‹ Charlotte de Corday et les GirondinsChapitre 13 sur 97 · XXXVIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXXVIII PRÉFACE

spectateurs. Us se feront ainsi justice à eux-mêmes, ce sera le dernier degré de l'expiation.

S'il traite ses adversaires avec le plus profond mépris, il ne parle au contraire de Charlotte de Corday qu'avec les termes du respect et de l'admiration. C'est pour lui une fille jeune et belle, — et il l'avait vue, — une femme vertueuse, sublime, expressions qui révèlent dans cet esprit ordinairement si froid et si impassible un enthousiasme exalté.

On sait que Petion avait douté du patriotisme de Charlotte avant son départ pour Paris, et qu'il avait cru voir en elle une belle aristocrate! Celle-ci, dans sa lettre à Barbaroux, dit qu'elle se promettait bien de l'en faire repentir. Il semble qu'il ait voulu lui accorder cette juste réparation et témoigner le regret de l'avoir méconnue. A Cuen, il avait fait publiquement son éloge, ce qui lui avait valu une apostrophe de Simonne Evrard dans le discours qu'elle prononça à la barre de la Convention ^ . 11 avait conservé le môme sentiment dans la proscription. On le voit par le conseil qu'il donna à Salle de tout subordonner dans sa pièce à l'intérêt qu'inspire Charlotte de Corday, de ne rien faire qui puisse atténuer l'éclat du sort glorieux qu'elle a payé de sa vie. C'est un dernier hommage qu'il rend à sa mémoire.

Sous l'empire de ces passions politiques, la critique purement littéraire ne devait occuper que bien peu de place dans les observations de Petion. Aussi s'est-il contenté de quelques remarques générales sur le plan de la pièce, sur la longueur des tirades et la faiblesse du stvle, réservant de

^ Le 8 août 1793, la veuve Marat, admise à la barre, s'écrie :

« Je ne parle point de ce vil Petion, qui, à Gaën, dans l'assem-

blëe de ses complices, osa dire à cette occasion que l'assassinat était une vertu. » {Moniteur du 10 août 1793 , t. XVII, p. 348, édit. Pion.)

PRÉFACE. i\\i\

se livrer à un examen plus détaillé et plus approfondi lors(|ue l'ouvrage aurait été re>isé par l'auteur. Ce[)endant ces indications sommaires et provisoires sont Tort judicieuses : elles attestent un goût sur, exercé; on reconnaît l'élève des Oratoriens, l'écrivain qui avait préludé aux luttes du harreau et de la tribune par des travaux académiques, et auquel Mercier, critique peu porté à l'indulgence, reconnaissait du talent. (V. infrà, p. '200.)

Pour ne citer qu un exemple, Petion trace bien la ligne de démarcation, toujours assez délicate dans les sujets historiques, entre linvention permise et la reproduction servile des événements, entre le deNoir de respecter la vérité et le droit de la modifier suivant les conveFiafices de la scène. Ainsi il n'admet pas que Salle ait pu faire mourir Hérault de Séchelles dans sa tragédie. « C'est une fiction, dit-il, (jui osl trop opposée a riiisloire, et je doute qu'en passât jamais cette licence à un poOte dramaticjue. »

Au contraire, il permet à l'auteur de la pièce d'y introduire tous les mouvements qui sans être dans la réalité stricte, sont néarunoins dans la limite de la vraisemblance.

(( Qu'il y ait, dit-il, des mouvements à l'occasion de la » mort de celte femme sublime, que les scélérats tremblent » que ces mouvements ne tournent contre eux, que cette » crainte soit sur le point de <e réaliser, que le spectateur » soit incertain de savoir si la victoire se déterminera pour » le crime ou pour la vertu , que les passions soient renmécs )) par des tableaux animés, que l'indillérence, régoï>me des » gens de bien laissent le crime audacieux... triompher, » que la cataslr(»phe avance d'une manière terrible, et que H Charlotte Cordai expire... il peut y avoir «lans tous ces » morceaux >i\iliés par le sentiment et l'rnergie, dirigés avec » art, un grand intérêt que la >érité agrandit encore. »

x\ PRÉFACE.

Certes on ne pouvait mieux dire, on ne pouvait tracer un plan meilleur pour transporter sur la scène le drame de la rue des Cordeliers. Le grand inconvénient des sujets historiques, surtout des sujets empruntés aux événements de la veille, c'est que, tout étant prévu d'avance, l'intérêt disparaît pour les spectateurs avec l'incertitude sur le dénoûment. Petion donnait donc à Salle un judicieux conseil en lui disant qu'il fallait créer un inconnu, laisser espérer le salut de Charlotte, le faire dépendre de la lutte engagée entre les Montagnards un moment terrifiés et les hommes de cœur ralliés par un acte de sublime courage, puis l'insouciance des gens de bien l'emportant et faisant pencher la balance en faveur du mal !

Petion étiiit dans la vérité des principes sur l'art du théâtre, et, chose remarquable, il ne rencontrait pas moins juste dans l'intuition de faits qu'il ne pouvait connaître.

Nous avons publié (^Dossier de Charlotte de C(>rday,p.9()) une lettre du Comité de Sûreté générale à Fouquier-ïinville, du 22 juillet 1793, qui atteste les inquiétudes conçues par les membres du Comité sur l'intérêt qu'inspirait aux malveillants cette femme extraordinaire.

On sait aussi qu'il y eut des projets d'enlever Charlotte de Corday avant qu'elle parvînt à l'échafaud (Y. môme oiivrijge, p. 99), les uns disent pour la massacrer, d'autres pour la soustraire au supplice.

Les idées suggérées par Petion à Salle nous paraissent donc excellentes; mais ces changements admis, que restait-il de cette tragédie? Elle était à refaire. C'est peut-être ce que Petion avait compris et ce qu'il donnait à entendre à son ami, en ajournant son examen définitif de la pièce jusqu'au moment où les corrections qu'il demandait auraient été exé-

PHKFACE. xu

entées, c'esl-;i-(]!r«' jiis(|u au jour où la tragédie aurait été refaite de f;)rid m comble.

A la critique passionnée et grave de l^'tion succède celle de Barbaroux. Le caractère en est tout diiïérent. Pelion parle en h^Miime d Ltat, Barbaroux écrit comme un homme de lettres. Il s'attache surtout au côté littéraire de l'œuvre de Salle. L'intrigue de la pièce, hi versilication, sont les deux points (|ui le préoccupent et sur lesquels [)ortent ses observations.

