‹ Charte turqueChapitre 23 sur 34 · OU DES JEUNES FILLES ESCLAVES , ÉLÈVES DU SÉRAIL · texte numérisé non relu

OU DES JEUNES FILLES ESCLAVES , ÉLÈVES DU SÉRAIL

Oh sait déjà que l'on élève au sérail , dans hasoda , des jeunes filles enlevées en bas âge par les corsaires barbaresques , sur les côtes de l'Italie, ainsi que d'autres nées en Géorgie , en Circassie , qui sont vendues par leur parens pour être esclaves , ou qui sont données en tribut au grand seigneur par ces provinces de l'empire.

Dans le nombre de ces enfaus tombés en

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esclavage , on fait des choix destinés pour le sérail : quand le grand seigneur les agrée , it en fait lui-même la réception , et les remet aussitôt sous la conduite de la surintendante des odalisques , qui consigne sur son registre leur âge , qui ne peut guère dépasser sept ans > leur nom , leur pays et leur religion.

On ne choisit , pour être élevées au sérail , que des jeunes filles qui annoncent devoir être très-belles , douces et intelligentes : il faut qu'elles soient vierges; aucune n'est digne d'être élevée sous les yeux du sultan sans ces qualités.

On les divise en deux collèges , l'un pour les petites , l'autre pour celles qui ont atteint l'âge de puberté.

Elles apprennent successivement la religion' mahométane , ensuite à lire , écrire et parler le turc , l'arabe et le persan ; on les instruit dans l'histoire ottomane et celle des califes ; elles apprennent en outre à faire divers ouvrages de broderies , à danser et à chanter en s'accompagnant du tambour de basque et de divers instrumens.

Elles sont traitées avec profusion et magnificence pour tous les besoins de la vie. Elles tt sur des estrades appelées par les

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Turcs sofaus : chacune a son lit séparé ; sur six lits , nn est occupé par une kadu-kaia , vieille matrone , dont la charge est de les surveiller rigoureusement la nuit ; elles le sont aussi pendant le jour dans les salles d'exercice où elles apprennent la musique et la danse. Ou iloute bien que le désir de s'attirer les regards et le choix du sultan , leur donne une grande aptitude à ces diverses études :

leurs professeurs sont des institutrices élevées elles-mêmes dans ce collège, et qui se sont appliquées particulièrement au mode d'instruction.

C'est parmi les filles du grand collège que les sultanes se composent une cour ; mais il faut l'agrément du grand seigneur pour leur choix , qui ne peut se fixer ordinairement que sur celles qui ont atteint l'âge de i5 ans , parce qu'alors leur éducation est censée terminée : c'est aussi dans le nombre de ces jeunes filles , appelées odalisques , que le sultan choisit les favorites qui deviennent ensuite sultanes.

Quand l'empereur veut se distraire à voir les odalisques s'amuser et folâtrer ensemble, etsurtout quand il veut faire un nouveau choix, on crie dans les jardins l'helvet , qui se répand aussitôt dans tout le serai!. A cet avis,

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chacun se retire ; les eunuques se placent à toutes les avenues , et c'est un crime qui encourt peine de mort que d'approcher des murailles du jardin dans ce moment-là. Alors les jeunes filles s'efforcent à faire naître l'amour et les désirs dans le cœur du sultan , par leurs grâces , leurs chants et leurs danses , dans lesquels elles déploient les attitudes les plus voluptueuses sans avoir égard au respect et à la retenue quelles observent dans les autres temps devant sa majesté impériale. Il faut remarquer que ce n'est que dans ce cas , que les filles du sérail s'habillent en robes courtes, d'étoffes légères et transparentes , comme nos danseuses, ont les bras nus et le sein légèrement couvert ; hors ce cas , leurs robes , ainsi que celles des autres femmes turques , doivent les envelopper jusqu'au cou , et ne laisser paraître que le visage et les mains.

Le grand seigneur fait souvent danser de* vant lui la rhoméa , danse des femmes Grecques, exécutée par les jeunes Odalisques. Elles se placent sur deux rangs , ainsi que le prescrit l'ordre de cette danse ; mais s l'usage du haram veut en outre qu'elles soient placées par rang de taille. Quelquefois la grâce déployée par l'une d'elles dans les pas et les mouvement

ao5 :i rhomêa, éveille l'amour dans le cœur du m et décide sa préférence.

Quand le prince, long-temps indécis entre tant de beautés , veut former un nouveau choix, la gouvernante des odalisques fait placer ces jeunes filles sur un rang comme en ligne de bataille, le sultan le parcourt, jette un dernier regard sur cet essaim de beautés et son choix est fixé. Les historiens s'accordent sur la manière dont le prince lefait connaître , et sur le mouchoir qu'il présente à celle qui lui agrée le plus, (6a) et qui a captivé son attention par ses grâces, ses talensou la régularité de ses traits. Ce choix dépend des goûts et du moral du prince : il préfère quelquefois la beauté douce et timide, àla beauté sémillante ou fière; d'autrefois des contours mignons et arrondis l'emportent sur une taille majestueuse; quelquefois aussi l'expression vive et spirituelle de la physionomie frappe les yeux du prince et va jusqu'à son cœur. Presque toujours ce choix tombe sur des Italiennes, particulièrement sur des Siciliennes lorsqu'il s'en trouve au sérail ; et de petites esclaves nées

Sicile, ont donné des empereurs à l'Orient.

La jeune odalisque à qui le sultan a présenté le mouchoir, le reçoit avec ardeur, en témoignant la plus grande joie ; elle fléchit le

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genou devant lui , en baisant plusieurs fois ce premier gage de son amour, puis elle le cache clans son sein ; le sultan alors se retire.

Aussitôt toutes ses compagnes viennent la féliciter, et toutes celles qui n'ont plus l'espoir de devenir favorites la pressent de les demander à sa cour, pour être ses dames d'honneur. On conduit ensuite la future favorite au bain, on la parfume , on la pare des plus beaux ornemens et des plus riches pierreries ; et au son des instrumens et des chants , ses compagnes et sa gouvernante la conduisent dans un appartement ou pavillon magnifiquement décoré , espèce de chambre nuptiale destinée aux premiers sacrifices de l'amour.

Quand elle en est proche , la surintendante, qui est à la porte, en donne avis au sultan ; et dès qu'il lui est permis d'entrer, elle vient en courant se jeter à ses genoux ; s'il est bien épris d'elle, il va à sa rencontre jusqu'à la porte ce qui est une faveur marquée : aussitôt qu'elle a fléchi le genou devant le sultan, il la relève en l'embrassant; alors la majesté impériale disparaît, l'amour, qui dans ses attributs de; vrait avoir un niveau , puisqu'il égalise au moins quelques instans ceux qui lui sacrifient; l'amour, dis-je> se plaît à détruire l'imposante

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gravité d'un sultan, à voir fléchir son orgueil et sa fière autorité devant les chaînes d'une jeune esclave à qui il demande dos plaisirs... et quelques insrans de bonheur!

