‹ Chartes de communes et d'affranchissements en Bourgogne (volume 2)Chapitre 98 sur 122 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

SOMMAIRE

L'assistance publique. — § I. Les origines de l'assistance chez les Burgondes. L'assistance de l'habitant et celle de l'étranger, le Xenodochium. — § II. L'assistance aux onzième et douzième siècles, les hospices monastiques, cathédraux et les hôtelleries pieuses des chemins. — § III. Les maladières des douzième au treizième siècle. — § IV. Le mouvement communal et l'assistance au treizième siècle, les hôpitaux urbains. — § V. Les transformations du quatorzième et quinzième siècle. — § VI. Municipalisation et laïcisation partielle de l'assistance au seizième siècle. — § VII. L'assistance royale au dix-septième siècle; les congrégations; les hôpitaux généraux. — § VIII. L'assistance au dix-huitième siècle, l'aumône générale, les ateliers de charité. Bilan général de l'assistance (1).

L'évolution de l'Assistance publique dans noire province est, dans ses grandes lignes, la même que l'évolution de l'enseignement. Les municipalités ont vu, avec leurs franchises, se créer leurs établissements d'assistance. Avant elles, l'Eglise s'en occupaitde bonne heure les ordres religieux les ont aidées dans leur tâche ; enfin, l'Etat est intervenu et s'est efforcé de coordonner, dans une certaine mesure, les efforts un peu

(1) On trouvera beaucoup de renseignpments généraux avec une bibliographie étendue dans le grand ouvrage de Lallemand, Histoire de la charité, quatre tomes, le dernier comprenant deux volumes, 1902 à 1912 (voir le compte rendu de Labande, Revue critique, 1910, p. 21 ï et suiv.). On consultera aussi la bibliographie de Camille Bloch, L'assistance et l'Etat en France à la veille de la Révolution (généralités de Paris, Rouen... Amiens), Paris, 1908; la bibliographie va des pages xm à lxiv. Quelques indications utiles peuvent également se glaner dans le volumineux Dictionnaire d'économie charitable, de Martin- Doisy, édit. Migne, 4 vol., 1855 (troisième et dernière encyclopédie théologique), et pour l'époque du moyen âge, dans les savant articles de Léon le Grand : Les maisons-Dieu, Revue-des questions historiques, 1896, t. 60, p. 15 à 131; 1898, p. 99 à 147. Pour la Bourgogne, il n'existe amuii travail d'ensemble sauf un aperçu sommaire de l'abbé Voillery, Fin de l'ancien régime en Bourgogne, Beaune, 1908, p. 107-133 ; mais il existe assez d'études de détail : Joseph Garnier, Notice historique sur la Maladière de Dijon (extrait du Bulletin monumental, publié à Caen par M. de Caumont), Pans, 1850. Du même auteur : Les établissements de charité de la Côte-d'Or avant la Révolution : Annuaire départemental de la Côte-d'Or, 1898, p. 487-502. Quelques aperçus sur les archives hospitalières de Dijon peuvent aussi s'extraire du Rapport sur les archives des hospices civils de Dijon, Dijon, 1839, in-12, adressé par M. Joseph Garnier à MM. les membres de la Commis-ion administrative des hospices de riijon. — Vallot : Notice sur l'hôpital de Dijon : Mémoires de V Académie de Dijon, 1825, p. 50 et suiv. — Histoire de la fondation des hôpitaux du Saint-Esprit, de Rome et de Dijon, représentée en vingt-deux su/ets gravés d'après les miniatures d'un manuscrit de la bibliothèque de l'hôpital de la C harité de Dijon, par G. Peignot, Dijon. 1858, in-'i°. Mémoires de la Commission des antiquités de la Côte-d'Or, I, 1 et suiv. — Abrégé hido'ique de la fondation de l'hôpital de Notre-Dame de la Charité, établi au fauxbourg d'Ouche, ensemble les règlements qui doivent g être observés, pour le bon ordre; rédigé par ordre et délibération de MM. les intendants du bien des pauvres, du 11 avril 1734, par Anselme Le Belin l'ainé, maitre des comptes, Dijon, 1734, in-12.

Notice historique et statistique sur les établissements de bienfaisance de la ville de Dijon, destinés

décousus qui s'étaient manifestés jusque-là. Aucune de ces assistances n'a éteint les autres. Jusqu'à la fin de l'ancien régime on voit couler, dans une même direction, comme des rivières aux eaux de couleur différente, l'assistance religieuse, purement religieuse, privée ou congréganiste — car toutes sont plus ou moins religieuses — l'assistance municipale, l'assistance provinciale, enfin l'assistance royale.

Ces diverses assistances apparaissent chronologiquement, chacune à son époque, quand est formé le groupe auquel elles correspondent. Les municipalités n'ont joué un rôle important qu'avec la renaissance urbaine des douzième et treizième siècles. A partir de ce moment elles sont devenues le support des institutions charitables et les efforts des congrégations, de la province et du roi n'ont fait que s'additionner aux leurs. Nous distinguerons donc, dans les divers paragraphes qui vont suivre, la période qui a précédé l'organisation communale en Bourgogne : ce sera l'objet des trois premiers

au traitement des maladies et infirmités ou à servir d'asile à la vieillesse, et à l'enfance, par Victor Dumay, Dijon, Carion, 1839, in-4".

M. de Charmasse, Notice sur les anciens hôpitaux d'Autun. Annales de la Société Eduenne, t. V (1860- 18G2), p. 185 à 264. Nous citerons d'autres articles de ce savant en leurs lieu et place.

D'Arbaumont, Notice sur la chapelle et l'hôpital aux Riches, Extrait des Mémoires de la Commission des antiquités de la Côte-d'Or, 1868.

Batault (Henri), Notice historique sur les hôpitaux de Chalon sur-Saône avant 1789, Chalon-sur- Saône, 1884.

Abbé Bavard. Vie du vénérable Bénigne Joly, le père des pauvres. Dijon, 1892. Le même, L'Hôtel-Dieu de Beaune, 4443-1880, d'après les documents recueillis par l'abbé Boudrot, Beaune, 188!, in-8°.

L'abbé F. G..., Notice historique sur l'hospice de la Chanté, à Beaune, Beaune, 1866.

L'abbé Boudrot, Fondation et stotuts de V Hôtel-Dieu de Beaune, Beaune, 1878.

Batault, Notice historique sur l'association des Dames de la Miséricorde de Chalon-sur Saône, Chalonsur-Saône, 1878.

L'abbé Frérot, La maison de charité de Chdtillon-sur-Seine, Châtillon, 1888.

Deroye, L'hôpital général de Dijon, Dijon, 1891 ( Extrait de la Revue bourguignonne de l'enseignement supérieur).

L'abbé Bizouard, Notice sur l'hospice Sainte-Anne d'Auxonne, Auxonne, 1890.

L'abbé Deguin, Arceau, chapelle et hôpital, Dijon, 1895.

Potel Recueil de pièces d'antiquité sur la ville d' Auxerre, Auxerre, 1776.

Leclerc, Des établissements de charité dans Auxerre, Annales de. V Yonne, 1899.

Bouvier. Histoire de l'assistance publique dans te département de l'Yonne jusqu'en 1900, Bulletin de la Société des sciences de l'Yonne, t. LUI (1899) I, p. 71 ; t. L1V (1900) I, p. 335 ; t. LV (1901) I, p. 5 et suiv., 281 et suiv.

Bibl. mun. de Dijon, manuscrit G25 (A. F. 372). — Histoire de l'hôpital du Saint-Esprit et Notre-Dame de la Charité de la ville de Dijon, par M***, M.DCCLXXXI (corrections autographes de l'auteur, Joly de Bévy, président au Parlement de Dijon). Ibid., Reg. des testaments, man. 626 (A. F. 373).

Ibid., man. 934 (F. B., 19) et man. 625 (A. F. 371) Histoire de la maison magistrale, conventuelle et hospitalière du Saint-Esprit, fondée à Dijon en 1204, donnée par M. François Catmelel, trente-huitième et dernier commandeur en 1704. On lira en outre les extraits des délibérations de la chambre des pauvres, ibid., man. 269 (206); 270 (207); 271-272 (208).

Bibl. mun. de Dijon, fonds Saverot, n° 2, v° ; hôpitaux, aumônes, pauvres. — Nous avons consulté aussi aux Archives départementales de la Côte-d'Or, le fonds des archives hospitalières, H. 117 (non inventorié). Enfin Y Inventaire des titres historiques de l'hôpital de Dijon qui a été dressé par M. Garnier permet d'examiner facilement les principaux documents des belles archives de l'hôpital. Nous les avons compulsées.

On trouvera dans la Bibliographie bourguignonne, de Milsand, p. 473 et p. 80 du Supplément, quantité de références à des brochures, placards, arrêts, etc., que nous ne pouvons donner ici. Nous indiquerons en référence les autres ouvrages consultés.

paragraphes; puis, dans les paragraphes subséquents, nous étudierons les institutions charitables qui ont suivi cette organisation, la laïcisation partielle de la direction des hôpitaux, enfin les tentatives de réglementation uniforme dues aux parlements et au pouvoir central.

§ le>". — Les origines de l'assistance publique chez les Burgundes, l'assistance de l'habitant et celle de l'étranger, le Xenodochium.

Avec l'écroulement de l'empire romain, les conditions de l'existence furent profondément modifiées; d'urbaine, commerciale et ouverte qu'elle était jusque-là, l'économie générale devint agricole, fermée, familiale et l'assistance publique se traduisit dans les formes exigées par les nouvelles données d'une vie sociale plus simple qui, dans une large mesure, rendait celte assistance inutile.

Relativement facile à l'égard de l'indigène, la charité devint plus malaisée dès qu'elle visa l'étranger. Aussi, devrons-nous soigneusement distinguer l'assistance fournie à l'indigène de l'hospitalité pratiquée à l'égard du forain. Si la première est commode et ne comporte pas à proprement parler d'établissements hospitaliers, il n'en est pas de même de la seconde.

En général, l'habitant du pays, encadré par sa famille et ses voisins, et pouvant compter sur une propriété familiale et collective, se trouve, dans une large mesure, à l'abri de la pauvreté. L'Eglise d'ailleurs, là où l'esprit public tendrait à l'oublier, tient à maintenir fermement ce principe d'assistance paroissiale que l'on retrouve encore vivace à la fin de l'ancien régime. — « Que chaque cité, suivant ses ressources, prenne soin de ses pauvres et que la dépense soit répartie entre les habitants et le clergé pour qu'on ne voie plus de vagabonds », déclare le concile de Tours de 567 (1). Mais il arrivera des cas où cette assistance apparaîtra insuffisante. Dans de nombreux endroits, après les invasions, la petite propriété décline (2); les familles ruinées parle service militaire, les wergeld, la concurrence des grands domaines, ne peuvent pourvoir de manière satisfaisante à l'entretien de leurs membres; les famines, les guerres privées, les invasions font tomber dans la misère des contrées entières. Dans ces cas, il faut recourir à la charité et cette charité est fournie par une puissante organisation qui ne vit alors, en grande partie, que d'aumônes, l'Eglise catholique. Le chef de cette organisation dans chaque diocèse, l'évêque, a l'obligation de veiller non seulement à l'entretien de son entourage et de ses clercs, mais aussi à celui des pauvres, des malheureux, des prisonniers pour dettes, des malades qui forment sa famille agrandie et

(1) Art. 4. — Ut unaquae civitas pauperes et egenos incolas alimentis congruentibuspascat secundum vires: ut tam vicani presbyteri auam cives omnes suum pauperenn pascant. Quod fiet, ut ipsi pauperes per civitates aliénas non vagentur. Maassen, Concilia œvi Meroving., t. I, p. 123;

(2) Un exposé des causes multiples de la disparition de la petite propriété se trouve dans Brunner, Deutsche Rechtugeschichte, t. I, p. 296 et suiv.

dont les biens de l'Eglise doivent assurer la subsistance après celle du clergé. Le concile de Vaisson, de Afr2 (1), rappelle expressément que les biens laissés aux églises sont considérés comme laissés aux pauvres mêmes, et le concile de Tours, dans son canon 26 (2), avec celui de Chalon-sur-Saône, de 639-654, appuient sur le même piincipe. L'évêque, déclare le concile d'Orléans de 507, « autant qu'il se peut, doit donner la nourriture et le vêtement aux pauvres et à ceux que les infirmités empêchent de se livrer au travail » (3). Ils traduisent fidèlement le sentiment général, les chroniqueurs et les auteurs de vies de saints (A) et de gestes d'évêques, qui mettent en lumière, dans leurs récits, le caractère miséricordieux et compatissant du personnage dont ils s'occupent. La Bourgogne connut alors un grand nombre de ces hommes charitables. Saint Germain d'Auxerre donne aux pauvres ses habits et veut qu'on leur distribue tout son argent (5). L'évêque de Langres, Mummol, et son successeur, Grégoire, pratiquent abondamment la charité (6). Saint Agricole et saint Loup (7), à Chalon-sur-Saône, se signalent également par leurs abondantes largesses. A Autun, l'évêque saint Léger avait organisé des distributions : chaque jour quarante pauvres étaient nourris et devaient prier pour le salut du royaume et des chefs de tous les peuples. Dans la ville où il répandait ses bienfaits, il n'y avait pas une veuve ni une orpheline qui fût oubliée (8). Obligé de fuir devant l'armée d'Hébroin, au lieu d'emporter ses trésors, il fait mettre en pièces sa vaisselle d'argent pour la distribuer aux malheureux (9). Si le

(i) Conc Vasens.,l, c. 4.

(2) Conçu. Turon., c. 26 (25) ; le canon 27 (26) excommuniait ceux qui opprimaient les pauvres : « necatores enim paupurum judicandi sunt qui eorum taliter alimenta subtraxerunt. » Maassen, p. 135; concile de Chalon, c. 6 ; ibid., p. 209; voir aussi le concile d'Orléans, c. 13, Maassen. p. 104. Sur ces conciles : L'aumosne chrétienne, IIe partie, Lyon, 1674, p 94, 216 et suiv.

(3) Concil Aiiril., c. 16. L'aumosne chrétienne, p. 148.

(4) On dit de saint Eptade, prêtre d'Autun : « Erat nutritor orfanorum, refugium et protectio viduarum, refectio indig<mtium et defensio peregrinantium . » Krus<h, Mon. script, rer. Merov., t. III, p. 188.

(5) « Substantia dispensatur in pauperes. » De gestis episc. autissiod., Migne, Patrol. lat., t. CXXXVIII, p. 225. — Lebeuf, Mémoires concernant l'histoire ecclésiastique d'Auxerre, édit. Challe et Quantin, Auxerre, 1848, t I, p. 36, 67. Av«nt lui, saint Arnatre, son prédécesseur (386 à 418), partage avec les pauvres une partie du trésor qu'il rencontre. Sa vie montre de nombreux actes de bienfaisance : Act. SS., maii, t. I, p. 5.', 61. — Lebeuf, t. I, p. 20. Sur la générosité de Patient, évêque de Lyon, après les malheurs de 476 : Kleinclausz, Hist. de Bourg., 1909, p. 39. Sur celle d'Elbon, évéque de Sens : Act. SS., augusti, p. 98. Les évêques d'Auxerre, saint Aunaire, saint Tétrice, les vénérables Maurin, Angelelme et Wibaud furent également 1res sensibles aux misères des humbles. Lebeuf, t. I, p. 124, 163, 182, 185, 208.

(6) Kleinclausz, op cit., p. 54.

(7) Vie de saint Loup. Saint Loup distribue ses biens, il secourt les captifs : « miserorurn et in carceribus positoruiu recreationibus însistebat, pro quibus apud .eculares judices mortis eorum ministres elementissime intervpniebat... Erat hospitalitati deditus, eleemosynarum erga indigentes affluentissimus eiogator. » Acta SS., januarii, t. II, p. 777.

(8) « Ut quadraginta fratres quotidiana diaria et stipendia omni tempore accipiant, ut liberius pro salute regni et principum ac totius orbis ducum deprecari possuit. » De Charmasse, L'inst. charitable de l'aumône de Saiitt-Lég>ir, à Autun (6.7-688), in-8°, 69 p., Autun, 1890. Notice sur les hôpitaux d'Autun, Mémoires de la Soc. Ed., t. V. p. 189. Précis historique, p.cv; Batault, Hôp. de Châlon,j>. xvii ; Lallemand, t. III, p. 325.

(9i Vita S. Leodegarii, c. 21; Scriptor. rer. Mer., édit. Krusch et Lewison, t. V, p. 302; de Charmasse, Précis historique, p. ex ; Lallemand, t. III, p. 173.

peuple d'Auxerre élève au trône épiscopal l'abbé Pallade (622 à 657), c'est en partie à cause des aumônes qu'il sait répandre et de sa tendresse pour les petits. Ce fut lui qui enrichit le monastère de Saint-Julien qu'il avait fait transporter hors de la ville et décida que, tous les jours, la communauté de ce monastère devrait y nourrir douze pauvres. Le jeudi de chaque semaine, elle se transportait à Saint-Etienne et y donnait à manger à trente pauvres. Le jeudi saint, ce nombre était doublé et c'était soixante misérables que l'on restaurait alors et habillait en mémoire du roi Dagobert, de la famille royale, des autres princes chrétiens, de l'évèque actuellement siégeant, de ses prédécesseurs et successeurs (1).

Ce sont là des tentatives méritoires (2) pour substituer des remèdes permanents aux secours intermittents d'autrefois et créer une sorte de petit budget d'assistance.

Au nombre des malheureux pour lesquels l'évèque devait faire montre d'une sollicitude spéciale, il faut compter les prisonniers, surtout les prisonniers pour dettes, et encore plus leurs cautions qu'on nomme alors fidéjusseurs. Saint Germain d'Auxerre, par ses prières à Dieu, fait miraculeusement tomber les serrures de la prison, se rompre les chaînes et se renverser les barreaux qui retiennent les incarcérés (S). Saint Germain de Taris, en passant à Avallon, accomplit un miracle semblable (4-). A Chalon, c'est devant saint Verain, le futur évêque, que la prison se décide à lâcher ses proies (5). Cette fonction de l'évèque est si bien reconnue par la coutume, qu'à Chalon il a le droit de délivrer, chaque année, un prisonnier (6). L'évèque mort, racontent les légendes des saints, conserve encore sa miraculeuse prérogative. Lors du convoi de saint Amatre, évêque d'Auxerre, les prisonniers se mettent sous le cercueil et reçoivent la liberté (7). A Sens, les malheureux délivrés au passage du corps de saint Vigile, vont pendre leurs chaînes à son tombeau en témoignage de leur prodigieuse délivrance (8). Devant les ergastules de Chalon, le miracle de saint Verain se renouvelle et le convoi

(1) Lebeuf, t. I, p. 147 ; Courtépée, t. IV,. p. 325.

(2) Méritoires, certes, car l'entourage de l'évèque s'oppose parfois à ces prodigalités d'aumônes dont il craint d'être léhé. C'est ainsi que, par un pieux artifice, l'évèque d'Auxerre, Angelelme, faisait semblant d'être malade pour pouvoir faire distribuer aux indigents ce qu'il possédait sans être contredit de personne. « Fertur enim interdum amore largitatis œgritudinem simulasse, ut absque u'.lius contradiciione, quaehabere poterat, in usus pauperum erogaret. » Gesta E/jiscop. Autiss., Migne, 138, p. 249; probablement parce qu'il était admis que l'évèque, en cas de mott, distribuât tous ses biens aux pauvres, voir plus loin, p. 798.

(3) Lebeuf, t. I p. 69.

(4) « Cum regrederetur pontifex Sancti Germani de sancto Symphoriano, castello Avallone iter agens ingreditur, ubi reorum multitude» tenebantur ergasiulum. Hinca Nicasio comité invitatui ad prandium vir Dei cœpit de misericordia habere conloquium, ut, datis hdejussoribus, relaxarentur de vinculo et partem culpœ cederet pietatis intuitui qued ille facere distulit, obstinato spiritu. » Ce qu'il n'obtient pas du comte, un miracle le lui donne et il faut dien qu'on lui accorde la remise de la dette des malheureux libérés. Vita S. Germani, Krusch, Auc. antiq., IV (2), p. 17, § 85.

(5) Perry, Hist. de Chalon, p. 53 ; Fouque, Hist. de Chalon, p. 190.

(6) Fouque, p. 196

(7) Lebeuf, t. I, p. 25.

(8) Lebeuf, t. I, p. 154.

funèbre de saint Loup ne peut plus avancer. La charité qui veille encore dans le cadavre du saint évêque en rend le poids trop lourd. Soudain les portes de la prison s'ouvrent d'elles-mêmes, les fers tombent et les prisonniers condamnés à mort sont libérés (1).

Dans ces récits pieux et ces légendes, il faut voir l'illustration du rôle épiscopal tel qu'il était alors conçu et tel que l'exerçaient les bons évêques. Ce sont eux qui sont les dispensateurs officiels et les organes de la bienfaisance. Sans doute les rois n'ont pas complètement abdiqué entre leurs mains : Gondebaud rend gratuitement la liberté à plus de six mille captifs italiens (2); les aumônes du roi de Bourgogne, Gontran, sont immenses et continuelles (3) ; une vie de saint Sigismond, roi de Bourgogne, vante parmi ses qualités, la bienfaisance : Elemosynis liberalitas (4) ; la venue de Dagobert en Bourgogne, si elle intimide les grands et les évêques qui ne font pas leur devoir, remplit de joie les pauvres (5); le maire du palais, Warnachaire, donne tout son bien aux malheureux (6). Mais d'ordinaire les charités des grands vont aux églises et ce sont celles-ci qui se chargent de les répandre parmi les habitants.

