‹ Chartes de communes et d'affranchissements en Bourgogne (volume 2)Chapitre 19 sur 122 · FRANCHISE DE PAR'AY · texte numérisé non relu

FRANCHISE DE PAR'AY

Quelque temps avant la Paix de Dieu, par conséquent avant l'insurrection du Mans et de Cambrai, avant la rénovation consulaire du Midi, une bourgade inconnue du comté de Chalon, avait été spontanément dotée d'institutions libérales, alors que les plus grandes villes de France n'avaient encore que la jouissance de leurs droits civils. Courtépée, auteur de la Description du duché de Bourgogne, rapporte (1) sur la foi d'un manuscrit, aujourd'hui introuvable (2), et qu'on suppose être YExordium du Cartulaire du prieuré de Paray, que Lambert, premier comte héréditaire de Chalon, du chef d'Adèle sa femme, fille de Robert, comte de Vermandois, et d'Adèle, fille de Gislebert, duc de Bourgogne, fonda, en 973, un prieuré à Paray. «Sensible, dit-il, aux « services des habitants qui l'avaient aidé dans plusieurs expéditions mili- « taires, il leur accorda, en 990, une charte par laquelle il exempta pour « jamais la ville et les environs jusqu'à l'étendue de sept stades, de toutes sortes « de redevances, droits, prestations, etc. » Il érigea le territoire en pur fief, sous la charge unique de la foi {reservata fuie) , qu'il stipula devoir être prêtée par les quatre édiles de la ville, à cbaque mutation de comte.

Courtépée, dans cette analyse, rappelle les mots antiquissimum templtm , reservata (ide et œdiles, qui figuraient au texte qu'il cite; cependant on ne peut

p. 243. Infractura chemini veluti de rapina et multicidio, 1180. Cart. de l'abbaye de Saint-Seine. f° 3, reeto. Forefaclum chemini, 1193, Pérard, p. 266. — Vers 1150, Eudes H, duc de Bourgogne, donna à l'abbaye de Saint- Bénigne de Dijon, gouvernée par Philippe, touL ce qu'il possédait à Velars, excepté strada publica. In strata enim publica, dit-il, si homines ipsius villœ infra villom inter se arma tu/erint vel aliud quid foris fecerint, justicia abbatis et mona chorum erit. Si vero extrami inter se vel homines ipsius villœ contra exlraneos, tune erit mea : Quicumijue vero extra vi/lam stratam publicam violaverint, eorum justicia mea erit. Duchesne, Hist. des Ducs de Bourgogne, pr. p. 39.

(1) Nouvelle édition, 111, 53.

(2) Cet exordium ou préface devait figurer en tète du cartulaire original, mentionné par D. Mabillon, Annal. Hened., Ht, 643, lequel, au témoignage de M. l'abbé Cucberat, aumônier de l'hôpital de Paray, aurait disparu pendant la Révolution.

se défendre de dès grands doutes, sinon sur le fait môme des franchises, du moins sur l'époque précise de leur concession.

En effet, la date de 990 qu'il leur assigne avait déjà été combattue avec raison par Dom Mabillon (I) et par les auteurs de Y Art de vérifier les dates. Ils établissent, d'après le cartulaire môme de Paray, que le comte Lambert, après avoir fondé le prieuré en 973, l'avoir doté, assisté à sa dédicace en 977, mourut le 8 des calendes de mars 988 (2).

D'un autre côté, y avait-il déjà, à celte époque, comme l'affirme Courtépée, une ville préexistante au prieuré, ayant une population assez grande pour avoir pu fournir au comte une troupe suffisamment nombreuse dans ses expéditions? Pour notre part, nous avons peine à y croire.

De plus, pourquoi ce nom (YJEdiles qui semble une réminiscence de l'antiquité et qui alors signifiait osliarins, portier (3), appliqué à des personnages appelés dans tous les écrits du temps, scabini, jurati, probi hominos?

Ces réserves faites, on peut supposer en absence du texte primitif, qu'en fondant un monastère dans un lieu éloigné, le comte voulut lui créer des défenseurs et y attirer des habitants par l'appât de la sécurité et des privilèges qu'il leur offrait d'avance.