Quand l'empereur trouve le tête-a-téte suffisamraent prolongé , la nouvelle favorite se retire , et est remise à la kadon-kahia , gouvernante des filles, qui doit la ramener avec le même cérémonial que lors de sa venue. A cet effet , si le tête-à-tête est de jour, la gouvernante et ses compagnes attendent sa sortie dans une salle voisine; si elle passe la nuit avec le sultan, elles reviennent le lendemain avec les instrument et les mêmes témoignages de joie que la r veille; toutes accompagnent la nouvelle favorite au bain; ensuite on la conduit dans l'habitation qu'elle doit occuper où elle reçoit les honneurs et les avantages attachés à son nouveau rang. Chacune des favorites a on logement séparé et somptueux, à peu près l'équivalent de nos plus grands hôtels, avec des jardins spacieux. Ces hôtels sont magnifiquement dé-

»corés; elles habitent un palais beaucoup plus grand et plus somptueux encore quand (-lies deviennent sultanes.

Quand un nouveau sultan est proclamé, toutes les femmes de son prédécesseur se reti-

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rent an vieux sérail , et le nouvel empereur fait choix d'une ou de plusieurs odalisques du sérail, qui prennent le titre de favorites du grand se\gneuT,hungiar azaki ou. assaki, basch azaki , ikingit azaki, c'est-à-dire, première , se- ' conde, troisième favorites, etc. La première qui met au m onde un fils, est proclamée grande sultane, azaki sidtana\ (63) elle est solennellement couronnée d'un petit diadème en or enrichi des plus belles pierreries ; les autres azakis ou favorites qui ont des enfans de l'un ou de l'autre sexe, portent aussitôt le nom de sultanes y chacune est appelée azaki sultana\ mais à ce titre on ajoute leur nom propre pour les distinguer non-seulement entre elles , mais aussi de la grande sultane couronnée.

Nous verrons, à l'article suivant , ce qui limite le choix du grand seigneur ; toutefois Yodalisque qui a partagé le lit impérial , ne fut - ce qu'une seule fois , est de droit élevée au rang de favorite , et quoique la cour de ces dernières ne soit pas aussi brillante, aussi nombreuse qu'elle le peut être quand en devenant mères elles ont acquis le titre de sultane, leur maison est néanmoins considérable et proportionnée à leur rang de princesse.

Il faut ici relever une erreur commise par-

Quelques auteurs qui ont prétendu que le grand seigneur admettait chaque nuit dans ses appartemens la sultane qu'il désirait. Jamais les • sultanes ni les odalisques n ont mis le pied dans les appartemens du grand seigneur ; ce serait contre toutes les lois du sérail. C'est dans leurs appartemens respectifs ou pavillons , que }e prince se rend quand il désire passer quel- *ijues momens avec elles ; et c'est par des chemins ouverts pour lui seul qu'il y arrive. Pareillement clans ses appartemens il y a une espèce d'ouverture ou œil-de-boeuf 'd'où il peut porter ses regards sur les jardins des belles odalisques.

Nos jeunes Européens ne manquent pas d'envier le sort du sultan sous le rapport de son harem : ils le trouvent heureux de voir croître sous ses yeux les plus belles filles, dont il semble maître de disposer à son gré. On ne inet pas en doute que des choix fréquens et Variés ne réalisent pour lui les rêves de plaisirs dont se berce l'inconstance ; mais il n'en est pas ainâi , et dans les institutions turques un correctif vient toujours empêcher les résultats abusifs. Or , loin que le sultan passe son temps à des voluptés toujours nouvelles, et qu'il s'abandonne au besoin de la variété , fruit

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rent au vieux sérail, et le nouvel empereur fait choix d'une ou de plusieurs odalisques du sérail, qui prennent le titre de favorites du grand seigneur, kungiar azaki ou assaki, basch azaki ,ikingit azaki, c'est-à-dire, première , se- 1 conde, troisième favorites, etc. La première qui met au monde un fils, est proclamée grande sultane, azaki sultana; (63) elle est solennellement couronnée d'un petit diadème en or enrichi des plus belles pierreries ; les autres azakis ou favorites qui ont des enfans de l'un ou de l'autre sexe, portent aussitôt le nom de sultanes y chacune est appelée azaki sultana; mais à ce titre on ajoute leur nom propre pour les distinguer non-seulement entre elles , mais aussi de la grande sultane couronnée.

Nous verrons, à l'article suivant , ce qui limite le choix du grand seigneur ; toutefois V odalisque qui a partagé le lit impérial , ne fut - ce qu'une seule fois , est de droit élevée au rang de favorite , et quoique la cour de ces dernières ne soit pas aussi brillante, aussi nombreuse qu'elle le peut être quand en devenant mères elles ont acquis le titre de sultane, leur maison est néanmoins considérable et proportionnée à leur rang de princesse.

Il faut ici relever une erreur commise par

quelques auteurs qui ont prétendu que te grand seigneur admettait chaque nuit dans ses appartenons la sultane qu'il désirait Jamais les sultanes ni les odalisques n'ont mis le pied dans les appartemens du grand seigneur; ce serait contre toutes les lois du sérail. C'est dans

Ëeurs appartemens respectifs ou pavillons , que e prince se rend quand il désire passer quelues momens avec elles; et c'est par des cheîins ouverts pour lui seul qu'il y arrive. Pâeillement dans ses appartemens il y a une espèce d'ouverture ou œtt-de-b < ruftYoà il peut torter ses regards sur les jardins des belles dalisques.

Nos jeunes Européens ne manquent pas d'enïer le sort du sultan sous le rapport de son barem : ils le trouvent heureux de voir croître sous ses yeux les plus belles filles, dont il semble maître de disposer à son gré. On ne net pas en doute que des choix fréquens et ariés ne réalisent pour lui les rêves de plaisirs [ont se berce l'inconstance ; mais il n'en est tas ainsi, et dans les institutions turques un correctif vient toujours empêcher les résultats abusifs. Or , loin que le sultan passe son temps à des voluptés toujours nouvelles, et |u'il s'abandonne au besoin de la variété, fruit

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(le la dépravation, on petit avancer hardimetit que non-seulement peu ae princes, mais trèspeu d'hommes, possèdent dans le cours de leur vie moins de Femmes que le sultan. Il est vrai qu'il en à un grand nombre a sa disposition ; environ cinq à six cents sont élevées dans le sérail , mais seulement afin qu'il choisisse parmi elles un nombre très- restreint. Ces princes n ont ordinairement que quatre femmes , ils suivent la loi de Mahomet, qui n'en accordé que quatre au plus. Il sera expliqué à l'article des Sultanes dans quel cas la loi autorise l'empereur à en prendre un plus grand nombre ; mais plusieurs n'en ont eu qu'une seule à la fois.

Parmi eux est Àmurat lit , dont l'historien

Mignot nous pavie en ces termes : « Une Vênitienne qu'il aimait éperdumerit fut long-temp» la seule sultane. Pendant les premières années du règne d'Àmufat III , aucune odalisque âé partagea la faveur ni même lasociété du sultan.» L'empereur est forcé de suivre scrupuleusement la loi , dans le nombre de femmes quil choisit , par la raison qu il est d'usage de con-

• ' ■ •■•■.il. • * n • . '

sidérer comme sultane toute fille qui à pàrtagé le ht impérial et qui devient mère , et quen vertu de cet usage il doit lui assigner

apanage digne d'une princesse ottomane , ce i n'est pis une chose indifférente et de peu e conséquence, puisque la cour de chacune de ces sultanes est environ dix fois plus nombreuse que celle d'une princesse européenne.

