‹ Chartes de communes et d'affranchissements en Bourgogne (volume 2)Chapitre 93 sur 122 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

SOMMAIRE

L'Instruction publique. — § I. Les origines des établissements d'instruction en Bourgogne. Les écoles religieuses. — § II. Les établissements d'instruction du onzième au quinzième siècle. Laïcisation progressive. — § III. L'organisation des écoles au quinzième siècle. — § IV. Les collèges municipaux du seizième siècle. — § V. Les collèges congréganistes jusqu'à l'expulsion des jésuites. Les études et l'éducation au dix-septième siècle. — § VI. L'enseignement des collèges depuis l'expulsion des jésuites à la Révolution. L'instruction primaire, les collèges, l'Université, l'Académie, les cours publics (1).

Il n'est pas possible d'étudier la vie municipale d'autrefois sans parler de l'enseignement, car l'enseignement a été, un moment, la chose des municipalités et la période la plus active de propagation des écoles a correspondu à l'épanouissement du mouvement communal. On peut dire que l'instruction a marché de pair avec les chartes de franchise. Toutefois les écoles municipales ne sont pas les premières, elles ont été précédées par les écoles religieuses des cathédrales et des monastères; elles ne sont pas non plus les dernières de l'ancien régime. Les écoles congréganistes, celles des jésuites en particulier, échappent en fait aux municipalités et, à la suite de l'expulsion des jésuites,

(1) L'abbé Boullemier, Essai historique sur les écoles et collèges de Dijon, depuis le douzième siècle jusqu'en 1700 Extrait des registres et archives de l'holel de ville, de celles du collège des Godrans, des registres des Etats et de plusieurs autres documents ou manuscrits ou imprimés. Ce mémoire, présenté à l'Académie de Dijon, le 20 février 1783, se trouve mis au net aux Arch. mun. de Dijon, manuscrit 947 (Fonds Baudot, .31), et également manuscrit 821 (Ancien fonds, 482). Muteau lui a fait de très larges emprunts.

Batault, Estai historique sur des écoles de Chalon-sur-Saône du quinzième siècle à la fin du dixhuitième, dans Mémoires de la Société d'histoire et d'archéologie de Chalon-sur-Saône, t. VI, 1872, p. 1 à 168.

De Charmasse. Etat de l'instruction primaire dans l ancien diocèse d'Autun pendant les dix-septième et dix-huitième siècles. [Extrait des Mémoires publiés par la XLIP session du Congrès scientifique de France]. Il y a eu une 2" é.iit., Aulun, 1878, in-S°.

Quantin, Recherches sur l'instruction primaire avant 1790 dans les pays qui forment le déparlement de l'Yonne. Auxerre, 1874. in-8°. [Extrait de l'Annuaire de l'Yonne pour 1815\.

Quantin, Histoire de l'enseignement, secondaire et supérieur dans les pays du déparlement de l'Yonne avant 179», Auxerre, 1877, in-8°. [Extrait de Y Annuaire pour l'Yonne, 1877].

Ch. Muteau, Les écoles et collèges en province depuis les temps les plus reculés jusqu'en 1789. Pans, 188», in-8°.

Fayet, Les écoles de la Bourgogne sous l'ancien régime, Langres, 1875, 1 broch. de 32 pages.

Sur le collège des Godrans, l'on trouvera d'importants renseignements dans la thèse de l'abbé Deberre. La vie littéraire à Dijon au dix-huitième siècle d'après des documents nouveaux, Paris, Picard, 1902, in-S°, Dijon, Nourry, et le compte rendu très clair qu'en donne l'abbé Debrie dans le Bulletin d'histoire, de littérature et d'art religieux du diocèse de Dijon, 22° année, 1903, p. 36, 131, 157, 186, 204, 226, et 1904, p. 14, 56, 80. En réalité, ce compte rendu constitue un travail important et très poussé sur certaines

ce seront les parlements et l'intendant qui s'occuperont de l'enseignement en attendant que la Révolution en fasse un devoir pour la nation.

Ce simple aperçu montre combien il est nécessaire dans une étude de l'histoire des écoles de la Bourgogne de distinguer soigneusement les époques.

§ Ie1'. — Les origines des établissements d'instruction en Bourgogne.

Les écoles religieuses.

Lorsque les barbares envahirent définitivement la Gaule au quatrième et au cinquième siècle, ils ne rencontrèrent plus les grandes écoles gallo-romaines jadis si florissantes. Sur le sol qui devait devenir la Bourgogne, celles d'Aulun avaient disparu, ruinées par les Bagaudes en 270 (1). Elles ne semblent pas avoir été rétablies, et, plus tard, l'enseignement brillant d'Eumène ne leur procurera qu'une résurrection passagère (2). L'insécurité générale était trop grande. Des organismes aussi fragiles que des écoles supérieures ne pouvaient vivre dans une atmosphère remuée et gâtée par la barbarie, la misère et la peur. Les études subirent donc une éclipse pareille à celle que des circonstances analogues, lors des guerres de religion et de la Révolution, produisirent.

Il ne resta plus debout pour porter ce qui subsistait de civilisation que des hommes isolés et des enseignements privés. Parmi ces épaves, notons Syagrius que Sidoine Apollinaire nomme « le Solon des Burgondes »(3) et les autres praticiens qui mirent au service du législateur barbare leur connaissance du droit romain. Les Burgondes n'étaient point, d'ailleurs, insensibles à toute culture. Gondebaud peut, à

questions. — Pour Autun, voir A. de Charmasse, Les Jésuites au collège d'Aulun (1618-1763) : Mémoires de la Société éduenne, 1884; sur les collèges de Beaune et de Semur nous indiquerons à leur place les études de Charles Aubertin et de Leleu. Joseph Garnier avait fourni à M. Muteau une certaine partie de sa documentation (voir Muteau, p. 115, note 2), il a tracé lui-même un court historique du collège des Martins et du collège des Godrans dans la Préface du volume d'inventaires de la série D des Archives départementales de laCôte-d'Or, p. v à x. Pour le collège des Martins, voir la Correspondance de la mairie de Dijon, I, p. 117, 120. Il indiquait encore en 1895 dans V Annuaire départemental de la Côte-d'Or, p. 489-41)2. quelques documents appréciables.

(1) Il y avait également à Lyon et à Besançon au troisième siècle des établissements publics d'instruction. Sur les périodes antérieures à l'invasion des barbares, voir Y Histoire littéraire, t. I, p. 135, 243, 317-319.

(2) Eumènedans son Pro restaur. scholis n'indique qu'un projet et les recherches archéologiques paraissent démontrer que ce projet ne reçut pas d'exécution. Toutefois l'on ne peut, avec M. Hirschfeld. Corpus inscript, lat., t. XIII, p. 404, conclure du fait de la brièveté et de l'incorrection des inscriptions romaines d'Autun à une absence d'influence profonde de la civilisation latine dans cette ville. Sur ces points. Harold de Fontenay et Anatole de Charmasse dans Autun et ses monuments, précédé d'un précis historique, Autun, Dejussieu, 1889, un vol. in-16, p. 172 et p. lvii, lxviii et lxix. Voir aussi Boger, L'enseignement des lettres classiques d'Ausone à Alcuin. Introd. à l'histoire des écoles caroling., Paris, 1905, 1 vol. in-8° de 459 pages, p. 3. L'opinion contraire a été soutenue par Barbie du Bocage et l'dbbé Bochet. On la trouve implicitement dans YHisloirc littéraire, t. I, 2e part., p. 7. qui affirme, sans preuves, qu'entre 350 et 400 les écoles d'Autun étaient florissantes.

(3) Sid.. Epist. V, 5.

distance, faire figure d'homme instruit (1). Quelques rhéteurs oui, ça et là, conservé près d'eux des disciples cherchant à recueillir leurs préceptes sur l'art qui les avait éblouis. On peut conjecturer également que, très clairsemées, quelques écoles privées (2) s'obstinent à vivre d'une vie languissante.

La chose certaine, c'est qu'au sixième siècle elles sont seules ; c'est aussi qu'elles sont devenues des écoles religieuses. L'écroulement du monde romain a détourné les esprits de la rhétorique ancienne et les a jetés dans les problèmes métaphysiques. On s'interroge sur la vie et sur le devoir de vivre. L'Eglise porte tout ce qui demeure de la société antique La constitution même du catholicisme et son idéal lui font un devoir de répondre aux nouvelles demandes et d'enseigner, il a besoin de prêtres et de fidèles, donc d'écoles pour les uns et pour les autres. En l'an 529, le concile de Vaison prescrivait aux curés de recevoir des jeunes gens célibataires pour leur apprendre les psaumes, les entretenir dans les pieuses leçons et leur inculquer la loi de Dieu (3). Un peu de lecture, car il faut déchiffrer des livres sacrés, de chant pour les offices et d'écriture, formait le modeste bagage de ces écoles presbylérales qu'il serait dérisoire de transformer en officines d'un haut enseignement avec les uns et injuste de mépriser avec les autres, car elles furent les germes qui permirent les épanouissements de l'avenir.

C'est dans de telles écoles qu'étudièrent dans le courant du sixième siècle à Avallon saint Germain avec son parent Stratidius (4), à Autun saint Eptade (5) et saint Léger (6), à Chalon-sur-Saône, saint Loup (7).

(1) Avitus, Epist. 1 (éd. Peiper, p. 13). Toulelois Jahn exagère en voyant en lui un véritable représentant de la culture romaine. Geschiclilc der Burg., I, p. 14C.

(2) En ce sens, Roger, p. 70 et 91. Il ne croit pas que les écoles de Lyon, Clermont, Agen, Périgueux, Bordeaux, dont on parle au cinquième siècle, soient véritablement des écoles publiques.

(3) « Hoc placuit, ut omnes presbyteri, qui sunt in parrociis constituti, secundum consuetudinem, quam per totam ltaliam salubiiter teneri cognovemus, iuniores lectores quantoscumque sine uxoribus habuerent, secum in domo, ubi ipsi habitare videntur, recipiant et eos quomoio boni patres spiritaliter nutrientes psalmis parare, divinis lectiDnibus insistere et in lege Domini erudire contendant, ut et sibi dignos successores provideant et a Domino prœmia aeterna recipiant. Cum vero ad aetatem perfectam parvenerint, si aliquis eorum pro carnis fragilitate uxorem habere voluerit, potestas ei ducendi coniugium non negetur. » Maassen, Concila Aevi Merovingici, t. I, p. 56.

(4) Saint Germain de Paris, né à Autun en 446, mort vers 576, avait étudié à Avallon où même un attentat fut commis contre sa vie. « Deinde cum Avallone castro cum Stratidio propinquo, puer scolis excurreret ». Sa vie, par Fortunat; Krusch, Avrt. anliq., t. IV C», p. 12. Il avait également étudié à Luzy; ibid., t. IV, p. 3.

Sur les écoles d'Avallon, on trouvera des indications dans la Notice sur les établissements publics d' Avallon, de l'abbé Gally, Bullet. de la Soc. des sciences de l'Yonne, 1852, p. 276.

(5) Saint Eptade, piètre au diocèse d'Autun, né vers le milieu du cinquième siècle, mourut en 523. Hist. littér., p. 182: c Cum esset ergo annorum duodecim, nescientes parentes ejus, ad disciplinam fugit scolare, ibique se ipse magistro infanciam aetatis suae tradidit sacris litteris edocandam. Ex quo facto pauca quidem tempora, quae scolares sibi non tantum quoaequavit, verum etiam omni scientiam litterarum cunctos longe precellens superavit, illustrabat eum divina sapientia, et prudentia spiritali gratia decorabat. » — Krusch, Script, rerum meroving., t. III, p. 187. Molinier, Les sources de l'histoire de France, I, n° 322.

(6) « Cumque a Didone avunculo suo Pectavi urbe episcopo, qui ultra adfines suos prudentia divitiarumque opibus insigne copia erat repletus, fuisset strinue aenutritus et ad diversis studiis quae saeculi potentes

Les monastères bourguignons les plus anciens ne négligèrent pas non pins cet enseignement d'habitude élémentaire. La règle de saint Benoît n'orrionnail-elle pas que chaque jour un des novices les plus versés dans les lettres (1) instruirait pendant trois heures la jeunesse qui se destinait à embrasser la vie monastique?

Au monastère de Saint-Jean de Réome, saint Seine apprit la théologie (2) et parvint à un tel degré de science qu'il excitait l'admiration des moines des établissements étrangers.

Sur ces écoles nous n'avons que peu d'indications. Il y régnait une certaine émulation. Les documents indiquent avec complaisance que le saint élève dont ils parlent surpasse de beaucoup ses camarades(3). Il joint parfois, comme saint Léger, à la science des lettres celle du droit. Mais ces connaissances qui pouvaient s'acquérir près des rhéteurs et prés des praticiens n'exigeaient nullement l'existence d'écoles savantes. On peut même se passer d'écoles : saint Jean de Réome reçut la première instruction dans sa famille (4). Sidoine Apollinaire et Grégoire de Tours (5) furent nourris vraisemblable

studire soient, adplene in omnibus disciplinée esse lima politus, in eadem urbe ad onus archidiaconatus fuit electus. Tanta in eo subito fortitudinis atque sapientiae robor emieuit, ut inpar prae suis antecessoiibus appareret; prœsertim cum mundanae legis censuram non ignoran-t, saecularium terribilis iudex fuit. Et dum canonicis dogmatibus esset repletus, extitit clericorum doctor pgregius. Erat quoque in disciplina delinquentium vividus, qui carnis luxo numquam extitit resolutus ; sagati cura pervigil in ecclesiasticorurn offitiis, strinuus in ratiociniis, prudens in consiliis, rutilans in eloquiis. » Krusch, Script, rer. meroving., 1910, p. 283. Mabillon. Acta SS., t. II, p. 680. Molinier, loc. cit., I, 426, 1685.

(7 de la page précédente) Sur saint Loup, évèque de Chalon-sur-Saône, mort en 605 ; il fut à Chalon de 595 à 603. Hist. litt., t. III, p. 433. Gallia christiana, t. IV, p. 869, 8T0 : « Satagebat quoque erga quotidianae eruditionis profectum, et instituta divinorum voluminum scholae auditoribus suis caelestis eloquii copiam ministrabat. » — Perry, Hist. de Chalon, pr., p. 26. Molinier. I, 421.

N'oublions pas que saint Césaire. qui, au début du sixième siècle, établit à Arles une abbaye de religieuses ooeupées du soin des écoles et de la copie d'ouvrages rel'gieux et profanes, était né à Chalon-sur-Saône.

Nous ne parlerons pas des écoles de Langres et de Dijon qu'aurait créées au milieu du cinquième siècle l'évêque de Langres, saint Apruncule, Mémoires de la Société arch. de Langres, t. XI, cité par Batault, p. 9, cette opin'on n'étant appuyée d'aucun texte.

(1) Sur les bibliothèques des monastères. Hist. littéraire, t. III, p. 31.

(2) « Per dies archimandritam quaerebat qui eum vitam monasterii docebat et sanctissimorum Patrum collatinnibus erudiret et institutionibus. » Mabillon, Acta SS., t. I, p 264; Hist. litlér., t. III, p. 367. Sur saint Seine qui mourut en 580, le P. Rouvier, Hist. de Moutiers-Saint-Jean. Dom Plancher, t. I, p. 59. La vie de saint Seine est considérée comme suspecte par Krusch, Script, rer. merov., t. III, p. 513. Voir aussi, Krusch, Script., t. I, p. 801. Molinier, I, 328.

(3) La même chose nous est rapportée de saint Loup, évêque de Sens, mort en 623. Ses parents inspirés par Dieu s'appliquèrent de bonne heure à son instruction : « Mox editum parvulum, pabulo enutritum, expleto tempore cunarum, erudiendum iradiderunt studiis litterarum. Mox in eo lampada caelestis gratiae ita resplenduit ut cunctos sodales suos in scola praecederet et flore sapientiae ac rivo torrentis facundiae superaret... »

Il apprend le chant « et ore mellifluo cantus Christi armoniam insonare ». — Krusch, Script, rer. merov., t. III, p. 179. Molinier, I, 406.

(4) Il était né à Tonnerre de parents considérés, « parentibus non ignobilibus ». Il fut élevé par eux dans la dévotion : « Quique etiam inter ipsa primordie rudimenta tam in puericia quam in adolescentia sub Christijni vigoris cultu atque religionis a parentibus alitus est atque nutritus. » Krusch, Script, rer. merov., t. III, p. 502. Molinier, I, 325.

(5) Suivant Bonnet, Le latin de Grégoire de Tours, Paris, 1890, p. 106. Celui-ci était surtout un autodidacte. On peut citer comme un exemple du genre d'études alors usité le passage de Grégoire de Tours qui

ment de leçons du même genre. Ceux qui voulaient acquérir une formation plus sérieuse en étaient réduits à s'expatrier. Atlala de Bobbio fit ses études à Reims, bien qu'il fût né dans la Bourgogne d'alors, plus tard il devint le disciple de saint Colomban; saint Germain d'Auxerre suivit des leçons de droit à Rome avant de partir avec saint Loup de Troyes pour l'Angleterre, refouler les progrès du pélagianisme et établir entre les pays insulaires et le continent franc des rapports qui allaient devenir si féconds pour ce dernier.

Nous ne saurions trop insister sur l'extraordinaire importance de ce contact et sur les heureux résultats qu'il produisit.

Une fois rapprochée de Rome, l'Eglise anglicane (1) manifesta par de très nombreux pèlerinages(2) la vivacité de sa foi, et elle réchauffa de son zèle le clergé franc jusqu'alors un peu tiède. Les Irlandais se signalent entre tous. Saint Colomban fonde sur la limite des pays bourguignons la célèbre abbaye de Luxeuil (3), une des plus éclatantes abbayes bénédictines de notre pays et la mère de tant d'établissements du même genre.

Située sur le passage de l'Italie, la future province de Bourgogne ne pouvait manquer d'être fréquemment visitée par les pieux pèlerins. Ils s'arrêtaient parfois, au passage, comme ce Wilfrid d'York qui resta trois ans à Lyon à son retour de Rome. Une preuve de ce grand nombre d'insulaires itinérants dans notre pays, et l'édifiant, est fournie par les récits de la vie de Bède le vénérable. Ils racontent qu'au siècle suivant, en septembre 716, Céolfrid mourut à Langres lors d'un voyage à Rome, et que son convoi fut suivi de plus de quatre-vingts Angles ses compagnons de route (4). Langres était alors un siège renommé. Les monastères de Luxeuil et de Saint-Seine lui fournissaient une pépinière de savants et de. saints. C'est à Saint-Seine que l'évêque Berthaut ira chercher, à cause de son érudition, le moine Frodebert pour en faire i'abbé de Luxeuil, abbaye, nous dit le texte, aussi renommée alors par le zèle de ses religieux que

nous parle de l'éducation d'Andarchius, l'esclave qui reçut le même enseignement que son maître, le sénateur Félix : « Ad obsequiurn domini deputatus, ad studia lttterarum cum eo positus, bene instilutus emicuit. Nam de operibus Virgilii, legis Theodosiani libris. artemque calcoli adplenum eruditus est. » La poésie, le droit, le calcul forment donc les éléments d'une science complète. Aussi Andarchius en est-il gonflé : « Hac igitur scientiam tumens, dispicere dominos coepit. » — Grégoire de Tours, Hist. franc, édit. Ornont, t. I. p. 136. Rien d'étonnant à cet orgueil d'Andarchius; en 438, les empereurs Valentinien et Théodore déploraient déjà la rareté des jurisconsultes.

