‹ Chartes de communes et d'affranchissements en Bourgogne (volume 2)Chapitre 92 sur 122 · Guel et garde · texte numérisé non relu

Guel et garde

La coutume du guet et garde au château féodal en temps d'éminent péril, selon la formule consacrée, naquit de la nécessité où se trouvèrent au moyen âge : le seigneur d'avoir des défenseurs de son manoir ; ses vassaux d'y trouver un refuge assuré pour y recueillir leurs personnes et leurs biens, d'où pour ces derniers l'obligation de contribuer à l'entretien de la forteresse.

Quelques-unes de nos chartes renferment des dispositions particulières concernant cette partie du service militaire. A Noyers, les habitants sont obligés d'entretenir une partie des fortifications et de fournir les guetteurs de nuit (6). Ceux deDigoine doivent la garde en temps de guerre (7). Saulx-le-Duc fournit pour ce service un homme par feu (8). A Cuiseaux et Louhans, des peines sont édictées contre les défaillants ; on n'en excepte que ceux dont les femmes ou les fdles sont en gésine et jusqu'à leurs relevailles. Un officier désigné par les habitants dirige le service (9).

Cependant le guet et garde intéressait trop vivement la défense générale du pays pour être laissé plus longtemps à l'arbitraire des seigneurs ou au bon vouloir des bonnes

(1) Arch. des Etats, ban et arrière-ban 1636, B. 3594.

(1) Les communautés devaient fournir aux fantassins : un chapeau, des bas, des souliers, une épée, un baudrier, un mousquet et une bandoulière. La cavalerie était cuirassée ou armée comme les carabins dont elle prit le nom (Arch. des Etats, C. 3082, 3601).

(3) Mêmes registres.

(4) Voir le récit de cette belle défense dans Béguillet, Histoire des guerres des deux Bourgognes sous le règne de Louis XIII et de Louis XIV.

('■)) Arch. des Etats, C. 3602.

(6) Recueil, II, 131.

(7) ld, II, 188.

(8) ld., II, 26-2.

(9) Doc. publ. par M. Canat, p. 71, 95.

villes qui, elles aussi, avaient leurs retrayants. Aussi le duc Philippe le Hardi, usant de son droit souverain, profita-l-il de la terreur qu'inspirait, en 1307, l'annonce d'une invasion des Grandes Compagnies, pour imposer un règlement général auquel chacun sans exception dut s'astreindre (1). Son fds et successeur, Jean sans Peur, au moment où il allait marcher contre les Liégeois révoltés, en même temps qu'il déclarait insaisissables les armes dont tout homme susceptible d'être appelé au service du ban devait être pourvu (2), complétait et étendait aux deux Bourgognes l'ordonnance de son père, ordonnance qui fit loi dans la province jusqu'à la Révolution (3).

En voici les dispositions principales :

Visité de tous les lieux fortifiés par les baillis ou des capitaines, à l'effet d'en compléter les défenses.

Injonction aux habitants du plat pays de se retirer dans les forteresses où ils ont coutume de retraire d'ancienneté et d'y faire guet et garde de nuit sous les ordres des capitaines. En cas de trop grand éloignement, la faculté était laissée aux baillis de leur désigner un point plus rapproché.

Les retrayants contribuaient aux menus emparemeuts, mais sans être tenus à aucun paiement.

Au contraire, les forains devaient payer, pour l'entretien des fortifications, le cinquième du prix du loyer de leurs maisons et le quart des censés et rentes.

Si deux portiers devenaient nécessaires, un était à la charge des retrayanls, ainsi que la guette du jour.

Les denrées amenées en retrait étaient déclarées insaisissables, si ce n'est à défaut d'autre bien.

Tout défaillant au guet et garde était passible d'une amende de deux sols et demi employée à payer son remplaçant, ou utilisée aux menus emparements.

Défense « sous certaines grosses peines » de « retraire » autre part que dans les forteresses. Les vivres trouvés dans le plat pays, après le cri, seront amenés dans les châteaux aux frais des délinquants et l'amende du cri non accompli employée aux menus parements.

Injonction aux capitaines de veiller au logement des retrayants et de les recevoir à toute heure.

En cas d'éminent péril, supprimer les tavernes, rompre les forges, les moulins du dehors et amener les fers dans les forteresses.

Au point de vue de la jurisprudence, le guet et garde fut toujours considéré par les

(1) Arch. de la Côte-d'Or, B. 1184i.

(2) Ordonnance du 31 août 1408, citée dans l'Histoire du duché de Bourgogne, III, 25.

(3) Cette ordonnance, de la même date que la précédente, a été insérée dans les Commentaires de la coutume de Bourgogne du président Bouhier, II, 268.

commentateurs de notre coutume, non comme un droit seigneurial, bien qu'il figure dans les terriers parmi les déclarations des droits du seigneur, mais comme un droit personnel et facultatif, car lorsque, par exemple au seizième siècle, nombre de villages s'entourèrent de murailles pour leur défense, les seigneurs des châteaux où ils avaient avant l'habitude de se retirer, ne furent plus admis à exiger d'eux ce service (1).

§ 3. — Assistance aux exécutions des sentences de la justice.

Aux douzième et treizième siècles, alors que l'institution des huissiers, sergents et autres officiers subalternes de justice, n'existait que pour les hautes cours, non seulement les justiciables des communes et des seigneuries étaient tenus d'assister en personne aux grands jours, mais ils devaient aussi prêter main-forte aux magistrats pour assurer l'exécution des sentences qui y étaient prononcées.