Or, quand bien même il voudrait se permettre des choix multipliés, il n'oserait, a cause des frais énormes qu'ils occasioneraient, et surtout parce que le nombre des enfans des deux Sexes deviendrait également considérable, et augmterait encore les dépenses et les charges île f état ; d'ailleurs on verra plus loin que la loi elle-même borne ses choix.

Ainsi donc , quoique le sérail renferme cinq à six cents filles d'une rare beauté, le sultan n'en choisit , ainsi que je l'ai dit, qu'un trèspetit nombre ; les autres sont pour lui le fruit défendu : il ne doit pas y toucher et ne pourrait le faire même sans déranger ses finances. Ici i! faut faire observer que l'empereur n'oserait abuser de son autorité , en approchant »le ces filles sans en faire (les favorites ou sultanes avouées ; s'il se permettait une pareille infraction aux lois, il serait perdu dans l'opinion publique , ce qui n'est pas de peu d'importance en Turquie, car toute sa conduite est tri-s-surveillée. Le sérail n'est donc pas un se-

jour de voluptés toujours nouvelles, encore moins de libertinage , comme on pourrait k croire ; car non-seulement les jeunes hommes élevés dans les collèges du sérail sont tenus éloignés» de toutes les femmes jusqu'à leur sortie de ce palais impérial, mais leurs mœurs, ainsi que celles des fils du sultan, sont rigoureusement observe'es , sous tous les autres rapports, par les gouverneurs eunuques. Quant au prince qui succède, lors de son avènement au trône , forcé de borner ses choix à un petit nombre de femmes que la loi lui accorde, on ne peut le dire libertin. A coup sûr , si on donnait le collège du sérail à nos jeunes princes des nations civilisées, il est plus que probable qu'ils jet* teraient le mouchoir tour à tour à ces beautés captives , qui avant peu , auraient obtenu leurs hommages.

On pourrait demander à quoi sert d'admettre au sérail un si grand nombre de filles pour des choix si restreints; mais en voici la raison. Beaucoup de ces filles sont accordées en mariage à ceux qui occupent les hautes places et qui ont la faveur du sultan ( on sait que ceux-ci ont été pareillement élevés au sérail), et dans le cas de ces alliances , qui sont fréquentes , le prince, bien qu'il soit le grand seigneur,

ne peut se réserver le droit du seigneur. Mais il convenait à la politique extraordinaire qui organisa l'empire turc, d'avoir des alliances à faire contracter entre les hommes qui ont été élevés par l'état pour lui être entièrement dévoués , et des filles dirigées dans les mêmes idées et dans le même respect , pour les lois mahométanes, la religion, et les mœurs turques; ces jeunes femmes ne pouvant ainsi exercer aucune influence nuisible à l'empire sur l'esprit de leurs époux et de leurs enfans.

Un grand nombre de ces odalisques entre aussi à la cour des favorites et des sultanes, ou, pour mieux dire, la composent; car ces cours ne sont en effet composées que de filles. Le grand seigneur laisse libre la volonté de ses femmes sur le nombre des odalisques qu'elles veulent s'attacher ; mais il est à peu près ainsi fixé : pour les favorites , à cent ou cent cinquante; pour les sultanes , de cent cinquante

deux cent cinquante ; et pour la grande sultane, de deux cent cinquante à trois cent cinquante. On peut calculer quelle dépense une si grande suite doit occasioner pour chaque cour de sultane , car chaque odalisque reçoit une pension proportionnée à l'importance des fonctions qu'elle remplit; elles sont

de ce séjour lui est interdit à jamais ; mais il lui est permis quelquefois de venir au parloir visiter son ancienne maîtresse et quelques-unes de ses compagnes.

On trouvera à l'article Sultanes de plus grands détails sur les coutumes du harem relatives aux femmes, et sur les alliances des sultans. Terminons ce qui regarde les odalisques par une anecdocte historique sur lune d'elles , qui se trouve consignée dans les archives de la bibliothèque royale de Païenne ; elle fera connaître l'esprit du sérail.

AXEGDOCTE DU SÉRAIL.

Il y a environ un siècle et demi , que le chef des eunuques noirs , premier dignitaire du sérail, vint en simple voyageur en Sicile; le sultan avait fait savoir par son visir à Fan*-.' bassadeur de Naplçs près la Porte, qu'il dé-, sirait que le roi de Naples facilitât par toute la Sicile le voyage de son favori qui avait pour but de s'instruire et de visiter les rares monumens de cette île , patrie de plusieurs grands hommes de l'antiquité. Le roi de Naples donn^ des ordres en conséquence au vice-roi. En effet le débarquement de l'eunuque noir se fit 4

Messine. Il se rendit sur-le-champ à laTrizza, village maritime entre ia ville de Catane et celle d'Aci-ïtéale;il s'informa d'une cabane qui était à peu de distance de ce village, du paysan qui l'occupait, nommé Giam-Datista et de sa femme Francisca, dont la fille avaitété enlevée par les Barbaresques près du bord de la mer.

Il apprit qu'il y avait environ dix ans que l'un et l'autre n'existaient plus; à cette nouvelle l'eunuque se frappa la tête, marqua la plus vive douleur, et une sorte de désespoir. Il demanda la cause de leur mort : on lui dit que les cor* saires algériens avaient enlevé leur petite fille nommée Rosalie, âgée de six à sept ans, et que la mère, qui était enceinte, en avait été si affectée qu'elle accoucha prématurément d'un enfant mort , et expira peu de jours après; que son mari, au désespoir d'avoir perdu sa fille et sa femme, s'était jeté dans un puits le jour même de la mort de son épouse.

Au récit de ces malheurs , le fier musulman parut saisi et consterné; il s'assit par terre la tète penchée sur sa poitrine et pleura longtemps .ensuite il demanda s'il restait des parens de ces deux infortunés, il apprit qu'on n'en connaissait aucun.

Alors il dit en peu de mots que Rosalie leur

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fille existait , et que mariée à unricjie Arménien elle envoyait de l'argent et des présent £ ses parens; qu'il s'affligeait d'avoir une si triste nouvelle à lui rapporter. Il voulut voir la ffl^ison ou plutôt la cabane où Rosalie était qée; il y laissa des pièces d'or, et de là il passa à Paleripe et soutint toujours son rôle de voyageur curieux.

Cependant le vice-roi , inquiet du yoyage de ce grand favori , et se doutant qu'uiT^fytfe motif que 1^ curiosité l'amenait en Sicilp, craignait qu'il ne s y mèlajquelqjies vues politiques. Il chercha donc à en découvrir le but secret : il y parvint par un Grec , qui était secrétaire intime et interprète de l'eunuque ; et moyennant une forte somme d'argent il sut ^e but réel du voyage , et les circonstances suivantes > dont la relation fut consignée à Palerme, et devint publique dans la suite.

Rosalie, prise à l'âge de six à sept ans, pa? un corsaire algérien, sur les côtes de la Sicile, à l'endroit indiqué , fut envoyée au grand seigneur. Cette enfant remarquable par une trçsgrande beauté, le fut encore par la doyle^ quelle manifestait : elle pleurait continuellement, demandait ses parens à mains jointes à tous ceux qui s'approchaient d'elle, et per-

î des, r.

s. plus ; l'enfante

sonne ne pouvait lui répondre. La vi beaux vètemens , l'offre des jouets c et de mille choses exquises ne pouvaient la Iraer ni la distraire de sa douleur ; tout : qui apaise les chagrins et les larmes de t âge était repoussé avec une constante opiniâtreté ; elle refusait niême la nourriture; enfin elle tomba malade et fut prête à mourir.

