‹ Charlotte de Corday et les GirondinsChapitre 38 sur 97 · I.a Liberté, FAtime, a reçu tous mes vœux · texte numérisé non relu

I.a Liberté, FAtime, a reçu tous mes vœux

IJIe seule m'anime et m'arrête en ces lieux ;

Ln d'autres temps peut-être à Rarbaroux uni»*.

L'amour eût fait ici le bonheur de ma vlr;

Mais je cherche à présent, et je cherche en son sein

î/éner(|iqun vertu d'un ( umu- républicain ,

Cette rare vertu qu'en Rarbaroux j'honore.

Importe à mon pavs, (jui n'est pas libre encore.

Ca' n'est pas un hymen en ces temps oraj^eux

Qu'elle peut conseiller à des cœurs (généreux ,

C'est la inoit des tvrans î Sous leur jouj^ san(;uiiiairc,

Dois-je envier le titre et d'é^iouse vt de mère?

Serait-ce pour h*s voir, an nré <le leur courroux ,

cciv BIBLIOGRAPHIE DRAMATIQUE

]\Ie ravir mes en fans, égorger mon époux ; Pour les voir chaque jour accumulant les crimes, S'abreuver à l'envi du sang de leurs victimes ; Pour voir un jieuple injuste, égaré, furieux, Avide de ce saug^, ruisselant sous ses yeux , De ses maîtres nouveaux adorant la puissance. Confondre à chaque instant le crime et Finnocence, Se montrer implacable en sa férocité.

Et même en l'invoquant tuer la Liberté?

La scène se termine par celte déclaration de Charlotte :

Je sens que je suis née en ces momens d'orage, Pour montrer aux Français l'exemple du courage, Pour donner l'épouvante à des monstres cruels, Pour frapper un tyran et veng^er les mortels ; Tu t'étonnes, Fatime, et tu conçois à peine . Le profond sentiment qui m'anime et m'enchaîne. Tu n'imagines pas que ma timide main Jamais de nos tyrans ose percer le sein. Mais si je vois ici la Liberté trahie, Si le Sénat ne peut défendre la Patrie ; Si ses vrais défenseurs, victimes des tyrans, Se consument pour elle en efforts impuissans , Au chef des factieux le jour même funeste De mes hardis desseins t'expliquera le reste.

Ces vers sont les seuls de la pièce dignes de ce nom. Ils sont écrits avec quelque verve, et ne manquent pas d'une certaine couleur dramatique, si on les compare à la poésie du temps, si pale et si nauséabonde. Mais il serait impossible d'extraire une seule citation du surplus de cette tragédie, qui devient aussi faible de style que de composition.

Charlotte s'entretient longuement avec Barbaroux, qui lui révèle tous les dangers dont la Convention était menacée. Marat se présente, et sa figure fait fuir Charlotte. 11 vient

DE CHARLOTTE DE CORDAY. ccv

pour entraîner Darbaroux dans son parti, et celui-ci repousse énergiquement ses avances. Tel est le premier acte.

Au second acte , le théâtre représente le lieu des séances de la Convention : on est au 31 mai. La statue de la Liberté est couverte d'un voile. Charlotte et Falime assistent à la séance. Marat attaque avec fureur le parti girondin, cl excite le peuple des tribunes contre les députés dont il demande la proscription. Au milieu du tumulte, Charlotte Corday paraît a la barre et demande la parole, qui lui est accordée !

L'auteur, confondant la journée du 31 mai avec celle du "2 juin, suppose que la Convention se relire devant I insurreclion. Charlotte rencontre Marat qui s'entretient avec liobespierre dans une des salles du palais, et elle le lue.

Au troisième acte, elle est dans sa prison. Son père vient la voir. Puis Darbaroux, chargé de fers, est amené près d'elle. Bienlùl les autres déj)Utés proscrits sont conduits dans la même prison. Là on a[)porte le cadavre de Marat, et Charlotte est conduite à l'échafaud.

La \iolation de la vérité historique semble avoir paralysé le talent qui apparaissait dans les premières scènes. C'est le sort commun de tous les auteurs qui n'ont pas c(»mpris (jue la réalité était ici plus dramati(|ue que la (iclion, et que la grandeur de l'histoire tuerait tous les travestissements (ju'ils pourraient essayer d'y introduire.

CIIAULOTTK C.OIIDAY nr/rr Marat'.s Lmouolni;, (Ira matisirt, etc. (CIIAULOTTL COliDAY ou l'Assas-

cc.M BIBLIOGRAPHIE DRAMATIQUE

siNAT DE Marat^ mis en drame. Dédié à la Sérénissime Princesse Louise de Hesse-Darmstadt. — rraiikfort-sur-le-Mayn, chez Georges-Louis Macklot.

Ce drame a paru sans nom d'auteur. D'après Meusel, il fut composé par le baron René-Léopold-Chrlstian-Charles de Senkenberg. Ce renseignement est dû à M. F. L. Hoffmann, bibliophile et érudit allemand qui a publié dans les Feuilles de littérature et de critique de Hambourg du 13 septembre 1856 un article rectificatif du numéro du Quérard apériodique consacré à la bibliographie de Charlotte de Corday. (V. le Qiiérard périodique , t. Il, p. 440 et 556.)