Notons toutefois qu'en dehors peut-être des fondations de saint Léger et de saint Pallade, nous n'avons, dans cette assistance qui s'adresse surtout à l'indigène et au peuple de la ville épiscopale, rien qui ressemble à une véritable organisation hospitalière, à des établissements hospitaliers. Ceux-ci dérivent de l'hôtellerie charitable ou Xenodochium, établi pour les passants. Ce Xenodochium qui, l'a remarqué un auteur, peut être considéré comme « l'ancêtre » de tous les établissements d'assistance, est établi pour celui qui a le plus besoin de l'aide de tous, car aucun groupe ne s'occupe de lui : l'étranger.

Tandis que l'indigène est protégé par sa famille, son village, sa nation, en principe le forain est sans droits; c'est souvent l'ennemi; il ne peut espérer ni subsistance ni abri, si des pratiques particulières d'hospitalité ne le font participer aux privilèges de l'habitant. Cette hospitalité, rare aux siècles païens, le christianisme en élargit et multiplie l'usage. Par lui l'étranger, souvent un pèlerin, souvent un fugitif, devint en quelque sorte un être sacré et pour le recevoir on créa des hôtelleries de passants le long des

(1) « Ventum est ad locum in quo erat ergastulum damnatorum, ubi tanto beati corporis feretrum divina virtus pondéra? praegravavit, ut portilores uno in loco affixi tenerentur immobiles. 11 1 i ergo, qui in custodia interfieiendi servabantur, vocem cum ululitibus dantes, mox ut sancti invocant nomen, omnia can eris repagula abiiciantur, ostiisque aoertis, reoruin turba vinculis exonerata progreditur, atque olwecutores socia comitatur... » Le juge qui veut poursuivre les coupables meurt frappé par la main de Dieu Vita B. Lupi. Act. SS., januarii, II, p 778.

(2) Dorn Plancher, t I, p. 44.

(3) Dom PUncher, t. I, p. 71, 80 et suiv. ; Lallemand, t. III, p. 172; Fouque, p. 180 ; Chomton, Hist. de l'église Saint-Bénigne, p. 61.

(4) Act. SS., maii, l, p. 87.

(5) Kleinclausz, Hist. de Bourg., p. 56. La vie de saint Gengoul nous raconte que lorsqu'il eut reçu sa fortune, il la distribua : « quantum circa egenos dapsilis dispensator extiterit non est nostrae facultatis enarrare » Vita, Act. SS., maii, II, p. 645.

(6) Kleinclausz, Hist. de Bourg., p. 57.

routes, pareilles à celles que l'Orient chrétien connaissait depuis longtemps (1). A Rome, on en trouve un certain nombre dès les sixième et septième siècles. Les papes du huitième siècle, entre autres saint Elienne, en créèrent. Leur exemple fut suivi par les laïcs. En 728, le roi des Saxons Irna établit à Rome un refuge qui fut l'ancêtre de Sainte-Marie de Saxe, le célèbre hôpital dont les maîtres auront plus tard sous leur juridiction la maison du Saint-Esprit de Dijon.

A cette époque, la Gaule connaissait depuis longtemps l'hospitalité. On sait qu'elle était tout particulièrement recommandée par des textes précis de la loi des Burgnndes (2). Sous l'inspiration de Childebert et de son épouse, un hôpital avait été ouvert à Lyon dès l'année 542 (6). Un peu plus tard, à la fin du sixième siècle, la reine JBrunehaat établit à Aulun, près de la basilique de Saini-Nazaire, une maison hospitalière sous le nom de Saint-Andoche (4). A Gha'on-sur-Saône, saint Agricole faisait construire un Xenodochium « in suburbio Cabiloncnsi » pour y déposer le corps de saint Désiré. Plus tard, saint Loup (f 605) devait établir un autre hôpital dans les dépendances de la cathédrale (5). L'hôpital de Saint-Germain à Auxerre existad également au septième siècle, ainsi que celui de Saint-Etienne, car saint Didier qui fut évèque de cette ville (603 à 621) lui fil des donations (6). Auxerre était à ce moment un lieu de passage très important, six voies romaines y aboutissaient (7). Enfin, Langres, suivant toute

11) Sur ce point, voir G. Uhlhorn, Die christliche Liebesthatigkeit in den alten Kirche, Stuttgart, 1882, p. 326. — Lailemand, Histoire de la Charité, t. I, passini. Le souvenir de l'origine des Xenodoclda est bien marqué dans la Passio... episcopi et martyris Ariœrni, où il est dit que : « Xenodochium quoque in propres rébus, orient ilium more secutus,... f:biicare curavit. >) Kruschet Levison, Monum. Germ., Script, rer. Merov., t. V(1910) p. 235.

(2) Lc.r Barbar. Burg., ch. XXXVII, édit. de Salis, p. 60. La vie postérieure de saint Marien, moine d'Auxerre, qui le montre donnant l'hospitalité à ses propres voleurs, Vita S. Mariani ; Acl. SS., aprilis, II p. 760, prouv? jusqu'où allait ce respect de l'hospitalité.

(3) Le concile d'Orléans, c. 15, en parle assez longuement. Maassen, 1, p. 105 ; il le nomme Exenodocium. Cf. c. li où il en défend l'aliénation. Même recommandation du concile de Chalon de 039-654. Maassen, p. 210.

(4) Le pape Grégoire écrit à cette occasion : « Monasterium ancillarum Dei, neenon et Xenodochium in urbe eadem consuuxisse vnlde ketati sumus » Epist., 1. VIII, ep. VI. De Charmasse, Précis /ùst , p. xcvn. Ce monastère devint plus tard un» abbaye, toutefois, l'évèque Jonas, en 858, conservait le souvenir de sa destination première lorsqu'il prescrivait à l'abbesse de n'avoir jamais plus de soixante rel'gieuses pour pouvoir secourir plus largement les pauvres : « Ut hac discretione pauperes suscipere pervenientes necessana qua-quam posuit. » Batault, p. xvm. Pour la nosocomie de Marchand. Not. sur les ln'>o- d'Aul., p. 237.

(5) Grégoire de Tours, De Gloria, p. 86, et Vita sancti Agricoli, de miraculis. Cet hôpital prit plus tard le nom de maison-Dieu de Saint-Eloi. Batault. p. VI. Sur s-m emplacement, au faubourg Sainte-Croix, pi es du pont du Pautet : Courtépée, t. III. p. 235 ; Fouque, Hisl. de Chalon-sur-Saône, p. 473 et 474.

(6) « Item age'lum Feriolas... eidem basilieœ (S. Germani) ad Xenod uchmm pauperum delegavit ». Geste, Migne,PcU>\,t. CXXXVIIIp.240. Lebeuf, t. I. p. 1 10 et 179. Saint Germain, d'ailleurs, exerçait l'hospitalité avec une attention particu 1ère. Sa maison était ouverte à tous ; il lavait les pieds à tous ses h(kes sans exception à l'exemple de Notre-Seigneur, et leur servait à manger sans pour cela rompre ton jeune. Lebeuf. 1. 1, p 37. Suivant d'autres, ce- donations auraient été faites à l'hôpital de Saint Etienne. Potel, Mémoires sur les établissements charitables d'Auxerre, et Bouvier, Bulletin de la Société des sciences historiques de l'Wmue, 1901, p. 32. Syigrius, l'évèque d'Autun, nous dit sa Vie, pratiquait aussi l'hospitalité: « mensam habebat per quam frugalein sed hospitibus expositam ». Vita, Act. SS., augusti, VI, p. 90.

(7; Courtépée, t. IV, p. 342.

vraisemblance, en était également déjà dotée. Ces petites hôtelleries pour passants étaient d'autant plus nécessaires que les staliones ou mansiones et les relais que l'administration romaine entretenait jadis sur les routes et où, moyennant les permissions voulues, les fonctionnaires, les soldats et les voyageurs trouvaient des chevaux, le vivre et le couvert, n'existaient plus (1). Ii est significatif de voir qu'à Langres, l'hospice de la Marnotie (u2), les hôpitaux de Beauchemin, de Tronchoy, de Sussy, ainsi que celui de Grosse-Sauve (canton de Fays-BilM) se sont élevés sur les débris d'anciennes mansiones romaines (3). A Til-Chàtel, avant l'époque incertaine où l'hospice fut créé, il existait également une station militaire (4) ; de même à Sacquenay (5). Remarquons à ce propos que le droit de gîte dont l'origine romaine est sûre, porte encore au onzième siècle le nom à'hospitalitas. Chose curieuse, ces créations administratives que la main puissante du fonctionnarisme romain ne soutenait qu'avec peine ressuscitent et se suspendent au souffle de l'inspiration religieuse.

Le mouvement hospitalier, fort entravé dans le courant du huitième siècle par les invasions étrangères (6), les guerres civiles, la mauvaise administration royale et le peu d'initiative du clergé franc à la fin de l'époque mérovingienne, prit une importance nouvelle sous Charlemagne, grâce à l'influence des Anglais et des Irlandais, grands pèlerins comme on sait (7). Aussi est-ce à l'époque de Charlemagne que la tradition fait remonter l'établissement d'un as-ez grand nombre des pieuses hôtelleries bourguignonnes. Les hôtelleries placées autour de Langres citées déjà plus haut (8), l'importante maison de Brochon (9), celles de Nuits (10;, la Maison-Dieu, Deus adjnvame, de Givry (11), l'hospicedeTournus(12) et peut-être celui de Gevrey, ainsi que l'établissement langrois de Grosse-Sauve (13) dont nous avons déjà parlé, dateraient, suivant

(i) Daremberg et Saglio, Dict. des antiquités, v° Cursus publiais, p. 1655; Cheruel, Dict. des antiquités, v° Mansio. Desjardins, Géographie administrative et historique de la Gaule romaine, III, Hachette, 1885, p. 385 et suiv. De Charmasse, Mém. Soc Ed., t. VU, p. 140.

(2) Migneret, p. 299 et suiv. ; Roussel, Le diocèse de Langres, t. II, p. 295 et 337.

(3) Du moins on le présume. Mathieu Les évêques de Langres, p. 67. On trouvera des indications sur ces hôpitaux et leurs rapports avec les routes romaines dans Aubeit, Les hôpitaux de Langres, thèse, Dijon, Nourry, 1913. p. 11 et suiv., et suitout de Charmasse, loc. cit., p 146, 147.

(4) Le nom romain est Filena, Longnon, Atlas hist. de la France, I, p. 28. Courtépée, t. IV, p. 730 et suiv. Sur l'origine ancienne mais incertaine de cet hôpital, F>ot, Histoire de l'église Saint-Etienne, p. 58.

(5) Cet hospitium devient un village. Counépée, t. IV, p. 738.

(6) Entre autres l'invasion arabe. Kleinclausz, Hist. de Bourg., p. 58.

(7) Voir plus haut, p. 642 et suiv. Pour pourvoir aux besoins nouveaux, Quintilien, le père du futur évêque d'Auxerre qui occupa ce siège de 716 à 728, avait ajouté au monastère de Moutiers-en-Puisaye qu'il avait fondé, un hôpital pour recevoir les Bretons et Anglais qui allaient à Rome. Lebeuf, t. I, p. 173. Cet hôpital, tombé aux mains des laïques sous Charles le Martel, fut réuni eu 86'i à l'abbaye de Saint-Germain.

(8) Mathieu, Les évêques de Langres, p. 67. Il est probable qu'ils furent simplement restaurés.

(9) Fyot, Histoire de l'église Saint-Etienne, p. 300; Courtépée, t. II, p. 170; Mathieu, p. 32.

(10) Courtépée, t. II, p. 170.

(11) Cette maison-Dieu est mentionnée dans une charte de l'évêque de Chalon, Gerbold, en 881. Courtépée, t. III, p. 331 ; Batault, p. vi et note 2.

(12) 11 fut fon-ié en 878.

(13) Le fonds sur lequel s'éleva la léproserie fut cédé en 895.

certains, soit de l'époque du grand empereur (I), soit d'une époque voisine. Non content de prendre sous sa protection spéciale les veuves, les orphelins et les petits et de les recommander à ses vocati et à ses missi (2), Charlemagne se montra le défenseur des églises et des faibles et consolida notablement leur budget charitable en reconnaissant légalement la «lime. On sait qu'un quart de la dîme éia't attribué aux indigents (3). Les capitulait es de 802 et 803 prescrivirent de respecter l'hospitalité. Les conciles d'Arles, de Tours et de Reims de Tannée 813 multiplièrent des injonctions pareilles. L'évèque, disent les deux premiers, devra nourrir ses pauvres en cas de nécessité (4), le second ajoute qu'il est odieux que ceux qui possèdent de grandes richesses n'assistent pas les misérables. Enfin le canon 17 du concile de Keims (5) que devait plus tard reproduire le concile d'Aix-la-Ch «pelle de 836, ordonnait à Pévêque de recevoir à sa table les personnes pauvres et indigentes, et de mener une vie frugale (6). Ces conciles étaient d'autant plus nécessaires que l'un reprochait aux églises de rechercher les richesses dans un but de lucre. Le concile de Chalon-sur- Saône de la même année 813 s'élève avec indignation contre cette accusation. « Les évêqties doivent, dit-il, user des biens des églises comme d'un dépôt qui leur est confié, car ces biens sont le prix du péché, le patrimoine des pauvres et la nourriture des frères qui vivent en commun (7) ». Ces conciles lurent écoutés en Bourgogne.

On attribue à Betton, évèque de Langres, la fondation d'hospices, et un de ses successeurs, Brunon de Boucy, donna aux hospices autant de soins qu'aux écoles. L'évèque d'Auxerre llérifild, comme le concile de Tours, rappelle aux liches qu'ils ne sont pas les maîtres absolus de leur patrimoine et qu'ils doivent taire aux p tuvres une large part (8) et lui-même augmente le patrimoine de l'hôpital de Saint-Etienne (9). Un peu plus tard, tous les jours douze mendiants sont assis à la table de saint Betton, son successeur (10).

Au siècle suivant, un autre évèque d'Auxerre, Gaudry, distribue chaque matin, après la messe, aux pauvres réunis autour de la maison épiscopale un pain ou un demi-

(1) Aubert, op. cit., p. 1 1. On peut compléter cette liste avec de Charmasse (.supra, p. 794, note 1) et Baudot, Sacquenay et son hôpital : Méni. Comm. ant., 1834-1835, p. 45 et 57.

(2) Dans l'allocution d'un missus aux Dijonnais, on leur recommande de n'opprimer ni les religieux ni les pauvres: Boretius et Krause, Capitul. reg . françorum, t. II, p. 291-292; Kleinclausz, Hist. de Bourg., p. 64.

(3) Sur la ditne et les réformes de Charlemagne : P. Viard, Hist. de la dîme ecclésiastique... jusqu'au décret de Gratien, Dijon, 1909 (thèse), p. 87 et suiv., p. 123.

(4) Concil Arel.Ae 813, c. 14; Concilia sévi Karolini, éd. Werminghoff, p. 252 ; Concil. Turon., c. 36 et c. 11, Werminghoff, I, p. 291 et 288.

(5) Concil. Rem., c. 17, Werminghoff, I, p. 255.

(6) Concil. Aquisgr., caput I, de Vita episcoporum, c. 3 in fine. « ...Et placuit omnibus episcopis, ut, quocurnque sit loco, coram se adgreget pauperes s^mper ad refectionem. » Werminghoff, II (2), p. 707.

(7) Concil. Cabilonense, c. fi. Cf. le canon 7 : Werminghoff, 2 (1), p. 275.

(8) Mathieu, Evêques de Langres, p. 33 et 48 ; voir plus haut, p. 790.

(9) Lebeuf, t I, p. 213. Bouvier, Hist. de l'atsist. publ. de l'Yonne, Bull, de l'Yonne, 1901, p. 32.

(10) Lebeuf, t. I, p. 227.

pain, suivant leur âge il y ajoute une tasse de vin. Ceite aumône est accrue en hiver, parfois elle s'accompagne d'un peu d'argent (1).

Mais la prescription la plus intéressante, parce qu'elle nous montre la généralisation des idées d'assistance et la symétrie de leur développement avec celui de l'instruction publique, c'est celle du canon 3 du concile d'Aix-la-Chapelle de 836 : « Que l'évêque pratique l'hospitalité que nous voyons en plusieurs endroits avoir été négligée. C'est pourquoi nous voulons que désormais, dans toutes les villes et dans tous les monastères, on établisse un ordre convenable pour recevoir, aussi bien qu'on pourra, les voyageurs el les passants (2). »

A Màcon, l'église de l'abbaye de Saini-Pierre est un hôpital qui semble avoir été fondé vers ce moment, bien que les documents n'en parlent qu'au dixième siècle (3). A Àuxerre, à côté de l'hôpital ou des hôpitaux Saint-Etienne (4) que nous avons déjà signalés, les hospices monastiques de Saint-Vigile (5) et surtout de Saint-Germain prennent une plus grande importance. Il est parlé de ce dernier dans les actes du concile de Pistes de 864 (6). Il était divisé en deux parties, l'une affectée aux pauvres, l'autre aux riches. Nous retrouverons ces hôpitaux de pauvres et de riches au moyen

âge.

Malheureusement, les invasions des Normands et des Hongrois (7), le relâchement des mœurs du clergé et toutes les famines et autres calamités qui frappèrent la Bourgogne pendant le courant du dixième et le début du onzième siècle, ne permirent pas à ces bonnes dispositions de produire leur plein effet. Il faudra la réforme du clergé du onzième siècle, et surtout le puissant mouvement commercial du onzième siècle, pour donner aux idées charitables une importance nouvelle.

Toutes les misères de l'époque sont secourues néanmoins : l'Eglise refoule l'égoïsme et l'avarice (8), aide l'esclave, rachète le captif, soigne l'orphelin, protège la veuve, recueille le passant, secourt l'infirme et le malade, reçoit dans ses agiles même les criminels pour leur permettre d'échapper aux peines corporelles si cruelles de l'époque

(1) Lebeuf, t. I, p. 230. Saint Géran, un autre évêque d'Auxerre (9(39 à 914), retient chez lui les pauvres voyageurs et leur donne des avis consolants. Lebeuf, t. I, p. 220. Il n'hésite pas à recueillir les orphelins et à faire nettoyer leur vermine. « Purulenta pupillorum capita lirnpha cum lamento emaculari fecit. » Lebeuf, t. I, p 220, note 1.

(2) « Decernit etiam apostolus hospitalitatem sectandarn ab episcopo quam in pluribus reperimus neglectam locis. Irteo placet, ut deinceps in sipgulis ctvitatibm et monasteriis, juxta modum rerum, hospitalitas ordinetur advenientium. » Werminghoff, t. II (pars 2), p. 707.

(3) Ragut, Cari, de Saint-Vincent de Màcon (968-971) n° ccccvi, p. 233 ; n° cccclxxviii, p. 275.

(4) Suivant certains auteurs, on distinguerait déjà l'hôpital de l'évêque, celui du chapitre et des frères établis vers le neuvième siècle. Bouvier, Bulletin. . de. l'Yonne, 1901, p. 31, 34.

(5) Bouvier, loc. cit., p. 35.

(6) Quantin, Cari. gén. de l'Yonne, t. I, p. 89.

(7) Lallemand, p. 168.

(S) Saint Jean de Réôme accomplit des miracles en faveur des pauvres. « Avaritiae unquam succubuit •. Vila, édit. Krusch, Scriptor. rer Merov., t. III, p. 512.

et de se sauver par une composition pécuniaire et une expiation canonique. Elle ne néglige rien, même la sépulture de l'étranger (1). L'appui légal du roi et du comte lui est acquis, sa doctrine du secours que le riche doit au pauvre est pleinement affirmée.

Toutefois, l'organisation matérielle de cette assistance est encore faible (2). Des Xenodochia près des églises et des monastères, quelquefois aux entrées des villes et qui permettent de recueillir les passants, les pauvres, les orphelins, les malades ; quelques hôtelleries le long des routes les plus fréquentées (3) : voilà ce que nous rencontrons encore avant les onzième et douzième siècles, époque où les archives mieux conservées vont nous permettre de verser sur la question de l'assistance en Bourgogne la lumière moins rare de leurs documents.

§ 2. — L'assistance aux onzième et douzième siècles. Les hospices monastiques, cathèdraux et les hôtelleries pieuses des chemins.

L'élan charitable, un moment revivifié par les efforts de Charlemagne, s'effaça et se perdit en partie sous ses successeurs. Les guerres intestines, les invasions des neuvième et dixième siècles (4), les incendies et les terribles famines, l'anarchie générale et la constitution de la féodalité rendirent égoïstes les fragments d'Etats qui se constituaient de toutes parts. Le trône épiscopal fut souvent occupé par des hommes violents et cupides qui n'étaient pas capables d'en exercer la mission de paix. Le relâchement et la brutalité s'introduisirent chez les moines (5).

Mais cela ne dura qu'un temps, au onzième siècle, sous l'influence du pape Grégoire VU, le clergé reprit conscience de sa mission (6); des réformes nettoyèrent les monastères ; les pèlerinages s'acheminèrent à nouveau vers les basiliques où l'on

(1) Saint Germain d'Auxerre s'occupe de la sépulture des étrangers et même des malfaiteurs. Lebeuf, t. I, p. 52.

(2) Elle le sera toujours. Si bien que c'est plutôt des échantillons variés et assez nombreux de remèdes accessibles seulement à quelques-uns, ceux qui sont à la ville ou près d'un monastère, que l'on rencontre, plutôt que des remèdes abondants et utilisables par tous. De plus, le zèle est personnel. (Pour les moines de Saint-Etienne, de Saint-Bénigne, voir Chjmton, p. G6). Il disparait à certaines époques et auprès de certains évêques. Des évêques avares succèdent aux saints, et la charité dépend du résultat des élections épUcopales.

