‹ Charlotte de Corday et les Girondins (volume 2)Chapitre 32 sur 174 · ACTE III, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE III

HENRIOT

Vos ordres sont remplis :

Pour contenir le peuple , une nombreuse escorte Va me suivre à la tour, et jusqu'à cette porte Conduira cette femme et défendra ces lieux.

SECHELE.

Ordonnez qu'elle vienne... Où suis-je, justes Dieux? SCENE Ilf.

SECHELE seul.

Quel trouble ses discours ont jette dans mon ame ! Est-il un cœur si bas que sa vertu n'enflamme ? 0 mon ami ! . . . Mais quoi ! Paris peut à sa voix Ralier contre nous tous les amis des Loix, Délivrer cette femme et rendre un digne hommage A son ame sublime , à son noble courage ! Elle vivroit!... Que dis-je? espoir vain et trompeur! Si ses douces vertus echauffoient un seul cœur, Si tout n'etoit glacé, seroit-elle enchainée?... Ils vont s'armer!... Mais quoi! cette rage effrénée Qui veut dominer tout, n'a-t-elle pas contr'eux Fait d'horribles serments, pris des moyens affreux? C'est en vain; et leur chutte, à la France funeste, Détournera ses coups des cœurs que je déteste; S'ils soumettent Paris, leur triomphe est certain. Les cruels!... Cependant, du pouvoir souverain J'aurois ma part aussi!... Lâche!... ah! si sur la terre Il falloit voir régner quelque Dieu tutelaire,

Elle seule en est digne : Eh! quel objet plus doux,

Plein des bienfaits des cieux, peut les verser sur nous ?. . .

Elle est aux fers ! . . , Quoi donc ! d'où viennent mes allarraes ?

Ce trouble!... les vertus ont-elles tant de charmes?

Son image me suit! et s'il faut qu'aujourd'hui,

Déchirée et sanglante!... Horreur qui me poursuit!...

Arrêtez; épargnez ce cœur si généreux;

Non, qu'elle vive!... ils ont formé les mêmes vœux!

Mais à quel prix!... Jamais cette ame vertueuse

Ne voudra consentir à cette offre honteuse.

Elle meurt cependant!... Mais si, pour les Proscrits,

De quelqu'espoir de Paix je flattois ses esprits !

Si, domptant sa fierté, je l'engageois moi-même

A demander pour eux cette faveur suprême !

Peut-être qu'en effet la guerre et ses apprêts

Ont plus touché son cœur que tous ces vains attraits

De droits, de liberté que l'on conçoit à peine :

Peut-être qu'à la fin , pressés par tant de haine ,

Les monstres laisseroient desarmer leur courroux

Par des traits si touchans, par des charmes si doux.

Si l'on peut les fléchir; eh! qui le peut mieux qu'elle?

Les fléchir!... Je succombe à ma douleur mortelle.

SGEJNE IV.

SECHELE, CHABLOTTE; gardes qui la conduisent et qui se retirent aussitôt qu'elle est entrée.

SECHELE.

Madame , à votre aspect vous me voyez confus ; Mon cœur est pénétré de toutes vos vertus,

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