ACTE III, SCENE I
SECHELE, a part.
Nous aurions, de concert, travaillé pour un Maitre! Je courberois mon front!...
RAFFET
Mais ne le croyez pas.
En vain vous espérez, dans ce lâche ramas Qui par l'effroi vous sert et fonde un trône au vice Dans Paris, étonné de s'en trouver complice. Cette femme sublime échauffe tous les cœurs. Paris a honte, enfin, de ses derniers malheurs; Avec horreur déjà son peuple vous contemple; Et s'il faut qu'à la France il donne encor l'exemple. Il n'attend plus qu'un chef; et moi-même, en ce jour, Je puis le devenir et frapper a mon tour.
SECHELE.
Qui ! toi ! tu t'armerois contre le Sénat même ! Contre moi , ton ami ?
RAFFET
Dans ce péril extrême, Lorsque la liberté n'a plus aucun espoir. Résister aux tirans c'est le premier devoir. Oui, je pourrois m'armer et rallier encore Ces amis de nos loix dont la France s'honore. Qui, pour les commander, m'appelloient par leur choix. Quand l'or, quand la terreur, docile a votre voix, Fit d'un choix désastreux gémir la ville entière. Ils sont mes compagnons, ils m'appellent leur frère; Leur cœur, comme le mien , déteste les tirans. Ah! pourquoi faut-il donc, quand tes vils sentimens
48 CHARLOTTE CORDAI.
Eclattent à mes yeux, sollicitent ma haine,
Que mon bras soit glacé, que l'amitié l'enchaine?
Quand la liberté souffre, est-il donc des amis?
J'admire cette femme, et de sa gloire épris
Mon cœur est lâche assez pour ménager un traître !...
Tes ordres devant toi vont la faire paraître.
Je ne forme qu'un vœu : puisse son bras vengeur.
Pour sa gloire, pour nous, pour le commun bonheur,
Être armé de ce fer dans mes mains inutile!
Puisse-t-elle se rendre une autre fois utile,
Et nous délivrer tous du besoin de t'aimer !
(Henriot paroît.)
Quoi ! Raffetl... et quels vœux a-t-il osé former?
SECHELE.
Ah ! que ce vœu fatal en effet s'accomphsse !
HENRIOT
Ourdit-il quelque trame, et veut-il pour comphce?... SCENE IL
SECHELE, RAFFET, HENRIOT.
SECHELE, à Raffet.
Laisse nous.
RAFFET
Songe à toi; sers enfin ton pais; Sois citoyen.
(Il sort.)
0 ciel !