PROCÈS- VERBAL DE PERQUISITION
ni JUGE DE PAIX DU CANTON DE SAINT- ÉMl LI 0 N
UAXS LA MAISON ROUQUEY.
Aiijourdhuy septième du mois de messidor, l'an deuxième de la République française, une et indivisible, à dix heures du matin, sur la réquisition des C"' Laye, Oré, Coste jeune, commissaires en réquisition parle C*" Julien, envoyé à Bordeaux par le Comité de salut public, Nous, Michel Morel, juge de paix du canton de Saint-Emilion, nous sommes transporté dans la maison de Robert Bouquey pour être présent à l'ouverture d'un souterrain et à la fouille d'icelui, d'après le rapport fait aux dits commissaires par Anne Berard louant ses services au dit Bouquey ' .
Les artistes ayant fait l'ouverture d'un trou y communiquant, nous sommes descendus avec une échelle dans le dit local , en présence des C^"' Nadal et Bousquet, officiers municipaux; et, après plusieurs recherches, ayant trouvé une terre transportée qui a paru aux commissaires et à plusieurs bons citoyens descendus avec eux, avoir été battue avec les pieds, Jean Seigneuriaux, tonnelier, en a fait la fouille, et à envi-
• « La maison Bouquey est située au centre de la ville haute. (V; Hist. Je Saint-Émilion , par M. J. Guadet; lettre Q du plan.) L'entrée du souterrain était si dangereuse (on ne pouvait y accéder que par un puits [V. ci-dessus , p. 1 38 et 1 39], et l'air s'y renouvelait si difficilement, que les proscrits durent chercher une autre retraite plus saine... La maison sert actuellement aux frères de la Doctrine chrétienne, et ceux-ci ont fait pratiquer un escalier conduisant au souterrain, escalier dont ils laissent le libre accès au public. » 2^ édit., p. 159 et 208.
ron trois pieds de profondeur, a découvert deux planches de chêne, ensuite une excavation; ayant déblayé ce terrain , avons trouvé une cache dans le rocher, où , étant descendu , y avons trouvé et fait extraire :
Une épée d'uniforme avec son fourreau, montée en cuivre;
Un sabre sans fourreau , monté en cuivre , avec une grenade sur la garde;
Une ])èche, instrument propre à fouiller la terre; un instrument propre à échauffer le ht, vulgairement appelé Moine; une lanterne, deux matelas mis sur du foin, petite table à repas avec son pliant, cinq draps de lit , une serviette , une couverture de laine , un traversin plein de plume;
Un sceau de masson dans lequel est un soulier de femme de maroquin jaune ;
Un volume de Voyage de Sirie et du mont Liha?}., par Laroque, tome second; le premier volume de V Esprit des loix ' impression de Londres, signé à la parche '^ intérieure de l'intitulé : Bouquey, mil sept cent septante; à la seconde page en blanc, discours P. L. X. X. V. Y.
1 Buzol cite souvent Montesquieu dans ses Mémoires. On trouve plusieurs citations textuelles, p. 33, 45," 50, 150. — La citation de la page 33 est longue et avec indication du livre et du chapitre; 1. III, chap. III. Il avait évidemment l'ouvrage à sa disposition.
2 a Guadet dut se borner à des lectures auxquelles fournissaient des emprunts à la bibliothèque de M. de Meynot, son ami. En avait-il fini d'un ouvrage, il renvoyait ces volumes à leur propriétaire, écrivant à une page convenue sa demande de nouveaux livres. » [Eloge historique de Guadet, par Louis Lussaud. Bordeaux, 1861. Renseignements fournis par le fils de M. de Meynot.) Les lettres majuscules que l'on trouve ici sont peut-être aussi des caractères convenus entre les proscrits et leurs hôtes, et dont le sens nous échappe; le mot parche (parchemin) désigne la couverture du livre;
Un....