Le sultan , touché de pitié au récit de sa douleur , et admirant la sensibilité précoce de cette enfant , fit redoubler de soins près d'elle, lui fit promettre par un interprète qu'il la renverrait à ses parens , et qu'elle les reverrait bientôt. On parvint par ce moyen à la calmer un peu : elle faisait d'elle-même ses petites prières; tantôt elle s'adressait à Dieu , puis à la Madona, ou à saint Vincent de Paule, patron de son village, et durant sa maladie c'était sa seule occupation ; on ne la contrariait pas, on la laissait prier ; car il faut ici observer que les Turcs ne tourmentent jamais les enfans pour le changement de leur religion ; c'est par degré, avec le temps et la douceur , qu'ils y parviennent. Enfin , à force de soins la petite Rosalie se rétablit , quoique avec peine ; et u , elle accueillit ses compagnes,

part k leurs jeux , à leurs habitudes , et adopta ensuite la religion et les usages turcs.

Cependant le Souvenir de ses parens ne s'affaiblissait pas ; elle en parlait souvent , son cœur soutenait sa mémoire qui lui retraçait encore des chansons de son village en idiome sicilien : elle se plaisait à les répéter souvent à ses compagnes. Douée d'une pénétration et d'une facilité surprenante , elle avait appris en peu de temps les langues turque , arabe et grecque ; elle chantait et dansait à ravir , et devint enfin aussi gaie que vive et spirituelle. Sa beauté se développa encore avec l'âge ; le grand seigneur , qui n'avait pas oublié les traits de sensibilité de son enfance , s'était promis de la rendre sensible à ses bienfaits et à son amour. Enfin , son éducation étant achevée , à quinze ans elle partagea le lit impérial et de* vint favorite.

Le premier désir qu'elle témoigna au sultan fut d'envoyer des secours à ses parens : il lui promit de reùiplir ses vœux , si elle lui donnait un héritier au trône impérial ; jusqu'alors il n'avait eu que des filles. En effet , deux ans après , à J'âge de dix-sept ans , elle eut un fils et prit le titre 'de sultane : alors l'empereur remplit sa promesse qu elle n'avait cessé de

lui rappeler dans les momens les plus doux.

Il ordonna au Kislir-Aga , chef des eunuques noirs, son favori, d'exécuter les ordres de la jeune sultane.

Autorisée par le grand seigneur à envoyer ce qu'elle voudrait à ses parens , cette intéressante fille se dépouilla de ses plus beaux diamans , et y joignit tout l'argent qu'elle avait amassé, depuis son entrée au sérail, dans l'espoir de pouvoir l'envoyer à sa mère (*). Le sultan ne désapprouva aucune de ses dispositions, au contraire il avait fait mettre pour son compte , dans deux caisses , cent mille sequins pour le père , et pareille somme pour la mère.

La jeune sultane remit les sommes et les présens à l'eunuque , qui avait l'ordre exprès de trouver ses parens , de leur dire quelle était mariée à un riche Arménien, qu'elle avait conservé les plus tendres sentimens pour eux ; mais il devait se taire sur le changement de sa religion et sur son élévation. Elle lui fit don d'un très-beau diamant , et lui promit sa protection à son retour.

(*) Les élèves des deoi «eies c eur» menui plaiiin.

: une paie fixée ponr

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On a frelaté les mtsetgnemetts ingéiitafc qu éHfe avait donnés à ce favori , les seuls que sa jeunfe mémoire avait pu conserver sur sa première enfance ; en voici quelques-uns : Je rh y appelais Rosalie , mofpère -et ma mire travaillaient aux champ* ; je jouais avec nos petits agneauto quaiïd j 9 ai êtè enlevée près de notre 'cabane , métis je n'en puis dire le lieu : tria mère était habillée en jupon et en corset ; elle mettait Un chapeau de paille , et son jupon de 'tous les jours avèth dès pièces de plusieurs 'Couleurs ; mais le difnanéhe elle s'habillait en soie ; 'ce'jokrdà elle me parait 'dttssi ^ et memèntàt'h C église de y notYé Pillage. Le sultan avait fàït extraire du registre dès archives le lieu où elle avait été prise ; îcé tpÀ efct toujours indiqué par les corsaires qui tfkncnent les enfaris ; on y relate aussi ce qtfon £eut apprendre !de 'ces pauvres petîfë'êtt'fes ;*fa lès interroge jrasèitôt qu'ils sont enlevés -, sûr leur nom et Fétat fde letfrsip&reittfc, fft dn consigne sur leb • registres leur déclaration *&fkntine; •

Muni deriefc réttseignëmens , fteutiuqufe lie pouvait manquer de-TC&touVèr les *paitëns : de la sultane^ mais ils n'existaient -plus. -Ges-infortimés 3 doués d autant de sensibilité que leur fille en témoignait pour ^eux , avaient sac-

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corabé an chagrin de l'avoir perdue, La jeune sultane ne put être utile à ses pauvres parens; sans doute on fui laissa ignorer qu'elle fut la cause innocente de leur niort.

Nous avons déjà dit que si les empereurs turcs renoncèrent à des exploits nouveaux, s'ils ne parvinrent pas à la conquête de l'Europe, c'est qu'ils s'endormirent à l'ombre de leurs lauriers sur le sein de la beauté, et que, captivés dans le sérail par les charmes qui les entouraient, ils finirent par préférer l'amour et la paix à la gloire, et par ne s'occuper que des soins de l'administration. D'après cette observation fondre sur l'histoire, on pourrait dire que Xamour sauva l'Europe entière de l'empire du Croissant... Mais si nous lui devons ce nouveau bienfait, justifions le pouvoir qu'il eut surcesfiers Ottomans par quelques détails sur leurs belles captives.

Tous les duteurs ont vanté la beauté des

femmes de la Géorgie et surtout de la Gircas* sie : elles passent pour les plus belles du monde; elles ont presque toutes ces formes retracées parles statuaires grecs et qui nous semblent le beau idéal. En général , elles ont de grands yeux noirs, une peau extrêmement blanche, un teint cfe rose et une fraîcheur éblouissante ; leurs traits Sont fins et réguliers ; enfin , elles ont tout ce qui constitué une beauté rare. Telles sont les Circassiennes du sérail qui ont été choisies pour le sultan ; mais leur beauté régulière est froide ; il manqué à la plupart de la vivacité , de l'enjouement , et ces grâces séduisantes , si communes aux Françaises et aux Italiennes, et d'uàf si grand prix , que l'on a dit avec raison :

« La beauté né plaît pas toujours ; * Il n'en est pas ainsi des grâces. *

D'ailleurs les Circassiennes donnent peu d'héritiers à leur$ époux ; c'est par ces motifs, sans doute , que les sultans préfèrent presque toujours des Italiennes , moins régulièrement belles , mais surpassant toujours leurs rivales en grâce ^ en amabilité , en vivacité et surtout "en saillies charmantes qui plaisent aux Turcs ,■ qui , n'ayant guère de distrac-

lions et de plaisirs que dans leur harem, se trouventagréablement arrachés à leurs occupations continuelles par la gaîté folle de leurs favorites: les Italiennes, en outre, sont trèsfécondes, ce qui plaît beaucoup aux Turcs.