L'amour de Hérault de Séchelles pour (Charlotte de (^(irday le choque vivemerjl ; t<»ut aussi bien que Petion, il trouve cet hvrrnnphroditv rérolutioyiïwirc , c'est ainsi qu'il l'appelle, aussi iiidigne qu'incapable d un si noble seninnent; il veut donc que Salle ne fasse \n\s mourir Hérault, qui est plein (le vie et qui pourrait réclamer, (ju'il le replace dans le Comité de Salut [*ublic, et qu il lui rende son Ame politiquement atroce. Tel est son premier cri. Mais, cet amoureux éliminé, il en admet, il en indique un autre, et cet autre est un personnage histori(pie, Adam Lux, que l'image de la Liberté et celle de Charlotte avaient enivré d un égal entln)U>ia>me. Lux était très-connu des Girondins, spécialement de Guadet, au(jiiel il avait coniié le projet qu'il avait formé de se brûler la cervelle dans l'enceinte de la Coiivention, pour déterminer tous les partis à se réconcilier sur son cadavre. « Juge, dit liarbaroiix, si ce n'est pas là 1 homme qui te convient : adorateur de la liberté, épris de Charlotte (pi il aura aperçue jiu. moment ou «die venait de frapper Marat , tu le peindras s'agitant pr»ur les sauver I une et l'autre. Dans ( c but, il s'associera avec UalFet, ils organiseront ensemble la con^^piralion sainte des hommes de bien contre les tyrans. Il > a bien a ce plan quehjues diniculléî»,

XLH PRÉFACE.

mais elles sont secondaires, et une fois Adam Lux sur la scène, que de belles choses seront dans sa bouche. Cet amour sera digne de Charlotte, au lieu que celui de Séchelles a tout l'air des désirs d'un libertin. Voilà pour l'intrigue. Comment ensuite le dénoûment s'arrangera-t-il? La conspiration de Lux et de Raflet, près de réussir, échouera par suite de la corruption et de la calomnie. Là il faudra peindre la lâcheté des Parisiens, la terreur à l'ordre du jour, l'audace des Jacobins, les excès des femmes révolutionnaires, Viard, Musquinet de la Pagne, Varlet, tous les hommes qui ont fait le 2 juin, et qu'il faut résumer dans un seul personnage, par exemple Anacharsis Clootz. »

Tel est le plan tracé à grands traits par Barbaroux et proposé par lui à Salle. C'était fort bien, mais n'était-ce pas lui conseiller de déchirer sa tragédie et d'en recommencer une nouvelle? Barbaroux ne le dit pas expressément, il laisse à son ami le soin de comprendre à demi-mot.

Barbaroux reproche encore à Salle de ne pas avoir suffisamment dépeint le soulèvement des provinces luttant contre l'anarchie.

i< La tragédie, dit-il à ce sujet, est l'histoire en action, et l'historien ne doit pas oublier des faits de cette importance. » (( C'est une belle parole à reproduire, a dit M. Jules Janin ' en citant ce mot, et la critique peut placer avec orgueil au rang de ses maîtres un grand esprit tel que Barbaroux '. »

* V. les Débats du 25 juillet 1865, la Semaine dramatique.

On trouve une pensée identique (moins la généralisation de la formule) dans Grimm et Diderot : « Macbeth est l'histoire même mise en action. » [Corresp. litt., janvier 1784, série m, t. II, p. 392, édit. 4 813.)

- J. M. Chénier disait au contraire : « La tragédie est plus instructive et plus philosophique que l'histoire. »

Ces larges aperçus, jetés comme en [»assînit ilans une lettre écrite à course de plume, n'excluent pas l'examon des détails. PoCle lui-même et auteur tlo très-beaux ncts, Barbaroux parle ;ivec une certaine autorité, en lionmie babitué à pratiquer les régies qu'il enseigne. « Il faut relra* vailler tes vers en entier, dit-il à l'ami qui le consulte; la versification est négligée, même dans les bons morceaux. Ta facilité se fait trop sentir, ton goût trop peu. »

Après ces généralités, il entre en matière et passe les vers de Salle au crible d'une critique minutieuse. Ceci est un pléonasme, cela une amplification de collège. Tel mot n'est pas français, telle rime est une cbeville, comme disent nos ré(/ents^ et il corrige la composition de Salle ainsi qu'aurait pu le faire un de ces régents dont il parle, lui 1 un des auteurs du 10 août, l'un des destructeurs de la monarcbie. Cbose étrange, l'Iiomme cpii fut à son beure l'un des novateurs les plus intrépides en politique, est d'une timidité singulière dans le maniement du vers et de la langue. Il rejette ces deux vers :

Ce sont eux (pii du fond de ces caveaux funèbieN. Où Marat croupissoit diyne de leurs tJMièbres.

Selon lui , « digne de leurs ténèbres » laisse bien entrevoir une idée, mais elle n'est pas poeticjuement exprimée, le \ers est rampant.

I.a critique peut rtre juste, seulement aujourtrinii nous avons appris à être moins sévères.

Barbaroux n'a pas laissé passer inaperçu le \ers sur le poignard de Brutus, mais il n'en fait ipiun éloge indirect en invitant Salle à trouver un second \ers digne du prenner. Son but n'a pas été de relever les morceaux remarquables; il a fait la critique des défauts et non celle îles beautés, cl

xiiv PRÉFACE.

il en donne la raison par ces paroles remarquables qui terminent sa lettre :

« Je suis (Ufjlcile, parce quil s'nfjit de Charlotte Corday. Je voudrois que, te procurant le Moniteur où son interrogatoire et la lettre qu'elle m'écrivit sont fidèlement rapportés, tu n'oubliasses aucun des traits qui caractérisent sa grande âme. La chute de nos persécuteurs n'est pas éloignée, et la pièce peut encore être représentée sur nos théâtres. Fais qu'elle soit digne de figurer auprès de celles de nos maîtres; tu le peux, et par la grandeur du sujet et par tes moyens naturels un peu comprimés par le travail... »

Barbaroux dit encore ailleurs — c'est Gliarlotte Gordav qui parle : « Chaque parole que tu mets dans sa bouche doit être également vraye et digne d'elle, » etc.

Chacun de ces mots est précieux pour la biographie de Charlotte de Corday. On voit quelle haute idée d'elle avait conçue Barbaroux, qui l'avait vue trois fois à Caen, et comment il comprenait, une tragédie qui lui serait consacrée : s'inspirer de ses réponses, de ses lettres, n'oublier aucun des traits propres à reproduire sa grande âme, élever le style au niveau du sujet, et le drame à la hauteur du théâtre; à ces conditions, on f)ouvait faire une pièce (( digne d'ellemême et des maîtres de la scène française ». Tel était le programme que Barbaroux présentait à Salle, et qui nous donne implicitement utie idée du jugement qu'il portait sur Charlotte de Corday.

La lettre de Barbaroux est un admirable feuilleton, a dit M. Jules Janin, l'un des grands maîtres du feuilleton dramatique, et en effet c'est une analyse brillante par les pensées et élégante par le style, remarquable par la pureté du goût classique.

C'est en outro [)our nous une page d'histoire.

PKKFACK. xi.v

Mais voici une troisième apfin'cialion, indépendaiite des deux .'lutres , et qui peut-être les surpasse par son orijiinalité, c'est celle de Buzot.

Riizot paraît moins lié avec Salle que Iiarl)arou\ : il ne le tutoie pas. Cependant il \,\ rtre avec lui d une iranchise encore plus grande que celle des deux précédents '. H ne procède pas par sous-entendus; il lui dit sans détours ni périphrases , dès les premières lignes : (( Si vous destinez votre ouvrage au public, il fic peut subsister tel (ju'il est, il faut le refondre en entier. »

iMiis il justilie son opinion.

