TELL
Malheureux! peux-tu comparer le crime sanglant de l'ambition avec la défense légitime d'un père? As-tu sauvé la tête chérie de tes enfants? As-tu protégé le sanctuaire du foyer domestique? As-tu détourné des tiens le plus grand, le dernier des maux?
J'élève mes mains pures vers le ciel , pour te maudire toi et ton forfait. J'ai vengé la nature sainte, tu l'as déshonorée. 11 n'est rien de commun entre nous. Tu as assassiné, j'ai défendu ce que j'ai de plus cher... Tu me fais horreur; va, poursuis ta route funeste, ne souille pas la chaumière qu'habite l'innocence! (Wilhelm Tell, acte V, scène ii.)
Voilà le langage que nous aurions compris dans la bouche de Charlotte. Mais un désaveu de sa conduite n'est pas plus concevable de sa part que de celle de Danton, de celui qui avait dit après le 2 Septembre : « J'ai regardé mon crime en face, et je l'ai commis. »
Ponsard avait senti lui-même ce que son cinquième acte avait de vicieux. 11 avait dû le supprimer après la première représentation. Il devait le refaire. La pièce de
DE CHARLOTTE I)K COUhAY. cccxxxi
Salle, quoique bien faible, l'y avait décidé : celle [larlicularilé nous a été attestée par M. George Moreau Chaslon, qui la tient de Ponsard qu'il connaissait intimement.
Cette pensée était digne assurément de l'auteur de Z</crèce et à' Agnès de Meranie. Ces deux premières œuvres révélaient déjà par elles-mêmes un goût pour l'histoire allant jus(|u'à l'archéologie, jusqu'aux vieilles chroniques. Nous avons vu que Char/otte Cordât/ avait coulé trois années de travail à Ponsard. Il dit lui-même dans une note (p. .'i.Vi de la 3* édition) avoir consulté soigneusement les Mémoires des Girondins, les discours et journaux (le< Montagnards; il cite les Mémoires de Meilhan, de Gnrat, etc., et il ajoule : « J'ai eu entre les mains la collection complète des journaux de Marat, et je les ai tous lus. »
Malheureusement il n'avait pas les mêmes facilités pour étudier la phvsiononjie de (Charlotte de Corday. Il a sui>i évidemment M. de Lamartine, (jui lui-même a trop souvent préféré les touches fausses du roman aux sources originales. H faut dire (pie Ponsard, non plus, n'a pas mis assez de crili(jue datis l'usage des documents qui étaient à sa disposition. Ainsi le fait (jue Charlotte de Corday descendait de l*ierre Corneille en ligne directe étail connu depuis longtemps. (Lepan, édition des auivres de Pierre Corneille, 1817. — Prudhomme, l'vmmvs rrlèhns, 1S'2(». — Tnschereau, J'ir de Corneille ^ \H'1\). — Hallain, Maison et (féfu'alofjie de Corneille, I83.*{',etc. etc. — Les journaux,
' \j\ Revue et Gazette des Théâtres lUi 31 mar!^ <850 donna la LM-nr.ilo^'iecxatlo de CliarloUrdp Corday, on y ajoutant :
« Au inomi'iil où Ir dramo dr M. Pons;»rd ranu'iie rattordion sur Ctiârloltp Corday. Ton sera peut-^lrr curit'uv d'apprrndro par qurllf filialina H«Mirrcus»' Plirmino normand** dr-^iiMul dirrrtciiHMit du craiid t'ornrillc. du |io«'li' iininortil qui (it si dinutni.iit |MrU*r l'au^lére rour»g«* dr* \iru\ Roinain<(. •
Kt la gônéaiogic donn<*c par la Gazette des Théâires o*l juste quoi(|uc
cccxxxii BIBLIOGRAPHIE DRAMATIQUE *
V. suprà, p. ccLxiv) avaient démontré l'authenticité de celle lilialion et l'avaient rendue notoire.
C'était un point important pour l'œuvre de Ponsard, une circonstance d'où il pouvait faire jaillir de grands effets. Cependant il se borne à deux vers, jetés en passant à la fin du second acte, et dans une note il explique que Charlotte de Corday était l'arrière-petite-wïéce de Corneille. On pourrait multiplier ces exemples. Le caractère de Charlotte n'a pas été assez fortement conçu, faute des éléments propres à guider suffisamment le poëte, et aussi un peu par la faute du poëte, qui n'a pas tiré tout le parti possible des matériaux qui étaient sous sa main et qu'il pouvait utiliser et vivifier. 11 est regrettable qu'il n'ait pas pressenti ces conseils des trois Girondins à Salle : s'emparer des interrogatoires de Charlotte, de ses lettres, faire que chaque parole mise dons sa bouche soit également vraie et digne d'elle, créer en un mot un personnage à la manière d'Alfieri et de Shakespeare. (Y. ci-dessus, p. xxxv à xlvi, et infrà, p. i02-d24).