La charte de Dijon (2) et celles qui en procèdent (3) ne laissent aucun doute à cet égard : « Si ille qui forisfactum feceiit homini qui hanc communiant juraverit, ad aliquod receplaculum perrexerit, et homines communie ad ipsum receptaciUum transmisemnt et domino receptaculi vel primatibus ipsius loci queslionem fecerint, ut de eorum inimico faciant eis rectitudinem . Si facere voluerint rectitudinem accipienl ; quod si facere nolueriut homines communie, auxiliatores erunt faciendi vindictam de corpore et de pecunia ipsius qui forisfactum fecerit et hominum ipsius receptaculi ubi inimicus eorum erit. »

Au cri de la cbâtellenie de Vergy, les hommes de la terre d'Echevronne marcheront sous la conduite du prévôt (4). Les chartes de Chagny, de La Rochepot, de Marignyle-Cahouët, de Marsannay-la-Côtc donnent au prévôt ou au maire la faculté de se faire suivre de leurs hommes dans un rayon de trois lieues pour les affaires du seigneur (5).

Ceux de Saulx-le-Duc (6) doivent aller au cri de la terre au seigneur, sous peine de cinq sols d'amende. Enfin ceux de Meuvy et de Bassoncourt doivent venir au cri de leur seigneur pour la rescousse du feu et de l'eau (7).

Néanmoins1, avec le développement progressif des institutions judiciaires, sous l'influence de plus en plus prépondérante de l'autorité souveraine et avec les changements

(\) Commentaires du président Bouhier sur la coutume de Bourgogne, art. Guet et garde, II, '259.

(2) Recueil, I, G.

(3) Be;mne, Auxonne, Montbard, Seurre, Semur, Vitteaux.

(4) Recueil, II, 128.

(5) Id., II, 94, 135, 159, 18G.

(C) Id., II, 252.

(7) Id., II, 477.

introduits dans la procédure, l'intervention directe des justiciables tendit à disparaître. Dès le quatorzième siècle on voit apparaître les sergents municipaux qui la rendent inutile dans les villes communales. Ailleurs cette justice souveraine, secondée par les baillis, les prévôts et leurs sergents, pénètre partout au moyen des appels. Elle ne laisse jamais échapper l'occasion d'intervenir flans les causes portées devant les justices inférieures. De nombreux officiers subalternes secondent son action ; aussi bientôt, en dehors du service militaire, les justiciables, dans les seigneuries, ne sont plus astreints qu'à l'assistance aux jours généraux, et cette obligation se maintint jusqu'à la Révolution.

§ i. — Milices communales.

Les milices existaient déjà dans la Gaule romaine, et les rois francs les employèrent avec succès dans leurs aimées. Cependant celles des villes n'acquirent de véritable importance qu'à l'époque de l'affranchissement des communes.

Celles-ci, étant considérées vis-à-vis du suzerain comme une personne féodale, elles lui devaient en conséquence le service de guerre sous le commandement du mayeur, qui avait remplacé le prévôt. De plus, nos ducs, en leur conférant des privilèges empruntés aux communes du nord, les armèrent, comme celle-ci, du droit de guerre qui leur donnait les moyens de se faire respecter des seigneurs voisins toujours hostiles à ces innovations.

« Si ego, dit le duc de Bourgogne dans l'article 33, charte de Dijon et dans les chartes qui en dérivent, communiam submovero pro exercitu meo, ibunt mecum vel cum senescallo meo infra regnum Francie secundum posse suum rationabiliter et mecum erunt quadraginta diebus. Si vero aliquod caslrum infra ducatum meum obsidero, tune mecum erunt pro voluntate mca. Et sciendum quod homines communie famulos receplabiles pro se in exercitum meum mittere possunt (1). »

Art. 11. — « Nemo de predicta villa qui hanc communiam juraverit credet pecuniam suom vel commodabit hostibus communie quamdiu guerra durabit, et si quis probatus fuerit aliquid credidisse hostibus communie, justitiu de eo fiet ad judicium juratorum communie. »

Art. 12. — « Si aliquando homines communie contra hostes suos exierint, nullus de communia loquetur cum hostibus communie, nisi licentia cuslodum communie (2). »

Les habitants d'Auxonne devaient le service de l'host, de la chevauchée et du

(1) Recueil, I, 7, 11.

(2) ld., I, 7. Voir aussi les chartes de Beaune, Montbard, Seurre, Vitteaux.

charroi en la chevauchée, ce dernier même en pleine paix, avec cette réserve que le comte ne pouvait mener les conducteurs si loin qu'ils ne pussent rentrer le même soir dans la ville (1).

Le roi Jean, confirmant en 1362 les privilèges de cette ville, renonça expressément à son droit de les mener hors des limites du duché (2).

« Si li sire, porte la charte de Seurre, meut la commune pour aller en son houst, la commune y va à ses propres dépens quinze jours. Il doit l'en avertir huit jours à l'avance. Les habitants ont le droit de se faire remplacer. Au retour de l'ost, défense de vendre denrées au marché avant celles amenées de la chevauchée. »

Dispositions semblables à celles de Dijon pour le droit de guerre (3).

En ce qui concerne ce dernier, chartes et chroniques se taisent sur l'usage que nos grandes communes firent de cette prérogative dont les ducs tendirent toujours à restreindre l'exercice. On sait seulement qu'en 1348 la petite commune de Talant, alors en grande contention avec Eudes de Saulx, sire de Vantoux, pour la propriété de certains terrains, ne jngea rien de mieux que de s'en emparer à force ouverte et de faire des courses sur ses domaines. Mal lui en prit, car Eudes, au lieu de lever sa bannière, porta plainte au bailli de Dijon, qui condamna les belliqueux Talantins à 000 livres d'amende, dont 200 furent adjugées au plaignant. Ce fut la dernière guerre privée des communes (4).

Aucun document n'existe dans nos archives sur le chiffre des hommes fournis par les communes lorsque le duc levait son ban. Nous savons seulement que ce contingent se composait de piétons et de cavaliers.

Le sergent ou l'homme à cheval, appelé aussi haubergeon, était revêtu d'armes pesantes.

Des arbalétriers, des sergents à arc ou à lance, constituaient l'infanterie; quand ces derniers étaient munis d'un pavois (bouclier long, terminé en pointe), on les appelait pavoi^eurs.

Nos communes avaient encore la faculté de s'exempter du service en payant au duc une somme toujours considérable. Ainsi, en 1185, au moment de la guerre de Vergy, le duc Hugues III accepta les 500 marcs d'argent que les Dijonnais lui offrirent pour en être exemptés (5), mais c'était là une exception dont on ne connaît que ce seul exemple.

