‹ Charlotte de Corday et les Girondins (volume 2)Chapitre 5 sur 174 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

Je dois de ce récit adoucir quelques traits.

* Le jour de crise, amis, sans doute est difficile; Le peuple est agité; mais l'armée est tranquile. Le soldat, chaque jour, au combat occupé.

Sur nos divisions est aisément trompé.

Plus heureux l'on nous croit dans les camps : leur entrée,

Aux plaintes des Proscrits n'a point été livrée.

Nous seuls, au millieu d'eux, nous sommes entendus;

Le soldat nous révère ' et croit à nos vertus.

En vain, à nos agens, le farouche Ciistine,

S'efforce d'opposer l'ordre et la discipline :

Si, d'un joug qu'il déteste, il a pu s'irriter.

Ouvertement du moins, il n'ose résister.

Dumouriez, Lafayette, idoles de la France,

Par nos décrets frappés sont restés sans défense.

Leur exemple en impose à cet esprit altier.

Il nous hait; mais son cœur est forcé de plier :

* Par nos succès passés sa haine est contenue. L'occasion, amis, pour Ciistine est perdue; Custine a balancé, ses soldats sont à nous. Arbitres tout-puissant de ce sénat jaloux. Calculez maintenant la crainte, l'espérance,

* Et les faveurs du sort, et l'honneur de la France. Vous voyez vos dangers, ne nous déguisez rien : J'entendrai vos avis et j'y joindrai le mien.

SECHELE.

Et qu'est-il désormais besoin qu'on délibère. S'il nous faut perdre eniin la faveur populaire? Sans appuis, sans moyens, que pourront nos décrets

* Variante : Adore. D'une autre main.

8 CHARLOTTE CORDAI.

Contre des ennemis si forts de nos excès? Qu'importe que le sort, favorable ou contraire, Pour nous ou contre nous tourne l'armée entière? Qu'importe que Marat soit un Dieu dans nos camps? Pour venir repousser des flots de mecontens,

* Nos soldats voudront-ils, instrumens mercenaires, Devant l'Autrichien déserter nos frontières?

* Sans doute il est flatteur, pour un cœur généreux, D'abbattre ses rivaux et de régner sur eux ' .

* Cependant, pour monter à la toute-puissance, Forcés d'encourager le crime, la licence.

Quel sinistre projet avons-nous négligé?

Dans un dueil affligeant tout l'empire est plongé. De nos vils partisans, la horde sanguinaire. Sur l'espoir du pillage a fondé son salaire : Marat, l'affreux Marat, à nous-meme en horreur. Partout, pour nous servir, a soufflé sa fureur, Commandé les soupçons, les haines, la vengeance, Et notre politique a dévasté la France. Irons-nous aujourd'hui, pressés par tant de maux, De la discorde encore agiter les flambeaux. Accroître des brigands l'avidité funeste. Et des bons citoyens moissonner ce qui reste? Que nous reviendra-t-il de nos excès nouveaux? S'il est doux de régner, est-ce sur des tombeaux? Vous le voyez, d'ailleurs, à sa honte sensible. Le Français opprimé se reveille terrible.

1 Depuis ce vers jusqu'à celui qui commence par ces mots : Le Français opprimé, etc., il règne dans le manuscrit une accolade, avec celte observation placée au centre : Trop long.

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