‹ Charlotte de Corday et les Girondins (volume 2)Chapitre 6 sur 174 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

L'ardeur de nos agens repond mal à nos vœux : Aussi cruels que nous, mais moins audacieux, La chutte des Proscrits les remplit d'épouvante,

* Et nos séductions n'ont [)lus rien qui les tente. Pouvions- nous, en effet, croire que des Français, De notre joug honteux, ne rougiroient jamais? Qu'ils nous verroient régner au gré de nos caprices,

* Et qu'ils perdroient le fruit de leurs grands sacrifices? Non, non-, la liberté, par des traits trop puissans,

A gravé dans leurs cœurs la haine des tyrans ; En eux, plus que jamais, cette fièvre fermente. Regne-t-on sur les mers au fort de la tourmente? De la nécessité sachons subir les loix. Nous-mêmes des Proscrits rétablissons les droits.

* D'un retour commandé par le sort qui nous quitte, Près du peuple, près d'eux, faisons-nous un mérite. Confondus de leur chutte, étonnés, inquiets.

Avec reconnaissance ils recevront la paix. Vers un terme commun marchons avec franchise ; De nos vastes desseins que l'honneur nous suffise : Changeons, puisque déjà la France l'a voulu, Et par prudence, enfin, cédons à la vertu.

ROBESPIERRE

Y pensez-vous, Sechele? Et pouvez- vous bien croire, Quand nous-meme, soigneux de souiller notre gloire, Nous pourrions des Proscrits solliciter l'appuy. Qu'un pareil changement soit possible aujourd'hui? Avez- vous oublié ces luttes si nombreuses Où, déployant l'orgueil de leurs âmes fougueuses, Ils osoicnt, au millieu de ce Sénat jaloux,

10 CHARLOTTE CORDAI.

Nous frapper des éclats de leur bouillant courroux? Pensez- vous que jamais ce parti téméraire Puisse sur le passé se résoudre à se taire ? Dans nos cœurs, malgré nous, ils ont sçu pénétrer : Ils connoissent quels ])rix nous osons espérer. Si, la torche à la main, la sanglante anarchie Plane sur nos cités, y porte l'incendie, Prêche l'oubli des loix, le mépris des devoirs, Et lasse les Français de leurs propres pouvoirs; Si la mort qui la suit, l'effroi qui l'environne A quelques rois nouveaux fraye une route au trône, Ont-ils cru que Marat eut, avec tant d'ardeur, Pour d'autres que pour nous dechainé sa fureur? Et lorsque dans ces jours de sang et de pillage. Nos assassins nombreux, gagés pour le carnage, Dans Paris tout sanglant, que leurs cris effraïoient,

* Demandoient le pouvoir pour ceux qui les payoient; Ne les a-t-on pas vus, de ces scènes hideuses,

* Ecarter hardiment les couleurs spécieuses.

Et demander vengeance en bravant ' les poignards Des meurtres de Septembre et des crimes de IMars ? Ah! bien loin d'écouter une espérance vaine. Soyons dignes de nous et méritons leur haine :

Je l'avouerai pourtant; mon esprit confondu A de tels mouvements ne s'est point attendu. Ces efforts si subits, tout un peuple qui s'arme. Ces avis, ces vengeurs m'ont causé quelqu'allarme.

ariante de la main de Barbaroux : Au mépris des poignards.

Page 1