La fameuse scène du IV acte entre Danton, Robespierre et Marat, est d'une grandeur incomparable; et elle n'est grande que parce qu elle est vraie, inspirée par l'étude profonde des personnages ^ Marat est peint d'après nature,
incomplète. On est fâché de voir Ponsard moins bien informé d'un fait historique qu'une simple feuille écrite au jour le jour !
' Encore y a-t-il dans cette scène quelques taches qu'il eût été facile d'éviter; par exemple celle-ci. C'est Marat qui parle :
Qui l'aurait dit!
Ahl Monseigneur d'Artois, votre employé grandit; Et, l'obscur médecin des éfables grossières Travaille mainteuaiit sur des tôles princières.
Marat n'était pas médecin dos écuries d'Artois. C'est là une erreur vul-aire impardonnable. Il était médecin des Gardes du corps, et
DE CHARLOTTE DE COHDAY. cccxxxiii
c'est-à-dire d'après son journal, qui est poliliquenicnt sa personnalité vivante. On sait ce qui arriva lors de la pre-
nullemenL de leurs palefreniers. Voici le litre qui! prend dans ses nombreux ouvrages scientifiques :
M. Marat. doctelr en médecine, et médecin des Gardes. Dr CoRFS DE .Monseigneur le Comte d'Artois *.
Voyez Découvertes sur le feu, maiinifique édition sur papier de Hollande, 1780; Recherches sur l'électricité, 1780; Recherches sur la lumière [édilions de luxe), 1782.
Ces ouvrages ne sont pas rares : ils sont à la Bibliothèque Nationale. Il y a d'ailleurs les almanachs du temps, 1 Almanach Hoyal, l'.Almanach de Versailles, à l'aide destjuels il était facile d'éviter la faute. 11 est vrai qu'elle est commise par pres(iue toutes les biographies.
Les appointements étaient de deux mille livres, sans «ompter les indemnités de logement, de tdble. (Hôle des deux comfwgnies des Gardes du corps dont Monseigneur le Comte d'Artois veut et ordonne que sa Garde ordinaire soit com[)osée, etc. Archives nationales, papiers de la maison du Comte d'Artois.)
Ce logemonl «'tait situé à Paris dans les dépendances des j5curies
BIU:\KT I)f. MIDKCIN n(:S C^KDKn m cohps. POLR LE S' MAHAT.
Aujourd'hui t>i juin 1777, Mgr le Comto d'Artois tétant h Versailles, sur \o rapport qui lui a ^'U' fait des homu' vie v{ imi'urs, <irs luinii'ros et o\p<^ rieiKC dans Part do la nji^doriuo du siritr Jecin-I'nul Mahat, Dortnir en médecine d»' i>lusieurs facultés d'AnRlotrrro, voulant lui donner une inart|ue de sa bi('n>eillance , .Mgr lui a accordé et lui accorde la place de MinH.i> m SES Gardks.
Voulant et Entendant que ledit sieur Marat jouisse des honneurs, picrogatives et avantages (|ui peuvent > élre attaches, et «ju'il puiss*- s'en qualifier dan» tous les actes pnhlics et parli< uliers.
Et |K)ur assurance de &a volonté , Monseigneur nra commande d%*\|M'dier ce pré>ent brevet , qu'il a sign<* de sa main et f.iil rontre-signer par moi. Conseiller à ses Conseils, Secrétaire de ses Commaudementi», MaiMjn, Finances et de ^on Cabinet.
(Secrétariat de Monseigneur le Comte d'Artois Trovisions ot brevet», pièce 213 .\rchi\cs nationales, 84>he O !*.) j:>-1956.)
l/e 2.1 avril 17Hr>, nouveau brevet qui accord»' au sieur Enguehard . Médecin de la Faculté de MMnlpi'llier, la place de Médecin des dardes du Comte d'Artois, varcante par la remine (jue le s- Marat. ci-<lev.int (Miurvu de ladite place, a faite de son l>re\et , fHiur |)ar le s' Enguehard l'âVoir, tenir, en jouir et user aux honneurs, prérogative», etc.... t Comme ri -dri*.)
(.Même fonds. Aftanage d*Artoitt, \Aect 660.)
cccxxxiv BIBLIOGRAPHIE DRAMATIQUE .
mière représentation, c'est que le portrait de Marat fut pris au sérieux par une partie du parterre et acclamé dans un sens favorable à l'Ami du Peuple. (V. feuilleton du Corsaire du '11 mars 1850 ^) L'intention de l'auteur n'était pas à coup sûr de faire décerner une ovation à l'Ami du Peuple, mais telle est la force de la vérité; elle donne aux accents du poëte une puissance irrésistible qui dépasse parfois la limite qu'il s'était proposée. Marat traduit à nu sur la scène est applaudi. Charlotte de Corday affadie par un amour chimérique, défigurée par des craintes et des remords qu'elle ne connut jamais, laisse le public indifférent pour une action qu elle désavoue elle-même. Le poëte s'est condamné en faisant dire à Clio dans son prologue :
Si je reproduis mal les discours et les actes, Blâmez
d'Artois, faubourg Saint-Honoré. De là est venue l'erreur que nous nous efforçons de combattre et que rien n'a pu déraciner jusqu'à ce jour. C'est pour cela que nous publions^, avant son heure, la teneur même du Ijrevet de Marat : nous parviendrons peut-être ainsi à rectifier la fable accréditée dans l'opinion publique.