(3) L'on peut même arriver à retrouver les anciens chemins en déterminant les hôpitaux anciens. Guigne, Les voies antiques du Lyonnais déterminées par les hôpitaux du moyen âge, 1877. Nous nous en rendrons compte en étudiant les maladreries du douzième siècle.

(4) L'invasion des Hongrois surtout fut terrible. Ce que souffrit alors la Bourgogne ne saurait être comparé qu'aux scènes d'horreur marquant au cinquième siècle le passage d'Attila. Lallemand, t. III, p. 3 ; Kleinclausz, p 65, 68 ; c'est alors que Cbalon fut brûlé. Courtépée, t. III, p. 203. Pour le onzième siècle, voir Petit, Hist. des ducs de Bourg., t. I. p. 85, 102, 106, 115.

(5) Chomton, Hist. de l'église Saint Bénigne de Dijon, p. 66, 79 ; Courtépée, t. IV, p. 693, et surtout Petit, Hist. des ducs de Bourg., t. I, p. 149-151.

(6) Chénon, Histoire des rapports de l'Eglise et de l'Etat, Paris, Bloud, 2* édit., 1913, p. 79.

réinstallait en grande pompe des reliques renommées (1). Enfin, sur toutes les routes du duché de Bourgogne, un grand courant commercial commença de glisser. La ferveur ancienne ramena les pratiques anciennes de charité et les perfectionna. Brunon, l'évèque de Langres, appella d'Italie Guillaume de Volpiano, l'abbé de Saint-Bénigne, qui réforma un grand nombre de monastères parmi lesquels ceux de Bèze, de Molesme et de Tonnerre et y introduisit la contagion de « sa charité plus qu'humaine » (2). Il est vrai que Brunon fut suivi d'une sorte de monstre, Hugues, et qu'un de ses successeurs, Baynard, fit incendier l'abbaye de Polhières et massacrer ses moines. Pendant ce temps à Auxerre (3), Hunand, le père des pauvres, n'échappait à l'élection que par la fuite (4). Lévèque Geoifroy de Champ-Allemand multipliait les exemples de charité et lavait les pieds des pauvres (5).

Les deux évêques d'Auxerre qui portèrent le nom d'Hugues, Hugues de Montaigu (1115-1136) et Hugues de Màcon (1137-1141), inventent de nouveaux moyens de venir en aide aux malheureux et aux petits. Le premier, non content de visiter les malades, de les réconforter et de les nourrir, veut que des habillements soient prêts d'avance pour ceux qui en ont besoin : « la charité ne doit pas attendre » (6) ; et en effet, on ne peut demander de patience aux passants et aux pèlerins désireux de continuer leur route. Ua vestiaire est nécessaire. Bien plus, le saint évêque applique les principes d'Angelelme son prédécesseur, chaque fois qu'il est malade il distribue tout son avoir aux pauvres en ne se réservant qu'un seul habit (7), vulgarisant la pratique des larges aumônes en vue du décès, pratique que l'usage de plus en plus fréquent du testament au treizième siècle allait répandre chez les laïcs aussi bien que chez les clercs (8).

Le second fit également déborder la charité sur un domaine nouveau. Devant son tribunal féodal, la balance de la justice n'est pas égale, elle penche en faveur des faibles (9). On sait que le droit coutumier du moyen âge devait adopter, au treizième

(1) A Langres, l'évèque Raynard rapporte, vers 1076, le bras de saint Mammès : Vignier, Les chroniques de l'évêché de Langres, p. 11 S. A Dijon, le corps de saint Médard arrive au onzième siècle ; Fyot, Hist. de l'église Saint-Etienne, Preuves, n°« 94 et 100. A Autun, c'est aussi au douzième siècle que se fait la translation des reliques de saint Lazare.

(2) Vignier, Les chroniques de l'évêché de Langres, éd. Jolibois, Chaumont, 1843, p. 107.

(3) Vignier, p. 117. Sur lui Poupardin, Le royaume de Bourgogne, Paris, 1907.

(4) Lebeuf, p. '270.

(5) ActaSS., aprilis, Vita, cap. i, n° 4 ; De gestis episc. Autiss., Migne, Pat. L., t. CXXXVIII, col. 281; Lebeuf, p. 264.

(6) Acta. SS., aprilis, III, Vita, p. 651 ; alla Vita, p. 658. Saint Aderald, de Troyes, visite aussi tous les malades et indigents de sa ville épiscopale ; il en a fait dresser la liste ; Acta SS., octobris, t. VIII, Vita, p. 901.

(7) Migne, Pat. lai., t. CXXXVIII, col. 302, c. 1. Lebeuf, t. I, p. 292.

(8) Saint Bernard tefuse de croire à l'authenticité d'un testament d'Hugues de Màcon, parce qu'on n'y laissait rien ou pre-sque rien aux pauvres. Lebeuf, t. I, p. 313. Guillaume de Toucy se signalera également plus tard par ses abondantes libéralités testamentaires, Lebeuf, t. I, p. 342-343.

(9) Lebeuf, t. I, p. 304.

siècle surtout, cette façon de voir et qu'elle a trouvé son expression dans l'œuvre de Beaumauoir (1). Epoque tourmentée, pleine de contrastes et d'une vie intempérante où les guerres, Jes pillages, les cruautés voisinent avec les actes de bonté, le don de soi, le dévouement, l'altruisme, l'aumône. C'est ainsi que le roi Robert s'efforce par ses largesses de réparer les désastres entraînés par sa guerre de Bourgogne. Dijon, Chalon, Avallon se trouvaient au nombre des huit villes où il nourrissait, chaque jour, plus de trois cents pauvres (2). Les ducs qui lui succédèrent se montrèrent tour à tour détrousseurs de passants (3) ou compatissants pour les faibles. Enfin, la piété l'emporta: l'on sait que c'est à l'occasion de la retraite du duc Hugues à Cluny, après 1078, que Grégoire VII reprocha à l'abbé de ce monastère d'avoir enlevé à cent mille chrétiens leur protecteur et d'être resté insensible aux gémissements des pauvres, aux larmes des veuves et aux cris des orphelins (4).

Eudes II (1143-1162) établit l'hospice de Molaise et la Bacherie de Fontenay; en 1190, la fondation de l'hôpital Saint-Jean de Jérusalem ou commanderie de la Madeleine de Dijon acquitte une dette de reconnaissance du duc Hugues II ; nous verrons qu'au siècle suivant, l'hôpital du Saint-Esprit sortira également de l'initiative ducale.

Pour améliorer la situation de leurs vassaux (5), comme aussi, ne l'oublions pas, pour faciliter un transit ou des peuplements de contrées désertes dont ils retirent des avantages pécuniaires très appréciables, nombre de seigneurs et d'églises les imitèrent. Les idées de charité religieuse et de devoir social se marient alors à des intérêts très palpables (6) et, naturellement, chacun de ces sentiments réagissant sur l'autre, le porte à son paroxisme. C'est le secret de la vie du moyen âge, cette convergence de tous les élans profonds vers des buts communs.

Ceux qui marchent en tête du mouvement hospitalier au onzième siècle sont incontestablement les moines. Leurs monastères sont plus riches, plus considérés, plus vivants qu'aux siècles antérieurs. On n'y lésine pas sur les pitances distribuées à la porte.

Les abondantes charités des abbayes autunoises de Saint-Jean, de Saint-Martin, de Saint-Symphorien, de Saint-Andoche sont relevées par les historiens (7). A Saint-

(1) Beaumanoir, Les coutumes de Beauvoisis, éd. de Salmon, t. II, § 823 et suiv.

(2) Petit, Avallon el l'Avallonnais, p. 138; Hist. des ducs de Bourg., t. I, p. 230 ; Kleinclausz, Hist. de Bourg., p. 78.

(3) Kleinclausz, p. 82.

(4) Duchesnes, Ducs de Bourg., pr., p. 170, 171, et les références de Petit, Hist. des ducs de Bourg., t. I, p. 393, n» 55.

(5) Lallemand, t. III. p. 57.

(6) Ce point de vue échappe complètement à Lallemand qui ne voit que la piété, et encore plus à Strauss qui s'imagine qu'au moyen âge l'on avait peur des passants.

(7) Courtépée, t. III, p. 489. L'hospitalité du monastère de Morimond tait dire à l'abbé Dubois : « C'était une grande hôtellerie dont l'abbé était le maître, avec les religieux et les convers pour serviteurs et pour valets. » Histoire de l'abbaye de Morimond, Paris, 1851, p. 56 et 57.

Bénigne, à Saint-Etienne de Dijon, à Saint-Seine, à Cluny au seuil de chaque abbaye, peut-on dire, sont installées des colonies de pauvres qui vivent des largesses monacales. L'esprit du temps le veut ainsi. Si les dons et les aumônes se multiplient en faveur de ces maisons, c'est parce qu'ils sont et pour qu'ils soient charitables (1). A Cluny, un custode ou gardien de l'hôtellerie reçoit les hôtes à cheval, les piétons sont accueillis par l'aumônier. A chacun ce dernier distribue du pain, de la viande, du vin et un denier. A la mort de chaque frère, on offrait sa portion au premier pauvre qui se présentait. Il y avait en outre aux grandes fêtes des aumônes extraordinaires. Les orphelins, les veuves, les boiteux, les aveugles, les vieillards, les malades n'étaient pas oubliés, ils recevaient, chaque jour, douze tourtes, chacune de trois livres. Une fois par semaine l'aumônier allait visiter les malades à domicile. L'année où Udalric écrivit ses coutumes, on avait secouru dix-sept mille pauvres et distribué deux cent cinquante jambons (2). Toute une armée de malheureux est pendue à la charitable pitance clunisienne.

En dehors de cette clientèle de pauvres et de passants qu'il accueille et qu'il appelle, il semble que le monastère remplisse à l'égard du reste de la population un rôle très important à l'occasion de la grave question des subsistances. Ses greniers sont véritablement les greniers d'abondance de la contrée en cas de disette (3), comme ses ateliers de défrichement jouent souvent le rôle d'ateliers de charité. On en vit des exemples fameux lors de la grande famine de 4030 à 1032 (4). L'abbé de Cluny, saint Odilon, pour pouvoir nourrir les affamés, vida les granges et les celliers de toutes leurs provisions ; il vendit à des juifs les ornements de l'église et même les objets les plus précieux (5), même la couronne impériale d'Henri 11, une des gloires du trésor de l'abbaye. Cette générosité fut imitée : les vases sacrés de Verdun aliénés par Richard de Sainte- Vaime eu témoignent, et aussi les documents qui attestent qu'à Chalon les abbés de Saint-Pierre et de Saint-Marcel, l'évêque et un grand nombre de laïques se livrèrent à de pieuses dilapidations pareilles (6). A Avallon, trois chanoines compatissants se chargèrent de nourrir les besogneux (7). Le vénérable Guillaume de Volpiano, l'abbé

(1) Août 969 : « B-raudus dat monasterio Cluniacensi curtilus cum vinea... ea ratione ut pauperes et peregrini inde sustententur et recreantur. » Cart. de Cluny, t. I, n° 1 "264.

(2) Udalric, Antiq. consuet., 1. III, c. xxiv, et c. xi, cité par Cucherat : Cluny au onzième siècle, p. 52 à 55 ; Ducange, v° Hospitarius; Léon Picot, Cluny et la Franche-Comté, Mém. de l'Acud. de Besançon, 1911, p. 19. Les statuts 'le Sunt-Bénigne édictent des règles semblables ; Chomton, c. XLV1, p. 384.

(3) C'est une remarque que fait aussi Pignot, Hist. de l'ordre de Cluny, t. II, p. 485 et 480, à propos des babitants du bourg de Cluny : « Dans les temps de disette, de malheurs publics, un grand nombre d'entre eux vivaient des au nônes et des secours du monastère. » Il faut, je crois, généraliser et voir dans ces distributions une des fonctions du monastère, tel que le concevait l'esprit du temps.

(4) Les scènes de c<nnibalisme qui se passent alors sont racontées par R. Glaber, éd. Prou, ch. IX, § 17, p. 44.

(5) Act. SS.,januarii, t. I, Vita, p. 67, 68.

(6) Fouque, Hist. de Chalon-sur-Saône, p. 225.

(7) Petit, Avallon et VAvallonnais, 1868, p. 138.

de Dijon, pour remplir plus complètement son héroïque devoir, sut résister aux sollicitations de ses frères qui voulaient conserver pour eux une part des provisions (1). Dans l^s monastères et les églises, tout fut donné, vendu, monnayé en vivres et vêtements, tout : vases sacrés, riches ornements, meubles précieux et joyaux d'art. Le monastère est donc le pourvoyeur principal en cas de famine.

Il procure en outre aux malades un abri sûr . Pour soulager les infirmes qui se trouvent dans le monastère de La Charité-sur-Loire, saint Hugues de Montaigu, évéque d'Auxerre, y faisait porter du blé et du vin (*2). Enfiu, le monastère est aussi une sorte de maison de retraite, où beaucoup se retireront dans leurs vieux jours (3). Mais c'est surtout comme établissements hospitaliers que les monastères se signalent. La renaissance commerciale qui succéda aux invasions leur fut extrêmement favorable. Ils profitèrent largement de la paix de Dieu et des entraves que l'on mit à la rapacité des seigneurs détrousseurs de passants.

A l'occasion des fêtes des saints, des marchés bien achalandés s'installèrent près de leurs murs. Le long des routes fréquentées par les négociants qui traversent la Bour gogne en venant en grand nombre d'Italie par le col du grand Saint-Bernard ou le col du mont Cenis (A), sur les chemins qui longent la côte de Chalon à Langres, ou sur les voies romaines d'Agrippa, sur celles qui montent vers la Champagne en passant par Chalon, Chagny et Autun, ou Dijon et Châtillon, se multiplièrent les petites hôtelleries accueillantes aux pèlerins, aux marchands, aux serfs fugitifs, aux ouvriers nomades, aux hôtes, aux soldats cherchant un emploi. Il faut héberger tout ce momie, le nourrir, le loger. On construisit des auberges pieuses. Les monastères en relation avec les pays lointains comme Saint-Bénigne auront toute une série d'hôtelleries jalonnant le chemin et assurant l'étape de Dijon à Agaune à travers le Jura et les Alpes. Saint-Bénigne a des établi-semenls à La Roche-sur-h-Loue (ou Perrecv), à Pontarlief, à Orne, à Bâle. la Chronique de Saint-Bénigne prétend que l'abbé Guillaume avait créé ces installations pour que les membres du monastère pussent se reposer à l'aller comme au retour dans des lieux leur appartenant (5).

(1) Chomton, Hist. de l'église Saint-Bénigne, p. 12G. Lors delà famine de 1)77, Saint-Bénigne fit preuve d'un même dévouement : Chomton, p. 154. On trouvera des faits semblables à Lyon en 1123. Lallemand, t. III, p. 308

(2) Lebeuf, t. I, p. 28S. D'ailleurs lo< infirmorum visitationes sont in sacerdotibus, comme le rappellera, en 1163, la charte accordée par l'évêque de Langres, Gauthier de Bourgogne, à l'abbaye de Saint-Seine. Petit, II, n° 401, p 292.

(3) En principe, le monastère conserve ses infirmes et ses vieillards. Ils ne pourront quitter Bèze avec leurs frères. Chronique de Bèze, p. 249 ; Chomton, p. 65. L'inslitution des oblats permettra d'obtenir une retraite au moment de la vieillesse à ceux qui vivent dans le siècle.

(i) Schaube, Handekgeschirlite der Bomanischen Volker, Mûnchen, 1906, p. 336 et suiv. ; Schulte, Geschichte des Mittelalterlichen Handels u. Verkehrs, 1900, t. I, p 59 et suiv., 80 et suiv., 102 et suiv.

(5) « Ut m fundo et redeundo abbates, eorumque fidèles, ad hospitandum haberent sue possessionis loca. » Chron. de Saint-Bénigne, éd. Bougaud, p. 31.

toi

Un peu partout on fait de même. Nombreuses sont les maisons-Dieu monastiques établies près des villes et sur les routes. Les anciens refuges dans les villes tories, qu'utilisaient lors des invasions des barbares les abbayes avoisinantes, devinrent des auberges dévotes et plus tard des hôpitaux; c'est ce qui se passa, croit-on, pour l'hôpital Notre-Dame de Dijon (1).

En 1017, les religieux de Flavigny reçurent du roi la chapelle de Saint-Jean à Aulun, pour leur servir d'hôtellerie quand ils venaient dans la ville (2). Gîteaux possède à Dijon au onzième siècle, une maison « ad hospitandos abbates ad Cisterciense capitulum venientes » (3). Paray, au onzième siècle, connaît ua hospitale monachorum (4). Sur le chemin de Ghalon à Saint-Seine-en-Bàche, les moines transforment en hôpital une métairie qu'ils possèdent (5). A Serrigny, c'est un prieuré hospitalier que l'on rencontre (6).

Les religieuses, elles aussi, ont des hospices. A Giey-sur-Aujou, dans le Châtillonnais, il s'en trouve un (7). Jailly fut un hospice de nonnes avant de devenir un monastère (8).

Le voyageur, le pèlerin est souvent doublé d'un marchand. Des hôpitaux-hôtels s'élèveront près du marché ou de la foire qui d'ailleurs avoisine l'église. A Auxerre, l'hôpital de « Sainte-Catherine aux aulx » se dresse près de la petite place où se tenait jadis le marché de l'ail (9). Celui d'Avallon était situé primitivement sur la place du marché (10). A Dijon, aux deux marchés de Saint-Etienne et de Saint-Bénigne, correspondent les deux vieux hospices de ces abbayes rivales. A Ghalon, à Langres, à Aulun, il en est de même. Le marchand, d'ailleurs, n'est pas un pèlerin ordinaire, quand il fait ses affaires, c'est un pèlerin généreux. Si l'hospice des pauvres est une charge, l'hospice des riches ne peut être qu'une source de profits importants.

La charité est donc sociale en ce sens qu'elle collabore aux besoins économiques et sociaux de l'époque. Elle facilite le marché, les transactions et le voyage. Et comme il ne suffit pas de parcourir les routes, mais qu'il faut passer les rivières, souvent l'hôpital, installé près d'un pont (11) ou d'un passage dangereux, se charge de son

(1) C'est du moins l'opinion de Fyot, Hist. de l'église Saint-Etienne, p. 298. « D'autres titres, dit-il, font voir que cet hôpital a été institué en faveur des pauvres passants. »

(2) Lebeuf, t. I, p. 25i; Courtépée, t. III, p. 493. En 1018, l'abbaye de Saint-Seine a un refuge à Langres ; Vignier, Chronique des évêques de Langres, p. 123.

(3) Petit, Hist. des ducs, t. III, p. 289, n° 833.

(4) Chevalier, Cart. de Paray-le-Monial (ext. des Mém. de la Soc. d'hist.etd'arch. de Chalon, 1891, p. 81).

(5) Courtépée, t. Il, p. 478.

(6) Courtépée, t. II, p. 354

(7) Courtépée, t. IV, p. 272.

(8) Courtépée, t. IV, p. 440.

(9) Bouvier, loc. cit., 1901, p. 36.

(10) Ibid., p 319.

(11) La maison-Dieu de saint Eloi de Chalon « était si près du pont de Pontet, qu'une des barrières du Bel était attachée au mur de l'hôpital ». Bàtault, p. 3. Celle de Norges, nous le verrons, est là domus Dei de ponte norgiarum.

entretien. Il se crée même des associations de frères pontifes dans certains endroits qui se consacrent entièrement à celte mission (1).

Le riche donne, mais le pauvre profite et l'intermédiaire ancien du riche et du pauvre, l'évèque, à l'hospitalité des monastères, a soin d'ajouter la sienne : hospitalitatem nescicns non fiai episcopus.

Un convers était préposé aux soins des étrangers, dans la demeure du bienheureux Hugues de iMàcon, évêque d'Auxerre. Il voulait que sa maison fût comme une Hôtellerie pour les passants (2). Un de ses successeurs, Guillaume de Tourcy, nous racontent les chroniqueurs, lorsqu'il fut élevé à l'épiscopat, n'avait conservé de son ancien faste que la vertu d'hospitalité (3). On sait que les évêques de Langres furent favorables aux hospices : Brunon en installe en même temps que des écoles. Enfin, on verra en 1199, le pape lui-même, Innocent III, prendre sous la protection de saint Pierre la maison de Brochon (4). Néanmoins, les véritables entraîneurs sont les ordres religieux et la parole retentissante du plus illustre des moines d'alors, saint Bernard, exprime l'idéal aspect sous lequel il veut que l'on envisage la pauvreté : il veut qu'on l'aime : « Non enim pauptrtas virlus reputatur sed paupertalis amor ».

Aussi, les hospices se répandent partout, hospices monastiques, hospices cath^draux, hospices paroissiaux. Nous en trouvons à Dijon, à Aulun, à Chalon, à Màcon, à Auxerre, à Langres comme à Cluny (5), à Saulieu très anciennement (6), à Châlillon dont l'importance commerciale devient très grande au douzième siècle (7), à Semur dont, à la fin du douzième siècle, le duc de Bourgogne affranchit les hommes de la maison-Dieu de diverses redevances (8). Beaune a déjà aux portes de la vdle sa maison-Dieu, que l'on nommera plus tard l'hôpital Saint-l'ierre (9). Vezelay, centre

(1) Lallemand, t. III, p. 124.

