‹ Charlotte de Corday et les GirondinsChapitre 89 sur 97 · UN HOTEL A PARIS · texte numérisé non relu

UN HOTEL A PARIS

Entrent Charlotte Cordé (sic) et Dumiel.

Dumiel est un vieux serviteur de Charlotte; il lui demande si elle veut s'arrêter ou continuer son vovage. u It on , dit-<>lle avec un soupir, mon voyage est fini! » Dumiel voudrait au prix de ses jours calmer les «hagrins de sii chère maltre^s**, mais Charlotte repousse ses constations. Sou plus cruel ennc^ mi, c'est la vie; son seul refug-: jontre les coups du sort. c\*%t le sombre asile de la tomlx*.

Dumiel sup|)lie Charlotte de lui confier l.i cause de «on mystérieux vovage à Paris, celte cilé reb«lh* qui a fait périr Alberto (son bien-aimé) |>our récompense de sa fidélité à tet semants et à son Roi.

Charlotte, au nom d'Alberto, vj-r-e dis pleurs et fait entendre des paroles de vengeance. IJIe ap{)elle sur ses assassin» toulea les plaies d'Égvpte, toutes les tortures du remords, luum le» horreurs de la damnation étemelh*.

Diinii(>l la conjure de parliT plus l>a.s de crainte «i éveiller des soupçons. .. l'ai 1er d\n- une froide imlifféreiirr dr I4 mort de mon Alberto! dit (iharlotte. Autant \audrail d« maixicr âu fralérieii «le baiser s;i chaîne, h l'Dcéan de ne plu% Iwillrr Ir rixage, au \eiil •!•• nr plus agiter h-* hranrhi*s «in rhéiie tlh?

ccccLXYiii BIBLIOGRAPHIE DRAMATIQUE

cette pensée, comme une boisson puissante, fait fermenter ma tête et délirer ma raison . »

Sur les nouvelles instances de Dumiel pour la déterminer à fuir la fureur des démocrates, elle s'écrie :

« Qui pourrait contempler avec une calme philosophie la chute du pouvoir monarchique, sapé par sa base, et les artifices perfides de ces misérables tyrans qui bouleversent les lois? Qui ne se déciderait pas comme moi à frapper un coup qui étonnera le monde? »

Dumiel. — Juste Ciel, quel est ce frénétique langage?

Cordé {sic). — Voir l'état de la France désolée, voir un Roi outragé, renversé, traîné à l'échafaud par une bande de scélérats pour assouvir la férocité de ses ennemis; voir la Reine, emprisonnée avec ses pauvres enfants, portant le deuil de son époux assassiné : une telle vue enflammerait du feu de l'humanité l'apathie la plus stoïque , le cœur de fer le plus dur. La trompette des vengeances a sonné !

Dumiel épouvanté rappelle à Charlotte son vieux père, le désespoir que lui ferait éprouver la perte de sa chère enfant.

Son père! Charlotte tressaille. Elle avoue que le dévouement pour la patrie laisse place à la tendresse filiale... Cependant elle persiste dans sa résolution; elle ne bercera plus la seconde enfance du vieillard, sa voix ne charmera plus son oreille.

A ces paroles foudroyantes , Dumiel tremble comme un coupable, son pouls bat dans 1 attente d'un événement terrible.

Cordé. — Il serait superflu de redire quelles ont été mes souffrances depuis la fatale nouvelle qui m'apprit la mort d'Alberto. Sache donc que j'ai fait le serment sacré de venger et son sang et les maux de ma patrie.

Voilà pourquoi je suis implacable, et avant peu tu verras la vengeance d'une femme monter au ciel comme la lueur de l'incendie.

Mes maux serviront à quelque chose; mes larmes grossiront le compte de la revanche cruelle qui s'apprête jusqu'au jour ou le châtiment éclatera comme la foudre sur la tête de Marat, ce dét(;stable homicide, ce démon de l'assnssinat, ce type de l'Enfer!

1)1 Mjj !.. — IMl's sens éperdus ne pénètrent qu'avec peine

1)K <:HAKL()TTE DK CoUDAY. iccawx

dans vos noirs projets, mes pleurs me Miseril que «lai,, \i,irv fureur vous avez résolu...

Cordé. — De frapper le monstre au eœur.

DuMiKL. — Vous ne pouvez accomplir ce meurtre affreui , un meurtre qui vous déshonorerait A jamais, qui \ous ran(;i*rait au nombre des assassins , nu meurtre...

CoHDÉ. — Qui immortalisera mon nom! Va que |>ourr.t-tiin dire de celle qui, méprisant la mort, se sera dévoué»' a\ec un coura^je rouiain et une abnégation héronpie |>our sauver ton pays?

Est-ce que les historiens ne {p-averont pas celle page dans les fastes de l'avenir? est-ce qu'ils n'en eélébreront pa.* a\er enthousiasme la cause {glorieuse? est-<e (ju'ils ne m.* >ervixonl pas de mon nom pour stimuler les braves, |M)ur en»ei(;nt*r aui âges futuis à admirer, à imiter l'héroïne du Nord?

Dumiel cherche à dissuader (Charlotte de la périlleUM- enlnprii,e où elle \a se jeter. Lue \aine renomimV nVst-elle pas trop chèrement achetée par la perte de la \i«*?

(Jiidud j'aurais mille vies concentrées en moi, n''|)ond-flle, je les donnerais toutes, et je me réjouirais de la mort »i «vl échan(]^e pouvait rendre à mon pavs riionneur (|u*il a |»eidu.

Dumiel supplie Charlotte de ne pas tacher de san/; son âme si pure, l/huinanité est plus noble que la \en(;ean(v... I •pardon est un attribut du Ciel.

Coudé. — Et la ju>tic<* au>si. Du re>lc, je suis u'**olue.

Di .MiF.L. — Oh! rappelez à votre aide Notre raison bannie, et avant <[n'il ne soit trop tard npenle/-vous de \olre vœu.

Ouand M irai serait pire encore que vous ne le failet, avcx- Nous reçu le droit de le piniir, tr«xeicer ce (;rand ptunoir qui forme la première préro(;alivi' «le Dieu?

C<»iU)K. Il tut un teuips ou ce tonK'il aurait n'*»4inné comme une musi(|ue à mon oreille... mai» uiaintenani la flamme de la \en(;<ance ne peut ^Ire éteinte que dant le «anj;. Oui, «lestructein de la vie d'un Koi, lâche tourmenieur duno Heine malheureusi*, chef et insti(;»trur de la meule de» rrl)elles, que d'Iiorrenrs |>é.sent sur ta UU'\ ^ Pa» d»- pilié. |^» de i;iace, pas de sm >is pour loi • ! » Le faible bra» d'une frmuie

• Cilalion, ou tout au moina imitation iï'UamUt, âcle, I, âcèot «.

ccccLXX BIBLIOGRAPHIE DRAMATIQUE

va frapper le coup qui te précipitera dans le sombre abîme ! Là, vaincu, tu gémiras chargé de chaînes aussi dures que le diamant, et comme les anges déchus (apostte — sic pour apostate — aiigels), tu maudiras ta peine! [Exeunt.)

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