‹ Chartes de communes et d'affranchissements en Bourgogne (volume 2)Chapitre 22 sur 122 · LANGRES · texte numérisé non relu

LANGRES

Vers 1153, alors que Vézelay était en pleine insurrection, l'ancienne cité de Langres, où avaient survécu quelques libertés, restes de son municipe galloromain, obtenait de l'évêque Geoffroy de Rochetaillée, l'abolition des tailles et autres subsides extraordinaires (1).

Geoffroy s'était trouvé mêlé comme médiateur dans la querelle de Vézelay ; mais, si bieuveillant qu'il s'y fut montré envers les bourgeois, ce sentiment prenait plutôt sa source dans une animadversation commune à tous les évêques contre les monastères soustraits à leur autorité, que dans une sympathie pour des nouveautés qui, partout ailleurs, tendaient à diminuer leur pouvoir. En somme, Geoffroy, en allégeant les charges qui pesaient sur ses vassaux, faisait acte de prudence, mais il ne conférait aucun droit politique.

Quinze ans plus tard et par une coïncidence qui peut-être n'était pas fortuite, l'année même de la dernière révolte des habitants de Vézelay, Gauthier de Bourgogne, oncle du duc Hugues III et successeur immédiat de Geoffroy, voulant, dit-il, « fortifier d'un appui solide, afin d'en assurer la stabilité, les choses qu'une « sage prévoyance a fait établir, de peur qu'elles ne tombent en désuétude et « qu'elles n'occasionnent ainsi le scandale d'une nouvelle contestation,!) s'empressa de confirmer la charte de Geoffroy (2). Par une autre charte de la même année il renonça au droit qu'il prétendait, de contraindre les bourgeois à venir plaider devant lui, en quelque lieu qu'il se trouvât, ceux-ci assurant, au contraire, que, conformément à la coutume et aux usages constamment suivis, cette justice devait leur être rendue à Langres même (3). Le chapitre souscrivit cette charte qui, pour plus grande sûreté, fut soumise à la sanction du roi Louis VII et du pape Alexandre III (4).

Quanta ceux des habitants qui dépendaient du chapitre, ils n'obtinrent les mêmes immunités qu'en 1266 (5).

(1) Migneret, Hist. de Langres, p. 109.

(2) Id., p. 109, pr. p. 334.

(3) ld., pr. p. 336.

(4) Id., pr. pp. 338,339.

(5) Id., p. 115.

Cependant, bien avant cette époque, la généralité des Langrois avait conquis de nouvelles franchises. A l'issue du long débat survenu entre l'évêque et le duc de Bourgogne, à l'occasion de la commune établie par ce dernier à Châtillon, contre la volonté de l'évêque, seigneur de la ville, et à la suite duquel celte commune avait été abolie, il y eut àLangres un mécontentement si vif que nonobstant un ordre des plus menaçants du roi saint Louis, une révolte était à craindre. On parlait de serments, de confédérations (1). Bref, l'évêque Robert de Torote comprit qu'une satisfaction devenait nécessaire. Il octroya donc, au mois de mai 1234, non point une charte de commune ainsi que l'espéraient les Langrois, mais une confirmation plus étendue des libertés antérieures. En matière d'impôts, la perception fut confiée à des collecteurs choisis parmi les habitants et acceptés par l'évêque. Les crimes capitaux, dont la punition demeurait réservée, furentle meurtre, le vol, le rapt, la trahison, l'incendie et le duel. La confiscation fut abolie. On établit une nomenclature des délits et contraventions, et les amendes dont ils étaient punis, d'arbitraires qu'elles étaient, furent tarifées (2).

Malheureusement, comme aucune garantie du dehors n'accompagnait cette transaction, elle ne fut pas plus respectée des successeurs de Robert que de ses officiers. De nouveaux troubles surgirent, et il fallut, pour y mettre fin, un traité qui fut conclu en 1353, sous l'épiscopat de Guillaume de Poitiers (3).

Cependant, si les ôvèques, toujours jaloux de leur omnipotence, refusèrent tant qu'ils le purent aux Langrois toute commune ou juridiction municipale, ces derniers ne se découragèrent jamais. Bientôt, grâce au concours intéressé du pouvoir royal qui, dès le commencement du xiv" siècle, avait pris pied cà Langres, les bourgeois conquirent en fait, sinon en droit et d'une façon définitive, des privilèges politiques au moins égaux à ceux des communes les mieux dotées. Sous cette influence, l'évêque, demeuré en fait le seigneur foncier de la ville, continua de jouir de toutes ses prérogatives honorifiques, mais le pouvoir réel lui échappa pour tomber entre les mains du bailli de Chaumontet des bourgeois de la ville. On vit, en effet, leurs a procureurs du fait commun » traiter directement et sans la participation de l'évêque, avec le Roi de France, avec leur puissant voisin le duc de Bourgogne et les grands seigneurs de la contrée.

(1) Migneret, Hiit. de Langres, pr. p. 341.

(2) Id. pr. p. 341.

(3) Id.

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