(2) « Ipse non oblitus illius verbi, quod in sua promiserat consecratione (hospitalitatis volo esse) domum suam hosp talem esse voluit ». De gest. episc. Autis., Migne, P. L., t. CXXXV1II, 188, col. 299; Lebeuf, t. I, p. 305; et ce qui montre bien la racine monacale de cette hospitalité, c'est qu'il reçoit « praecipue universos ordinis sui (de Cluny) qui ad suam domum declinarent causa hospitandi ».

(3) Lebeuf, t. I, p. 331.

(4) Cart. de Saint-Etienne, édit. Valat, n" 117, Arch. dép. Côte-d'Or, H. 117, liasse 1253 bis. En 1181- 1185, Lucius III en fait autant pour la maison-Dieu de Dominique le Riche. D'Arbaumont, Notice hist. sur la chapelle et l'hôpital aux Riches, Preuves, p. 103. Nous avons en Bourgogne, sous le vocable de saint Pierre, un certain nombre d'hôpitaux et de maladières : à Beaune, par exemple.

(5) Courtépée, t. IV, p. 45G.

(6) La maison-Dieu de Notre-Dame de Saulieu serait du dixième siècle d'après un vieux terrier de 1549. Gourtépée, t. IV, p. 101.

(7) Sa domus Dei reçoit des dons en 1129 et 1136. Le texte de celte dernière donation, faite par saint Bernard, dans Petit, Hist. des ducs, t. II, p. 222. Voir aussi Cart. de l'évêché de Langres, Bibl. nat., 5188, f° 30; Courtépée, t. IV, p. 186.

(8) En 1194. Arch. nat., 4817. Bulletin de la Société d'études d'Auallon, 1890, p. 281 ; Massicot, dans le Mémoire historique sur la ville de Semur-en-Auxois, p. 321; Petit, Hist. des ducs, t. IV, p. 482, n° 3023.

(9) Gandflot, Hist. de Beaune, p. 67, 68 et références, p. 313; Courtépée, t. II, p. 295; de Charmasse, Cart. de l'évêché, p. 378. Le nom du maître de cette maison, Gui, est donné, en 1205, par un document des archives de Saône-et-Loire, fonds de la Ferté : Petit, t. III, p. 398, n° 1098.

important de prières et d'échanges, au seuil du duché, est dotée d'un semblable établissement dès le onzième siècle (1), et Sens, également sur les confins du duché (2), ainsi que Aigueperse et Cersy au douzième (3).

Près de l'église Notre-Dame, depuis le onzième siècle, Tonnerre offre un semblable asile aux « pèlerins et pauvres voyageurs » (4), de même Noyers (5), et Montréal (6) Sombernon a une maison-Dieu vraisemblablement avant la fin du douzième siècle (7). Nous en dirons autant de Louesme au-dessus rie Chàtillon (8).

Naturellement, cet accroissement de l'imporlance de l'hôpital ne peut que profiter aux vieux établissements carolingiens de Til-Châlel, de Brochon (9), de Givry (10), de Tournus, de Gevrey et à quantité de ces petites hôtelleries dont nous ne pouvons souvent retrouver l'emplacement, qu'en examinant la répartition topographique des maladières qui ont succédé à beaucoup d'entre elles.

Il n'est pas sans intérêt de vérifier l'emplacement de toutes ces pieuses auberges. Elles gardent souvent les entrées des villes et sont placées au dehors ries remparts à quelque distance. Les portes se ferment de bonne heure, les ponts se lèvent et il faut ménager un abri aux voyageurs attardés. C'est le spectacle que nous offre Autun où quatre hospices ou diaconies sont ménagés aux portes principales de la ville (11). A Dijon se rencontrent aussi nombre d'hospices hors la ville, l'un est installé devant le grand portail de Saint-Bénigne ; l'autre qui portera le nom d'hôpital Saint-Bénigne était,

(1) Bouvier, Hist. de Vassist. pubî. dans le départ, de l'Yonne, Bul. de l'Yonne, 1901, p. 315.

(2) Bouvier, loc. cit., p '.'81. L'hôpital serait au moins du douzième siècle.

(3) De Charmasse, Cart. de l'évêché d' Autun, p. 245 (1148-1171) ; Cersiacum, p. 169 (1179).

(4) D'ArtHumont, Notice surla chapelle de l'hôpital aux Riches, Dijon, 1868, p. 5 ; Mathieu, Les évêques de Langres, p. 71 ; Bouvier, loc. cit., p. 314.

(5) Co.:rtéoée, t. 1(1, p. 519, indique l'hospice comme très ancien; Bouvier, loc. cit., p. 315.

(6) En 1104-1105 on signale la présence, près dAvallon, d'un certain Guillaume de dôme dei qum est apud juga. Arch. nat., LL. 998b, signalé par Porée, Invent des arch. de la maison de C hâte lux. Mém. Soc. de l'Yonne, 1903, t. LVI1, p. 117 et suiv. Il s'agit de 1 hospice du Grand Saint-Bernard qui avait un établissement à Montréal.

(7) En 1205, Gautier, seigneur de Sombernon, en présence de Bobert, maître de cette maison, lui donnera diverses portions de terre. Arch. Côte-d'Or, fonds de la commanderie de B^aune, S itnbernon, H. 1224, Petit, t. III, p. 402, n° 1111. Un hameau porte encore le non d'Hôpital, à Sombernon, Nouvel état des villes, bourgs de la province, 1781, v° Sombernon.

(8) Le duc de Bourgogne donne cet hôpital en 1209. Arch. Côte-d'Or. fonds de la commanderie du temple, d'Ëpailly, H. 1186. Petit, t. III, p. 420, n° 1191. Un hameau y porte également le nom d'hôpital, Nouvel état, v° Louesme.

(9) Pour Til-Châtel. on verra des preuves de ces augmentations dans le Cart. de Saint-Etienne, éd. Valat, n°17, et Petit, Hist. des ducs, t. II, p. 326, n° 465 (exemption de péage et rente à Dijon 1163/1177) ; acquisilions à Spoy, en 1165/1177, Valat, n"" 35; aux Petites Véronnes (1185), Valat, n" 85; dans le bois de Cussey (1193), Valat, n» 101; sur le pâturage de Spoy (1193) ; Valat, n° 105. Voir aussi la transaction de 1196 avec le prieur de Saint-Florent, Valat, n° 113.

(10) Givry fut biûlé pendant la guerre de Bourgogne au douzième siècle, mais la situation ultérieure que reprit cette maison rend certaine cette augmentation d'importance de la maison-Dieu.

(11) Parmi lesquels la maison-Dieu de Saint-Nicolas de Marchant, qui existe au douzième siècle et probablement longtemps avant. Harold de Fontenay, Autun et ses monuments, éd. de Charmasse, p. 318; de Charmasse, Cart. de l'évêché d' Autun, p. 370, ibid., Notice sur les hôpitaux, p. 237 ; Courtépée, t. II, p. 524.

disent les textes, « près et dedans la porte Saint-Pierre » (1). Le succès de Notre-Dame du Marché explique l'hospice Notre-Dame qui, avant le treizième siècle, fut hors la ville comme la paroisse elle-même (2); le quatrième hôpital, celui de la chapelle Saint- Martin, celui qu'allait probablement visiter Aleth de Montbard, la mère de saint Bernard (3), se trouvait assez loin sur le cours du Suzon, au nord.

Dominique le Riche créera, à la fin du douzième siècle, l'hôpital aux Riches ou delà Ghapelotte, près de la porte du Chastel (4), et les ducs, ceux de Saint-Jean de Jérusalem à l'Est et du Saint-Esprit, au delà de la porte d'Ouche. A l'intérieur du castrum, il n'y avait qu'un hôpital, celui qui était élevé dans l'enclos de Saint-Etienne. Gela nous donne cinq hôpitaux pour la fin du onzième siècle, huit au début du treizième. L'on a commencé avec un hôpital par abbaye, puis peu à peu l'on en est arrivé à un hôpital par porte de ville, hôpital qui devint un jour hôpital de paroisse (5).

Auxerre comptait aussi quantité d'hôpitaux : le vieil hôpital de l'évèque, l'hôpital de l'église, de la cathédrale, l'hôpital des frères, l'hôpital Saint-Eusèbe, l'hôpital Saint- Père, l'hôpital Saint-Germain, 1 hôpital Saint- Vigile, l'hôpital Sainte-Catherine aux Aulx, sans compter l'hôpital Saint-Antoine et les hôpitaux de pèlerins de Saint-Michel et de Saint-Jacques (6). Langres est également pourvue ; un hospice accueillant s'élève devant Saint-Amatre, qui devint plus tard Saint- Viammés Celte ville est entourée à une assez grande distance de tout un anneau d'hospices (7). Souvent, ces hôpitaux sont établis pour les pèlerius qui viennent visiter le sanctuaire vénéré, à la porte de celui-ci : c'est le cas des hospices d'abbayes dont nous avons parlé. A Marloux, le célèbre hôpital de Mello semble devoir aussi son origine à un pèlerinage à la Vierge du lieu (8); la dévotion à saint Lazare explique peut-être le premier hôpital de Semur(9). Si les ducs installent dans leur logis de Fontenay trois salles hospitalières, c'est pour recevoir les teigneux qui viennent à la fontaine miraculeuse de l'endroit (10). Les hôpitaux de Mont-

(1) D'Arbaumont, Notice hist. sur la chapelle et l'hôpital aux Riches, p. 5.

(2) Fyot, Hist. de l'église Sainl-Etienne, p. .97 et suiv. ; Courtépée, t. II, p. 105.

(3) Son occupation est de « circuire domos, exquirere pauperes, inlirmos et egenos ». Migne, Patr. lat,, t. GLXXXV, quarta vita, § 5; Lallemand, t. III, p. 314.

(4) D'Arbaumont, Notice, p. 2 et 5.

(5) C'est ainsi que Saint-Etienne défend à ses p-'roissiens d'aller à l'hôpital de la Chapelotte.

(6) Champeaux, Les cimetières et les marchés du vieux Dijon, p. 63; Bouvier, Bul. de l'Yonne, 1901, p. 31 et suiv.

(7) Hospice de la Marnotte (1175-1180), de Beauchemin (avant 1200), de Suxy (1141), de Tronchoy, de Grosse-Sauve. Voir la liste des hôpitaux énurnérés dans un testament de 1275. Cart. de l'évêché de Langres, Bibl. nat., n° 5188. f 56 v° et copie d'Arbigny à Langres, p. 109.

(8) Sur lui, Cart. de l'évêché de Chalon, Bibl. nat., n» 17089, p. 3-34 ; Courtépée, t. III, p. 386 ; Cari. de Saint-Vincent de Chalon, Bibl. nat., n" 1709i», p. 33 et p. 213, doc. de 1224; p. 80, 12. i; p. 117 (1258/9). Bugmot, Marloux [maison-Dieu, chapelle et pèlerinage], Mémoires de la Société de Chalon-sur-Saône, t. V, p. 113 et suiv.

(9) Il y a un hôpital en 1181. Massicot, p. 29 ; de Charmasse, Cart. de l'évêché, t. III, p. 382 ; Courtépée t. III, p. 477.

(10) Courtépée, t. III, p. 550. L'hospice prit le nom de Racherie.

bard (1) et de Tonnerre (2) sortent aussi de pèlerinages. La dévotion à une fontaine justifie celui d'Arceau au treizième siècle (3) et amènera, encore au dix-septième siècle, la fortune de celui d'Alise-Sainte-Reine.

Quelquefois, quand le lieu de pèlerinage était éloigné, il a fallu le jalonner par un ou plusieurs hôpitaux. L'on croit que c'est pour les pèlerins de Sainte-Reine que 1 hôpital du Val-Suzon (4) fut érigé ; en tout cas, il est certain que, de bonne heure, il appartient, ainsi que Moniréal, à l'hospice du Grand Saint-Bernard de Montjoux.

Les longues routes de Saint-Jacques de Compostelle, le « chemin de saint Jacques », et du mont Saint-Michel sont bordées par des hôpitaux dédiés au patron de ces pèlerinages.

Nous trouvons des hospices de Saint-Michel à Auxerre (5) ; des hospices de Saint- Jacques (6), non seulement à Auxerre (7), mais encore à Chalon (8), à Màcon (9) et nombre d'autres lieux; ils sont spécialement affectés aux pèlerins de Saint-Jacques et l'on peut, avec vraisemblance, présumer que les léproseries de Saint-Jacques de Saulieu (10), la maladière de Saint Jacques de Flavigny (11), et peut-être la chapelle Saint-Jacques 'le Guiseaux (\-), avaient primitivement la même destination, comme il est vraisemblable que la maladière de Saint-Michel à Poutaubert fut d'abord un hospice affecté aux pèlerins qui gagnaient le célèbre sanctuaire. C'est en rétablissant le tracé exact des roules du moyen âge et en particulier du chemin de Saint-Jacques et en examinant remplacement des nombreuses chapelles qui portent en Bourgogne le nom de Saint-Jacques qu'on aurait chance d'arriver à une nomenclature plus complète et plus indicative. Les chapelles de la Madeleine nous conduiraient à Vézelay.

Les chapelles intéressent l'histoire de l'assistance, car les petites hôtelleries sont souvent des chapelles en même temps que des abris. L'on reste longtemps dans les

(1) Courtépée, t. III, p. 506-507.

(2) Voir plus haut, p. 804 .

(3) Deguin, Arceau, chapelle et hôpital, p. 5 et G.

(4) Courtépée, t. II, p. 358, indique que la fondation aurait été faite par les ducs. Il pourrait avoir été créé pour les pèlerins de Sainte-Foy et serait alors un hôpital sur place ; seulement, n'oublions pas qu'il y a entre Saint-Jacques de Compostelle et le sanctuaire de Sainte-Foy des relations étroites de pèlerinage dans le haut moyen âge. Bouillet, Liber miraculorum sanctse fidei, Paris, Picard, 1897, p. ix de l'introduction. Il se pourrait aussi que l'ancien hôpital du Val-Suzon ait été un hôpital de Saint-Jacques à l'origine avant d'être repris par le grand Samt-Bernard ?

(5) L'hôpital Saint-Michel d'Auxerre exista certainement à la fin du treizième siècle. Bouvier, Bulletin de la Soc. de l'Yonne, 1901, p. 36. On trouve un ermitage de Saint-Michel à Aignay-le-Duc.

(6) En 880, l'évèque de Langres, Geilon. fait le pèlerinage de S-iint-Jacques. Mathieu, Evêcjues de Langres, p. 40. Le duc Hugues de Bourgogne, vers 1129. Petit, t. II, p. 7 et 208, preuve n° 242.

(7) Bul de la Soc. des se de l'Yonne, 1908. p. 1 et suiv., et même Bulletin, 1901, p. 37.

(8) Courtépée, t. III, p. 235.

(9) Batault, p. xix. Cet hôpital est établi au Bourg Saveron (burgurn saporosum) ; Arch. comm. de Mâcon, GG. 147 (1266). Voir aussi Milfaut, Usages Maçonnais: Annales de l'Académie de Mdcon, t. XVII, p. 341 et suiv.

(10) De Charmasse. Cart.de l'évêché d'Autun, p. 386, et Courtépée, t. IV, p. 101.

(11) Courtépée, t. III, p. 491 et 498. Il y a aussi des écarts, hameaux qui portent le nom de Saint-Jacques à Buxy-le-Royal, Rigny-sur-Arroux. Nouvel état général des villes de B., Dijon, 1783.

(12) Courtépée, t. 111, p. 309.

chapelles au moyen âge, l'on y mange, l'on y couche, leur nom indique leur destination. A Marcigny-sur-Loire, le refuge des étrangers porte le vocable significatif de Notre-Dame des Aubergeries (1); à Serrigny, ISotre-Dame du Chemin (2); ailleurs, à Précy, celui de Saint-Ausile (.1) ne peut désigner qu'un ancien asile.

Les noms des saints patrons des voyageurs, saint Jérôme (4), saint Nicolas, saint Perégrin ou ceux du pèlerinage où l'on va, saint Jacques, saint Michel, saint Jean de Jérusalem sont aussi les enseignes reconnaissables de beaucoup de ces maisons. Plus tard, dans nombre d'endroits, l'auberge sera supprimée, mais la chapelle restera.

Généralement, on connaît mal les règlements internes de ces petits hospices. En principe ils sont gratuits (5). La maison-Dieu est ad usus pauperum deputata : affectée aux pauvres. Celle de Saint-Germain de Chàlillon-sur-Seine permettait aux passants de séjourner deux jours. A Tonnerre, les pèlerins et les pauvres pourront rester une nuit et on leur donnera cinq sous pour continuer leur route. L'usage conservé au seizième siècle à Châteauneuf, était l'obligation pour le recteur de « recevoir les pauvres étrangers, les loger, sustenter et nourrir le mieux qu'il pourra..., c'est à-dire les recevoir, les coucher une nuit seulement, leur donner à souper et le lendemain matin à déjeuner » (6). La « passade » à Dijon comprend tout ce à quoi le passant a droit ; c'est-Vdire le dîner, le coucher et une pièce de monnaie (7). Les voyageurs et les malades sont soignés d'habitude par des frères et des sœurs et habitent deux quartiers, l'un réservé aux hommes, l'autre aux femmes. Les petites congrégations de Brochon (8) et de Til-Châtel (9) nous donnent un exemple de cette sorte d'organisation. Les hospitaliers et hospitalières portent le nom de frères et sœurs même quand ils ne forment pas de congrégation.

Il y a, à Rrochon, au treizième siècle, dix hospitaliers et vingt hospitalières (10) dirigés par un recteur; à Til-Châtel, à la fin du treizième siècle, nous trouvons un recteur, deux prêtres, trois frères convers et sept hospitalières. La règle suivie est celle de Saint-Augustin (11).

(1) Courtépée, t. III, p. 127.

(2) Courtépée, t. II, p. 354.

(3) Maladièrea vec chapelle de Sainte-Ausile, à Précy-sous-Thil. Courtépée, t. IV, p. 139.

(4) A Cuiseaux, Courtépée, t III, p. 308; sur la chapelle de Jailly, ibid., t. III, p. 5G9.

(5) 11 ne faut pas oublier que l'hospitalité est un droit pour le passant dans la mesure où on peut le recevoir. Le droit de gite exercé par les seigneurs et si lourd pour les monastères se nomme toujours hospita- Utas. Cart. de Saint-Etienne, fasc. 1, éd. Courtois, n° 78.

(6) Arch. Côte-d'Or, H. 117, liasse 1253 bis (1566).

(7) Voir le règlement de 1557. Sur le droit du lépreux passant à Màcon au seizième siècle. Arch. contm. de Màcon, GG. 189. Arch. mun., E 5.

(8) Cart. de Saint-Etienne, donne de 1189, éd. Vallat, n° 99 ; Cf. n° 114 (1197) et 117 (1199).

(9) Cart. de Saint-Etienne, éd. Valat, n° 117 (1163/1177).

(10) L'autorisation de ce nombre vingt ne fut donné qu'au treizième siècle, en 1244. Cart. de Saint-Etienne , éd. Ridard, p. 96, n° 85. Arch. Côte-d'Or, H. 117, liasse 1253 bis.

(11) Cette règle est une simple lettre indiquant à des religieuses un certain nombre de pratiques à suivre. Migne, Pat. lat., t. XXXIII, col. 960, lettre ccxi.

Il en est de même pour l'hospice Notre-Dame de Dijon; l'administration était confiée à un recteur, des religieux de Saint-Etienne vivant en commun et des sœurs converses (1). A la Chapelolte(2), il y a aussi des frères et des sœurs. De même à Morment.

Là où l'hospice est trop petit, il suffira d'un reclus ou d'une recluse (3), ou même d'un ménage, comme c'est encore le cas à Autun en 13"<3, pour l'hôpital du Saint- Esprit (4). Les créations du moyen âge ne sont pas uniformes, elles sont variées et capricieuses comme la vie sociale d'alors qu'elles traduisent fidèlement dans leur exubérance.

C'est le recteur qui s'occupe de la réception des étrangers et des secours qu'il doit leur accorder (5) et qui a la surveillance des frères et sœurs et la police de l'intérieur de l'hôpital. Il est parfois inspecté lui-même par les habitants. A Dijon, deux paroissiens de Saint-J^an sont chargés de ce soin pour la chapelle aux Riches. Les recteurs sont nommés par l'évèque, le chapitre de l'église, l'abbé (6), le patron, les municipalités ou leurs frères, suivant les cas. Les contestations sur ces nominations amèneront de nombreux procès au treizième siècle.

Quant aux ressources, elles sont fournies parla charité publique et par des rentes. Neuf étaux sont affectés par Dominique le Riche a fournir la toile pour ensevelir les pauvres (7); les revenus d'une maison près de la Portelle sont destinés au luminaire (8). Une chapelle hospitalière aura des prés, des vignes, quelquefois un moulin, une part de bois, des étangs, des maisons, des dîmes, biens de nature diverse que nous retrouverons plus tard dans le patrimoine des grands hôpitaux.

A côté de ces petites congrégations, le besoin de subvenir à des maisons dispendieuses et éloignées en introduisit de plus considérables. La première, qui date du onzième siècle, fut créée par Urbain II, pour combattre le feu Saint-Antoine ou feu sacré, ou mal des ardents, qui désolait alors la chrétienté. Le chef lieu de l'onlre fut institué à Vienne, le corps du saint dont l'ordre portait le nom se trouvant dans cette ville.

(1) Dans un titre de 1248, on parle d'une défunte Elisabeth « quondam conversa dicti hnspitali ». Courtépée t. II, p. 109.

(2) « Poterit abbas pluies conversos et conversas in eadem domo habere ». Charte de 1 189 ; d'Arbaumont, p. 10Ï et 106 ; Courtépée, t. IV, p. 274.

