‹ Charlotte de Corday et les GirondinsChapitre 5 sur 97 · PRÉFACE. XIX · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XIX

taies opprimées dans la personne de leurs représentants contre la suprématie de la commune et de Toclilocralie parisiennes. C'est précisément le sentiment auquel a obéi Charlotte de Corday, qui, elle le dit elle-même, prit sa résolution le jour de l'arrestation des députés du peuple. (V. son interrogatoire devant le Tribunal révolutionnaire. Moniteur du 20 juillet 17ÎJ3, n" 2 10, vol. Wll, p. t> i6, édit. Pion '.)

Si Ton V joint un anatbéme véhément contre Marat et les départements maralisés, on s'expliquera facilement que la plume vaillante de Salle ait pu faire vibrer l'àme indignée de Charlotte, ajouter un degré d'exaltation de plus à sa résolution déjà arrêtée.

C'est elle-même qui le dit en répondant aux questions du Président du Tribunal révolutionnaire dans son interrogatoire secret : (Dossiers-, etc., p. 47.)

«... Plusieurs des députés (réfugiés à Caen) font circuler des adresses, des proc/amntiotis et même des chansons, dont le but est de rappeler le peuple à l'unité de la République. » Et elle convient avoir lu plusieurs de ces adresses et proclamations nvatit son départ pour Paris.

Puis, dans le même interrogatoire, elle dit que les députés étant tous logés à l'Intendance, elle les a connus en allant voir liarbaroux , et a parlé à beaucoup (rentre eux à sa dernière visite (p. 40).

Klle fait [)lus, elle nomme Salle le neuvième parmi ceux dont elle désigne les noms à Marat. Salle devait en elfet lui être particulièrement connu. Viw trois fois il avait accusé Marat dans la Convention, il était désigné ainsi à Tattenlion

' V. I intcrrogatoin' di'Viint MonUini'. [Uosbicrs de Charlotte de Cordaij, p. 40. Ijt)rairio Henri Pion.)

« Cv>l rncoro lui (Maral) (iiii n nlU'nlt^ à la Souvorainotr du Peuple en faisant arrêter et enfermer des I)<*pulés à la (.x)nvenli()n le 31 inay (iernicr. »

XX PRÉFACE

de Charlolte comme l'un des adversaires les plus énergiques et les plus constants de l'Ami du Peuple ^ Toutefois jusqu'ici, s'il y a des présomptions, il n'y a pas encore de preuve positive que Salle ait été mis en rapport direct avec Charlotte; mais cette preuve on la trouve dans un journal qui, tout abject qu'il soit, était renseigné avec assez d'exactitude et mérite quelque confiance quant à la matérialité des faits. Rougyff, c'est-à-dire Guffroy, qui, dans son journal le Frank en vedette , se présentait comme le continuateur de VAmi du Peuple et l'émule du Père Duchesney dit à la datedu24 juillet 1793 :

La scélérate Corday avait été endoctrinée par le Directoire des traîtres de Caen...

Buzot lui avoit donné une dose de sa morgue espagnole;

Petioii, avec qui elle a déjeuné il y a douze jours, lui avoit insinué avec vérité qu'il doutoit de son courage^;

^ Le 23 décembre 1792. il avait provoqué un rapport sur les crimes de Marat. [Moniteur du 26 décembre, t. XIV, p. 384, édit. Pion.)

Le 26 février 4793, il l'avait dénoncé comme l'auteur du piHage des épiciers. (Séance du 26 février. Moniteur du 28, t. XV, p. 570.)

Enfin, allant plus loin, il avait demandé qu'il fût décrété d'accusation comme provoquant aux troubles. (V. le Moniteur du 28 février, même séance, même volume, p. 571). « Salle : Aux termes du Code pénal, celui qui a conseillé le crime commis doit être |,uni comme complice; or Marat est convaincu d'avoir provoqué le pillage qui a eu lieu hier, je demande donc qu'il soit décrété d'accusation. » C'est par suite de cette motion que Marat fut renvoyé devant les tribunaux ordinaires (le tribunal révolutionnaire n'existait pas encore). La peine était celle de six années de f(;rs (Code de 1791, lil. il, sect. \i, art. 39).

Sa tête n'était donc nullement menacée, comme affectent de le dire ceux qui veulent justifier les proscriptions subséquentes par cette poursuite intentée contre Marat conformément au Droit commun.

2 >L Louis Dubois dit dans son Ktude historique sur C. de Corday, p. i5 : « .le me rappelle toujours que, assis auprès de m idernoisellc de Corday à un déjeuner de quinze personnes, nous | arlâmes de litt''ruture et de politiriue. » Louis Dubois était de Lisieux, il ne vint à

PRÉFACE. xxi

Gorsfis lui avoit fait Ir Ix'c en lui donnant des adresses;

liarharoux lui avoit iiispin'* le triste courage du criuie, afin de se dispenser d'en a\oir et de j)Ouv«)ir se coui lier pendant taclion * ;

Salles, en lai frappant sur la caisse, tavtàt confirmée dans son amour pour la Royauté.

(N° t>. Du 184' jour de llifialilé. A complcr de la mort de Louis X\l, Gulïrov [»rend le '21 janvier pour le premier jour de l'ère de TÉpalilé.)

Jusqu'à (juel point faut-il [)ren(lre le Frni)k en ver/ctte au sérieux? Quelle part doit on faire à la vérité de ses informalioijsou bien aux hasards de sfishvpollièses? C'est ce que nous n'oserions dire. Ce qui est hors de doute, c'est la notoriété de Salle à Caen et la connaissance de son nom par Charlotte. Ce qui reste vraisemblable, c'est leur rencontre soit a la revue des volontaires, soit dans !cs salons de l Intendance. Ce qu'on ne peut donner que comme conjectural et sous toutes réserves, ce serait un entrelien direct ipii aurait inspiré plus tard à Salle l'idée de traduire sur la scène celte grande image, digne des formes sévères de la tragédie, pour l'opposer aux parodies des drames maratistes *.

Caen qu'à \a tin de juin 17'J3; le déjeuner dont il parle n'a donc pu avoir lieu que pendant le temps où les Girondins étaient à Caen.

• M. Frédéric Vaullier {Souvcuira du Fédéral istnc , p. 66) : o Au retour de l'arnK'e à Lisieux, j'a[)prends que deux «i 'pulé> sont arrivés et lofîc'nt il l'hôtel d'Kspajîne. (L'élaienl Loiivel et Harbaroux. Je m'y rend> aussitôt et deiiiande ce dernier : en m'introduit san- autre façon. 11 faisait une chaleiii- excessive. Je trouve Barliaroux c<iiiché tout de son lonj: sur le parquet de sa chambre, un mouchoir blanc étendu sur sa figure. 11 se soulevé, etc. n Guffroy send)le a\oir eu une connaissance vaj;ue de ces faits, qu'il ne pouvait de\iner. Il \ avait de?» corres|)on(lances entre Caen et Paris. V. Lettre de Chrétien, p. 337 cidessous.

'^ De vapues traditions, conservées dans la famille de Salle, Niondraienl à l'appui du dire de UoupyfT; mai-* e'ics sont trop incertaines pour que nous puissions les reproiluire. Nous n'en retenons qu'un

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