ACTE TROISIÈME
Scène I". — Une salle dans le grand manoir. — Charlotte à genoux auprès de sa tante, qui est assise. — Marthe allant et venant sans relâche.
Marthe gronde amicalement Charlotte de son projet de départ. — Cette idée lui est venue depuis qu'elle a eu le tort de parler à des gens venant de Paris. Elle n'a jamais pensé de bien de ces faiseurs de beaux discours.
Charlotte apprend à sa tante la résolution qu'elle a prise. — La cause qu'elle avait embrassée est perdue. — Caen est menacé'par Marat, et tous ceux qui s'étaient déclarés pour les Girondins n'ont point de merci à attendre. Elle fuit de peur de compromettre ses amis, et se retire à Londres avec des parents à elle, qui passent en Angleterre.
Madame de Bretheville ne comprend pas que Paris vienne porter le trouble jusqu'au milieu de Caen. — Dans sa jeunesse on vivait tranquille , le roi dirigeait tout et tout allait bien. — Maintenant ils l'ont tué et tout va de mal en pis. ... — Madame de Bretheville se résigne au départ de sa nièce, et lui fait seulement promettre de revenir, de manière qu'elle puisse la revoir une fois avant sa mort. . . .
ScKNE II. — Les environs de Vernon. — Girondins fugitifs. — Franquelin caché dans les broussailles.
Traîtres, scélérats, royalistes. — Les soldats en fuite échangent des reproches. — Les uns se déclarent pour la République. — Les Girondins accusent Wimpffen de n'avoir exposé qu'eux au feu de l'ennemi. — Ils menacent leurs camarades de les dénoncer. — Ceux-ci répondent que c'est le moyen de se faire tous guillotiner. — Us disparaissent en jurant, s'ils échappent, de ne plus se mêler de politique. — Monologue de Franquelin. — Il envie le sort de ces soldats, qui ont une foi, un parti. — Lui, il n'est que l'esclave de l'amour, le Député d'une jeune fille, envoyé par elle sur le champ de bataille pour défendre sa cause. . . . Hélas! cette cause est perdue. Marat règne à Paris, altéré de sang et de vengeance contre Caen menacé ! Puissent ces loups dévorants épargner la
DE CHARLOTTE DE COHDAY. ccccxux
beauté, ou le faire périr avec v\\r\ moiiiii ainsi serait encorv remporter la victoire.
Scène II. — Charlotte endormie, à demi habilli'e, les cheveux épars. — Une lampe prè^ de s'éteindre. — lue table avec une Bihle ouverte. — Les premières lueurs du Mjleil levant. — Llle parle pendant son sommeil et s\i{;ite saii!» relâche.
(Jhari.ottk. — Je suis prête, oui, je vii-ns! {Eiic s éveille et s'assied sur son lit.) Quelle voix ai-je entendue crier : Viens! Je voyais sur une place publi<|ne une immense foule a.vwmblée, allant, venant, poussant des cris sauva(;es contre quelque chose de lointain, contre une forme humaine liée, coucliée sous le triangle d'acier suspendu : j'ai entendu un hurlement infernal, et puis j'ai vu, tenue par la main du bourreau, la tête d'une femme, et j'ai reconnu la niienne. 0 Dieu! ce spectacle aurait jadis (jlacé mon san(;; mais tel est aujourd'hui le courant qui emporte ma vie, que rasp<x:t dv la mort n'a plus le pouvoir de m'eftraver. Je vais au-<i(*\anl «le l'arrêt <|iie mon rê\e m'a montré; je vais donner ma vie pour mon pays, et en mourant mettre un terme au régne de la mort. (Elle se lève et tourne les feuillets de la Bible.) Ix>r»que autrefois la cité juivt? était enveloppée |»ar rennemi et crai^mait dt.' tomber en son pouvoir, sa délivrance miraculeuse fut opérée par la main d'une femme. — (k'Ia est <Vrit ici. — L'oppresseur tt)iiil)a sous son {;Iai\e et le (ael bénit son action. [Elle se laisse aller à une sorte d'extase. — On entend de la musique et des chants dans la maison voisine.) — Klle se lève doucement et écoute. — Une voix d'homme fait entendre une chanson patriotique, semblable à la Afarwillaise , dont le refrain est : n Venj;eance el mort à la tvrannu' "
Vengeance! Dealh lo lyrannj !
Hall iho dawn of liberly, Vengeance iliMtli in t\raiinv!
Charlotte. — Tout me j>ousse, tout. Je \eux juriir avant que la maison soit e\eillée. Une lettre pour demander |iardon à ma bonne tante. . . . Mes bijoux h ma clièrv tUw. ... In souvenir à la pauvre vieille Marllie. il |»oui moi, run.
ccccL BIBLIOGRAPHIE DRAMATIQUE
Les soins personnels sont inconnus à qui s'élance dans l'inconnu de l'avenir ! . . .
Scène IV. — Caen. — L'afficheur et les citoyens. — Scène humouristique qui ne marche pas au but de l'action, et qui, nous l'avons dit , ne peut entrer dans une analyse comme la nôtre '. — Deux soldats du parti de la Gironde hués par la populace. — Petion et Barbaroux.
Petion et Barbaroux déclarent la cause de la Gironde perdue. — Il ne leur reste plus qu'une ressource, c'est de se réfugier à Bordeaux au milieu de leurs amis.
Franquelin. — Il apprend de Barbaroux que Charlotte Gorday est partie pour Paris. Mais, objecte Franquelin, elle a écrite ses parents qu'elle se rendait en An[}leterre. — Il soupçonne quelque dessein funeste. — Son désespoir. — Son amour.
Barbaroux ne s'occupe, lui, que de la patrie. Le flot de ses malheurs monte chaque jour plus haut et engloutit toutes les institutions publiques, toutes les fortunes privées! La France n'a brisé ses fers que pour échanger sa liberté contre son agonie. . . . Une seule espérance surnage : c'est que les siècles futurs profitent de ces désastres, car la mort suit la vie et la vie suit la mort. {Exit.)