(3) C'est le nom qoe les hospitaliers portent dans le Lyonnais. Guigne, Les voies antiques du Lyonnais déterminées par les hôpitaux du moyen âge, in-8°, Lyon, 1877, p. 12. Cité par Lallemand, t. III, p 103. L'hôp tal S.iint-Jaeques d'-Vnx-rre semble avoir appartenu à une confrérie placée sous le patronage de saint Jacques et qui l'avait fondé. Bouvier, 1901, p. 136. A Sens il y a des frères et sœurs qui peuvent quitter la congrégation pour rentrer dans le siècle et se marier. Léon le Grand, Rev. des quest. hist., 1896, p. 123.

(4) De Charmasse, Notice sur les hôp. d' Autun, p. 217.

(5) « Ch'-isti ptupeies et miserabdes pertonas ad dictum hospitale affluentes misericorditer recipiet et eisdem de bonis ip*ius hospitalis cantative distribuet et ministrabit juxta et secundum vires et facultates dicti hospifali. » De Charmasse, loc, cit., p. 200.

(6) Gest le cas de la chapelle aux Riches. D'Arbaumont, p. 16.

(7) « Novein quoque stallos in foro Divionensi... ad telam sepeliendis pauperibus operandam deputatas. »

(8) « Reditus ex eadem domo provenientes ad luminare pauperum deputatos ». Extrait, ainsi que la note précédente, de la charte de 1189. D'Arbaumont, Notice, p. 105, Preuves n° 4.

Pour soigner les malades atteints de celte maladie contagieuse, les Antonins ont des installations spéciales; ils y recevront aussi les autres malades et les passants (1). En Bourgogne ils furent connus de bonne heure : il existait à Tonnerre un hôpital Saint- Antoine dans le faubourg Bourberault; il remontait au onzième siècle (2). Auxerre possède également, dès le douzième siècle, un hôpital de Saint-Antoine le Viennois (tf) et peut-être, dans d'autres villes, se trouvent-ils déjà dans des maisons que les documents ne nous révéleront qu'au treizième siècle.

D'ailleurs saint Antoine est populaire et de petits hospices peuvent porter son nom sans être affiliés aux religieux de Vienne ; c'est probablement de semblables hôpitaux que rappellent les chapelles Saint-Antoine de Crevan, de Maligny et de Saint-Jeande-Losne (4). L'ordre des Antonins de Vienne prendra en Bourgogne une plus grande importance dans le courant du treizième siècle.

Les relations commerciales avec l'Italie, et surtout les croisades, assurèrent le succès bourguignon d'une autre congrégation dont les statuts devaient être copiés dans nombre de maisons-Dieu de Fiance, je veux parler des hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem (5). Etablis en vue de venir au secours des pèlerins pauvres et de soigner les malades, ils comprenaient, outre la catégorie des chevaliers nobles, piofès, « serviteurs de messieurs les pauvres malades el consacrés à la défense de l'Eglise catholique », des conlrères ou donats qui ne prononçaient point de vœux, des frères servants, spécialement attachés au service de l'hôpital, enfin des sœurs hospitalières qui, sans lui appartenir en propre, relevaient néanmoins de l'ordre de Saint-Jean.

Non contents d'exercer leur ministère en terre sainte, ils voulurent faciliter aux occidentaux les moyens de se rendre en Palestine el établir en Europe des sortes de succursales qui hébergeaient les fidèles se rendant à Jérusalem et se chargeaient de leur procurer navires, escorte et même argent. Bref une sorte d'agence Cook de piété se trouvail de la sorte installée à Jérusalem avec des succursales en Europe. Ces

(1) Martin d'Oisy, Dictionnaire d'économie charitable, t. III, col. 1163 et suiv. ; Pelit, Hist. des ducs de Bourg., t. I. p '230. Une bibliographie plus complète dans Lallemand, tome IV (1" partie), p. 32, note 1.

(2) Bouvier, Bulletin... de l'Yonne, 1901. p. 314.

(3) Bulletin... de l'Yonne, 1901, p. 36 ; 1909, p. 1 et suiv.

(4) Crrartépée, t. IV, p. 349 et 74. Pour Saint-Jean-de-Losne, Petit, IX, p. 468, n° 9593 et p. 477, n° 9670.

(5) Flandin, Hist. des chevaliers de Rhodes, Tours, 1867 ; Martin d'Oisy, Dictionnaire d' économie charitable, t. III, col 1455 et suiv. ; Léon le Grand, les Maisons-Dieu, Rev. des qnest. hist., 1896, p. 102 et suiv. ; Héntte, Essai sur l'ordre des hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem ù Malte au dix-huitième siècle, Paris, Catin. L hôpital Saint-Jean-d'Amalfi fut fondé en 1048; il reçoit des dons de Godefroy de Bouillon en 1099. Enfin son directeur Gérard fonde l'ordre de Saint-Jean-Baptiste ou Saint-Jean de Jérusalem ; il est confirmé en 1118, par le pape, indique une autre version de l'origine de l'ordre, p. 14. Les statuts de l'hôpital Saint Jean sont reproduits par Léon le Grand op. cit., p. 7, et par Migne, Patrol. latine, t. CCXVII, col. 1138-1156. Ces statuts passeront dans les statuts du Saint-Esprit de Montpellier. Léon le Grand, Les Maisons- Dieu, p. 105 et note 2.

Les magnifiques prières que les hospitaliers font réciter à leurs malades considérés comme des représentants de Dieu sont reproduites par Lallemand, t. III, p. 196.

succursales furent l'origine des commanderies. On en connaît en Bourgogne dès la fin du douzième siècle.

En reconnaissance des services que lui avaient rendus les hospitaliers lors de son voyage en terre sainte, le duc de Bourgogne Hugues III établit une maison dite hôpilal Saint-Jean, en 1190, au faubourg Saint-Pierre, hors de l'enceinte du castrum(\). Ils avaient, également au douzième siècle, un établissement à Paris-l'Ilôpital (2), d'autres près de Langres (3), et à Beaune (4). En général, on trouve dans toutes leurs commanderies un hospice pour les étrangers (5) et c'est ce qui explique que la langue populaire ait facilement conservé à leurs établissements le nom d'hôpital, même quand l'ordre eut cessé d'être hospitalier. A la fin du douzième siècle et dans le courant du treizième, nous pouvons donc considérer comme des hospices tous les lieux où l'établissement d'une commanderie de Saint-Jean nous est prouvé.

Le soin des hôpitaux rentre aussi dans les attributions de l'ordre surtout militaire des Templiers, fondé, croit-on, en 11 18, par des gentilshommes de la Champagne (6). L'aumône est une des préoccupations de leurs règles. Aux pauvres l'on doit donner le pain rompu et non achevé pendant les repas; les vieilles robes des frères appartenaient de droit aux lépreux. La ration de viande de deux chevaliers est calculée dans la distribution des vivres de manière à ce qu'il y eut de quoi nourrir deux pauvres (7). Enfin, ce qui nous montre bien le caractère hospitalier de l'ordre dans sa première ferveur, c'est la création ou la reprise par eux d'un certain nombre de maisons-Dieu. C'est ainsi qu'en Bourgogne ils tiennent la célèbre maison-Dieu de Morment, créée par les sires de Broyés, avant 1121 (8). Ils promettent encore, en 1225, d'y pratiquer l'hospitalité comme autrefois (9). Au douzième siècle, ils ont également un hospice de passants à Avosne (10). Au début du treizième siècle, en 1210, ils reprendront la maison-Dieu de Sombernon (11).

(1) Courtépée. t. II, p. 117. Elle était entre le jet d'eau actuel de la place du Peuple et la rue d'Auxonne. Voir aussi Mathieu, p. 77. Lory, Mém. de la Coin. Antiq. Côte-d'Or, t. IX, p. 275.

(2) Courtépée, t. II, p. 320.

(3) A la Marnotte, près de Langres, à Esnouveaux et à Reynel, les hospitaliers ont un hôpital de frères et un hôpilal de sœurs. Mathieu, Evoques de Langres, p. 77.

(4) On parle de la domus hospitalis Bcati Joannis apttd Belnam en 1217. Cart. de Citeaux, t. III, p. 168; Petit, t. III, p. 469, n° 1403.

(5) Mais leur seul grand hôpital en France, d'après Martin d'Oisy, est celui de Toulouse.

(6) Petit, Hist. des ducs, t. II, p. 5 ; Maillard de Chambure, Règle et statuts secrets des Templiers, 1840, p. 171 et 172. Je lui emprunte quelques phrases.

(7) « Les escueles de char de II frères deivent estre teles que de ce qui remaindra devant les II frères se puissent soutenir provres. » Maillard de Chambure, Règle du temple, § lxviii, p. 283.

(8) Petit, Hist. des ducs de Bourg., t. II, p. 9 ; en 1 167, nous voyons une ratification de donation « Domui Dei de Monnento ». Petit, t. II, p. 320, n° 455; adde, n" 604 (1177). D'autres donations sont faites en 1184. Arch. Côte-d'Or, H. 1175; Petit, t. III, n» 1433.

(.)) En 1225, ils promettent « quod debitam et consuetam hospitalitatem ibidem servabimus ». Cart. de l'évêché de Langres (copie d'Arbigny, p. 387).

(10) Avant 1199. Courtépée, t. III, p. 558.

(11) En 1210. Arch. Côte-d'Or, H. 1224. Chiffiet, Sancti Bernard i genus illustre, p. 467; Petit, t. III. n° 1238. Le nom de commanderie du temple de Saint-Jacques, que porte leur maison à Beaune, Arch. Côte-d'Or, H. 1216; Petit, t. V, p. 315, n°3753, peut faire croire qu'ils ont repris un ancien hospice Saint-Jacques.

La rivalité qui exista de bonne heure entre eux et les hospitaliers fait comprendre qu'ils n'aient point délaissé le soin des hospices. Et, en fait en de nombreux endroits, la tradition leur attribue des élablisserrents de celle nature. Par exemple, à Gémeaux (1), à la ferme actuelle de Fontenotte, un peu plus haut (2); a. Bellecroix (3). Des hospices de templiers sont également signalés à Beneuve, à Moneteau, à Maguy-Lambert et à Saint-Bris (4). Sans doule, cette hospitalité des teniplieis »e persévérera pas dans le siècle suivant. Mais, au début du treizième siècle et à la fin du douzième, elle existe, et nous pensons que pour eux comme pour les hospitaliers de Sainl-Jean, un hospice élait la règle pour chaque commanderie (5).

Ces grands ordres religieux subsistent avec les petits ordres locaux, telles les filles- Dieu d'Auxerre, qui ne dépendent d'aucun ordre et soignent les pauvres malades, peut-être à l'origine, les femmes étaient-elles reçues dans leur maison, près des murs de la ville. Au treizième siècle et aux deux siècles suivants, l'on suppose qu'elles devaient s'occuper des malades à l'hôpital de l'abbaye de Saint-Père (6). Des filles-Dieu existent également à Seignelay, du moins au treizième siècle (7). Jamais siècle n'a traité le passant, le pèlerin, le marchand, l'hôte, le compagnon avec la munificence et la prodigalité du douzième siècle. C'est qu'alors le voyageur est bienfaisant, il peuple les villes neuves, s'arrête dans les contrées désertes, établit des hens entre des pays séparés et les manses jusqu'alors isolées. Grâce à lui, un nouveau monde économique et moral commence.

§ 3. — Les maladières des douzième et treizième siècles.

Tous les grands ordres religieux dout nous avons parlé résultent des pèlerinages lointains, des épidémies à combattre, des croisades. Ces dernières expéditions, comme l'on sait, entraînèrent des conséquences très importantes au point de vue qui nous occupe. Il fallut, quand on essaya de mettre un peu d'organisation dans ces entreprises, au début si peu préparées, créer des gîtes d'étapes, faciliter la route aux soldats pèlerins. Les hospices anciens furent utilisés; l'on en créa même quelques nouveaux :

(1) Huguenin, Un village bourguignon, Gémeaux, 1893, p. 161, 167, pense qu'an contraire, les Templiers n'avaient pas d'établissement dans ce village; mais il indique lui-même que la tradition rapporte qu'une maison appartenait aux Templiers en cet endroit (la maison Boncour) ; et d'ailleurs un climat appartenant aux Templiers dans ce village porte le nom de « Maison-Dieu ».

(2) Courtépée, t. IV, p. "246. Elle était sur le territoire de l'évéque de Langres. L'un de ces deux hôpitaux était il un hôpital de nobles ou de riches?

(3) Courtépée, t. III, p. 358

(4) Courtépée, t. IV, p. 246 Dans un endroit très passant. Courtépée, t. IV, p. 397, 165, 275, 368.

(5) On trouvera des énumérations plus complètes dms Lavirotte, Mémoire statistique sur les établissements des templiers et des hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem en Bourgogne, Paris, 1853, in-8°, et dans de Charmasse, Etat des possessions des templiers et des hospitaliers en Maçonnais : Mém. de la Soc. Ed , t. VII. p. 106 et suiv.

(6) Bouvier, Bulletin... de l'Yonne, 1901, p. 37.

(7) En 1269. Quantin, Suppl. au Cart. de l'Yonne, n° 647 ; Bouvier, Bulletin, op. cit., p. 44.

à Nuits, par exemple, un hospice fut établi pour les pèlerins de la dernière croisade (1). Quand les croisés revinrent, il fallut pouvoir abriter les soldats blessés, infirmes, ruinés; les hospices servirent encore. Les idées de classes sociales se solidifiant de plus en plus, l'on distingua les hospices de pauvres et les hospices de nobles : ils se rattachent naturellement à la distinction des hôpitaux de pauvres et de riches que l'on rencontre au neuvième siècle.

Nous connaissons également de ces maisons de nobles à Nevers et à Soissons, deux villes en relation avec la Bourgogne (2). C'est un hospice de nobles que le duc établit à Mplaize.

Il fallut aussi loger les terribles malades dont on craignait tant l'approche néfaste; l'on distingua donc des maisons-Dieu ordinaires les maisons de lépreux, les maladières. C'est de ces dernières qu'il nous faut maintenant parler.

La lèpre ne date pas des croisades, comme l'ont cru certains auteurs; elle a existé, a-t-on pu dire, « dès l'origine du monde » (3). Le témoignage des chroniques et des vies de saints nous la montrent en Gaule de bonne heure, dès le quatrième siècle (4). Mais tant que la vie resta rurale, sédentaire, cloisonnée dans des manses isolées dans la campagne, l'on ne s'en occupa guère. Avec les transformations des onzième et douzième siècles, les réunions plus fréquentes de marchés, l'augmentation de la plèbe des villes et la reprise des relations commerciales, il en fut autrement. Enfin les grands mouvements de population qu'amenèrent les grandes foires, les croisades, le contact avec les nations orientales et les perturbations morales et sociales qui en résullèrent, contribuèrent à répandre largement le fléau (5).

L'épouvantable maladie qui faisait pourrir tout vivant le malade (6), menaçait de s'étendre partout si l'on ne prenait des mesures appropriées. Ces mesures furent sévères : l'Eglise ordonna la séquestration absolue du lépreux telle qu'elle était réglée dans les livres de Moïse (7), et le concile de Latran de 1179 (8) prescrivit que toutes les maladières fussent pourvues d'une chapelle et d'un cimetière. La difficulté d'appliquer les canons du concile de Latran était de trouver des établissements en nombre suffisant; l'on résolut d'utiliser à cet effet un grand nombre de ces petites

(1) Courtépée, t. II, p. 367.

(2) Ducange, Dict., v° liospitalis. L'abbaye de Saint-Pierre de Baulmes dans le comté fut un hôpital de noblesse. Dans Calmelet, p. 63.

(3) Lallemand, t. III, p. 232-233 ; Joseph Garnier, Notice fiist. sur la maladière de Dijon, Paris, 1850, p. 6 et suiv.

(4) Sitnplice, évèque d'Autun, et Amatre, évoque d'Auxerre (38G à 418), guérirent des lépreux à Autun. Lebeuf, t. I, p. 23.

(5) « Bientôt les villes et même la plupart des villages s'en virent infestés ». J. Garnier, Notice hist. sur la maladière, p. 7.

(6) Voir la description qu'en fait J. Garnier, p. 7 et 8.

(7) Lévitique, ch. xm, xiv.

(S) Labbe, t. X, col. 1520 ; Garnier, p. 9.

chapelles hospitalières, de ces minuscules hospices et hôtelleries de chemins que le onzième siècle et les débuts du douzième avaient installés un peu partout (1). On obtenait de la sorte l'avantage d'isoler les hôpitaux des lieux habités et de ne pas réunir au même endroit un trop grand nombre de malades. En même temps ce procédé permettait de maintenir le malade près du saint qui pouvait le guérir.

Dans certains lieux, l'on occupa des ermitages : à Auxonne, l'ermitage de Saint- Remi devint une maladière {il); il en fut de même de l'ermitage de Saint-Biaise, à Moloy(3). Toutes ces utilisations de vieux hospices pour en faire des maladières nous sont prouvées non seulement par les attestations qui nous ont été laissées à ce sujet (4), mais aussi par l'inspection de la situation topographique de beaucoup de ces maladières de villages plantées le long des grandes routes, en particulier des voies romaines ou aux portes des villes c'est-à-dire en des lieux plus propices à l'établissement d'hôtelleries qu à celui de maladières.

Néanmoins, il y eut aussi de nombreuses constructions nouvelles, les seigneurs, les habitants, quand ils ne pouvaient utiliser une hôtellerie, n'hésitaient pas à créer une maladière de toutes pièces. C'est ce que firent, si l'on en croit les traditions, les seigneurs de Larrey, au douzième siècle, pour Chàtillon-sur-Seiue (5), et ceux de Lamarche-sur-Saône (6). Eudes 111 créa la léproserie de Beaune.

Ailleurs, ce furent les habitants qui s'unirent pour ces fondations. La maladière de Fiélinx (Viévigne) semble avoir été établie par les habitants de Bourberain, Viévigne et Chevigny (7). Celle d'Anniot, par les paroissiens d'Anneot et ceux d'Annay, à la fin du douzième siècle (8). Les léproseries Saint-Siméon et Sainte-Marguerite, d'Auxerre, doivent aussi leur fondation aux chantés et offrandes des habitants (9).

Souvent le grand nombre des auberges pieuses préexistantes permit de faire subsister dans le même endroit une léproserie et un hôpital (10).

Toutes ces créations de maladières se font dans le courant du douzième siècle et les débuts du treizième. Pour la presque lotalité d'entre elles, nous ignorons l'époque exacte de leur fondation, ce qui se comprend si l'on songe que, dans beaucoup de cas, il y eut simple utilisation de constructions préexistantes. Mais nous pouvons indirecte-

(!) Les maladières de Saint-Jacques de Chalon, de Saulieu, de Flavigny sont d'anciens hospices Saint- Jacques.

(2) Courtépée, t. II, p. 4i2.

(3) Ibid., t. IV, p. 165.

(4) Voir la note 5. Le nom du saint de la chapelle indique souvent que l'établissement n'était pas à l'origine destiné aux lépreux.

(5) Courtépée, t. IV, p. 727.

(6) Ibid., t. II, p. 435.

(7) Ibid., t. IV, p. 727. Sur le territoire de Bèze.

(8) Ibid., t. IV, p. 2 ; Quantin, Réptrt. archéologique, col. 82.

(9) Bouvier, Bulletin... de l'Yonne, 1901, p. 8.

(10; Dans toutes les grandes villes et même dans les communes de moindre importance, à Vergy, Fleurey, etc.

ment présumer cette date en suivant le développement de plus en plus grand que prend en Bourgogne, dès la fin du dixième siècle, le culte des reliques du samt qui favorise le plus la guérison de la lèpre (1), je veux parler de saint Lazare. Ces reliques sont apportées à Autun dans le courant du dixième siècle (2), mais ce n'est qu'au douzième siècle, à partir de leur translation, en 1146 (3), que les pèlerinages autunois se multiplient et deviennent des événements. Les lépreux, auxquels leur dévotion à saint Lazare avait fail donner le nom de ladres (4), venaient en telle foule à Autun pour obtenir leur guérison, qu'en 1178 le chapitre de cette vdie fut obligé de faire construire, à leur intention, un vaste porcbe pour les abriter et éviter leur mélange avec les fidèles (5).

A la même époque, la possession d'une relique de saint Lazare assure à l'église d'Avadon d'immenses trésors (6). La chapelle Saint-Lazare, de Semur, acquiert aussi une grande renommée. Saint Lazare ne peut avoir un tel succès que parce que le mal est très répandu : à Tonnerre, les lépreux sont si nombreux, en 1147, qu'ils font bâtir une église (7).

Une preuve plus décisive encore de la multitude de lépreux existant alors en Bourgogne nous est fournie par la nomenclature des maladières et léproseries des onzième et douzième siècles. Nous en connaissons encore plus de cent rien que pour le duché de Bourgogne. Nous les trouvons installées souvent autour des villes comme les anciens petits hospices. A Dijon, sur le chemin de France, hors la porte Guillaume, nous avons le Bourg Méseaul, et au faubourg Saint-Pierre, les Argillières (S). A l'autre extrémité, aux Moulins Bernard, il s'en trouve également une; de même en l'île, au faubourg d'Ouche. Enfin, à l'autre extrémité, « au delà du faubourg Saint-Nicolas, entre la voie romaine et le prolongement de la rue Sainte-Catherine qui rejoignait cette voie dans la direction de Ruffey (9) », se présente la maiadière principale, celle qui absorbera les autres et dont M. J. Garnier a écrit l'histoire. Elle devint ia véritable clomus leprosorum divionensium (10). Tout cela donne cinq ou

(1) On voit le récit de la guérison d'Ursus, archidiacre de Reims, dans le Liber mi^aculorum sancli Lazari, cité par M. de Charmasse, Précis hist., p. cliii, note 1. L'abbé Devoucoux, Du culte de saint Lazare à Autun, Mém. de la Société Eduenne, t. IV, p. 240 à 391.

