MILICE DES TURCS
La milice des Turcs est de deux sortes , l'une tire sa subsistance de certaines terres , fermes, revenus, ou pour mieux dire de certaines dotations que lui donne l'état ; et l'autre reçoit sa paye , en argent comptant , sur le trésor de l'empire.
La première de ces milices est la force principale de l'empire turc ; elle est composée de taims et de timariots ; la seconde, qui est payée par te trésor de l'état, est composée de janîs saires, de spahis et de soldats de mer; ces derniers ne sont pas toujours payés , ni mis au nombre des ordres militaires ; on les loue ordinairement lorsqu'on en a besoin pour une certaine somme, et pour un temps déterminé , on les licencie quand le besoin a cessé.
Voicî le tableau de la force militaire de la
Turquie , payée par le trésor de l'état , nonseulement en temps de paix , mais aussi en temps de guerrre.
Janissaires 4<> mille Sommes.
Spahis, cavalerie 12
Topgis , canonniers. .^ 1 g
riersA ' J
Febgis , armuriers,
Total. . . 57 mille hommes.
Plus , en temps de guerre
cinq mille marins 5
Total général. . . 62 mille hommes.
Le trésor de l'état ne paye aucune autre troupe que celles ci-dessus énoncées. L'empire le plus vaste de l'Europe , celui qui domine par son étendue sur la surface du globe , ne débourse soit en état de guerre , soit en temps de paix, que la paye au plus de 62 mille hommes ; tandis que les plus petits royaumes d'Europe , tels que le Piémont , Naples , le Danemarck , la Suède , soldent en temps de guerre une armée bien plus considérable.
* En temps de guerre grand nombre de janissaires aident les artilleurs dans leurs manoeuvres , et font le service du train d'artillerie. Les turcs admettent aussi pour les diriger dans cette arme des officiers du génie et d'artillerie des pays étrangers qui Viennent offrir leurs services.
Un empire aussi étendu, qui pourtant ne salarie que soixante-tleux mille hommes , étonne l'imagination , surtout lorsqu'on se rappelle les rapides conquêtes des Turcs, et que l'on se représente l'étendue des pays qui leur appartiennent , ou qui ont appartenu aux empereurs ottomans, et dont l'historien Riccaut fait ainsi 1 enumération :
« Les agréables campagnes de l'Asie , les délicieuses plaines de Tempe et de Thrace ; la fertilité du NU , le luxe de Corinthe , du Péloponnèse ; Athènes , Chio , Lemnos , Mythilène avec d'autres îles de la mer Egée ; les drogues de l'Arabie , la richesse d'une grande partie de la Perse , toute l'Arménie , les provinces de Pont , Gallicie , Bithynie , Phrygie, Licie, Pamphile, Palestine, Célésineet Phénicie ; Colchis et une grande partie de la Géorgie, les Principautés tributaires de Moldavie , de Valachie , de Romanie , de Bulgarie et de Servie , et la plus grande partie de la Hongrie , concourent aujourd'hui toutes ensemble pour satisfaire les désirs d'une seule personne*.-!
* Histoire de t'c'tat présent de l'Empire ottoman , traduit de l'anglais de M. Riccaut, pai-M.Briot, î™. volume , chapitre a , pige g.
Toutes ces conquêtes n'ont coûté aux empereurs turcs que la solde de soixante-deux mille hommes de troupes , et , pendant les premiers temps de leurs guerres et de leurs conquêtes , ils ne payaient pas même ce nomb e entier de troupes ; mais par quels moyens ont-ils pu suppléer à de si faibles ressources ? c'est ce que l'organisation militaire de cet empire nous apprendra. Nous allons commencer par nous occuper de sa troupe soldée.