‹ Charlotte de Corday et les GirondinsChapitre 69 sur 97 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

Scène P«. — L'appartement de Marat. — Deux portes entr'ou vertes laissent voir d'un côté la salle de bain, de l'autre le cabinet de travail de Marat. — Mobilier pauvre, imprimés et manuscrits jetés en désordre. — Près du cabinet l'image de Brutus.

Charlotte Corday, habillée de blanc, se présente. — Elle

DE CHARLOTïi: iJi: CORDAY. cccci

demande à voir Marat. — Albertine la rtponsse Kn ce

irionit'iit, Marat appelle sa sœur.

ScKNi: II. — Alberline lui dit qu'une jeune lille df (!a. n le demande, et lui fait part de ses soupe ons... Maral lui dit qu'il sait de quoi il s'ayit; que eette jeune fille lui a écrit, et qu'elle vient pour lui dévoiler les intri(;ues des réfu(;iés du Calvados. Sa sœur Ten^jag^e à se niéna(;er. — Oui, dit-il, je me ménage en ne nn''na|;eant personne.

La visite de .Maure et tie l>avid préoccupe Marat. — On \eul qu'il se repose... qu'il s'apaise... Il ne pourra éleiiulre l'ardeur qui l'enHamme que dans le sang des hommes d'État. — Ils m'ont conspué, bafoué, poursuivi... Il faut que le Au du Sei^jneur les cbâiie, et le Sei(;neur, c'est moi. — Oui, traîtres, le cloporte [Kellcrwurm, littéralement wt de cave) est dcxmu dra^jon [Lindwurm, ver d'orme ou d»- tilleul), l'insensé est devenu un prophète. — Le Dieu du Peuph* tient ses assises. — Prenez {jarde à vous! — Allons! allons!...

Albertine h? supplie de se calmer. — Mahat : De l'eau! le feu court dans mes \eines, mais qu'inq)orte la douleur!... Je ne veux pas mourir... Je ne mourrai pas avant de les a>oir exterminés.

On fra|)pe à la porte; c'est Charlotte.

Scène III. — Marat ron^jédie sa sœur en lui donnant divers papiers pour le Tribunal révolutionnaire; puis s'adressant à Charlotte, il lui demande ce (|ui l'amène. — Tu as deux frrres à l'aruM-e de Condé, lui dit-il; ton père e>t un modi'ré; que un* veux-tu? Oue m'apportevtu tIe Cacn? — Charlotte lui répond (jue les troupes de la Gironde, commandt'fS par Wimpfen, brûlent de marcher sur Paris. — M \bat : Ou'ils y viennent! lis marchent A la mort... Combien sont- ils? — Ciiarlotti ; Trente uiillr. — Il v a loin de là à trois cv\\\ mille tétï*s qui doivent tomber avant (pic l'état de la Kipubli(|Ut' s'améliore! faut cjue le saii(; des inlri(;anls n'arrosi-ra pas l'arbrv de la liberté, il ne pourra pas fleurir!... Dis-moi le noui de* intri(;ants réfugiés à Caen? — Charlotte en fait rénuméralion, et chaque nom est salué de la part de Marat par \\\\ mol sanglant; Marat n'épnrj;ne pas plus ses amis que $<•« ennemi*. — Robespierre est un hvpocrite... un héro^ bon pour le* \ieil!e«

ca.cii BIBLIOGRAPHIE DRAMATIQUE .

femmes. — Danton, un traître, — un cœur plein de mollesse, — une bouche pleine de mots vides de sens. — Ils s'imaginent me mener! C'est moi qui les mène. — Je suis un Dieu pour la France, que je gouverne, sans en avoir les apparences... Je répands la vie et la mort, suivant mon bon plaisir... Je ne veux pas la dictature... Je la possède sans qu'on s'en doute. —

N'est-ce pas le triomphe de l'habileté et de la politique?

Qu'en dis-tu, Charlotte? — J'écoute avec surprise; mais, dites, quel est le but où vous marchez? — Marat : Approche-toi; tu es belle et intelligente... je vais te le dire.

Marat fait alors le tableau le plus triste de l'humanité : pour lui, le monde n'est qu'une maison de fous où l'assassinat s'exerce de mille manières, — l'honneur n'est qu'une écume empoisonnée... le rêve des sots. — Il continue le tableau de l'univers considéré de ce point de vue machiavélique, et termine en disant qu'il est arrivé au plus haut degré de sa puissance, fondée sur un entassement de décombres et de ruines... Charlotte alors tire son poignard, et se dit à voix basse : Du courage, maintenant, du courage! — Je n'en manque pas, répond Marat... il enflamme ma poitrine, il brûle mon sein!... D'un regard profond je pénètre la société... elle est corrompue du sommet à la base... Ce que les sots appellent le sang et la vie, c'est le poison et la peste... Je suis le médecin du temps... A

bas la chair gangrenée! puis vienne la cautérisation, et «i

la guérison ne s'ensuit pas... eh bien, la mort! Charlotte le frappe.

Scène IV. — Albertine accourt avec Catherine Evrard. — Soins prodigués inutilement à Marat...

Scène V. — Arrestation de Charlotte. — Le peuple veut la mettre en pièces.

Scène VI. — Legendre et Chabot arrivent accompagnés de la garde. — Interrogatoire de Charlotte Corday. — L'auteur lui prèle ici les réponses qu'elle a faites devant le Tribunal révolutionnaire. Le peuple demande à grands cris qu'on lui livre Charlotte. — On l'emmène avec peine à l'Abbaye. — Le corps de Marat, apporté sur la scène, est couvert de fleurs. — La toile tombe.

DE CHARLOTTK DK CORDAY. ccccili

Page 1