La durée du service hors du duché était de quarante jours, comme pour les nobles ;

(1) Recueil, II, 32, 36.

(2) Tbid.

(3) Ici., II, 209.

(4) Monographie du château de Talant, Mém. de la Commission des antiquités de la Côte-d'Or, III, 231.

(5) Recueil, I, 2, 3.

mais si lices par la teneur de leur charte, les villes de commune jurée durent longtemps encore le service gratuit, le duc, en maintes circonstances, fui obligé de composer avec les autres et de leur allouer une solde. Par exemple, en 1300, le duc Bobert II, en même temps qu'il rassurait les Beaunois venus au siège d'Authume « à leurs dépens et missions » sur le préjudice qu'une expédition hors de Fiance pouvait porter à leurs immunités (1), faisait savoir aux habitants d'Auxonne qu'à l'avenir les hommes mandés aux chevauchées seraient soldés sur le même pied que ceux des autres communes. Ainsi, dès le lendemain de leur arrivée au lieu de rassemblement, l'homme à cheval reçut 3 sols par jour; l'arbalétrier, 14 deniers: le sergent à arc ou à lance, 12 deniers, avec la faculté de substituer, à sa volonté, les vivres et les munitions à la solde en argent (2).

La coutume de Màcon, édictée certainement au treizième siècle, obligeait les habitants à suivre le roi a. leurs dépens, « tant seulement qu'ils pussent retourner le soir à leurs hostels ». Au delà de ce terme, le roi leur devait une solde, sans quoi ils pouvaient le quitter (3).

Cependant, tout en déclarant que les chevauchées hors du duché ne pouvaient en aucune manière préjudiciel' aux franchises de leurs communes, nos ducs n'en continuèrent pas moins d'en user comme par le passé. Eudes III avait certainement des communiers dans le contingent qu'il amena à Bouvines, et son arrière petit-fils Eudes IV à Cassel. En 1340 et 1344, Jean de Thil et de Marigny emmenait pour combattre Jean de Chalon et les nobles confédérés du comte de Bourgogne « une quantité de sergens en armes de Beaune (4) et 100 dijonnais revêtus d'aubergeons (5) ».

En 1378, quand sur l'ordre de Charles V, son frère, le duc Philippe le Hardi, rassemble son armée pour marcher à la rencontre du duc de Lancastre, toutes les communes de Bourgogne sont mandées à Sens pour rejoindre les gens de guerre qu'on y rassemble (6). Elles suivent encore sa bannière dans ses guerres de Flandres et c'est en récompense de ses services que la ville de Dijon obtint en 1391 l'honneur de porter perpétuellement un chef des armes du prince sur son écu de gueules tout plain, en bataille en dehors et en tous les lieux qu'il lui plaira (7).

Sous le duc Jean sans Peur, les bannières communales se déployèrent encore aux sièges de Vellexon en Franche-Comté (1409) (8), de Château-Chinon (1414) (9) et lors

(1) Recueil, I, 226.

(2) Ibid., II, 32.

(3) Doc. publ. par M. Canat, p. 2.

(•'0 Recueil, l, 235.

(5) Arch. de la ville de Dijon, trésor des chartes, H.

(6) Arch. de la Côte-d'Or, protoc. des notaires, B. 11, 288.

(7) Recueil, I, 87.

(8) Registre des délibérations de la mairie de Dijon, B. 148. Analecta divionensia, Correspondance de la mairie, I, 67. Recueil, I, 257.

(9) Analecta, Corresp., I, 15.

de lïnvasion du duché par le comte de Tonnerre en 1411 (1). Mais déjà ces milices, bonnes pour combattre à l'abri de leurs murailles, étaient impropres à un service plus actif; elles n'y montraient qu'inexpérience et indiscipline (2). D'un autre côté les villes, obligées à de grands sacrifices pour leurs fortifications, étaient le plus souvent hors d'état de suffire à l'entretien de leur contingent. Elles ne dissimulaient pas non plus leurs craintes eu voyant l'éloignement de leur jeunesse, alors que la défense de la ville pouvait inopinément réclamer le concours de tous les bras (3). Aussi, comme nous l'avons exprimé plus haut, si les ducs durent songer de bonne heure à solliciter des Etats les moyens de se passer de ce secours, ils n'en exemptèrent pas complètement les communes. Durant toutes les expéditions qui eurent lieu en Bourgogne sous le règne de Philippe le Bon, depuis le traité de Troyes (1420) jusqu'au traité de paix d'Arras, on mit en réquisition, non plus le gros des milices communales, mais seulement les archers et les arbalétriers des villes (4). Il fallut les circonstances exceptionnelles amenées par les folles entreprises de Charles le Téméraire, pour revenir, et sans plus de succès, à l'ancien système.

Tandis que ce prince s'obstinait devant Neuss, sur le Bhin, pour une cause qui lui était étrangère, des partis allemands et suisses avaient envahi la Franche-Comté et pris Héricourt. Louis XI, mettant à profit les embarras de Charles, avait rompu la trêve, et ses généraux, après avoir battu et pris le maréchal de Bourgogne devant Chàteau- Chinon, s'étaient emparés de plusieurs places frontières, fa, situation était critique, les deux Bourgognes n'avaient aucune force à leur opposer. Antoine, bâtard de Bourgogne, qui ramenait d'Italie des troupes à la solde de son frère, prit le commandement des deux provinces et ordonna une levée générale. Dijon fournit pour sa part 600 hommes d'armes, coustillers à cheval, gens de trait et de pied placés sous les ordres de Guillaume Bol'm, seigneur de Beauchamp, capitaine de la ville (5) L'armée entra en Franche-Comté à la rescousse des Suisses. Par malheur, Dijon comme toutes les autres villes se trouvaient dans l'impuissance de subvenir longtemps aux besoins de leurs troupes. Elles alléguaient avec raison que l'armée étant sur terre ducale, c'était au

(Il Analecla, Corresp., 12. 14, Arch. de la ville, H. 17.

