‹ Charlotte de Corday et les Girondins (volume 2)Chapitre 81 sur 174 · DE BUZOT ET DE PETION · texte numérisé non relu

DE BUZOT ET DE PETION

Aujourdhuy 3 messidor, l'an, second de la Répu- Idique françoise, une et indivisible,

Nous, Laye et Oré aîné, commissaires nommés et requis par le citoyen Julien, envoyé à Bordeaux par le Comité de salut public;

Etant partis de Bordeaux en poste, arrivés à Libourne à six heures du matin, Laye, l'un de nous, est parti pour se rendre à Castillon, où est Barbaroux, exdéputé, et y joindre nos collègues Coste jeune et Batut, qui si étoient rendus en vertu de même réquisition depuis le jour d'hier.

Oré aîné est parti au même instant pour aller à Saint- Emillion; il a posé les scellés dans la maison et sur les meubles de Baptiste Lavaux, qu'il a provisoirement

mis en état d'arrestation cliés lui jusqu'à la visite de ses papiers, etc...

Ensuite, Oré, accompagné du citoyen Nadal, offi-r cier, municipal de Saint-Émillion, se sont rendus à Castillon dans l'après-midi, pour rejoindre Laye, Coste et Batut. (Ils se rejoignent en effet dans la nuit du 4 messidor, et le procès-verbal continue ainsi :)

Les citoyens Serezac etLavache, juges de paix, ont, en notre présence, fait plusieurs interpellations à l'in^ connu, qui s'étoit tiré un coup de pistolet dans l'oreille droite, et de ses aveux il en est résulté qu'il se nomme Charles Barbaroux, ex-député '.

Par le juge de paix, il a été dressé procès-verbal de la levée de son corps, sur les lieux où il a voulu s'homicider^ et l'état des effets qui étoient sur lui , la description de ses habits, le tout vérifié par nous ainsi que le Verbal des interpellations qui lui ont été faites en notre présence.

Nous sommes concertés et pris l'avis des citoyens Verneuil et Lassime , officiers de santé , qui ont décidé

1 Avant hier matin , plusieurs volontaires qui passaient près d'une pièce de blé, à une demi-lieue de Castillon, entendirent tirer un coup de pistolet et virent deux hommes qui s'échappaient dans une pièce de pinadas très-fourrée ; ils se rendirent sur le coup et trouvèrent un homme baigné dans son sang; ils le prirent, le portèrent à Castillon. Lagarde s'y rendit de suite, et voyant que le linge du blessé était marqué R. B., il lui demanda : « Êles-vous Buzot? » Comme il ne pouvait pas parler, parce que le coup de pistolet qu'il s'était donné avait porté dans la mâchoire, il fit signe de la tète que non; il lui demanda s'il était Barbaroux, il fit signe que oui. On envoya de suite un exprès à Julien pour l'instruire de cette nouvelle capture et de la recherche qu'on faisait des deux fuyards qu'on avait aperçus... (Lettre d'un membre du district de Bordeaux. V. infra.)

qu'on transportant un lit dans un bateau il pouvoit sans danger être traduit à Bordeaux.

En conséquence, la Municipalité ayant requis un bateau , avons déposé dans un sac les effets du dit Barbaroux, le dit sac scellé par le Juge de paix, et avons commis Batut, l'un de nous, pour, avec un officier Municipal, quatre hommes de garde et Verneuil, officier de Santé, le conduire à Bordeaux. Ils sont partis à neuf heures du matin.

Expédié à l'instant un ordonnance vers le Général Mergier, porteur d'une dépêche pour Julien, qui lui annonce le départ de Barbaroux et le prévient d'envoyer un canot armé au Bec d'Ambès pour servir de remorque au bateau ou etoit le dit Barbaroux.

