XXIV PRÉFACE
élevée, ardente, à la hauteur des souffrances qu'il endure et des dangers qu'il court; que si en écrivant le poëte a devant lui la guillotine, sa tragédie portera l'empreinte de cette muse terrible, et même dans ses défauts conservera la trace de son origine, de la situation désespérée dont elle sera sortie.
L'œuvre de Salle, il faut le dire, ne répond nullement à cette attente ni aux exigences du goût moderne. C'est une tragédie jetée dans le moule classique, où il y a de beaux vers, mais peu de passion et pas de couleur locale. Les personnages de Salle agissent comme des Grecs et des Romains, et encore comme les Grecs et les Romains de l'ancien théâtre français, nullement comme les citoyens de la jeune République française qui surgit avec ses mœurs, ses passions, sa langue nouvelle et sa puissante originalité.
Il en résulte au premier abord une sorte de déception pour les esprits habitués au coloris et au mouvement du drame actuel. C'est au reste ce qui a heu presque constamment lorsqu'on remonte aux sources originales, la vérité réelle ne répond presque jamais à la vérité attendue; et c'est surtout pour l'histoire littéraire de la Révolution que cette remarque se trouve à chaque instant vérifiée. Salle n'était pas un poêle de profession, encore moins un poëte dramatique. C'était un esprit fin et élégant, ingénieux et ironique, plutôt fait pour la comédie ou la satire que pour le drame. Ce sont là les qualités qu'il faut chercher, et que l'on découvre dans sa pièce quand on veut bien la lire au point de vue de celui qui l'écrivait, de ceux pour qui elle était écrite.
La pensée qui le domine se trahit dès les premières pages et dès les premiers vers. Avant tout, se donner le plaisir de peinure à sa fantaisie le portrait de ses adversaires, de les
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produire hideux sur la scène, de les montrer se confessant entre eux et dévoilant leurs hontes intimes dans Texpansion de leurs délibérations secrètes, c'est déjà une satisfaction; mais placer dans leur bouche la condamnation involontaire du 31 mai, l'éloge des proscrits, c'est-à-dire des Girondins, le tableau du mouvement fédéraliste et des craintes qu'il avait inspirées aux Montagnards, c'était une vengeance qui devait sourire à Salle surtout, quand il songeait à son parterre, qui se composait de ses compagnons d'infortune et peut-être de madame Bouquev.
La scène s'ouvre dans une salle ornée de colonnes , un de ces appartements des Tuileries qu'occupaicr)t les comités de la Convention. C'est la salle du conseil où se lient le Comité de Salut Public. Les menibres sont en séance; un siège plus élcNé que les autres est réservé à Danton.
L'ex[>osition de la pièce est confiée à Barere, l'éternel rapporteur, fameux par ses Cnr/iinfjnolcs. Il lient à la main la correspondance dont il va rendre compte. Il fait le tableau de la position et des dangers qui se montrent à l'horizon. « L'orage gronde de toutes parts, dit-il; \N iinplfe outragé marche sur Paris; les Normands irrités, le> irjdomptables fils de l'ancieriniî Armori(|ue (^cela veut dire les bataillons du Finistère), ont poussé un cri de résistance (pii a été répété par Lvoti, Bordeaux, Marx-illc. Ils \iennent demander \t'ngeance du 2 juin. » Ceci amène la peinture de celte jt)urnée, qui fut le tombeau de la Gironde. La consolation des vaincus est naturellement df n';»\oir cédé qu au nombre et a Ydltinui Kitio de la force représentée par les canons d llaiiriot :
Pai «('lit iiiiili' soldats, c«*tle enceinte entourée, Cet appareil, ces cris d'une fuule é(;arôe.