‹ Charlotte de Corday et les GirondinsChapitre 33 sur 97 · ACTE SECOND · texte numérisé non relu

ACTE SECOND

ScFNE I. — Monologue de Charlotte. Elle raconte la mort d"un de ses cousins qu'elle croit avoir été égorgé à Paris. Elle rappelle tous leurs jeux, toutes leurs joies d'enfance. Elle voudrait que chacune de ses larmes devînt une goutte de poison pour ?\larar, ce dieu des Jacobins, cette sanglante majesté devant laquelle se courbe toute une République.

ScÈNKS II et III. — Corbigny entre (Corbigny est le fiancé de Charlotte); il lui apprend que la Convention exige qu'on lui livre les députés réfugiés dans le Calvados, et que ses armées menacent Caen. Il ajoute que la France entière, du nord au midi, jusque dans la Corse, se lève pour soutenir leur cause. Il fait un tableau animé de l'enthousiasme qui soulève la Normandie contre les noires cohortes de Marat. « Ainsi, reprend Charlotte, la guerre civile est décidée , et la seule cause de ce fléau, c'est un Mar<it!... Quoi ! pour le combattre, des milliers d'individus sont-ils donc nécessaires? Ne suffit-il pas d'être un contre un ? Est-ce donc un dieu? — Non , mais un Satan qui s'appuie sur des millions de bras et des centaines de canons ! »

Ici Corbigny cherche à rompre l'entretien politique. Il rappelle à Charlotte les sentiments qu'il a pour elle, que M. de Corday lui-même autorise. « Votre père, lui dit-il, a répondu à ma demande en m'embrassant et en me donnant sa bénédiction... Scellerez-vous son consentement par le vôtre? »

]Mais Charlotte est pleine de l'image d'un jeune Robert, son compagnon d'enfance, récemment massacré à Paris. Elle ne prête qu'une oreille distraite aux paroles ardentes de son fiancé. « La religion, lui dit-elle, nous ordonne de n'adorer qu'un seul Dieu, de n'avoir qu'un seul amour, celui de notre époux; ce seul dieu pour moi , ce seul amour, c'est la République !... — Etrange créature, qui portez une âme de Brutus sous la forme angélique d'une femme, vous feriez de moi, à votre volonté, un héros ou un lâche! — Un héros! s'écrie Charlotie; eh bien, soit! Ecoutez : je vous estime... je ne vous aime pas ; mais cet abîme insondable entre l'estime et l'amour^ il est peut-être un moyen de le combler !... Vous m'avez dit

DE CHARLOTTE DE CORDAY. cxcv

tout à riieiire que des milliers d'enfants du Cals ados marchaient contre Paris, <jiie du nord au sud de la France l'étendard de la résistance étiiit levé, et tout cela pour un snil hommi* !... Pourquoi ne pas épargner le san(j de tant de victimes?... Qi\e faudrait-il.' L'n Drutus ! Sovez-le, Corbijjnv !... Condjlcz par le cadavre d'un monî>lre cet abime dont je vous parlais à l'instant! Ce ne sera [)lus de l'eslime que j aurai pour \ous, ce sera de l'amour... Je vous appartiendrai!... M'avez-vous comprise? »

Kn disant ces paroles, elle tire un poi([nard et le pn'îsente à Corbi;fny. Crlui-ci se trouble... il liésite... rt finalement il recule devant la proposition <jui lui est faite, u I.li bien! dit Charlotte, vous promettiez d'être un héros on un làclM*, \«)iis avez choisi! Mon choix aussi est fait... »>

LLIle se détourne de lui avec n^épris... Corbifjuy se retire en disant avec amertume : « Nous nous sonnncs trompés tous les deux ' î... "

Charlotte, restée seub', prend la résolution de sauver ellemême sa patrie... Elle sera la Jahel de ce nouveau Sisara. Tel est en deux mots le sens d'un lonjj monolo(jue qu'elle prononce à {jenoux et dans la R'rveurdu plus ardent enthousiasme. Klh* se relève en disant : « Et maintenant., à Darbaroux î ?»

ScKNK IV. — IMare publitpie à Cat-u. — Er peuple, la (jardr

• La même idre et la même situation se trouvent reproduites dans la Iragcklie de Judith, j)ar F. Hebbcl. V. Revue nouvelle, vol. XL De la littérature drdinaticjue en AUt'ma</ne , article de .M. Bjnibcrg :

0 La belle Judith ne pouvait manquer d'adorateurs, et un jeune homme nommé f'[)hrarm lui avait déjà ofTerl la main. Judith l'a repoussé, mais il revient el lui ri'pré>cnle combien elle a besoin d'un protecteur dans ces temps d'infortune.

» ... Elle lui promet donc sa main, s'il va tuer llol.iplierne. o Tuer Holo( herne ! s'écrie Kphraïm. c'est parce que tu \eux ma mort que tu demandes l'impossible. — Si tu avais accueilli ma froposilion a\ec joie, lui répond Judith, si tu l'étais pn'ripilé sur ton e|x'c sans même prendre le temps de me dire un dernier adieu... alors, jo le sens, éplorée, je t'aurais barré le chemin, je l'aurais peint le (l.in.;:er que tu allais courir, el dans l'anxiélé d'un cœur (pii tremble po^.r ce qu'il a do plus cher, je l'aurais retenu ou suivi. Ton amour n'est que la punition de la bassesse de ton <hne, la malédiction qui le |»oursuil el te consume. » (P. 87. Kr. Hkbbel.)

cxcvi BIBLIOGRAPHIE DRAMATIQUE

nationale, commissaires de la Convention. — On délibère en tiniuilte sur le sort des députés proscrits. — Faut-il les livrer ou non à la Convention qui les réclame? — L'opinion du peuple semble d'abord défavorable aux Girondins; mais des commissaires de la Convention paraissent; leur vue et leur altitude suffisent pour cbanger les dispositions mobiles de la multitude. Leurs discours acbèvent d'exaspérer les esprits contre eux, et Wimpffen est obligé d'intervenir et de les constituer prisonniers pour assurer leur salut.

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