Ce ne sont pas les détails qui le préoccupent, ( c n'e^t pas même la versification, il porte sa criti(jn(; plus haut; c'est au fond des choses qu il s'en prend. IJ d'abord il invoque la règle d'Horace : bdniain svqhcn'^ c'esl-àdire. Restez lidèle à la notoriété de 1 histoire. Ceci posé :

Les amours de Séchelles ,

La conjuration de Halfel ,

Le danger couru par la Montagne,

L'attendrissement de la populace de l'.iris, de ce >il peuple? des tribunes contre lequel liuzot a tant de ressentiments, tout cela doit disparaître; car rien de tout cela n Cst vrai. Que penserait Charlotte Cordav si elle s(» vo^ait prcMpie amoureuse de Hérault de Séchelles?

• On trouve dans la (iOrirspotidancc de Harnavo un imposant hominagf rrndii au caractère de Hu/.ot.

" Quant aux Hrissotin!*, nu\ Girondins, etc., parmi ci'uv que je connais, « il n'> a que Hu/.ot que je croie ca|)able d'eiouter la ju.stict' au indicu >• mémo de l'espril de |>arti , etf.... Mal^^tr les differenc4*s d'opinion, j'ai >• toujours eu une estime sincère pour sa p«rsoiiru'... • i^Lellte a Aîquier. de janvier 1793, (linvres «le lUirna\«-, t !•■ [.. ; 's

C'est un «ndversaire qui rend ici le justice à la loxaul- ; il

a à iornl>alfre.

XLvi PRÉFACE.

Buzot fait donc table rase de toute la tragédie de Salle, et si l'auteur veut en recommencer une autre, il lui donne des conseils pleins de sagacité et de tact littéraire.

Il faut réduire la pièce à trois actes;

Serrer l'action;

Soigner le dialogue;

Supprimer toute espèce d'amour : il serait déplacé;

Ne pas multiplier les personnages. L'intérêt se diviserait, et il ne doit y avoir rien de grand dans la pièce, rien de beau que Charlotte Corday.

Buzot se place encore ici au point de vue de l'ancienne forme classique, et cependant, sans en sortir, il indique déjà d'heureuses réformes : celles qu'Alfieri tentait au même moment dans son théâtre.

{( La tragédie ourdie d'un seul fil, rapide autant que le permettent les passions qui cherchent plus ou moins à s'étendre, simple avec art, terrible sans qu'elle outre la nature, brûlante comme mon cœur me l'a inspirée, voilà la tragédie que j'ai conçue, que j'ai peut-être indiquée, et dont je n'ose me flatter d'avoir donné des exemples. » (Y. Alfieri, Œuvres dramatiques, traduites par Petitot, Dtscprélim.,

p. XLVII.)

Il est à regretter que l'auteur des Pazzi ^ n'ait pas traité

^ Les dialogues de cette pièce pourraient être transportés dans une tragédie de Charlotte de Corday.

Guillaume.

Souiller les autels de sang humain!

Raymond, Le sang de tyran est-il donc du sang humain?

(Acte V, scène v.)

C'est l'idée de Charlotte. « Je n'ai pas cru tuer un homme, mais une bête f(';roce qui d('>voroit tous les François. » (Lettre à Barbaroux et Interr,, p. 44. Dossiers de Charlotte Corday.)

PREFACE. xivii

le sujet de Charlotte de Corday, lui qui avait écrit une tragédie sur chacun des deux Brulus, et avait dédié la seconde Al pojjolo italiano futuro!

11 est peu probable que Buzot ait pu connaître les pièces ou les poétiques d'Alfieri, en supposant qu'il sût l'italien. Alfieri ne faisait pas jouer ses tragédies, et s'il les a fait imprimer en 1787- I78U, chez Didot, il ne les a ce[»ondaiit pas publiées. La coïncidence nous paraît donc purement fortuite : elle n'en est que plus remarquable.

Buzot arrête là ses observations sur la pièce telle qu'elle a été conçue. Mais il change de rôle, et il demande à Salle son avis sur une opinion qui lui parait tenir de Tart théAtral en général.

« J'ai entendu, dit-il, beaucoup blAmer les défauts de Shakespear '. (V. ivfrà,^, Vl'l.)

» Les PVançais préfèrent Racine, et cela doit être, parce que les pièces de Shakespear sont populaires, tandis que les autres ne le sotit [)as... »

Puis, après avoir établi la diiïérence qui existait entre le peuple d'Athènes et la populace de Paris, il dit :

({ La pièce que vous laites est- elle ou non populaire? Si oui, je vous engage à imiter Shakespear.

» Votre (»ièce produira le plus grand ellet.

* Madame Uoland écrivait le nom do Shakspeare comme liuzot , sans e. (V. dans l'c-dilion do ses Œuvres com{)loU's parChampai^ncux , son Voyage en AïKjleterre , l. III, p. 269.) C'élail rorlhojjraphe pén«'ralenienl a<l()pt«'e à cette ôpo(jue. I)o|)uis on a écrit Shakespeare , et aujourd'hui il parait conslant par les signatures mémos du grand tragique (pie la vt-'ritable orliio};raphe est Shakspere. ( V. IMiilarele Cbasies. dont on connaît l'autorité magi>lrale en c« tle matière. Dans ses études si profondes et >i ori^'inalos sur Shakspeare, il alleste (jue co dernier a loujoui> >igiié litlin Shakspcie, notamment sur son exemplaire de .Montai;;ne conservé au Musée britannique, i Elude» »ur ir, Shakspeare , Amxol, p. IfSU.

XLviu PRÉFACE.

» Montrez les hommes à nad.

» Ne craignez pas de les introduire dans différentes conditions, tels qu'ils sont en effet.

» Les incidents se multiplient sans nuire à l'unité d'intérêt. Quant aux deux autres, Shakespear n'eût pas manqué de les sacrifier à la première. »

Certes il est difficile d'imaginer quelque chose de plus inattendu que l'apparition du nom de Shakspeare prononcé dans les refuges de Saint-Émilion en pleine Terreur.

Sans doute en d794 ce grand nom était déjà naturalisé en France par les traductions de Delaplace et de Letourneur, par les essais de Voltaire et les imitations de Ducis. Depuis longtemps il était de bon ton d'avoir ses œuvres : on les trouve dans les collections savantes ou élégantes, depuis la bibliothèque du surintendant Fouquet ^ jusqu'à celle de madame de Pompadour "^, et même de madame du Barry ^

1 V. au département des manuscrits de la Bibliothèque impériale le procès de Fouquet.

Dans le Catalogue de ses livres on trouve après la HierusaJem liberata, VOrlando, il Dante, etc.

Shakespeares Comédies angloises... (1 ^.)

Inuentaire, prisée et estimation des liures trouues à Saint- Mandé, et appartenant ci-deuant à M. Fouquet, etc. (Bibl. imp.^ f. fr., 9438.)

Qui le croirait aujourd'hui, c'était là une des charges relevées contre l'accusé. (( La bibliothèque de Saint-Mandé. disait Denys Talon, le Procureur général auprès de la Chambre de Justice, est l'une des plus belles et peut-estre la plus chère de celles de l'Europe! » (Œuvres de M. Foucquet, t. VI, p. 138.)