' « C'est Geffroy qui a été chargé de l'annonce d'usage : à sa
voix, des applaudissements frénétiques entrecoupés de trépignements ont retenti dans toute la salle , ils ont couvert la voix même de Geffroy, qui a dû être bien surpris de l'effet qu'il produisait. Sans nul doute, il avait joué avec profondeur le rôle plus qu'ingrat de Marat; mais de là à l'enthousiasme le plus fanatique, il y a l'abîme d'une révolution. C'est le personnage et non l'acteur à qui l'on décernait une ovation bien attristante. » — M. Ilippolyte Lucas, Messager du 30 mars, dit aussi : « Los honneurs de la soirée reviennent à M. Geffroy, qui a su imprimer à la physionomie de Marat quelque chose de fiévreux et d'incisif tout à fait caractéristique, et a élevé ce personnage farouche jusqu'à l'idéal de l'art. »
Le Charivari est moins admiratif; il mêle une restriction à réloge:
" Geffroy n'est pas mal , mais avec un mouchoir sale autour de la tête, une robe de chambre déchirée et du houclion sous les yeux, on fait toujours un Marat passable. »
DE CHARLOTTE DE COUDAY. <:ccxxxv
Nous blâmerons donc, mais à regret et avec réserve. La Charlotte Cordcn/ de Porisard est, a-t on dit, son chef-d'œuvre. Nous souscrivons volontiers à ce jujiement, et nous ajoutons que c'est très-certainement jusqu'à nos jours l'iruvre la plus digne du sujet qui se soit produite.
Nous laissons maintenant la parole aux princes de la critique.
Feuilleton du Journal des Débats du 25 mars 1850. Article de M. Jri-ts Ja.m.n.
u 0 musc, ù déesse Aliiéinosyiie, si «mi effet vous venez de la patrie d'IIrrodolL' et «riloinère pour vous mêler à nos douleurs, prenez };ard«' de tomlnT dans relie mare de san(; qu'on appelle la Kévoliitioii française! Muse Athénienne, vous n'avez rien dans vos annales (jui ressemble à ee cliapiln' «le notre histoire. Vous n'êtes pas faite pour raconter ees misères, res lâchetés, ces crilnes, ces parricides, «rite démence des l>ourreaux et cette abn(''{jation des \irtimes... INi la po<''sie, ni la prose, ni le drame, ni rélotjueiuv delà Tribune n'«»nt pu suffire à «•ett«' exécration unanime de tous les siècles, «pii s«' liâtent d'éciore pour accabler de b'iir mépris el «le leur justice ce .Marat, ce Robespierre, ce Danton, ces égoqjeurs, ci»s monstres, ces S«'apins «le IWliafaud.
I'' Tadukai . — u Nous sommes en plein septemhre. Les cadavres de tant de malheureux sont tiê«les en««)n'. Kt voilà des hommes jeunes pour la plupart, h«)nnêtes «|iu.'lques-uns, «pii «pii s«' mettent à table ou il> m.iii(;«'nt , «pii remplissent de* coup«'s et (|ui les vident à la, santé de celle Képubli(jin fon«l<''C sur ««s meurtres, et les voilà, dans ce deuil el ce dêslioniieur imUM'Uses de lonN- un«' nation é(;or|;ée, «pii font les beaux el
cccxxxvi BIBLIOGRAPHIE DRAMATIQUE
les rhéteurs, et qui exposent leur sentiment sur la meilleure forme de gouvernement '...
» En revanche, j'aime et j'approuve ce Danton chargée de cette fête, Thorreur qu'il inspire aux députés de la Gironde, et ces mains honnêtes qui ne veulent pas toucher cette main souillée de sangf.
V Le deuxième acte mérite tous les suffrages. Il est écrit avec une grâce charmante, et Ton pourrait citer en ce passage une suite de très-beaux vers tout empreints des parfums de la poésie d'André Ghénier, André Chénier égorgé par ces monstres! Le tableau suivant , le salon de madame de Bretteville, respire le même charme.
» Le critique blâme, au contraire, le tableau qui montre dans le jardin du palais Egalité la ronde des enfants et leurs chants.
« Ces enfants, dit-il, ces chansons, ces jeunes femmes qui se promènent, le printemps même et la rose sur sa tige, tout nous déplaît et nous blesse à cette heure lamentable de l'abomination universelle. »
Le quatrième acte, et surtout la scène des Triumvirs, excitent au plus haut degré l'indignation du critique :
« Qu'as-tu donc pensé de cette nouveauté, de cet argot des guillolineurs, ô Théâtre-Français! ô théâtre de Molière et de Louis XIV! ô grandes colonnes de la langue savante, où Camille est remplacée par Charlotle, Auguste par Marat ! M. Ponsard a accompli ce jour-là une oeuvre bien funeste. Les larmes sont taries, la pitié s'en va, la terreur se trouve épuisée comme la veine carotide quand la veine est tranchée, si bien qu'on ne voit plus que Vécorclié de Marat... Quant à Robespierre, il est ressemblant comme une image de cire; Danton
• Ces reproches n'étaient pas mieux fondés pour les Girondins que pour Ponsard.