(1) L. Duchesne, Eglises séparées, Paris, Thorin, 1896, p. 1-18.

(2) Zeltinger, Die Berichte ïiber Kompilger ans dcm Frankenrciche bis zum Jahre 800, Rom., 1900, p. 11.

(3) Les hagiographes lui attribuent non seulement des fondations authentiques mais y joignent des fondations supposées, quelquefois de monastères trancs qui existaient longtemps avant lui.

(4) « Perveniens namque Lingonas circa horamdiei tertiam, décima ipsius diei hora migravit ad Dominum, et crastino in ecclesia beatorum Geminorum marfyrum honoiifice sepultus est, non solum anglis génère qui plusquara octoginta numéro in ejus fuerant comitatu, sed et îllius loci accolis pro retardato tam reverendi senis desiderio in lacrymas luctUique solutis. > — Bedse venerabilis op. Vita SS. abb. Mign.. Patrologie, t. XCIV, col. 7:>9.

Cette pénétration des Irlandais en Gaule durera longtemps. Sous Charles le Chauve, Héric d'Auxerre dira encore : « L'Irlande nous amène sur ses vaisseaux ses innombrables sages. » — Duchesne, t. 11, p. 471 (Hist. franc, script.), cité par Maître, p. '28. Voir aussi Molinier, I, p. 185.

par la perfection de leur doctrine (I), et dont, par conséquent, l'abbé devait montrer autant d'ardeur pour la science que de vertu sainte.

Là ne s'arrêtèrent pas les services que les clergés d'Irlande et de Grande-Breiagne rendirent à la cause de l'instruction en Gaule. Les prêtres gallo-romains, sous l'impression de la vieille lutte soutenue par l'Eglise contre le paganisme, en étaient restés à une conception fort arriérée. Ils craignaient la lecture des livres païens, c'està-dire presque toute lecture ; ils s'attachaient timidement à une tradition qui, au point de vue littéraire, était encore trop faiblement exprimée pour servir de support à une éducation solide.

Charlemagne déplorait lui-même l'ignorance du clergé (2). Les Irlandais et les Bretons ne s'embarrassèrent point de ces susceptibilités d'apprendre et de ces hésitalions ; pour eux Rome, c'était le catholicisme , les livres latins se présentaient à eux comme des livres qui, provenant de la patrie catholique, ne pouvaient être totalement mauvais. Us eurent l'audace de les méditer et ne craignirent pas de chercher, au travers des ouvrages païens, des raisons et des tendances auxquelles l'enseignement du Christ avait donné une satisfaction pleine et un sens achevés. De tels hommes rendirent au clergé des Gaules sa confiance en lui-même ; des maîtres comme Alcuin le firent profiter des lumières qu'ils avaient cherchées et trouvées en Italie (3).

Sur leurs indications, Charlemagne commanda que l'on établît des écoles dans chaque cathédrale et ilans chaque monastère. VAdmonilio genemlis de 789 contient à ce sujet des prescriptions très nettes (4). Elles furent renouvelées plusieurs fois (5). Les conciles secondèrent de leur mieux les volontés de l'empereur. Celui de Riesbach, en 798 (6), invile chaque évêque à entretenir un maître capable d'instruire ses élèves

(1) « Quendam ex cœnobio sancti sequani abbatem Tendolenum nomine, eruditionis gratia. »

Levison, Vita Frodoberti, Script, rer. merov., t. IV, p. 67 et suiv. C'est ce Frodebert qui devait plus tard, au milieu du septième siècle, fonder dans un lieu marécageux, près de Troyes, l'abbaye de Saint-Pierre de Celles.

(2) Cap. de 769, 16, Boretius, t. I, p. 46. Sur les difficultés soulevées par la lecture des auteurs païens, on trouvera d'intéressants aperçus dans Chomton, Hist. de l'église Saint -Bénigne de Dijon, Dijon, 1900, p. 130, n. 2.

(3) Sur ces points Roger, p. 435. — Maître, Les écoles épiscopales et monastiques de l'occident, Paris, 1866, p. 8 et suiv., et surtout p. 20. Molinier, Les sources, introduct., p. xxn-xxv.

(4) « Et ut s holae legentium puerorum fiant. Psalmos, notas, cantus, compotum, grammaticam per singula monasteria vel episcopia discant. Sed et libros catholicos bene emendate (habeant) ; quia sœpe dum bene aliquid Deum rogare cupiunt, per inemendatos libros maie rogant. Et pueros vestros non sinite eos vel legendo vel scribendo corrumpere et si opus est evangelium, psalterium et missale scribere, perfectae aetatis homines scribant cum omni diei. » Cap. 72, Boretius, I, p. 60. Dans l'édition de Baluze, c'est le chapitre 70 ; Benedictus levita a reproduit ce passage. Liv. 1, c. 78. Baluze, t. I, col. 237 et col. 714 ; Cf. col. 992.

(5) « Nec dubiam quin multse Caroli haede re (de scholis) fuerint leges atque capitula. » Baluze, I, col. 201 et 202.

(6) Conciliurn Rispacence. « Episcopus antem unusquisque in civitate sua scolam constituât et sapientem doctorem, qui secundum traditionem Romanorum pos>it instruere et lectionibus vacare et inde debitum discere, ut per canonicas horas cursus in ecclesia débet canere unicuique secundum congruum tempus vel disposi'as festivitales, qualiter ille cantus adornet ecclesiam Dei et audientes aedificentur. » Cap. vm. Werminghoff, Concilia aevi Karolini, t. VIII, p. 199.

suivant la tradition romaine ; ceux de Mayence (1) et de Chalon-sur-Saône (2), en 813, insistaient également sur la nécessité des écoles. Peut-être môme ces prescriptions furent-elles suivies avec trop de zèle dans quelques monastères, car, en 817, on déclara qu'il faudrait, dans ces derniers établissements, séparer les écoles extérieures et canoniques ouvertes à tous, des écoles intérieures réservées aux seuls oblats (3) : le mélange des séculiers et des novices étant nuisible à ces derniers.

L'important concile d'Altigny en 822 (4), le concile romain de 826 (5), ceux de Paris de 829 (6), de Valence en 855 (7), de Paris en 846 (8), suivis de capitulaires ou iïadmonitiones conformes (9), reviennent sur cette question vitale des écoles et insistent sur le rôle qu'elles doivent jouer, et dans la formation des prêtres (10), et dans le maintien de la discipline des offices (H).

Aux parents et aux maîtres des écoliers, on recommandait de veiller à leur entrelien pour ne point les priver des avantages de l'étude pour des causes matérielles ; un fractionnement de l'école en deux ou trois lieux différents était permis si le diocèse était trop étendu (12) ; enfin, préoccupation qui revient à diverses reprises, on réclame

(I) « Propterea digr.um est, ut filios suos donent ad scolam, sive ad monasteria, sive foras presbyteris, ut fidem catholicam recte discant et orationem doroinicam ut dormi alios edocere valeant. Qui vero aliter non potueritvel in sua lingua hoc discat. » Cap. xlv. Werminghoff, Cojicilia, p. 271.

("2) « Oportet etiam ut... scolas constituant in quibus et lilteraria sollertia disciplina? et sacrae scripturae documenta discantur », § 3. C'est à ce concile de Chalon que se rapporte l'« Annotatio capitulorum synodalium », dans son chapitre lxxiii, a ut episcopi scolas constituant propter documenta scripturarum ». Werminjjhoff, Concilia, t. I, p. 274 et 305.

(3) (10 jui let 817) : « Ut scola in monasterio non habeatur, nisi eorum qui oblati sunt. » Capitulare monasticum § 55. Boretius, t. I, p. 346 Baluze, t. I, col. 585.

(4) Werminghoff, I, pars2, p. 471; voirie capitulaire dans Boretius, I, p. 357.

Le concil-- d'Attigny est rappelé plus tard dans Vadnwnitio ad omnes regni ordines, de Louis le Pieux (823-825), Boretius, I, p. 304 : « Si'olae sane ad filios et ministros ecclesiae instruendos vel edocendos, sicut n bis prsptento tempore ad Attiniacum promisUtis et vobis injunximus in congruis locis, ubi necdum perfectum est, ad mul'orum utiliUtem et profectum a vobis ordinari non neglegantur. » Beproduit dans le capitul-iire d'Auxerr», liber secundus, § 5 in fine : Boretius, I, p. 415.

(5) On y ordonne de répirer le> écoles « pro studio litterarum » et d'y mettre des maîtres capables, « magistri et doctor^s qui studu litterarum liberaliumque artium ac sancta habentes dogmatis assiduae doceant », cap. xxxin. Werminghoff. I, p. 581 sur le capitulaire qui le sanctionne, § 34, Boretius, I, p. 376.

(6) Concilium Parisienne de 829, I, p. 632, 669, ch. xxx : « Ut ab omnibus episcopis propter honorem et utihtatem eccl^siasticam sollicitior circa habendas scolas cura habeatur. Jam dudum a pio et orthodoxo principe domno H'udivico, Deo amabih imperatore, jussum et admonitum est, ut rectores ecclesiarum in eci lesiis sibi commissis strenuos miliies Christi, quibus Deus placari posset, praepararent et educarent... Sed sup<*r hac ejusdem principis ammonitione, immo iussione a nonnullis rectoribus tepide et desidiose hactenus actum est. »

(7) Il statuait pour les provinces de Lyon, de Vienne et d'Arles. Maitre, p. 30.

(8) M titre, p. 29.

(9) Voir aussi les capitulaires italiens de Clotaire, en l'année 825. Boretius, I, p. 327.

(10) Les « schotae... ad filios vel ministerios ecclesiae instruendos vel edocendos » sont visées dans un capitulaire de Beneiictus levita, livre II, cap. v. Baluze, I, col. 737. Voir aussi le cap. cxli du même : « Dignum est ut (sacerdotes) filios suos docent ad scholam, sive ad monasteria sive foras presbyteris, ut fidem caiholioam recte dicant et orationem dominicam. » Baluze, I, col. 855.

(II) Sur ce dernier point se prononce un concile français que l'on doit dater de 816-829. Werminghoff,

(12) 822, concilium attiniacence, Werminghoff, t. I, pars II, p. 471 : « Scolas itaque de quibus hactenus

à Louis le Pieux l'établissement de trois écoles supérieures là où il conviendrait (1).

Chose frappante, le chant joue un grand rôle dans l'éducation religieuse. On félicita saint Loup de Sens d'avoir su faire résonner l'harmonie du chant chrétien de sa voix suave (2). En 816, le concile d'Aix-la-Chapelle souhaile que les âmes des assistants ne soient pas élevées seulement par la sublimité des paroles chrétiennes, mais aussi portées par le prestige des sons (3). D'ailleurs, le concile, averti, ajoute qu'il ne faut pas que les chanteurs prennent de l'orgueil et se montrent trop enflés de leur art. Quant à ceux qui ne savent point chanter, qu'ils se taisent, pour ne point amener dans le chant des autres de fâcheuses dissonances (4). On ne veut point de pieuses cacophonies.

L'effet extraordinaire que produisait le chant sur les populations d'alors, en particulier sur les populations bourguignonnes, trouve un écho dans les récits de Grégoire de Tours. Dans le cimetière chrétien d'Autun, l'on perçoit des chants mystérieux, ceux des morts dont les âmes furent agréables au Seigneur. Deux habitants du lieu, pénétrant dans la basilique de Saint-Etienne, à une heure avancée de la nuit, ont été attirés par la douceur des voix qu'ils entendaient. Ils croyaient trouver là des religieux chantant matines, or, n'ont-ils pas renconiré des choristes inconnus, au corps resplendissant, qui les ont écartés sous des menaces de mort (5). Dans cette légende, il est difficile de ne pas voir la preuve du naïf étonnement qu'éprouvaient les hommes du pa\s devant les assemblées secrètes, les allures cachées des premiers chrétiens, leurs réunions nocturnes, leurs temples illuminés dans l'ombre, ei surtout devant ces chants, ces chants étranges et doux qui s'en exhalaient la nuit et que semblaient proférer des lèvres surnaturelles (6).

minus studiosi fuimus quam debueramus, omnino studiodissime emendare cupimus, qualiter omnis homo sive maioris sive minoris aetatis, qui ad hoc nutritur, ut in aliquo gradu in ecclesia promoveatur, locum denoroinatum et magistrum congruum habeat. Parentes aulem et domini singulorum de victu vel substantia corporali, unde subsistant, providere studeant, qualiter ita sulatium habeant, ut propter rerum inopiam a doctrinae studio non recédant. Si vero nécessitas fuerit propter amplitudinem parrochiae, eo quod in uno loco colligi non possunt, propter amministrationem, qiam eis procuratores eorum providere debent, fiât locis duobus aut tribus vel prout nécessitas et ratio dictaverit. »

(1) Ceci était réclamé également au concile de Paris, en 829. Adde : Maitre, p. 26.

Dans la petitio adressée en 829 à Louis le Pieux, nous voyons rappeler à l'empereur « ut morem paternam sequentes saltem in tribus congruentissimi imperii vestri locis scolae publicae ex nost.ra auctoritate fiant ». Boretius-Kraus, Capitularia, II, p. 37.

L'empereur évite de se prononcer ; il se contente de promettre de veiller « et in scolis habendis et in educandis militibus sanctae ecclesise ». Boretius, Capitularia, II, p. 35.

(2) « Et ore mellifluo cantus Christi armoniam insonare. » K'Usch, Script, ver. merov., t. III, p. 179.

(3) On parle des chanteurs quorum melodia animos populi circunistantis non solum sublimitate verboruni, sed etiam suavilate sonorum quae dicunlur erigat. Charlemagne avait établi des écoles de chant à Metz et à Soissons. Maître, p. 12.

(4) « His vero qui huius urbis minus capaces sunt, donec erudiantur, melius convenit, ut sileant, quam cantare volendo quod nesciunt, aliorum voces dissonare compellant. » Concilium Aquisgranense (816), ch. cxxxvn. Werminghoff, I (1), p. 414. Sur les écoles de chant, voir aussi ce que dit le Concilium Teatinum (de Chieti), ibid., p. 791.

(5t Gregorius Turonensis, De gloria confessorum, liber CLXXIII.

(6) Dans ce sens : A., de Charmasse. Origine des jxtroisses rurales dans le département de Saône-et- Loirc : Mémoires de la Société éduenne, nouv. série, t. XXXVII (1909), p. i3.

A partir des neuvième et dixième siècles, le jour direct de l'histoire commence à frapper les écoles bourguignonnes et nous les montre installées à Langres où l'on enseigne, dès l'année 865, la grammaire, la rhétorique et les sciences. Une éducation guerrière double l'éducation littéraire : les élèves doivent connaître le tir de l'arc et de l'arbalète, le maniement du bouclier et, en général, le métier des armes. On semble vouloir créer, avant le moyen âge, une sorte de chevalier savant.

L'organisateur de ces écoles, l'évêque Betto, en qualité de missus dominicus (1), avait à cœur de faire appliquer les décisions royales sur la tenue de celles-ci, et il serait aussi, suivant certains auteurs (u2), le fondateur des écoles de Chàtillon, écoles qui prendront consistance lors du transfert des reliques de saint Vorles de Marcenay à Ghâtillon, vers le milieu du neuvième siècle (3). Aganon, le scolastique, auteur d'une mélodie sur saint Vorles et ses miracles, y enseignera longtemps après. Ces écoles devront plus tard, en partie, leur notoriété au grand courant commercial qui va vers la Champagne et dont Chàtillon saura capter, en partie, les importants affluents italiens.

En attendant, en dehors de Langres, le vrai centre des hautes études est à Sens et à Auxerre. A Sens où professa en 830 Servat-Loup qui avait étudié à Fulda avant 836 et surtout Auxerre.

Auxerre vit se succéder dans la dignité épiscopale toute une lignée « d'évêques savants ». De 829 à 857, le siège fut occupé par Héribalde, fils d'un Bavarois (4). Il remplaçait son oncle Angelelme et « rendit illustre le collège des chanoines tant par l'étude des belles-lettres que par l'application à la science ecclésiastique (5) », suivant le docte abbé Lebeuf ; c'est à lui qu'Héric dédia avec beaucoup d'éloges une collection de Valère Maxime (6). Cet Héric, moine de Saint-Germain d'Auxerre, avait recueilli à Fulda les leçons des disciples d'Alcuin; il fut le précepteur de Charles le Chauve (7). Un autre évêque, Héribalde Walla (de 873 à 879), avait établi une bibliothèque importante pour l'époque en y employant une partie de ses revenus (8). Heritild, évêque de 887 à 909, est un maître aussi disert que chéri de ses écoliers qui s'en viennent tous les matins recevoir sa bénédiction ou, au moins, le voir un moment.

(1) Mémoires de la Société archéologique de Langres, vol. XI, Bollandistes, janvier, p. 60; Ann. ord. S. Bened., IV, p. 3G7, 'cités par Batault, Essai hist. sur les écoles de Chalon, p. 9.

(2) Courtépée, t. IV, p. 187, attribue à l'évêque Brunon, à la fin du dixième siècle, la fondation de Saint- Vorles. Nous suivons l'opinion de l'abbé Chomton ; voir aussi Vacandard, Histoire de saint Bernard, t. I, p. 10-12.

(3) Courtépée, t. IV, p. 194 ; Muteau, p. 46. — Sur ces écoles, voir aussi l'abbé Mathieu, Histoire des évêques de Langres, 1844, p. 33 ; Histoire de Chàtillon, par G. Lapérouse, 1837, t. I. p. 158.

(4) L'abbé Lebeuf, Mémoires sur le diocèse d' Auxerre , t. I, p. 188 et suiv.

(5) Lebeuf, p. 190.

(6) Lebeuf, loc. cit., p. 194.

(7) Maitre, Les écoles, p. 57, 59. On lui attribue un traité de comput. Molinier, I, n° 833.

(8) Lebeuf, t. I, p. 205.

S'ils avaient eu cet avantage, ils étaient assurés par expérience qu'ils pouvaient passer la journée sans faire aucune faute qui méritât la correction scolaslique (1).

D'Auxerre également provenait le fameux Rémi (893-908), disciple de saint Héric, qui, après avoir relevé les écoles de Reims, enseigna à Paris avec un succès tel qu'il fut comparé aux anciens Pères de l'Eglise (2). On peut le considérer comme un des plus notables précurseurs de l'Université parisienne et l'un des créateurs de renseignement réaliste que devait exposer dans toute se plénitude plus tard Guillaume de Champeaux. Héric, au contraire, enseignait le conceptualisme (3).

Nous avons moins de renseignements sur Autun où la culture des lettres nécessite l'établissement d'un maître spécial dislinct du grand chantre, le scolasticus, en l'année 954 (4).

Enfin à Lyon, au dixième siècle, on parle d'un certain Antoine qui aurait suscité dans cette ville des philosophica studia (5). Saint Mayeul s'instruira la, au dixième siècle, et Odilon la qualifiera encore de « quondam phibsophiœ mater et nutrix (6) ».

Plus près du duché, dans le diocèse de Mdcon, nous voyons au dixième siècle les élèves de Remy, d'Auxerre, Rernon et Odon, fonder l'institut de Cluny sur deux principes : le respect de la discipline et l'amour de l'étude. La fonction d'écolâtre fut confiée à Odon lui-même (7). Il fut plus tard remplacé par des maîtres renommés et Cluny devint une des meilleures écoles de l'Europe.