Ayant donné plusieurs réquisitions aux communes du canton de Castillon pour arrêter tous les étrangers, nous sommes retirés à Saint-Émillion, où nous avons trouvé toutes les gardes permanentes et plusieurs piquets en détachement soit dans le canton , soit même dans le département de la Dordogne, cantons de Villefranche et Guiron. Il nous est arrivé le citoyen Renaud , agent du comité révolutionnaire de Bordeaux, porteur d'une dépêche du Comité et de Julien, qui établit l'existence des papiers de l'ex -député dans la maison de Robert Bouquey , une autre lettre de Julien , arrivée par une seconde ordonnance, où est un duplicata de la dénonciation faite par Robert Bouquey (sic), le second messidor '.

Nous étant transportés dans la maison de Robert Bouquey avant la réception de la lettre du citoyen

^ Allusion probable à quelque déclaration de Robert Bouquey dan? l'instruction qui se suivait à Bordeaux.

Julien, avons interpellé Anne Berard, louant ses services au dit Bouquey, de nous représenter une boëte de fer blanc dont la femme Boucjuey demande la remise, par un billet dont nous lui avons fait lecture; elle a déclaré que la femme Bouquey, en partant, lui avoit dit de la prendre dans le fumier et de la jetter au feu, qu'elle l'avoit jettée dans les latrines.

Ayant pris les précautions nécessaires pour la découvrir et l'ayant aperçue, avons requis le citoyen Achille, menuisier audit Saint -Émilion, qui l'a retirée', en avons fait sortir ces papiers, que nous avons essuyé et trouvé contenir plusieurs ouvrages et dépêches contrerévolutionnaires de Buzot, Barbaroux et Petion, laquelle boëte de fer blanc nettoyée, les papiers ont été mis dedans, ficelés et par nous scellés, et, conformément à la lettre du Comité de surveillance de Bordeaux, le tout a été remis à l'agent du Comité, avec lequel nous avons requis le citoyen Transon et ordonnance , pour l'accompagner et voyager sûrement pendant la nuit, et a été par nous écrit tant au Comité qu'audit citoyen JuUien.

(Les commissaires pouisuivent leurs recherches. Toutes les portes de la ville sont consignées '^', on bat la

^ La notice de Troquart sur les Derniers jours des proscrits confirme ce récit. « Leurs écrits furent renfermés dans une boîte en fer-blanc et jetés dans des fosses d'aisance, et lors de l'arrestation de madame Bouquey et de son mari , on fit descendre un mulâtre pour les en tirer. » {Mém. de Buzot, p. 255. — Voy. infra la lettre adressée par Barbaroux à madame Bouquey en lui envoyant ces papiers.)

2 J. Guadet, Histoire de Saint-Émilion. « Saint-Émilion était environné de fossés profonds et de hautes et fortes murailles. Six doubles portes, surmontées de grosses tours carrées et défendues par deux tours avancées, donnaient entrée dans la ville. La porte Brunet, au levant, subsiste seule aujourd'hui. » C'est par cette porte que, le 29 prairial au soir, Petion, Buzot et Barbaroux sortirent de Saint-Émilion.

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générale, tous les citoyens sont sommés de se rendre sur la place; Baptiste Troquart, d'abord absent, ne tarde pas à se présenter et à être arrêté.)

Ayant fait des recherches dans la maison habitée par le dit Trocard, demeure infecte et dans le plus grand désordre, nous n'y avons trouvé aucuns papiers, si ce n'est quelques comestibles '...

Les perquisitions durent jusqu'au 7 messidor , sans incident remarquable. Le procès-verbal, après avoir relaté ces opérations qui n'otTrent aucun intérêt ^, continue ainsi :

Au moment de quitter Saint -Émilion, de nouvelles interpellations ont été faites à la ditte Berard, qui a déclaré que deux des plus grands députés étoient entrés dans le puis ; ils furent dans un sousterrain qui est dans le jardin , et sortirent ensuite en levant les pierres

* « Il vivait seul et occupait une maison située dans le centre de la ville et en encoignure sur deux rues conduisant, l'une au Cap-du- Pont, l'autre à la ville basse. Les proscrits se tenaient dans une grande chambre au premier étage... La maison n'existe plus depuis plusieurs années. » Les Girondins, par J. Guadet, vol. I, p. 467, et VHistoire de Saint- Émilion, par le même, p. 208.