Loin d'être un crime, ce serait pour nous une excuse en faveur de l'infortuné Surintendant, qui le premier peut-être en France donna l'hospitalité à Shakspeare et à Molière.

2 Catalogue des livres, etc., de feue Madame la marquise de Pompadour, Dame du Palais de la Reine, p. 181, n" U3.

« Thf'âlre anglois, tiaduil par M. de la Place, 1746, 8 vol. in-12. » L'exemplaire fut vendu 18 livres. Ces huit volumes se composent principalement des traductions des pièces de Shakspeare.

'•^ V. l'État et prisée des livres de la bibliothèque appartenant cy-

PUKFACE. \ii\

« Ses pièces, écrit Grimm dès 1770, attirent plus de monde que les chefs-d'œuvre de Racine et de Molière. »

On admirait le génie de Shakspeare. on le citait familièrement : le dernier mot de Mirabeau mourant est une citation (ï Hatiilet \ et Harna>e définissait Mirabeau lo Slinkspenre de V éloquence* -^ Mercier lui décernait les couronnes de l'immortalité^ ; enfin Nicolas Bonneville, le visionnaire inspiré, ne craignait pas d'aller jusqu'il l'apothéose : il chantait le divin Shakspeare à légal du divin Homère *.

Mais tout en le célébrant beaucoup on limitait fort peu ou fort mal. La vieille [)oétique de l'école française était restée debout : les règles et les préjugés de notre théAtre régnaient plus que jamais, religieusement respectés dans leurs prescriptions tyranniques et surannées '.

devant à la femmt* Diib.iry. |jar Blaiî^ot. libraire .1 Versailles, en date du 2} floréal an 11. Un y voit figurer The Dratiuilic Works Shakespeare, estimes 30 livres. (Archives départementales de Seine-el-()ise.)

' Ne pouvant j)Iiis parler, il t'crivit à Cabanis, son médecin, pour en obtenir de l'opium, ces mots de Hamlet : u Mourir, c'est dormir! « (Madame de Slaël. Considérai toris sur In Révoluttou française, t. |•'^ p. 405.

- (^Mvres de Hanuivt^, t. H, p. 64.

^ Essai sur l'art dramatique , c. xx , p. 206.

* Le Poëte divin, l'Homme de tous les temps,

Shakspear dormoit en |>ai.\ assis sur ses trophées. J<iyeu-es, près de lui, dan-^oient toutes ses Fée-^, El sa grande âme erroit dans ses pensers rians.

(Shakspear et Voltaire, dans \^sl*uêsies de Nicolas Bonneville, 1793, p. 73. N . au>si Bris.'-ol (jl/<m., t. I, p. 14")) ; A. Chénit-r, la Chansim des j/eua:^ imitée de Shakspeare; H. .Manuel, Lettres sur lesCoinrd.fr., p. 8i.)

•'• Ainsi Miral)eau , (jui connaissait à ftmd la lanj/ise et la littérature anglai^es, a écrit lui-m^me ces lignes :

« C'est dans le- bonnes pifccs do théâtre que le goût se manife^le particulièrement; leur plan est simple, se développe tans contrainte, se fait suivre sans eff(.rt; le style en e-«t pur. toujours au ni\eau du sujet, el d'une élégance continue

» Vous préférez le Hamlet de Shakespear à \'/phi(jénieci à la Phrdre de Racine, h Paradis perdu à la Henricute , une strophe do Klo|i9lock

L PRÉFACE

Ce que Buzot propose, c'est de laisser de côté ce cadre étroit et d'y substituer non le plagiat du style de Shakspeare, mais l'adoption de son système dramatique '. Et comment conçoit-il cette importation? Il ne développe pas ses idées, il ne fait pas un cours ni une théorie, il trace une esquisse en quelques mots. Mais cet aperçu rapide est tellement substantiel, qu'il résume en dix lignes tout ce qui nous est resté de tant de débats sur l'école romantique, laquelle n'était pas autre chose que l'école anglaise.

Buzot ramène à trois les emprunts qu'il conseille de faire

à toutes les odes et cantates de Rousseau. Fort bien! mais prenez garde que vous n'avez ici qu'une voix négative qui ne peut rien contre la voix publique, et soyez sûr que Racine, Voltaire, Rousseau, trouveront toujours plus de lecteurs que Shakespear, Milton et Klopstock. » [De V Universalité de la langue française, suite des Lettres à Chamfort, p. '102.) Dans ses Lettres de cachet (c. m, p. 55), après avoir cité ces vers célèbres du cinquième acte d'Othello :

I mu si weep

But they are cruel tears...

il ajoute : Heureuse expression de Shakespear que M. de Voltaire a admirablement embellie dans Zaïre :

Voilà les premiers pleurs qui sortent de mes yeux : Tu vois mon sort , tu vois la honte où je me livre ; Mais ces pleurs sont cruels et la mort va les suivre.

Aujourd'hui on trouverait que non-seulement l'imitateur n'a pas admirablement embelli l'original, mais qu'il l'a considérablement affadi , et qu'à une toile de Rembrandt il a substitué un pastel de Vanloo. (V. Viiiemain, Leçons de littérature française, t. III, p. 4 81.)

• C'est ce qu'a conseillé W. Schicgel. « Pourquoi , se dcmande-t-il, ce renouvellement d'admiration qu'a excité Shakspeare est-il demeuré sans fruit pour l'art dramatique? » Et il répond : « Sans doute parce qu'on a trop envisagé ce poëte comme un génie unique et inimitable, qui devoit tout à la nature, rien à l'étude. » Puis il ajoute : « Si on l'avoit considéré davantage sous l'aspect d'un grand maître, on se seroit appliqué à démêler les principes qui le dirigeaient , et peut-être auroit-un réussi à les connaître et à se les approprier. » W. Schlegel, Cours de littérature dramatique, t. III, p. 228.

i>hkfa(:e. li

il Shakspeare, et chacune de ses ohservalioiis est fr,i|»|»aiite dans sa simplicité.

11 cherche d'abord a se rendre compte des causes qui donnent aux pièces de Shakspeare une si jurande pui>sance, et l'explication qu'il trouve est celle que donnera plus lard M. Guizot dans la magnifique préface qu'il a mise en léte de sa traduction. « Ces pièces sont faites pour les masses populaires, )) dit Buzot, c'est aussi par la constitution nationale du théâtre anglais que M. Guizot explique le dével()p[)ement du génie de Shakspeare '.M. Villemain constate également que dans Tlnde, à Calcutta, les vers de Shakspeare ont un succès d'enthousiasme auprès des populations indigènes; et aux États-Unis d'Amérique, les drames du poêle anglai> excitent encore plus de frémissements et d'ivresse que dan> les théâtres de Londres. {Les Femmes de Shnksf)(>fin' , introduction par Villemain. p. xii.)

Si donc Salle veut parler a la multitude, s'il veut agir sur ce vaste élément, il faut qu'il trouve ce souille grandiose qui soulève les masses et qui fait la puissante popularité de la tragédie shakspearienne.

