‹ Charlotte de Corday et les GirondinsChapitre 62 sur 97 · UNE RUE DE PARIS, PUIS LE JARDIN DES TUILERIES · texte numérisé non relu

UNE RUE DE PARIS, PUIS LE JARDIN DES TUILERIES

Charlotte n'a pu trouver Marat ni chez lui ni à la Convention. Sa résolution s'ébranle devant ces retards. ¥A\c veut la raffermir en l'oubliant sous les arbres des Tuileries, avec les ombrages et les fleurs du jardin. Long monologue. Elle voit de«; (,'nfants et s'approche de leurs jeux. L'un de ces enfants lu! offre une couronne, elle veut lui conter un conte : Le Chien et CAveuyle; mais l'enfant dit qu'il en sait un plus beau, et il le lécite. Charlotte de Corday trouve des allusions

DE CHARLOTTE DE CORDAY. ccclxxxix

à son projet... elle lui en raconte un autre'. Nouvelles allusions et réflexions de Charlotte. {Elle se retire.)

LA MAI.SO.N Dt M A 11 A T.

M ABAT, CHARLOTTF.

Charlotte. — Je suis la citoverine de Caen. Tu r.mu.us déjà ma demande.

Marat. — Sois la bienvenue. (.4 part.) I^ belh* |>er>onneî Une telle beauté est nouvtdle pour moi.

Chaulottl, après l'avoir lon|;temps contemplé, avec un accent sybillin : — Citoyen, je te vois et je crois. Ln \ain on t'a noirci et calonmié; tu es celui (jui est appelé à ven(;iM- rt h ju{îer.

Marat {étonné). — <jni t amène ici?

Charlottk. — Le salut de la Patrie.

Marat. — I-e complot d;' Caen?

CiiARLOTTK. — Oui, uu com(»lot; mais un complot «pii est encore d'une plus haute imp<niance cl d'un autre ordre; qui n'appartient à aucun parti, mais <|ui est scellé par un serment prêt*' sur la mort. Marat, si je le parle ici plus sérieusement (jiie tu n'y es habitué, ne t'en étonne pas. Montre-toi tel que tu es. Ce sera le mieux pour ce que j'ai a te dire.

Marat. — Tu m'étonues.

CuxRi.oTTi . — Je suis erivovée pour t'éproiiver.

Marat. — Dans quel but?

Charlottl. — Pour savoir si tu es di(;ne de la place que tu t'es faite.

Marat. — Oue veut-on de moi'

Cimriottk. — D'aboril la confiance. — Mais tu ne dois nie la donner «jue (jiiand je t'aurai montré que je n'en suis pa* indijpie.

Marat. — I\irle, parle.

> On voit ici ce que devient l'épisode do l'cnfjnt (jue Oiarloll*? <t Corday aurait rencontré au Pdlais-Uo>al. D'abortl tout se borne à de simples caressps échan^t'es avec col enfant. (V. la pièce de madame Louise Colel.) Voici njainlonanl que cet incuicnt hc de\rloppe. Chirlolle se fait raconter et conte elle-même des conlis aux enfant» qui lui offrent des couronnes! On cite le titre de ces conle», etc....

cccxc BIBLIOGRAPHIE DRAMATIQUE -

Ici Charlotte commence nn éloge pompeux de Marat : on ne Ta pas compris, on ne le comprend pas encore. Il a devancé la Révolution; il a pénétré dans les secrets des temps, et s'est élancé jusqu'au zénith pour découvrir les maux de l'humanité... ^larat s'enivre de ces louanges, quelle que soit leur exagération. Pour achever de l'enflammer, Charlotte vante l'efficacité des supplices; elle fait le tableau du sang qui coule. Marat ne se contient plus alors. — Où suis-je? s'écrie-t-il; quelle femme! Je ne puis plus vivre sans toi... J'ai compris ta pensée; tu veux me révéler le plan d'un assassinat dirigé contre mes jours. Comment n'ai-je pas compris plus tôt?

Charlotte. — Tu n'échapperas que difficilement aux meurtriers.

Marat. — Parle, parle! on va prévenir la force armée à l'instant. Parle sans retard!

Charlotte. — Marat, tu trembles! Un patriote ne tremble pas.

Marat. — Je ne tremble pas.

Charlotte. — Non, tu meurs! {Elle le tue.)

Page 1