Une barre de six pieds de longueur, au bout de laquelle est un clou à crochet qui a pu servir à faire passer des objets soit par le puits ou tout autre lieux, ou pour tenir la lanterne suspendue ;
Une boite en bois d'hêtre dans laquelle se trouve un porte huillier en vieux format, en argent, avec un chiffre audessous, où sont reconnus trois lettres, B. G. F. ; de l'autre côté un écusson à alliance sans rien dans le blason; un autre porte huilier en argent, en forme de nacelle, avec les deux couvertures des burettes;
Une grande cuillère a soupe avec un écusson ou est représenté une colombe sur un mont , le fond seul surmonté d'une couronne de comte ;
Une autre cuillère d'argent a ragoût avec le même écusson;
Quatre cuillères à bouche avec deux fourchettes, même écusson ;
Dix petites cuillères a café, aussi d'argent, même écusson ;
Deux cuillères a bouche et cinq fourchettes d'argent;
Une pince pour le sucre, aussi d'argent;
Huit couteaux à manche d'argent, avec leurs lames;
Une paire de boucle d'argent pour jarretière;
Une autre boucle aussi d'argent pour col;
Une boite en écaille, cercle d'or, avec un petit cure oreille en argent, — desquels objets*, etc.
Le sabre, l'argenterie et les deux volumes ont été envoyés au C" Jullien, les autres déposés dans la chambre de la fille Berare comme choses inutiles.
Le juge appose les scellés sur la porte de cette chambre et clôt son procès- verbal.
(Suivent les signatures.)
INTERIIOGATOIKE DE JEAN BAPTISTE TROQUART. (5 messidor an II.)
Aiijoiirdliuy cinquième messidor Tan second de la Re[)id)lic|iie française, une et indivisible,
Nous, Lave, Oro aine et Coste jeune, commissaires nommés et requis par le C. Julien, envoyé à Bordeaux par le Comité de salut public, avons fait comparoitre le ci -après nommé, détenu à la Conciergerie de Libourne, en vertu du mandat d'arrêt par nous fait, sur la dénonciation du comité révolutionnaire de Bordeaux du 3 courant, et sur les pièces qui établissent la complicité de conspiration comme ayant donné Azille aux traitres Petion, Buzot, Barbaroux où autres.
I^ (interpellé). Quel est ton nom, ton âge, ta profession, le lieu de ta naissance et ton domicilie?
R. S'appelle Jean-Baptiste Trocart, âgé de trentesept ans, perruquier, natif et domicillié de S' Emillion, district de Libourne.
I. s'il n'a pas donné azille A Petion, Barbaroux et Buzot, et de l'époque qu'il les a reçu et par quelle entremise.
R. Qu'il y a environ trois mois et demi que tant Robert Bouquey que sa femme, chés les quels étoient ces individus, le prièrent de recevoir chés lui, pour une quinzaine de jours, les dits Petion, Barbaroux et Buzot; que l'humanité lui commandoit cet acte de justice; que, s'en étant detTendu plusieurs fois. S' Brice Guadet se coalisa avec le dit Bouquey et sa femme, et
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déterminèrent le Répondant à les recevoir; qu'il y fut particulièrement induit par les sollicitations directes de Saint Brice Guadet.
P à quelles conditions il les reçût chés lui et s'il pourvoyoit à leur nourriture.
R. Qu'il n'a fait aucune condition; que, lorsqu'ils entrèrent chés lui , ils lui remirent cinq cents livres en assignats, qu'il a employé a leur besoin, même au delà de ses avances, n'ayant pas réglé avec eux; que, quant à leur nourriture, Robert Bouquey et sa femme en feroient la fourniture, particulièrement pour le pain.
V quelles intelligences lesdits Petion, Barbaroux et Buzot entre tenoit et avec quels citoyens ils ont communiqué ou correspondu.
R. Que Saint Brice Guadet est venu les voir deux ou trois fois, ainsi que Robert Bouquey; que Buzot lui a trois ou quatre fois remit des lettres pour la femme Bouquey; que tous trois ensemble sont allés un soir chés ledit Bouquey, vers dix heures du soir; que Retion y est allé une fois seul , et qu'il n'est pas à sa connoissance qu'il ait communiqué ni correspondu avec aucun autre.
I. si, à l'époque où il les a reçus chés lui, il savoit ou etoient Guadet et Salles, et si depuis il en a eu connoissance.
R. Qu'à l'époque ou il les reçût il s'informa à Saint Brice Guadet où étoit son frère; qu'il lui repondit qu'il étoit en Suisse; que ces trois (sic) étoient venu le voir et ne demeureroit (sic) que quinze jours pour aller le joindre; que depuis cette époque, et à la vue des lettres que Saint Brice Guadet communiquoit aux dits Petidn, Barbaroux et Buzot, il suspecta qu'il ne devoit pas être
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loin, mais qu'il a absolument ignoré qu'il fût ches son père, ainsi que Salles.