ACTE II, SCENE III
On peut dans le néant faire entrer leur puissance.
Je n'en ai frappé qu'un, et devant ta présence,
D'autres tirans encor, tout aussi dangereux,
Triomphent par le crime et font les mêmes vœux.
Oui, j'ai tué Marat, et puisse le tonnerre
Ecraser d'un seul coup les monstres de la terre!
Citoyens, entendez ces plaintes, ces accens.
Qui de la France en pleurs font gémir les enfans!
Voyez de tous cotés la flamme dévorante,
Et le fer et la mort ! la mort pâle et sanglante ,
Moissonner sans pitié nos frères, nos amis,
Faire un vaste tombeau de ce triste païsl
Ces loix, ces saintes loix, dont le frein salutaire
Impose aux passions et console la terre ,
Ont fui, comme les cieux par la foudre obscurcis!
Le crime triomphant sur leur trône est assis!
Les vertus, les talens, tout ce qui donne aux hommes
Du repos , quelque bien sur ce sol où nous sommes ,
Est regardé partout comme un injuste sort;
Le Malheur de l'aisance est puni par la mort.
ROBESPIERRE
Pourrons-nous?
DANTON
Il le faut; cédons à la contrainte.
CHARLOTTE, continuant.
Cependant les soupçons, triste fruit de la crainte, La calomnie active et les délations, Vont répandant la haine et les divisions. Quiconque ose douter si l'on peut par le crime Faire un trône aux vertus durable et légitime,
32 CHARLOTTE CORDAI.
Si de la République il faut fonder les Loix
En coiToui})aiit les mœurs, en violant les droits.
Un délateur le frappe et reçoit son salaire!
Ce fléau destructeur couvre la France entière :
Les Epoux, les amis s'observent, sont tremblans;
* Le père est étranger au sein de ses enfans ;
Et de tout mon pais la force divisée
N'offre plus aux tirans qu'une conquête aisée!
Peuple!... dans ton Sénat sont ces tirans pervers!
Français ! . . . sous vos yeux même ils vous forgent des fers!
Ce sont eux qui du fond de ces caveaux funèbres ,
Ou Marat croupissoit, digne de leurs ténèbres,
L'ont jette parmi nous comme un fatal serpent.
Gage de la discorde et présage sanglant
De ce règne odieux que leur main nous prépare.
(Avec une indignation froide.)
Danton, j'aurois voulu percer ton cœur barbare, Ce cœur nourri de sang et dont les soins secrets Ont fait pour toi surtout ces sinistres apprêts. J'ai brisé dans tes mains ton instrument funeste; Je n'avois qu'un seul coup : le ciel fera le reste ' !
SECHELE, a part.
Dans mon cœur étonné. Dieux! quel trouble inconnu Le charme de ses traits ajoute à sa vertu I
( Il se levé et vient sur le devant de la scène , ainsi que Robespierre et Amare.)
1 Mot de Charlotte rapporté par Drouet dans son rapport à la Convention, a Elle a parlé beaucoup toute la nuit; elle a divagué longuement dans l'hypothèse qu'il y avait un plan d'assassiner les patriotes de la Montagne. J'ai rempli ma tâche, ajouta-t-elle d'un air satisfait; les autres feront le reste. » Moniteur du 17 juillet 1793 , n» 498.