‹ Charlotte de Corday et les GirondinsChapitre 22 sur 97 · XVIII. Observations sur le Rapport de Saint-Just contre · texte numérisé non relu

XVIII. Observations sur le Rapport de Saint-Just contre

les trente-deux proscrits, par une Société de Girondins. Brochure in-S" de trente et une pages. Datée de Caen, le 13 juillet 1793. An II delà République française.

Il existe une autre* édition sous ce titre : t Ancien Comité de Salut public ou Observations sur le Rapport DES TRENTE-DEUX PROSCRITS, par uue Société de Girondins.

XIX et XX. Enfin la tragédie de Charlotte Cordai et r Entrée de Danton aux enfers.

PRf.FACE. cui

La (ic'leulion disciplinaire subie par Saiiil-Ju>l elail (onnue vaguement par la tradition sans preuves certaines'. Aussi le fait avancé avec réserve par M. Kdouard Fleurv (hltiidcs t'èrnl., Saint-Jusl, t. I, p. ii) était-il conteslé avec énergie par M. K. Hamel Hist. de Sniut-Just , II, p. (»2). Les pièces probantes ont été découvertes récemment aux Arcliives de l'Lmpire et de la Préfecture de police. M. Campardon, auquel on doit tant de découvertes curieuses pour l'bistoire (les dernières relatives a Molière), mit le premier la main sur un interrogatoire de Saint-Jusl, classé dans le> papiers des (ionjmissaires au CliiUelet de Paris. D'après cette indication, nous avon> fait des recliercbes aux Arcliives de la Préfecture de police, et grAce au concours de M. Léon l^abat, nous avons retrouve le dossier complet de raiïaire. .Nous le publions dans son ensemble.

A M(m. sieur, Monsieur le cheraiUier dEvn/, (tjju'ier (lu ijurde ,

en son hôlrl nw f finfndnur, à Par IX.

Mon Ni» ru ,

Je liif lioiivr d.tiiS une prliic ilJcroi.lliU' et jc.spilr (|ll(- \o(l> voinlre/ hini xoiis prêter a ladoncir el me rendn* >eni«'o. Mon fils et MiiiK |i.i>s« r ( Im /. moi (jiiiiizc joiii-s, cl il cii .li |*.uti la nuit [dt'j \('ii(liv(li .m Naiiicdi «innii i .1 mou iiiM.'U |m>iii (i-n-ii-

cxLii PRÉFACE.

dre a Paris, emportant avec lui une ecuelle dargent neuve, marqué a une E et une R; un goblet d'argent a pied relevez en bosse marqué au nom de S^ Just; une timballe a tenir une demi bouteille, le pied et le bord doré, marqué au nom de Robinotj curé de Decize; trois tasse très forte dargent; des paquet de galon d'argent, une paire de pistolet garni en or, une bague fine faite en rose, et plusieurs autre petite chose en argent, tous lesquels obgets il c'est aproprié sans que je men suis appercu; vraisembablement dans la vue de sans défaire et de ce procurer de largent pour en faire mauvais usage, comme ces procédés m'afflige beaucoup, et que jai interest de taché de me faire remettre tous ces bijoux et de prévenir a l'avenir et arrêter le cour de linconduite de mon fils, je vous serez oblige. Monsieur, de vouloir bien vous donner la peirie de voir Monsieur le Lieutenant de Police et d'obtenir de lui un ordre pour faire recherche tous de suite de mon fils et lui faire remettre les effet quil a emporté, et ensuite le faire mettre en lieu de sûreté pour ne plus exposer a agir aussi mal et Jui donner le tems du repentir de sa faute. Je vous prie. Monsieur, de ne pas perdre un moment pour donner satisfaction a une mère justements afligé et qui ce trouve dans la plus grande douleur, et jaurez soins de vous remettre les debourcé que vous aurez fait; je vous prie de mener la chose avec la prudence que je vous connoit; vous sentez que je ne veux pas perdre mon fils, mais seulement de le mettre dans ce cas, et lui donner le loisir de reconnoître sa faute et den avoir du repentir. Je serez fort reconnaissente , Monsieur, des peine que vous voudrez bien prendre. J'ai l'honneur detre parfaitement,

Monsieur,

Votre humble et très obéissante servante , RoBiNOT, veufue de S' Just'.

A Blerencourt, w. 17 septembre 1786.

