LES SERFS SERVAGES
Au dernier rang de la société, figuraient les serfs servages, c'est-à-dire la servitude telle que l'avait laissée la conquête barbare.
« Serfs servages, disent nos vieux styles, sont ceux qui sont serfs de leurs « cbiefs et de leurs testes et doivent chacun quatre deniers au seigneur pour la « rançon de leurs chefs. Et puet le seigneur prendre tous leurs biens quand il « luy plaist, leurs personnes mettre en ostages, vendre et aliéner quand comme « il luy plaist comme son serf, qui ne se puet desadvouher de luy par quelque « manière que ce soit, fors que quant le serfs servages ne a que mangier, le « seigneur est tenu de luy donner son vivre. Et se le seigneur luy desvoye à « bailler son vivre et lui donne congié et deffend son hostel, et puet aller quel- « que part qu'il lui plaît advouer seigneur, car ce congié fait désadveu entre le « servagier et son seigneur (2) » .
Ce paragraphe des styles témoigne qu'au xme siècle, alors 'que la liberté se répandait dans nos campagnes, que l'abolition de la servitude de corps et la faculté du désaveu avaient pris place dans le statut municipal ; le servage des temps primitifs se maintenait encore dans certaines parties reculées du duché. Mais son temps était compté. Au xive siècle, et la coutume publiée par M. Giraud l'établit, les serfs servages s'étaient confondus avec les mainmortables dont l'émancipation complète n'eut lieu qu'à la chute de l'ancien Régime (3).
En résumé :
Un prince sans terre, en lutte continuelle pour dégager sa couronne des mains des possesseurs du sol, et finissant par les dominer.
(1) Areh. de la Côte-d'Or, Affranchissements personnels, B. 414, 1333. Id. Cerche des feux de l'Auxois, 1442, B. 11515.
(2) Anciens styles. Art. CXIX. Bmhier I, 149.
(3) Essai sur l'histoire du droit français au moyen-âge, II, 27G.
Un clergé jaloux de son autorité, renfermé dans ses immunités, comme dans un fort inaccessible, usant, pour les défendre, de toutes les armes spirituelles et temporelles, soumis d'ailleurs à des règles immuables et, par conséquent, hostile à toute nouveauté étrangère à son initiative.
Une noblesse turbulente et ombrageuse, toujours prête à la révolte ; mais, il faut le reconnaître, moins antipathique que le clergé à l'émancipation des classes inférieures.
Des bourgeois de villes, impatients de retremper leurs vieilles libertés aux sources nouvelles.
Des hommes libres travaillant, comme les bourgeois, au développement de leurs franchises.
Des serfs aspirant à la liberté de leurs personnes et de leurs biens, et voulant avoir aussi leur part au soleil.
Tel était le tableau qu'offrait la Bourgogne au moment où la révolution communale frappait à ses portes.
Nous allons voir comment et dans quelles circonstances elle s'y établit et quelles en furent les conséquences.