‹ Charlotte de Corday et les Girondins (volume 2)Chapitre 75 sur 174 · OBSERVATIONS DE BARBAROUX · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS DE BARBAROUX

La lettre de Barbaroiix à Salle est minutée d'une écriture très-fine et très-nette sur deux feuillets inqiiarto. Elle paraît avoir été tracée par une main ferme et rapide. On n'y remarque que deux ou trois ratures insignifiantes et deux renvois.

Cette lettre n'est pas signée; mais l'authenticité n'en peut être douteuse. L'écriture de Barbaroux est parfaitement reconnaissable par elle-même, et de plus, on lit en tête ces mots, écrits probablement par Jullien : de Barbaroux.

De Barbaroux.

Mon ami ,

Ta mémoire ne t'a donc pas rappelle toutes les circonstances de la mort de Charlotte Corday? Comment as-tu pii ne pas mettre sur la scène cet intéressant Adam Lux, député deMayence, véritablement^ amoureux de Charlotte , et qui pour Elle , pour un écrit où il la peignoit plus grande que Brutus, s'est fait enfer-

' Véritablement amoureux de Charlotte. Ce mot est remarquable. Il peut avoir été employé par antithèse à l'amour imaginaire prêté à Hérault de Séchelle. Il se peut aussi qu'il renfermât une allusion à l'amour supposé de Barbaroux pour Charlotte de Corday.

L'idée de faire intervenir Adam Lux dans une tragédie de Charlotte de Corday se retrouve dans la plupart des œuvres dramatiques que nous avons analysées. (Voyez notamment la tragédie avec chœurs publiée en 1804 à Hambourg; le drame de Régnier Destourbet, Paris, ISSI ; la tragédie en vers et en prose de Cari von Appen. Kiel, 1861.)

mer à l'Abbaye '. — Mon ami, Adam Lux te convenoit bien mieux pour l'intrigue de ta pièce, que cet Hérault Sechelle dont tu clianges le caractère, dont tu fais un homme de bien contre toute vérité, et que tu fais mourir empoisonné sur la scène lorsqu'il est plein de vie^. Une telle invention contredit et les faits historiques et la moralité connue des personnages. Et puis, pourquoi copier mot à mot la scène de Seyde dans Voltaire? je dis mot à mot, non dans la versification que tu as beaucoup négligée, mais dans les positions. On ne peut pas te passer ce plagiat % d'autant plus remarquable, que Hérault Sechelle, assistant un jour à

' C'est à la Force et non pas à l'Abbaye que Lux fut incarcéré lors de son arrestation.

- Même remarque dans la lettre de Petion, p. 101. ^ Y a-t-il bien ici plagiat? Le poison est un moyen qui appartient essentiellement au domaine public théâtral. Dans la tragédie de Voltaire, Mahomet ordonne à Omar d'empoisonner Séide lorsqu'il aura frappé Zopiie. « Je sais comme on écarte un témoin dangereux, » dit-il. C'est un assassin qui veut s'assurer du silence de son complice. Dans la pièce de Salle, Danton imagine de se défaire d'un adversaire en faisant retomber Todieux de sa mort sur le parti ennemi , les Girondins. C'est dans ce machiavélisme que consiste l'originalité de l'invention bonne ou mauvaise. Les situations sont donc au fond très-différentes. Mais il est vrai que, suivant la remarque de Barbaroux, d'accord en ceci avec Petion, la mise en scène de la fin d'Hérault de Sechelle présente avec la mort de Séide une similitude que l'on peut qualifier de réminiscence. Nous transcrivons ici la scène iv du V" acte de la tragédie de Voltaire, on pourra la comparer avec la scène m, acteV, de l'œuvre de Salle :

SÉIDE, un poignard à la main, mais déjà affoibli par le poison N'écoutes point ce traître et guides-moi... Grands dieux, Quel nuage épaissi se répand sur mes yeux !

(Il avance, il chancelle.) Frappons ! ... Ciel ! je meurs...

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