1 Toutes les fois qu'on rencontre, au dix-huitième siècle, des lettres do femmes d'une incorroclion si étonnante (V. ci-dessous celle de madame Petion, p. 773, et autres), il faut se rappeler ce passage du

I^RÉFACE cxLii!

Teneur de l'adresse

A Madame, Madame de Sainl-Jast ,

à Blerniwiturt , par Noyon , en Picnrdn- (Timbre de l'adresse.) à Sceauj .

Ce 20 septembre 4786.

M.VDAMt ,

V.nc partir de ranipa/;iie à Seaux iiTa einprrlu- de vous rrrire plus tôt pour vous tranquilliser sur IrCoiutrde .Monsieur votn' Hls. Je suis la cause innocente de la soitise <piil a faite. Il v a quelque temps, je le (juéris d'un mal a la tempe très dan (jereu\ et nouveau pour tous mes confrères en metlecine que j'interrogeai à ce sujt't. La {jiu'rison se montoit à deux cents francs quil ne m'avoit p<^>int pavé (•v/r) ; malheureusement je lai pressé, mais vous sav«'z qu'a I*aris Ion est si souxent Irompé qiiil Km! bien prendre ijjrde à soi. Monsieur votre Hls crai{;noit de vous aliaiuier en vous demandant deux cents francs pour un médecin; il a été chi'Z vous et il en a em[>orlé de quoi me satisfaire. Il a vendu pour deux cents francs d'argenterie et me les a porté à Seaux. Il m'a fait l'aveu de tout et m'a «lit que de sii vie iln'oseroil icparoilre à vos veux, mais qu'il aimoit encore mieux cela «jue «le pass<'r pour un frtjxui à mes veux. J'ai couru chez le Juif qui lui a\oit acheté l'argenteri«'. MalluMireusemcnt il avoit tout jette en foule, «'xceptiun golx'let que j'ai eu pour iiO li\r«*s. Je l'ai remis à M' votre Hls «|ui m'a promis de \f)us le renvover avec deux pistolets et un«' hague.

M. \«>lre fils s'est pr«'.s«'nl«' à l'Oratoire ou Ion la f«»rt mal reçu. Il me «lit qiiil a été dissuadé par «les n'Iigieux d»* volnpiiys. Je \((us a\«)uerai. Madame, «pioiqu'il disi*, que cet état

prince «le l.i;:ne : o Les fenime**. il y ;i \inpl ans encore, ne >;i\ oient pas rorlliotirnplie; ii présent je connois dix ou douze Sevij:né. Elles n'ont «jue trop d'esprit, il faut les arrêter... « (Hiuvre* chui%ie% ilu pritur tle Liijw . r.iris, iHulf. p. i69.)

cxLiv HKFAHE.

lui convient très peu, j'ai cru remarquer en lui de grands talents pour la phisique et médecine, et si vous faisiez bien, vous l'engageriez à prendre un état dans lequel il se distinguera un jour à coup sûr, mais il y a un inconvénient. Je ne vous conseillerai pas de le faire travailler de quelques mois, il a le sang calciné par l'étude, et son mal de tempe, qui commence encore à le reprendre, ne vient que de la. Voici le régimie quil lui faut garder pendant 3 mois : ne vivre que de laitage et de légume, ne point boire de vin absolument, et se couvrir beaucoup la nuit afin de suer, et lempêcher d'étudier autant, car sil continue, il na plus un an a vivre. L'intérêt que je preçds a qui vous regarde de si près. Madame, mengage a lever tous les voiles et a vous dire la vérité. Il faudrait aussi quil fit usage d'une poudre anti emorragique tous les matins pour purifier le sang. Cette poudre, de nouvelle invention, se vent à Paris deux louis la boite, et il en aura pour un siècle.

Je n'ai pu le faire résoudre à retourner chez vous , mais , Madauie, écrivez lui en sorte de le faire revenir, car il persiste; il veut aller s'embarquer à Calais, sans doute il en feroit le voiage a pied, ce qui enllammeroit encore son sang davantage, et il n'y arriveroit point. Il m'a défendu de vous écrire, de vous dire son adresse, mais la voici : Hôtel S* Louis, rue Fromenteau. Ecrivez lui mais amicalement, car il est d'une sensibilité comme je n'en ai point encore vu. Vous aurez même raison de ne pas perdre de temps, car il doit paij^ir le 7 ou le 8 octobre. Il sait mon adresse, et sil a besoin de mes services il pourra m' écrire. Je serai fâché. Madame, que vous me remboursassiez l'argent que j'ai rendu au Juif pour le gobelet. Je vous le rendrois gratuitement pour prix de l'estime que j'ai conçus pour vous sans avoir l'honneur de vous connoître.