On le voit, les écoles les plus considérables sont situées sur les confins du duché naissant, à Luxeuil, à Langres, à Auxerre (8), à Lyon, à Cluny. Les écoles sont des écoles purement religieuses : la surveillance est remise à l'aulorité ecclésiastique, les maîtres sont des ecclésiastiques, le programme est tout entier tourné vers les sciences religieuses et des élèves on veut surtout faire des clercs (9). Ce n'est que dans le

(1) Lebeuf, t. I, p. 213.

(2) Mabilfon, Acta B., t. VII. p. 189, n° 11 ; Histoire littéraire de la France, t. VI, p. 22, 99-122. L'abbé Michaud, Guillaume de Champeaux et les écoles de Paris au douzième siècle, Paris, 1867, p. 39 et note 1.

(3) Dans la doctrine conceptualiste, l'universel est un être de raison ; dans la doctrine réaliste, il a une réalité objective ; dans la doctrine nominaliste, au contraire, ce n'est qu'un mot qui ne correspond à rien de réel. Michau<1, p. 121.

(4) Cart. de V église d' Autun, ch. xxxvm, éd. de Charmasse, t. I. p 61.

(5) Nalgod, Vita Maioli, ch. v, cité par Poupardin, Le royaume de Bourgogne, p. 300, note 4.

(6) Epitaphium Adelheid, c vi ; Mon. Gcrmaniae SS.. t. IV, p. 640, cité par Poupardin, loc. cit., p. 179, note 6.

(7) « Patri Odoni qui erat scliolasticus laboriosum scholae imposuerunt magisterium. » Vita Odonei, Bibl. cluniacensis ; cité par Maitre, p. 93.

(8) Nous signalons aussi le prodigieux développement de Saint-Benoit-sur-Loire au dixième siècle. Maitre, Ecoles épiscop. et écoles monast. de l'occident, p. 77. Pour Luxeuil, Molinier, II, p. 141.

(9) Il faut se rappeler que nous sommes à une époque barbare, et les réflexions si sages de Léon Maitre : « La civilisation étant encore trop peu avancée pour que personne, en dehors des clercs et des moines, éprouve le besoin d'une instruction littéraire quelconque. D'ailleurs, comment veut-on que l'Eglise ait pris à sa charge la mission d'enseigner au peuple à lire et à écrire, qumd elle pouvait à peine obtenir de ses ministres les notions indispensables à l'exercice de leurs fonctions ». p. 16.

courant du moyen âge que nous verrons s'amorcer et se pousser assez loin une laïcisation partielle des organes de contrôle, des maîtres, des élèves et des programmes. Ce mouvement de laïcisation durera pendant tout le moyen âge et triomphera dans une large mesure à la fin du quinzième siècle. C'est lui que nous voulons maintenant examiner.

§ 2. — Les établissements d'instruction du onzième au quinzième siècle.

La période du onzième siècle s'ouvrit tristement : « La fraude, le vol, tous les crimes régnent en maître, s'écrie Raoul Glaber, plus de respect pour les lieux saints. La guerre, la peste, la famine ravagent la terre, et cependant l'impiété ne se corrige pas(l) ». La Bourgogne, en particulier, souffrit de la faim pendant la désastreuse disette de l'an 1030, et ses champs (juand la pluie les épargnait furent trop souvent saccagés par les hommes. La longue campagne menée par le roi Robert pour le triomphe de ses prétentions au duché amena bien des sièges et des dévastations ; cela pendant douze ans (2).

Les monastères furent alors victimes d'exactions sans nombre ainsi que les évêchés de Bourgogne (3). Puis, subitement, comme après un dur hiver, il courut par le pays un souffle nouveau. Ce onzième siècle, après avoir connu les années de fer et de feu, fut visité par une vraie renaissance. Le commerce reprit, la Bourgogne en ressentit les bienfaits, ses conciles appelèrent la paix de Dieu pour qu'elle protégeât le marchand, le voyageur et le pèlerin qui déambulaient sur ses routes. Les monastères qui profitent du trafic et du regain de vie sociale se transforment. Saint Odilon de Cluny ne déclarait-il pas'qu'il laissait en marbre une abbaye qu'il avait trouvée de bois (4). Dans les villes, des cathédrales superbes, des églises pressées les unes contre les autres, comme à Dijon, prouvent la richesse qui circule et s'arrête sur les marchés des abbayes. Dès lors l'enseignement peut se répandre, un terrain accueillant lui est préparé. Cet enseignement de son côté est prêt. Il a ses méthodes. Elles ont été dressées par le puissant cerveau de l'illustre Gerbert dont les disciples sont évoques à Langres, ou moines influents à Sens, ou écolàtres à Auxerre(5).

A cet apport se joint l'influence italienne très sensible à Saint-Bénigne et que revivifie sans cesse le contact des pèlerins, des marchands, des voyageurs de toute sorte qui

(1) Raoul Glaber, 1. 111, ch. ix, ; éd. Migne, t. CXLII, p. 609; édit. Prou, p. 90; nous citons la traduction de Maitre, p. 97.

("2) Voir supra, p. 3.

(3) Supra, p. 7, 9.

(4) Petit, Histoire des ducs de Bourgogne, t. II, p. 47.

(5) Nous trouvons des disciples de Gerbert à Saint-Pierre le-Vif, avec Ingon qui remplaça l'abbé Rainaud (Maitre, p. 133) ; à la cathédrale d'Auxerre, avec le chanoine Jean (ibid.) ; à Langres, où trois évéques ont subi l'influence de ce maitre renommé, c'étaient Rrunon, Robert et Lambert. (Maitre, p. 135).

profitent de l'hospitalité de la grande abbaye dijonnaise. N'oublions pas non plus que des pays de l'Ouest, plus doux, plus poétiques et plus liants, un incontestable attrait s'exerce et qu'ainsi s'explique ce grand nombre de Poitevins installés dans la Bourgogne au onzième et au douzième siècle (1).

Les portes des écoles qui n'étaient jusqu'alors qu'entrebâillées aux novices, aux prêtres ou à quelques fidèles d'élite, s'ouvrirent plus grandes. Un peuple bruyant d'enfants et de jeunes gens va les peupler et effrayer le silence des cloîtres et des cathédrales ; il faudra l'en séparer. L'école sortie de l'Eglise essaimera un peu partout, car c'est vraiment un peu partout que nous la rencontrons au quatorzième et au quinzième siècle.

Cet aperçu général permettra de retrouver les grandes lignes du mouvement dont nous allons essayer maintenant de saisir les détails.

Les écoles dont nous avons parlé au dixième siècle existent encore au onzième. Toutes ne concernent point la même situation. A Auxerre, pour gagner de suite ce gros foyer de science, les écoles de Saint-Germain atténuent leur éclat; par contre, celles delà cathédrale (2) maintiennent leur prestige, elles se vantent d'un écolàtre fameux, Gilbert l'universel, qui, en 1127, devint évoque de Londres (3). A Sens les écoles monastiques de Saint-Pierre-le-Vif (4) et de la cathédrale sont toujours fréquentées Nous possédons même un document rare sur elles, le règlement de l'archevêque Guillaume de Champagne en faveur du préchantre, en 1170, indique une différence entre les écoles de grammaire et celles de chant et de psalmodie (5).

A Autun, les écoles sont également modestes, c'est là qu'Halinard, le futur évèque de Lyon, s'initiera aux premiers rudiments des études littéraires (6). Cette modestie de l'école n'empêche point qu'elle n'ait été tenue à l'occasion par des maîtres célèbres. Le scholasticus llonorius d'Autun fut un des plus considérables et des plus savants écrivains du début du douzième siècle (7).

Les écoles de Chalon marquaient peut-être un degré supérieur. Je le croirais assez volontiers en remarquant que Chalon. au point de vue commercial et des relations, par

(1) Sur ce fait curieux, Petit, Hist. des ducs, t. II, p. 39, attire avec raison l'attention.

(2) En 1079, Widon est à la fois chanoine et magister scolarum à Auxerre. L'abbé Lebeuf, Mémoires, t. IV, p. 28. Sur ces écoles, Molinier, II, p. 85.

(3) Toutefois on remarque une diminution au treizième siècle. Quantin, Histoire de l'instruction primaire, p. 72.

(4) Saint-Pierre- le- Vif confia la direction de ses écoles à l'abbé Rainaud qui l'avait réformé (Maitre, p. 133). A Sens, nous trouvons un préchantre dès le onzième siècle. Quantin, Hist. inst. prim., p. 58.

(5) « Ut nulli liceat sine assensu et licentia precentoris, scholas cujuscumque modi sint, regere. sive in arte grammatica edocenda, sive in cantu, sive in psalteriis edocendis, in civitate Senonensi, nec in Burgo Sancti Pétri Vivi, nec in aliquo suburbico predictae civitatis, nec in aliquoloco infra dicto et in certa castella determinata quorum nomiaa hec sunt... » Quantin, Histoire de l'enseignement primaire, pièces justificatives, n° 2, p. 99.

(6) « Nam pater ejus Lingonum, mater vero Heduorum civis exstitit. Ab ipsis infancie rudimentis studiis Ktterarum tradidit, superna providentia gemina scientia efficacissime claruit. » Chr. de Saint-Bénigne, éd. Bougaud, p. 182.

(7) Péquegnot, Mémoires de la Société éduenne, nouv. série, t. XIII (1884), p. 245.

conséquent, avec les pays éloignés, tient une place plus importante qu'Autun. Peut-être même les maîtres juifs y donnent-ils déjà l'enseignement. Toujours est-il qu'après avoir été à Autun, Halinard se rendit à Chalon. C'est à Ghalon également, qu'en 1037, saint Hugues pupille et neveu de Hugues, comte de Chalon et évêque d'Auxerre, prendra des leçons de grammaire et un premier contact avec les saintes écritures (1).

Mais d'un éclat beaucoup plus vif rayonnent les écoles de Langres. Halinard y terminera son éducation d'autant plus volontiers qu'il y fréquentera à la fois, et des philosophes, c'est-à-dire des maîtres laïques (2), et des ecclésiastiques éprouvés. C'est parce qu'il se rencontre à Langres des hommes de toutes les naiions latines que l'on dira qu'Halinard connaissait toutes les langues apparentées au latin comme si chacune eût été sa langue maternelle (3). La nature avait bien doué le jeune étudiant ; il possédait une forte mémoire qui lui permettait de citer dans les discussions nombre de textes des Pères et des docteurs de l'Eglise et de passages de l'évangile. Très renseigné sur la littérature religieuse, il n'ignorait pas non plus les auteurs profanes bien qu'il les lût avec prudence (4). C'était à la fois un homme éloquent (5) et un savant adonné à la géométrie et à la physique (6) et rempli de cette sagesse pratique et positive qu'affectionnait Gerbert. A Langres on suivait les idées de Gerbert(7) et l'on poussait assez loin les recherches approfondies des arts libéraux, du droit et de la théologie.

Mais les écoles de Langres ne sont que des écoles de frontières, à l'intérieur du duché de nouveaux foyers de science devaient s'allumer et faire pâlir bientôt l'éclat de l'école lingonne. Châlillon, Dijon et surtout Cluny se haussent à une situation scolaire nouvelle.

L'école de Châlillon est une fille de celle de Langres (8). Ce sont les prêtres de la cathédrale de Langres qui fournissent à Châtillon le premier enseignement. Comme la

(1) « Eo ternpoie, antissiodorensis episcopus, Hugonomine, cabilonensem quoque consulatum strenue gubernabat. Hujus causa B Hugo (in pupillari adhuc constitutus aetate) et ejusdem episcopi pronepos, vix a pitre proficisi-endi CUbilonum licentia extorsit. Praelibata in hac urbe grammatica quo introluceretur ad divinarum altitudinem scripturarum, juveni quoddam ostium aperuit. Ibi (c'est-à-dire, indique Batault. in hac urbe) tandem diruptis secularibus indimentis elegit esse in domo Dei sui magis quam habitare in tabernaculis peccatorum. » Perry, Histoire de Chalon, p. 96. Batault, p. 11. Ce texte, remarque M. Batault, empêche de placer, avec M. Cucherat, l'école de Saml-Hngues à Saint-Marcel. Dans ce sens. Lorain, Histoire de Cluny.

(2) Chomton, Histoire de l'église Saint-Bénigne, p 129.

(3) Chr. de Saint-Bénigne, éd. Baugaud, p. 190.

(4) Ibid., p. 185-186.

(5) « lu ea itaque urbe cura philosophos virosque audiret ecclesiasticos, divina inspirante gratia, nulli sodalium erat inferior in sapientia. Fecunditas eloquentie gravitali componebatur sapientie. » Chronique de Saint-Bénigne, p. 183.

(6) Ibid., p. 192.

(7) Voir supra, p. 2, note 2. Molinier, II, p. 86.

(8) Peut-être fut-elle fondée par l'évèque Betton. Courtépée semble la faire remonter plus haut, mais en s'appuyant uni luement sur des vraisemblances. Les prêtres de l'église ou plutôt de la chapelle souterraine de Saint-Didier se trouvant à Châtillon depuis le sixième siècle. Ces prêtres, « qui vivaient en commun, comme chanoines enseignaient la jeunesse, selon la disposition des capitulaires de Charlemagne et de Louis le Débonnaire », t. IV, p. 187. Lapérouse, Hisl. de Châtillon, p. 590.

ville est visitée de nombreux marchands, les reliques de saint Vorles y sont transportées dans la seconde moitié du neuvième siècle sur l'ordre du pieux évêque Isaac-Ie-Bou. Ce transfert fut suivi de rétablissement d'un chapilre collégial de Notre-Dame qui prit le nom de chapitre de Saint- Vorles (1). A lui incombera désormais le soin de la direction des écoles où devait bientôt se former et s'éduquer le jeune esprit de celui dont la parole ardente devait secouer si profondément la chrétienté tout entière, saint Bernard.

Ce n'était pas pourtant à une direction purement religieuse que le futur saint avait été soumis à Châtillon. Il avait été préparé au métier des armes comme ses deux frères; et cela de très bonne heure(2), puisque ses biographes les plus avertis calculent qu'il resta à Châtillon environ de sept à huit ans jusqu'à dix-sept ans (3).

Il y parcourut les cycles complets du triviitm et du quadrivium suivant l'usage. Le trivium englobait trois disciplines : la grammaire, la logique, la rhétorique; dans le quadrivium on rangeait l'arithmétique, la géométrie, l'astronomie et la musique.

La lecture et l'explication des classiques latins remplissait la plus grande partie des classes de grammaire. Cicéron, Boèce, Virgile, Horace, Ovide, Lucain et Stace étaient dans les auteurs les plus consultés.

Bernard se montra un brillant élève, bien supérieur à ses condisciples (4) et poète à ses heures (5). Il fit connaissance à Châtillon du futur évêque de Màcon, Hugues.

Le succès des écoles de Châtillon continua d'être grand par la suite ; peut-être la réclame qu'indirectement leur fit saint Bernard y contribua-t-elle dans une certaine proportion La ville était d'ailleurs considérable au point de vue du commerce En 1113, pour encourager ces écoles, l'évèque de Langres, Bobert, augmentera leur dotatiou. Au milieu de douzième siècle (6) leur renommée est encore éclatante, car, comment s'expliquer autrement l'éloge magnifique que fait de cette ville Guillaume le Breton?

Nulla quibus loto gens acceplior orbe, Mihtia, sensu, doctrinis, philosophiez.

Artibus ingenuis, ornalu, veste, nitura (7).

Pendant que Châtillon maintenait avec un tel bonheur une réputation bien méritée

(I) Chomton, Saint Bernard et le château de Fontaine-lez-Dijon, Dijon, 1891, t. I, p. 151, note 1. II suit les indications du manuscrit du P. Hocmell* conservé à la bibliothèque de Châtillon-sur-Seine. (1) « Educatus a parvulo ». Fragmenta Gaufridi, \ 6, édités par Chomton, op. cit., t. III, p. 190.

(3) Chomton t. I, p. 157. Une autre tradition lui fait terminer ses études vers treize ou quatorze ans. Le R. P. Legrand, Hist. sainte de la ville de Châtillon, Autun, 1651, p. 124, 150, croit que l'éducation dura de 7 à 8 ans jusuu'à 12 ou 16 ans.

(4) « Fuit autem puer in his quae ad litteras pertinebant perspicacissimi ingenui, facilius discens quaecumque a m^gistris tradebamur, super omnes coactaneos suos. » Fragmenta Gaufridi, § 4, Chomton, t. III, p. 190.

(>) Sur les poésies attribuées à saint Bernard : Vacandard, Revue des questions historiques, 1891.

(6) Vers 1130, les chanome-i se régularisèrent et adoptèrent la réforme d'Aroaise. Courtépée, t. IV, p. 187.

(,) Wiilelmi Briton, Philippides, 1. I ; Hist. de Fr., t. XVII, p. 105.

de centre intellectuel, à Dijon, un homme supérieur, Guillaume de Volpiano (1), abbé de Saint-Bénigne, donnait à l'instruction une impulsion nouvelle. Doué personnellement d'une belle et prenante éloquence (2), il avait ramené de sa patrie, l'Italie, un grand uombre de personnages aux talents variés, les uns instruits dans les lettres, les autres adonnés aux arts. S'occupant de tout, il n'avait eu garde de négliger ceux qui cultivaient l'art médical (3) ou qui avaient des connaissances en matière agricole (4). Non content de faire inculquer ces notions à ses disciples immédiats et aux moines de sa grande abbaye, il voulut en faire profiter le petit peuple et les pauvres et, à leur intention, il ouvrit d.tns l'abbaye de Saint-Bénigue de Dijon des écoles extérieures où l'instruction était donnée gratuitement et où l'on nourrissait même les enfants indigents. C'est donc à Saint-Bénigne de Dijon que nous rencontrons un des premiers exemples bourguignons des boursiers nourris par charité. Dans cette école, l'on étudiait la lecture et la psalmodie (5). Elle n'avait donc pas l'importance qu'on lui attribue communément (6), du moins si l'on ne considère que l'enseignement donné par ces petites écoles, en faisant abstraction de la formation supérieure que pouvait recueillir un cercle plus choisi de disciples au contact immédiat de l'abbé Guillaume et de ses meilleurs auxiliaires.

Vu sous le même angle, l'examen de l'enseignement clunisien nous apportera des résultats analogues. L'on parle quelquefois d' « une grande école littéraire » (7). Le terme est exact, si l'on comprend sous le nom d'école de Cluny l'ensemble inorganique des enseignements fournis par Cluny à des personnes de tout âge. Il est, au contraire, inexact, si l'on s'en tient à l'enseignement organisé réservé aux seuls enfants (8).

(1) Histoire littéraire, t. VII, p. 33, n° xli.

(2) Chronique de Saint- Bénigne, p. 132.

(3) « Ac medicinali arte per ipsius Patris jussionem edoctus », Chronique de Saint-Bénigne, p. 157-158.

(4) « Ceperunt denique ex sua patria, hoc est ltalia, mtilti ad eum convenire,aliqui litteris bene eruditi, alii diversarum operum magisterio docti, alii agriculture scientia prediti. » Chronique de Saint-Bénigne, p. 147.