(2) De Charmasse, p. cxxxvi, cxxxvn.

(3) De Charmasse, p. cxlih et suiv.

(4) Lallemand, t. III, p 244-24S.

(5) Cart. de l'église d' Autun, p. 110.

(6) Ernest Petit, ^vallon et l'Avallonnais, p. 139.

(7) Buavier, Bulletin, de l'Yonne, 1901, p. 312.

(8) Garnier, Notice sur la maladière, p. 9, note 1, et surtout Vallot, Mém. de l'Académie des science*, arts et belles-lettres de Dijon, 1825, p. 50. Il cite encore celle de l'Etang-L'abbé ou de Saint-Bénigne.

(9) Garnier, Notice, p. 11.

(10) Cart. de Saint-Etienne, doc. de 1183; Valat, n° 82; Arch. dép. de la Côte-d'Or, G. 380.

six maladières (1), et encore nous négligeons les abris particuliers que les monastères et les hôpitaux pouvaient mettre à la disposition de certains lépreux (2). Dans les environs immédiats de Dijon, nous apercevons une maladière à Talant (3), une à Plombières (4) et une à Quetigny (5).

Si, maintenant, nous suivons la route de Langres, nous rencontrons des maladières à Gémeaux (6) et Marsannay-le-Bois (7), à Til-Châtel (8), à Orville (9) et, un peu sur le côté, à [s-sur -Tille (10) et à Selongey (II). Enfin, à Langres, où se trouve la maladière de Saint-Gilles (12). La route de Bèzeest marquée par celle de Viévigne (13). Au nord-est, à l'extrémité du duché, la maladière de Beaumont-sur-Vingeanne s'offre à nous (14). Si l'on va de Dijon à Dole, l'on rencontre les deux léproseries d'Auxonne (15); entre cette ville et Pontailler, nous avons celles de Lamarche-sur- Saône (16), Esbarres (17), Maison-Dieu (18), qui se dressent à peu de distance de Saint- Jean-de-Losne ; un peu plus loin Chaussin, au delà du Doubs (19). De Dijon à Chalon, par la voie romaine, l'étape est marquée par la maladière d'Argilly (20). Le long de la côte, il y en a beaucoup : l'on en rencontre aux baraques de Gevrey et de Fixey (21); à Nuits, sur le grand chemin de Beaune (22), à Premeaux (23), k

(1) Cette existence de cinq léproseries à Dijon n'a rien de bien surprenant. A Auxerre, il y en a trois : la léproserie Saint-Siméon pour les hommes, Sainte-Marguerite pour les femmes (Bouvier, Bulletin... de l'Yonne, 1901, p. 28), et aussi celle de Saint-Roch, que n'indique pas l'abbé Bouvier, puisque le climat sur lequel se trouve cet hôpital porte le nom de maladière : Dumay, Recherches sur les noms de climat du finage d'Auxerre. Bulletin de l'Yonne, 1990, p. 173.

(2) Il est difficile de croire que la femme de Guy Cornelly, chevalier, dont la dot est cédée à Saint- Bénigne en 1130, sous la condition d'entretenir la malade ainsi que ses deux enfants, ait été mise dans une léproserie commune. Garnier, Notice, p. 9 et 10, raconte son histoire.

(3) Garnier, Notice, p. '26, note.

(4) Courtépée, t. II, p. 232, « prope Lepsoriam » (1282).

(5) Cart. de Saint-Etienne de Dijon, édit. Riandey, n° 40.

(6) Huguenin, Un village sous l'anc. rég., Gémeaux, p. 166; Courtépée, t. H, p. 198.

(7) Pour Marsannay-le-Bois, le nom de baraques, conservé à un climat près de la voie romaine, prouve l'existence d'une léproserie.

(8) Elle n'était pas dans le duché. Courtépée, t. IV, p. 375 ; Voillery, p. 143, 144.

(9) Sur la voie romaine. Courtépée, t. II, p. 228.

(10) Courtépée, t. IV, p. 739.

(11) Courtépée, t. II, p. 250

(12) Mathieu, Evêques de Langres, p. 64. Sur la voie romaine de Mirebeau à Langres, en dehors du duché, nous trouvons Sacquenay. Cart. de l'évèché de Langres, Bibl. nat., man. n° 5188. Courtépée, t. IV, p. 739.

(13) Voir p. 813. note 1.

(14) Bibl. mun. de Dijon, man. A. F. 4562.

(15) Il y a deux maladières : celle d'Auxonne et celle de l'ermitage de Saint-Remi. Courtépée, t. II, p. 412.

(16) Courtépée, t. II, p. 435.

(17) Ibid., t. II, p. 465.

(18) Ibid., t. III, p. 468.

(19) Ibid , t. II, p. 475.

(20) Ibid., t. II, p. 366. Elle esta Azeroles, près d'Argilly.

(21) Ibid ,t. II, p. 201. Pour Fixey, il n'y a d'autre indice que le nom des baraques; citons aussi pour Gilly-lez-Citeaux. Arch. dép. Côte-d'Or, H. 117, 1253 bis.

(22) Dons en 1270. Courtépée, t. II, p. 366.

(23) Ibid., t. II, p. 366.

Serrigny (1), sans parler de celles de Vergy (2), de Meuilley (3), de Bouilland (4), de Chàteauneuf (5), de Créancey (6) et Pouilly (7), sur la route de Nuits à Pouilly.

Nous arrivons à Beaune, la maladière Borgeot ou léproserie Bériat y est établie sur le chemin de Dijon (8). Toujours le long de la Côte, en descendant vers Chalon, s'échelonnent celles de Meursault (9), Corpeaux (10), Chagny, dont la léproserie est juchée sur les ponts (11), et dans les euvirons, celles de Remigny (12), de Rully (13) et d'Alost (14), celle de Givry (15), installée dans l'ancienne maison-Dieu de Charlemagne; enfin celles de Marloux (16) et Jambles (17), non loin. Enfin nous gagnons Chalon, la ville du grand établissement de Saint-Jean de Maizel (18) et de la maladière de Saint-Jacques.

Si nous avions suivi la Saône, après Saint-Jean-de-Losne nous aurions rencontré celles de Seurre (19) et de Verdun-sur-le-Doubs (20) et Saint-Gervais-en-Vallière, entre Verdun et Beaune (2l), enfin celle de Chaussin (22).

Si, au contraire, nous descendons au delà de Chalon, voici, le long de la côte, celles de Mont-Saint-Vincent (23), Buxy(24>, Saint-Gengoux (25), Santilly (26), Cluny, Mâcon,

(1) Dons en 1270. Courtépée, t. II, p. 354.

(2) Ibid., t II, p. 395, 403. Elle reçoit des dons en 1270.

(3) Ibid , t. Il, p. 366.

(4) Ibid., t. II, p. 312.

(5) Courtépée, IV, 40, indique un ermitage qui devint chapelle de pestiférés et qui nous semble une maladière.

(6) Ibid., t. IV, p. 63.

(7) Ibid., t. IV, p. 45.

(8) Dom Plancher, t. II, p. 116; Gandelot, p. 70 ; Courtépée, t. II, p. 297.

(9) Courtépée, t II, p 330.

(10) Cartul. de Chassagne, Arch. dép. Côte-d'Or, E. 433, f" 39 v° : « Antiquam leproseriamde Cropellis ».

(11) Courtéoée, t. III, p. 327.

(12) Courtépée, t III, p. 392.

(13) Rully. Cart. de Saint-Vincent ; Courtépée, t. III, p. 394.

(14) Courtépée, t. III. p 356.

(15) Le Cart. de l'évêché de Chalon, Bibl. nat., n° 17089, p. 194 ; Cart. de Saint-Vincent de Chalon, p. 33, ne parlent que de la « domus Dei », mais Batault, p. (il, nous apprend qu'il y eut aussi une léproserie. Givry fut brûlé en 1 1 S7 par le sire de Vergy ; Petit, t. III, n° 763, p. 272.

(16) Batault, Notice sur les hôpitaux de Chalon, p 7.

(17) « Veterem leproseriam ». Cart. de Saint-Vincent de Chalon. Bibl. nat. n° 17090 latin, p. 46, 152.

(18) C'est la « camélia leproso'um ». Cart. de l'évêché de Chalon, p. 117, 158, 174. 179, 236, 255. Petit, t. IV, p. 412, n° 5039. Il y a aussi la leproseria sancti Martini de campis prope Cabilonem, Cart. de l'évêché de Chalon, p 113, 114, celle de Ferreria, probablement près de Saint-Laurent, Bibl. nat., 17090 latin, p 144 et 265 ; Petit, t. IV, p. 450, n° 2923.

(19) Courtépée, t III, p. 228, 235. La maladière de Saint-Jacques est au faubourg Saint-Alexandre.

(20) Ibid., t III, p. 280.

(21) Ibid., t III, p. 398.

(22) Ibid., t. II, p. 475.

(23) Ibid., t. III, p. ',7.

(24) Ibid, t. III, p. 322.

(25) C'est la léproserie de Plantegayte « prope sanctum Jangulphum ». Cart. de Saint-Vincent de Chalon, p. 255, et Petit, t. VI, p. 381, n° 5039.

(26) Bibl. mun. de Dijon, A. F., man. 4562, V maladreries .

Bourg; puis Charolles, dans le Cliarolais (I), IJourbon-Lancy (°2), et les nombreux établissements de la Bresse chalonnaise (3).

Et encore n'aurions-nous pas vu la contrée où se trouve le plus grand nombre de léproseries 11 y en a tout autant autour du duché. Entre Beaune, Chagny et Àulun, il y a des maladières à Paris-l'Hôpital (4) et Auxy (5) sur la voie romaine, à Nolay (6), Aubijny-la-Ronce(7)etMaligny (8). A Autun, la léproserie de Fleury et celle de Saint-Laurent sont installées (9). Plus bas, celle d'Issy-l'Evêque (10), au-dessus, celle de Lucenayl'Evêque(l 1). La zone qui se trouve entre Pouilly, Saulieu, A vallon, Montbard, Flavigny et Sombernon,estliltéralementcribléedemaladières(lu2).LeCbâtdlonnais(l3),leBaiois(14),

(1) Ibid., t. III, p. 1G. Il y a également des léproseries dans le Brionnais à Esserbonnes, Semur-en-Biionnais, Oyé, Amanzé, Marcigny-les-Nonains. Conrtépée, t. III, p. 101, 87, 105, 83, 128.

(2) Bourbon-Lancy. De Charmasse, Cart. de l'évêché d' Autun, p. 376; Courtépée, t. III, p. 177; Issyl'Evèque et Luzy.

(3) Branges, Château-Renaud, Savigny-en-Revermont et Cuiseaux. Courtépée, t. III, p. 346, 421, 351 et 308. Mervans, Bellevêvre, Moutier-en-Bresse, Pierre et \utume. Courtépée, t. III, p. 347, 345, 436, 444, 414. Enfin signalons Villegaudin où il y a un climat nommé « les musseaux ». Nouvel état général des villes... de Bourg., v» Musseaux, p. 406.

(4) Courtépée, t. II, p. 564.

(5) Sur la voie romaine. Courtépée, t. II, p. 560.

(6) Ibid., t. II, p. 338.

(7) Ibid., t. II, p. 307.

(8) Ibid.. t. II, p. 71 ; Molard, La léproserie et l'hôpital de Maligny, Ann. de l'Yonne, 1895, p. 298 à 340.

(9) Cart. de l'évêché d' Aulun, p. 370. « Domus leprosari de Flureio •. Le Cart. de Cluny, t. VI, p. 775, n° 5371 (1290), nous parle aussi d'une léproserie de Fluyreyo, mais il s'agit ici de Fleurey-sur-Oucheoùse trouve une maladière. Pour Fleury ; Courtépée, t. II, p. 524.

(10) Ibid., t. II, p. 574. Luzy a aussi une maladière.

(11) « Domus leprosorum de Lucenayo ». De Charmasse, Cart. de l'évêché, p. 85 (1269).

(12) Nailly. près Flavigny ; Saulieu, Mont-Saint-Jean, Bellenot, Sombernon ; ibid., t. IV, p. 101, 110,52,48; Cart. de l'évêché d' Autun, p. 386. Arcey, placé sur la route de Gevrey à Pont-de-Pany ; ibid., II, p. 373. Moloy,Saint-Ségraux. Vic-sous-Thil, Précy-sous-Thil; ibid., t. IV, p. 165, 135 etl58, 157, 130. Thoreysous-Charny, Vitteaux ; Garnier, Bec, t. II p. 275. Villy, Bibl. mun. de Dijon, man. 456', v° maladreries. Satires, Arnay-sous-Vitteaux, Marigny le-Cahouët, Jailly les-Montagnes : Courtépée. t. III, p. 580, 552, 572, 569. Chevigny, Lantilly ; ibid., p. 559 et 570. Flavigny; de Charmasse, Cart. de l'évêché, p. 380; Courtépée, p. 491 et 498. Semur-en-Auxois : Massicot, p. 323 ; de Charmasse, Cart. de l'évêché, p. 380; Courtépée, t. III, p. 493. Savoisy, Saigny, Nogent-les-Montbard, Montliard ; ibid., t. III, p. 585, 580; 577, 506 et 507. Pour Montbard, Mathieu, p. 71. Au-dessus de Montbard, hors du duché, la « domus leprosorum » de Rougemont existe en 1231 ; Pérard, p. 418. Venarey, Vieux-Château, Rouvray ; ibid., t. III, p. 589, 591 ; t. IV, p. 110, Avallon ; Beaudouin, Maison-Dieu et maladière d'Avallon ; de Charmasse, Cart. de l'évêché d' Aulun. p. 384; Bouvier, Bulletin... de l'Yonne, 1901, p. 329. 330; Courtépée, t. III, p. 609. Pontaubert, Montiéal ; de Charmasse, op. cit., p. 384; Courtépée, t. III, p. 621. Savigny-en-terre-Plaine, Cussey-les-Forges, Annelot, Marcigny-les-Avallon ; ibid., t. IV, p. 21, 6, 2; t. III, p. 628.

(13) Chàtillon-sur-Seine. La maladière est près d'un pontet de l'enclos de l'abbaye, le long de la route qui va à Ampilly (1206) ; Pérard, p. 298 ; Garnier, Bec, p. 187. Il en est parlé en 127K/9, Cart. de l'évêché de Langres, Bibl. nat. 5138, f» 236 v", et p. 360 et 361 de la copie faite de ce cartulaire à Langres par M. d'Arbigny ; Courtépée, t. IV, p. 180. Aignay-le-Duc, Aisey-le-Duc, ibid., t. IV, p. 203, 200. Léry : Cart. de Saint-Seine. Minot, Becey, Enhalot, Bure-les-Terapliers; Courtépée, t. IV, p. 279, 222, 264, 265. Bremur, Nod, Buncey, Maisey-le- Duc et Sainte Colombe ; t. IV, p. 252, 282, 253, 276, 288 et 289. A l'extrémité sud : Baulme-la-Boche, Saint- Seine, Saint-Jean-de-Bonnevaux (peut-être?), Bussy-le-Gr?.nd, t. IV, p. 244, 224, 234, 259. Pour Saint-Seine, ajouter: Arch. dép. Côte-d'Or, B. 11238.

(14) Arc-en-Barrois, Courtépée, t. IV, p. 208.

le bailliage de Noyers (I), l'Auxerrois (2) permettraient d'ajouter également aux précédentes une imposante énumération.

Voilà donc des maladières un peu partout (3). Les lépreux vont y être séquestrés et retranchés du reste du monde. Mesures rigoureuses, mesures salutaires en même temps. Dans tous ces établissements les règles sévères de la séquestration sont exigées non seulement par l'intérêt général mais encore par celui du lépreux.

L'opinion pub'ique, au moyen âge, comme aux époques primitives, voit volontiers dans la maladie une punition et dans le malade un criminel. Si la maladie est contagieuse, on ne se mettra point trop en peine sur les formes à observer pour se débarrasser de celui qui sème la mort. En Ecosse, des textes montrent que la mère lépreuse était brûlée avec son enfant (4), et nous verrons, au quatorzième siècle, au moment où le sentiment religieux s'affaissa, que le feu nettoya vite un grand nombre de léproseries et leurs habitants. En dévouant le malade à Dieu, souvent on lui sauvait la vie en même temps qu'on préservait celle de ses concitoyen-. C'est sous cet angle qu'il faut considérer les cérémonies impressionnantes qui accompagnent la séquestration du lépreux après l'examen des médecins (5), la bénédiction de la livrée, la venue à l'église, la dévotion du malade à Dieu, la conduite à la maladière (6).

Une fois entré à la maladière, le lépreux ne pouvait plus sortir que vêtu d'un costume spécial avec sa cliquette à la main, il devait marcher sous le vent, éviter de se laver, ni de tremper aucun de ses habillements, aux fontaines et puits communs. Souvent la femme du lépreux s'enfermait avec lui, l'Eglise l'y encourageait (7). Elle autorisait d'ailleurs le mariage des lépreux. En Bourgogne, an point de vue pécuniaire, la situation juridique du lépreux était assez douce, il pouvait se procurer un certain confort, conservait la libre possession de ses biens (8) et la capacité civile (9) ; il pouvait tester et même hériter (10).

(1) Noyers, ibid., t. III, p. 519.

(',') Crevan (Cravant), Coulanges-la-Vineuse, Mailly-la-Ville, Mailly-le-Château, Saint-Cyr ; t. IV, p. 349, 356, 363. Pont-de-Serees : de Charmasse, op. cit., p. 105. Pour les léproseries de Saint-Siméon et Sainte-Marguerite d'Auxerre, de Mailly, de Chitry, Coulanges. Cravant, Seignelay : Bouvier, Bull, de l'Yonne, 1901, p. 28, 44, 45, 50, 285. Pour Samt-Roch, p. 35. Et encore ne parlons-nous pas des léproseries limitrophes du duché à Vézelay, Saint-Biaise de Tonnerre, Popelin de Sens, Appoigny, Brienon, Bazames, etc.; Bouvier, loc. cit., p. 330, 312, 285, 50, 46.

(3) Si le testament de Jean, seigneur de La Boche-en-Brenil, lègue 20 sols « leprosariis vicinioribus de Rocha », Petit, t. V, p. 220, n° 3311, c'est une preuve qu'il n'y a pas de léproserie à La Roche-en-Brenil. Il n'y en a pas non plus tout près de là, à Vernon ; voir un legs « domibus leprosorum, propinquioribus de Vernum » ; Petit, t. V, p. /27, n» 3333.

(4) Lallemand, t III, p. 232-233.

(j) Le coutumier bourguignon, publié par Marnier, Rev. hisl. de droit français, 1857, ch. xxx, p. 559 et 560, indique ces cérémonies.

(6) Sur tous ces points, Garnier, Notice hist. sur la maladière de Dijon, p. 16 et suiv. ; Lallemand, t. III, p. 244, 245,271, 281.

(7) Sur le mariage des ladres, Lallemand, t. III, p. 235.

(8) Garnier, op. cil., adde sur ces points : Francis Molard, De la capacité des lépreux, Bul. de la Soc. des sciences de l'Yonne, 2" série, 1888 ; Lallemand, t. III, p. 238.

(9) Il intervient dans les actes; voir en 1240, l'approbation d'une concession par Robin le lépreux; Reomaus, Hist. mon. Sancti Johannis, p. 267-268 ; Petit, t. IV, p. 573, n» 3003.

(10) Voir les citations de Joseph Garnier, Not. hist. sur la maladière, p. 11 et notes 1 et 2.

Pour administrer ces léproseries, il fallut trouver des personnes dévouées. Souvent des congrégations d'hommes et de femmes, analogues à celles que nous rencontrons pour les hospices, se formèrent. A Dijon, au treizième siècle, il est fait mention dans les archives (1) de fratres et de sorores leprosomm. Ces religieux ou religieuses sont dirigés par un magister ou recteur qui relevait de l'abbé de Saint-Etienne, patron de la paroisse Saint-Nicolas où se trouvait la léproserie. Ils étaient vraisemblablement soumis à la règle de Saint-Augustin. Quelquefois ce sont des sœurs bonnes qui s'occupent de la maladière; on s'expliquerait ainsi le nom de la maladlère d'Esserbonnes, près de Paray (2).

Le nom du maître est inséré dans les actes (3); c'est lui qui traite au nom de la léproserie et veille à ses intérêts généraux. Il est institué d'ordinaire par les fondateurs de la léproserie, tantôt par les habitants, tantôt par l'évoque, tantôt par les seigneurs, tantôt par les monastères. Ces nominations donnent lieu à des contestations. Il y a conflit à ce sujet, en 1266, entre les bourgeois de Semur et l'évéque d'Autun (4).

D'une façon générale, les évoques parvinrent à acquérir les droits de patronage dans les endroits où ils ne semblaient pas l'avoir eu à l'origine (5). Les maladières de Saint-Seine, de Léry et de Molois sont sous la juridiction de l'abbé de Saint-Seine qui seul y a le droit d'institution et destitution, Visitation et correction (6).

Parfois les seigneurs prennent sous leur protection les ladres et leurs maisons (7).

Une congrégation spéciale, l'ordre de Saint-Lazare, s'occupait aussi du soin des lépreux dans certaines villes (8).

Quant aux ressources, elles sont fournies par la charité privée. On songe souvent aux lépreux dans les testaments (9) ; des quêtes sont faites à leur intention, parfois

(1) « La mesele vanra et vient à la succession de père et de mère » ; Champeaux, Le coutumier Bourguignon de Montpellier, imprimé après La compilation de Bouhier, 190!), p. 111.