(2) Id.

(3) Analecta divionensia, Correspondance de la mairie de Dijon, I, G, 7. Délibération de la mairie de Uijon, B. 148.

(4) En 1417, la duchesse Marguerite envoie en garnison à Is-sur-Tille 6 arbalétriers des mieux montés (Reg. de la mairie de Dijon, B. 149). Une troupe d'arbalétriers est dirigée sur Nogent-le-Roi (Arch. de la ville, II, 17). En 1430, 20 arbalétriers de Dijon sont envoyés au siège de Larrey ; la place prise, le maréchal en mande 10 autres et les emmène au siège de Cheppes (Reg., B. 152). En 1434, sur le mandement de la duchesse Isabelle de Portugal, la ville envoie au siège de Grancey 10 arbalétriers, 10 maçons et 10 charpentiers, elle les hab'lle d'une huque de vert gay et violet avec une croix de Saint-Andrieu blanche par-dessus (B. 154).

(.">) Arch. delà ville, Reg. des délibérations, H. 164. Analecla diuion., Corresp., Introd., LXVII, etc., p. 161 et suiv.

prince à l'entretenir. Mal payés, mal nourris, les communiers désertèrent bientôt. Holin, qui était un homme d'énergie, maintint sa troupe dans le devoir. Mais quand, les Suisses éloignés, le bâtard voulut à son tour entrer en Lorraine, on refusa net de le suivre, les milices repassèrent donc la Saône, et si précipitamment, que lorsqu'à la nouvelle d'une seconde incursion des ennemis on voulut les ramener en arrière, la plus grande partie avait regagné ses foyers (1).

L'année suivante, après sa défaite à Morat, Charles, retiré au château de la Rivière, obtenait des Eiats réunis à Beaune, à défaut d'argent, un secours de o,000 hommes destinés à la garde des places. On demanda à Dijon 104 hommes d'armes et piétons dont le duc, contrairement au vœu des Etats, avait exigé l'envoi immédiat à la Rivière. Emmena-t-il ces soldats en Lorraine, furent-ils les témoins de la catastrophe qui termina sa vie. c'est ce que nos documents ne disent point (2).

Cette expédition fut la dernière de nos milices communales réunies (3).

Cependant, si ces milices laissaient souvent à désirer pour le service en campagne, elles déployaient en revanche, lorsqu'il s'agissait de défendre leurs foyers, une ardeur et un patriotisme dont nos annales ont conservé plus d'un exemple. C'est qu'à une époque où les armées permanentes n'existaient pas, cette défense des places reposait uniquement sur le courage de leurs habitants. Il fallait, à la moindre alerte, veiller nuit et jour aux portes et sur les remparts, entretenir les fortifications, remplir les arsenaux et s'approvisionner de toutes choses. Tout habitant était donc tenu d'être suffisamment muni d'armes offensives et défensives (4) et d'en justifier dans les revues fréquentes qu'en passaient les magistrats (5).

Dans nos villes principales, la milice, placée sous les ordres immédiats du mayeur chef des armes (6), se composait de tous les hommes capables de servir. Le clergé luimême n'était point excepté en temps d'éminent péril. Cette milice se subdivisait en

(1) Arch. de la Ville. Reg. des délibérations, H, 164. Analecta divion. Corresp. Introd., LXV'II, etc , p. 161 et suiv.

(2) Ibid.

(3) Au mois de février 154'2, lorsque le roi François 1" était en Bourgogne, on signala la présence d'aventuriers autour d'Is-sur- Tille. Cinquante miliciens de Dijon s'enrôlèrent pour leur donner la chasse. La mairie les gratifia de 15 écus (Reg. des délibérations de l'année).

(4) Une ordonnance de la mairie de Dijon, du 8 novembre 1432, enjoignait à tout habitant de se présenter à la garde des portes bien armé et embastonné, assavoir : d'une lance, d'un aubergeon ou d'un bon Jacques, d'une salade, d'une paire de gantelets, d'une hache, d'un bec de faucon ou d'un autre bâton (Arch. de la ville, B. 153).

(5) Arch. de Dijon, milice bourgeoise, H. 6-! 7.

(6) Dès le commencement du dix-septième siècle, le vicomte mayeur de Dijon joignit à ses titres celui de colonel chef des armes. Quand il mourait dans l'exercice de ses fonctions, on lui rendait les honneurs militaires. Un détachement de la milice bourgeoise avec les drapeaux escortait le cercueil devant lequel marchaient trois officiers portant l'épée, la bourguignotte, la rondache et le coutelas, « qui sont les armes dehues à un chef de gens de pied » . (Obsèques du maire de Requeleyne en 1597, Arch. de la ville, B. 235.)

autant de compagnies que la ville comptait de paroisses (4), ayant chacune à leur lète un capitaine, un lieutenant et plus tard un enseigne, nommés par le maire, ainsi que les cinquanteniers (2). Quant aux dizainiers, qui répondaient à nos sergents modernes, ils étaient désignés par les officiels.

Aucune rétribution n'était affectée à ces grades, seulement la mairie leur accordait une indemnité pour les cas extraordinaires, mais aussi on modérait leurs cotes de tailles et on les exemptait des logements militaires (3).

La cavalerie, d'ailleurs peu nombreuse, se groupait autour d'un guidon et servait principalement aux reconnaissances autour de la place.

A Dijon, la garde des portes était l'objet d'un service tout spécial. L'emploi de portier, qui paraît si humble aujourd'hui, fut jusqu'au seizième siècle rempli par les bourgeois les plus considérables, auxquels cette garde constituait une sorte de fief viager. Ils étaient responsables de leur porte et censés être constamment de service, ils entretenaient ses défenses au moyen d'une portion du droit d'entrée des vivres ou marchandises. Tous les soirs les clefs étaient rapportées au maire qui les leur rendait le matin avant le signal de l'ouverture, donné par le beffroi de Notre-Dame. Enfin, chaque année, le jour de l'installation du nouveau mayeur, les portiers lui présentaient leurs clefs et en recevaient une nouvelle investiture (4).