(5) Raoul Claber, Vit. Gititlclmi, n° 14 : « Pater... per totam Galliam, in plebeiis maxime scientiam psallendi ac Ipg^ndi deficere et annullari clericis, insti'uit scholas sacri ministerii, quibus pro Dei amore assidui instarent fratres hujus officii docti, ubi siquidem gratis largiretur cunctis doctrinœ beneficium ad cœnobia sibi commissa confluentibus, millusque qui ad haec vellet accederc prohiberetvr : quin potius tam servis quam liberis, divitibus cum egenis, uniformse chaiitatis impenderetur documentum. »

(6) Ce que fait, entre autres, Luchaire : « L'abbaye de S<*int-Bénigne, dit-il, devient, grâce à lui, une école célèbre fréquentée par les Italiens et même par les clercs orientaux. La réputation européenne de Guillaume, ajoute-t-il, décida le duc de Normandie, Richard II, à lui confier une des œuvres les plus importantes de cette époque: la réforme et la réorganisation scolaire de l'abbaye de Fécamp. » Luchaire dans Lavisse, II2, p. 186. Adde, Molinier, Hist. des sources, II, p. 85.

Mais à son tour, l'abbé Chomton, Histoire de l'église Saint-Bénigne, p. 177, en réduisant cet enseignement à celui des éléments, me paraît trop restreindre l'influence des écoles de Saint-Bénigne, car, à côté de l'enseignement des éléments, on trouvait, à Saint-Bénigne, des maîtres pour les arts, l'agriculture, les lettres.

(7) Aimé Duparay, cité par Batault, p. 12, note t.

(8) A Dijon, si l'on prend le mot école dans le sens large, on peut aussi parler d'une école de Saint- Etienne. C'est là que le fameux Guillaume de Champeaux ira chercher, ainsi qu'à Cluny, des religieux capables de gouverner les couvents de sa ville épiscopale, Sancti Bernardi epist., 58. C'était un centre d'opposition aux réformes et à l'esprit de saint Bernard : l'un des chanoines de Saint-Etienne, nommé Jean, écrivait contre lui une lettre violente aujourd'hui perdue. Mlchaud, p. 462.

Les plus anciens statuts clunisiens (I) ne renferment que peu de prescriptions relatives aux éludes, nous savons que depuis le onzième siècle, c'est le maître des novices qui s'occupe de la formatiou religieuse ; les règles de l'abbé Hugues (2) le disent expressément (3). Les antiques coutumes du monastère, recueillies par le moine Bernard et son abrévialeur Udalric (4), contiennent au contraire de nombreuses mentions des écoles où des enfants vivaient ensemble, mangeaient debout, avaient un dortoir commun et se trouvaient sans cesse sous la surveillance de magislri et de correclores (5), Le magisler principalis avait seul le droit d'infliger des punitions corporelles aux enfants quand ils causaient et lisaient mal (6). Les autres magistri étaient surtout des surveillants (7). Les livres des enfants étaient serrés dans un meuble spécial (armariolum) avec le plus grand soin, étant donné leur rareté aux onzième et douzième siècles (8).

Ces écoles mettaient sur le même pied, comme le remarque Ulric, les riches et les pauvres : « J'affirme, disait-il, qu'il est dilficile que nul fds de roi reçoive une éducation plus soignée que le moindre des enfants de Cluuy (9). » Mais c'étaient des écoles élémentaires et il serait injuste de ne tenir compte que des leçons de ces petites écoles et de passer sous silence les enseignements éclaiants que donnaient alors les hommes, les livres et les pierres, et les cultures du monastère clunisien. Car enfin ces copistes de manuscrits qui ne copient pas seulement mais qui contrôlent, ces poètes, ces commentateurs subtils, ces jeunes moines lettrés qui se serrent autour des abbés savants ne constituent-ils pas des centres intellectuels bien supérieurs à ces écoles dont

(1) Dom Marrier, de Saint-Martin des Champs, Bibliotheca Cluniacensis..., Cramoisy, 1614, 1 vol. in-folio, 1832, 178 col. Sackur, Die Cluniacenser, Halle, 1888, t. II, p. 328 ; Molinier, II, p. 236.

(2) Il fut abbé de 1050à 1108.

(3) « De magistro novitiorum. In universis locis conventuahbus, ubi licet novitios recipi, provideatur frater discretus et maturis moribus, cui non desit ordin's scientia, ad ipsorum instructionem in religione et forma religionis et morum grat>a, et confessionibus, quoniam per hujusmodi defectum, facti sunt quidam et gestu leviores et indevotiores religione. » Bibliotheca Cluniacensis, CC, 1459-1460.

(4) La préface est imprimée dans le Spicilegium, de dom Luc d'Achery, t. I, p. 640 ; un exemplaire imprimé est signalé par Cucherat, Cluny an douzième siècle, p. 3. Dans le Spicilegium, t. I, p. 641 et suiv., on trouvera un abrégé de ces coutumes fait par Udalric sur les écoles. Voir les ch. vin et ix du troisième livre.

(5) Cons. Clun. Spicileg. d'Achery, t. I, p. 687.

(6) Sur les punitions corporelles, en sens divers : L. Maitre, p. 152; Muteau. p. 54.

(7) E. Cucherat, Cluny au onzième siècle, 2e édit., p. 102, 106. — Uldarici, Antiq. consuel. mon. Clun., lib. II, c. vin, finis; lib. IH, c. vin et xi. — Bernardi, Consuel. Cœnobii clun., pars. I, cap. XXVII. — Spicilegium, t. I, p. 641 et suiv.

(8) On trouvera des renseignements intéressants sur ce dernier point dans Quantin, Histoire de l'enseignement secondaire... dans l'Yonne, p. 11 :

« Les livres coûtaient fort cher ; il y avait de grandes peaux que l'on mettait le long des murs d«s classes, avec les histoires et généalogies de l'Ancien Testament, et le catalogue des vices et vertus.

» Il y avait aussi des manuscrits enchaînés dans des églises ou au coin des rues derrière une grille où l'on passait seulement le bras pour tourner les feuillets.

» On prêtait des livres aux étudiants pauvres ou on les louait. »

(9) « Dixi in corde meo difficile fieri posse ut ullus régis filins majori diligentia nutriatur quam puer quilibet minimus in Cluniaco. »

on ne voyait pas sans une certaine crainte les exercices trop fréquentés? Les écoles d'enfants ont souvent énervé la discipline sainte du cloître, remarque saint Pierre Damiens, « elles sont remplies d'enfants offerts par la famille souvent avant leur quatorzième année et souvent sans grande vocation ». L'abus devint tel que Pierre le vénérable se verra contraint de le supprimer à Cluny (1).

Cet homme remarquable élargit le cercle des études, on reprochera même à ses disciples d'accorder à l'examen des auteurs païens, le temps destiné aux lectures de piété et au travail des mains, reproche injustifié du reste (2). Sous sa direction le frère Grégoire scrute les bibliothèques, compare le texte des manuscrits ; le poète Pierre de Poitiers prodigue les apostrophes intempérantes ; les ermites clunisiens s'efforcent de tracer sur le vélin le sillon de la parole divine (3). Lui-même dans ses serinons, ses traités, ses poésies, ses lettres pleines d'esprit et de sens ferme donne l'idée d'une des intelligences les plus cultivées et les mieux équilibrées de son époque, une de ces intelligences complètes auxquelles le climat tempéré de la Bourgogne s'est toujours montré favorable.

Nous sommes loin d'avoir énuméré tous les nids d'écoliers qui se rencontraient en Bourgogne aux onzième et douzième siècles; il y en avait très certainement à Rèze, à Flavigny, à Orbe, à Pralon, à Brou, à Saint-Vivant (4), à Citeaux, à Poligny (5), à Molesme (6), à Vézelay et à Besançon (7).

Ce mouvement scolaire devait prendre une allure beaucoup plus active au début du douzième siècle. Ecoutons Guibert de Nogent nous contant l'histoire de sa jeunesse. <x II y avait, disait-il, un peu avant cette époque (il s'agit de l'année 1065), et même encore depuis, une si grande rareté de maîtres d'écoles qu'on n'en voyait, pour ainsi dire, aucun dans les campagnes, et qu"à peine on pouvait en trouver dans les grandes villes ; encore étaient-ils d'une si faible science qu'on ne pouvait les comparer aux clercs qui sont maintenant dans les campagnes (8). » Ce « maintenant » se rapporte à l'année 1110 environ. Suivant Guibert, l'enseignement aurait donc progressé considérablement en quantité et en qualité.

(1) Cucherat, p. 105. Le concile de Trente étendra cette suppression à tout le monde catholique.

(2) De l'avis de Pignol, Histoire de l'ordre de Cluny, t. III, p. 457.

(3) Pignot, t. III, p. 475.

(4) Muteau, p. 57 et 58. L'on n'a souvent, pour ces monastères, que des conjectures à donner ; toutefois, elles ont leur valeur. Le recrutement du monastère, l'importance commerciale et artistii)ue qu'il acquiert à la fin du onzième siècle, exigeaient une école. Pour Citeaux, nous savons que le premier abbé Etienne Harding avait éié professeur de l'Université de Paris au onzième siècle. Luchaire, dans Lavisse, II2, p. 185 ; «t pourtant Citaux ne brille pas au pointde vue de l'érudition. Sur les lettrés d'alors, on trouvera des renseignements assez complets dans Petit, Histoire des ducs de Bourgogne, t. II, p. 52-63.

(5) Il existe des recteurs d'école à Poligny dans la Comté, dès le onzième siècle.

(6) Nous trouvons des renseignements sur le chantre ou préchantre de l'abbaye de Molesme : Laurent, Cart. de l'abbaye de Molesme, t. I, p. 190; mais on n'y parle pas des écoles.

(7) Molinier, IL p. 85. Pierre le Vénérable fut écolâtre à Vézelay. Pour Besençon, Molinier, II, p. 141. L'éculp capitulaire de cette ville jouit d'une certaine célébrité au temps de l'archevêque Hugues ( 1031-1070).

(8) Cité par de Charmasse et par Muteau qui accompagne ses citations de commentaires singuliers.

Il disait vrai, car il y eut alors tant d'écoles que l'Eglise s'inquiéta de l'orthodoxie des leçons qui pouvaient s'y donner. Elle voulut contrôler ces diverses écoles ou tout au moins les surveiller. Pour cela il n'élait pas besoin de principes nouveaux, il suffisait d'appliquer les anciens. C'était à l'évêque qu'était confiée la mission d'enseigner et de prêcher dans son diocèse. Ce sera lui qui, représenté par le chantre du chapitre, déléguera l'autorisation d'enseigner. L'importance du chant dans l'éducation religieuse ancienne, explique la situation scolaire prépondérante du chantre ; il est l'écolâtre par excellence. Le concile de Latran de 1179 lui reconnaît implicitement le droit de conférer la licentia docendi ; il lui interdit seulement de la vendre à ceux qui la demandaient et de la refusera ceux qui la méritaient (I).

Quelque étrange que la chose puisse paraître, c'est de ce concile de Latran que nous ferons partir le début de la laïcisation des écoles. Parmi ceux-là qui réclamèrent la licentia docendi, il y eut non seulement des clercs mais aussi de nombreux laïques. Ils sollicitèrent non seulement l'assentiment de l'autorité ecclésiastique, mais aussi, dans des cas nombreux, celle de l'autorité laïque.

Celle-ci se constitua véritablement avec le mouvement communal. On peut dire que les écoles nouvelles se créèrent en même temps que les communes, ou du moins que leur épanouissement nouveau correspondit à la poussée des franchises. La commune qui jouissait du droit de totale justice dans son enceinte ou qui. du moins, prétendait à ce droit, considérera que la discipline de l'école se rattache à la justice et s'efforcera de participer au choix du maître d'école (2). Pour empêcher son intrusion ou pour éviter sa concurrence, les écoles quitteront le cloître des cathédrales et laisseront se relâcher le lien qui les rattache au chantre.

D'un autre côté, les monastères troublés par celte jeunesse bruyante (3) qui vient du dehors, chez eux, suivre les leçons des écoles, saisiront avec empressement cette occasion de recouvrer la tranquillité dont ils ont de plus en plus besoin. Ils éloigneront peu à peu l'école extérieure, et dans nombre de cas, la laisseront passer entièrement dans les

(1) Charles Thurot. De l'organisation de l'enseignement dans l'Université de Paris au moyen âge, Paris, Besançon, 1850, p. 8 et 9. Le concile de Latran décidait également que les métropoles devaient avoir un théologal pour enseigner l'écriture sainte et ce qui concerne la conduite des âmes.

(2) Il y a là une prétention qui n'a rien d'inouï. On peut rattacher l'enseignement à la justice. C'est ainsi qu'en lu82, à Mortain (Manche), Robert de Mortain, frère utérin de Guillaume le Conquérant, fonda une collégiale et décida, par privilège, qu'aucune autre école ne pourrait être établie dans le val de Mortain. Il en résolu qae la scholastique ne conserva sur elles qu'un droit d'institution et de surveillance Communication de l'abbé Laveille, Bulletin du Comité des travaux historiques et scientifiques, section des sciences économiques et sociales, Congrès de 18'J6. p. 280. Nous voyons donc la même évolution s accomplir en Normaodie environ un siècle avant la Bourgogne. Les mêmes principes sont appliqués en Aquitaine ou, au douzième siè<;le, le duc Guillaume IX ou X établit, croit-on, les écoles de Saint-Macaire, Bulletin du Comité des travaux historiques et scientifiques, 1897, p 132.

(3) « On comprend, dit M. Viollet, cette poussée vers les écoles; un grand nombre de familles espéraient, Sans doute, ouvrir parla aux enfants uue situation privilégiée, en faire des clercs ». (On sait qu'en prinripe on n'arrivait pas à la cléricature sans savoir lire et écrire). Hist. des inst. pol. et adm. de la France, t. II, p 367.

mains des laïques ou des clercs étrangers. Cette désagrégation, cette dissociation de l'école et du monastère nous la saisissons très bien dans les règlements de Cluny. L'abbaye se sépare graduellement de son école extérieure qu'elle ne voit plus qu'avec une sorte de défaveur. Prenons les statuts clunisiens de l'année 1301, ils sont dus à l'abbé Bertrand (1). Cluny connaît alors trois écoles : d'abord une école de six enfants, à laquelle on adjoignit une autre école ou maîtrise de douze enfants, et en outre une plus grande école, l'école Saint-Nicolas de Cluny

Les deux premiers groupes ont un maître et des gardiens ; leurs membres ne sortiront pas de l'église et ne monteront pas à cheval pendant la durée de leurs études, Us ne feront point partie des écoles de Saint-Nicolas. Ils ne pourront être écartés de leurs maîtres d'élite que par l'abbé et dans ce cas on les mettra dans les écoles Saint-Nicolas qui sont conduites avec moins de rigueur. Sans doute on recommmde bien aux écoliers de ces dernières écoles de ne monter à cheval que dans le cas de faible santé ou pour toute autre cause légitime et honnête ; on ajoute qu'ils sont tenus en conscience de suivre cet ordre et même que celui qui, sans empêchement légitime, ne revient pas à l'école au terme fixé, sera exclu ipso facto (2). Toutes ces prescriptions, entre les lignes desquelles il faut lire, ne donnent pas une idée très haute de la discipline de l'école Saint-Nicolas et font comprendre la création des deux autres groupes choisis, sortes de congrégations plus surveillées (3).

Une autre difficulté nouvelle pour ces monastères était d'avoir un enseignement capable de lutter avec celui des universités. Jusqu'alors la réputation des écoles tenait à la réputation d'un maître. Avec l'université, les maîtres renommés étant réunis au même lieu, un monastère particulier ne peut plus lutter. Ne pouvant être eux-mêmes des universités pour beaucoup de raisons et désireux tout de même de posséder des hommes au courant de ce qui s'enseignait dans l'université, les moines prirent un moyen terme. Ils établirent des maisons d*écoliers dans les centres universitaires, ce fut l'origine des collèges-pensionnats d'aujourd'hui (4).

En l'année 1301, les statuts clunisiens de l'abbé Bertrand le montrent, Cluny suit le mouvement d'études qui jette alors un grand éclat sur l'Université de Paris. Il existe dans la capitale une maison des écoliers où les étudiants doivent demeurer cinq ans. Cette admission des étudiants à la domus scolariorum de Cluny donnait lieu à de nombreux abus, car on recommande de n'y envoyer que les sujets qui auront subi une épreuve suffisante : « tantummodo bonos et dociles recipiat, alios minus idoneos

(1) Ces statuts furent publiés par M. le chanoine Douais, Bulletin historique et philologique, année 1892, p. 383-415.

(2) Quarta pars, \ 20 et 21.

(3) En 1400, les écoles sont bien distinctes. On nous parle du « maistre des escoulles de Clugaey ». Arch. de la Côte-d'Or, B. Il, 348, f° 165 ; Prost, Inventaires, t. I, p. 47, note.

(4) Autun possède un collège à Paris. Voir un texte de 1466, cité par Batanlt, p. 10, note 4.

repellendo ». Les mauvais étudiants admis par surprise devront être écartés et il est sévèrement interdit d'interrompre les études de ceux à qui l'instruction est utile, au risque de rendre leurs efforts précédents stériles, pour les remplacer par des protégés incapable* (1). On sent bien que le favoritisme rongeait l'ordre et délustrait son prestige.

Mais Paris ne donnait alors brillamment que l'enseignement de la théologie ou plutôt Cluny ne voulait que l'on allât à Paris que pour la théologie. Les études de droit canonique devaient se faire ailleurs. Elles ne semblaient pas très aimées de l'abbé Bertrand, d ne les permet qu'avec son autorisation expresse et seulement dans certaines villes : à Orléans, à Toulouse à Montpellier et à Avignon. Les étudiants à moins d'une permis-ion spéciale de l'abbé, devront demeurer ensemble*(2). Nous savons que Cluny possédait à Toulouse, dès le début du quatorzième siècle, le collège de Moissac Saint-Pierre des Cuisines, et qu'en 1860, le collège Saint-Martial fut fondé à Avignon par Androin de la Roche, alors abbé de Cluny (3). Toutetois, à Avignon, l'étude du droit, soit civil, soit canonique était la spécialité des collèges de la Rovière, de Saint- Michel et de celui de Suzon appelé quelquefois de Dijon (4). Ils amèneront la création d'une université dans cette ville en 1305. Cluny acceptait donc, bien qu'avec répugnance, d'envoyer ses élèves dans le milieu remuant des universités d'alors.

Dès lors l^s petites écoles monastiques des bénédictins tombent et sont remplacées par des écoles laïques extérieures. Au quatorzième ce seront souvent des laïques que nous trouverons dans les écoles établies près des grands monastères à Cluny (5), à Saint-Seine (6), à Moutier-Saint-Jean (7), à Bèze (8), ou bien nous aurons des écoles

(1) « Cum per talem amotionem hii qui in vice proficiendi et fructum faciendi existunt, multuraque possent pioficere, si ultra dictum quinquennium morarentur, amoveantur sepissime pro nepotibus, consanguineis et atfinibus seu eMam eompatriotis minus abilibus et ydoneis in dicta domo ponendis, in obprobium ordinis et multiplex detnmentum. » Règlement de 1301, secundo, pars, art. 70.

(2) « Item, ordinamus et precipimus quod nullus studeat amodo in iure canonico sine uostra sut successorum nostrorum licencia speciali, nisi in altero de locis infra scriptis, videlicet Aurelianis, Tholose et Montepessulano et in Avignione. Et morentnr dicti studenles insimul et non divisim, nisi sit de nostra licencia speciali. » Règlement de 130t, secundo, pars, art. 69. Le chanoine Douais, p. 385, ne parait pas avoir remarqué cette nuance de défaveur.