(2) Courtépée, t. III, p. 101.

(3) En 1104, nous trouvons celui de Robert, maître des lépreux de Semur; Arch. nat., S. 4817; Bul. de la Soc. d'études d' Aval Ion, 1890, p. 281.

(4) De Charmasse, Cart. de l'évêché d'Autun, p. 43.

(5) De Charmasse, op. cit., p. 140 et 329 (Bourbon-Lancy. 1270, 1291) ; p. 302 (Vitteaux, 1278).

(G) Ceci nous est dit expressément dans un document du 3 avril 1394 ; Arch. dép. de la Côte-d'Or, Inventaire de Saint-Seine de 1774, f° 94 r° et v°.

(7) En 1231, Guy de Nevers prend sous sa protection la maison-Dieu et léproserie de Rnugemont; Pérard, p. 418.

(8) A Auxerre, par exemple.

(9) Les cartulaires de Chalon nous donnent de nombreux exemples de legs aux lépreux ; Cart. de Saint- Vincent, Bibl. nal. 17090, p. 33 (s. d., début du treizième siècle) : « Leprosarie cabilonum » ; ibid., p. 120. Eudes III, en 1192, fit des aumônes aux lépreux de Semur ; Courtépée, t. III. p. 477. Eu 1288, le seigneur de Voudenay leur fait une donation importante. Pérard, p. 569 ; Cart. de l'abbaye de Beuulieu, p. 971, 973.

Le testan. ent du curé de Bollat, en 1250, laisse douze sous à toutes les léproseries du doyenné de Molesme. Courtépée, t. IV, p. 240. Geoffroy de Grignon fait un legs à quatre léproseries. Ibid., t. III, p. 567. En 1267, legs « leprosis de Tylio et Prissiaco ». Petit, t. IV, p. 439, n° 2901 ; adde, n° 2916 (pour Montbard), 1279, v. p. 315, n° 3753. Legs « leprosis Masticonensibus ». Cart. deCluny, t. VI, p. 620, n°5174.

les seigneurs ou les coutumes locales leur réservent la perception de quelques droits de justice que nous ne connaîtrons bien qu'à l'époque postérieure.

Les lépreux d'Avallon peuvent faire paître leurs mulets certains jours de l'année à Cusain-la-Roche (1), et il est probable que les pratiques curieuses qui sont observées sur la Chaume-aux-museaux de Ghevigny, près de Semur, se rapportent à d'anciennes concessions temporaires de droits de justice (2). D'ailleurs, la léproserie est souvent un centre important. Quelquefois nous la voyons posséder des moulins (3), des prés (4), des vignes.. C'est le maître qui sera chargé de toute cette administration. Les lépreux possèdent mê'oe des serfs, tel ce Pierre de Saulieu, qu'Eudes III avait donné aux lépreux de Semur, en aumône (5).

Dans quelques endroits où les lépreux se trouvaient plus nombreux, ils créèrent de vrais centres de population. A Dijon, il y avait le bourg des Mezeaux ; à Molesme, sur les confins du duché, les lépreux établis dans le village de Sury sont en contestation avec les religieux, au début du treizième siècle (6). Le nom même de Saint- Segraux, saint personnage qui vécut dans une maladière, nous prouve que ce village, situé près de Moloy, doit son origine à une maladière (7). Il y avait également un groupe de lépreux aux baraques de Gevrey et à celles de Marsannay-le-Bois et de Fixey.

L'organisation des léproseries est donc la même que celle des hospices. Dans beaucoup de léproseries (8) se trouve une chapelle. C'est le cas de celles de Précy-sou - Thil, de Cussey les Forges, de Vieux-Château, de Montréal, de Sombernon, de Flavigny, de Chalon, de Jailly, d'Auxerre, de Gravant ; celle des lépreux d'Avallon est très grande, elle a cent pieds de long sur trente de large. On y joint souvent un cimetière. Au dehors, une croix, souvent plantée de l'autre côté de la route, signale aux passants la destination de la maison ou du petit village qu'ils aperçoivent. Ces croix de maladière se remarquent encore ou sont signalées au dix-huitième siècle à Dijon, à Miguot, à Crevant, au faubourg Saint-Jean ; à Is-sur-Tille, elle porte le nom de croix

(1) Courtépée, t. III, p. G09. Les lépreux de Troyes ont obtenu du duc de Bourgogne, Hugues III, un droit de passage dans ses domaines, en 1174. Petit, Uisl. des ducs, t. II, p. 371, n° 570.

(2) Courtépée, t. III, p. 559.

(3) En 1210, la léproserie de Beaune reçoit la permission de construire un moulin « super aquam de renis ». Cart. de Notre-Dame de Buxune, Arch. dép. Côte-d'Or, G, 2316, f° 18-2; Petit, t. III, p. 436 n° 1245. Il existe un moulin auprès de la maladière à Aignay-le-Due. Courtépée, t. IV, p. 203.

(4) Ces prés porteront souvent le nom de pré de la maladière. Courtépée en cite un très grand nombre. Pré de la maladière de Chalon. Petit, t. VI, p. 414, n° 5234.

(5) Il est vrai que ce Pierre de Saulieu ne parait pas avoir été enchanté de ces fonctions et qu'il s'enluit à Saulieu « qui cum eis (leprosis) diligeuter non vellet servire, née ipsi eliam servitium ejus gratum haberent, piupertale quidem coactus apud Sedelocum se coufugit ». Les lépreux obtinrent un pré en échange. Dom Plancher, t. I, preuves, n° cxl ; Petit, t. III, p. 336, n° 922.

(6) Laurent, Cart. de Molesme, t. II, p. 347 (1217-1249).

(7) Courtépée, t. IV, p. 135 et 158.

(8) Mais pas dans toutes ; le testament de Robert de Bourgogne, de 1297, distingue bien les léproseries où il y a une chapelle, de celles qui n'en ont pas. Dom Plancher, t. II, preuves, p. xciv.

Baudot. A Marigny-le-Cahouët, Thorey-sous-Charny, Aisey-le-Duc on en voyait également.

Le voyageur qui sort de la ville par la route de Ruffey rencontre encore celle de Dijon.

§ 4. — Le mouvement communal et l'assistance au treizième siècle.

Les hôpitaux urbains.

Innombrables étaient donc les hospices et auberges pieuses à la fin du douzième siècle. Nous ne pouvons en faire une exacte nomenclature. Le treizième siècle, s'il en établit quelques nouveaux, en supprima beaucoup. Il en modifia surtout h caractère : les transformations politiques et économiques de l'époque le voulaient ainsi.

Tant que les villes peu étendues ne furent remplies par la foule qu'aux jours de pèlerinage, lors des foires extraordinaires et des marchés intermittents, l'hospice de passants et de pèlerins se montra suffisant. Mais quand la ville eut des franchises, quand le grand mouvement communal du treizième siècle l'eut transformée en marché permanent, il fallut autre chose. L'ancien hospice, dans nombre d'endroits, dut se transformer en Domus Dei plus sérieuse. Sans doute, des établissements de l'époque précédente, l'on ne pouvait expulser le malade, l'infirme, ni le pèlerin, hors d'état de continuer leur route. Nous savons, par exemple, qu'à Saint-Bénigne de Dijon, les malades restaient près du tombeau du saint, pendant des semaines et des mois, étendus sur des grabats (1). Pour les nourrir, transformer en hôpital les environs du tombeau était nécessaire; il fallail aussi loger ceux qui les accompagnaient. Mais c'était là, peuton dire, des clients exceptionnels, possédant quelques ressources et ne venant qu'à de rares occasions; maintenant on comptera avec ce client constant et dénué de tout qu'est le pauvre de la ville. Le sustenter, l'habiller, l'ensevelir, seront des préoccupations nouvelles. La ville a des devoirs envers son pauvre ; elle est l'organisme nouveau qui s'établit sur les ruines de l'ancienne économie agricole. La révolution économique a brisé les anciennes institutions du manse et de la copropriété familiale, l'individu peut disposer seul de tout son bien ; il peut se ruiner : et en fait ces ruines sont nombreuses. La ville, qui constitue une sorte de grande famille, devra s'occuper de ces infortunés. On ne laissera pas leur corps sans sépulture. Ce n'est point fortuitement que l'hôpital aux Riches (2), que l'hôpital Saint-Jean de Jérusalem et celui du Saint-Esprit s'établissent en même temps ou peu après la reconnaissance de la commune de Dijon.

(1) Chomton, p. 83.

(2) On en parle pour la première fois dans une bulle qu'il faul dater entre 1181 et 1185. L'hôpital Saint- Jean est de 1190; celui du Saint-Esprit de 1203.

Les gens de métier, qui dans la ville commencent à se grouper en associations privées, font aussi de la sépulture de leurs confrères un de leurs principaux devoirs (1). Ils réalisent, à beaucoup d'égards, de véritables sociétés de secours mutuels. L'entr'aide est indispensable dans les petites associations urbaines comme dans la grande.

Avec le pauvre et le vieillard, l'enfant va se trouver à la charge de la ville. Elle ne peut se désintéresser de l'entretien et de l'éducation de l'orphelin. Devenue une sorte de seigneur collectif, la commune est chargée des obligations du seigneur auquel les coutumes commencent à imposer le soin de l'enfant trouvé comme si c'était une épave (v2). A ce souci des enfants abandonnés répondra un ordre qui prendra une grande importance en Bourgogne, l'ordre du Saint-Esprit.

Donc l'hospice ne suffit plus. Le nouvel établissement portera encore le nom vague de Domus Dei. Toutefois dans le courant du treizième siècle, nous voyons apparaître plus souvent le mot ù'hospitale (3) qui, contrairement à ce que l'on pourrait croire, semble avoir à l'origine désigné les hospices de passants où l'on ne fournit que Vhospitalitas, tandis que le mot domus Dei s'appliquait de préférence aux demeures où les malades et les infirmes trouvent une assistance durable (4).

Si la ville organisée du treizième siècle demande des établissements nouveaux, il ne faut pas nous étonner que ce siècle qui fut « le siècle de l'émancipation des villes de Bourgogne », ait été aussi le siècle de l'organisation des hôpitaux bourguignons, en ce sens que les maisons-Dieu du treizième siècle tendent à devenir plus importantes que les hospices du douzième, mais, par contre, elles sont moins nombreuses ; c est là un fait qui échappe généralement aux auteurs ; ils croient que le tieizième siècle a vu se créer la plupart des hôpitaux, alors qu'ils ne remarquent pas qu'il en a vu tomber peut-être encore bien davantage.

L'illusion contraire vient de plusieurs causes : en premier lieu, de ce qu'au trei-

(1) Les bouchers dAutun abandonnent aux pauvres toutes les cornes de bœufs et de vaches qu'ils font tuer. De Charmasse, Nonce, cité par Lallemand, t. III, p. 83.

(2) Dans certains asiles comme Troyes, on refuse d'admettre les enfants trouvés parce qu'ils sont trop nombreux. Lallem-md, t. III, p. 138.

(3) Le mot hospitalis est employé, du neuvième au onzième siècle, généralement comme adjectif: Eccîesia est hospitalis, dit le Cartulaire de Mdcon. On qualifie aussi le droit de gîte d'hospilalis susceplio. Au douzième siècle, on d-signe encore l'hôpital aux Riches comme * quandam domum hospitalem », mais au treizième siècle, on voit déjà la tendance se faire jour de donner à ces mots une signification technique et à réserver le mot hospitalis pour un établissement considérable. A Brochon, en 1235, 12.18, c'est le mot domus Dei qui est usité dans les actes ; en 1245, les donations commencent à se faire « Duo et hospitali de Brochon ». La terminologie n'est pas encore sûre. Le mot hôpital est souvent réservé pour les établissements des Templiers ou de. Saint-Jean de Jérusalem, par exemple dans le pouillé du diocèse d'Autun ; mais il s'emploie de plus en plus dans les testaments pour désigner tout établissement où l'on reçoit les pauvres passants ou malades.

(4) Ainsi, dans la reprise de l'hôpital de Norges, les hospitaliers de Saint-Antoine le Viennois déclarent : « Confitemur et am hospitalitatem debere conserv.ni ad opus pauperum transeuntium quae débet et convenit fieri in eodem hospitali » Cartul. de l'évëché de Langres, copie d'Arbigny, p. 386. De même les frères de l'hôpital de Monnent promettent, en 1225, « quod debitain et consuetam hospitalitatem ibidem servabimus ». Cartul. de l'éuêché de Langres, copie d'Arbigny, p. 387.

zième siècle remontent la plupart des hôpitaux dont nous possédons la date exacte de fondation, comme c'est le cas des maisons de Norges (1) et d'Epoisses (2), fondées dans les environs de l'an 1200, ou de Noire-Dame du Dourgneuf, de Mâcon, établie en 1202, par Guillaume, comte de Vienne et de Mâcon (3). Les hôpitaux du Saint- Esprit de Besançon (4) et de Dijon sont créés en 1203 et 1204, ceux de Saint- Laurent de Langres en 1201 (5). L'hôpital d'Etais établi, en 1207, par Mathieu d'Etais (6), avec ratification d'Eudes, duc de Bourgogne, et celui d'Arceau, fondé la même année (7) au milieu des bois, sont aussi des preuves de la fécondité hospitalière du treizième siècle. La maison-Dieu de Bar-sur-Seine (8) date de 1210, celle de Fouvent de 1215, celle de Mirebeau de 1°248 (9). Perron de Saint-Seine établit l'abri de Villers-les-Pots, en 1244 (10). Suivant une tradition reproduite par Gandelot, la maison-Dieu du Bourgneuf de Reaune aurait été fondée, en 1-254, par saint Louis (11); les documents prouvent qu'elle est antérieure et semble avoir été créée par Alix, duchesse de Bourgeois et par Hugues, son fds, en raison d'engagements pris en 1225, vis-à-vis du dauphin de Vienne (12). En tout cas, il est certain qu'en 1249, elle existe, puisqu'un des legs testamentaires de la dame de Vieilli est adressé « à la maison Deu... du Bourc Nuez de Biaune (13) d. CVst également au début du siècle que fut fondé le très important hôpital du pont de Grosne, par Guy de Sennecey(14). Vers la

(1) Arch. dép. Côte-d'Or, H. 117, liasse 1247.

(2) Voir plus loin p. 832, note 13. Cette maison reçoit, en 1270, le quart du moulin d'Auberive. Arch. dép. Côte-d'Or, H. 1247; Petit, t. V, p. 304, n° 3695.

(3) Batault, p. xx, Arch. comm. de Mâcon, GG. 154, Invent., p. 56.

(4) Arch. Côte-d'Or, C. 378; Lallemand, t. III, p. 140; Léon Legrand, Les maisons-Dieu ; Rev. des quesl. mil., 1896, p. 98, note 3.

(5) Mathieu, p. 81, et surtout Aubert, Les hôpitaux de Langres, p. 21. La charte fausse est de 1201.

(6) Arch. dép. Côte d Or, fonds de la commanderie de Norges, H. 117, liasse 1247; Petit, t. III, p. 411, n° 1153. Cet hôpital d'Etais augmenta assez vite d'importance; il reçoit une rente en 1210. Arch. dép. Côte-d'Or, H. 1247 ; Petit, t. III, p. 431, n° 1231. En 1260 et 1262, autres donations ; ibid., H. 1247; Petit, t. IV, p. 446, n° 2916; t. V, p. 193, n° 3201 et t. V, p. 207, n° 3250. Le four d'Etais lui fut donné en 1271 ; ibid., H. 1247 ; Petit, t. V, p. 322, n° 3765. Voir aussi d'autres acquisitions en 1273. Arçh. Côte-d'Or, H. 1246; Petit, t. VI, p. 216 et 220, n° 4121 et 4138.

(7) Garnier, Recueil..., t. I, p. 543 ; Courtépée, t. II, p. 158.

(8) Courtépée, t. IV, p. 422 ; Mathieu, p. 86.

(9) Elle fut fondée par testament de Guillaume de Vergy, dès l'année 1210 ; mais ce ne fut qu'en 1248, qu'on la construisit. Courtépée, t. II, p. 222, et surtout Arch. dép. Côte-d'Or, H. 117, 1253 bis ; mêmes archives, G. 215 et G. 4057.

(10) Courtépée, t. II, p. 446.

(11) Gandelot, p. 68, 73, 74, où il est moins affirmatif ; Preuves, p. 313. L'hôpital Saint-Pierre existe en même temps que la maison-Dieu du Bourgneuf. Voir le testament de la dame de Vieilli, cité plus loin, et Arch. dép. Côte-d'Or, G. 2316, f° 195 r° (1274), où on les nomme ensemble.

(12) Peincedé, t. I, p. 59; dom Plancher, t. II, p. 2 et Preuves, p. vin, n° XVI; Petit, t. IV, p. 220 n° 1815. Il demande qu'on érige « templum vel hospitale ».

(13) Vidimus de 1269. Arch. dép. Côte-d'Or, fonds de la commanderie de Jérusalem de Beaune, H. 1216 ; Petit, t. IV, p. 380 et suiv., n° 2659. Elle recevra d'autres legs en 1270/1, mars : Petit, t. V, p. 315, n° 3753 ; et en 1274. Arch. dép. Côte-d'Or, G. 2316, f 195 r°; de Charmasse, Cari, de l'évêché..., p. 378 (Pouillé du diocèse d'Autun).

(14) En mai 1249, on rappelle le nom du fondateur. Petit, t. V, p. 175, n° 3111.

même époque, la maison de Seurre fut fondée par Hugues d'Antigny, aïeul de Philippe de Vienne, sire de Pagny, qui en confirma la fondation en 1296 (1).

Celte énumération des hôpitaux datés n'est pas complète. Il y a un projet d'hôpital nouveau, toujouis à Beaune, qui, à la fin du treizième siècle, depuis que les jours généraux s'y tiennent assez régulièrement, demande un édifice plus important que ceux dont elle est dotée. Des lettres de 1284 en parlent (2). Peut-être y eut-il un essai de réalisation ? C'est fort douteux, car on pense encore à l'organisation d'un autre hôpital heaunois en 1297. Cette année, le duc Robert II décidait dans son testament la fondation d'un hôpital ; il devait être desservi par cinq prêtres, y compris le maître ou gouverneur (3).

Auparavant, en 1290, nous assistons à la fondation de l'hôpital de Grancey (4), et enfin à rétablissement de la plus parfaite de toutes ces constructions, dont aucune ne devait obtenir la réputation de l'hôpital de Tonnerre fondé, en 1293, par Marguerite de Bourgogne (5), et dont l'immense salle des malades existe encore.

Cette énumération prouve, sans doute, que la charité n'a pas chômé au treizième siècle. L'on peut même ajouter que ces actes de naissance des hôpitaux du treizième siècle sont telativement peu nombreux par rapport à la masse énorme des maisons- Dieu et hôpitaux dont l'existence est certaine au treizième siècle, mais dont la date est impréciSH : nou* en connaissons en plus de cinquante endroits, sans parler de toutes les maisons-Dieu et hospices que nous avons déjà énumérés pour le douzième siècle. Cependant, pour ramener les choses à une exacte appréciation, nous ferons remarquer qu'un grand nombre de ces hôpitaux sans date que les textes ne nous

(1) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 11G84.

(2) Peinc»dé, t. I, p 60 ; Petit, t VI, p. 321, n° 4680. Ce ne peut être celui du Saint-Esprit « domus sancti spiritus extra inuros ville Belne », puisqu'il existe en 1270. Ce qui nous donnerait alors au moins trois établissements, l'hôpital Saint-Pierre et deux maisons-Dieu : le Bourgneuf et le Saint-Esprit, sans compter l'hôpital nouveau.

(3) Dom Plancher, t. II, p. 110, lit, Preuves, n° 145, p. xçiil ; Courtépée, t. II, p. 296, nie que cette fondation ait été exécutée. En sens contraire, Gandelot, p. 68 et 313. Nous pouvons ajouter un document: en 1298, \f pape Bonifa^e VIII autorise le duc Bobert à construire un hôpital et une chapelle en l'honneur de saint Jein-Baptiste, de saint Nicolas et de sainte Catherine, pour l'usage des pauvres et des infirmes Reg. de Boniface V1I1, n° 27 '4 ; Petit, t VI, p. 535, n° 5955. — Il n'y a pas lieu de parler ici de la construction de l'hôpital de Moulins, ordonnée par Jean de Bourgogne et ratifiée par sa veuve en 1268. Petit, t. V, p. 292, n° 3690

(i) Nicolas IV enjoint à l'évêque de Langres d'autoriser Guillaume, sire de Grancey et sa femme à fonder un hôpital à Grancey et à y établir une chapelle et un cimetière. Langlois, Reg. de Nicolas IV, n° 2126, cité par Petit, t. VI, p. 525, n° 5877.

(5) La confirmation du neveu et héritier de Marguerite, Guillaume de Chalon, est du 13 janvier 1295. Arch. Côte-d'O, B. 116S4; Peincedé, t. I, p. 793; Petit, t. VI, p. 412, n° 5220. En 1295, quatre bulles de Boniface VIII exemptent l'hôpital de la dime, des visites de l'ordinaire et des excommunications ne venant pas d'un délégué muni de pouvoirs spéciaux. Reg. de Boniface VIII, n°s 9, 12, 13, 14, 45; Petit, t. VI, p. 530, 531, n»- 5917-5921 et 5923. Il acquiert des droits en 1298. Adde, t. VI, p. 440, n» 5381. D'autres bulles sont données par Benoit XI, en 1304. Grand-Jean, Reg. de Benoit XI, n°« 1075, 1080, 1001 ; Petit, t. VI, p. 536, n" 5961-596! ; adde, p. 514, n" 580. Voir aussi Ernest Petit, Arch. de l'hôpital de Tonnerre, Bul. historique, 1906, p. 10 et suiv.

signalent qu'au treizième siècle (1), existent déjà dès le douzième et que le maintien ou même la fondation d'un grand nombre d'hôpitaux ne contredit pas la disparition d'un plus grand nombre de ces maisons dans les grandes villes de l'époque notamment. La preuve en est qu'à Dijon, au treizième siècle, au lieu des huit hôpitaux du douzième siècle, nous n'en trouvons plus que cinq à la fin du treizième et au début du quatorzième siècle : l'hôpital Saint-Bénigne, l'hôpital Saint-Jean de Jérusalem, l'hôpital aux Riches, l'hôpital Notre Dame et l'hôpital du Saint-Esprit (2). Et il en est de même à Auxerre, à Chalon et dans nombre d'autres villes.