C'est donc un présent précieux pour le se ûl que les petites esclaves siciliennes qui y sont envoyées. Souvent même les courses des orsaiies barbaresques n'ont d'autre objet que les débarquemens sur les côtes de la Sicile , afin d'enlever les garçons et les filles en bas âge qui se promènent le long de la mer soit pour garder des moutons ou autres bestiaux , soit pour jouer ensemble à l'ombre des citronniers et des orangers qui y sont plantés. ; ces rades , éloignées des grandes villes, sont habitées que par de pauvres marins et des paysans qui occupent de simples cabanes avec leurs familles et leurs troupeaux. >que toutes ces petites filles sont jolies et pleines de grâces ; et quand elles arrivent à l'adolescence , elles sont d'une beauté remarquable : on sait que les Siciliennes participent beaucoup de la beauté grecque , plusieurs d'entre elles seraient des modèles parfaits. Elles t presque toutes de grands yeux noirs (64) , :ius d'un feu que tempère une langueur

touchante ; leur peau est ordinairement blanche , quoiqu'elles soient nées sous un ciel brûlant; leur profil est régulier et l'ensemble de leurs traits est animé par la vivacité et la grâce*

Telles sont en général les filles.de la Sicile: aussi celles placées au sérail obtiennent-elles souvent la préférence sur les belles Circassiennes ; plusieurs ont été femmes et mères des empereurs ottomans , et le front de ces jeunes filles arrachées d'une cabane s'est plus d'une fois ceint d'un diadème.

Parmi les grandes sultanes ou sultanes validées aées en Sicile, on distingue Zuléma , validée, mère de Soliman I er .; elle était fille d'un pauvre marin , et fut prise , selon Syliostry, au bord de la mer, où elle était assise jouant avec wn jeune frère.

On pourrait encore citer Bassa , sultane validée, mère de Méhémet III; elle gouverna l'état sous le sultan inhabile. Mais; , avant de parler plus en détail des sultanes, il faut nous occuper de l'instant de leur élévation , c'està-dire, des choix ou alliances des empereurs turcs. :

Il est certain qu'aucun historien n'a donné de &<tà$ORS exactes sur le nombre de femmes des

tore fem,

Itans. Les auteurs ne sont pas même d'accord entre eux ; les uns désignent ce nombre comme positif et invariable, les autres attribuent aux sultans des choix illimités : ces deux assertions sont également inexactes, car ces choix ne sont pas fixes et invariables , et moins encore ils sont illimités et purement volontaires, puisqu'ils sont subordonnés aux événemens et dirigés selon des usages qui ont force de loi , et dont je vais parler.

Les sultans n'ont ordinairement que quatre rar ils observent plus scrupuleusement, et plus strictement que leurs sujets , les lois du Coran, mais il est des cas où d'autres lois de l'empire les autorisent à en avoir pluirs autres.

Le prince ottoman qui succède à l'empire, quel que soit sou âge, jusqu'à son avènement au trône, a été éloigné de toutes les filles du sérail, et de toutes les femmes assez jeunes

>ur avoir des enfans. Lorsqu'il est proclamé

iperenr , il fait un choix parmi les jeunes odalisques; celle qu'il a préférée prend le titre de favorite , et quand elle devient mère celui de sultane. Il peut à sa volonté presser ou retar-

:r de nouveaux choix jusqu'à quatre odalisues, mais il doit s'arrêter à ce nombre: si

■ sers

parmi ces quatre favorites ou sultanes, une seule lui donnait un fils, s'il arrivait que plus tard il perdît ce fils , et se trouvât sans enfans mâles 9 alors il pourrait choisir une cinquième odalisque; si elle ne lui donnait pas d'héritiers, une sixième , et successivement jusqu'à neuf, ou plutôt jusqu'à ce qu'il eût un fils; si de la neuvième il n'en avait pas encore, il doit s'arrêter là , et ne plus faire de choix. Néanmoins s'il ne se trouvait çxistans au sérail ni oncles 9 ni frères du sultan, et que la dynastie ottomane courût le danger de s'éteindre , il pourrait encore choisir, mais toujours dans ce même but de donner un héritier à son trône.

Le motif pour lequel les sultans doivent se borner au choix de neuf femmes, c'est que Mahomet n'en prit lui-même que ce nombre; et, selon les théologiens turcs , ce ne fift pas par luxure, il se serait «, disent-ils , arrêté à quatre épouses, conformément à sa loi, s'il eût eu des fils pour hériter de son sceptre.

Il est encore un cas où le sultan, quoique ayant des fils , peut faire un nouveau choix, c'est lorsqu'il est parvenu très-jeune au trône, et que les quatre sultanes qu'il s'était choisies dans sa première jeunesse sont devenues vieilles; alors il peut encore se choisir une ou deux ou

trois odalisques ; mais les cas semblables ont été fort rares dans l'histoire ottomane.

Ainsi donc , on ne peut fixer précisément le nombre de femmes que peuvent se choisir les sultans, puisqu'il est subordonné aux événe mens naturels. Toutefois on peut mentionner ici que presque tous ces princes ont eu leurs héritiers d'une des quatre femmes accordées par la loi , et c'est par cette raison que rarement ils en ont choisi un plus grand nombre; ajoutons aussi qu'ils préfèrent les odalisques italiennes et siciliennes , parce qu'elles sont ordinairement plus fécondes en fils , que les circassiennes : on a fait la remarque au sérail ( qu'il naissait de celles-ci plus de filles que de garçons.

Il faut maintenant expliquer un système extraordinaire établi en Turquie comme maxime d'état, par lequel les empereurs turcs ne doivent pas contracter des mariages solennels et légitimes, et ne doivent se choisir des favorites que parmi de jeunes filles esclaves. Celte maxime d'état fut établie du temps de Bajuzet. On parle diversement sur les motifs qui la firent admettre ; les Turcs la regardent comme un des secrets de leur empire, mais les historiens ont cherché à le pénétrer. Bubesque rap-

porte cette loi aux malheurs arrivés à Bajazet, qui, vaincu par Tamerlan , eut la douleur de voir sa femme Despine qu'il aimait éperdument , tomber entre les maifis du vainqueur, qui la fit exposer presque nue à la vue des soldats : Cest pourquoi ( dit cet historien ) les sultans ne contractent plus de mariage légal, de peur de tomber dans une pareille disgrâce. . Mais , comme on a rejeté au nombre des fables* ces prétendues insultes de Tamerlan (65), les ao. teurs les plus sensés et les meilleurs politiques, parmi lesquels on peut ranger Riccaut* prétendent que cette maxime d'état, eut des motifs bien plus profonds et bien plus déterminais, que la possibilité d'un événement peu probable. Il est vraisemblable en effet que cette loi politique se rapporte à la conservation de l'empire, et voici comment cela s'explicite :

Aussitôt que les Turcs se furent établis en Europe , plusieurs princes qui voulaient s'appuyer sur leur force, offrirent leurs filles aux sultans et quelques-uns d'entre eux acceptèrent ces alliances , car la loi du Coran permet à un mabométan d'épouser une chrétienne (*)

( * ) Une mahoinétane , an contraire , ne peut pas épouser un chrétien ni un juif , et un commerce intime leur fait encourir la peine de mon.