\a\ peinture des caractères à vif, à nu^ sous leurs aspects mo})iles et multi(»les, est le second |)récepte que Buzot recommande d'emprunter aux procédés de Shakspeare. C'est en elh'l là que ré.side l.i suj^ériorité du grnnd tragique

' a Une rcprtscnlalion tlu'âtralo est une fêle populaire. Ià\ pooie •Iramaliqtie n'a pu naître et n'est jamais née qu'au niiliru <iu |>euple... lelle e.st donc la nature de la poésie draniatitjue, que |»our produire soH plus ina},'iques effets, pour conserver en grandissant sa lilierlè comme sa richesse, elle a besoin de ne pas >o séparer du |)euple à qui elle s'adresse ti'alxird. Klle lan};uil si elle se (jj-tache du .s<i| où elle a pris racine. Populaire en naissant, il faut qu'elle demeure nationale, (pi'clle ne ce^se pas de comprendre dans son domame et de rliarmer dans ses f«'»tes toutes les class«'S (•.qial»!e> de s'éle\rr ,tux «''motions dont se nourrit son pouvoir. » T. I. p. mil cklit. de .MIHICCXI.

LU PRÉFACE

anglais : l'observation profonde de rhumanité, source de la vérité saisissante qui anime ses conceptions et leur donne la vie des créations mêmes de la nature ou de l'histoire.

Le troisième est l'unité d'intérêt, règle bien différente de l'unité d'action, laquelle conduit à la sécheresse et à la monotonie, tandis que l'unité d'intérêt n'exclut pas la variété des incidents qui rayonnent autour du sujet principal, et les subordonne seulement à un foyer commun qui les concentre et les éclaire '.

(( Quant aux deux autres unités (celles de temps et de lieu), Shakspeare, dit Buzot, n'aurait pas manqué de les sacriher à la première. »

Les vues générales présentées ainsi par Buzot étaient aussi justes qu'élevées; elles ont été ratifiées depuis lors par le temps et sont aujourd'hui passées dans le domaine public du théâtre moderne. Elles étaient alors une nouveauté, et si l'on en pouvait douter, il suffirait de jeter les yeux sur les humbles formules qu'employaient les admirateurs mêmes de Shakspeare pour se faire pardonner leurs grossières imitalions ".

^ a Mais il est une unité, avait déjà dit Sébastien Mercier, qu'il faut respecter avec scrupule et dont il ne faut jamais s'écarter, c'est l'unité d'intérêt. C'est la seule règle essentielle que je connoisse, etc. » (V. tout le développement, qui est très-remarquable, Essai sur l'art dramatique , Amsterdam, 1773, p. M6-H1.)

'^ Grimm compare sérieusement Sedaine à Shakspeare. 11 va jusqu'à dire : « Si je croyais à la métempsycose, je dirais que l'âme de Shakspeare est venue habiter le corps de Sedaine. » (15 avril 1769.)

Barnave fait un autre parallèle, longuement balancé, entre Shakspeare et Richardson. (V. Œuvres de Barnave, t. Il, p. 26-5.)

V. aussi Jirulus ci Cassius ou la Bataille de Philippe^i, etc.. tragédie envers et en deux actes, imitée de l'anglais de Shakspeare, par Sextius Buiïardin, patriote. Paris, an IV, in-8°.

Au surplus, sur l'introduction successive de Shakspeare en France, il faut consulter l'ouvrage de M. Albert Lacroix intitulé Histoire de l'influence de Shak'*peare sur le théâtre français, i vol. gr. in-8°,

PKKFACK. ,„i

Ainsi (J!ollol-(l Herbois a lire des Merry Wife)t nf Wiriflsor une comédie qu'il a intitulée l'Amant Loui»- (iAROU ou MofisiciéV Uodomont. C'est de la sorte qu'il travestit Falstnffî II s'est cru obligé dans la préface de s'excuser de I audace qu'il a eue non de falsifier le grand maître, mais de le produire devant un fujblic français. (\. l'édition d»* la Haye, I78t), in-8°.; « Grùce soit demandée à tout ju»;»' compétent /;of/r Shakespeare y pour son imitateur, pour ceux qui s'en amuseront et même pour ceux (pii ne s'en amuseront pas. » Oo mesure la dill'érence entre le langage dr Huzot et celui du pauvre histrion sitllé faisant amende hoiio rable au nom de l'auteur anglais qu il prmail la liberté grande d'introduire en F>ance.

On se demande où et comment liiizot avait [>u se former des idées aussi avancées sur le théâtre; comment, en citant Horace, il comprenait si bien Shakspeare et pressentait Altieri? Il devait savoir l'anglais : on le devine par un«* lettre intime de madame lioland a Buzot du f) juillet l71K*i. ( V. Dauban, Lettres weditcs de madame liolaad , p. ;ir>. ) Klle V glisse un(î phrase anglaise, une phrase qu'elle devait tenir à transmettre à Ihomme qu'elle aimait, et qu'rlle n'aurait pas écrite dans une langue qu il n aurait pa> connue.

I^a lecture de Shakspeare dans l'original serait déj;i une explication de la prédilection de Buzot pour un auteur qu il pouvait ap[)récier mieux (jue dans une traduction.

Madame Koland ne parlr pas de Shasks[»eare dans sa corrt'spondance, mais <dle a fait une relation de son voyage en Angleterre, et la elle raconte qu'elle est allée visiter l;i

Hruxp||p>, 1856. Le» sujet a »M»» ôpmst' d.»ii> cotte hollo j-lud»*, ijuf Kraure peut envier u la Bel!;i»jue. l..i période ré\olulionnûirc >tu • pn*M»nte une lacune que ces reclierche-* f»ourraieui *ervir à combler.

Liv PHÉPAGE.

maison de Garrick à Hampton et le monument qu'il avait fait élever à Shakspeare dans son jardin. (Œuvres de J. M. Ph. Roland, t. 111, p. 269.) Puis, après avoir décrit avec soin le monument et la statue, elle ajoute : « Cette journée est la plus agréable de mon voyage par sa vivacité, le renouvellement des sensations heureuses que m'ont procurées tant d'objets intéressants... » Elle aussi participait donc au culte pour Shakspeare, et, lorsqu'elle connut Buzot, leurs admirations isolées auraient pu se fondre et grandir ensemble.

Les observations de Buzot, si vraies en elles-mêmes, étaient- elles spécialement applicables au sujet traité par Salle? ~ Oui, sans nul doute, à notre avis. Charlotte de Corday est un personnage de Shakspeare ^ : elle agit, elle parle comme Brutus et Hamlet; elle a de Juliette la grâce, de lady Macbeth l'implacable résolution; il y a plus de drame dans ses plus simples paroles que dans les discours les plus éloquents qu'on voudrait lui prêter. Nous n'en vou-

* Charlotte de Corday savait par cœur la Mort de César de Voltaire. Elle en cite des vers dans sa correspondance (V. Lettre à madennoiselle Loyer, Revue des Deux-Mondes du 1^^ avril 1862), et dans son Adresse aux Français (V. Dossiers de C. de Corday, p. 62). Or on sait * que Voltaire avait extrait sa pièce de la tragédie de Jules César, en sorte qu'en se pénétrant de Voltaire, c'était en réalité Shakspeare que Charlotte avait étudié, à travers toutefois le calque d'une imitation.