(3) Marcel Fournier, Les statuts et privilèges des universités françaises, t. I, p. 457; t. II, p. 320. Nous empruntons ces deux citations au chanoine Douais, p. 385, notes '2 et 3. La bulle d'érection du monastèrecollège lut signée en 1378 par le pape Clément VII. Les statuts furent dressés en 1337 par Jacques de Lauss«ns, abbé de Cluny, et modifiés en 1477. Voir l'abbé Clément, Le monastère-collège de Saint-Martial d'Avignon. Les moines et étudiants d'autrefois, Avignon, 1893.

(4) Clément, op. cit., p. 77, 314, 315. On peut voir un résumé de cet ouvrage dans le Bulletin du Comité des travaux historiques (séances mensuelles, rapports et mémoires, 1895), Paris, 1896, p. 79 et suiv. Du reste, l'Universiié d'Avignon eut pour origine une sorte d'Académie de droit civil Elle fut transformée en 1305, à la suite d'une bulle de Boniface VIII, datée d'Agnani, 1303.

(5) Voir supra, p. 657, note 3.

(6) Pour Saint-Seine, en 1375. (De Charmasse, état, p. 254 ; Muteau, p. 93) ; en 1381-93, Muteau, p. 96.

(7) En 1302, c'est un « publiais notarius juratus curia lingonensis » qui est le recteur d'école. Arch. dép. Côte-d'Or, B. 1375. — Prost, Inventaires mobiliers, t. I, p. 48, note. En novembre 1338 où il est question d'un « Guillaume maître des écoles de Réom ». — Porée, Inventaire de la collection Chastelux, n° 140. Le document est tiré des archives d'Epoisses.

tenues par des ordres nouveaux, d'un caractère plus urbain et plus adapté à la civilisation nouvelle, comme les dominicains et les franciscains. Le mouvement de défaveur des moines bénédictins pour les petites écoles est tel, qu'il les entraînera dans des inconvénients peut-être encore plus graves que ceux auxquels on voulait pallier. En 1284, l'abbé de Bèze visite les abbayes bénédictines du diocèse de Langres et d'Autun et voici la navrante situation qu'il nous dépeint : « Nous avons constaté, dit-il, que les jeunes moines n'ont pas de maître pour leur enseigner l'art de la grammaire, et nous avons demandé en plein cbapitre que ce point fut amendé (1). »

Au quatorzième siècle, le mal est tel, que la papauté à son tour s'inquiétera et fera partager son inquiétude à l'ordre tout entier. En 1329, le chapitre général des monastères des bénédictins de la province de Lyon qui se tint à Chalon, décidera de faire observer dans chaque maison de la province la Clémentine (2) Ne in agro dominico, dans laquelle il était dit :

« Tout noviciat doit avoir un maître capable et zélé, qui forme les novices à la récitation de l'office divin et à l'observation de la règle. Pour que les moines ne soient point privés des moyens de développer leur instruction, chaque monastère, pourvu de ressources suffisantes, aura un maître qui enseignera avec soin les sciences premières (grammaire, logique, philosophie) (3). »

Sans se lasser, Benoît XII, en 1336, adressera aux mêmes religieux de nouvelles objurgations et exigera que dans chaque maison un peu considérable et pourvue de ressources suffisantes, il y eut un maître « pour enseigner aux moines les sciences premières, à savoir : la grammaire, la logique et la philosophie ». Mais en vain ; Saint- Bénigne ne connaîtra plus d'écoles de grammaire qu'au seizième siècle (4).

Pendant que les anciennes petites écoles bénédictines tombaient en ruines, comme d'ailleurs à la même époque les murailles des monastères qui les avaient abritées (5), de nouvelles écoles dirigées d'ordinaire par des maîtres laïques et situées en dehors des maisons religieuses prenaient de plus en plus d'expansion. Nous les voyons s'égrener dans toutes les villes et même les gros bourgs et les villages, à ce point que l'on peut affirmer avec M. Prost qu'il est acquis maintenant (6) qu'au quatorzième siècle « non

(S de la page précédente) 1402, Courtépée, t. IV, p. 705. Toutefois, à Bèze, l'abbé fournit le vin au maître et aux clercs pour boire après les vigiles, ce qui indique qu'il est toujours censé subventionner l'école.

(1) Arch. de la Côte-d'Or, fonds Saint-Bénigne, H. 4; Visites de l'abbaye, cité par Chomton, Histoire de l'église Saint-Bénigne, p. 177.

(2) Les Clémentines furent promulguées en 1314 par le pape Jean XXII. Sur leur élaboration, on consultera avec profit les articles de M. Paul Viollet sur Guillaume de Mandagout, canoniste, et Bérenger Frédol, canoniste : Extrait de l'histoire littéraire de la France, extrait du t. XXXIV (en préparation).

(3) Arch de la Côte-d'Or, fonds Saint-Bénigne, H. 4, chapitres généraux, cité par Chomton, Histoire de l'église Saint-Bénigne, p. 218.

(4) Chomton, p. 231.

(5) Sur la ruine des monastères bénédictins au treizième siècle : Petit, Histoire des ducs de Bourgogne, t. VI, p. 148; au quatorzième, t. VII, p. 17.

(6) Le préjugé contrairt était tiès répandu au dix-huitième siècle ; voir, par exemple, ce que dit l'éditeur de Courtépée, t. IV, p. 7Ô5. note 2, de l'édition de 1848.

seulement les villes et les bourgs importants de la Bourgogne, mais encore nombre de communes rurales possédaient des écoles qu'aujourd'hui nous appellerions laïques (1)» .

Une preuve de cette situation nouvelle que prend l'enseignement dans l'opinion publique, nous la trouvons dans les testaments qui contiennent des legs aux écoles depuis la fin du treizième siècle et surtout dans le courant du quatorzième siècle (2). Une autre preuve peut se lire dans les protocoles de noiaire. Us nous révèlent que les baux à nourriture renferment normalement une clause visant l'éducation de l'enfant et son instruction dans une école (8). Enfin, à côté de ces preuves indirectes, il existe un très grand nombre de témoignages directs qui forcent la conviction. On les trouvera dans l'énum^ration qui va suivre.

A la tête de ces écoles nouvelles, nous devons citer l'école des juifs de Chalon, la scola jvdeorum dont les documents nous parlent dès l'année 1236 (4). L'on sait que les écoles de juifs étaient célèbres au moyen âge et que les chrétiens ne dédaignaient pas toujours d'aller s'y instruire. En 1198, le chapitre général de Giteaux frappera d'une punition un moine qui avait appris d'un juif à lire l'hébreu (5) et cet enseignement de l'hébreu et des langues vivanies persévérera dans le courant du quatorzième siècle (6); nous le retrouverons à Dijon au quinzième siècle. A côté de cette école des

(1) Prost (Bernard), Inventaires mobiliers et extraits des comptes des ducs de Bourgogne, t. I, p. 46, note 4. — Brissaud, Manuel d'histoire du droit français, p. 618, par'e, à ce propos, de « sécularisation » qui se fait jour avec la création des écoles communales. Le phénomène n'est point particulier à la Bourgogne, nous le constatons également en Normandie. — Léopold Delisle, Etudes sur la condition de la classe agricole et de l'état de l'agriculture en Normandie au moyen âge, 2' édit., Paris, Champion, 1903. Suivant lui, les élèves n'auraient pas été seuls à suivre les cours. On initiait aux secrets de la lecture et de l'écriture un certain nombre de cultivateurs (p. 175).

Dans la Brie, l'extension des écoles aurait été un peu plus tardive; elle daterait surtout de la Renaissance, suivant Lhuilier : Recherches historiques sur l'enseignement primaire dans la Brie. — C.-R. G'éard, dans le Bulletin du Comité des travaux historiques et scientifiques (section des sciences économiques et sociales), 188"), p. 159. Mais à quel moment l'auteur tait-il commencer la Renaissance?

(2) A Chalon, ce sont des legs que nous rencontrons en faveur des recteurs d'école en 1250 et 1302, et des pauvres écoliers en 1315: il s'agit d'un legs de l'évèque ; il veut qu'on achète pour dix écoliers pauvres dix paires de souliers et une pièce de drap aux foires de Chalon {Cart. de Chalon, Bibl. nat., 17089, p. 38, 45; à Dijon, un legs de l'année 1256 est signalé dans l'inventaire (Arch. dép. de la Côte-d'Or, G. 2092) ; voir aussi le legs de Regnaut-Sarre aux écoles de Dijon (Ar'.h. dép. de la Côte-d'Or, B. 11225). — A Gevrey, legs de Jean Richardet; il donne un demi-gros au recteur d'école, un tiers ;ï chacun des bénéficiers de l'école. (Arch. dép de la Côte-d'Or, B. 11259 (1358-1361). A Saint-Seine, en 1381, Marguerite, fille de Gui Novat, le cordonnier, f-iit un legs aux pauvres clercs des écoles de Saint-Seyne (Muteau, p. 96).

(3) 1483 : bail de deux enfants mineurs à leur mère remariée, avec obligation de les envoyer pendant deux ans à l'école. — 1497: bail pour neuf ans à son grand-père d'un orphelin âgé de trois ans. Il drvra l'envoyer à l'école pendant deux ans entiers et « luy faire apprendre sa créance (son éducation), ses pcaulmes. » Drot, Documents tirés d'anciennes minutes, Bulletin de la Société des sciences historiques de l'Yonne, 1900, 54* vol., p. 443.

(4) Sur la Scola Judeorum .-Inventaire des titres de la commanderie du Temple de Chalon (Archives de Mâcon). Batault, p. 14.

(5) Thesaur. anecd., col. 1252, cité par Petit, Histoire des ducs de Bourgogne, t. II.

(6) Nous faisons allusion au document du 2 février 1320, imposant aux ecclésiastiques du diocèse de Langres une somme d'argent pour les dépenses de maître Jean de Villeneuve-le-Roi, juif conveiti qui a enseigné à Paris l'hébreu et le chaldéen « pro scolaribus audiendis per ipsum in linguis caltea et hebrea ». Le scelleur de Langres qui perçoit la somme touche du doyen de la chapelle aux Riches 12 deniers parisis.

juifs, il existe à Chalon une autre école, le nom de son recteur, Jean, nous est connu dès Tannée 1250 (1). En 1251, un autre document nous fait voir également, à Autun, une école distincte de fécole épiscopale (2) ; son recteur est alors un clerc; en 1284, il s'appelle Etienne de Viset (3). Il reste soumis et ses collègues autunois le resteront longtemps à l'institution du grand chantre. A Flavigny, en 1272, maître Martin de Lausanne assume la direction des écoles (4). Quant à Beaune, nous savons que dès la fin du treizième siècle, in vico campante, sont installées des écoles dont nous ne connaîtrons les noms des maîtres qu'un peu plus tard (5). A Auxerre, les écoles ecclésiastiques sont en baisse au début du treizième siècle ; la fonction d'écolàtre, en 1210, est si mal rétribuée qu'elle ne trouve plus de titulaire II faudra que les évêques en augmentent la dotation (6). En attendant, la direction des écoles populaires, en 1253, va tomber dans les mains des Jacobins; à eux, pendant deux siècles et demi, va revenir le soin de diriger les bons enfants (7).

Quant à Sens, la direction du préchantre paraît être devenue plus fiscale que scientifique. Il prélève en 1298 sur le maître des grandes écoles 100 livres parisis de rente, sur le maître des écoles d'écriture 60 livres et sur le maître de chant 4 livres (8).

Toutes ces écoles, sauf les grandes écoles d'Auxerre, paraissent encore élémentaires. On tente toutefois de construire plus haut. En 1287, le pape Boniface VIII institue à Gray une université; mais c'était aller trop vite en besogne, l'université de Gray n'exista jamais que sur le velin de la bulle papale ; il faudra attendre encore un siècle et demi la réalité d'une université franc-comtoise (9).

Le document est édité par Denifie, Chartularium varisiense, t. II, p. 237 ; il avait été publié pour la première fois par M. J. d'Arbaumont, dans la Revue des sociétés savantes des départements, 2' série, t. IV, p. 66, année 1861, avec un petit commentaire. Arch. de la Côte-d'Or, G. 2094.

(1) Nous voyons à cette date un legs fait « magistro Joanni de Poilleo recloiï scolarum Cabilonensis », Cari, de Saint- Vincent, Bibl. nat.. ms. 1. 17089, p. 120. Jean de Ponilly n'a plus cette charge en 1261, Batault, p 13. Une autre mention des recteurs est faite en 1315 : « rectores scolarum cabilionensium », Cari. de Saint-\ incent de Chalon, collect. de Bourgogne, t. CIII, f° 8, Bibl. nat., 17039. p. 38, 45.

Ava"t 1 '32, Persant de Fontaine est recteur. Ibid., p. 306.

(2) De Charmasse, Etat de l'instr,, p. 243. — Batault, p. 10. note 4.

(3 De Chômasse, Etat de l'instr. prim., p. 244, et Cart . de l'église d' Autun, p. lxii et 268. Il s'agit de la vente d'une vigne située à Sampigny faite « magistro Stephano de Veset, clerico nunc rectori scolarum eduensium ». Les écoles d'Autun se tiennent dans « la grant maison de S1 Christophe ». De Charmasse, Etat de l'instr. prim., p. 247, et Les Jésuites, p. 7 et 8.

(4) De Charmasse, Cart. de l'évêché d'Autun, p. 19.

(5) On nous parle, flans un acte de février 1293/4. contenu dans le Cartulaire de Notre-Dame de Beaune, d'un « mansum situm Belne in vico campanie ante scolas belnenses ». Arch. de la Côte-d'Or, G. 3216, f° 233 v°. En 1319 et 1315, on parle encore de ces écoles (Arch. de la Côte-d'Or, B. 395, et Arch. nat. JJ., 64, n» 185. En 1389, Eudes de Lux est recteur (Aroh. dép., B. 11303, f» 45 v«). En 1408, le recteur est Chardin de Lux, Muteau, p. 111 ; Prost, p. 622.

(6) Quai. tin, p. 72. Sur les scolastiques d'Auxerre, Lebeuf, Mémoires, t. I. p. 407 et l'article : scolastique.

(7) Quantm, Inst. prim., p. 90, 91. - Lebeuf, t. IV, p . 183.

(8) Quantin. Inst. prim., p. 59.'

' (9) Viollet, Hisl. des inst. pol. et adm., t. II. p. 369-370.

Ce que le treizième siècle révèle pour les grandes villes en matière scolaire, le quatorzième siècle l'accomplit pour les petites villes et les bourgades importantes. Il ne faut pas oublier qu'à cette époque la Bourgogne fut un pays privilégié, et qu'elle resta en paix pendant que les pays des bassins de la Seine et de l'Yonne étaient en proie à la guerre des Anglais et ne connurent alors ni écoles, ni maîtres au dire de Quantin (1). Au contraire, dans l'intérieur du duché, c'est toute une floraison scolaire que nous prouvent des documents, relativement abondants. Non seulement nous trouvons des écoles là où seront plus tard des collèges, à Dijon, à Autun, à Chalon, à Semur-en- Auxois (2), à Arnay-le-Duc (3), à Chàtillon, mais elles existent aussi dans des localités moins importantes. En voici toute une série le long des grands fleuves de la Saône et du Doubs, favorables au commerce, à Auxonne (4), à Saint-Jean-de-Losne (5), à Pontailler(O), à la Perrière-sur-Saône (7), à Verdun-sur-le-Doubs (H). Nul doute que les fils de marchands de l'endroit n'en profitent. En voilà d'autres sur la route parallèle à la Saône qui va de Langres à Lyon : à Is-sur-Tille (9), à Grancey-Ie-Chàteau (10), à Mirebeau (H), à Gémeaux ou Fontaines, près Dijon (12), et tout le long de la Côte : à Couchey (13), Gevrey (14), Nuits (15), Meursault (16), sans parler à nouveau de Beaune.

Mais ce ne sont pas là les seuls endroits fréquentés de la Bourgogne et les seules écoles : à Vitteaux (1 7), à Pouilly ( 1 8), à Mont-Saint-Jean (1 9), à Montréal (20), à Avallon(21),

(1) Quantin, Instr. prim., p. 59.

(2) En 1359. Arch. dép. delà Côte-d'Or, B. 6292, f" 3 v». — En 1376. Arch. nat., JJ. 319, f» 45. — Prost, p. 47.

(3) 1324 : maître Jean est « reetor scolarum de Arneto ». De Charmasse, Etat de l'instr., p. 252.

(4) 1366-1367 (Muteau, p. 92) ; 1367, 1368 et 1392 (Prost, t. I, p. 47, note). Adde, Arch. départ, de la Côted'Or, 2903 (1418-1420).

(5) 1392-1393. Arch. dép. de la Côte-d'Or, B. 1487, f°s 91 et 104 (Prost, p. 47, note).

(6) 1404. Jean Vatel est maître d'école (Muteau, p. 108, note 1).

(7) Arch dép. de la Côte-d'Or, B. 11252, f° 27. En 1348, Marcel de la Perrière fait un legs au recteur des écoles dudit lieu (Prost, t. I, p. 622).

(8) 1392. Arch. dép. de la Côte-d'Or, B. 6413, f° 39. — Prost, t. 1, p. 48, note.

(9) 1325. Muteau, p. 89.

(10) 1383 : Jehan de Jussey. Arch. dép de la Côte-d'Or, B. 4103, f" 5 v° et 19 (Prost, t. I, p. 47).

(11) 1433 : Jean Bachelet (Muteau, p. 141, note 1).

(12) P^ost, t. I, p. 622, n'est pas certain que l'indication se rapporte à Fontaine ou Gémeaux.

(13) 1338 • Simonnet, p. 343.

(14) Les indications sont très abondantes : en 1342, Arch. de la Côte-d'Or, B. 11240, f» 7; en 1359, 1361, 1379, 1386, 1389, Muteau, p. 90; Prost, t. I, p. 622 et p. 47, note.

(15) 1377 : Humbert d'Arbois (Arch. de la Côte-d'Or, B. 11327, f» 3 v», 1396-1397). — Maître Pierre Viardot (Arch. dfp. de la Côte-d'Or, B. 165 et 1409). — Prost, p. 47. en note, indique que c'était un prêtre marié. Adde, Pierre de Raye, Arch. départ, de la Côte-d'Or, B. 5564 (1417-1418).

(16) 1364-1365 (Arch. dép de la Côte-d'Or B 5906, f» 47). — Prost, t. I, p. 48.

(17) 1398 : MutedU, p. 95. — Simonnet, p 344.

(18) 1400-1404 : Jean de Montclus (Arch. dép. de la Côte-d'Or, B. 1287). — Prost, p. 48, note.

(19) 1386 : maître Pierre de R>y; de Charmasse, Etat, p. 253.

(20) 1356-1359: Arch. de la Côte-d'Or, B. 5.02, f° 11 v», 36, 69 v°. En 1373, Poinceot de Charencey ; en 1377-1378, Poinssot Guichart (Prost, t. 1, p. 48. note).

(21) 1304 : Maître Pierre. De Charmasse, Etat, p. '251 ; Petit, Avallon et l'AvalUmnavi, p. 374.

