‹ Charlotte de Corday et les GirondinsChapitre 11 sur 97 · PRÉFACE. XXXI · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XXXI

digne du Conseil des Dix, sans doute parce que Danton est tout à la fois l'homme du 2 septembre et T homme d État de la iMontagne.

Qu'il niciire : mais sachons profiter de ce crime, De nos complots ainsi couvrons la profondeur. Mais tâchons aux Proscrits dcn rejeter l'horreur...

Ainsi, tandis Sécheiles croit tromper le Comité de Salut Public, c'est lui-même qui devierit l'objet d'une contreatta(jue souterraine de la part du Comité. On appelait cela a cette époque ïwuer les fils de l intriijuc ^ pour tenir l'esprit du spectateur en suspens jusqu'au moment où le coup de théâtre amenait le dènoàment .

C est Amar qui a mission d'exécuter les ordres du Comité et de faire prendre à Hérault de Sécheiles le breuvage empoisonné.

Amar, en sa qualité de membre du Comité de Sûreté générale, avait rédigé l'acte d'accusation contre les Cirondins (3 octobre i793). 11 avait versé dans cette œuvre d'iniquité le venin de la calomnie la plus noire. C'est là qu'il leur reprochait de s'être faits « républicains sous la Monarchie et «monarchistes sous la République, pour perdre la tiation » française et la livrer à ses éternels ennemis. »

Salle le llétrit en iniliizeant a cet empoisonneur moral le rôle du traître, du Séïde de la pièce chargé d'accomplir un acte de perlidie et de lAcheté '.

' On lrou\e dans les papiers inédits de Courtois ces doux notes sur Amar :

" Amar «'tait k grand In«|uisitrur du •Coniit»* de Sûreté générale «'t non de Salut Public, conune on iiourrait le croire d'après ta pièce de Salle.) Kn sa qualité d*i^llo^a^t , il tenait le p«iiL(nartl lle^tine a rrap|M*r les ;;ens de lettres... Il était de pluN epieurieu . et iiuMait la gourmandise a la fen>cit«'. t'a jour, on lui parlait des malheureux que Carrier précipitait dans le« flots de la Loire, « Tant mieux, aurait-il dit, nous manKentn** les saumon» « de la Loire plus grai». •• Papier» de Courtois, rrele* t. de |(4tlu«v

xxxii PRÉFACE.

Au quatrième acte, Charlotte de Corday est jugée. Le jugement eût offert des difficultés de représentation scénique. Salle s'en tire par l'expédient usuel : un récit qu'il place dans la bouche de Robespierre, l'orateur des discours solennels.

Après avoir rendu compte de l'altitude de l'accusée devant ses juges, Robespierre ajoute qu'au moment de l'exécution Téchafaud a été renversé par des factieux qui veulent le salut de Charlotte et marchent sur la Convention.

On croit un instant que les conjurés vont triompher, une troupe de citoyens s'avancent l'arme haute.

Raffet est à leur tête.

Hanriot, de son côté, range ses soldats en bataille. Séchelles survient : il va prendre la parole pour dévoiler les trames du Comité et entraîner dans son nouveau parti les troupes d'Hanriot. Mais le poison produit son effet, et il tombe mort avant qu'aucune révélation ait pu sortir de sa bouche. Danton, Robespierre, Amar, s'efforcent à l'envi de persuader au peuple que Séchelles est la victime des Girondins, qu'eux seuls ont versé le poison dans ses veines.

Raffet, <)bandonné par ses partisans, est arrêté.

Charlotte de Corday est conduite a Téchafaud et se montre avide de mourir, comme toute héroïne bien élevée de l'ancien théâtre.

Mais avant de se retirer, elle prononce la prophétie de rigueur. Elle décrit d'avance toutes les horreurs qui vont se déchaîner sur la patrie. La tirade est longue. Nous ne relevons que le trait de la fin, parce qu'il sort du cadre des imprécations vulgaires :

Leur sacrilège audace, en frappant leurs victimes, Ae descendra pas même à leur chercher des crimes.

PRflFACE. xxxiii'

C'est rexpro>>ion vraie de la Terreur parvenue à ses dernicres limites, alors qu'elle frappait en aveugle, sans clierclier une cause, sans exprimer un motif. Peut-cHre étiiil-ce une allusion à Salle lui-même, contre lequel il eût été difficile de trouver une incrimination , si légère qu'elle fût !

C'est dans la bouche d'Ilanriot qu'est placé le récit du supplice de Charlotte de Corday, et ce fut lui en eiïél qui fut chargé de mettre sur pied les forces extraordinaires (jue l'on (léjiloya dans celte circonstance.

C'est à travers les flots de re peuple a(jit«'' Qu'a iiiarclié cette feinine avec calme et ticrt»'. Souriant à l'insulte et dédai(jMant roffeiise. Son cœur n'était touché que du sort (h- la l'iance. Elle a reçu 1.» mort eu invoquant Hrutus!

Le drame devait s'arrêter là : rnaiî» il reste encore à Salle une épigramme à [)lacer, un ressenlinienl à satisfaire. Peu importants [)our laction , les vers qui suivent sont caractériï>tiipies, en ce (ju'ils montrent bien la pensée de Salle et sa manière de procéder.

B.vsim .

... De tous nos projets le tiioniphe s'apprête. Ces fiers amis des I.oix, de leurs armes couverts, Qui <lriii;in«!ouiit ven(jeaiice el n'jettoieut uo^ fers, nivisj's j)ar nos soins et peu faits poni l.i (juerr»', Hefjrellenl leurs foyers, crai(;neul noire colère.

.N<>ii>. n'ijnons. Paris «èdi- cl la l'r.mce est souuiise.

Dans ces ■ liers amis des lois », peu fait^ p(»nr la guerre,

il osl facile de reconnaître le portrait des fé<lèrali>les pressés

d«' rentrer dans leurs fovers. C'e^t un souvenir amer de ce qui

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