Les offices de la milice bourgeoise n'échappèrent pas plus que les autres aux envahissements du pouvoir royal. Au lendemain de l'entrée de Henri IV à Dijon, le maréchal de Biron exigea la destitution de tous les officiers réputés ligueurs. Il en fut de même dans celles des villes qui avaient soutenu le parti de la sainte Union (5). A la suite de la sédition du Lanturlu de Dijon, Louis XIII, en même temps qu'il abolissait les privilèges de la ville, cassa les officiers de la milice, témoins impassibles du désordre (6). Dès lors les gouverneurs en prirent texte pour exercer désormais sur la nomination de ces officiers par les olficiers municipaux, un droit de contrôle qui finit par devenir exclusif, à ce point qu'on ne laissa bientôt plus à ces derniers que l'institution, et encore (7) !

Les guerres de religion, qui durant plus de trente ans désolèrent la Bourgogne,

(1) Chaque paroisse avait son drapeau porté par l'enseigne. A Dijon, l'enseigne colonnelle, qui était blanche, était portée dans la paroisse à laquelle appartenait le maire.

(2) Arch. de la ville de Dijon, milice bourgeoise, H. (i, 17; Arch. de la ville de Beaune, chapitre Milice bourgeoise.

(3) Ibid.

(4) Voir les procèa-verbaux d'installation des maires de Dijon, en tête des registres des délibérations de la ville (Arch. de la ville, BB. 130, 1G7).

(5) Arch. de la ville, H. 6. Analecta divion., Corresp. de la mairie de Dijon, III. '2.

(6) Ibid. Arrêt du 28 avril 1630.

(7) Analecta divion., Corresp. de lamairie, III, 153 ; Arch. de la ville, milice bourgeoise, H. 6, 7; Arch. de Beaune, chapitre de la milice bourgeoise.

entretinrent dans nos villes constamment en alerte, des habitudes militaires qui persistèrent encore longtemps après les troubles. Dijon entretint sous la Ligue un corps de lanciers et d'arquebusiers à cbeval qui tenait constamment la campagne (1). Si les bourgeois ligueurs d'Autun contraignirent le maréchal d'Aumont à lever le siège de leur ville, ceux royalistes de Saulieu, de Semur, de Saint-.Iean-de-Losne et de Verdun, tinrent constamment en échec les lieutenants du duc de Mayenne ; enfin quand, exaspérés de leurs insolences, les bourgeois de Beaune et de Dijon se soulevèrent, la besogne était déjà en bonne voie quand Biron accourut a leur aide.

Ces souvenirs étaient encore vivants parmi nos populations lorsqu'en 1635 la rupture de la neutralité entre les deux Bourgognes déchaîna sur elles les horreurs d'une guerre d'invasion Aux levées extraordinaires que faisaient les Comtois pour résister aux Français, les Etats de Bourgogne répondaient en mettant sur pied leurs milices (2). Chose triste à dire, les deux pays, communs d'origine mais séparés par la politique, déploient pour soutenir une lutte qui heureusement fut la dernière une ardeur et une obstination sans égales. Le prince de Condé, obligé d'envoyer une partie de son armée au secours de la Picardie, est forcé de lever le siège de Dôle ; Galas et le duc de Lorraine entrent en lice à leur tour pour venir échouer devant Saint-Jean-de-Losne défendu par 150 soldats et 250 bourgeois. Ils avaient déjà éprouvé devant Mirebeau et Verdun l'héroïque courage de nos citadins bourguignons.

La paix de Nimègue, en reportant la frontière française au Jura, fit de la Bourgogne une province d'intérieur. Dès lors les milices bourgeoises ne servirent plus que pour l'ornement des cérémonies publiques ou l'entrée des grands personnages. Tout au plus les utilisait-on comme garde de police en de certaines circonstances, comme par exemple le passage des troupes. Encore sous ce rapport étaient-elles si insuffisantes, qu'en 1731, à Dijon, on fut obligé de prélever dans les cadres un corps spécial soldé, qui, sous le titre de guet, veillait à la sûreté publique (3). Néanmoins, chose remarquable, au fur et à mesure que ces milices diminuaient d'importance, on augmentait le nombre de leurs officiers, c'est-à-dire des privilégiés : ainsi aux anciens, comme les capitaines, lieutenants et enseignes, on adjoignait un capitaine et un lieutenant de muraille, des majors, des sergents de bande, d'une utilité plus que contestable. Ce qui n'empêcha point le fisc de convertir tous ces grades en offices héréditaires (1694)

(1) Ordonnance du 17 novembre 1589. Les casaques des chefs étaient en velours cramoisi et la cornette en taffetas de même couleur.

(2) Arch. des Etats, C. 3082, 3601.

(3) Ce premier essai d'un corps soldé réussit peu, car, en 17G5, le prince de Condé, Louis-Joseph de Bourbon, fut obligé de le réorganiser sur de nouvelles bases. Néanmoins ce nouveau corps, quoique formé d'anciens soldats, ne rendit jamais des services bien sérieux, car, en 1775, lors de l'émeute causée par la disette, elle ne laissa rien à envier à l'ancienne milice bourgeoise en face du Lanturlu.

que les Elus rachetèrent au prix d'un million payé par les communautés, mais sans rendre aux mairies leurs anciennes prérogatives (1).

Au surplus, si ces officiers trouvaient rarement l'occasion de paraître à la tète de leurs troupes, ils ne laissaient jamais échapper celle d'élever des questions de préséance, soit avec la Chambre de ville, soit avec les milices soldées. Ceux de Dijon et le maire en tète s'attirèrent en 1742 une verte réprimande du ministre Saint-Florentin pour avoir voulu précéder la milice à la procession de la sainte Hostie (2).

