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TONNERRE

Les comtes de Nevers et d'Auxerre, dont nous venons de parler, possédaient aussi le comté de Tonnerre, lequel avait succédé à l'ancien Pagus Tornodorensis de la cité de Langres. Cédé en 814 par Louis le Débonnaire à l'évêque de cette ville, il était, à la suite des troubles des xe et xie siècles, tombé en la possession de comtes héréditaires qui ne reconnaissaient plus à l'évêque qu'une suzeraineté

(1) Lebœuf, Mémoires sur l'histoire d'Auxerre, II, pr. p. 56.

nominale. Raina rd-Hardouin, évoque de Langres, qui, vers 1047, avaitsuccédé à son oncle le comte Milon III, disposa peu après de ce comté en faveur de. sa sœur Hermangarde, femme de Guillaume Ier, comte de Nevers et d'Auxerre.

Tonnerre, capitale du comté, ancien castrum gallo-romain, avait encore moins qu'Auxerre, sauvé ses libertés primitives. Comme dans celte ville, sa population se composait de gens soi-disant francs, tout soumis qu'ils étaient au régime de la mainmorte et de serfs de toute classe.

Les comtes de Nevers ne trouvèrent pas à Tonnerre les difficultés qu'ils avaient rencontrées ailleurs à leurs projets d'émancipation, cependant les progrès de la liberté y furent très lents et n'atteignirent jamais jusqu'à la commune.

En 1174, le comte Guy, le même qui avait tenté d'ériger Auxerre en commune, étant sur le point d'engager une guerre avec le duc de Bourgogne, — soit pour s'attacher davantage les Tonnerrois, soit qu'il voulût en tirer de nouveaux subsides, — fit avec eux les conventions suivantes : Un impôt du 1 0e du revenu et une redevance de o sols par freslage de maison remplacèrent la taille arbitraire. Les mêmes prestations frappèrent les étrangers établis dans la ville. La capilalion des juifs fut portée à 20 sols.

Le comte promit de ne retenir à Tonnerre que les hommes de ses domaines et encore à sa volonté. 11 se réserva ses droits de totale justice, régla le prix des compositions, maintint son droit de banvin et admit le remplacement dans le service de Yhost.

Il mit cette charte sous la garde des évêques et des barons. Philippe-Auguste, à la sanction duquel il la présenta, y fit apposer sou sceau, obligea le comte de faire administrer la justice par des prud'hommes du pays (I).

En somme, cette charte ne conférait aux gens de Tonnerre, ni liberté, ni droit politique. 'Ce fut seulement en 1211, que, Pierre de Courtenay, gendre de Guy, voulant accroître les immunités des habitants d'un lieu, auquel il portait une grande affection, les affranchit de la mainmorte, aux mêmes conditions qu'Auxerre (2).

"'Hervé de Donzy, mari deMahaut, fille de Pierre de Courtenay, ne respecta pas plus les franchises des Tonnerrois que celles des bourgeois d'Auxerre. Ces libertés étaient pourtant garanties par le Roi de France. Aussi, de même que dans cette

(1) Cartul. général de l'Yonne, II, 239. — Recueil des Ordonnances, IX, 217.

(2) Suite au Cartulaire de l'Yonne, page 47.

dernière ville, la comtesse Mahaul, devenue veuve, s'empressa par un acte du mois de juin 1224, de rétablir les choses dans leur premier état. Cependant, tout en maintenant son droit de justice sur les crimes, elle réduisit encore certaines compositions. Elle promit de ne point arrêter les bourgeois, sinon pour des cas déterminés; admit des étrangers dans la franchise, n'en exceptant que ses hommes de corps; et obligea ses successeurs à jurer la conservation de ces privilèges, avant la prestation de serment de fidélité des habitants (1).

Ces derniers restèrent donc comme par le passé, sous la régie du bailli comtal et sans garantie contre l'arbitraire. Sous ce dernier rapport, un premier adoucissement leur fut accordé en mars 1262, parle comte Eudes de Bourgogne et Mathilde sa femme. Ils leur permirent d'élire chaque année vingt notables, parmi lesquels étaient choisis six jurés, chargés de défendre les droits de la communauté et les leurs propres, contre les entreprises des officiers de justice. Ces délégués eurent le pouvoir d'intervenir dans tout autre débat pouvant donner lieu à l'emprisonnement ou à la saisie, et d'en ajourner l'exécution jusqu'aux assises du bailli. On leur abandonna aussi la nomination des courtiers de vin (2).

En l'année 1376, Louis de Chalon ratifia les chartes de ses prédécesseurs, et en 1389, il octroya le droit d'élire des échevins, dont le chef prenait le titre de syndic. Plus d'un siècle après, en 1492, au sortir des guerres qui avaient dépeuplé le comté et causé une perturbation générale, le comte Claude de Husson reconnut la franchise originelle des gens de Tonnerre, sans les astreindre aux formalités de la bourgeoisie de Cruzy, dont nous parlerons plus loin. Enfin, l'an 1582, Louise de Clermont, duchesse d'Uzès, concéda aux Tonnerrois la faculté de remplacer le syndic par un maire, ayant le pouvoir de rendre la justice en matière de police seulement (3).

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