ACTE TROISIÈME
Scène P». — Une place publique à Paris. — Le peuple armé. — Les Cordeliers en sabots. — Femmes des halles et blanchisseuses. — Jacques Roux, puis Olympe de Goug^es. [Pendant toute cette scène, Charlotte se tient debout au fond du théâtre.)
Scène populaire. — Les femmes se plai(jnent de manquer de pain : les unes accusent les émigrés, les autres les Girondins. Ici on parle de pendre les boulangers, plus loin de piller les boutiques. Discours de Jacques Roux : il propose de massacrer tous les membres de la Convention : « Les Jacobins sont des aristocrates; les seuls patriotes sont les Cordeliers; Marat est le plus grand ami du peuple. » Les cris de Vive Marat î s'élèvent de tous les côtés. — Jacques Roux continue : Il faut fonder le droit des Sans-culottes; à quoi sert de demander la Constitution et de réclamer vainement du pain? On ne fait rien pour le peuple, rien contre l'usure!... L'orateur se plaint ensuite d'avoir été expulsé du club des Jacobins, — et avec raison, s'écrie une voix; c'est celle de la citoyenne Olympe de Gouges. — Tumulte; on veut la pendre... puis on met sa tête à l'enchère... elle en offre elle-même trente sous. — Enfin, elle se sauve, et en fuyant elle se dirige du côté de Charlotte Corday. — Charlotte veut suivre Olympe de Gouges. — Cette dernière s'imagine que c'est une ennemie qui la poursuit, et, en se retirant, elle lui jette un poignard entre les jambes. Charlotte ramasse le poignard vivement, puis elle s'éloigne.
Roux termine son discours en demandant la mort de tout ce qui est suspect : — des appelants, de la veuve Capet, etc. , car Marat le veut, et Marat, notre père, est le plus pur des patriotes ; c'est le Zeus antique siégeant sur la montagne environnée d'éclaii-s : Vive la Révolution et vive Marat! — Vive Marat! répond la foule, et J bas les traîtres!... Tous s'éloignent en chantant le Ca ira!
Charlotte revient sur la scène; elle s'indigne de tout ce qu'elle a vu et entendu : Marat, un père; Marat, un dieu!... Comment faire entendre le langag^e de la raison à la multi-
DE CHAULOTTE DE CORDAY. cccxcix
tilde é(farée à ce point? — Il faut que les faits parlent; que ma tête soit promenée dans les rut's; que mou ^aui; vers«^ fasse entendre un lan[;a(;e qui apprenne aux tyrans à Iremhler, aux timides à se rassurer, aux é(;arés à revenir à la vi'Tité. Dieu lui-mênie descendrait vainement sur la ferre |K)ur indiquer l.i voie du salut, il ne serait pas compris s'il iTapportait en même temps le {;Iaive de justice. — Tirant son poi(;nard : Le voici, ce fer qui traversera le cœur de Marat! à sa pointe est suspendue la paix de la France. Je me sens poussée connue par de% mains invisibles, et je sens aussi toute l'horreur du sanç qui se nSpaml tiède sur nia main. — Horreur! Puis-je le faire? — Je tremble... Ce qui enflammait de loin mon courage me glace au moment où ré\énemenl s'apj)rocbeî...
Le san{; découle de mes mains... le san|j fumant!... .Malheur! mes forces s'épuisent... L'abîme de l'enfer s'eut r'ouvre... l'heure de l'extermination retentit... L'extermination de l'exterminatrice! O mon Dieu! i\ur faire? D'où me viendra la lumière? Malheur à moi! Charlolti* voudrait s'arrôler... mais elle ne le j)eut... La vertu, la lihert»'-, l'humanité s<^)nt b.innies. (Juand toute une |;énération en démence se déehire de ses propres mains, la mort de\ient la vie... l'amour, la pitié.
ScKNF. III. — Au moment où Charlotte va jwur sortir, elle rencontre Duperret. Il lui annonce cpi'il a été la visiter à l'hiV tel de la Providence; — que là, il a trouvé un jeune homme qui la ehenhait : ce jeune homme, c'est Duian<l, «^on li.inré. — Charlotte repousse cette «jnalili» alion. — Llle pn-nd l«' bras «h? Duperret pour se rendre au Ministère de l'Intérieur.
ScÈ.'<iK I\'. — hur.md et Robert, à l'hôtel de la Providence. Durand raconte ses rêves à Robert, un prêtre, qui diyM-iie lon/jneuient .ivec lui.
ScKNi V. — Duperret et Charlt)tle ilans la rue. — Charlotte se plaint de n'avoir pas été reçu»- par Marat. Llle s'en étonne, et pense que c'est parce que son frère est à l'armée de Coudé. — Garât aime la Gironde. — Duperret la délrom|>e, et lui dit que Garai est un hypocrite et non pas un Ginmdin; il appartient à ce parti qui a encensé Necker, flatté »r<)rléan"«, baiié les pieds «le Lametli et de Lafayelte, porté la robe de ll.iruare, et qui, après avoir formé la queue de Robespierre, est devenu
cccc BIBLIOGRAPHIE DRAMATIQUE .
enfin la secte des adorateurs de Marat, ce scélérat sanguinaire, sorti des écuries du Comte d'Artois. — Charlotte presse Duperret de se rendre à Caen, et celui-ci de son côté l'engage à fuir. [Is croient entendre une patrouille, et Charlotte se cache dans une maison voisine.
Scène VI. — Durand et Robert. — Ils reconnaissent Duperret, et lui demandent où est Charlotte. — Duperret leur apprend qu'elle est suspecte, qu'il va lui-même être arrêté, et qu'ils n'ont que le temps d'aller à l'hôtel la prévenir de prendre la fuite.