Indépendamment du maire, chef suprême de toute milice bourgeoise, nos ducs et après eux les rois de France exigeaient en temps de guerre et par mesure de sûreté générale que la direction de la défense des places demeurât confiée à un officier expérimenté choisi et payé par la ville, mais dont ils se réservaient l'institution (S). Ces capitaines avaient pour mission de prescrire tout ce qui leur paraissait nécessaire pour la défense, de commander la milice, de diriger le guet et la garde, de recevoir et faire loger les retrayants. En temps d'éminent péril toute la responsabilité de la défense reposait sur lui. Après la réunion du duché à la couronne, les gouverneurs de la province, qui avaient déjà entrepris sur le choix des officiers de la milice, respectèrent encore moins la prérogative de la mairie de pourvoir elle-même à la nomination du capitaine, là surtout dans les villes où comme Dijon, Auxonne, Beaune, Autun, Chalon, Semur et Châtillon, il y avait un château dont les commandants avaient la prétention de tout diriger à leur gré (4). Les officiers municipaux avaient encore à se défendre contre le Parlement, qui toujours envahissant prétendait avoir aussi la connaissance des armes en l'absence du gouverneur et de ses lieutenants. Partout maires et échevins tinrent bon, et de guerre lasse la prérogative au moins nomiuale finit par leur rester. Seulement, durant la guerre de sept ans, sous prétexte de maintenir la discipline parmi les prisonniers internés dans nos villes, le gouvernement institua des commandants militaires qui, la paix conclue, n'ayant plus de surveillance à exercer, ne trouvèrent rien de mieux que de disputer aux officiers municipaux le peu qui leur restait d'attributions militaires. A Dijon, la lutte fut des plus vives, maintes fois la mairie réclama pour la suppression d'une charge reconnue inutile, elle n'obtint gain de cause qu'en 1784- (5), c'est-à-dire cinq ans avant que la milice bourgeoise disparaissait ellemême pour faire place a la garde nationale.

(1) Arch. de Dijon, Officiers de la milice bourgeoise, H. 7; Arch. des Etats, Rachats d'offices, C. 3500.

(2) Analecla divion., Corresp. de la mairie, III, 434.

(3) Arch. de Dijon, H. 1, Capitaine de la ville, délibérations de la Chambre de ville ; Arch. de Beaune, chapitre Milice bourgeoise.

(4) Même note que la précédente.

(ô) Arch. de Dijon. H. 4, Commandants militaires ; Analecta divion., Corresp. de la mairie, III. CXVII. 457, 458, 459, 528, 529, 530.

§ 5. — Compagnies d'archers, d'arbalétriers, chevaliers de l'arquebuse.

A côté des milices communales pourvues indistinctement de toutes sortes d'armes offensives ou défensives, suivant la fortune de ceux qui les composaient, on trouve, dès le commencement du quatorzième siècle (1), dans nos villes et dans nos bourgs, l'existence de corps spéciaux qui, sans être séparés de la milice locale, s'en distinguèrent pourtant durant tout le temps qu'on les employa au service de guerre. Nous voulons parler des archers, des arbalétriers et des chevaliers de l'arquebuse.

Les archers, porteurs d'une arme connue de toute antiquité, étaient les plus répandus. On les signale partout. Les arbalétriers, moins nombreux, n'existent concurremment avec les archers qu'à Dijon, à Auxonne, à Beaune, à Chalon, à Chàtillon, à Montbard et à Semur-en-Auxois. Talant était gardé par les arbalétriers. Ils donnèrent leur nom à une des portes de la ville (2).

Pour l'une et l'autre de ces armes, l'obligation de fréquents exercices pour acquérir l'habileté nécessaire amena bientôt archers et arbalétriers à se grouper et, suivant la coutume, à s'organiser en confrérie ayant statuts, officiers et bourse commune (8). Ils formèrent ainsi une sorte de milice d'élite toujours prête à marcher.

Aussi, bien avant que le duc Philippe eût par son ordonnance de 1427 remis en honneur et constitué pour ainsi dire l'existence légale de ces compagnies, nos villes, dans l'intérêt de leur défense, s'étaient toujours efforcées de leur donner les moyens de s'exercer librement, soit en contribuant à leur créer des champs de tir, des buttes comme on disait alors, soit en excitant l'émulaiion parmi elles par des avantages pécuniaires ou des immunités. En 1396, Odart Douay, conseiller du duc, et qui fut maire de 1401 à 1402, fit élever une butte au curtil de Notre-Dame du Val-des-Choux, « pour ébattre les bourgeois et les enfants et apprendre le trait de l'arbalète afin de défendre la ville ». Elle lui coûta 16 francs, la mairie concourut pour 3 francs dans la dépense (4). En 1415, elle octroya encore 15 francs dans le même but (5). Cinquante ans plus tard (1441), « pour le bien et honneur de la ville », les magistrats établirent

(1) Arch. de la Côte-d'Or, Chambre des comptes de Dijon, B. 1122t. G-uido balistarius de Talento.

(2) Monographie du château de Talant, Méni. de la Commission des antiquités de la Côte-d'Or, III, 282.

(3) La confrérie des archers et des arbalétriers de Dijon, sous le vocable de saint Sébastien, avait son siège au couvent des Cordeliers. Voir pour leur organisation et leurs statuts les articles 18 à 25 de la série H des Archives municipales. Celle de Beaune était également établie aux Cordeliers. On y voyait avant la Révolution un magnifique vitrail datant de 1443 où, à côté des portraits du duc Philippe le Bon et de la duchesse Isabelle de Portugal, on voyait les archers, dit Courtépée auquel nous empruntons ce récit, habillés presque comme les houzards, tirer l'oiseau planté sur un arbre.

(4) Arch. de la ville, registre du secret, de la mairie, B. 139.

(5) lbid., B. 149.

le tir des archers et des arbalétriers dans la saussaye de la Colombière (1), d'où les premiers revinrent en 1491 s'établir rue des Crais (2), tandis que les autres s'installaient cinq ans plus tard rue du Prévôt-Guillaume (3), sur un vaste emplacement à l'acquisition duquel la mairie avait contribué. Ces deux compagnies y résidèrent jusqu'à la Révolution.