à Saint-Julien-du-Sault (1), à Charny (2), à Corbigny (3), à Couches-les-Mines (4), à Coulanges-la-Vineuse (5), à Cravant (6), à Chitry (7), ou plus bas à Mont-Cenis (8), à Brienon-l'Arclievêque(9), à Bourg en-Bresse (10), dans le Châtillonnais à Villaines-en- Duesmois(1l)et Aignay-Ie-Duc (12), sur les confins du duché à Champlilte (13), d'un côté, à Villeneuve-le-Boi (14), de l'autre, nous trouvons également des écoles; et encore faut-il considérer que notre énumération, faite au hasard des documents qui parlent rarement des recteurs d'école d'une façon directe, est loin d'être limitative. Quoi qu'il en soit, les indices sont suffisants pour qu'il soit nécessaire de reléguer la légende d'un moyen âge bourguignon sans instruction au rang des fables.

Les écoles dont nous avons fourni l'énumération, sont des écoles de garçons. Ce sont les plus répandues sans être les seules. A côté des écoles de garçons ou mixtes, il existe des écoles de filles. Elles sont dirigées par des maîtresses.

A la fin du quatorzième siècle, on nous parle d'une « Jacoble de Mussey-l'Archevêque, maislrece de l'escole des fillettes à la ville de Dijon (15) ». Le règlement de 1446 indiqne que la maîtresse doit être de vie recommandable, approuvée par le recteur qui doit la faire surveiller (16); il semble qu'une femme pouvait alors enseigner garçons ou filles, aliquos vel aliquas. En 1488, il y a à Dijon deux maîtresses, l'une à la paroisse Saint-.Iean (17), la nommée Nicole, elle n'est pas mariée; l'autre, pour la paroisse Saint- Médard, porte le nom de Jeannolte. En dehors de Dijon, nous rencontrons encore des maîtresses d'école à Châtillon-sur-Seine (18) et à Auxonne (19).

Presque toutes ces écoles se présentaient comme des écoles élémentaires, mais dans

(1) En 1400 : Porée, Inventaire de la collect. de Chastelux, n" 461.

(2) 138!» : Porée, Inventaire de la collect. de Chastelux, n° 374.

(3) De Charmasse, Etat. p. 254.

(4) 1339 : Arch. d£p de la Côte-d'Or, B. 11230, f° 49, le recteur est Dominus Parisetus, dictus Chapistre de Dyvione, presbyter (Prost, t. I, p. 622).

(5) Petit, Avallon et l'Avallonnais, p. 374.

(6) En 1*02 : Quantin, Instruction primaire, p. 73.

(7) En 1341 Quantin, Instruction primaire, p. 73.

(8) 1347 : De Charmasse, Etat, p. 252; 1356-1361 : Arch. dép. de la Côte d'Or, B. 2283, f» 12 \°, et B. .'285, f" 13. - Prost, t I, p. 623.

(9) 1395 : Durant Tontif, Arch. nat, J.l. 153, n» 547, f» 362. — Prost, t. 1, p. 47, note.

(10) En 1404 : Brossard, Cart. de Bourg-en-Bresse, p. 4. —En 1405: Simonnet, p. 343.

(11) 1378 : Arch. de la Côte-d'Or, B. 3204. — Pio>t, t. I, p 48, note.

(12) 1346 : Arch. de la Côte-d'Or, B. 11243, f» 4 v°, Nauletus de Blesceyo, clericus. — Prost, t. I, p. 622.

(13) 1372 : Simonnet. p. 343. — 1395 : Arch. nat., JJ. 153, f» 547, 362. — Prost, 1. 1. p. 47, note.

(14) 1296 : « Pro fumo scole Villenove Begis retegendo », Porée, Invent, de la coll. Chastelux, n° 87.

(15) Muteau, p. 94, et les références de Prost, t. I, p. 46, note 4.

(16) Règ., art. xiii : « . .Stituimus et ordinamus quod nulla mulier cujuscumque sufficiencie fuerit Divione et in banleuca exerceat publiée dictum actum docendi scolastice aliquos vel aliquas extramos vel extraneas recipientes nisi feeerit conscia moribus et vita commendabilis et talia que verisimiliter sit juvencularum scandalisature ac de consensu rectoris qui ad hoc intendere tenebitur et unum procuratorem vel deputatum ponere ad circa hec vigilandum, référendum et providendum. »

(17) Muteau, p. 152.

(18) En 1378 : Arch. dép. de la Côte-d'Or, liasse B. 3205. — Prost, p. 47, note.

(19) En 1398-1399 : Arch. dép. de la Côte-d'Or, B. 2896, f» 14 V. — Prost, p. 47, note.

les villes les plus importantes comme Dijon et Auxerre, elles augmentèrent peu à peu d'importance (1). A Dijon, en particulier, il est facile de suivre tout à la fois, et le mouvement d'émancipation des écoles vis-à-vis du chantre de Langres, et l'accroissement de la qualité de leurs programmes. Ce ne sont plus au quatorzième siècle des petites écoles mais de grandes écoles, comprenant toute une organisation et un enseignement varié sur lequel il sera utile de nous arrêter.

La première manifestation qui visa l'omnipotence du chantre de Langres à Dijon vint non pas de la municipalité, mais des chanoines de la Sainte-Chapelle. Celle-ci, fondée en 1172 (2), était exempte de la juridiction épiscopale et rattachée directement au Saint-Siège. Elle s'appuya sur la décision du concile de Latran de 1 179, ordonnant qu'il serait établi dans chaque cathédrale une prébende en faveur d'un maître chargé d'enseigner gratuitement quiconque viendrait suivre ses leçons et créa une école dont le maitre était choisi par le doyen de la Sainte-Chapelle et non par le chantre de Langres. Celui-ci sentit l'attaque : la nouvelle école avait du succès. Nous en voyons la preuve dans ses incessantes réclamations, réclamations d'autant plus vives que le second concile de Latran de 1215 ayant étendu l'obligation d'entretenir une école à toutes les églises dont les ressources étaient sufflsanies à cet entretien, la Sainte-Chapelle enhardie, et qui avait fait renouveler en 1216 par Houorius III son privilège de nomination et se sentait ouvertement encouragée par le cardinal de Courson, étendit ses prétentions. Elle voulait, tout en conservant son droit de nommer le maître de l'école de son église, instituer à Dijon d'autres écoles en ne laissant au chantre de l'église de Langres que le soin d'en examiner les directeurs. Le cardinal lui donna raison en 1228.

Cette décision du cardinal est intéressante à examiner, elle se fonde sur la nombreuse population dijonnaise à laquelle une seule école ne suffit pas. On ne veut point que pour des inconvénients matériels, les clercs restent privés de doctrine. Le chapelain de la Sainte-Chapelle aura l'exameu de son maître d'école, mais pour les autres maîtres qui sortiront de la Sainte-Chapelle la licentia docendi sera accordée par le chantre de Langres à qui, dit-on, elle appartient (3).

(1) On peut conjecturer que là où le recteur est maitre es arts, l'enseignement est d'un degré plus élevé ; c'est ce qui arrive à Bourg-en-Bresse (1406, Simon de Vaulx, maitre es arts).

(2) Essai historique sur la Sainte-Chapelle de Dijon, par J. d'Arbaumont (extrait des Mémoires de la Commission des antiquités de la Côte-d'Or, 1 803, p. 2).

(3) Le cardinal (de Courson) confirme Ips privilèges de 1» Sainte-Chapelle ; il s'adresse au doyen :

« Caeterum quia apud Divionem niulta est populorum freqventia, et tantum unius scholae regnum ibidem esse dicatur, ne per doctnnae detlectum clerici ignorantiae tenebris involvantur, liceat tibi auctoritate praedicta, ut iuxta Lateranensis statuta Concilii, viris litteratis et ad hoc idorn-is docendi Clericos tribuas hberaliter facultatem, contra doctores quoslibet, Ecclesiastica diitructione compescens : ita tamen ut examinationem ipsorum ddecto viro Lingonensi Cantori relinquas ; ad quem huiusmodi exarninatio dicitur pertinere, excepta examinatione illias qui scholis Ecclesiae tuae fuerit proponendus ; quem examinari et institui per te volumus, sicut tibi est de Ecclesiae tuae iure concessum. Datum Atrabati. post Calendas Decembris. » Pérard, p. 273-274.

Voilà donc une école et une école supérieure, nous le venons bientôt, installée à Dijon vis-à-vis des écoles du chapitre. A cette école s'en adjoignit rapidement une autre, celle des dominicains (1), qui prennent au milieu du treizième siècle, dans la cour des ducs de Bourgogne, la situation qu'ils devaient conserver jusqu'à la mort de Charles le Téméraire (2). C'est sur la prière d'Alix, duchesse de Bourgogne que le pape Innocent accorde, en février 12i5/6,aux étudiants des écoles des frères prêcheurs de Dijon les mêmes avantages, au point de vue de la provision des bénéfices, que s'ils avaient étudié à Paris (3).

La même décision fut renouvelée le 22 juin de la même année (4). L'on remarquera que l'on spécifie cette fois qu'il s'agit d'une faculté de théologie. La théologie constitue alors véiilablement l'enseignement supérieur. Les dominicains vont drainer une partie des recrues de la Faculté de Paris à Dijon. A Auxerre, ils en feront autant.

La situation à Dijon était donc la suivante, à la fin du treizième siècle et au début du quatorzième siècle. Nous distinguons dans la ville quatre sortes d'établissements d'enseignement. En premier lieu, celui de la Sainte-Chapelle où se donnaient à la fois un enseignement élémentaire et, en outre, un enseignement supérieur pour employer la terminologie moderne, car encore en 1332 on indiquera nos écoles comme des « scole ad docendum clericos et quoscumque alios in qualibel facultate (5) ».

A côté de ces écoles, est érigée l'école de théologie des dominicains à laquelle est jointe une école de novices. Pour l'enseignement théologique cette école devait être ouverte à tous et nous verrons qu'encore au quinzième siècle il y a des disputes de quolibets (6), c'est-à-dire de petits concours entre les élèves de la ville et les élèves des dominicains.

(1) Les dominicains et les franciscains constituent de nouveaux ordres religieux urbains qui considèrent que l'enseignement religieux, spécialement celui de la théologie, rentre dans leurs attributions.

(2) Sur cette situation, Muteau, p. 117, note 1.

(3) C'est avec les dominicains et les franciscains que nous voyons s'établir des ordres pour qui l'enseignement devient une occupation d'importance. Les dominicains ont, en 1221, un couvent à Paris ; en 1229, une chaire de théologie. (Thurot, p. 113). Cet enseignement devenant leur spécialité, rien d'étonnant à ce qu'ils aient essayé d'établir à Dijon une école de théologie. Voici le texte de la bulle d'institution :

« Innocentius episcopus servus servorum Dei dilectis filiis universis clericis per lugdunensem provinciam constitutis salutem et apostolicain benedictionem.

» Dilecte in Christo fihe nobilis mulieris... ducisse Bureundiae (Alix de Vergy, épouse d'Eude III) precibus inclinati auctontate vobis presentium indulgemus, ut quicumque vestrum in seolis fratrum predicatorum Dyvionensium Lingonensis studio institerint théologie, beneficiorum suorum proventus intègre percipiant ac si Parisius in eodem studio moraientur. » (Lyon, 6 février 1245/6). Arch. dép. delà Côte-d'Or, H. 932. — Denifle, Chartularium universitatis parisiensis, t. I, p. 176, ri» 134. Indiqué dans Petit, t. IV, n° 2507. Le document y est daté inexactement de 1245.

(4; Lyon, 22 juin 1246. Bulle d'Innocent IV. Le pape déclare que : « Inclinati precibus dilecti filii nobilis viri... ducis Burgundie auctoritate vobis presentium indulgemus, ut quicumque vestrum in scohs fratrum minorum Divionensium... studio institerint theologice f'acultatis, beneficiorum suorum proventus intègre percipiant, ac si Parisius in eodem studio morareniur. » Uenifle, Chart. paris., t. I, p. 191, n° 158.

(5) Il s'agit du traité de 1332 dont nous parlerons plus loin. C'est faute d'avoir démêlé la diversité des établissements d'instruction que Batault, page 19, déclare qu'à Dijon le chantre de la chapelle ducale eut la haute direction des écoles de Dijon, après celui de Langres.

(6) Bèglement de 1446, art. xvii-xvih.

En troisième lieu, nous rencontrons les écoles de la ville, celles qui se trouvent sous la direction du chantre de Langres. Une analyse assez attentive d'un règlement de 1445/6 (1)que nous étudierons plus loin, nous permet de reconstituer avec assez de sûreté l'organisation de ces écoles au début du quatorzième siècle (2). Au temps de l'abbé Géront (S) de Saint-Bénigne, nous voyons à la tête de l'école un recteur qui enseignait la philosophie et les mathématiques et un vice-recteur (A) qui s'occupait de la grammaire, c'est-à-dire du doctrinale, du Grecismum et des adores, le tout pour un certain prix fixé par le recteur et les bacheliers de l'école. Ces bacheliers sont au nombre de douze dans le legs de l'abbé Géront. Ils devaient veiller aux moindres taches telles que la lecture du premier traité des petites sommes de Pierre d'Espagne, faite textualiter et positive (5), sans l'adjonction d'aucun commentaire. Ou remarquait, en outre, un portier qui s'occupait du luminaire, des livres et de l'administration des corrections. Il recevait 12 livres par an des seuls écoliers de la banlieue de Dijon (6), ce qui peut faire .-upposer que les étudiants étrangers n'étaient pas encore bien nombreux à Dijon et payaient des sommes variables.

Au quatorzième siècle, par conséquent, l'on ne s'occupait plus uniquement dans les grandes écoles de lujon de ce que nous pouvons appeler l'enseignement du premier degré, c'est-à-dire de la lecture, de l'écriture et des éléments de la grammaire latine que l'on apprenait alors dans le traité de Donnât, De octo parlibus, mais aussi de la logique.

Les élude> roulent sur le Doctrinal d'Alexandre de Villedieu (7) dans lequel on s'occupe des irrégularités et anomalies grammaticales, de la syntaxe, de la prosodie des poètes latins, des formules de lettres et des éléments de calcul. On étudie également le Grecismum qui devait à Paris avec le Doctrinal, lors des réformes de 13b6 et 1452, remplacer la grammaire de Priscien (8). En 1215, le cardinal de Courson prescrivait encore pour les leçons ordinaires la grammaire de Priscien.

Quant à la logique, on en trouve les premiers éléments dans les petites sommes,

(1) Nous possédons deux copies de ce règlement : l'une se trouve aux Archives municipales F. 1. Une autre copie se trouve aux Archives départementales. Ce règlement a été imprimé en entier par M. Muteau. Les écoles et collèges en province, p. 126-141.

(2) En ellet, le règlement, dans son § xli, nous renseigne sur un legs de l'abbé Géront qui décide que chaque année une certaine quantité d'argent, de pain et de vin sera donnée au recteur, au vice-recteur, au portier, à douze bacheliers, et en plus un pain a chaque écolier. Ce legs indique, suivant nous, la composition de< écoles de inj.m au moment où il fut fait. De plus, cet abbé Géront ne peut être, croyons-nous, que l'abbé Giralde, qui dirigea Saint-Bénigne de 1300 à 1304 ? Chomton, p. 213.

(3) Règl ment, § xli.

(i) Règlement, xi.i.

(5) Règlement, vu.

(6) Règlement, xxvi.

(7) Le célèbre gramnairien Alexandre de Villedieu, l'auteur du Doctrinale puerorum, avait enseigné au collège d Avranches au douzième siècle. Son ouvrage resta classique pendant près de trois siècles. Bulletin des sciences économiques et sociales, Congrès de 1900, p. 308.

(8) Thurot, p 45.

les summulœ qui constituaient un abrégé de l'organon d'Aristote et qu'on attribuait à Pierre d'Espagne (1).

Les bacheliers de Dijon ne peuvent que lire ces petites sommes sans les commenter. Les élèves apprendront par cœur les principes. Les notions un peu générales ne sont fournies que par le recteur et le vice-recteur.

Cet enseignement destiné, semble-t-il, à des enfants de 12 à 13 ans au plus, se développera au quinzième siècle.

Enfin en dehors des écoles proprement dites, il y avait des enseignements privés, principalement des enseignements de droit. Nous rencontrons à Dijon (2). comme à Chalon d'ailleurs (3), à Beaune (4). à Autun (5), à Màcon (6), à \uxonne (7), à Saint- Jean-de-Losne (8) comme à Sens (9), dès la fin du treizième siècle et dans le courant du quatorzième siècle, des legum professores. Ces professeurs de lois ne sont certainement rattachés à aucune université : il n'y en a pas dans les villes dont nous a«ons parlé. Il faut les considérer comme des maîtres particuliers, parfois adjoints aux grandes écoles, et qui se chargent d'éduquer les praticiens, les procureurs, avocats et autres sages en lois, les notaires, ainsi que les jeunes gens qui veulent compléter leur éducation, ou obtenir un poste dans l'administration ducale. Ils ne leur enseigneront probablement que les éléments du droit (10), ils leur dicteront les formules usuelles. Je ne crois pas qu'il ait été possible de demander davantage aux professeurs dont nous parlons en ce moment (11). Les jeunes gens qui voulaient faire des éludes juridiques sérieuses allaient à Bologne ou à Paris (12). Les universités italiennes étaient très

(1) L'organon comprend les libros Aristoteli de dialeclica tam de veteri quant de nova. Dans la logique, on distingue deux parties : « Logicam appellant veterem : praedicabilia, categoriae et de interpretatione ; logicam novam (les livres que ne connaissait pas Abélard) : priora, postenora, topica ». L'organon était l'obje presque exclusif des leçons ordinaires. — Thurot, p. 72.

(2) Arditi.limis, 1323-1327. Arch. dép. de la Côte-d'Or, B. 11227, f» 64 r°.

(3) Cartulatre de Saint-Vincent de Chalon, Bibl. nat., ms. lat. 17089, p. 133. On parle, en 1317, d'un « Johanriesde Edua legum professor ». A Chalon, ce professeur de lois habite le quartier des écoles (Batault, p. 13). Avant lui, nous connaissons, en 1308, un Bertrand de Capella ; en 130<, Picot. Coll. des doc. inédits.

(4) En 1308, Henri de Dulphinaco, Pico*, ibid., p. 672. En 1328, c'est le doyen de l'église Sainte-Marie de Beaune, Johannes Ogerii, Cart. de l'église Notre-Dame de Beaune, G. 3116, f° 112 V.

(5) De Charmasse, Carlidaires d' Autun.

(6) Petrus de Blano à la fin du treizième siècle.

(7) 1323-1325, Arch. de la Côte-d'Or, B. 11227, f" 79 v».

(8) Il s'agit de Guy Baudet.

(9) A Sens, en 1359, Nicolas de Chàteau-Landon, avocat, est qualifié de clerc legum professor : Bull, de la Soc. arch. de Sens, 1870, p. 143. — Quantin, Histoire de l'enseignement secondaire, p. 47.

(10) Eu ce Sf»ns : Batault, p. 13 ; Beaune et d'Arbaumont, p. xvi. Dans la Comté, nous avons des professeurs de droit depuis 1226. — Villequez, Les écoles de droit, p. 6 ; Revue historique, 1872, p 242. — Pour Lyon, voir E. C^illemer, Mélanges Filting, t. I, p. 129.

(11) Ce qui devait, dans une certaine mesure, faciliter l'enseignement privé du droit en particulier ou du droit romain, c'était l'interdiction qui était faite à la fin du treizième siècle d'ense'gner le droit romain à l'Université de Paris.

