Mém. de Brissot, I, p. 229.)
Il nous semble que c'est à cette époque que doit être reportée sa composition de l'Ode que l'on vient de lire. Que Barbaroux, malade, se soit rappelé ces vers de sa jeunesse, qu'il les ait transcrits et revus pendant son séjour en Bretagne, nous l'admettons; mais il est difficile d'imaginer qu'il ait traité un pareil sujet en 1 793 sans y laisser percer la moindre allusion aux événements qui venaient de s'accomplir, à la foudre popu-
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laire qui Tavait atteint ! « Cette conclusion est d'ailleurs confirmée par les IMémoires de M. Vaultier, qui rapporte avoir entendu Barbaroux réciter ses vers sur rÉlectricité à Caen, et conséquemment avant son séjour en Bretagne. » (Souvenirs du fédéralisme , p. Go.)
Lettre adressée à madame Bouquey par Barharoux.
Voici, femme aimable et Sensible, quelques nouvelles feuilles de mes Mémoires que je vais très-rapidement achever. Je dois vous dire à cet égard, tant pour mes amis que pour moy, que tous nos Mémoires et nos Écrits ne sont remis qu'à vous, qu'ils n'appartiennent qu'à vous et que vous seule pourrez en disposer', conformément aux notes qui vous ont été ou vous seront remises. C'est un dépôt sacré que vous êtes digne de conserver, mais qui doit l'être dans toute son intégrité. Que dans aucunes circonstances il ne sorte de vos mains, qu'aucune considération, aucun ordre, aucune prière ne vous l'arrache ! Qu'aucune main, quelle qu'elle soit, ne se permette d'en toucher la moindre ligne, fut-ce sous le prétexte de corriger une erreur! Ces Écrits nous sont plus chers que la vie; vous avez conservé l'une, vous saurez fidellement garder les autres. Oui, femme sensible, soyez la dépositaire de nos titres les plus précieux, de notre honneur, car il est sans doute attaché à la conservation de ces Mémoires. Soyez-en la dépositaire inviolable : c'est vous que nous chargeons
' Allusion à la conduite de Bouquey, qui, moins héroïque que sa femme, exigea que les Proscrits, d'abord réfugiés chez lui, allassent porter ailleurs la contagion de leur infortune. (Lussaud, Éloge historique de Guadet, p. 81.)