‹ Chartes de communes et d'affranchissements en Bourgogne (volume 2)Chapitre 25 sur 122 · LYON · texte numérisé non relu

LYON

Si des rives de l'Yonne et de l'Armançon, nous nous transportons au confluent du Rhône et de la Saône, nous trouvons h Lyon, antique colonie romaine, une ville qui, grâce à sa situation entre deux empires rivaux, à sa population toujours considérable, avait pu conserver la majeure partie des immunités qu'elle tenait de l'ancien droit italique.

(1) Suite au Cartulaire de V Yonne, page 137.

(2) Id., p. 294.

(3) Challe, Histoire du comte' de Tonnerre.

Elle était. gouvernée parses archevêques; ceux-ci, après avoir peu à peu dépossédé les comtes de Forez, des droits de suzeraineté qu'ils partageaient avec eux, depuis la chute de l'empire carlovingien, avaient obtenu de l'empereur Frédéric Barberousse, l'investiture du comté et de la ville (1 1 novembre 1 157).

Cette cession, vivement combattue par les comtes de Forez, vassaux immédiats du Roi de France, donna lieu à plus d'une lutte sanglante. Cependant, de guerre lasse, ils finirent par en accepter les conséquences. Un échange intervenu en 1173 consacra la possession des archevêques.

Devenus souverains uniques de la ville, l'archevêque et le chapitre crurent pouvoir non-seulement maintenir toutes les usurpations commises depuis longtemps sur les anciennes franchises des Lyonnais, mais encore en tenter de nouvelles. Ils ne tinrent compte ni de la différence des temps, ni surtout de ces aspirations à la liberté, qui se manifestaient de toute part. Si les Lyonnais avaient, non sans entraves, conservé la libre disposition de leurs personnes et de leurs biens, ils demeuraient privés du droit de porter les armes et de garder leur ville. Taillés à merci, gênés dans leur commerce, privés du droit de s'assembler et de délibérer sur les intérêts communs, ils étaient enfin exploités sans recours, par la double justice de l'archevêque et du chapitre (1).

Entre un clergé omnipotent, se retranchant dans ses maximes d'immutabilité, pour ne rien céder de ses prérogatives, et une population enrichie qui, encouragée par ce qui se passait autour d'elle, prétendait aussi reconquérir les droits dont elle n'avait jamais perdu le souvenir, une lutte était imminente et ne devait point tarder à s'engager.

Une conversion des tailles de coutume, en taxe sur les comestibles, consentie en 1193, rachetée parles citoyens et néanmoins rétablie deux ans après, en donna le signal. Elle fut soutenue par les Lyonnais avec une telle résolution, que l'archevêque et le chapitre durent s'incliner et attendre pour leur revanche des circonstances plus favorables.

Demeurés maîtres de la place, les Lyonnais s'organisèrent militairement, déléguèrent à un conseil de cinquante citoyens, le soin de les gouverner et se tinrent sur la défensive. Des médiateurs, en tête desquels figurait Eudes III, duc de Bourgogne et derrière lui le roi Philippe-Auguste, dont ce mouvement

(1) Montfalcon, Histoire delà ville de Lyon.

servait la politique, intervinrent en 1208, et obtinrent des deux côtés des concessions réciproques.

Les Lyonnais, quoiqu'ils eussent renoncé à s'ériger en commune ou en consulat, ne perdirent pas plus l'espoir de reconquérir leur antique liberté, que leurs seigneurs de recouvrer ce qu'ils avaient perdu. C'était une trêve.

Suspendues pendant toute la durée du concile général de 1245 et le long séjour du pape Innocent IV à Lyon, les hostilités provoquées celte fois par les violences du chapitre, à la suite de la démission de l'archevêque Philippe de Saivré (1267), recommencèrent bientôt et plus sanglantes encore. Elles durèrent trois ans avec des alternatives diverses, au bout desquelles les deux partis épuisés mais non vaincus s'en référèrent à l'arbitrage du roi St Louis. Malheureusement sa mort inopinée ajourna la sentence, et comme le chapitre la pressentait défavorable, une guerre impitoyable désola de nouveau les rues de Lyon. Philippe le Hardi prit alors les habitants sous sa protection. Il leur fit rendre la garde des portes, mais il exigea d'eux la suppression du Conseil des Douze (1).

La reconnaissance de la suprématie du Roi de France, sur la justice temporelle de la ville et du comté, paya cette médiation que, bon gré malgré, le nouvel archevêque Pierre de Tarantaise fut obligé de subir. Quant au fond même de la question, rien n'avait été décidé et les parties restaient toujours en présence. Grégoire X, lors de la tenue du concile œcumémique de Lyon en 1274, essaya de les pacifier et n'en put venir à bout.

Jusque-là le seul avantage sérieux obtenu par les Lyonnais avait été l'appel des sentences de la justice ecclésiastique au bailli de Mâcon. Vainement les successeurs de Pierre de Tarantaise, essayèrent-ils d'en suspendre les effets, Philippe le Bel, reprenant avec résolution les projets d'annexion de ses devanciers, se déclara de plus le protecteur des Lyonnais et encouragea des revendications qui servaient sa politique. Aussi, quand en 1312 le nouvel archevêque Pierre de Savoie, loin de s'incliner devant une suzeraineté reconnue par le pape luimême, entreprit d'en secouer le joug, les Lyonnais coururent aux armes et ouvrirent leurs portes aux troupes royales. Lyon fut alors réuni de droit et de fait à la couronne. Huit ans après eut lieu le règlement définitif des droits du Roi et de l'archevêque. Les citoyens obtinrent alors la consécration solennelle des privilèges, pour lesquels ils avaient si longtemps combattu; mais, chose

(!) Montfaleon, Histoire de la ville de Lyon.

remarquable, sans qu'il y fût rien emprunté, soit aux communes jurées du Nord, soit aux consulats presques indépendants du midi. Par sa charte du 21 juin 1320, l'archevêque Pierre de Savoie, reconnaissant les Lyonnais pour avoir toujours été en possession du droit italique, confirma tous les usages, franchises, libertés et coutumes de la ville. Il maintint le droit des citoyens d'élire des consuls pour l'administration municipale; de constituer des syndics et un procureur; de s'imposer pour les besoins de la Cité, d'avoir une milice et de garder leurs portes. Ils furent déclarés exempts de taille. Les amendes de justice, d'arbitraires qu'elles étaient reçurent un tarif; de grands allégements furent apportés à la perception des droits seigneuriaux, mais sauf l'exercice de la police, la juridiction toute entière demeura à l'archevêque, sauf l'appel au sénéchal du Roi de France. (I)

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