‹ Charlotte de Corday et les Girondins (volume 2)Chapitre 33 sur 174 · ACTE III, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE IV

Et mon plus doux espoir, mon vœu le plus sincère, Seroit d'en conserver tout l'Eclat à la terre. Ah ? pourquoi faut-il donc que cet Eclat si doux N'ait brillé qu'un instant et s'éclipse pour nous? Pourquoi le ciel, jaloux d'un si noble avantage. Prend-il si peu de soins de son plus digne ouvrage ?

Quoi ! les tirans parfois vont donc jusqu'à flatter ! Quel piège veux-tu tendre , et qu'ai-je à redouter ?

SEGHELE.

Moi vous tromper! grands Dieux! si j'eusse été capable De former dans mon cœur un dessein si coupable. Un seul de vos regards m'en auroit fait rougir.

De tous ces vains propos dois-tu m'entretenir? Est-ce ainsi qu'ont voulu les tirans de la France ?

SECHELE.

Puisse n'être entre nous aucune différence, Madame! et tant d'horreur, amassée en ces lieux, Auroit déjà cessé de courroucer les cieux.

Que dis-tu ?

Cependant, leur haine moins terrible.

Peut n'être pas toujours envers vous inflexible : Un cœur si vertueux doit adoucir le sort. Eh! puissai-je, en effet, l'arracher à la mort!

Moi, vivre! les tirans ont-ils tous cessé d'être?

52 CHARLOTTE CORDAI.

SECHELE.

Ah! que cette fierté cesse un peu de paraître, Adoucissez vous-même un si noble courroux : Peut-être est-il trop beau; tant d'éclat parmi nous, En étonnant nos cœurs montre trop leur faiblesse : Cette gloire éblouit; et pour qui s'intéresse Au bonheur des mortels, au soin de leurs vertus, Un sentiment moins haut convient peut-être plus.

Un cœur fier peut-il trop haïr la tirannie ? Doit-il cesser jamais de chérir la Patrie ?

SECHELE.

Un cœur noble, sensible, et digne des Français, Doit aspirer surtout à leur donner la paix.

Mon cœur a-t-il formé d'autres vœux que pour elle ' ?

SECHELE.

Et pourtant tout s'emplit d'une fureur nouvelle; La guerre autour de nous fait ses sanglans apprêts; Des Français vont peut-être attaquer des Français; Et la mort aujourd'hui, pour première victime. Jusque sur vous!... faut-il vous rappeler leur crime!

Ne m'envieront-ils pas ce trépas glorieux ?

SECHELE.

Tout glorieux qu'il est, ce trépas est affreux :

' C'est en effet au nom de la paix que Charlotte de Corday a agi. V. Note sur la lettre de G. de Corday à Barbaroux, p. xiiii.

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