Un des sultans qui contractèrent de ces alliances fut Orcan 1 er . , qui épousa Théodore > fille du prince Cautacuzène; celui-ci, voulant s'appuyer sur le sultan , contre l'empereur Paléologne, lui avait fait offrir sa fille, qui était d'une rare beauté. « La cérémonie des noces se fit, dit l'historien Mignot , dans une grande plaine , hors de la ville de Sélivrée , où la princesse fut montrée au peuple, voilée, assise sur un trône élevé, seule de son sexe, au milieu d'une foule d'eunuques à genoux portant des flambeaux allumés , selon les lois du pays. La mère et les sœurs de Thédor*» ne. parurent pas à cflttc pompe (*). » Elle fut conduite au sérail , où il lui fut libre -de conserver sa religion ; elle obtint même plus de liberté que n'eu ont en Turquie les épouses.

Mais ensuite , quand les Turcs se fiirerit affermis en Europe, la politique ne prescrivit plus à leurs empereurs ces sortes d'ai limites. Le divan, craignant au contraire qu'elle; n'amenassent une influence européenne sur les institutions de l'empire résolut d'en ôter la possibilité; il adopta donc comme loi formelle

paflje 3a,

notoire <tc 'Empire nttonuta , par Mignot ,

de l'état , que les sultans ne contracteraient plus de mariages solennels et légitimes, et que pour avoir des héritiers ils se choisiraient des favorites exclusivement parmi de jeunes filles esclaves élevées au sérail dans la religion et les mœurs mahométanes : cette maxime d'état devenait un obstacle insurmontable à toute nouvelle alliance , car aucun prince européen n'eût voulut donner sa fille ou sa sœur aux sultans , à titre de favorite , et encore bien moins à titre d'esclave.

On est fondé à croire que cette renonciation à tout mariage et à toute alliance étrangère conserva l'empire turu dans sa forme primitive, et les lois dans leur intégrité ; car le pouvoir de l'amour est infini et les charmes des filles et des sœurs des princes alliés, le titre de mère, l'autorité du rang, auraient eu de l'influence sur l'esprit des sultans , et par suite sur les lois de L'état Le divan en adoptant ce système politique , étrange en apparence, évita que les privilèges de noblesse héréditaire et les institutions aristocratiques d'Europe pénétrassent dans l'em» pire.; et cette décision , dans ce but conservateur, fut l'œuvre d'un génie très-profond.

Telles sont maintenant les lois turques , sur les alliances des empereurs ; elles enchaînent

fortement ces princes , qu'ils ne pourraient pas même faire de choix parmi leurs sujettes nées libres, parce que, la loi leur interdisant tout mariage légitime -et tout autre choix que celui d'esclave, les dignitaires de l'empire auxquels ils donnent leurs filles et leurs sœursen mariage, ne consentiraient pas à leur donner leurs filles par fierté et par honneur, par la raison que leurs filles ne pourraient entrer au sérail qu'à titre d'esclaves et de favorites, toute alliance légitime étant interdite aux sultans.

Ainsi donc, les lois arrêtent ces princes dans leur volonté et jusque dans'leurs affections ; et, s'ils tentaient maintenant d'enfreindre celles relatives aux alliances , ils seraient perdus dans l'esprit de la nation, et risqueraient le sort du sultan Ibrahim, quiperdit le trône et la vie, principalement pour avoir voulu forcer le muphli Ragel à lui donner sa fille en mariage (66).

Je rapporte en note, ce fait de l'histoire ottomane, comme preuve à l'appui des assertions précédentes; mais revenons aux odalisques préférées par le sultan.

J'ai déjà dit à l'article qui les concerne que la première choisie était appelée hungiar-azeiM la seconde bascli-azaki, c'est-à-dire première et seconde favorites , et ainsi en suivant pour

les autres. Nous avons vu aussi que toutes ne prennent le titre de sultane , qu'en devenant mères ; si elles n'ont pas ce bonheur, elles n'obtiennent jamais que -celui de favorites ; certains auteurs ont commis une erreur en établis-» sant une démarcation absolue entre là sultane et la favorite , puisque celle-ci peut devenir d'un instant à l'autre sultaçe par sa fécpndité ; mais jusque-là sa cour et ses autres avantages sont moindres que ceux de ses compagnes déjà devenues sultanes.

U est arrivé, mais très-rarement, que les sultans ont donné dfc leurs favorites en mariage à* des grands dignitaires , mais c'était alors celles qui n'avaient jamais eu d'en&ns , et qui , par conséquent n'avaient pas encore le titre de sultane.

La première azachi ou favorite qui met an monde un fils est proclamée grande sultane , azachi-sultana , et solennellement couronnée d'un petit diadème en or enrichi des plus belles pierreries. Elle jouit d'une plus grande considération que les autres sultanes. Toutes ces princesses portent à leur ceinture une espèce de poignard (67).

Quand elles sont vieilles , elles passent assez ordinairement au vieux sérail. Après la mort

a35 toutes ses femmes y sont conduites, quel que soit leur âge. Celles qui n'ont eu que des filles peuvent se remarier à de grands dignitaires ; mais les sultanes qui ont des fils ne peuvent plus y prétendre , quelque jeunes qu'elles soient ; les plaisirs de l'amour sont finis pour elles, il ne leur reste que le souvenir. Cet usage est établi sans doute, parce que leur fils, pouvant devenir empereur, elles doivent prendre dans ce cas rang de sultane validée , et occuper le grand appartement du se* rail destiné à la mère du grand-seigneur^ si la sultane mère était déjà au vieux sérail; elle doit le quitter pour rentrer dans le premier et jouir des avantages de sa nom elle position. Les princes ottomans ont une grande vénération pour leur mère qui jouit presque toujours d'une certaine influence dans l'état (68). Elle a dedroit la charge de surintendante du sérail } par une loi nonécrite,maisqu'unaacienusagefaitrespecter.

Une autre de ces lois veut aussi qu'une femme du sérail , autre que la mère du sultan, n'y rentre jamais quand elle en est une fois sortie.

C'est à tort que quelques historiens mal informés ont prétendu qu'il régnait entre les sultanes, dans le sérail, mie inimitié sans égale, qui allait jusqu'aux injures et aux voies de&its;

rien n'est moins vraisemblable ; leur intérêt est le garant de leur conduite et de leur modération. La sultane qui se permettrait de se déclarer ennemie d'une autre, et d'en donner quelques preuves marquées, serait de suite renvoyée au vieux sérail. D'ailleurs le genre d'éducation que reçoivent les odalisques ne peut développer en elles les prétentions exclusives de l'amour-propre ordinaire aux autres femmes européennes: sentant leur dépendance, et dans le triste rang d'esclaves où le sort les avait placégp , elles se trouvent trop heureuses , trop honorées du choix du sultan et d'une portion de ses affections , elles n'oseraient prétendre à les obtenir toutes. Elles aiment ou plutôt adorent le sultan (69); elles le vénèrent, et souffrent en silence un partage à l'idée duquel elle/ forent toujours préparées. D'ailleurs elles ne se voient que très-rarement ; leurs habitations sont séparées , et les personnes de leur suite le sont aussi habituellement.

Les sultanes font des aumônes considérables, indépendamment de l'argent quelles versent pour les pauvres par les mains de 1* uléma.

