‹ Charlotte de Corday et les GirondinsChapitre 54 sur 97 · F. PONSARD · texte numérisé non relu

F. PONSARD

C est là, comme on voit par la signature, que s'arrête le fr.igment donné par la Revue indépendante.

DE CilAULOTT!-: DK CollDAY. cccvix

ï.a pièce aclievée, sa notoriété déjà répandue au dehors \ les dilUcultés pour la représentation commencèrent, aussi grandes en pleine llépuhlique qu'elles l'avaient été pour le drame de Sept heures sous la Re>lauration. Il e.^t vrai qu'en 1850 la République n'existait plus que de nf)m, et que déjà les tendances liostiles aux souvenirs de la Révolution avaient repris tout leur empire. Jusqu'alors Ponsard n'avait fait jouer ses pièces qu'à l'Odéon (Lucrècey 1843. — ^tfjnès de Méraîu'e, 18 iO). Il n'avait pas encore acquis le droit de cité au Théâtre-Français '. Le comité de lecture ne lui fui d'abord nullement favorable, non que le mérite de la pièce fut contesté, mais on la trouvait inopportune, dangereuse en raison de la situation politicjue. (V. feuilleton de r Asseinhlie naticmnle du 'JT) mars ISoO, par .M. VA.

^ Nous possédons une lettre que madame Louise Colet adressait à M. Alloury quelque temps avant que la Charlotte Corday fût jouée rt lorsque déjà on en parlait dans le public. Elle était ainsi ion<;uo :

•< Mo.NSItlR,

» Pennoltez-iiioi de compter sur la bienveillance que vous in'.ivez autrefois t<^n)oigii«'e et d'espérrr ^\^w vous voujIioz U'uu {troli-ger rinserlion de la lettre que j'adre>se aujourd'hui Uiùnje a M. Ik'rtln.

" La Charlotte Corday du (;>inna<>r, cdle dont s'occupr M. Ilorrier, celle <|ue prépare M. Poiisard , m'ont dnidée à rapprirr qu\i>ant eux j'avais trailt* a* sujet dans des ^>cenes dtamatiqurs en vers. Je n'ai |a> oublie. Monsieur, avec quelle indulgence vous rendîtes compte de mon travail , et ce souvenir me fait esp«'rer «ju»* vou> garderez ({uelque intérêt a une (iruvre dont \ous lites le sutte.; lors de son a|>parition. iJien que pour mes derniers ouvrages je n'aie pas eu le Imniieur de sous avoir pour juge et que j'attende emore ((uel(|ues lignes de vous pour mes Chants des \ akncui. je sollicile anjounlliui \olie protection avec confiance, et j'aime a « roire que TOUS obtiendrez de la justice et de la bonté de M. IhTtin ce que je lui demande.

• Recx'vez à l'avance , Monsieur, l'expression de ma gratitude et de me* sentiments les plus distingués.

» L. COLIT. •

'^ 6 décembre 1 849. Mademoiselle Hachel doit entendre cclto semaine la lecture do la nouvelle tragédie de Ponsard. (l'est pour elle «{ue l'auleur de Lucrecr a écrit le rôle dt» (lliarloll*' Conlay. {Entracte du 6 décembre.)

cccxx BIBLIOGRAPHIE DRAMATIQUE

Thierry.) On aurait voulu que l'auteur choisît un moment plus propice... Combien d'autres avaient attendu dix ans et plus?... Ponsard ne pouvait être de cet avis, il insista. La réception eut lieu, seulement elle fut par sa froideur semblable à un refus; elle ne fut prononcée qu'à une seule voix de majorité* (11 décembre 1849). Mademoiselle Rachel, subissant cette impression glaciale, rendit le rôle de Charlotte (16 décembre). On dut procéder à une seconde lecture. La question fut portée devant l'aréopage des ministres, et, pour déguiser la censure, on la dissimula sous l'apparence d'une fête littéraire.

Lue réunion nombreuse^ composée de hauts fonctionnaires, de représentants, de membres de l'Académie, fut convoquée chez ^L Ferdinand Barrot, Ministre de l'Intérieur. M. Ponsard lut sa tragédie et conquit les suffrages de l'auditoire. (Voyez Y JE ntr' acte du. 5 mars 1850.)

Au rapport d'un écrivain qui a retracé l'histoire du théâtre en 1848, on reconnut généralement que Charlotte Cordoy était une œuvre d'art et de poésie plutôt qu'une pièce de circonstance et de passion. (Th. Muret, Figaro du 17 décembre 1865.)

D'après un autre témoignage, l'approbation donnée à la pièce aurait été bien moins flatteuse et surtout moins sincère : l'ouvrage n'aurait été sauvé, au point de vue poli-

^ V. l'Evénement du 25 mars, on y lit :

'< Nous ne serons pas suspects sans doute en le disant : une des raisons pour lesquelles nous soutenons M. Arsène Houssaye , l'administrateur actuf'l de la Comédie française , c'est qu'il a fait recevoir et jouer Charlotte Corday.

•' On se souvient que le Comité de lecture n'a daigné accorder qu'une seule voix de majorité à la nouvelle œuvre de M. Ponsard. Si M. Arsène floussaye eût jeté dans l'urne une boule noire, il eût donc absolument écarté Charlotte Corday. Il a mis une boule blanche, et Charlotte Corday a été représeiilée hier soir avec un succès d'eslime.

DE CHAULOTTE DE COUDAV. cccxxi

tique, que par l'ennui qu il avait causé. « Que parle-t-on (l'interdiction , se serait écrié un des magistrats les plus élevés du parquet de Paris; mais ce qui est ennuveux n'est jamais dangereux. » Le mot courut et se retrouve dans plusieurs journaux [\c Siècle, la Revue des DetLv- Mondes, etc.). L'autorisalion fut donc accordée de bonne grùcc en a[)parence peut-élre en réalité avec l'arriére-pensée d'un échec et avec des coupures qui pouvaient très-bien entraîner une chute '.

Mademoiselle lîachel persista dans son abstention.

On s'est demandé quelles étaient les raisons qui avaient fait refuser à Uachcl (( un rôle où tout le monde la voyait et la sentait si bien ». Kst-ce parce que « la fière Melpomène n'osa pas échanger son diadème de camées

* Enciïel, supprimer la dernière sci^ne du deuxième acte et la scène iv du quatrième, c'est-à-dire la première pensée qui s'élève dans le sein de Charlotte et la délih(Talion intérieure où elle discute cette j>enst»e et s'y airermit, c'est déplacer le centre du drame el obscurcir le sens de l'action, c'est la rendre inintelligible; aussi tous les critiques s'empressèrenl-ils de dire qu'il n'y avait là qu'une sé-rie do tableaux sans lien entre eux! Oui, sans doute; mais il faut ajouter, pour être juste, qu'on avait coupé le nœud qui les rattachait ensemblt* . On avait craint les vers (jui proclamaient la lë};ilimilé du t\runnicide! On avait reculé devant ces rimes énerj^iques :

Arrière, droit commun et règles ordinaires. Vous n'èti'S plus d'usage en ces temps t>an;;uinaires.

Kt la société dans cette guerre à mort . Ilontre à l'état sauvage où règne le plus fort.

Poignard, agent du crime, agent déshonoré, Ennoblis-toi ! Tu sers un intérêt sacré. Frappe; ne tremble pas dans des mains généreuse»; Montre au\ crimes hardis «les \ertus vigoureu&et; bt 8')uvii'ns-t(>i (pi'Atliènes entoura d*un feston Le fer d'Harniodius et d'Aristogilon.

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