V. le discours de Vergniaud du 17 septembre 1792 sur les massacres des prisons.
Et la traiiéclie de Ponsard elle-même, qui répond victorieusemen aux accusaliuns imméritées dont elle est ici l'objet.
DE CHARLOTTE DE COUDAV cccxxxvii liiî-iuéine est un portrait au da{juerréotV|K' par uti temps plu-
vieux. »
l^our conclure, M. Jules Janiii définit ce qnalrième acte « la UéM)luti()n sans remords et 93 sans pudeur », et il reproche à 1 auteur d être resté neutre, de n a\oir [)as su toucher le but des exécrations méritées, d'avoir fait briller l'éclair, mais non tomber la foudre
If.
Feuilleton de la Presse du 25 mars 1850, si^né Th. Galîii;!;.
u l.e sujet d(.' Cliarlolti.' Conl.i\ est-il un tir ceux (|iii ^e puissent adapter sérieusement au théâtre? Charlotte Conlav, indi- {jnée des excès de la ^lonta{jne, conçoit dans la solitnd»* le projet de délivrer sa patrie de Marat, qui symlnilisait pour elle le mauvais côté di' la Hévolutioii.
» IJIe part, acheté uti coutJMU, tue et nuMirt.
» Pas de resseutiuieut \ul(;.iire, pas de ban. île vengeance; elle saerifie froidement un monstre sur l'autel de Tidée; sa résolution, mûrie d.nis le cihue et la >nlitii(ie. inconnue île tous. et (ju'il eût été impossible aux plus elairvovanls de sou|>eonner, ne peut donner lieu cpi'à «les monolo|;ues. Le combat fut tout intérieur; les luttes qu'elle eut à subir, rien n«' \vs a trahio. l/intention du poète a pu le> de\iner, mai> il ne saurait les trahir par une forme visible.
» Le sih'uce est même une des beautés de cette fiyure douce et paisible, de ce hianc fantôme aux lèvres rouyes, sortant de Tombre avec un éclair d'acier, tpi'il éteint tlan> une poitrine liviile, L'an(p* de ras>assinat, comme l'appelle M. de Lamartine, peut traverser plu^ facilement un rom.in qu'une pièce, (k'tte Judith d« la (Jirondc n'a pas même d'iloloplierne à mduiie, et liitn «ju'ill.' «lonne son nom à la pièce, elK* n'en esl eep«Mid.int [)as le principal ressort. Les deux véritables jh-Tsonna;;es, les /^ro^i^o/iii^'i, pour employer un mot dont M-<»it-
cxoxxxviii BIBLIOGRAPHIE DRAMATIQUE
vent les étrangers et qui nous manque, sont la Gironde et la Montagne, la dualité du drame s'établit entre ces deux terribles adversaires. »
M. Théophile Gautier avait avancé en 1847, à propos de la pièce du Gymnase, que Charlotte de Corday n'était pas un sujet dramatique propre à la scène. On voit qu'il maintenait la thèse émise par lui avec des développements nouveaux et très-dignes de remarque. Peut-être est-ce à lui que répondra Gustave Planche , lorsqu'il établira qu'au contraire Charlotte de Corday est un sujet possible pour le drame.
M. Lireux se prononça dans le sens de M. Théophile Gautier. (V. Pxevue dramatique du Constitutionnel du 3 avril 1850.) 11 dit en parlant de la pièce de Ponsard :
a Grand style, beaux vers, noblesse de sentiments, tout le monde est d'accord de ce côté.
» :^ïais le sujet? Au point de vue où l'on envisage actuellement le théâtre, le sujet de Charlotte Corday était tout simplement impossible. Un dénoûment prévu, pas de place pour l'intrigue, et des personnages auxquels l'histoire impose de ne point ajouter un trait, que faire avec cela? Des scènes,
jamais un drame.
» Le nom de l'héroïne avait déjà tenté les dramaturges ; quelques-uns y cherchaient les allusions politiques — ce qui est (oujours un vilain métier; — les autres espéraient embellir la donnée par leur propre invention. Tous ont échoué.