* « Frappé de plusieurs traits sublimes qui étincellent dans le drame » informe de Shakespeare, il essaya d'abord de traduire quelques mor- » ceaux du Jules César; mais bientôt rebuté d'un travail contredit à tout » moment par la raison et le bon goût , il aima mieux refaire la pièce sui- » vant ses principes; et ne prenant de celle du poète anglais, qui va jus- » qu'à la bataille de Philippes , que la conspiration de Brutus et Cassius , » qui ne forme qu'une seule action , il resserra dans trois actes ce sujet •> qu'il voulait traiter avec la sévérité de l'histoire. » Laharpe, Lycée ou Cours de littérature, t. IX, p. 318, an VII de la République, édition Aeasse.

PRÉFACE. Lv

Ions pour preuve que ces vers que Ponsard a mis dans sa bouche :

Puissent, puissent aussi trembler les malfaiteurs! Et si jamais Marat a des imitateurs, Ils songeront du moins que la veng^eance veille, Et que Charlotte aussi peut avoir sa pareille. Un monstre tel que lui, s'il échappe à la loi. Craindra de rencontrer un monstre tel que moi.

(Acte IV, scène v.)

Ces vers sont beaux assurément, et récités par une Rachel, ils seraient couverts d'applaudissements.

Cependant écoutons Charlotte au Tribunal révolutionnaire; elle a exprimé la même pensée en moins de paroles :

D. Croyez-vous avoir assassiné tous les Marat?

R. Celui-là mort... les autres auront peur, peut-être...

Qui ne sent la différence entre ces simples mots et la paraphrase de l'académicien, si brillante qu'elle soit?

Celui-là. Quel mépris pour ce redoutable Ami du peuple que Camille Desmoulins appelait le premier homme de la Montagne, que ses funérailles de la veille avaient transformé en demi-dieu ! « Les autres auront peur peut-être ! » Et ils ont tremblé effectivement. V. la lettre du Comité de Sûreté générale à Fouquier-Tainville. {Dossiers, etc., p. 96.) Il y a dans ces mots vagues tout un défi porté aux hommes de la Terreur.

Qu'on se représente ces paroles textuellement reproduites dans la pièce et répétées par une Faucitt \ avec le dialogue nerveux qui précède et qui suit, l'effet serait immense : on croirait entendre Charlotte de Corday renverser les rôles et

' Mistriss Faucitt, célèbre tragédienne anglaise, qui vint donner des représentations à Paris avec Mac-Ready vers 4 845.

lAi PRÉFACE.

appeler les juges et l'auditoire à son tribunal suprême. (Expression de Chauveau-Lagarde \)

Buzot avait donc raison : il donnait à Salle un conseil plein de sagacité et de clairvoyance lorsqu'il l'engageait à s'inspirer de Shakspeare pour trouver des accents dignes de Charlotte de Corday. 11 avait su les comprendre l'un et l'autre. Tel fut sans doute le sentiment de Petion et de Barbaroux, car Buzot voulait jeter au feu ce qu'il appelle son insignifiant billet. Ses deux amis auxquels il Tavait lu s'y opposèrent et voulurent qu'il l'envoyât à Salle. Ils avaient probablement été frappés de la parfaite justesse des idées de Buzot, et c'est ainsi que nous a été conservée une des pages de critique littéraire les plus curieuses qu'on puisse trouver et par ce qu'elle contient et par les circonstances dans lesquelles elle a été écrite.

Les appréciations de Petion, Barbaroux et Buzot, si différentes entre elles, ont cependant un point de commun, c'est leur extrême franchise : ils n'ont pour Salle aucune complaisance, aucun ménagement, ni même aucun de ces égards de l'amitié ou de ces éloges dictés par une civilité banale. Ils auraient pu lui tenir compte de ses bonnes intentions, de la difficulté vaincue, de la rapidité du travail, etc., etc. On ne trouve aucune concession de ce genre dans leurs critiques. Leurs paroles ont l'accent de la sincérité la plus entière : ils jugent comme ils voudraient être jugés. C'est ainsi que Barbaroux, écrivant à Salle et à Guadel (V. ci-dessous, p. 370) pour demander leur avis sur un poëme de sa façon, leur dit : « Examinez l'ensemble,

' a II ne faut pas essayer de donner une idée de l'effet qu'elle parut n produire sur les jurés, les juges et la foule immense du peuple qui » remplissait l'enceinte du Palais; ils avaient l'air de la prendre elle- » même pour un juge qui les aurait tous appelés à son tribunal >i suprême. » Note de Chauveau-Lagarde, défenseur de C. de Corday.

PHEFACK. iMi

les détails. FMus votre critique sera sévère, plus elle me sera agréable : faites-vous des amis prompts à vous censurer. » Faut-il eu inférer que la même confiance soit due aux jugements qu'ils portent sur les hommes politiques qu ils passent en revue a propos de la tra^^édie de Char/ofh' Conlni J

On peut être surpris au premier abord de les entendre accuser Danton de lâcheté. Telle n'est pas l'idée qu'on se fait de nos jours du tribun colossal qui est resté pour nous la personnification de l'audace révolutionnaire.

Kobespierre lui-même, exécré mais non méprisé de ses ennemis, nous apparaît plul(*>t comme un esprit stoïque que sous les traits d'un vil poltron. C.ependant les Girondins sont unanimes, ils sont d'accord entre eux sans s être concertés, d'accord aussi avec madame Holand, dont ils ne pouvaient connaître les écrits. Comment faut-il entendre leurs paroles? On aurait tort, suivant nous, de les prendre a la lettre, et il est nécessaire d'en bien déterminer la portée. L'épithôte de lAche était une injure c|ue tous les partis échangeaient entre eux *, (|uoi(jue peut-être le courage poli-

' Les .N!onla;:nar(ls reprochcnl ii lJarl>aiou\ s<i poltnnmertc insolente. {Atiecdotes curieuses et peu connues sur la Révotutioftj p. 55.)

Gutîroy prélend qu'on dut emporter de l'audience !es Girondins condamnés \e 29 ociobrr. parce (jirils ru» pouvaient jilus se soutenir sur leurs jamt)es. Rougytrou le Franc en vedette , n" M, ti brum. an II.

C'était pres4|ue de style, comme la phrase sur les Fripons et tes Trait r es.

Kobespierre accuse Danton de lâcheté :

« Danton qui eût été le plus dangereux des ennemis de la palne s'il n'en avait été le plus hk'he. >» I)iscours de H(»lx'>piorre pour la fêle de l'Être supréine, Moniteur du li* floréal, séance du l8, l. \X , p. 40'», édit. Pion. V. aussi Notes pour le rapport de Sainl-Jusl, p. 14.

