‹ Charlotte de Corday et les GirondinsChapitre 84 sur 97 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

Scène I". — Caen. — La cour du grand manoir. — Charlotte Gorday est assise sur la margelle de la fontaine, lisant les Vies de Plutartjue. Elle se lève et s'avance sur le devant du lliéâtre.

Charlottk. — 0 grands jours des temps antiques! Comme il élait glorieux d'être au monde, quand les hommes étaient des hommes et savaient vivre et mourir pour de nobles causes! Aujourd'hui tout paraît pauvre, mesquin, égoïste au])rès d eux. Les tyrans sont toujours cruels comme autrefois; mais le glaive d'IIajniodius ne se lève plus : la France est dominée

ni: CHAHLOTTK DE COHDAV. ccccxu

par des iiiisL-rahles (|iii ne valent pas le tlTiiier des César». Cassiiis ne revient pas : il n'y a pins de Biutus qui lin* m)h p()i(;nard contre son ami, de crainte que la Vertu ne meure*. Quand riiDuiine nianijne, que peut faire la femme? {Elle s^Lssied rêveuse sur la marcjelle.)

Fra.nqi KLiNentre,il.ipp()rtede bonne> nun\ elles à Charlotte : raruiée de Caen marche sur P.iris. — Charlotte respire. . . . malgré le livre héroï(jue qui est entre ses mains, elle doutait de la justice. . . . Mais quel nua(;e assombrit le front de Franquelin? Il apprend à Cliailotte raneslation de Hoberl. C'est sa CLudanniation, dit Charlotte, c'est celle de ma soeur! Tout ce (pii est honnête Na périr; le crime seul rè{;ue ! O Franquclin! vous rejoindrez, n'est-ce pas, les ranj^s des patriotes, vous sauverez notre pays!

In mot de Charlotte (?st un ordre pour Thomme qui Taime. — 11 est prêt à partir, mais il craint pour ceux qui restent, pour Charlotte, pour son père, sa sœur elh'-incme. — Il la supplie de lire dans s<jn cœur.

Cmahi.ottk. — Pardonnez-moi, Franquelin; dans ces jours (le deuil, il ne doit |)oint y avoir de voiles entre des âmes amies. Ln un temps ordinaire j'aurais été contente de passiT une vie trantpiille dans la maison de mon père. . . . J'aurais été sensible à votre estime; vous n'auriez pas trouM* de froideur en moi. — Anjonrd hui , je ne suis pas faite [>our être un. l.iiimiheureuse. . . .

Et l'amour du pavs remplit mon ctiur trop complètement pour laisser place à un autre amour.

Klle ne veut pas cependant désoler Franquelin, et elle lui «lonne son portiait, qu'elle suspi.-nd elle-mêuu- à son c<ia.

Transport de Franquelin. — Proté,;é par ce talisman , il reviendra sain et sauf; il court à la revue des volontaires, passée par Wimjdfen. — Adieu. {Exil.)

> IVul-étre y d-t-il là une ullusion lointaine à ce pitiigc de la haran^ur dr Hriilus aux Homam? dans le /u/ius Catar de ShekfpMfV, acte 111, se. II :

• Ainsi <iu<' j'ai tui* mon nieillour ami pour l. In.n .1.- T. n ■ '••• i' «^«'■•^ je ganlr ce |H>iKnar«l p<mr w>\ th> (|ui* mm jalrip ji^rr* m* muil u*»r» saire. ••

ccccxLM BIBLIOGRAPHIE DRAMATIQUE .

Charlotte. — Adieu! Ce mot si simple n'a pas pour lui le môme sens que pour moi. . . . Pour lui, il renferme une espérance, mêlée à des craintes. Pour moi, il n'est plus ni crainte ni espérance.

Les hommes sont aux prises avec les hommes dans la grande lutte de la vie. — Les femmes restent assises au foyer domestique dans la stupeur et dans le deuil. Il y a eu pourtant dans les temps anciens, des Judith, des Deborah et d'autres encore.... Pourquoi ne me serait-il pas donné de tuer un tyran et de sauver la France? Oui, abréger la guerre, sauver nos amis; donner ma vie pour eux, pour la Liberté, la Vertu, la Patrie! Tremble, Marat! une fille de la Normandie, une simple jeune (ille , se dresse dans ton chemin sanglant, et pour délivrer son pays de tes cruautés elle saura mourir. . . . {La voix de madame de Bretheville se fait entendre. — Elle appelle sa nièce. — Charlotte lui propose de la conduire à la place Royale^ où doit être passée la revue des volontaires * .