Dans chaque mosquée de la capitale, elles font distribuer par année aux indigens , vingt-cinq à trente mille livres de riz et trois à quatre

a37 lie aunes de toile que le sultan assigne à chacune d'elles , et qui proviennent des contributions en nature de l'Egypte. En outre on leur adresse des pétitions pour des secours qui sont toujours accordés. Si les solliciteurs sont d'une classe un peu élevée , le gouverneur eunuque rapporte lui-même la pétition avec le timbre et le sceau de la sultane et la somme accordée. Elles fondent quelquefois des établissemens de bienfaisance , des hôpitaux , des mosquées , sur les économies de leurs revenus et sur les dons du sultan. Quand elles passent au vieux sérail elles redoublent de bienfaisance. Les Turcs les appellent les mères des malheureux (70). Ainsi, toutes renfermées qu'elles sont, elles concourent au bien et au bonheur de l'état.

L'entretien de la grande sultane et de la sultane validée, mère de l'empereur, ne coûte rien au trésor du prince ; ce sont les provinces de l'empire qui doivent fournir certaines sommes pour la dépense de ces deux sultanes.

La Valachie , la Moldavie , donnent à chacune d'elles par an cinquante mille piastres; les autres provinces paient une semblable contribution.

Nous avons dit précédemment que leur cour ne se composait que d'odalisques , dont elles ad-

mettent près d'elles un grand nombre -qui a été pareillement indiqué ; répétons aussi que tout le service intérieur du harem se fait par des femmes esclaves destinées et élevées pour les fonctions de la servitude; ces femmes reçoivent les provisions que les eunuques noirs rapportent , ou les emplettes qui leur sont commandées, et qu'ils passent par des tours semblables à peu près à ceux de nos couvens ; c'est de là qu'elles les retirent, pour en faire l'emploi. Les eunuques noirs , sont chargés de toutes les commissions extérieures du harem ; ils sont de garde , et cernent aussi les habitations de ces belles captives , mais toujours à l'extérieur sans approcher d'elles , en sorte qu'il faut rejeter au nombre des fables , toutes les prétendues histoires que l'on a débitées à cet égard.

Aucun homme ne peut entrer dans les appartemens des sultanes ou dans le collège des odalisques , pas même le chef des eunuques noirs , qui en a , après les respectives intendantes, la surveillance immédiate ; ce chef communique il est vrai journellement avec l'intendante des sultanes et celle des collèges, mais c'est toujours en quelque sorte à l'extérieur de chaque habitation , puisque dans chacune il y a des parloirs avec des grilles comme

a 3g lans nos couvens de femmes , et c'est de 1 que ce chef reçoit les ordres des intendantes et des sultanes qui doivent s'y présenter voilées. Ainsi, dans les appartenons des femmes ou des filles du sérail , aucun homme ne peut pénétrer pour le service, hît-il eunuque spadau. Cependant les médecins , en cas de maladies graves, son^ introduits avec beaucoup de formalités dans l'intérieur près de la malade.

Mais ils ne la voient que voilée et ne touchent le pouls qu'à travers une légère mousseline; ces médecinssont ordinairement des eunuques(7i).

Les fils et filles des sultanes sont sous la direction de chaque mère et de plusieurs gouvernantes jusqu'à l'âge de sept ans. Les uns et les autres doivent apprendre déjà à lire, à écrire et à être humbles, obéissans, charitables; on leur lit les passages du Coran relatifs à ces trois vertus , et la vie du prophète.

Les filles du grand seigneur restent sous la d irection de leur mère et de leur gouvernante jusqu'à leur mariage, elles occupent des appartenons séparés. En se mariant elles conservent toujours le titre de sultane , c'est - à -dire de princesses. On les fiance ordinairement à l'âgp de quatre à cinq ans avec des grands pachas , avec des beglier-bevs,et dès qu'un tel honneur

est accordé à un homme en place, il doit pourvoir à l'éducation de sa future épouse, et lui assigner un revenu proportionné à son rang avant même quelle soit d'âge à lui être unie/ 72); en sorte qu assez souvent la disgrâce ou la mort violente de l'époux arrive , et quelquefois celle de plusieurs auxquels on l'a fiancée successivement , avant que la jeune princesse soit sortie du sérail. Mais elle conserve lés dons et la fortune quelle a reçus d'eux. On cite Gealier-han , fille du sultan Ibrahim qui eut quatre époux avant de sortir du sérail pour être mariée au cinquième.

Les fils de l'empereur passent , à l'âge de sept ans, sous la direction d'un gouverneur en chef eunuque , et vont habiter le vieux sérail. Les sous-gouverneurs surveillent avec soin les progrès de l'instruction des jeunes princes. Dès l'âge de sept ans ils commencent à apprendre la langue turque et successivement le persan, le latin , la géographie , l'histoire des califes et des empereurs ottomans ; l'histoire universelle , les élémens de mathématiques et la musique. Ils doivent apprendre et réciter de mémoire les chapitres du Coran et savQir les commenter.

Pour éviter plusieurs inconvéniens , les sul-

•xL, i

tans ont adopté pour usage constant d'élever leurs (ils sans distinction entre eux , mais chacun dans un appartement séparé , sous les gouverneurs et les professeurs les plus instruits et les plus religieux.

Le sultan les visite souvent pendant leurs repas et leurs exercices , et quand il dîne ou déjeune chez une sultane , il invite tantôt les fils , tantôt les filles , de cette même sultane, mais

Ramais les frères et sœurs en même temps.

>assé lage de sept ans , ils ne communiquent plus ensemble. A la fin du repas , le sultan commence l'examen de chacun des enfans , et félicite la mère; s'il est satisfait d'eux , il leur fait des présens auxquels les professeurs ont aussi part ; dans le cas contraire , il témoigne son mécontentement. Cette coutume entretient une grande émulation entre les enfans , les professeurs, et même les sultanes, qui font trembler les gouverneurs et les maîtres quand empereur n'est pas satisfait.

Les jeunes princes consacrent une partie de journée aux jeux gymnastiques et olympîles ; souvent le grand seigneur les fait exerr avec les élèves des collèges du sérail, dont avons déjà parlé. Il leur fait tirer de l'arc jr fait faire la petite guerre , il les inter-

roge souvent, et sll s'aperçoit que leurs [nogrès ne sont pas suffisans , que la conduite de ses fils ne soit pas comme celle des autres élè? es régulière , soumise , religieuse, que leur maintien ne soit pas humble et réservé , malheur à la tête du gouverneur ! Ils arrivent dans cette dépendance jusqu'à l'âge de vingt ans , alors ils passent dans un appartement plus grand, oo ils continuent leurs études jusqu a trente ans. A cet âge , on leur donne une petite^ cour, mais ils sont gardés à vue ; ils ont des jardins immenses , ils s exercent à lequitation , à là chasse, mais tout rapport avec les jeunes filles du sérail leur est interdit ; des femmes de services trop âgées pour avoir des enfans peuvent seules approcher d'eux : ainsi , Ton peut remarquer deux extrêmes : le sultan devenu vieux, et par l'âge peu sensible aux jouissances peut encore dans quelques cas choisir parmi cinq à six cents jeunes filles d'une rare beauté, et ses fils, parés des dons de la jeunesse et de la nature , sont condamnés au silence de leur cœur et de leurs sens.

Au reste , cette organisation intérieure du sérail est basée sur la politique et l'intérêt des peuples. Trois motifs principaux l'ont fait admettre.