Kl Kobespierre e>l accusé de liicheté à son tour :

« Il pouvait se mettre à l.i uHe des troupe- et marcher sur la Couvenljon, mais le .Voi.Me Médée ne vint jamais à son secours, el il

Lvin PRÉFACE.

tique n'ait jamais été poussé plus loin qu'à cette époque. Ce que les Girondins veulent dire, c'est que Danton et Robespierre n'étaient pas dos hommes d' action j, c'est qu'à l'audace de la parole ils ne joignaient pas la bravoure du champ de bataille. Et ce qui nous prouve que telle était bien leur pensée, c'est qu'ils la limitent à Robespierre, à Danton, à Barere, et ne l'élendent pas à Saint-Just, qui avait fait ses preuves en marchant vaillamment au feu à la tôte des colonnes républicaines. Or, leur appréciation ainsi interprétée est rigoureusement vraie et se trouvait prophétique, car elle fut justifiée quelques jours après par la mort incompréhensible de Danton et la chute non moins étrange de Robespierre, l'un et l'autre tombés, au milieu d'une immense popularité, sans combat, sans défense, sans explication possible, si ce n'est qu'ils n'étaient pas hommes de guerre, braves pour recevoir la mort, non pour la donner en payant de leur personne. Ainsi s'expliquent ces mots de Barbaroux : « Danton se battre! c'est lui faire en vérité trop d'honneur. » El cet autre de Petion : « Ce qui distingue Robespierre, c'est que dans le danger il perd la télé. H découvre la frayeur qui le tourmente; il no parle que d'assassinats, de liberté perdue; il voit la Réfmblique tout entière détruite en sa personne. » C'est l'histoire du 44 germinal et du 9 thermidor racontée à l'avance...

Danton n'a pas su se battre pour sauver sa vie, lui qui

devint lâche, en un mot ce qu'il avait toujours étë quand il fallut agir. » (Pr<!'fecluro do police, Papiers inédits de Courtois.)

« Lîi hardiesse timide de Robespierre, disent les uns, son audace poltronne, suivant les autres. » (Freron, l'Orateur du peuple.) u A la fois audacieux et lâche, il couvroil ses manœuvres d'un voile épais, et souvent il dé-^ignoit ses victimes avec hardiesse. » (Décade philosophique, Précis sur Robespierre, t. II, p. 11.3.) V. aussi Daunou, JUtfnwires , p. 4o3, édition Brirrière. Ces expre.ssions contradictoires s'expliquent par la distinction que nous proposons.

i^HEFACK. u\

a vait (lé()loyé tant de vigueur pour sauver sou pa vs tle l in\ asiori étranpjère; Robespierre, déconcerté à la première attaque, aurait-il succombé aussi facilement, si, suivant le mot propbétique de Petion, il n'avait perdu la tête? La toute-puissance du rhéteur s'évanouit devant l'énergie d hommes subalternes, capables de s'armer du poignard comme Tallien, ou de monter à cheval comme iiiirras.

Le parti de la Montagne a toujours accusé les Girondins d'avoir été les instigateurs de Charlotte de Corda v. Cette accusation, qui se trouve dans le rapport d Amar, a trouvé des échos jusque dans les écrivains de nos jours qui appartiennent à I école néo-terroriste et dans les clubs de ISOÎK

Ce n'est pas ici le lieu de discuter une pareille question, elle viendra tout naturellement lorscjue nous nous occuperons des faits eu\-mèm<'S. Nous voulons seulement prendre act»* des déclarations des Girondins réfugiés a Sainl-Lmilion . s'écrivant sans arrière-pensée ni réticence.

(Jue disent-ils de Charlotte de Corday?

Ils l admirent, — ils ne l'approuvent pas ' !

Non qu ils blAment moralement son action, mais il> trouvent (jue la mort de Marat, loin de nuire à leurs ennemis, a pu être utile à l'ambition persoiuielle de ceux-ci. a II nw semble, dit Petion, (jue Danton, Uobes()ierre et liai ère dévoient en particulier s'en réjouir Combiner les avantages qu'ils pourroient en tirer, convenir de lui faire décerner les honneurs divins, d Cn faire le Ih'tos, le marlM d»- l.i Hévolulion et le chef de Irur parti... "

' u J iu \ii liu/ol i'i l.ouvrl vn soupirer («li» \à morl tlf l.e|K*ll<»li<»r) et ver»er des pleurs de raj:e, persuaiJés que (jueUjue liardi .Mtifii.if^iuird avait préparé ce c«»up pour raUril)uer au côté droit el s'en faire ronlre lui, sur le peuple, un moyeu cj«« j.in.tiisine •• MaAume Hohf ' 'xl!'..!" Daubnn. p. 416.'

Lx PRÉFACE.

« Je ne pense pas, ajoute Buzot, que l'action de Charlotte doive produire l'effet que vous imaginez sur les meneurs de la France. La vérité, c'est qu'elle leur a été fort utile, et qu'instruits par un premier exemple, celui de Lepeiletier, ils en ont sçu tirer un grand avantage. Croyez que le meurtre de Marat a très-bien servi la cause de Robespierre, Barere et Danton, qui ont été délivrés d'un rival très-dangereux ou du moins très-nuisible à leur ambition personnelle. »

En présence de pareilles révélations, la prétendue intelligence de Charlotte de Corday avec les Girondins ne peut plus se soutenir. 11 est évident que ceux-ci trouvaient que le coup avait été mal dirigé. C'était aussi l'opinion de madame Roland, dont les Mémoires peuvent servir de commentaire aux Lettres de Petion et de Buzot. Comme eux elle admire Charlotte de Corday, qu'elle appelle une héroïne dicjned'im meilleur siècle, mais comme eux aussi elle dit :

« Une femme étonnante, ne consultant que son courage, est venue donner la mort à l'apôtre du meurtre et du brigandage; elle mérite l'admiration de l'univers : mais faute de bien connaître l'état des choses^ elle a mal choisi son temps et sa victime.

') Il était un plus grand coupable que sa main aurait dû immoler de préférence; la mort de Marat n'a fait que servir ses abominables sectateurs, ils ont transformé en martyr celui qu'ils avaient pris pour un prophète. Le fanatisme et la friponnerie, toujours d'accord, ont tiré de cet événement un avantage comparable à celui que leur avait déjà procuré l'assassinat de Lepeiletier. Certes il avait été trop funeste pour que les Députés fugitifs, très-étrangers à l'action de Paris, ne le fussent pas égaleuient à celle de Corday. Mais leurs adversaires saisirent un nouveau moyen de les noirci)' dans l'esprit du peuple. »

Madame Roland va plus loin que Petion et Buzot, elle

PHKK.VCK. LXi

ne se borne pas à dire que Charlotte de Cordav a mal choisi son temps el sa victime; elle ajoute qu'il était un grand cou[)cible que Charlotte aurait (li\ immoler de préférence, et elle est d'accord en ceci avec Barbaruux, qui avait dit à Caen : « Si j'avais eu à lui indiquer quelqu'un, ce n'eût [)as été Marat. »

Ouel était ce «jrand coupable que madame Iloland désigne sans le nommer?

Peut-être Ilobespierre , plus probablement Danton'; c'est aussi, comme nous l'avons vu, [>anton qui joue le |)rincipal rôle dans la pièce de Salle.