Mais puisque M. Ponsard vient de réussir, c'est une preuve, ce me semble, ou que le sujet est moins mauvais qu'on ne croit, ou que le poëte a eu lui-même plus de ressources qu'on
ne dit. »
>I. IJippolyte Lucas semble partager l'opinion précédente. Il arri\e toutefois à une conclusion éclectique.
u Charlotte, vierge modeste et pure, animée d'un héroïque
DE CHARLOTTE DE COUDAY. cccxxxix
C'iilhousiasiiiC., est-clli' mi pcrsoniia/je (lraiiiati<|iie «laii?» l'acception ordinaire du mot? Non, panr (jnil n'v a (|u'nii ressort dans son âme, et qu'on ne peut, sans mentir à riiisioiiv, lui attribuer d'autres motifs que ceux que Ion connaît. Mais c'est assiirrinent une ))elle fi/jure à faire re>|>irer vl n placir dans une noble rludc des car.ictères de la Dévolution. M. IV»nsard ne Ta pas compris autrement. "
FcuilleUm du Consiitutionyie! du 25 mars. Article de IIolle.
a La toile se lève : une jeune femme parait, vêtue de la blancbe tunique, le front ceint d'une verte couronne; elU» >tr nomme; elle parle «le la Grèce et d'Athènes; ce n'est |)as une femme, une mortelle, c'est une Muse, la Muse de Tliistoire, iilio, <lont la voix grave et fidèle transmet à l'avenir les actions des peuples et des rois, l'.lle n'invente ni le bien, ni le mal, ni le crime, ni la vertu : elle le> voit, elle les recueille, elle les raconte, elle est la .M use de l.i vérité. Pans l.i (vrèce mélrxlieuM', rliaussant le cotliurne et suivant >nr le théâtre l'^scbvle et Sophocle, elle offrait au peuple athénien le spectacle de ces Ijrands ens«'i[jnenjents; poun|uoi, 6 Français, Athéniens d'.iujourd'hui, ne prèteriez-vous pas, comme ce peuple «r.Vlhènes, une oreille attentive aux récits sincères de la Muse, retraçant les malheurs ou les crimes des ancêtres? (Test la vérité (|ui \a parler. Les poètes ne vous ont-ils pas montré les forfaits de Néron et <le Kichard 111? \'A vous voulez qu'ils rtxrnient devant <-eux de M it.it on de Robespierre? Avcz le courage d'envisa^jer votre propre histoire : elle est ensiinjjlantc**'; mais tjuille |»a(;e des ann.iles huiiiaine> !»'a pas sa tri>tesse et sa tache ile >an(;? (lelle-<:i, du moins, n'est pas sans (jloire. hcoutez donc avci* justice et lu' faites pas e\pi<;r au po«'te la ressemblan«v <let vi.sa{;es terribles dont il n'est ici que le peintn' eiaci; le |MN*le a voulu être impartial: il fait voir les perron ii a/;cs dan* leur réalité; il montre les faits, il ex|M>*e les idées, mai-* il n'iMl pu*
(XCXL BIBLIOGRAPHIE DRAMATIQUE
leur complice : acciiserez-vous la glace fidèle qui reproduit trait pour trait les figures qui passent devant elle? La briserezvous, parce qu'elle est un miroir?
» Glio a tenu parole. M. Ponsard a fait de l'histoire, des portraits historiques souvent tracés avec une terrible ressemblance. Les couleurs en sont hardies et vraies jusqu'à la crudité; le poëte disserte, raconte, décrit; mais le drame, où est-il? Les chapitres se succèdent; il y a des fragments d'une grande vigueur, rendus en vers cornéliens, souvent pleins de concision, de force et de substance. Quant au lien qui doit unir et concentrer les sentiments et les passions, pour les conduire jusqu'au dénoûment , à travers les péripéties d'une lutte active et suivie, je ne le trouve pas. De là des vides dans l'ouvrage; peutêtre, avec l'aventure sanglante de Charlotte Gorday , était-il difficile de faire autrement et d'arriver à un autre résultat. Quoi qu'il en soit, une fois ce sujet périlleux accepté, et si on ne veut pas contredire la théorie avancée par M. Ponsard dans son prologue, sur les droits de la réalité en matière dramatique, il est incontestable que ce drame, cette histoire, comme on voudra l'appeler, annonce un grand progrès dans le talent de M. Ponsard comme écrivain énergique et comme penseur. On peut éprouver de la tristesse, et, que M. Ponsard me permette de le dire, une sorte de répugnance douloureuse à l'aspect de ces figures sanglantes; mais la force du pinceau ne peut se nier. La scène entre les trois triumvirs est certainement une des choses les plus horriblement belles qu'un poëte ait osées au théâtre. On a vu d'ailleurs que M. Ponsard avait opposé à ces peintures sombres des contrastes de poésie touchante et naïve.
n Nous louerons les acteurs sans exception. Si tous n'ont pas été excellents, tous ont du moins mis dans l'exécution un certain talent, le talent qu'ils pouvaient donner. M. Randoux a représenté Vergniaud avec beaucoup de fermeté et de distinction. M. Geffroy a étudié Marat en artiste plein de tact; il a su faire un portrait ressemblant de cet homme hideux (étaitce un homme?), sans dépasser la limite qui pouvait mener au dégoût. M. Fonta a bien rendu la froideur et la prétention du citoyen Robespierre. M. Bignon a eu des éclats tout à fait dan-
DE CHARLOTTE DE COUDAY. rxcxLi
toiiesqiit's; il est tl'.nllcurs Danton par la |H>itrin(% la cnisso, le inasqnc et la chevelure : rien tle pins loncliant <'t dr plns;;iacienx qui- niademoiselit' Maria Favart dans le rôle de la jenue mère de Tan^je Mond. Mademoiselle Judith hasardait heaucoup en osant être Charlotte Corday; elle s'est montrée inf«lli(;entc et a réussi jusqu'au l)<)U(|uet et à la couionne. Il ne faut ouhlier ni madame Thénard , plein»* de bonhomie dans le jhtsonna{;ede la vieille tante de Bretttnille, une véritable vieille de l'ancien ré{jime, ni M. Keroux-Barbaroux , qui a fait d'honorables eff<»rts et a été applaudi; ni mademoiselle Fix, aimable et jolie muse, quoique un peu timide encore pour f.iin' r«''sonner la Irompcite tie Clio'. »
V Union du 25 mars. Arliclc do Mkrlk.