(12) Déjà, en 1212, nous voyons des emprunts faits par un certain « Thomas clericus de Loane » pour ses frais « in scolis Parisius et Boloniae » : Cart. de Saint-Vincent de Chalon Bibl. nat., 17089, p 86, cfr., p. 104 et 105. A la fin du quatorzième siècle, en 1370, Jean du Lac est étudiant à Bologne. Arch. de la

fréquentées alors par les Bourguignons et le restèrent encore dans les débuts du seizième siècle (1).

Tout ceci nous donnait nombre d'écoles faisant double emploi, en particulier les écoles de la chapelle du duc et celles de la ville. Les premières, avec le cardinal de Courson, avaient perdu leur puissant protecteur. En outre la chapelle avait subi un grand nombre d'assauts du monastère de Saint-Etienne de Dijon, ce qui l'avait un peu lassée. Elle ne sut plus résister quand révoque de Langres, en 1320 (-2), résolut d'employer les grands moyens. La chapelle étant exempte, l'évêque n'y pouvait faire d'acte de juridiction ni excommunier les chanoines, mais il pouvait frapper les autres personnes. Il ne s'en fit pas faute. En 1320, il défendit, sous peine d'excommunication, d'avoir, de tenir et même de fréquenter d'autres écoles que les siennes sans sa permission (3). On aurait peut-être pu résister en s'appuyant sur le privilège de Robert de Courson; mais le recrutement d'élèves semble ;ivoir été fort appauvri (4) et la ville qui maintenant prenait de plus en plus la direction des autres écoles, ne soutenait plus comme autrefois la chapelle ducale. Celle-ci préféra céder et, le 10 juillet 1332, elle renonça à tout droit, même à celui de choisir le maître d'école de son église, moyennant une redevance de 17 livres 10 sols dijonnais, lui permettant de faire élever ses clercs là où elle le voudrait.

L'acte, pour justifier cette somme, contient une constatation affligeante : cum hodie non inveniantur magistri gratuili. Il n'y a plus d'écoles gratuites (5) ; les maîtres qui, pour la plupart sont pauvres, sont bien obligés de demander une redevance à leurs écoliers.

A la suite de la transaction de 1332, il fallut pour contenir les écoles fusionnées de

Côte-d'Or, B 11276 (1369-1372). On va également à Orléans : c'est le cas de Guillaume Lore, de Dijon. Ibid., B. 1 1276. A Bologne, la Borgondia forme une nation. Sivigny, Histoire du droit romain au moyen âge, trad. Guenou, t. II, p. 138. En 1356, Henri de Chalon-Arlay, .(--an Jouffroy qui devait devenir cardinal se faisait inscrire à Pavie : Beaune et d*Arbaumont, p. xm. — Clerc, Essai sur la Franche-Comté, t. II. p. 395.

(1) On sait que Ghasseneuz étudia en Iialie et l'intérêt qu'il attache aux leçons de ses maîtres ultramonlains. Au seizième siècle également, nous voyons un Crnrljs de la Péruse d'Esears, nommé abbé de Bèze, pendant qu'il faisait ses études dans les universités d'au delà des monts. Courtépée, t. IV, p. 7(18.

(2) Arch. dép de la Côte-d'Or, fonds de la Sainte-Chapelle, G. ; ibid., D 1154. Cet acte a été publié pour la première fois par J. d'Arbaumont dans la Revue des sociétés savantes des départements, t. VIII, p. 477 à 488 (1862); ensuite, parMuteau, p. 76, note 1.

(3) « Fuit ex parte Domini lingonensis episcopi, qui tune erat, facta inhibitio et monicio generalis sub pena excommunicationis perlata in contrarium facientes quod nullus cujuscumque preemineivie vel statum extiteret scolas, ibidem haberet, regeret vel teneret — vel alias scolas quam nostras ibidem intraret, sine nostra licencia vel assensu. »

(4) En effet, dans l'acte dont nous parlons, nous voyons que le chantre déclare que le chapitre n'avait jamais usé des privilèges qu'il prétendait et dont il s'écartait « propter quod tain non utendo qua n postmodum abutendo privilegium amiserant supradictum nec consuetudo per eos allegata unquam inducta fucat nec prescripta licet quinque et pluries eam inducere attemptassent nobis et dictis nostris predecessoribus resistentibus ex adverso. »

(5) « Cum hodie non inveniantur magistri gratuiti sed omnes communiter cum ut plurimum sint pauperes. nec de publico salarium aliquod recipiant, salarium exigunt a scolaribus intrantibus scolas suas pro suis laboris mercede. »

la chapelle et de la ville choisir un local plus vaste. Les écoles de la ville qui se tenaient jadis entre le mur du castrum et la maison du singe, sur l'emplacement de la maison de la rue actuelle Ghabot-Charny, qui portait le n° 38, se transportèrent avant 1338 vis-à-vis rhospi<-e de la rue Saint-Fiacre où elles furent rejointes en 1340 par les écoles de la chapelle ducale (I).

Est-ce le sentiment de son importance nouvelle qui poussa en 1358-1360, maître Renaud de Granifailli à prendre le titre pompeux de « grand maître » des écoles de Dijon (2)? Ses successeurs se contentèrent d'ordinaire du titre de recteur (3).

Nous sommes arrivés, pour Dijon, à l'unité d'école. Les grandes écoles de Dijon ont absorbé les écoles de la chapelle, il est probable qu'elles ont amené les écoles des dominicains à ne s'occuper que de leurs novices et de théologie. Il faut maintenant qu'elles prennent un essor nouveau pour se montrer dignes de la situation prépondérante qu'acquiert la Bourgogne à la fin du quatorzième siècle et au début du quinzième (4).

§ 3. — L'organisation des écoles au quinzième siècle.

Les documents que nous possédons sur le quinzième siècle sont suffisamment abondants et précis pour nous permettre de nous arrêter et de tracer un aperçu assez net de l'organisation des écoles.

Tout en bas, constituant le premier degré de l'instruction, nous apercevons les petites écoles, celles qui sont répandues dans les villages, les gros bourgs et continuent à subsister dans les villes importantes à côté des grandes écoles. On y apprend la lecture, l'écriture, les premières notions de calcul, les psaumes et aussi, plus rarement, les éléments de la grammaire latine, qu'on étudie alors dans le traité de Donat, De octo porlibus.

Les enfants s'exerçaient à lire avec des tablettes sur lesquelles étaient écrits probablement les éléments de la grammaire, les prières et les sept psaumes de la pénitence (5).

(1) Arch. dép. de la Côte-d'Or, B. 11230; voir aussi B. 11254 (1351-1360). On parle de la vente d'un meix où furent jadis les écoles au castrum de Dijon. C'est par erreur que Muteau, page 90, note 1, confond le château de Dijon (le castrum) avec le château des ducs. Plus tard, les écoles iront rue de la Tour-aux-Anes (rue de la Préfecture). Elles y sont déjà depuis plusieurs années en 1469-1470. Muteau, p. 149.

(2) Arch. dép. de la Côte-d'Or, B. 1405, f° 44 v°-45; B. 1487, f° 38; B. 1408, f° 54 v», 55 et 57. Prost, hivent., p. 622 ; Muteau. p. 91.

(3) Il est vrai qu'en 1317, Pierre de Montiguy avait déjà le titre de recteur des grandes écoles, « rector rnagnarnm scolarum divionensis ». Muteau, p. 88.

(4) Même évolution à Auxerre, où les grandes écoles tendent à absorber toutes les autres Quantin, Hist. de l'enseignement secondaire, p. 22.

(5) En 1375, nous voyons que le recteur de Saint-Louis, Michel le Curt, abandonne à son sous-maitre Jean de Barbonne « les poissons et les violotes dehues en caresme des petits enfans qui apprennent leurs taublottes et sept psaulmes ». Simonnet, Doc. pour servir à l'hist. des inst. de Bourg., p. 347. Dans les baux a nourriture cités plus haut, il est également question d'apprendre les psaumes, supra, p. 659, note 3.

— (il)9 —

L'enseignement était oral et individuel : le maître faisait lire par chaque écolier le morceau inscrit sur la tablette ou le modèle tracé sur les murs de l'école. L'enfant écrivait soit sur du sable fin, soit sur des plaques d'ardoise ou toute autre matière peu coûteuse. Le calcul s'enseignait au moyen de petits cailloux, c'est ce que l'on nommait « le jet » (1). Il est probable que dans les écoles de filles, cet enseignement était simplifié (2) et allégé de la grammaire. Dans les écoles un peu plus importantes, le recteur se décharge du soin de montrer ces premiers rudiments sur un auxiliaire. Cet aide est tantôt un salarié aux gages du maitre principal, comme ce Jean de la Mnute, clerc, que prend en 14U6 « maitre Simon de Vaulx, maître es arts, recteur des escoles de Bourg-en-Bresse », et qui reçoit 30 francs d'or payés outre la nourriture (S) : maître Pierre le Ray, le recteur de Mont-Saiut-Jean, promet également à son coadjuteur Sylvestre de Novarca, le logement, les vivres et un salaire de 18 francs d or par an (4).

Tanlôt, c'est un associé, comme ce Girard Labireaul, de Champlitte, que s'adjoint, en 14<>8, maître Chardin de Lux, le recteur de l'école de Beaune (5).

La rétribution reçue par le maître est assez faible. Elle comprend d'abord des droits casuels qui dérivent vraisemblablement de l'époque où l'instruction était, en théorie, gratuite. Les enfants donnaient à leur maître des poissons et des violettes pendant le carême ; on permet à celui-ci de porter les eaux bénites ; il pourra aller grumer pendant les vendanges (6), etc.

Si la municipalité est généreuse, elle y joindra soit une somme fixe annuelle, soit certaines gratifications dans les cas extraordinaires. Enfin, c'est la source principale des bénéfices du recteur d'écoles; il touche fréquemment de l'argent des enfants qu'il instruit : la gratuité est devenue l'exception. Cette redevance varie suivant que l'enfant est logé ou non. Parfois, l'on se contentera d'un franc pour une année d'enseignement donnée à un seul enfant, quelquefois l'on demandera plus (7). Pour les filles,

(1) Quantin, Enseignement primaire, p. 86 de l'Annuaire ; p. 38 de l'édition séparée. Dans le document de 1538, qu'il cite n° 4 de ses preuves, il est question de « monstrer l'art d'écriture... ensemble getter, assavoir à get commung et subtil ».

(2) On peut le présumer en examinant les termes des contrats. Voir supra, p. G62, et note 16.

(3) Muteau, p. 111.

(i) Simonnet, Doc. pour servir à l'/iist. en Bourg., p. 344.

(5) L'associé est logé et nourri, mais il apporte une somme de douze francs, qui semble une rétribution pour le logement, car il reçoit seul les dix sols payés parles écoliers logés dans la maison, ainsi que des gratifications en fèves, poissons et en vin de la Saint-Martin. Pour les autres revenus de l'école, il y a partage entre le maître et l'associé. Muteau, p. 111 et 1)2, et Simonnet, loc. cit., p. 348.

(6) Simonnet, p. 3S6, et, plus lo n. ce que nous indiquons pour Dijon.

(7) Arch. dép., Bs, n" 49. Reg aux corres. de la mairie, 1394-1395, f° 24 v° : <i Perrin de Senz archer, contre Jehan de Gray clerc, ledit Jehan a prouver par III tesmoins que il a appris a l'ei-cole le filz dudit Perrin un an, si est condempné a li paier 1 franc selon ce quil est accoustumé et es despens. » i Muteau, p. 49).

Nous avons également au registre de 1500-1501 (Arch. dép., B2, n° 110, f° 113), une autre cause où l'on voit François Tobi, chapelier, condamné à donner 17 gros à un maitre d'école qui avait appris l'écriture à ses enfants pendant quatre mois et demi : mais on ne nous dit pas le nombre des enfants.

le règlement de 444.5 nous fait présumer un salaire moins élevé (1). En 1508, une maîtresse d'école qui a enseigné deux petites filles pendant un an ne réclame que 17 gros (2). Généralement, les maîtres des grandes écoles, comme celles de Dijon, sont mieux payés : nous le vérifierons bientôt.

Les maîtres des petites écoles seront donc obligés, pour vivre, de chercher des compléments de salaire en dehors de leur profession principale. Ils copieront ou enlumineront des livres (3). Les écritoires s'élèveront avec les écoles (4). Quelquefois le recteur sera en même temps notaire, comme ce Guillaume, de Moutier-Saint Jean, dont nous avons parlé pus haut (5). La profession de notaire comporte d'ailleurs, assez souvent, une sorte d'enseignement scolaire. Au milieu du quatorzième siècle, Laurent de Fontenelle s'engage, vis-à-vis de Jean le Lorrain, clerc et tabellion de la cour de Langres, à demeurer avec lui, à le servir, lui obéir, lui rapporter tout bénéfice pendant cinq ans, à condition que celui-ci le nourrira, le couchera, l'entretiendra et lui apprendra l'écriture et la pratique (6). En 1397, un clerc en droit de Besançon devient auxiliaire du recteur de Viltel (7). Il est vraisemblable qu'il comptait cumuler les profits de l'enseignement et ceux de la pratique judiciaire.

Les maîtres sont nommés tantôt par les municipalités, tmtôt par les assemblées d'habitants, quelquefois par le curé, comme à Chitry, par la collégiale, comme à Châtel-Censoir, par l'hôpital, c'est le cas de Vézelav. Ils doivent d'ordinaire, pour les lieux soumis à la juridiction de l'évêque, obtenir l'institution du chantre de la cathédrale. Une fois qu ils ont accepté leur nomination, ces maîtres sont obligés d'exercer leurs fonctions, sinon on les poursuit. C'est ainsi qu'à Avallon, dans la deuxième moitié du quatorzième siècle, nous voyons par deux fois l'évêque d'Autun condamner à remplir leurs obligations, des maîtres d'école qui voulaient se retirer (8).

Au-dessus de cet enseignement élémentaire en venait un plus élevé du second et troisième degré. Avec lui l'on pénétrait plus avant dans la connaissance des arts. A Paris, suivant M. Thurot, ce second degré comprenait l'étude du Doctrinal d'Alexandre de Villedieu, des irrégularités et anomalies grammaticales, de ta syntaxe, de la prosodie des poètes latins, des formules de lettres et des premiers principes de calcul.

(1) Règl., xxii : « Puelle solvant secundum antiquam consuetudinem. »

(2) Arch. dép., B2, n° 114, f« 169.

(3) Sur la profession d'écrivain et d'enlumineur dans la Bourgogne du moyen âge : Petit, Hist. des ducs de Bourgogne, t. VIII, p. 100 et suiv. Au début du quinzième siècle, on ne po>-ède pas encore d'enlumineurs à Ch.iion ; on envoie un jeune clerc étudier cet art à Paris. Batault, p. 15. Sur l'atelier d'écrivains de la Grange de Champmol, à D'jon : Monget, Chartreuse de Dijon, I, p. 71.

(4) Arch. mun. de Dijon, B. 161, f° 76 r° : permission à Jean Durand de bâtir un eseriptoire à côté de In maison Sainte-Catherine, près la porte Saint-Nicolas (11 mai 1459).

(5) Voir supra, p. 657, note 7.

(6) Arch. de la Côte-d'Or, B. 11234, cité par Petit, Histoire des dues de Bourgogne, t. VIII, p. 113.

(7) Simonnet, p. 3'i4.

(8) E. Petit, Avallon et l'Avallonnais, p. 37 i.

— an —

Le troisième degré était atteint lorsqu'on avait appris les éléments de la logique dans les summulœ, abrégé de VOrganon que l'on attribuait à Pierre d'Espagne.

Tout devait se retenir par cœur. On en avait terminé avec ces divers livres à douze ou treize ans. Ou entrait alors dans la Faculté des arts, et cela avant quinze ans. Les études de la Faculté des arts correspondaient à ce qu'on appelle aujourd'hui les classes supérieures de lettres : la troisième, la seconde, la rhétorique et la philosophie (1).

Le sommet des science* était constitué par la logique que l'on appelait alors ce la science des sciences » et « l'art des arts ». La grammaire lui était suborlonnée. L'axiome courant : « Bon grammairien, mauvais logicien ». indiquait quel mépris les maîtres es arts et les théologiens ressentaient pour la rhétorique proprement dite. Les épreuves et les examens consisteront en déterminances, c'est-à-dire en discussions. La première délerminance prendra, au quinzième siècle, le nom de baccalauréat.

Suivant un règlement paiisien de 1275, pour déterminer il fallait avoir quatorze ans, avoir suivi deux ans un cours à Paris ou dans une université comprenant au moins six régents et être dans la troisième année du cours de logique. Il fallait, en outre, avoir fréquenté pendant deux ans les disputes des maîtres et avoir disputé pendant le même temps dans les écoles (2).

Ces indications nous donnent la clef d'une transformation très importante qui s'accomplit dans les écoles de Dijon au début du quinzième siècle et releva considérablement leur importance (-1).

En 1404, le recteur Henri Gorlram, maître es arts, et quatre bacheliers actu régentes des mêmes écoles, Vincent de Nerone, Jean de Nonblanc, Guy Serard et Hugues Julien, établirent à leurs frais des chaires pour la somme de 45 francs (4). Leur don fut approuvé par le vice-docteur Hugues de Narbone, le portier Guillaume Broissand, et par les deux autres régents, maîtres es arts, Arnould le Vassault du Hainaut et Roger de Normandie, sans compter les subalterni docentes. A cette époque donc, il y a endessous du recteur et du vice-docteur six régents et les maîtres subalternes. L'école s'est considérablement accrue et l'enseignement devenu plus complet qu'au temps de l'abbé Géront, et, pour tout dire en un mot, l'école de Dijon est devenue une université

(1) Thurot, p. 37.

(2) Thurot, p. 43. Le candidat devait avoir suivi un cours ordinaire et au moins deux cours extraordinaires sur l'introduction de Porphyre, le livre des catégories, l'interprétation et la syntaxe de Priscien, un cours ordinaire et un cours extraordinaire sur les topiques et les elenchi d'Aristote. Ibid.

(3) En 1398-1399 les écoles étaient en baisse, on déclare que la charge de recteur « estoit de présent de petit revenu par le petit nombre des clercs qui y estoient ». Arch. mun., M. 49, f" 71. On comprend mieux l'effort fait pour les relever.

(4) Règl., xlvi. Le nom de régent est donné au maître qui enseigne : magister regens. Les régents peuvent s'occuper des leçons ordinaires qui se donnaient le matin, tandis que les extraordinaires avaient heu l'aprèsmidi. Thurot, p. 76, 77. Dans le règlement, on prend certaines dispositions pour indemniser les fondateurs de leur avance: chacun de ceux qui occupent ces sièges paiera cinq sous le jour de la distribution des chaires; il paiera dix sous s'il occupe deux chaires. Au point de vue juridique, l'acte est curieux, puisqu'il nous présente un assignat pris sur des chaires magistrales.

de six régents, capable de faire donner un enseignement dont la valeur est reconnue par la Faculté des arts de Paris (1).

Le titre de bachelier de Dijon acquiert plus d'importance. Effectivement, dès l'année 1406, le 4 mai, dans un acte notarié il est question d'un « maître Guillaume Broissant » , qui se pare de son grade de « bachelez des écoles de Dijon » (â).