C'est, du reste, l'opinion d'un savant du pays, M. l'abbé Cucherat, qui a étudiéavec une grande sagacité les origines de Paray (4), et qui s'appuie sur les propres termes de la donation du prieuré à l'abbaye de Cluny, faite en 999 par le comte Hugues, évoque d'Auxerre et fils de Lambert. Decrevit, dit-il en parlant de son père, ctiam eumdem locum libcrum esse ab omni cujuspiam loci suùjectione ac seculari dominatione. Lui-même abandonne le prieuré à l'abbé Odilon, cum omnibus inibipertinentibus ecclesiis, villis, mansis, familiariis, servis et ancillis utriusque sexus atque œtatis, universis campis, egressibus et regressibus totum ad integrum. Puis il ajoute : 11 nous a plu d'insérer dans ce testament que, à partir de ce jour, ce lieu est affranchi non-seulement de notre domination, de celle de nos parents, mais de celle de tout pouvoir terrestre, et placé sous la puissance et le gouvernement de l'abbé de Cluny et de ses successeurs à perpétuité (5).

(1) Annal. Benedict., III, 643.

(2) Recueil des hist. de France, X, 27.

(3) Du Cange.

(4) Premières origines de Paray-le-Monial, 1877, broeb. in-8°.

(5) Perry, Histoire de Chalon, pr. p. 35. — Recueil de Pérard, page 1CG.

Moins d'un siècle après, Guy de Thiers, arriére petit-fils du comte Lambert, après avoir arboré la croix au Concile de Clermont, se rendit à Paray. Il y confirma toutes les immunités, toutes les bonnes coutumes dont ses ancêtres avaient doté le prieuré et ses habitants (1). Son petit-fils, Guillaume Ier, comte de Chalon, animé d'un tout autre esprit, ne trouva rien de mieux, en 1168, pour terminer ses différents avec Cluny, que de lancer ses Brabançons sur la ville, de piller l'abbaye et de massacrer les habitants. Il le paya de la dépossession de ses États dont le priva le roi Louis VII (2).

Tant que vécut ce prince, Guillaume, fils du comte, se garda bien de rien entreprendre contre l'abbaye de Cluny ; mais, à peine le roi avait-il fermé les yeux que, de connivence avec les sires de Beaujeu et de Brandon, il recommença ses entreprises. Paray, cette fois, fut l'objet de sa convoitise. Au mépris des immunités dont ses ancêtres avaient doté ce lieu, il obligea ses habitants à lui payer la taille sans préjudice d'autres redevances, les contraignit au service militaire et les soumit à sa juridiction. D'autres domaines de l'abbaye subirent le même traitement. Force fut donc aux religieux de recourir au nouveau Roi. Philippe-Auguste ne se fit point attendre. « Collecto cxercitu » , dit l'annaliste, il mit bientôt les agresseurs à la raison et contraignit Guillaume à renoncer pour jamais à ses injustes prétentions (3).

Cette agression fut la dernière. Paray et ses habitants jouirent désormais en paix de leurs franchises. En 1287 et 1407, eurent lieu des reconnaissances solennelles de l'étendue des sept stades consacrés par le comte Lambert (\). Dotée de privilèges importants, de foires fréquentées, la ville vit sa population s'accroître davantage. Aussi, quand, au xme siècle, le Charollais démembré du Chalonnais devint un comté particulier, Paray, lors de la constitution des Etats du pays, devint la seconde ville qui y envoyait des députés. Plus tard, enfin, quand le mouvement d'émancipation s'accentua davantage, ses antiques libertés franchissant leurs limites, s'étendirent peu à peu à toutes les localités du voisinage qui avaient fait partie de la dotation primitive du monastère (5).

(1) Cartulaire de Paray.

(2) Aitnoin, lib. V, cap. lvi. — Vie de Louis VII, dans la collection Guizot, VIII, 224 ; Chroniques de Saint- Denis, Chronique de Ve'zelay. Duchesne, Hist. de Vergy^r.p. 156.

(3) Rigord, Vie de Philippe-Auguste. — Guillaume Le Breton, Philippide, livre 1. — Cbifllet, Lettre sur De'atrix de Chalon, page 39.

(4) Courtépée, nouv. éd., III, 53.

(5) Voir tome III, appendice p. 551, 556. — Autefond, Saint-Léger-les-Paray, Volèvre, Vitry. Archives de la Côte-d'Or, B. 79.

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