u L'apparition .ni théâtre de cette œuvre tn'S-reinarquahle de M. Ponsard est un (;rand événement dramati<|uc. Ce drame a éprouvé de lonr^aies et nombreuses vicissitudes, avant de se produire devant le public; il nous est arri\é du fond du Daiipiiiné, précédé d'une immense célébrité de portefeuille; l'auteur t'-tail ( onini par <leiix >uccès éminemment littéraires. Il avait ln)U\é, dans ([uelques pa^jcs du livre des Girondins ^ le sujet d'une action Inqpque; un rôle de femme d'une éner(jie tout antiipie dominait cette action, au milieu de hupiellc s'a(jitaient les passions politi(|ues les plus bouillautcâ et les plus dramatiques; les principaux |)erson liages de ce drame a|)parteiiaient ù notre histoire contemporaine, leurs crimes et leurs vertus étaient dans la mémoire de tout le monde. Oiu>i <le plirs populaire, en effet, que les nom> de 1>anton, «le Ho- Ix'spierre et de .Marat .' Ouoi «le plus intéressant s<»us certains rap|iorts que ceux de Veq^niaud , de madame Koland et de quel<pies-uns des proscrits du \\\ mai?
' Suivant M. Tlu'odore de Hari\ilie .m • i.riirain- ^i i - :,..iip
Fix (lit bien ol porte le prpUjin de la Mu^e iinli(|iie cuinii «l
réolictncnl lillo de Phidias. ■
cocxLii BIBLIOGRAPHIE DRAMATIQUE
r Enfin, quel caractère plus touchant et plus héroïque que Je dévouement de cette jeune fille qui abandonne son pays et sa famille pour venir à Paris délivrer la France, par un assassinat, du monstre qui la couvre de san(j et de victimes? Tous ces g^rands éléments de drame politique ont été jetés pêle-mêle sur la scène, avec plus de talent poétique, il faut le dire, que d'art dramatique : M. Ponsard a trouvé de belles scènes et de beaux vers dans ce sujet, mais il a fait une oeuvre tragique, dans laquelle l'action se perd sous les flots d'une poésie étincelante de beautés du premier ordre. On cherche en vain dans la nouvelle conception dramatique de M. Ponsard la noble simplicité de Lucrèce et la puissante vigueur tragique (VAfjnès de Méranie; et cependant, malgré ses défauts, Charlotte Corday restera comme une des plus belles productions de notre époque. »
ÎNous ne retenons du reste de l'article que cette phrase : « La vérité historique est presque toujours dédaignée et souvent remplacée par des fictions qui ne la valent pas. »
L' Union du 8 avril contient un second feuilleton sur ce môme sujet.
IWrch^e. (N** du 25 mars.) Article très-sérieux et trèsfurl attribué à M. Fortoul. Nous en extrayons les lignes suivantes :
«... La vérité n'y est pas plus observée que l'unité
»» Charlotte Corday, qu'on a peinte comme une âme profonde; et (.'xaltée, n'éclatait pas à tout propos en élégies et en haranfpies de la longueur de celles que nous avons entendues. La di\ ermite des autres caractères se perd dans l'uniformité de l'cinhiminure que le poète leur a donnée.
» Un souffle inégal, ordinairement puissant et relevé, parfois efféminé, rarement assez soutenu, anime la forme flotlanle dont les ph's trop réguhèrement harmonieux, trop sy-
UE CHARLOTTE DE CORDAY. rœxuu
niéiriqiics, tlùrobcnt enlirreninit la tli\ei>it<'' dr n ii-n-N
<'t (les situations. »
Disons toutefois que, malgré la justesse de ces critiques, nous trouvons le> conclusions finales d'une sévérité excessive et que le tem[)s n'a pas ratifiées.
Il en est de même des autres comptes rendus, intéressants, brillants, mais trop o\rlu>iNement satiriques; tels sont les feuilletons de MM. Jules de Premarav dans la Patrie, ('25 mars 1850); Alfred Dau«;er, dans le Pays (mémo date; Edouard Thierrv, dans WLssrmhfév yiatidnalc, f même date é^nioinont \ la SUhout'tfv du .\\ mars, etc.
Le journal A' Dir Dcccmbrc nous introduit dariN le domaine du matérialisme le plus révoltant, si l'on pouvait donner un nom sérieux à un article de haute fantaisie.