Robespierre n'avait pas alors rim[)orlance (|u'il acquit plus tard. Son rôle avait d'ailleurs été nul dans les événements et les journées du 31 mai et du 'i juin. Il est donc probable que c est sur Danton que s'étaient concentrés les ressentiments des Girondins, et que c'est contre lui qu'ils auraient armé le bras de Charlotte, si tant est que de pareiiles actions pussent se conseiller ! Ouoi qu'il en soit, il est certain (jue ce n'est pas à Marat qu'ils auraient son«j;é, d'abord parce qu ils le méprisaient trop pour le craindre,

' « O Danton, c'est ainsi que lu aiguises les couteaux contre les victimes! Frap|te! Une de plus augnieiitera peu les crimes!... Aussi cruel que Âlarius. plus affreux que Calilina, lu surpasst\s leurs forfail> sans avoir leurs jirundes qualilos. el l'hisloire \umira ton nom avec horreur dans le récit des boucheries de septembre el la dissolution du corps sorial à la suite des év(*nements du i juin. <» (.l/émojres de madame Holand.i

Ix)uvel dit aussi dans ses M»''moires (encore inédits) (V. Manustril de la Bibliothèque im|K»riale, p. il. arq. nouv. fr., n" 4730) :

« Celle déieslabie consliluliun (juils appellent sublime... nous don- »» nera pour Roi, je n'ai jamais dit Maral , car un tel monstre devait » mis«TabUMii»*nl finir, je ne dirai pas d'Orh'ans... je ne dirai |»a8 » Robespierre... imbécile sanguinaire qu'ils briseronl comme un MTro n fra^îile, mais je dis le plus aslurieux des conjurés, le plus audacieux » doN «.rélérats, le plus mortel «Minemi de la République française... " Danton ! »

i.xii PRÉFACE.

ensuite parce qu'ils auraient cru servir le triumvirat de Danton, Robespierre et Barere en le délivrant d'un compétiteur tout à la l'ois compromettant et dangereux.

11 est encore une autre question historique que la correspondance des trois amis avec Salle peut servir à éclairer et à résoudre. INous voulons parler des amours prétendues entre Barboroux et Charlotte de Corday. Déjà, dans notre première publication sur Charlotte de Corday, nous avons démontré combien cette légende populaire était erronée (2^ Appendice, p. x); mais les traditions sont toujours fort difficiles à détruire. Il n'est donc pas inutile de constater que la thèse soutenue par nous se trouve pleinement confirmée par les Lettres des trois Girondins sur la tragédie de Salle.

En effet, Barbaroux est appelé à s'expliquer précisément sur l'amour que Charlotte de Corday aurait pu inspirer, et il indique, qui? Adam Lux, véritablement amoureux de Charlotte. N'est-ce pas dire qu'on a prêté à Charlotte de Corday des amoureuœ supposés? Du reste,

sur lui-même, nul détail, et quant à elle, nulle allusion

La même remarque s'applique et à la pièce de Salle, et à la lettre de Petion. Salle n'aurait-il pas trouvé moyen de mettre Barbaroux en scène, si, confident de sa vie intime, il avait su qu'il avait existé entre mademoiselle de Corday el son ami un sentiment d'amour? Mais à côté de cet argument, qui n'est que négatif, Buzot va -nous fournir une preuve affirmative et décisive. Il dit : a Surtout, pas » d'amour dans une pièce de ce genre... bannissez- le de la » Nôtre; il y est petit, il en dépare les beautés; rincon- )) venavce saute nuan yeux, »

Si cet amour eût existé de la part de Barbaroux pour

IMIKKACK. iMii

('.liarlolte de Corday, Buzot n'ciurait p.is j»iirlt' d incntire' nnnce ; il se serait exposé à ce que Salle lui répondît : « Inconvenant, soit; mais je n'ai rien inventé, le fait est parfaitement vrai, et c'est Barharoux qui a été le héros »ic l'aventure, ^ous le savons bien, et vous le savez comme nous, n

La critique de Huzol, si vive et si précise, suppose donc nécessairement (jue l'amour prêté par la tradition a Harharou.x est aussi fabuleux que la [)assion imaginaire de Hérault de Séchelles introduite par Salle dans sa tragédie.

Les trois amis de Salle ne se firent et ne lui laissèrent aucune illusion : ils condamnèrent unanimement sa tragédie; leurs critiques n'admettaient pas seulement quelques changements de détail; elles allaient plus loiii : elles ne tendaient à rien moins qu'à reprendre l'œuvre de fond en comble. Il était impossible de su[)primer la mort d'Hérault de Séchelles ou d'introduire Adam Lux à sa place, ou enfin de substituer un drame inspiré de Shakspeare a la tragédie classi«jur de Salle , sans refaire une seconde pièce et conséquemment sans déchirer la première.

Nous ne savons commetit Salle accueillit les observations de ses amis : il ne paraît pas avoir eu le courage de recommencer ce travail considérable, ou du moins il ne nous est rien parveim (jni atteste qu'il ait persévéré dans ses essais draniali(|ues. Il comprit sans doute que sa vocation n'était pas la, et il composa un conte dans le genre satiriipie, /"/./<- Il Vf (le Ddfilon nitj- Enfers.

Ouel jugement devons- nous porter sur la Iragcdir df Salle, telle (jue nous la comiaissons ?

Mous avons déjà fait notre profession de foi >ur ce point. Pour nous, du médiocre au pire, pas de degrés. Mous appliquofis le prin(i[ie de Boileau dans tout<' sa rigueur; nous

i.xiv PRÉFACE.

n'admettons pas même les tempéraments qu'y apportait Voltaire, un peu intéressé dans la question. « Une tragédie parfaite est si difficile qu'elle est peut-être impossible... C'est bien assez qu'elle ait des beautés qui en fassent pardonner les défauts. » Suivant nous, la difficulté ne fait rien à l'affaire. Si l'entreprise est trop ardue, si elle est audessus de vos forces, ne l'essayez pas, rien ne vous y oblige : considérée sous ce point de vue absolu, la tragédie de Salle n'existe pas : ce n'est point une œuvre d'art, elle est dès lors non avenue pour la critique.

Cependant il serait injuste de ne pas reconnaître le mérite de certains vers pris isolément : nous les avons cités, on pourrait en indiquer d'autres*; mais n'y eût-il que le vers, « l'exemple de Brutus a germé dans les âmes », qu'il n'en fallait pas davantage alors pour faire la fortune d'une pièce de théâtre. Ainsi tout le monde sait (\iie\e Barneveldt de Lemierre n'a du son succès qu'à un vers, le seul qui 'ait survécu à tout le répertoire de l'auteur^.

Souvent même on se contentait de moins encore. Le patriotisme tenait lieu de talent. Dans le compte rendu

* Règne-t-on sur les mers au fort de la tourmente?

(Acte ^ï"; scène i'% p. 9.)

Le Dieu de mon pays a dirigé mon bras.

(Acte II, scène m, p. 27.)

La Loi veut un vengeur lorsqu'un tyran domine. (Acte II, scène m, p. 35.)

'^ Encore ce vers, qui est incontestablement fort beau, est-il Lrèsmal amené.

Stauembourg, le fils de Barneveldt, offre à son père du poison pour qu'il [diisse prévenir le supplice par une mort volontaire. Il lui dit :

Libre au moins dans la mort...

— Mon fils, qu'as-tu dit.^ — Caton se la donna.

— Socraie l'attendit !

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