BESANÇON
Au-delà de Lyon, l'esprit d'émancipation sommeillait encore dans les pays de Bresse, alors que la lutte était vivement engagée h Besançon sous l'empire de circonstances presque identiques à celles qui agitaient si profondément la population lyonnaise.
Dans cette antique cité impériale, l'archevêque, après avoir dépossédé les comtes de Bourgogne de la suzeraineté, tenait sous sa loi: Fies habitants de la cité issus ou venant aux droits de la vieille population gallo-romaine, lesquels jouissaient de la liberté civile et de quelques privilèges, faibles vestiges de l'organisation municipale; 2° la population du Bourg, composée d'hommes nouveaux, de campagnards récemment enlevés à leurs tenures et qui était restée mainmortable.
Les premiers aspiraient à une liberté plus complète, tandis que les autres réclamaient un affranchissement qui les rendît les égaux de leurs concitoyens (2).
Une première tentative faite à l'avènement de l'archevêque Ebherard, avait valu à ceux-ci la conversion de la taille arbitraire en une somme de 40 livres payable toutes les fois que le prélat devait se rendre à la Cour impériale. En 1178, la prétention d'Ebherard d'exercer son droit de caducité sur les biens des mainmortables décédés sans postérité légitime, détermina une seconde explo-
(1) Montfalcoo, VIII, 238.
(2) A. Castan, Origines de la commune de Besançon.
sion, que l'empereur Frédéric Barberousse pacifia par sa présence. Un diplôme du 9 mai 1180 confirma l'abolition du droit réclamé par l'archevêque.
Une fois l'uniformité d'état social établie, dit M. Castan, toute distinction s'effaça entre les deux classes des habitants qui se trouvèrent dès lors unies par une communauté d'intérêts, de sympathies et de tendances. Réunissant leurs efforts elles marchèrent résolument à la conquête de libertés nouvelles. En 1224, le moment leur paraissant favorable, elles s'insurgèrent au cri de Commune, et sur le refus de l'archevêque Gérard de Rougemont de consacrer le nouvel ordre de choses, le contraignirent à quitter la ville. Mais bientôt, mis au ban de l'empire, excommuniés, abandonnés, comme à Vézelay, des seigneurs qui les avaient poussés à la révolte, les Bizontins durent encore une fois se soumettre et attendre des jours meilleurs. Néanmoins, le branle était donné. Forts de l'appui qu'ils trouvèrent dans Jean de Chalon, beau-père du comte palatin, les Bizontins, profitant des troubles de la succession impériale, rétablirent à petit bruit la commune. Guillaume de la Tour, essaya vainement de lutter; abandonné de l'Empereur, il recourut à la médiation de saint Louis et se détermina enfin à tolérer définitivement ce qu'il ne pouvait empêcher. En 1259, la commune de Besançon reçut sa sanction légale.