Cette pièce ne paraît avoir été jouée sur aucun théâtre. L'auteur, qui garde l'anonyme, raconte dans la préface qu'après avoir lu la mort de Marat dans le Mo7iiteur et les autres journaux français, ce tragique événement saisit si fortement son imagination qu'il perdit le sommeil, et qu'en deux matinées il traça sans désemparer le drame de Charlotte Gorday ou Corday. Le manuscrit resta trois ans sans être publié. Il l'offre au public tel qu'il l'a composé sous le coup de sa première impression. Il n'a pas voulu rendre sa pièce plus intéressante en supposant à Charlotte un amour contraire à la vérité de son caractère bien connu : il est démontré qu'elle a agi en dehors de toute passion personnelle. Il a cependant cru pouvoir lui donner Bougon pour confident, parce qu'il a remarqué que c'était à lui qu'elle avait envoyé du fond de sa prison un souvenir et un éloge. (\. sa lettre à Barbaroux.) On peut donc admettre sans invraisemblance qu'elle lui eût confié le projet qu'elle portait dans son sein. La scène du poison et celle du confesseur sont supposées, mais le surplus de la pièce est rigoureuse-

DE GHARLOTTK DE COllDAY. ccvii

ment conforme au récit des journaux et aux détails fournis par l'interrogatoire de Charlotte devant le tribunal.

ScKNE I. — Charlotle est seule; elle lit la Gazette national»' (le Moniteur). Quand elle a fini sa lecture, elle jette la teiiilhà terre, la foule aux pieds et s'écrie : u ^larat ! t<jMJourN Marat ! l'indigne qui trompe le peuple, qui n'aspire qu'à la dictature au prix de la ruine {|én«''rale ! M*est-re pas lui (|ui a fait assassiner un Roi dont le seul crime était d'être trop bon? n'est-ce pas lui qui a déchaîné contre nous toutes les puissances de riùuope? O Marat, ^larat ! les honnêtes gens du pays, les esprits du ciel, les souverains de l'enfer, jaloux que tu sois plus (lij;ne qu'eux des flammes éternelles, tous t«' maudissent! Charlotte Cordav le maudit aussi, et la malédiction d'une Cordav, c'est la vengeance! Depuis longtemps mon sanç s'est allumé à la lecture de tes forfaits; aujounl'hui il bouillonne! IMort à l'infâme! Le poison, le poifiuaid, la balle, la ruse ou la violence, la main d'un homme ou celle d'une femme, qn'inq)orte? tout est bon contre celui qui n'a délivré la France du despotisme roval que pour y substituer une oppression ]dus intolérable encore! Qu'il meure! c'est Corda\ (jul le dit, et une Gorday ne manqua jamais à sa parole... »

ScKNE II. — M. «le Cordav désire voir sa fille heureuse; il voudrait qu'elle sonjjeât au mariage: il lui propose pour époux Bougon -Louerais, Procureur général près le Directoire du département du Calvailos, Bougon, qui aime Charlotle et <iu'elle-même estime. Charlotte npousse cette propft>itioti : elle ne peut songer au bonheur au milieu des maux de la Patrie. Bougon sera toujours son ami; son é{)oux , jamais. Elle n'a «junne pensée, cest de passer en Angleterre, «t ilr venir, comme un»' nouvelle Jeanne d Are, à la tête des Anglais (jzc) délivrer la France des huit cents tyrans <|tii 1 oppriment, u Plus bas, lui dit M. de (U)rd.iy, ou tu ap|Kllerais sur ta tête l'inexorable guillotine! — Ft que nrim|>orte, répond Charlotte, croye/.-Nous que je la craigne? Je me placerais avec joie sous son glaise... Lii planche fatale serait le xul

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lit de fiancée que j'ambitionnerais, si ma mort pouvait faire le bonheur de ma Patrie! »

M. de Corday ne }3cut rien gagner sur Fesprit de sa fille. Celle-ci s'éloigne en annonçant à son père son prochain départ et on lui faisant ses adieux.

Scène III. — Charlotte veut acheter du poison, et ne peut en obtenir qu'avec peine, puis elle le jette, parce qu'elle réfléchit que le poison n'est pas une arme noble.

Scène IV. — J-^ntretien entre Charlotte et Bougon : elle lui avoue qu'elle l'aimerait, si le sort lui permettait de songer à nn époux, mais elle est réservée à d'autres destinées; elle lui confie alors, après s'être fait promettre le secret sous serment, son projet d'immoler Marat au milieu de la Convention. Bougon connaît trop le caractère de Charlotte pour essayer de la fléchir, u Hélas! s'écrie-t-il douloureusement, votre père avait bien raison de dire qu'il avait en vous une fdle extraordinaire. Puissiez-vous du moins, comme l'héroïne d'Israël, survivre à votre entreprise et jouir pendant de longues années de la gloire que vous aurez conquise. »

Il lui demande le baiser suprême des adieux. Elle refuse. u Après, dit-elle, je serai ta femme en Angleterre, ou ton amie dans les régions de l'immortalité. Jusque-là, je ne puis te donner un baiser qui me rappellerait peut-être à l'amour de la vie, alors que ma destinée est de n'aimer que la mort... Adieu !... »

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