.. Lo poêle de C/uirloftc Cttrday s'écrie : *> Je suis impartial. » C'est pourquoi ni son drame ni ses acteiir> irexistent; c'esl »' |>(>iir(|uoi il ne nous a donné à jn(jer (pie des cadavres, et »i non (It.'s Nivant»;. Avec les soins les plus reli{peux , il a » exhumé leur (l«'p(juille mortelle; mais, lorsqu'il s'est agi de » les faire revivre et prêter telle ou telle passion humaine ù M ces intelli{;ences qui ont accompli une mission pr(»\iden- »> ticllc, le coura;;e lui .1 maïupic II n'a os«- prendre parti » conlrt* personne. » — lOmprunt dn dr.inir an liNrr de> (riroiidins j etc.
>' Je dirai seulement quel(|ne8 mots<lu pi'rsonna|;e de Clinlolte.
" Mademoiselle de (xirday nie semble ('Mre la ii|;urela moins dr.imatiqur de toute notre histoire et la plus inipossil>l«> h nu'ttre au iluVitre. Son àme mautpie de passion , tumme son acte nian(jue de |;randeur. Je relis mol à mot le livre» de .M. de J..iiiiarline sans tron\er au crime de mademoiselle de ConJay d'autres c.iuses matérielles (|u'nn enthousiasme irreHéflii |M>nr
cccxLiv BIBLIOGRAPHIE DRAMATIQUE "
Corneille, dont elle était la petite-fille, et pour le poëme biblique de Judith.
» Oserai-je dire toute ma pensée? Le poète des Girondins compare Charlotte à Jeanne d'Arc. L'héroïsme de l'une comme le forfait de l'autre me paraît trouver une cause toute naturelle. Mais qui Tacceptera, dans notre siècle bêtement spiritualiste"?
» Ici se trouve une citation du chapitre xxxviii de VHistoire des Girondins, qui se termine ainsi : a Cette profanation )) de la beauté et de la mort attesta l'innocence de ses mœurs » et la virginité de son corps. »
Puis le feuilletoniste reprend :
u L'histoire de Charlotte Corday n'est-elle pas une fois de » plus l'histoire de Phèdre insultant Vénus, et cruellement » punie? Si la petite-fille de Corneille eût été épouse et mère, » ce jeune et beau sang qui inondait son cerveau et son coeur, » et la rendait folle de fanatisme, eût gonflé ses mamelles » fécondes et nourri de beaux enfants, pareils à celui qu'elle )> embrassait en pleurant dans le Palais-Royal. Une cliiffon- » nière de seize ans, belle sous ses haillons crasseux et allai- 5) tant un enfant blanc et rose, vaut toutes les Jeanne d'Arc. )j Les anges qui parlaient à l'oreille de riiéroïne de Yaucou- » leur, c'étaient les mêmes que ceux qui conseillaient l'assas- » sinat à Charlotte Corday; c'étaient sa jeunesse, sa vie et son '» sang révolté. Sous la Convention , peut-être Jeanne d'Arc ') eût assassiné Marat; peut-être Charlotte Corday eût-elle )) sauvé et reconquis la France sous Charles VIL Ce qu'il y a » de plus monstrueux dans la gloire et dans l'ignominie des » deux martyres, c'est cette virginité dont nos lois sauvages » font un devoir. Mais, ô cause sacrée de l'humanité et de la » nature, matière opprimée et divine, flamme allumée au » sang même des dieux, existe-t-il encore quelque part un » poëte enthousiaste, résigné d'avance à être traîné sur la » claie du inépris par les hypocrites? Qy\i sait si le malheur » de mademoiselle de Corday n'a pas été d'être née vertueuse » et sans dot? Là, à la bonne heure, je vois une tragédie 1 pl(;in(; d'é|;ouvanle et d'horreurs secrètes; mais, je l'ai dit,
I)K CHARLOTTE DE COIUiAV. cccxLV
'ï nous sommes bien trop spiritiialistes pour adiiietlre, à fjiicl- 1' que fait que ce soit une cause plivsique.
)» Th. de B. r» (Feuilleton du 25 mars IH^O.j
L*aiitour dit en terminant , à propos du jeu des acteurs : — « De quelque façon que riiisloire le juge, Kobes[Merre est après tout un homme illustre ». — L'ilhislralion de Ilohespierre vaut rignomiuie de Jeanne d'Arc (ou de Charlotte), mais l'écrivain oublie que le chaste auteur de la fête à l'I^tre suprême était bêtement spiritualiste, et qu'il en avait coûté cher à Chaumette pour av(»ir professé des doctrines moins matérialistes «pie celles dont on vient de lire l'exposé. Tels étaient pourtant les journaux patronés et subventionnés par le gouvernement de iKlysée. On sait quels ont été en ISTO et l<S7l les résultats d'iiu [tnrril enseignement.
Le National y feuilleton du "25 mars, gourmande I^•nsard d'avoir montré trop de prudence. <( Les applaudissements qui ont salué les tirades républicaines, comparés à ceux «pii ont été décernés aux persoiniages rovalistes, ont dil lui montrer de (piel coté était la popularité. S'il eut osé se prononcer, si su Muse échaulTée eiU laissé jaillir un peu d'enthousiasme, la pièce aurait eu cent représentations. » Nous nous permettrons d'ajouter : ou n'en aurait pas eu une seule.