J'ai rhonneur d'être, Madame, avec le plus profond respect, votre très humble et très obéissant serviteur,

Richardet'.

* Le nom d^un sieur Claude-jVIarie Richardol, limonadier, se rc- Irouve vers 4798 sur les registres d'ôcrou de Sainte- Pélagie. Il élait accusé d'escroquerie. Serait-ce l'auteur de la lettre de 1784?

PRl^FACK. fxLv

Me parler ce malin '. Se rendre pour arr<^ler et ron-

— (luire lu s^ de S' Jusl riiez M' le M. G. C*^* général pour e>lre inenagi- el

— conduit dans la maison de dame 29 septembre 17^6. Marie, etc.

F'« 30 s«'plembre 4786.

IMONSIKI R,

Autorisé dos pouvoirs d'une inere respet'tahl»' par sa roiidiiite et celle qiiellr a toujours tenu vis à vis de ses enfants^ se sac'rifiaiit ruticreiiient pour eux et au{jni«'nter leur [x-tite fortune, et nriiilcn'ssaut a i'ile par tous ers titre>, je re<l;iinr NOS houtrs pour lui rendre justice' contre son fils, qui est parti de chez elle la nuit du 15 au U) dr ce mois sans rien dire, et a emporté avec lui différentes choses dont voici le détail :

!• Uneecuelle d'argent neuve marqué un K et un K;

2* Un gobelet d'arjjent à pied, relevé en bosse, marqué au nom de S' Just ;

3" Une timballe a tenir une di.'uiie lx)Uteille, le piiti cl le bord doré, niarqm'' au nom de Kobinot, curé «le l>ecize;

A" Trois tasses très forte d'arjjt-nt;

5«» Des paquets de [jalon d'arfjent;

G* Une paire de pistolet jjarni m or;

7° Une bayur tim* laite en rose et plusieurs autrt's petites choses en ar(;enl.

La uiere dudit jeune lioinuie s'apjH'lle S' Just et demeure a Blerancourt, près Movon en Picardie, le jeune homme |)orte aii;>si 1(> mêuu> nom, il n'a plus de père. Il est arrivé le 1(> au soir de ee mois a Paris ei lojjr an petit hôtel S' l>ouis, rue Iroinenteau. La maltresse de i'holel lui a \n uneecuelle d'ariienl sans couvercle, un j;olx'let d'ar|;ent a j>ied, ou étoil |;ravé ce nom de Saint Just, et tleu\ l);i(;ues au doif;t. el la servante de ce même holel a nu .iusj.i les trois tasses d'ar(;ent qu'elle df«i* (;ne sous le nom de palette «i sai|;iier.

' Il est facile de voir (jue ce» annotations et cclle> de^ piocci» Mii-

Nantc^ (•n.ancnl «lu I.ieulenaul de [lolu e el de^ bureaux.

cxLvi PRÉFACE.

La mère, craignant que cette conduite de son fils ne l'entraine par la suite a faire des choses plus graves et ayant intérêt de se faire remettre tous ses bijoux et effets, reclame votfe justice par ma voix pour lui faire rendre les effets cidessus désignés et mettre son fils en lieu de sûreté pour lui donner le temps de reconnoître sa faute. M"" le Commissaire Chenu, Monsieur, est déjà au fait de cette affaire et pouroit se charger d'exécuter les ordres que vous donnerez a cet égard.

Soyez persuadé , Monsieur, de toute ma reconnoissance et de celle d'une mère au desespoir de la conduite d'un fils qu'elle aimoit infiniment; et des sentiments respectueux avec lesquels j'ai l'honneur d'être.

Monsieur, ^

Votre très humble et très obéissant serviteur,

Ch- d'Evry ,

Officier au reg' des Gardes françoises, rue de Ventadour, butte S' Roch.

Paris, ce 27 septembre 1786.

P. S. J'ai l'honneur de vous observer que cette affaire est îres urgente, le jeune homme mangeant toujours sur lesdits effets.

