ACTE III, SCENE IV
Pour qui voulut régner, le trône a seul des charmes. Toi même, qui parois concevoir tant d'allarmes, Tu desires la paix ! . . . Ton cœur ambitieux Garde, en la demandant, tous ces coupables vœux.
SECHELE.
Ah ! qu'il serait flatteur de rendre à sa Patrie Des charmes si touchans, une si belle vie. De pouvoir la combler de tous les dons des cieux! De régner?... pour offrir à ce cœur généreux L'empire des mortels, leur hommage sincère, Pour la voir, à son gré, pacifier la terre, L'embellir de ses traits, l'orner de ses vertus!
Que dit-il ?
SECHELE.
Ah! pardon : je ne me connois plus; Je m'égare!... je sens que mon cœur vous offense; Ce cœur ose aspirer à la toute-puissance... Dieux! que n'est-elle à moi pour la mettre à ses pies.
Quoi donc ?
SECHELE.
Ces sentimens, par vous purifiés.
Sont nobles comme vous , doux comme votre image , Qui les embellit tous, qui me suit...
Quel langage ?
SECHELE.
Pardon! voyez mon cœur, voyez mon sort affreux... Dieux! pourquoi, dans ce jour, l'offrez-vous à mes yeux?
56 CHARLOTTE CORDAI.
Insensé! peux-tu bien me faire cet outrage, De m'offrir en ces lieux un si coupable hommage? Ah ! si de tels désirs pouvoient souiller mon sein , Je l'aurois, dès longtemps, déchiré de ma main. Liberté sainte! et toi, dont l'immortel génie Armas ce bras vengeur contre une secte impie ! Brutus ! Dieu bienfaiteur ! Dieu terrible aux tirans ! N'as-tu, de ton image, embrasé tous mes sens; N'as- tu frappé par moi ta première victime, Que pour voir son agent me proposer son crime ? Mais quel est ton espoir? Puis-je oublier jamais Les attentats des tiens et tes derniers forfaits ? Vil esclave ! oses-tu te parer de tes chaines ? Ton Dieu demande encor des victimes humaines ; Par des crimes plus grands que les forfaits des Rois, Tu veux t'assoir enfin sur les débris des Loix?... Ah! si ton cœur, saisi d'un remords salutaire, A l'exemple du mien vouloit venger la terre; Si, loin de m'exciter à de lâches regrets. Tu m'avois envié mon trépas, mes succès; Peut-être à t'écouter pourrois-je me contraindre : La France a tous mes vœux; mais j'aurois pu te plaindre.
SECHELE.
Ah! c'en est trop enfin, je tombe à vos genoux; Le prestige est détruit, je ne vois plus que vous; En vous la hberté, comme en son sanctuaire. Commande les respects, en impose à la terre : Dans un temple si saint laissez-moi l'adorer. Quels remords accablans viennent me pénétrer !