‹ Charlotte de Corday et les Girondins (volume 2)Chapitre 34 sur 174 · ACTE III, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE IV

Vous devez l'éviter, pour nous, pour la Patrie, Qui s'enorgueillit trop d'une si noble vie.

Et pour le mériter, ce présent si flatteur, A quel crime faut-il déterminer mon cœur?

SECHELE.

Dieux !

Parle franchement; sois leur digne interprète.

SECHELE.

Ne me demandez pas quel crime se projette. Les lâches!... ils ont cru qu'à l'aspect de la mort Ce cœur si grand , vaincu , pour détourner son sort Leur feroit quelqu'aveu qui serviroit leur haine!

(Regard expressif d'indignation de Charlotte.)

Ah! pardonnez, madame, et cette horreur soudaine Et tout votre courroux m'en dira moins encor Que tout ce que mon cœur en a senti d'abord. J'en ai frémi pour vous; avec orgueil, peut-être. Je leur ai pardonné de si mal vous connoitre... Cependant, sans céder, sans servir leur fureur, Ne pourriez-vous donc pas de quelqu'espoir trompeur Les flatter un moment; obtenir qu'on diffère? Qui sait si, triomphant de cette ame si fiere. Adoucissant ces traits déjà si seduisans, Vous n'amoliriez pas ces cœurs durs et mechans ! Pourroient-ils repousser cette douce Eloquence Que votre bouche emploie avec tant de puissance ? Eh ! qui peut vous entendre et ne pas vous céder ?

54 CHARLOTTE CORDAT.

A vos vœux, cependant, s'il est doux d'accéder, Les Proscrits même auroient cette ressource heureuse De voir, en leur faveur, votre ame généreuse Faire valoir nos droits à leurs persécuteurs. Les cruels ont sur eux entassé tant d'horreurs! Dans leurs cœurs étonnés l'espérance chancelé; Vous-même les frappez d'une frayeur nouvelle; Quand vous donnez l'exemple, on peut vous imiter, Et le peuple autour d'eux commence à s'agiter. Le peuple veut la paix : nos discordes le lassent; Et tandis qu'il gémit les partis se menacent; L'échaffaud qu'on prépare est un signal affreux Qui peut... puissai-je, helas! le renverser sur eux ! De tant de vœux touchants devenez l'interprète; Que tout cesse, s'oublie, et que la paix s'apprête. Que le sang odieux par votre main versé , Appaise la Patrie et le ciel courroucé; Qu'en voyant tout fléchi, la France s'applaudisse De ne devoir qu'à vous un si grand sacrifice.

Tu veux que je m'abaisse aux pieds de ces brigands ? Que j'accepte, avant tout, tes délais flettrissans ? Mais quand, m'humiliant jusqu'à demander grâce Pour moi, pour mon pais qu'indigne leur audace, Je pourrois, dans ces cœurs troublés par leurs complots, Décider pour la France un instant de repos; Penses-tu que jamais l'espoir les abandonne D'anéantir nos droits, de se fonder un trône? Penses-tu que le sang des vrais républicains En seroit moins un jour répandu par leurs mains?

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