Premièrement, parce que les sultans neveulent pas que leurs enfans sortent pendant leur règne de l'obéissance passive , ils parviennent ainsi à prévenir les troubles dans l'état; secondement , pour que leurs fils soient instruits ans aucune distraction dans l'art de gouverner ; troisièmement enfin , parce qu'ils ne veulent pas que le nombre d'enfans que les jeunes irinces pourraient avoir ajoute des dépenses considérables à celle de la cour.

Pendant la vie de l'empereur , les Turcs sont rès-curieux de connaître les talens et la moraité de ses fils, ils en jugent par leurs actes de bienfaisance; car le sultan leur assigne des orames pour subvenir aux besoins des indigens et donner aux mosquées : en sorte que l'on contait leurcceur, leur bienfaisance, leur zèle religieux , par le plus ou moins d'actes de générosité :overs les malheureux; ensuite on les connaît encore par les rapports des gouverneurs et aus personnes du sérail, de sorte que les Turcs ont toujours des données certaines, sur le caractère et le mérite de leurs souverains futurs , ainsique sur tout ce qui se passe dans le palais. Ceux dont la générosité n'est pas bien établie et dont les talens sont bornés, risquent souvent, lors-rnêiue qu'ils seraient les aînés, d'être

exclus du trône, car les Turcs tiennent religieusement au sang ottoman ; mais ne s attachent pas toujours à la primogéniture; quelquefois ils préfèrent, et c'est toujours le divan qui dirige ce choix, le plus jeune des frères, et quelquefois le plus ancien du sang impérial en ligne latérale, c'est-à-dire, le frère du sultan défunt , au lieu du fils de ce même sultan ; cette politique est d'autant plus avantageuse à l'état, qu'elle entretient parmi les princes de ce sang un motif toujours subsistant de se bien conduire dans l'espérance d'obtenir un jour une semblable récompense ; d'ailleurs il n'est guère probable que le prince dont le caractère s'est fait connaître long-temps d'une manière avantageuse, puisse faire ensuite le malheur de son peuple : ainsi , dans le choix même du sultan , c'est toujours vers les talens et la vertu que penche la balance en Turquie. Autrefois, quand l'héritier présomptif de l'empire avait atteint l'âge de trente ans, on lui donnait une cour formée d'un grand nombre de dignitaires élevés dans le sérail"; un gouverneur eunuque devait le suivre pour être son conseil et son mentor; il allait fixer sa résidence à Magnésie, ville d'Asie, et gouvernait la province. Il partait accompagné de quatre

odalisques dont il avait le choix, et de pachas comblés des plus riches présens du grand sultan son père ; mais s'il s'écartait de ses devoirs , s'il n'exerçait pas bien la justice, le gouverneur avait ordre, sous peine de mort, d'en informer le grand seigneur. On en usait de même pour les autres princes du sang ottoman parvenus au même âge, tous était envoyés dans divers gouvememens qui étaient leur apanage , avec une cour digne des enfans du plus puissant empereur , mais toujours avec des gouverneurs pour surveillans , afin d'empêcher qu'ils ne s'écartassent de la ligne qui leur était tracée. Toutefois, malgré ces précautions ; les autres états de l'Europe inquiets devant ce colosse de puissance et voulant l'occuper et l'affaiblir iar la division, parvinrent plusieurs fois à

rxciter par des conseils perfides l'ambition des jeunes princes , ils firent armer le fils cone le père , les frères contre les frères , et des guerres civiles s'ensuivirent , en sorte que pour Élever au trône tel ou tel individu, il périssait

uelquefois trente à quarante mille hommes.

lette situation grave décida le divan et le sultan , à sacrifier plutôt le sang ottoman que celui des peuples victimes de l'ambition des jeunes princes , ils prirent donc une résolution , atroce

en morale, mais autorisée par les lois politiques. Pour assurer le repos et la sûreté de letat , on résolut de ne conserver que le fils aîné, et l'on devait faire périr les autres pour éviter les guerres civiles et les intrigues des .puissances de l'Europe qui faisaient des traités secrets avec ces princes et leur promettaient leurs secours pour les faire révolter contre le légitime empereur; le .divan prit cette décision sévère, le muphti la signa, et le sultan fut obligé . de faire exécuter cejèstwa sur ses propres enfans ; il fut cruel pour son propre sang , afin d'épargner celui de ses sujets qui coulait à flots pour l'intérêt des siens.

Cependant cette loi politique ne fut en usage que pendant la terrible crise de la guerre civile. Quand la cause disparut, cette loi barbare cessa. Tous les enfans des. sultans, sont traités depuis avec les mêmes égards que l'aîné ; le jour de leur naissance est un jour, de fête à Constantinople. Toutes les sultanes , à l'ejivi l'une de l'autre , font de grands actes de bienfaisance et répandent des dons immenses au profit des indigens. La sultane , mère du nouveau né j reçoit les visites des autres sultanes, des félicitations par écrit , et des cadeaux pour le prince proportionnés à son rang. Pour la

naissance des filles , la fête générale n'est pas aussi grande; mais la mère et l'enfant reçoivent des présens presque aussi considérables, et les visites des antres sultanes.

Les frais du sérail sont immenses ; le trésor du grand seigneur n'en supporte qu'ime partie et ne pourrait les supporter tous. Voici ce qui y supplée :

Toutes les provinces de l'empire sont obligées de fournir, en nature, plusieurs contrijutions : l'Egypte fournit le café, le riz, les dattes, les toiles; la Valachie et la Moldavie, le miel et la cire pour les bougies ; l'Asie , les étoffes de soie et de laine : en outre , le grand seigneur a des fermeset des terres immenses dont les produits , tels que ceux de la chasse, ou ceux des terres , fournissent abondamment la consommation du sérail qui est excesve. La table du sultan , de la grande sultane , : même celle des autres sultanes sont d'une délicatesse d'une magnificence et d'une abondance incroyables , par la raison que le grand seigneur s'y transporte de temps à autre pour r dîner ou souper sans que personne en soit prévenu à l'avance , en sorte qu'il faut que ces tables soient aussi bien servies que la sienne; c'est surtout dans le choix et la profusion des pâtis-

séries et du dessert que ces repas sont d'une délicatesse et d'une recherche infinies.

Les tables des princes ses fils et des princesses ses filles sont aussi très-somptueuses; celles des élèves du sérail de l'un et de l'autre sexe , et de tous les employés de cette immense enceinte sont abondantes et recherchées. Le grand seigneur nourrit aussi quatre à cinq cents janissaires de garde , toutes les fois qu'il y a divan , et ce conseil tient trois fois par semaine.

En outre, tous les individus subalternes employés au sérail sont également bien nourris, bien habillés , bien logea aux frais du sultan. J'ai dit que les contributions en nature subvenaient en grande partie à cette immense profusion.

Néanmoins on devrait croire que ces princes faisant des dépenses aussi énormes , peuvent déranger les finances de l'état ; mais il n'en est rien ; et malgré ce luxe asiatique , l'administration de leur maison et des finances de l'empire est tellement bien calculée, que les économies et les ressources qu'ils ont en réserve sont incalculables et ne peuvent se comparer à rien de ce qui existe chez les autres puissances. C'est une des parties les plus curieuses

à connaître pour prendre des idées justes sur cette extraordinaire organisation, c'est ce qui sera expliqué à l'article des finances.

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