Les vainqueurs du papegay que l'on tirait chaque année, en grande solennité, étaient proclamés rois. A ce titre, ils prenaient le commandement de la compagnie et recevaient du trésor municipal, le roi de l'arbalète 60 francs et celui de l'arc 40 seulement, destinés à les indemniser des frais attribués à leur royauté. Ils étaient autorisés en outre à faire entrer quatre queues de vin en franchise. La mairie les exemptait de plus des subsides municipaux du logement militaire. Plus tard, enfin, le souverain y joignit l'exemption des tailles. Ces immunités, annuelles pour le roi, devenaient viagères pour l'empereur, nom donné au vainqueur du papegay durant trois années consécutives (4).

Ces exemptions étaient générales et s'appliquaient à toutes les compagnies du duché (5).

Aux veuves des arbalétriers tués devant l'ennemi, la mairie accordait aussi des secours. Par une délibération de la Chambre de ville de l'année 1417, une somme d'un franc fut donnée à la femme d'un arbalétrier qui avait trouvé la mort au siège de Nogent-le-Roi (6).

Parmi les moyens employés dans nos villes pour exciter l'émulation des compagnons archers ou arbalétriers, figuraient les pas d'armes, aux prix desquels on conviait les compagnons des villes voisines. La paix d'Arras venait à peine d'être conclue, que la mairie de Dijon faisait un appel aux arbalétriers du duché et envoyait des vins d'honneur à ceux qui s'étaient rendus à son mandement (7). En 1465, Etienne Chambellan, ancien vicomte mayeur, riche bourgeois de la ville, faisait lui-même la dépense d'une réunion semblable (8). Les autres villes ne restaient point en arrière. En 1405, Chalon ouvrait aussi la lice, et les arbalétriers dijonnais, conduits par leur roi, Me Jean Chappon, conseiller maître à la Chambre des comptes, faisaient leur entrée dans cette

(t) Arch. de la ville. Registre du secret, de la mairie, B. 150.

(2) Id., H. 21. Titre de la compagnie du jeu de l'arc. La rue des Crais est aujourd'hui la rue Sainte-Anne.

(3) Arch. de la ville, registre du secret, de la mairie, B. 67. La rue du Prévôt-Guillaume est aujourd'hui la rue Berbisey.

(4) Arch. de la ville, registre des délibérations de la mairie. Papiers relatifs aux jeux de l'arc et de l'arbalète, art. 18, 25 de la série H.

(5) Arch. de la ville de Beaune, chapitre de la Milice bourgeoise. Courtépée, Relation du grand prix rendu à Beaune. en 1118.

(6) Arch. de Dijon, registre du secret., B. 149.

(7) 1437. Arch. de la ville, registre du secret., B. 155.

(8) Arch., B. 162.

ville, précédés de Philippe Bergain, trompette, revêtu de sa livrée municipale, sonnant de sa trompette d'argent à la bannière aux armes de la ville (I).

L'usage de pins en plus répandu de l'arquebuse ayant amené peu à peu l'abandon des autres armes de jet, les compagnies des archers et des arquebusiers perdirent bientôt leur caractère militaire pour devenir des associations de plaisir. Beaucoup se confondirent avec les chevaliers de l'arquebuse. Celles qui survécurent conservèrent jusqu'à la fin, comme souvenir de leurs anciens services, leur organisation et les immunités attribuées aux vainqueurs de leurs prix (2).

Dès le milieu du quinzième siècle, Dijon et nos villes principales conservaient dans leurs arsenaux, à côté des bombardes, des veuglaires et des faucons dont elles armaient leurs remparts, un certain nombre de couleuvrines à main et de haquebutes qu'on déchargeait appuyées sur des fourchettes (3). De là, comme pour les arbalétriers, la nécessité d'avoir, en dehors du canonnier municipal, des hommes exercés au maniement des nouvelles armes. C'est là l'origine de nos chevaliers de l'arquebuse qui, peu nombreux au commencement du seizième siècle, se multiplièrent au fur et à mesure que les perfectionnements apportés à l'arme la rendaient à la fois plus maniable et plus légère.

Ces nouvelles compagnies, destinées à rendre pour la défense du pays des services beaucoup plus efficaces que ceux de leurs devancières, reçurent des administrations locales les mêmes privilèges et les mêmes immunités (4). Les rois, dont l'autorisation pour leur établissement était devenue obligatoire, considérant, disent leurs lettres patentes, la nécessité pour les villes « d'estre garnies de gens industrieux » pour la défense et la conservation de ces places à rencontre des ennemis et adversaires, ne la refusèrent jamais (5).

La compagnie de Dijon date des premières années du règne de François Ier, celles d'Autun, de Beaune, de Chai m, de Màcon. de Tournus, de Saulieu, la suivent à peu de distance. Les arquebusiers de Nuits apparaissent sous Henri IL Henri III institue en 1575 ceux de Châlillon-sur-Seine. Les compagnies d'Arnay-le-Duc, de Semur, de

(1) Arch., B. 160.

(2) Id., registre des délibérations de la mairie, art. 18, 25 de la série H.

(3) L'artillerie de la commune de Dijon. Annuaire départemental, année 1863.

(4) A D jon, la mairie concéda aux arquequsiers un terrain au pâquier de la saussaye de la Colombière. contigu à celui des autres compagnies (Ordonn. du 25 av il 4543, reg. des délibérations, B. 182). Elle les autorisa en 1583 à y établir de nouvelles buttes pour exercer la jeunesse, et, quand les chevaliers se décidèrent à bâtir des pavillons pour leurs commoditéo, la ville ne leur marchanda point les allocations (reg. des années 1506. 1608. 1613, 1616, 1632, etc.). Le roi des arquebusiers obtint aussi les mêmes faveurs que ceux des autres compagnies (reg. d<>s délibérations de l'année 1545). Indépendamment du concours qu'elles trouvaient dans la plupart des administrations locales, les Etats du duché ne restaient jamais sourds à toutes demandes de secours, soit pour l'entretien des bâtiments des jeux, soit pour les prix.