M'en p. ce matin.

Ce 30 septembre 1786.

Monsieur,

Je joins ici la lettre de M''*' de S' Just la mère que vous desirez; je ne vous l'ai point envoyé, ne croyant pas qu'elle vous fut nécessaire d'après celle que j'ai eu l'honneur de vous écrire. Vous verrez que la mère désire que son fils soit arrêté et mis dans une maison de force pour le punir de ses fautes.

PRÉFACE. cavii

Je me joins à elle, Monsieur, pour vous prier de fairt* arrêter le plustôt possible le jeune homme qui, vivant sur les effets qu'il a emporté a sa mère, s'en trouvera totalement (Jepour\û pour peu que Ton tarde.

Je joins aussi une autre lettre écrite a sa mère par un soi disant médecin * de Sceaux. Je crois cette lettre contrefaite, le jeune homme n^ayant point été malade et ne tendant <|u'a vouloir pallier sa faute aux yeux de sa mère en se servant de ce prétexte. J'ose vous rappeler aussi, Monsieur, que M. le Commissaire Chenu est déjà instruit des faits.

r.ii riionneur d'être,

Votre très humble et très obéissant seniteur,

Ch. d'Lvrt.

P. a. J'oubliois de nous dire que je trois que .M' de S' Juàl le Hls a vin^'t ans.

Ce vendredi boir, 29 septembre 1786.

Rep. Le 30 septembre d»', le s' S' Paul

— a rc^'u des ordres provisoires pour

i octobre 1786. l'arrêter et relaxer s'il y a lieu.

Cet oflic. n'a pas encore fait son rapport.

Monsieur ,

J'ai l'hoîineur de vous faire mes très humbles remercii'mentsde l'onlre que vous avez bir'n voulu donnt*r pour arrêter

• L'écriture de cette lettre est renversée, comme pour dév'uiser l.i main qui a tenu la plume. Ix» stjle n'est pascrlui d'un nn'dtrin.

M. le docteur N.... , auquel nous soumettons cette lellrt?, nous dit :

a Ceci n'est pas écrit m(''diraleinenl, il n'esl pas probable que ce I» soit l'œuvre d'un m»'d(»cin di;;ne d<» re nom. »

Au reste, Samt-Just. dans son interrogatoire, n'invoqua |»,j»« cette excuse.

cxLvin PRÉFACE.

]\P de S' Just; mais comme sa mère n'est point aisé, n*ayant que le nécessaire pour vivre avec ses autres enfants, je vous supplie de vouloir bien ordonner qu'il soit conduit à S' Lazarre a la plus modique pension, au lieu d'une maison particulière ou la pension doit être plus chère et qui doit être moins sûre.

J'ai l'honneur d'être très respectueusement, Monsieur,

Votre très humble et très obéissant serviteur,

Gh. d'Evry. Ce lundi 2 octobre 4786.

J'ai l'honneur de vous observer que cette affaire est très urgente.

Répondu que la maison de S* Lazare seroit plus chère que celle qu'on lui a destiné a cause des mémoires d'entretien, et que d'ailleurs celle ou il sera détenu est aussi seure que S' Lazare, etc.

6 oclobre 1786.

Interrogaf'' subi par le s' de St Just.

Comm'"'' Chenu.

Interrogatoire subi pardevant nous, Gilles Pierre Chenu, Commissaire au Ghâtelet de Paris et Censeur Royal '.

Par le S' de Saint Just, à nous amené par le S"^ de Saint- Paul, Inspecteur de Police.

En exécution des ordres à nous adressés,

A quoy nous avons procédé ainsy qu'il suit,

' Le double de celte pièce se trouve aux Archives de l'Empire, où elle ;) été trouvée p;ir M. (];ini[)yrflon.

PHKFACK. ,:XLi\

Du vendredy six octobre mil sept cvnX rjuatir vin/^t six, neuf heures du matin.

Premièrement enquis de ses noms, surnoms, â/jf, qualités, pais et demeure;

A dit, après serment par luv fait de dire vérité rt f|u'il a promis de répondre catho{|ori<|upm«'nt , se nommer J.ouis de Saint Just, .sans (jualitt- nv état, n.iliFde Ueeizeeii Nivernois, à{jé de dix neuf ans, demeur.int ordin.iirement à Bleranrourt vn Picardie, chés la Dame sa mère, et de présent a Paris lo{jé liotel Saint Louis, rue Froipenteau.

