‹ Charlotte de Corday et les GirondinsChapitre 3 sur 97 · XII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XII PRÉFACE

qui n'étaient pas à la hauteur de cet héroïsme, malgré la surveillance étroite qui l'environnait de toutes parts, elle osa donner une retraite aux proscrits, à quelques pas de la maison Guadet, gardée à vue, lorsque Tallien venait à peine de quitter Saint-Émilion. Les deux premiers qui avaient trouvé refuge chez elle étaient Guadet et Salle. (Notices de Louvet, p. 159.) Dans cette habitation existait un puits très -profond qui communiquait avec un vaste souterrain formé par d'anciennes carrières. Pour y parvenir, il fallait descendre dans le puits, au risque des plus grands dangers. C'est là qu'à trente pieds sous terre, Guadet et Salle trouvèrent un instant de sécurité et de repos. Ils y restèrent un mois environ, mais non pas seuls : Barbaroux, Valady et Louvet vinrent d'abord les rejoindre; plus tard Buzot et Petion, qui avaient été forcés de changer sept fois d'asile en quinze jours, firent savoir à leurs compagnons d'infortunes qu'ils étaient réduits aux dernières extrémités. « Qu'ils viennent tous deux )), s'écria la courageuse madame BoU' quey, et cependant les visites domiciliaires, les menaces d'incendie, les exécutions se multipliaient autour d'elle. Ils se trouvèrent ainsi au nombre de sept enfouis dans ces sombres demeures, où la lumière ne pouvait parvenir, où l'air ne se renouvelait qu'avec peine. Leur séjour dura, suivant nos suppositions, des premiers jours d'octobre au 12 novembre environ.

C'est probablement pendant cette halte d'un mois que Salle a commencé sa tragédie de Charlotte Cordai. On sait que les Girondins travaillaient dans cette retraite et qu'ils écrivaient déjà leurs Mémoires. (V. infrà,^, 735, et Lussaud, Èlocje de Guadet^ p. 82.) Salle, dont l'ardeur de caractère et la facilité de plume sont connues, n'a pas du rester inactif pendant que Buzot, s'inspirant de Montesquieu,

IMIKKACK. XIII

rédigeait son Appel aiij- amis de la Vérité \ et que Louvet écrivait le début de ses Nctices, daté « des grottes de Saint- Émilion, dans la Gironde, aux premiers jours de 1793. »

Cependant les Girondins durent quitter leur retraite, en présence des terreurs toujours croissantes d'un personnage resté inconnu, et qui, en Tabsence de llobert liouquey, son ami, employait tantôt la prière et tantôt la menace pour éloigner ces hôtes incommodes. Après diverses péripéties connues par les récits de Louvet, une séparation s'opéra entre les proscrits.

Valady chercha un refuge chez un de ses parents du côté de Périgueux. Louvet se dirigea sur Paris (15 novembre 1793).

Petion , r»uzot et Harbaroux se cachèrent chez un sieur J, li. Troquart, perru([uier à Saint-Lniiliun ("20 janvier 1794).

Guadet et Salle furent reçus dans la maison de Guadet père, qui avait cessé d'être l'objet d'une surveillance permanente. Ils furent placés dans un grenier perdu auquel on accédait à l'aide d'une échelle et d'une trapj)e ou\erte entre deux solives du plafond.

C'est dans cette cache qu'ils furent arrêtés au milieu de la nuit du 28 au 29 prairial an IL C e>t donc la que Salle a composé la meilleure [)artie de sa tragédie.

Klle était linie au mois de ventôse an 11 (février 179 i). (V. ci dessous, p. I 13 cl 122.) Salle aurait donc mis a peu

' (jommoncé après le nieurlre de Gorsas (cjui est du 9 octobre , Icnniiié lors du supplicf dos Nin;;î-<ieux .iO orlolire 1793. V. p. Uî, noie 1, le relevé des cilulious de .Monlesipiieu (|ui se liou\cnl dan» les .Mémoires de Huzol, et la preuve qu'il avait à sa di:»p09ilion uu \oluiue de l'Esprit des lois.

Page 1