‹ Charte turqueChapitre 20 sur 34 · SERAIL · texte numérisé non relu

SERAIL

OI

Soliman II fit bâtir le sérail sur le lieu le plus agréablement situé de Constantinople , à l'endroit où avaient été jetés les premiers fondemens de cette fameuse cité, et sur une langue de terre d'une figure triangulaire , qui entre dans la mer du côté de l'embouchure de la mer Noire. Les deux côtés de ce triangle «ont baignés par la mer Egée ou deMarraora; le troisième domine cette immense ville, qui lui sert de perspective. Ce palais a plusieurs portes du côté de la mer, et d'autres du côté de la terre dont une seule est ouverte; elle est gardée par un grand nombre de capigis , ( gardes de la porte), qui se relèvent tour à tour sous les ordres d'un pacha commandant. Il y a six pachas pour commander par quartiers;

quand ils sont de service , ils sont obligés 6e coucher au sérail.

On n'entre pas dans ce palais sans une permission du commandant de garde ; les autres portes du sérail restent constamment fermées * ou ne s'ouvrent que par l'ordre du grand seigneur et dans des cas extraordinaires.

Le mot sérail , pris dans l'acception qu'il reçoit vulgairement , présente à l'imagination uil lieu de voluptés et de délices, où les empereurs musulmans promènent leurs regards indécis sur mille beautés, qui se disputent à l'envi le bonheur de leur plaire. Il semble que ces princes, entourés comme Apollon des plus belles nymphes, ne s'occupent uniquement que de choix toujours nouveaux , et ne sont parfois distraits de leur indolente nullité que pour signer des ordres de sang ou de spolia- 1 tion ; en sorte que le mot sérail effarouche des oreilles chastes et des esprits vertueux et justes.

Mais ces idées ne sont point exactes ; le mot sérail désigne , non - seulement les logemens des femmes, mais une quantité immense de bâtimens et de jardins , tous séparés les uns des autres, et renfermés dans la même enceinte. Le palais principal est la demeure du

grand seigneur; d'autres bàtimens sont destiués à sa famille ou aux diverses personnes de

Isa cour ; d'autres servent aux établissement qui font partie de l'organisation de l'empire ottoman , et qui en sont une des plus profondes conceptions. L'organisation intérieure du sérail offre, comme celle de tout l'empire turc, des traits distinctifs de toute autre cour européenne. On y découvre les élémens d'une bonne administration , en même temps que

^^on peut y distinguer des moyens puissans pour la sûreté du gouvernement et le bonheur des peuples. Il serait à souhaiter que certaines parties de cette organisation intérieure pussent être pratiquées chez nos nations civilisées ; j'en excepte ce qui a rapport aux femmes.

Mais ce n'est qu'en donnant quelques notions sur l'intérieur du sérail que l'on peut justifier cette assertion. Toutefois les bornes de cet ouvrage ne permettent que d'y jeter un rapide coup d'œil.

Sérail signifie palais : on ne doit pas le confondre avec le karam, qui est uniquement l'endroit où sont logées les femmes. Tous les Turcs peuvent posséder un haram ; mais le prince «ul peut avoir un sérail.

Cette enceinte est d'une étendue immense

et peut avoir environ deux lieues et demie de circuit ; en voici les principaux lieux :

Le palais du grand seigneur ;

La mosquée ;

La salle du dépôt dés trésors des sultans décédés ;

La salle du divan (ou grand conseil) avec ses bureaux et ses archives ;

Deux collèges pour les jeunes esclaves élèves de l'état , l'un pour les petits , l'autre pour les grands ;

Deux collèges pour les jeunes filles esclaves, l'un pour les petites , l'autre pour les grandes;

Les appartemens , ou plutôt les hôtels des favorites , des sultanes et de leurs enfans en bas âge ;

Les appartemens des premiers dignitaires eunuques attachés à la cour impériale ;

Les logemens des secrétaires, archivistes, professeurs et autres personnages tous eunuques , employés au service de l'intérieur du sérail.

Ces diverses maisons ou appartemens ont des jardins immenses et proportionnés au rang des personnes qui les occupent. Le sérail renferme aussi de très - vastes écuries ; celles du sultan contiennent toujours deux mille des plus beaux chevaux turcs , arabes et persans.

Dans l'intérieur du sérail , on ne voit aucun homme armé, ni aucun corps de troupe de ligne ; il n'y a même aucune arme à feu, ni aucune arme blanche : ce sont les seuls boSiaagys ou jardiniers qui font la garde de ce palais ; les janissaires, il est vrai, sont de garde au sérail, pendant la durée des séances du divan ; mais ils ne dépassent pas les cours extérieures , et font leur service un bâton à la main, de sorte que l'on peut assurer que l'empereur des Turcs est le seul prince du monde entier , qui ne soit pas gardé par des troupes et par des baïonnettes , mais qui le soit exclusivement par de paisibles jardiniers fleuristes.

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