‹ Charlotte de Corday et les GirondinsChapitre 83 sur 97 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

ScKXE I'■^ — Une ferme près d'Argentan. — Elise, assise auprès «l'un rouet à filer. M. Gorday^se préparant à la quitter.

M. Gorday va presser la rentrée de ses foins avant Forage. Il recommande à sa fille de veiller sur la porte, et de la tenir fermée, de crainte des soldats qui parcourent les routes, les uns, pour aller combattre les Autrichiens en Belgique, les autres, pour se rendre à Gaen et s'enrôler sous les drapeaux de la guerre civile. Quelques paroles douloureuses lui échappent sur le sort de la France qui ne se guérit des misères de la Royauté que par les saignées sans fin que lui fait la République! {Exit.)

Élise, restée seule, plaint son père, qui, aristocrate de naissance, républicain de vieille date, a sacrifié sa modeste fortune à ses opinions, à ses rêves. La Liberté, Y Egalité ^ ces mots qui semblaient promettre le ciel , la font sourire. Il n'en est pas de même de sa sœur Gharlotte, qui ressemble à son père; aussi elle lui laisse le soin de l'État pour s'occuper de son rouet, et elle brave ainsi les coups de la Fortune. — Geci dit, elle se met à filer on chantant une chanson, qui n'est que le développement de cette pensée : que la fortune fasse tourner sa roue, qu'elle abaisse les hommes ou qu'elle les élève, que le Sort tisse la trame des destinées pour le bien ou pour le mal, Sort et Fortune je les défie, en faisant aussi tourner ma roue rapide.

Fate and Fortune I defy,

Wile my wheel I quickly ply. ,

Lamont vient interrompre ce refrain d'Élise. — Il lui parle assez gauchement de son amour. — La jeune fille le raille et

DE CIIAKLOTTK DE CoKDAV. r.cccxLili

le provoque par une coquetterie gracieuse : mais la scène chanfjo. —Des soldats entrent, ils sont ivn^s, insolents. Élise est obligée d'invoquer la protection de Lamont. Celui-ci sVinporte. — Une querelle s'eiifjafje. — L'ofHcier (|ui couniiande se retire, en faisant entendre des menaces conln" I. amont, qu'il déclare être un rovaliste ou un insurge.

Élise presse Robert de fuir en Angleterre. — Il s'v refuse.

— Quc\ prix aurait pour lui la vie par drlà les mers, sou.i un rlimat brumeux, dans un pays avide d'argent '? Un lien d'ailleurs le retient en France, un lien qui |>our Klise n'est qu'un de ces fils aussi déli»' (jue ceux de son rmn-f . • t jmiui lui unecbaine qu'un Hercule ne romprait pas!

Klise avoue alors, ce qu'elle n'aurait pas fait dans un temps plus heureux, son amour pour lui. — ; Sans son pi:rc elle parfagerait son sort, et les amrrtumes <le cvt exil, à deux, deviendraient du bonheur. — IJIe le suppli»* de fuir la nuit même, et de se rendre à Jersey, où elle lui fera |>a5S4T des nouvelles de ses amis, et tout ce <jui |>ourra lui être nécessaire.

Robert, sûr de l'amour d'Élise, consent à fuir. M. Conlay, qui rentre des champs, apprend tout de la lK>uche de sa fille, et se joint à elle pour conjurer Robert i\i' ne pas prnlre une minute. — Il va j>arlir, — lorstpi'uu otiicier muniri|>al, accompagné d<* soldats, entre et l'arrête. — RolxTt se soumet.

— Tendres adieux d'Klise.

M. GoiiDAY. — Souviens-toi que de ce jour tn es mon fiN et qu'un des enfants les plus célèbres de la France, à non» uni par le sang, a dit ces noMrs paroles :

Lo crime fait la honte el non pas l'échafaud.

ScKNF II. — Une rue de Caiii. — Un afficheur. — L'auteur a mis fort habilement dan» la bouche d'un afficheur df« détails propres à faire connaître la situation df« jwirti* en

» Whal's lifo lo me, beinp exiled o'er ihe w»

To Entçland's foppy inoney-lovinp Innd.

f^pipramme sinf^ulière dans la bouche d'un Anj;Ini<», qui a »u|»|>o«^ iMre Ml rnitorprele (\p nos pn'jugi^* contre rAn;:lri'-'riv

ccccxLiv BIBLIOGRAPHIE DRAMATIQUE

France, en 1793, les mouvements de l'opinion, etc...., toutes choses qui ont leur raison d'être pour un public étranger et dont l'analyse chez nous serait superflue.

BARBAROUX, FRANQUELIN.

Barbaroux demande à Franquelin s'il ne va pas rejoindre l'armée. Franquelin reste retenu par un amour profond, invincible, inconnu de celle qui en est la cause inconsciente (inconscious) .

Quel est son nom? lui dit Barbaroux, et Franquelin ne fait pas de difficulté d'avouer que cette femme qu'il aime est mademoiselle Charlotte Gorday d'Armans.

Comment! s'écrie alors Barbaroux, ma belle visiteuse patiiote, celle qui est venue si souvent au palais de l'Intendance me demander le résultat de nos dernières réunions? C'est elle qui est l'objet de votre amour! Vous êtes heureux si vous avez su g^agner son sourire. Peu de jeunes filles en Normandie ont sa réputation de beauté et de vertu. Je ne lui ai pas vu de rivale; elle réunit dans sa personne la grâce aristocratique de la haute naissance, au large front et à la physionomie franche du peuple. Adieu, ami, je vous laisse à ses bons enseignements, sûr que son élève ne faillira pas. Vous marcherez avec nous ou vous n'aimez pas Charlotte Gorday.

{Exeunt. La scène est finie.)

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