Interrofjé pounjuoy et depuis quand il a quitté la maison maternelle;

A dit qu'il a quitte la maison «le la Dame sa mère, il v a environs cinq semai «es. paire qu'elle Ta envové à I*aris.

Interrogé si en quittant la maison de la Dame sa mère il n*a point emporté de <hés elle une ecuelle d'argent neuve marquée lie la lettre T, un grand goblet à pied rellevé en lK)sse, sur lequel est écrit le nom de Saint Jirst, une grande tiud)alle dont le pied et le bord doré, manjuc du nom de Kobinot, trois tasses très-fortes, des pa(|uets de {;alon d'argent, une paire de pistolets garnis i?n or, une bague fine et plu>ieur> autres petites choses en argent (|u"il s'est approprié, sans que la Dame sa mère s'en soit appercu, et que sont devenus lesdits objets;

A dit <|u'il a emporté lesdits objets, et «ju'il ne \r-> a |>liis «t qu'il les a vendu.

Interrogée à qui il les a vendu;

A dit qu'il les a fait vendre par un ( onniiissionnaire cju'il a trouvé dans un caffé.

Interrogé ou sont s<»s effets;

A dit qu'il n'en a point, n'en avant point emporté avec lui.

Interrogé d«' quoi il vit à Paris;

A dit qu'il vit chez un traiteur auquel il a pavé avtv l'argent «ju'il a touché de la vente des effets susdits.

Interrogi* ce qu'il comptait faire après avoir dlsNi|M'' ledit arg'ent;

A dit qu'il est au mom(>nt d'éln^ placé «lan^ Ic»s (iarde« de

CL PRÉFACE

M. le Comte d'Artois, en attendant qu'il soit assé grand pour entrer dans les Gardes du Corps.

Interrogée s'il a été présenté à cet effet ;

A dit que non, mais qu'il est sur le point de l'être.

Interrogé pourquoy il n'est point retourné chez la dame sa mère ;

A dit qu'il n'a pas osé.

Interrogé s'il veut croire les témoins qui ont connaissance des faits;

A dit qu'il ne peut y en avoir.

Interrogé s'il n'a jamais été en prison ;

A dit que non.

Lecture à luy faitte dudit interrogatoire et de ses réponses. A dit ses réponses contenir vérité, y a persisté et a refusé de signer, de ce requis suivant l'ordonnance, et nous commissaire susdit avons signé en notre minutte.

Pour copie , Le Commissaire, Chenu. ^

M. le baron de BreteuiL

Du 15 octobre 1786.

M, le chev*"" d'Evry, officier au Rég* des Gardes françoises, au nom et comme chargé des pouvoirs de la D" de S' Just, demeurant à Blerancourt, m'ayant exposé que le S' de S* Just fik, âgé de dix-neuf ans, s'étoit évadé de la maison de sa mère, en emportant une quantité assez considérable d'argenterie et autres effets, ainsi que des deniers comptans, et s'étoit rendu à Paris où l'on craignoit les suites de sa mauvaise conduite , je l'ai fait conduire devant un commissaire pour être interrogé sur les faits à lui imputés.

Ce jeune homme étant convenu d'avoir emporté de chez ladite D'' sa mère les effets ci-dessus énoncés et de lès avoir ven-

PRËKACE. CLI

dus, je l'ai fait conduire sous le bon plaisir du ministre dans la maison de la Dame Marie, M*"' de pension à Picpus, où il est actuellement détenu, le tout aux frais de sa iia*re «pii payera sa pension.

Monsieur le Baron de Bretruil est supplié de faire expédier des ordres en fornïe,eii datte du 30 septenibrr I7H<J, pour autoriser la capture du S' S' Just et sa détention dans la maison de la Dame Marie.

À Monsieur h' Lieutenant (jènéral de Police.

Monsieur ,

I>a Dame liobinot, veuve df S' Just, a I lioniuui d«' \oun exposer (jue vous avez eu la bonté de lui âcconb'r un ordro pour f.iin' n-nfi-rnier son fils chez la Dame Marie, barrière i\\\ Trône, où il tvst depuis prés de six mois; mais comme elle espère que ce temps est suffisant pour la cor/eclion de son fils, qui promet de se bien conduire, et (|u'i*lle a «lans ««on pavs un»' placr pour lui, elle vous supplie très liumbicment de vouloir bien lui rendre la liberté, affin qu'il \ienne la rrjoindn : (iie consenera, Monsieur, l.i plus vive reconnoissance de vos bontés.