« A peine ai-je, dans Yasile du pauvre que f habite, du papier et quelques plumes pour soulager quelquefois mes peines en les écrivant. » Début des Mémoires de Buzot, p. 3.

~ Baptiste Lavau est remis en liberté, d'abord parce qu'il a répondu aux interpellations qui lui ont été faites « avec cette candeur qui caractérise l'innocence », et ensuite parce qu'on reconnaît qu'on l'avait pris pour Baptiste Troquart. « Il nous a observé, dit le procès-verbal, que tous les confédérés et les députés maintenant reconnus lui en avaient voulu parce qu'il avait acheté partie des meubles de Guadet l'ex-député, vendus par la municipalité de Saint-Émilion, qu'il aime la République, et n'a pas balancé d'acheter dans les premiers temps des domaines nationaux et des biens d'émigrés. «

d'un trou qui devoit avoir été pratiqué pour recevoir les eaux pluvialles.

La ditte Berard a dit de plus qu'on trouveroit dans ce souterrain des lits et de l'argenterie, et dans le puits deux couverts d'argent que son enfant y avoit jettes.

Etant partis avec la garde, avons, par des artistes, fait faire l'ouverture de ce souterrain à l'endroit indiqué, y sommes descendus avec des cordes et armés, en compagnie du citoyen Nadal et de plusieurs Sans- Culottes bons citoyens ; avons trouvé un très-vaste local creusé dans le rocher, où nous avons fait faire plusieurs fouilles sans découvrir ni les lits , ni l'argenterie; cependant chacun de nous étant aux expedians avec des torches , nous avons observé que dans un angle du dit souterrain il y avoit de la terre rapportée , batue dans les extrémités avec les pieds , et que le long du rocher la terre paroissoit nouvellement mise, qu'il y avoit des marques au rocher fait avec des instruments tranchants, avons fait fouiller par le citoyen Seigneuriaux, tonnelier.

Ayant crusé i^sic) à trois pieds de profondeur, il auroit aperçu une planche que nous avons présumé être la fermeture de la cache.

Avons requis le citoyen Morel, juge de paix, de se rendre pour verbaliser, ce qu'il a fait de suitte ; ayant découvert le terrain, avons trouvé un second caveau d'environ cinq à six pieds carrés, où nous avons trouvé un sabre, une épée, une tranche \ deux Hts, cinq draps de lit, une serviette, deux chaises, une couverte de laine, une lanterne, une table à repas, un sceau où il

1 Tranche, outil d'acier en forme de coin. Honnorat, Dictionnaire provençal.

y avoit eu du mortier, une boëte contenant l'argenterie, un soulier de femme, un volume des Voyages de Sirie, et un autre de ï Esprit des Lois

Avons cherché à découvrir l'endroit par où ils communiquoient dans la ditte cache, et, après deux heures de recherches, n'en avons reconnu aucun

Ayant fait requérir les vignerons de Robert Bouquey, fait les interpellations nécessaires pour découvrir la trame qui s'est par lui ourdie, pour soustraire ces scellérats à la justice nationalle; Pierre Cassin, Jean et Pierre Groujon s'étant rendus à la maison commune, interpellés séparément, nous n'avons trouvé autre chose que leur déclaration unanime, que Salles étoit venu chez la femme Bouquey et quelle leur avoit dit que c'étoit son cousin de la Bretagne, quils ont crû en cette réponse (avec) la naïveté des bons habitans de campagne.

La fin de ce procès-verbal étant du 8 messidor, nous la renvoyons à sa date.

Nous plaçons immédiatement ici le procès- verbal du juge de paix de Saint-Émilion, du 7 messidor, qui contient une description plus détaillée de la cache découverte dans la maison Bouquey.

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