Ceci du reste est une appréciation particulière c|ui s'e\pli<pie par la ligne polili(pu* du journal. Mais ce qui ne saurait se comprendre, c'est la théorie littéraire qui suit et que nous conservons avec tout son dé>el(qipement :
«« Quoique Harbaroux ut' soit pas imliffért'iil à r.harlcMtt*, elle repous.M' tout iieiiliniiMil tj'iulr»' ri se vont' à ratxoiiipli»-
sèment «l'un d«'>5eiii si'rrrt.
ctxxLvi BIBLIOGRAPHIE DRAMATIQUE
)) Là se trouve le défaut essentiel de la pièce : en voulanf conserver à rhéroïne une pureté historique à laquelle Tamour n'eût pas fait g^rand tort, le poète a sacrifié le plus puissant des éléments trag^iques , le mobile qui de temps immémorial excuse les résolutions extrêmes et désespérées. Si Charlotte eût bien décidément aimé Barbaroux, si son dessein eût été de le sauver en poignardant le persécuteur de son amant, l'intérêt dramatique aurait doublé de force. Au lieu de cela, elle s'efforce de fermer son cœur à cet amour. Elle le nie et convient à peine d'une légère faiblesse ; d'où il résulte que dans le drame, aussi bien que dans l'histoire, les raisons qui la déterminent au meurtre de Marat restent obscures. La licence poétique permettait d'autant mieux cet embellissement de l'histoire, qu'il passe pour vrai, et que dans la nécessité où était la tradition d'expliquer une résolution si extraordinaire, elle a naturellement supposé qu'une passion profonde en était la cause. Si la conversation de Charlotte et de Barbaroux eût été une scène d'amour et d'aveux, tout le reste était surabondamment justifié , tandis que le fait seul est la justification du dénoûment de la pièce. Il faut savoir que Charlotte Corday a tué Marat, pour admettre le coup de poignard dont l'histoire ne donne que des explications incertaines, et dans une tragédie cela ne suffit point. »
Ainsi, en J850, il était encore possible d'écrire dans un journal grave que les motifs de l'action de Charlotte de Corday étaient inconnus, incertains, comme s'ils -n'étaient pas écrits en caractères éclatants dans ses lettres, dans ses interrogatoires !
Kt la critifjue pouvait pousser l'aberration jusqu'au point d'enseigner doctoralement que, dans le doute, il fallait chercher l'explication de ce prétendu problème dans une passion profonde, irjvenler une scène d'amour et d'aveux, en un mot embellir nnstoire!
Ln sorte que la critique avait reculé jusqu'au niveau de la Nouvelle Judith (1707). Ce n'était pas sérieusement qu'on
DE CHARLOTTE DE COUDAY. uxxlvii
pouvait professer de pareilles liérésics. Mais détruire l'héroïsme d'ufie action conduite par le désintéressement patriotique le plus pur, c'était faire la cour au parti montagnard et abaisser d'autant la malheureuse Gironde, sa victimeî Nous laissons donc au\ Girondins le soin de répondre et de montrer qu'en littérature comme en politicjue ils étaient plus avancés que ceuv-là mêmes qui avaient la prétention de les dépasser. Voyez les lettres de Petif)n, liarh.iroux «l liuzot à Salle, vol. "2, p. I0l>-12l.
Le Corsaire consacra deux feuilletons a 1 1 iragétlie de C/iarioitt' Cordai/; l'un e>t du 27 mars 1850, l'autre du 10 avril , siiwiés II. de J...
Le même journal |)ul)lia en outre dans son numéro du t27 mars une pièce de vers adressée à l*onsard, sijinée Li'fmce.
(Test une protestation véhémente contre le sujet choisi j)ar le poCte.
Non , CL' n'est pas ainsi qu'on adoucit 1rs niucurs. Arrirro le {jénii' aux facettes brillantes Oui. «M élisant le tableau de nos luttes sanglantes, Ai(;rit les vieux levains au profond de nos rœurs. Non, ce n'est pas le fait d'un noble carartèn* Déjouer avec r.irua* au tranchant uieinlrii-r: l'.l dresser sur la scène un iiouiicidt* acier. C'est livrer la foule à Tibère.
Toute la pièce est en ce sens et s élève jus(|u a I nnpre- ( alion contre les hommes de la Kévolulion et celui qui les a traduits .sur la scène. On siiit (jne le O^rsnirv était un journal rovalisle. Nous remar(jUons et citons seulement celle strophe :
«xcxLViii BIBLIOGRAPHIE DRAMATIQUE
Comme toi, j'ai chanté dans mes vers autrefois Cette fière iXorniande à l'austère visage. Comme toi, je pensais alors qu'il était sage D'appeler sur son nom le bruit de mille voix; Que sa noble action devait être suivie, Qu'il fallait exalter un si beau dévouement, Et ma main burinait au front d'un monument :