(Supplique sans signature; elle est de la main du (Urd'IIvry.)

30 mars 1787. F'"'" la feuille pour la liberté.

ordre pr<)\i>t>ire,

et l'envoyer à M' le CImrKvry,

en lui n'pondant

MONSIFUR ,

Von«! avez t'U la Unité d'accorder à ma sollicitation A madame iloliinot. \eu\e de S' Just, un ordn- |K»ur faire enfermer

CLM PRÉFACE.

son fils dans la pension de force de la Dame Marie, où il est détenn depuis piès de six mois; comme il paroît corrigé, et que sa mère très malade désire le rappeller auprès d'elle et le placer, je vous supplie, Monsieur, de vouloir bien lui procurer sa liberté le plus tôt possible, afin de le faire rejoindre sur le champ la maison maternelle. J'ai l'honneur d'être avec un respectueux attachement.

Monsieur,

Votre très humble et très obéissant serv iteur,

Gh' d'Evry ,

Officier au rég* des Gardes françaises , rue de Ventadour , • butte S' Roch, n» 8.

Ce 29 mars 4787.

Bon du 15 avril 1787,

M, le baron de Breteuil.

Le S' de S' Just a été conduit dans la maison de la D® Marie de S" Colombe, de l'ordre du Roy du 30 septembre 1786, parce qu'il s'étoit évadé de chez sa mère en emportant une quantité assez considérable d'argenterie, d'autres effets et des deniers comptans.

Sa mère, qui a sollicité sa détention, le croyant corrigé et m'ayant fait demander, sa liberté, j'ai signé, sous le bon plaisir du Ministre, le 30 mars 1787, l'ordre nécessaire à cet effet.

M. le Baron de Breteuil est supLié de faire expédier celui en forme de la même datte.

11 ressort de ces documents que Saint-Just, alors âgé de dix-neuf ans, avait emporté certaines pièces d'argenterie, des armes de prix et des bijoux appartenant à sa mère,

PU K FACE. ciiii

qu'il nvnit fjuilté peiidnnt la nuit \.\ iiiaisun miilcriK'llc el (ju'il L'iail allé à Paris jeter au creuset d'un receleur ces r(!li(|ues de famille.

Tel est le fait matériel, indiscutable ^ a\ ait-il la un vol passible de peines crimituîlles? Non, d'après la législation du temps, qui est encore la nôtre. « Dans aucun cas, dit iMuyart de Vouglans, soit dans les pavs de droit écrit, soit même dans les pays coutumiers, l'on n'admet [)oint la poursuite criminelle pour les vols faits par les (ils de famille, non-seulement parce (jue l'action pour vol étant de sa nature infamante, I boFinéteté publiipie ne permet pas de l'intenter à ceux contre lesquels elle devrait naturellement réllécliir, mais surtout à cause de la qualité d'béritier présomptif (pie la loi donne à ces mêmes enfanhs. » IKùlé des Loin rrimiïU'Ilcs, livre lit, titre vi, ^ 8, p. 28 4.) Ici Saint- Ju-^t était plus (pi'béritier présomptif, son père était décédé, il était mineur, il pouvait a\oir des droits indivis dans les objets dont il s'em()arait. Il faut donc écarter le délit légal; reste tout entière l'indignité, la profanation des clioses les plus saintes, la vente à un Juif de ces \ases qui portaient le nom de Saint-Just et celui du curé de Decize; sans compter les circonstances accessoires, la fuite iioclurne à I insu de la mère de famille et le coup terrible porté sciemment, froidement, a cette pauvre femme, ('/est ce que nous avons appelé une fruéte grave, et nous ne pensons pas.rpie cette qualification soit excessive.

Mais ici se présente une excuse : c'est la défense ima::inée par le médecin qui aurait soigné Saint-Jusl d'un f/i/il a la temfjv. (>e dernier n aurait agi (pie par un excès d'Iionneur mal entendu; semblable a I bonnèle criminel, il unnrait eu recours à un d«*lournenient «pie par la criiiiile d Tire traité de frijM»n par son iiu'drcMi

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