(5) Lettres patentes du roi Henri III, du mois de décembre 1575, portant établissement du jeu de l'arquebuse de Châtillon-sur-Seine (Arch. dép., Corporations laïques, E. 1144).

Bar-sur-Seiue, de Chagny, de Guiseaux, de Flavigny, de Montcenis, de Nolay, de Noyers, de Saint-Jean-de-Losne et de Seurre ont pris naissance durant les troubles de la Ligue. Henri IV autorisa celle d'Avallon en 1609, Louis XIII, celles d'Auxerre en 1614 et de Monlbard en 1623 (1).

A l'exemple de leurs devancières, les compagnies de l'arquebuse n'eurent au commencement d'autre chef que le roi annuel du papegay (2). Mais, dès la fin du seizième siècle, on voit ce personnage assisté dans son commandement par un capitaine, un lieutenant et un enseigne, exemple que s'empressèrent de suivre les chevaliers des jeux de l'arc et de l'arbalète. La raison pour les arquebusiers, c'est qu'étant à cette époque de troubles destinés non plus à des expéditions lointaines, mais à un service d'exploration au dehors et de surveillance à l'intérieur, il était indispensable qu'ils fussent bien commandés. Ces officiers étaient donc élus librement par les arquebusiers en présence des magistrats municipaux, privilège qui leur fut retiré plus tard comme aux autres officiers de la milice bourgeoise.

Quoi qu'il en soit, durant toute leur existence comme auxiliaires des troupes soldées, les arquebusiers bourguignons ne faillirent point à leur mission. Ils étaient à peine constitués à Dijon, que le maire leur confiait la garde des portes de la ville, menacées par des bandes de lansquenets (1527) (3). Sous la Ligue, des arquebusiers mêlés aux lanciers battaient l'estrade autour de Dijon, à la rescousse des partis royalistes sans cesse renaissants. D'un autre côté, les arquebusiers d'Aulun repoussaient vaillamment le maréchal d'Aumont, sous les étendards duquel ceux de Saulieu et de Semur, demeurés royalistes, étaient venus se ranger. Lors de l'invasion de Galas, des partis d'arquebusiers défendirent les passages des rivières, ceux d'Auxonne arrivèrent au secours des Losnois lors du dernier assaut livré à la place et contribuèrent à le repousser. Plus tard, enfin, lors de la seconde conquête de la Franche-Comté, le grand Coudé fit appel à leur patriotisme, tandis qu'on dirigeait ceux de Chalon sur les bords de la Seille. Les chevaliers du noble et honoré jeu de l'arquebuse de Dijon, conduits par le lieutenant Béruchot, arrivaient sous les murs de Besançon et s'y conduisaient de façon à mériter les récompenses de Louis XIV (4).

Cette glorieuse expédition fut la dernière. La Bourgogne étant, comme nous l'avons

(1) Courtépée, Relation du prix-rendu à Beaune en 1118.

(2) En 1595, les chevaliers de l'arquebuse, mécontents de ce que leurs chefs, à l'exception du roi, tous ligueurs déterminés, s'étaient réfugiés au château, lors de l'entrée de Henri IV, les cassèrent et en nommèrent d'autres.

(3) Arch. de la ville, registre des délibérations, B. 172.

(4) Parmi eux figurait le boulanger Evrard, qui avait remporté plusieurs prix. Evrard, habile tireur, contribua, dit-on, à faciliter les approches de la citadelle en mettant hors de combat un moine qui, posté derrière une embrasure, les rendait inabordables Après la prise de la place, Louis XIV donna une épée d'honneur à Béruchot et fit distribuer quatre louis à chacun de ses compagnons (reg. des délibérations).

dit, devenue province d'intérieur, les chevaliers de l'arquebuse, à défaut de services militaires, ne firent plus parler d'eux qu'à l'occasion des grands prix de province dont ils conservèrent le monopole à l'exclusion des autres compagnies de jeux. Ces prix, rendus à des distances assez éloignées, prenaient les proportions d'un événement politique. Non seulement la valeur en était considérable, mais les villes où ils se rendaient s'ingéniaient à entourer la fête de tout l'éclat possible et à exercer envers leurs hôtes d'un jour l'hospitalité la plus large et la plus courtoise (1). Il est vrai que dans ces sociétés toutes de privilégiés, car on avait fini par n'y admettre que des bourgeois, des marchands, des officiers de guerre ou de justice (2), des précautions étaient prises pour écarter de ces réunions tout débat de préséances irritant. D'après la règle imposée par le gouverneur, les compagnies devaient prendre rang suivant l'ordre assigné aux villes ou aux bourgs dans l'assemblée des Etats (3). Seulement, quand arrivaient à ces concours auxquels on les conviait les compagnies des provinces voisines, ou bien quand nos chevaliers se rendaient aux appels du dehors, ce n'était pas chose facile d'empêcher par exemple Dole de disputer le pas à Besançon et ce dernier ou Grenoble de le céder à Dijon (4). Du reste, infatués de leurs derniers succès, les chevaliers de l'arquebuse avaient eu un moment, mais saos succès, la prétention admise en Champagne de précéder la milice bourgeoise (5).

Après la prise de la Bastille, toutes ces compagnies prirent fin avec le régime auquel elles appartenaient, et les chevaliers, déposant l'arquebuse, grossirent les rangs de la nouvelle garde nationale (6).

(1) Courtépée, Relation du prix rendu à Beaune en il'tH.

(2) Arch. de Dijon, Chevaliers de l'arquebuse, 1748, H. 50. Une ordonnance royale de 1776 comprenait les chevaliers de l'arquebuse au nombre de ceux qui avaient le privilège du port d'armes dans l'intérieur du royaume (Arch. de Dijon, H. 26).

(3) Ordonnance du prince de Condé, gouverneur de Dijon, rendue en 1715 (Arch. de Dijon, H. 31).

(4) Arch. de Dijon, H. 31.

(5) Arch. de Dijon, Chevaliers de l'arquebuse, 1730. II. 26.

(6) Ibid.

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