Il y eut même des contestations au sujet de ces bacheliers de Dijon. Quelle importance fallait-il leur attribuer? Pouvaient-ils être assimilés à des maîtres es arts de la Faculté de Paris? La réponse fut qu'ils étaient comme les maîtres es arts aptes à faire tous les actes scolaires et à occuper les chaires magistrales, mais que néanmoins, au point de vue honorifique, leur titre ne valait pas celui d'un maître des arts (3).

On pourra donc choisir les régents parmi ces bacheliers et il est entendu, en 1445, qu'il doit y avoir toujours au moins six régents à Dijon (4).

C'est, déclare le règlement, un moyen de permettre aux étudiants dijonnais de faire en partie leurs éludes dans cette ville et d'éviter les dépenses d'un long séjour à Paris (sumptus parisiemes'). L'Université de Paris est donc Yalma maler, c'est là qu'on enverra les écoliers choisir leur recteur (5), et c'est là également que se rendront les recteurs eux-mêmes quand ils voudront compléter leur instruction et conquérir des grades plus élevés, comme Jean de Santens le fit au mois de janvier 4 445(6).

En attendant, cette possibilité, ouverte en 1404, de faire à Dijon le début des études parisiennes, explique en partie le succès prodigieux qu'eurent alors ces écoles. L'on peut croire que la politique des ducs de Bourgogne qui vivaient en bonne intelligence avec l'Université de Paris, ne fut pas d'ailleurs étrangère à ce résultat. De tous les côtés, il vint des étudiants. Non seulement les enfants et les jeunes gens du duché

(1) Il est important de remarquer que l'année suivante la mairie scelle de son sceau les ordonnances des recteurs ; voir plus loin.

(2) Simonnet, p. 3i5, qui cite cet acte, remarque très justement que l'école de Dijon faisait des bacheliers. Nous croyons qu'elle en faisait depuis longtemps, mais ces bacheliers n'étaient pas aussi estimés que ceux d'une école à dix régents. Indiquons aussi que trois bacheliers nommés à Dijon le 23 mai 1410 reçoivent une gratification. Arch. mûri., M. 53, 1° 3'J. Le Guillaume Broissant dont il est question est-il l'ancien portier?

(3) Kègl., ii.

(4) l V. — « Item ut ea que in hoc venerabili studio spiritualiter gustanlur valeant ad gradus in artibus susceptionem Parisius obtinendam, volumus per Rectorem diligenciam fieri quod in hoc sepedicto studio fuit adminus sex régentes, nam in quolam statuto venerabilis facultatis ai tium aime matris Universitatis Parisien->is, cavetur quod in artibus graduandus jurabit se audisse logicalia et physicalia Parisiis vel alibi in studio publi o ubi sint ad minus sex régentes. Quare si in hoc studio sint sex graduati régentes ex eo ad gradum in artibus valeb-mt studentes hic immédiate transire ad (ac) sumptus Parisienses vitare. » Cet article n'indique pas que cette création soit une nouveauté introduite en 1445. En fait, ce n'en était pas une puisque, depuis 1404, il y avait six régents à Dijon.

(5) Arch mun., B. 145, P 5 r°, 6 juillet 1402. Probablement c'est lui qui, le premier, eut l'idée d'installer les six chaires à Di|on.

En 1115, le 2 décembre, on profite d'un procès et de l'envoi d'un délégué de Dijon à Paris à ce sujet pour lui demander de procuier à la ville un bon maître d'école. Muteau, p. 112, 113.

(6) Arch. mun., B. 157, f* 68 r° (18 janvier). Nous voyons dans Quantin, Hist. de l'enseignement secondaire et supérieur, p. 15 et 16, note 1, que ces études à Paris, Orléans, Bourges, étaient plus fréquentes qu'on ne le pense. De simples curés allaient, à leurs frais, compléter leur instruction à Paris.

fréquentèrent à Dijon, mais aussi des recrues y accoururent de la Franche-Comté (1), de la Lorraine (u2), de la Flandre (3), de la Suisse (4) et de l'Allemagne (5) Tous voulaient être les disciples des fameuses écoles de la célèbre ville de Dijon (6). Leur nombre alla jusqu'à deux mille, si Ton en croit un document non daté, postérieur à 1445/6, et qui ne semble pas trop exagérer les choses, puisque alors a Dijon il y avait encore six cents étudiants environ (7).

L'on y venait non seulement pour apprendre tout le langage français, « lire et escrire » (8), et, à ce propos, la capitale du duché pouvait être déjà regardée comme une excellente école d'étudiants étrangers, mais aussi afin d'y chercher des maîtres pour les écoles du pa\s ou des pays avoisinants (9). Les écoles de Dijon faisaient alors fonction d'école normale. Il était, en outre, possible d'y commencer des études que l'on achèverait à Paris. Enfin, il s'y trouvait des enseignements alors peu répandus, tel celui du « brief », que professe en 1421 le juif baptisé, maître Paul de Bonnefoy, et qui doit s'entendre soit de la science de l'algèbre, croyons-nous avec MM. de Gouvenain et Muteau, soit de celle de l'hébreu (10).

Dès lors, rien d'étonnant dans ce grand nombre d'étudiants dijonnais du premier qu-«rt du quinzième siècle. Il faut remarquer que les circonstances politiques furent favorables, fendant toute la période troublée qui suivit l'assassinat du duc d'Orléans et qui précéda l'assassinat de Jean sans Peur, les étudi mis se sentirent plus en sécurité à Dijon qu'à Paris, et que, de plus, le grand scbisma d'Occident ayant ameDé la séparation de la catholicité en deux camps, la France obéissant aux papes d'Avignon et l'Allemagne au pape de Rome, les Allemands cessèrent de fréquenter Paris où prédominait l'enseignement du clergé avignonnais (11). Ils venaient apprendre le français à Dijon, sans être obligés pour cela de modifier leurs préférences religieuses.

(1) De Salins. Muteau, p 108.

(2) On peut voir 1 arrestation, près de Pouilly, de quatre écoliers lorrains qui venaient étudiera Dijon (1409). Bibl de Dij -n, fonds Baudot, n° 195; Muteau, p. 112 et 137. Pour Jean Aubertin. d'Uxey en Lorraine. Registre dejust. crim., B', n» 739. — Muteau, p. 147.

(3) De Cassel (1409) —Muteau, p. 108.

(4) Jean Bancque, Jehan Condresin, Jehan Nonans, Jean Gruyère sont du pays de Fribonrg en Savoie; Arch. dép. de la Côte-d'Or, B5, reg 63. — Muteau, p. 115.

(5) Fribourg est indiqué comme en Allemagne également : Arch. Côte-d'Or, B*. 360, F. O. 1 (liasse), Muteau, p 115; sur les écoliers (ils de princes allemands: Muteau, p. 157, note 1.

(6) Règl , préamb. : « Famosarum scolarum hujus inclite ville Divionensis. »

(7) Arch. mun., F1.

(8) Muteau. p 108.

(9) Protocole «le Jean Dubois de Verrey : Muteau, p. 111.

10) Arch mun B 150, P 89 V et F. 1. M. Hauser, dans un article paru dans le journal Le Temps, du

i février 1911, indique, à tort, pensons-nous, qu'il s'agit de l'enseignement de l'hébreu. Sur ce personnage

voir aussi Arch. mun., M 56, P» 115 et 214. I* Remède, étude» juive,, t. V., p. 283, a mentionné le séjour de ce personnage a Dijon (11) La Faculté des arts de la nation allemande ne put recruter d'étudiants de 1418 a 1438. En 1550, elle

n'a qu'un seul .naitre. Les persécutions de Louis XI contre les nominalistes achevèrent de les écarter de

l'Université de Paris.

Une preuve de cette prospérité se remarque dans les modifications qui intervinrent vers 14-Î5 dans l'enseignement dijonnais. Celui-ci allait s'élargissant de plus en plus(1). Le vice-docieur chargé jadis de lire la grammaire ne suffisant plus à sa tâche, tous les gradués et régents prirent l'habitude de lire à leur volonté tam grammaticalia quam logicalia, selon les exigences de leurs écoles (2). En même temps l'on obligea tous les étudiants sans exception à payer six deniers pour le luminaire (3) et le recteur augmenta ses prix. Tandis que jadis, ut anliquitus, il ne recevait que quatre sous et quatre deniers tournois des écoliers de la banlieue dijonnaise, il touchera désormais six sous aux deux termes de l'année tant de ceux de la banlieue que des étrangers (4). Cette addition des étrangers nous indique que le nouveau règlement est postérieur au mouvement qui avait attiré à Dijon les étudiants étrangers vers les débuts du quinzième siècle.

Malheureusement ceux-ci ne furent pas fidèles à Dijon et la fondation de l'Université de Dole, en 1424 (5), priva les établissements d'instruction de la ville d'une partie de celle active jeunesse. Dole était d'ailleurs, en 1424, un lieu plus sûr, plus éloigné de la frontière que Dijon. Les cours, à Dijon, furent moins suivis et même la zizanie se mit parmi les professeurs qui se disputèrent au sujet de l'attribution des chaires et surtout n'hésitèrent point à débaucher mutuellement leurs élèves (6), soit en les attirant par des diminutions de salaire, soit autrement. Aussi, en 1430, intervint un règlement spécial sur ce point qui frappait les délinquants d'une amende de trente sous et portait différentes dispositions qui ne nous sont point parvenues.

Ces règlements s'oublièrent et même on les perdit. Les contestations continuèrent au sujet de l'attribution des chaires aux bacheliers et non gradués (7), lorsqu'ils étaient en compétition avec les maîtres es arts. Des cabales éclataient entre les différents collègues qui cherchaient toujours à s'enlever réciproquement leurs élèves (8). Enfin les maîtres subalternes ne voulaient plus se contenter de la lecture du premier traité des « petites sommes ». Il semble même qu'on ne soit pas toujours tenu au nombre des six régents et qu'on soit parfois descendu au-dessous. Un règlement plus nouveau souleva également des contestations. Aussi Pierre de Dresse, le chantre de

(1) On peut également invoquer en faveur de la prospérité du collège le legs d'Etienne Berbisey. Régi., xlii. — Il s'agit, bien entendu, non de l'Etienne Berbisey de la fin du quinzième siècle, mais de celui du déout et dont nous parle un document de 1419. Arch. dép., B. 1024.

(.') Règl., xxv. Ces logicalia formaient le .septième traité des sumniulœ attribuées à Pierre d'Espagne. On y traitait des équivoques qui peuvent naître des diverses acceptions des mots. Thurot, p. 47, note 5.

(3) Règl., xxin.

(4) Règl., xxu.

(5) Sur cet établissement : Arch. dép de la Côte-d'Or, B. 11468; dom Plancher, t. IV, p. 72 ; Beaune et d'A'bauniont, Les Universités de Franche-Comté, 1870; Villequez, Les écoles de droit en Franche-Comté et en Bourgogne, Bev. de lég., 1872, p. 259.

(G) Règl., xiv.

(7) Règl., h.

(8) Règl., i, xiv, xlv.

Langres, chanoine de l'église cathédrale et docteur en décret, collateur, proviseur et directeur des écoles, chargea-t-il deux procureurs spéciaux, Hugues d'Albe, professeur de théologie de l'ordre des frères prêcheurs, et Simon de Plaisance, maître es arts, licencié en droit canonique, chanoine de l'église de Saint-Etienne, recteur de l'hôpital Notre-Dame de Dijon, de rédiger de nouveaux statuts. Ces graves personnages ne se fièrent pas à leurs seules lumières, ils consultèrent le recteur d'alors, Jacques Juing, maître es arts et bachelier en théologie, ainsi que les régents des écoles, les lettrés de la villn et même les jurisconsultes. Ce qui semble bien indiquer que l'on continuait à greffer sur l'enseignement de la rhétorique quelques rudiments d'études juridiques. On étudia les anciens et récents règlements d'une façon soigneuse, l'on obtint le consentement du vicomle-maïeur de la vil'e, et, le 10 janvier 1445/0, Hugues scella de son sceau d'ancien inquisiteur et Symon de son sceau de recteur, les nouveaux statuts des écoles.

Ce règlement est très important (1), il n'est pas permis de le négliger en songeant « à tous ceux de même nature qui restèrent à peu près lettre morte » (2), pour l'excellente raison qu'il ne fait souvent, comme il le dit expressément, que reproduire les anciennes règles et les anciennes coutumes," en les complétant ou en les modifiant sur des points relativement peu nombreux (3). Voyons donc, à la lumière de ce règlement, ce qu'était l'organisation de la plus grande école du duché au moment le plus brillant de la domination des ducs de Bourgogne.

En haut de la hiérarchie se tient le chantre de Langres auquel tous doivent l'obéissance canonique, comme ils la doivent à leurs autres supérieurs; il a le monopole de la modification des statuts (4). Il faut faire rentrer dans le* autres supérieurs, la municipalité de Dijon que le règlement ne nomme pas expressément mais qui, néanmoins, de nombreux documents nous le prouvent, jouait un rôle extrêmement actif dans l'administration et la surveillance du collège. Elle écrivait ou fusait écrire au chantre de

(1) On attachait beaucoup de soin à sa conservation. Il en fut rédigé quatre copies signées chacune d'un notaire et déposées l'une dans les archives de la ville, les autres à Notre-Dame, à Saint-Etienne et chez les frères prêcheurs (ch. Xlviii).

(2) Muteau, Les écoles, p. 141.

(3) La ment'on des « antiquis consuetudinibus et statutis » que l'on doit distinguer des « quedam statuta nuper facta » est faite dans le préambule, aux paragraphes il « prout antiquitus fuit observatum », ibid., vin, xi, xxn xxv, xi.vii ; ab antiquis, vu. Le paragraphe xvi annonce qu il contient: « Consuetudines... prefali studii quibus derogare non intendimus secundum quodex aliquibus scriptis invenimus », ce qui autorise à faire rentrer dans 1rs extraits d'anciens règlements les numéros suivants jusqu'au numéro xlvii, nous semble- -il. Dans les paragraphes indiqués, on se serait contenté de recopier les anciens statuts avec quelques moditi cations qui consistent le plus souvent dans l'opposition de ce qui se passait antiquilus à ce qui se passe a triginta annis : paragraphes xxn, xxm, xxv. Au n° xlvii, on indique encore une règle suivie antiquitus, tt enfin au paragraphe xlviii, on paile de la perte de statuta dudum facta, qui doit être celui de 1430, dont parle le jj xiv. Ces considérations font qu'il est absolument impossible de regarder nos règlements comme de simples dispositions de parade n'ayant point reçu d'application.

(4) Règl., i. Le recteur et les autres officiarii doivent « obedientiam canonicam suis superioribus et praecipue canton lingonensi ». — xlviii.

Langres quand il fallait choisir le recteur (1), payait les écoliers qui allaient en chercher un à Paris (2) et soutenait ce recteur contre le chantre lorsqu'il s'agissait de solder la rente de dix-sept livres dix sols, constituée par la transaction de 1332, avec la Sainte-Chapelle (3) ; elle s'occupait de la moralité des écoliers (4); de la présence du recteur et des enfants « en belle ordonnance », lors des fêtes solennell-s et de la rentrée des ducs (5); enfin, depuis le 12 |uillet 1405, elle avait décidé que « les ordonnances faites par les recteurs, bacheliers et autres escoliers de l'escole » seraient scellées du sceau de la mairie (6). Celte indication est grave de conséquences, car elle place tous les actes faits par le recteur sous le contrôle de la mairie. Celle-ci a seule le droit de justice et de police à l'intérieur de la ville; si le recteur veut faire les actes de police qui lui sont indispensables pour maintenir ses étudiants sous son obéissance, il ne le ponrra qu'avec le consentement de la municipalité. Il faudra qu'à son entrée en fonction le nouveau recteur prête serment, entre les mains du maire, de bien et loyalement exercer la rectorerie et de s'y conduire au bien, honneur et profit de la vdle et des enfants (7). De même qu'en sanctionnant les règlements des métiers, les municipalités transformèrent ceux-ci en corporations dotées de monopoles, de même en apposant son sceau aux règlements scolaires, la municipalité tendait à faire de l'école une institution à elle, l'objet d'un monopole municipal (8). Le chantre de Langres, nous le verrons, ne fut pas longtemps à s'en apercevoir.

En at'endant, la municipalité faisait valoir ses exigences. En 1449, le recteur Jacques Juing s'étant permis d'aller, accompagné de clercs, chercher « en la rue du pont d'Oische par les chambres de certains clercs estrangiers qui ne vont point à l'escole », la mairie voyant là un acte de mépris de ses droits de justice, ouvrit une information contre le recteur (9).

D'ailleurs la municipalité, par d'heureuses initiatives, se fait pardonner son ingérence, elle subventionne les étudiants pauvres, donne des indemnités aux maîtres d'écoles pour les aider à soutenir leur état en temps de calamité publique (10), ou même

(1) Le 16 septembre 1440, la municipalité décide que l'on priera le président de Bourgogne d'écrire au chantre de Langres pour lui demander un recteur. Arch. mun., B. 156. — Muteau, p. 121.

(2) Ach mun., B. 145, f° 5 r° (1402 1403).

(3) Arch. mun., B. 156, f» 44 v° et f° 96 v°. Le chantre de Langres et le chapitre de la Sainte-Chapelle s'étaient mis d'accord pour ne pas payer (22 janvier 1442). — Voir aussi Muteau, p. 121.

Ci) En 1425, le 19 mars, elle éloigne la maison des fillettes communes de l'hôpital et de l'école à la suite des piédicitions de saint Vincent Ferier, de Jean Larcher et du cordelier Foucault. Arch. mun., B. 151, fOi v°. — Muteau, p. 116.

(5) Arch mun., B. 153, f° 39 r°; 160. t° 57 V. — Dom Plancher, Hist. de Bourg., t. IV, Preuves, p. 427.

(6) Muteau, p. 108.

(7) A.ch. mun., B. 165, f° 81 r° (1477-1484).

(8) Ce monopole s'exerce même à l'intérieur de l'hôpital. Le recteur du Saint-Esprit, en janvier 1437 (Arch. mun., B. 166, f" 47 i°), consent à être suppléé pour la surveillance des pauvres et des petits enfants.

(9) Justice mun. de Dijon, procès criminels, n° 386. — Muteau, p. 141, note 1.

(10) Arch. mun., B. 144, ("3 v° (27 juin 1401).

pour les récompenser de leur diligence (1), facilite l'accès des cours supérieurs à Paris en contribuant à la dépense des plus laborieux, car elle y voyait « un très grand honneur pour la ville ». Jean Larcher, nommé maître de théologie, reçut 30 francs pour supporter les débours et les frais qu'il a faits, quand il a été nommé maître de théologie à Paris (2). Les nouveaux bacheliers se voient également gratifiés pour faire « la fête » (3). En outre, la municipalité subventionne des cours, tels ceux du juif converti, Paul de Bonnefoy (4). Elle contrôle l'enseignement avec le bailli (5). Enfin, el'e prend soin de la sécurité (6) et des mœurs des étudiants. L'autorité qu'elle revendique, elle sait souvent l'exercer dignement.

Le recteur est nommé, semble-t-il, pour un temps assez long, autant que nous en pouvons juger par les documents un peu clairsemés que nous possédons encore. Raimond de Saint-Alban est resté au moins trois ans en fonction (1323-1326), Renaud de Grand-Failly, treize ans au moins (1347-1 360), Jacques de Vaulx, cinq ans(1367-1371), Eudes de Breligny, seize ans (1377-1393), Jacques Juing, cinq ans (1445-1450).

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