ACTE PREMIER
Scènes I et II. — Caen. — Un beau soir d'été. Dans le jardin de la tante. Le citoyen Corday est assis devant une treille dans l'attitude de la tristesse; en face de lui, sa fille avec une harpe.
Elle chante des chants patriotiques. M. de Corday sourit, Charlotte s'en étonne. M. de Corday lui explique ses doutes et ses craintes. « Tant que les hommes seront des hommes, dit-il, l'arbre de la liberté ne pourra pousser des racines assez profondes pour que le moindre souffle ne le renverse pas. »
Charlotte réplique que les troubles sauvages de Paris, les agitations de Lyon, les drapeaux blancs de la Vendée ne sont que les dernières convulsions du despotisme à l'agonie. Elle regrette de n'être qu'une femme. « Une femme qui aurait dû naître dans l'ancienne Rome ou dans la Grèce ! s'écrie le père. — Non, répond Charlotte, je suis fière, très-fière d'être née dans ce siècle et dans cette belle patrie. Le temps des Caton et des Cassius reviendra; on reverra ces hommes qui seront la gloire de l'avenir!... » Cet entretien est interrompu parla générale, le tocsin.
Scène III. — Corbigny vient annoncer les événements du 2 juin, l'arrestation des députés et le soulèvement des provinces. Barbaroux, le brave Barbaroux et Guadet sont à Caen ; le peuple court aux armes; c'est un spectacle horrible et palpitant.
M. de Corday s'indigne. « C'est là, dit-il, cette république indivisible, assassin de son Roi, et maintenant assassin du peuple... »
Charlotte. — Pauvre France! Une guerre civile est inévitable, une guerre universelle est imminente. Marseille et le Calvados se tairont-ils? chaque province ne va-t-elle pas tirer vengeance de cette insulte les armes à la main? Et Paris et ses Jacol;ins ne vont-ils pas chercher à établir leur prétendue suzeraineté sur nous?
Corbigny. — Qui en doute? Et l'auteur de cette misère générale, c'est...
J)K CIIAKLOTTi: DE CORDAY. «acmi
— Marat, n'-pond M. de Cordav.
CoRBiGNY. — Oui, Marat, ce monstre maudit, cou\»'tt tïi- \ices, dé(jouttant du fiel l't du venin de la vipère; ee roi ile.s Enfers couronné de la couronne civique, dont le sceptn* est un poi(}nard , dont la plume est une torche incendiaire. Marat triomphe, etc..
M. de Cordav enchérit encore sur ce portrait ; sa tète s'exalte... Mais il ne connaît plus de frein lorsqu'il apprend par Corbi[;nv qu'il est question de livrer à la CÀjuvi-ntion I» > députés réfugiés à Caen ; il se précipite pour voler à leur secours. Corbi(|nv le suit. Monologue de Charlotte restée seule. Elle est profondément afflig»^?. Ce colosse qui faisait trembler l'Europe, comme l'ancienne Rome, la Convention est tombée. La vertu succombe, le vice triomphe, comme trop souvent icibas. Est-il donc une justice souveraine? est-il des récompeux-s et des peines également infinies? Quels seront alors les châtiments réservés à Marat?quellesera l'éternité de son supplice?... Mais en attendant la patrie saigne, cette pauvre patrie et ces milliers de victimes «pii \ont pt'iirî N'est -il dune pluN «Ir Tirutus?
ScKNK IV. — Scènes populaires à Caen. — Un savetier «t un médecin ha ra liguent tour à tour le peuple en sens <'on traire : le savetier tient pour la Gironde, le médecin pour les Mont.ignards. On chante la MurscUlaisc ; ^I. de Corday arrive .m bruit. Il parle en faveur des députés proscrits. Le peuple se prononce; pour eux et se porle à l'ilôlel de ville, pour assun-r la liberté des Oirondins réfugiés à Caen. In inconnu «jui a entendu le discours de M. de Corday s'approche île lui et lui exprime son approbation, c'est Wimpffen. M. de Cordav et Wimpffi'n échangent leur douleur sur les maux qui d« >ol( ni la patrie, leurs craintes et leurs espérances sur le salut du pavs. Après un long «'Utretien, Wimpffen donm» à ^f. de Conlay un rendez-\ous mystérieux dont il >e n'-serve le sttr«t. Ils prennent congé l'un de l'autre; leur séparation marque la lin du premier acte.
cxciv BIBLIOGRAPHIE DRAMATIQUE