Scène II. — Les volontaires rangés sur la place Royale (appelée récemment place de la République). — Le général et son état-major avec les Députés Girondins, inspectant les troupes; le peuple autour. — Charlotte Corday entre avec sa tante.

Charlotte Corday fait asseoir sa tante sur une chaise. Buzot et Barbaroux s'approchent. Barbaroux débite à Charlotte des complinients et des fadeurs. — Elle lui demande une lettre de recommandation pour Paris, où elle va solliciter en faveur d'une de ses amies d'enfance. Barbaroux lui promet de lui envoyer le soir même une lettre adressée à de Perret, un Girondin dévoué. — Remercîments et adieux de Charlotte à Barbaroux. — Buzot et Barbaroux sont émus : la beauté de la jeune fille, ses paroles empreintes de mysticisme, son air tragique leur font deviner que quelque pensée inconnue se cache derrière ce voyage à Paris. . . .

Buzot, pressé par Petion, adresse un discours aux soldats et au peuple. — Ensuite, défilé au bruit de la Marseillaise. —

• Nous supprimons ici une foule de détails forts ingénieux, mais qui seraient mieux \ Jeur place dans une comédie que dans un drame.

l)K CIIAHLOTTK 1)K CnllDAY. .xccxuii

Charlotte Corda y pleure. — Ici 1 auleiir a placé le mol de Petion à Charlotte. (V. Dossiers de G. C, 2* annexe, p. viii.)

ScKNE III. — Ar(jentan. — La maison de M. (>)rday. — On frappe très-fort à sa porte.

Élise n'ose ouvrir. — FJle ne s'v «hVide qu'après avoir placé près d'elle l'arine de son père. — l'n officier entre. — C'est celui qui assistait à l'arrestation de Robert. — Il raconte que ce dernier, traduit devant le Tribunal, aurait été condamné à mort , si, appelé comme témoin, il n'avait dépost* de la manière la plus favorable pour la défense. Hobirl n'a été condamné qu'à Temprisonnement, et encore la peine pourra être allégée. — Elise exprinie toute sa (jratitude |Mnir Tofficier; mais il veut autre chose. ... Il cherche à embravH-r la jeune fille. — Klle se saisit du pi>tolet et en menace son a(;resseur. Il veut la désarmer, elle fait feu sur lui, le manque, et elle va succomber, lorsque Franquelin |)arait. — Il \ole au secours d'Elise. — Une lutte s'enfja^je. — L'oflicier tombe mort.

— M. Cordav arrive. Il est effrayé du combat san/jlant livré chez lui. Tranquelin le ra.ssure. — L'année des Gin>ndin.s est en marche, le règne de Marat sera court. — En attendant il f.inl délivrer Robert. — rranfjiu'liti a le mol d'onlre de la prison, il le donne à M. Cordav.

ScKNK IV. — Argentan. — Intérieur de la prison. — Une vaste salle pleine de prisonniers de tout âge et des deux sexes.

— Robert Lamont est parmi eux.

Robert distribue des consolations et des encouragemrnisaux pri.sonniers. — Peinture des difféivnts di tenus. L'un noi»- .ses peines dans le vin; lautre est .stoique. — Tout à tniup Robert aperçoit Élise, drapée dans une mante; elle lui apprenti <jiir son père est avec elle, que le» Girondins approchent. — On ententi des coups de fusil ; les priM>nnier» tremblent. Robert les rassure; il le- à -*«• jeter sur les

gardions au premier signal. — On em' .". un iiii tie iiiousqm terii'. — Les gardiens s'avancent, criant : Mort aux prisonniers! Ceux-(i se jettent sur eux et le» di^riiMiil. - En même temps Franqurlin entre à la télé de* Girundint. — {Exeunt omnvs.)

ccccxLViii BIBLIOGRAPHIE DRAMATIQUE

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