Il y a !à un fait qui n'est indiqué par aucun auteur, à notre connaissance, et qui s'explique tout naturellement comme une des conséquences de la révolution économique du douzième siècle, qui a amené la ruine des monastères et de nombreuses églises. La situation des monastères au treizième siècle n'était plus du tout celle du onzième siècle ni des débuts du douzième. Des marchés urbains se sont installés qui font une sérieuse concurrence aux anciens marchés religieux et même, grâce aux efforts des seigneurs, du duc de Bourgogne en particulier, arrivent à les supprimer. De plus la réception des passants et des voyageurs n'est plus une charge extraordinaire, de quelques jours, à supporter seulement en temps de pèlerinage ou de marché et largement compensée par les bénéfices du pèlerinage ou du marché. C'est devenu un fardeau écrasant et sans compensation.

L'hôpital gratuit ruine le monastère du treizième siècle dont les ressources sont en partie taries. L'évêque de Langres accorde en 1248 l'église de Neuilly, près de Fauverney, a l'abbaye de Saint-Etienne (3), pour augmenter ses revenus dévorés par

(1) Nous ne pouvons en donner ici qu'une sèche énumération. Il y a des hôpitaux ou des maisons-Dieu au treizième siècle à Toulon-sur-Arroux, Espinancy, Chanoy-le-Châtel, Pont-Aubert, Nailly, Arcy, Bouibon- Lancy, Issy-1'Evèque, Vergy, Pommard, Meursault, Saussey, Arnay-le-Duc, Couches-les-Mines, Vitleaux, Châteauneuf, Chatel-Censoir, Sarces, Rouvray, Mont-Saint-Jean, Cailleron, Senailly, La Roche-en-Brenil, Montréal, Rougemont, Gravant, Chevigny, Bellecroix, Verdun, Reuilly, Cuiseaux, Mello, Saint-Gengoux, Marcigny-les-Nonains, Saint-Bris, Bligny-sur-Ouche, Fleurey, Saint-Seine, Val-des-Choux, Arc-en-Barois. Chaussin, Normier, Lamarche-sur-Saône, Giviy, Chagny, et toujours, bien entendu, à Màcon, Chalon, Beaune, Avallon, Semur, Saulieu et dans tous les grands centres où nous les avons trouvés au douzième siècle. A cette énumération très incomplète, mais qui nous fait voir que l'idée du moyen âge était d'arriver à un hôpital par gros village, on peut ajouter les indicalions que fournit le Nouvel état des villes, bourgs, paroisses, etc.de la province de. Bourgogne, imprimé en HHi. Il montre qu'un certain nombre de villages, hameaux ou écarts ont conservé à ce moment le nom d'hôpitaux. Ces noms nous semblent s'être rapportés à des hôpitaux anciens du douzième et du treizième siècle ; nous le vérifions pour Rully, Sombernon, Châteauneuf. L'on possède d'ailleurs généralement la date de fondation des hôpitaux postérieurs au treizième siècle. Cela nous fait croire qu'il existait également des hôpitaux anciens à Lux-sur-Saône, Genouilly près Charolles, Blaisy-Bas et Demigny.

(2) Ce sont ceux que nous trouvons énumérés dans le testament de Gillette, femme de Guillaume de Cutigny. Cart. de Saint-Etienne (29 mai 1306), Quesnel, n° 47. C'est bien ce chiffre de cinq hôpitaux qu'indique Dom Plancher, quand il parle du testament de Robert de Reyre, en 1279. Hist. de Bourg , t. II, p. 70 et 71. Nous ne trouvons pas non plus d'autres hôpitaux à Dijon mentionnés dans les comptes de Raoul, chunoine de Beaune et clerc du duc, à la fin du treizième siècle. Arch. dép Côte-d'Or, B. 312, f° 2.

(3) Fyot, Hist. de l'église Saint-Etienne, p. 299, et Preuves, n»214, p. 133.

l'hospitalité. Cum... ecclesia vestra, sicut pro certo didicimus, innumerosa transeunlium multitudine sit gravata, nec ad sustentationem eorum propriœ suppetant facilitâtes.

A h fin de notre période, en 1301, l'hôpital de Til-Châtel avouera être si chargé de dettes qu'il ne pourra pas les payer et continuer de faire la charité. Quod per nos vix aut nunquam poterit liberari, seu caritatis opéra vel hospilalltas in ea more solito exercere (1). L'hôpital de Norges en est au même point en 1237 (2). Les revenus du prieuré hospitalier de Saint-Bernard de Montréal ne peuvent suffire en 1319 à l'entretien du prieur et des nombreux pauvres (3). Il en est de même un peu partout (4), aussi les monastères sont obligés de recourir aux grands moyens. On diminue le nombre des charités, on réunit ensemble plusieurs hospices. Les trois hospices de l'évêque, de la cathédrale et l'hôpital des Frères d'Auxerre, n'en forment plus en 1296 qu'un seul qui porte le nom de Saint-Etienne-le-Petit (5).

A Dijon, l'abbaye Saint-Bénigne, pour les causes dont j'ai parlé, se trouve écrasée de dettes dès le début du treizième siècle. En 1209, les religieux avouent « n'avoir de quoi payer les dettes dont ils sont accablés (6) ». Aussi ils semblent avoir à ce moment abandonné l'hôpital situé vis-à-vis l'église ou l'avoir accensé et n'avoir conservé que l'hôpital <? près et dedans la porte Saint-Pierre » qui recevra, en 1271, une aumône dans le testament d'Alix, fille de feu Rénier de Marigny (7). Devenue pauvre, l'abbaye se met à lésiner avec les pauvres. La conduite de Saint-Bénigne vis-à-vis de l'Hôpital aux Riches montre bien cet esprit nouveau si éloigné de celui de l'abbé Guillaume. Non seulement Dominique le Riche est obligé d'abandonner son hôpital à l'abbaye, mais il est entendu que la moitié des oblations appartiendra aux frères

(1) Cart. de Saint- Etienne, 27 mai 1301. Quesnel, n* 15 et p. 39.

(2) L'évêque de Langres déclare que « inspecta tenuitate et paupertate Hospitalis de Norges in «tatu miserabili constituti ; considerato etiam hospitalitatem ibidem melius posse eonservari ». Dom Plancher, t. II, p. xm, n» XXIX.

(3) Bouvier, Bulletin... de l'Yonne, 1901, p. 328. Voir aussi pour Marcilly-les-Avallon qui se fait donner en 1256 la maladière de Sarces : de Charmasse, Cart. de l'évêché..., p. 125.

(4) On en voit la preuve dans les procès-verbaux de visite de la province de Lyon, publiés par Ulysse Chevalier à la suite du Cartulaire de Paray-le-Monial Mémoires de la Société d'histoire et d'archéologie de Chalon-sur-Saône, i89i. En 1862, l'hospitalité se fait mal à Nantua, p. 130. On l'accomplit de manière satisfaisante a Marcigny-les-Nonains, à Paray, à Mont-Saint-Vincent, à Saint-Marcel-de-Chalon, de même à Bourbon-Lancy : dans ce dernier lieu « liest dominus abbts... propter honera debitorurn eidem priori inibuisset » A Mont-Saint-Jtan, c'est plus douteux, p. 137. En 1298, autre visite, mais le visiteur s'en rapporte souvent au dire des moines : « facit elemosinam prior, ut dicit... hospitalitas et elemosina fiunt ibi sicut decet, ut dicunt... »

(5) Bouvier, Bulletin... de l'Yonne, 1901, p. 32.

(6) L'abbé Chomton, p. 156 et suiv., déclare qu'il ne voit pas la cause de ces dettes. L'abbaye de Saint- Seine, en 1230, est dans le même cas : ses prébendes quotidiennes l'accablent, on décide de les ramener à 20. Arch. dép. Côte-d'Or, Invent, des chartes de l'abbai/e de Saint-Seine de 1774, f"5 91 v° et 92 r°. A Saint- Bénigne on vend, en 1208, une des vignes de l'infirmerie. Arch. dép. Côte-d'Or. G. 1063.

(7) « Hospitali sancti Benigni duos solidos ». Chartes de l'abbaye de Saint-Etienne, avril 1271, col. Toussaint, n° 15.

infirmes de Saint-Bénigne (1). De la sorte l'abbaye se décharge sur le nouvel hôpital de dépenses qui lui incombaient autrefois. Bien plus, en 1195, on affecte aux chanoines de l'hôpital l'autre moitié des oblalions revenant aux pauvres sous le subtil prétexte que Dominique le Biche et son frère avaient laissé des revenus équivalant à celte moitié (2). Les pauvres de cet hôpital étaient donc entièrement privés des oblations.

Ce sont là expédients d'abbés besogneux et sans ressources qui cherchent à caser et à faire vivre leurs moines.

En 1291, l'abbé de Saint-Etienne est obligé d'augmenter de 20 sols les 60 sols viennois qu'il donnait à ses chanoines pour leur vêtement et leurs chaussures, cette somme ne leur suffisant plus, ils vont mendier et vagabonder partout (3). On peut croire que, du coup, l'hôpital de Saiut-Etienne cessa peu à peu de fonctionner par la force même des choses. L'on n'entend plus parler non plus de l'hôpital Saint-Martin. Par contre, l'hôpital Notre-Dame de Dijon semble prendre plus d'extension (4). La ruine des uns augmente la clientèle et l'importance des autres, et leur permet de traverser la crise.

Dans les campagnes, c'est la même chose, les seigneurs pour la plupart, eux aussi, sont endettés. Nous les voyons essayer de céder leurs maisons-Dieu à des monastères (5). Mais ceux-ci souvent plient sous le faix et sont obligés de chercher des remplaçants. C'est ce qui arriva pour Epoisses qui passa des mains des religieux du Val des Choux dans celles de l'ordre teutonique de Jérusalem.

Non seulement le seigneur ruiné va laisser tomber la maison-Dieu, mais il va essayer de profiter des richesses de celles qui subsistent. Il s'efforcera de prendre leurs biens, de remplacer leurs malades par des pensionnaires qui lui conviennent. La maison- Dieu va fournir une pension aux serviteurs du château, les vrais malades et les vrais infirmes trouveront leur place prise. Heureux seront les hôpitaux, comme celui de Til- Châtel, qui verront à l'heure de la mort leurs persécuteurs se repentir et ordonner le

(1) 1189. « Medietate oblationum ibidem provenienlium pauperibus, medietate infirmis fratribus sancti Benigni deputata. » D'Arbaumont, Notice, p. 106.

(2) 1195. « Oe oblationibusin jam dicta ecclesia canonicorum provenientibus ita quoque est statutum, quod licet in earta domini Manasses predecessoris nostri contineatur, ut ipsarum medietas infirmis fratribus sancti Benigni et medielas pauperibus deputaretur. medietatem illam que pauperibus erat deputata. de cetero raemorati canonici percipient. Ipsi autem fratres, scilicet Dominicus et Evrardus, domui pauperum secundum arbitrium abbatis sancti Benigni tantum de suo dederunt quantum medietatem illam valere estimaverunt. » Dom Plancher, 1. 1, Preuves, p. Lxxxnn,n° CXLII. D'Arbaumont, p. 107, n'a pas remarqué la portée de ce passade.

(3) Cart. de Saint-Etienne, 1291, col. Coltin, n» 1.

(4) On le signale en 1254 ; il reçoit des donations en 1259 et 1265. Fyot, p. 297.

(5) Le seigneur d'Epoisses cède la maison-Dieu de l'endroit aux religieux de Moutier-Saint-Jean. Eudes, duc de Bourgogne, transmet celle de Louesme aux religieux du Val des Choux. Arch. dép. Côte-d'Or, fonds de la commanderie du temple d'Epailly, H. 1186; Petit, t. III, p. 420, n° 1191. Les templiers font l'acquisition de la maison-Dieu de Sombernon.

rétablissement de ceux qu'ils ont fait injustement expulser (1)! Ces violences et ces attaques seront telles, que les maisons-Dieu de Brochon et de Til-Châtel seront obligées, en l'an 1300, de se rattacher à l'abbaye de Saint-Etienne (2).

Les importantes maisons résistèrent, beaucoup disparurent; avec le marché du monastère devait tomber l'hôpital du monastère (3).

Somme toute, il était meilleur de réunir les ressources éparses et insuffisantes, pour doter plus largement les édifices qui subsistaient : une concentration s'imposait. Elle se réalisa pour les hôpitaux en même temps que pour les maladières. Au lieu de plusieurs maladières dans une grande ville, nous n'en trouvons plus qu'une à la fin du treizième siècle. Les testaments de ce moment ne signalent plus à Dijon, comme à Chalon, qu'une seule domus leprosorum.

Le parallélisme entre la situation des écoles et des hôpitaux se continue donc. Le treizième siècle voit diminuer en même temps et pour les mêmes motifs, en grande partie financiers, les écoles monastiques et les hôpitaux monastiques.

En grande partie, disons-nous, le mot « entièrement » serait inexact. Il y avait aussi des motifs moraux. Des hommes, comme saint Bernard (4), n'étaient pas favorables aux hôpitaux monastiques. L'idée de voir le monastère se transformer en auberge et le sentiment des inconvénients de toute sorte qui pouvaient résulter de ce contact de l'hôtellerie et du monastère, l'amenaient à écarter l'hôpital. Les abbayes cisterciennes construites loin des routes, dans des endroits peu habités, ne leur convenaient guère. Leur idéal d'ailleurs était le monastère agricole et non le monastère commerçant. Le custos hospitii des abbayes cisterciennes doit recevoir les hôtes avec bénignité, donner

(1) Elisabeth de Mont-Saint-Jean, veuve du seigneur deThyl. déclare expressément dans son testament : « Volo quod Boichardus de Tylio, dictus Botoille, pro servicio suo recipiatur in Domo Dei de Tylio et lobertus de vico qui a dicta Domo fuit injuste ejectus in eadem restituatur. Et propter hoc, et aliis injuriis et exactionibus, si quas dicti Domui inluli, lego et concedo dictae domui Dei sexaginta solidatas terre. » Petit, t. IV, p. 439, n° 2901.

(2) « Sperantes quod domus nostra predicta, cum juribus suis et pertinentiis universis que multorum patent insidiis ad quorum malignos impetus repellendos, virtus plena nobis non competit nec facultas. » Charte de Jean de Rochefort, évèque de Langres, 6 déc. 1300. Cart de Saint-Etienne, éd. Quesnel, n" 8; Arch. dép. Côte-d'Or, H. 117, 1253 bis. Notification de l'annexion de l'hôpital de Brochon, le 8 déc. 1300. Cart. de Vévêché de Langres (copie d'Arbigny, p. 392-396). Dom Plancher, t. II, pr. CLX. Petit, t. VI, p. 467, n° 5527. Sur Brochon, Arch. hosp. de Dijon, liasse 27. Les mêmes motifs sont invoqués par l'hôpital de Til-Châtel, le 24 déc. 1300. Il parle aussi de dissensions. Voir la charte du 27 mai 1301. Cart. de Saint- Etienne, éd. Quesnel, n° 15, et Petit, t. VI, p. 474, n° 5570, Carlul. de Vévêché de Langres (copie d'Arbigny, p. 396-402). Petit, t. VI, n» 5528.

(3) Il faut se garder d'exagérer, beaucoup de monastères font encore des aumônes abondantes au treizième siècle, tel celui de Paray (Courtépëe, t. III, p. 55), de Saint-Symphorien, qui maintiennent leur aumône à Monthclie (Courtépée, t. II, p. 334, etc.). Voir aussi les procès-verbaux de visite cités plus haut, p. 826, note 4, mais par la force des choses ils ne peuvent plus donner autant.

(4) Ce qui n'empêchait pas le saint de recommander le soin de l'hôpital quand il y en avait un. S'adressant, dans une lettre, à l'abbesse de Fwernay, il lui indiquait de veiller de près à son administration et d'écarter les parasites: c ...Non solum... de monasterio, sed etiam de hospitali domo Dei... intentissime necesse est curam geratis ; quatenus videlicet ab omni exactione et infestione ministrum seu clientum vestrorum securam ac liberam custodiatis. » Epist. cccxcn (1023) ; Migne, CLXXXII, p. 598.

des aumônes aux passants, mais les cisterciens ne veulent pas de l'hôpital dans le monastère, ni trop près de lui (1).

C'est qu'ils savent les hôpitaux dangereux pour la discipline du cloître. Les quêtes faites au loin par les frères, donnent à ceux-ci des habitudes de vagabondage et de mendicité hypocrite, le voisinage des deux sexes dans les maisons où la discipline n'est pas rigoureuse et souvent même n'existe pas (2), amène des désordres graves, et les hôpitaux sont tellement multipliés et sont entre tant de mains, que beaucoup de gens les dirigent, qui n'en sont nullement dignes. L'exemple des hôpitaux de lépreux dont l'immoralité, par suite de leur maladie même, est souvent grande (i) et qui, souvent, à la fin du douzième et dans le courant du treizième siècle, sont obligés de recruter leurs frères et sœurs dans les individus atteints eux-mêmes de la terrible maladie, n'est point salutaire aux autres hôpitaux.

Le cardinal Jacques de Vitry, qui écrivait entre 4223 et 1226, se montre très sévère pour les hospitaliers indignes, auxquels il reproche d'extorquer les biens des pauvres, de ne laisser à ceux-ci que la moindre part, de passer leur temps en plaintes et en querelles, dans l'oisiveté et la débauche, ou à machiner de lucratives opérations financières (A).

Tous les hôpitaux, néanmoins, ne suivent pas ces déplorables errements et l'indignation de Jacques de Vitry noircit un peu trop le tableau. Il indique lui-même qu'il y a des maisons dans lesquelles fleurissent vraiment les vertus hospitalières, la charité ardente, la piété, la réserve et la discipline et qui suivent strictement la règle de saint Augustin (5). Parmi ces maisons, il cite les hôpitaux du Saint-Esprit de Rome, de Saint- Antoine de Vienne et de Sainte-Marie de Roncevaux et, du coup, nous comprenons pourquoi, en Bourgogne, ces ordres ont obtenu une faveur aussi grande, particulièrement dans le courant du treizième siècle.

(1) Lallemand, t. III, p. 124, 307. On peut croire que l'hospitalité d'établissements importants comme Maison-Dieu, situé vis-à-vis du pont de Saint-Jean-de-Losne (voir la carte de Dhetel, L'abbaije Notre-Dame de Lone et nés succursales, 1864), cessa lorsqu'ils furent acquis par Citeaux en 1283. Arch. dép. Cète-d'Or, B. 11641, Peincédé, t. I, p. 290 ; Petit, t. VI, p. 308, n° 4613.

(2) Ils sont tenus, dit le prologue de la règle de Troyes, par des « maistres et sergens qui y viennent franchement quant il leur plaist, et franchement s'en pueent départir ».

(3) Lallemand, t. III, p. 267, 287, 289.

(4) « Domos autem hospitalitatis et pietatis in speluncas latronum et pro stabula meretricum et sinagogas judeorum convertunt. » De hospitalibus pauperum et domibus leprosorum. Historia occidentalis Iacobi de Vitriaco, Douai, 1597, in-8°, cap. xxiv, reproduit par Léon le Grand : Statuts d' hôtels-Dieu et de léproseries, Paris, 1901, p. 2 à 5.

(5) « Hujusmodi autem conceptio pestifera et detestabilis yprocrisis non omnes hospitalium domos occupavit. Quedam enim sunt regulares congregationes et principales conventus, seu capitalia hospitalia, in quibus non desinit fervor charitatis, unctio pietatis, honestatis décor et severitatis disciplinas. » Léon le Grand, op. cit., p. 5.

L'ordre du Saint-Esprit (1) fut fondé en 1180, avec l'hôpital de Montpellier, par Guy, le quatrième fils de Guillaume, comte de Montpellier, en faveur des pèlerins, des pauvres, des malades et tout particulièrement des enfants exposés. Encouragé par le pape Innocent 111 qu'effrayaient les nombreux infanticides de l'époque (2), il reçut ses bulles d'investiture les 22 et 23 avril 1198 et, en 1204, s'élevait à Rome, l'hôpital de Sainte-Marie de Saxe, Sancta Maria in Saxia.

Assailli par une tempête au retour des croisades, le duc Eudes III avait promis de fonder un hôpital, le pape lui conseilla de prendre des administrateurs parmi les hospitaliers du Saint-Esprit. Eudes accéda à ce désir et, en l'an 1204, l'hôpital fut établi au faubourg de D'jon, sur la rivière d'Ouche et consacré, croit-on, l'année suivante par Hilduin II, évêque de Langres.

Une partie de l'hôpital fut réservée au logement des enfants exposés ; ils étaient soignés par des religieuses et des nourrices. Une salle pour les pèlerins ou passants était aménagée dans cet hôpital des enfants.

Dans l'autre partie du terrain fut installée la maison conventuelle des religieux hospitaliers, ainsi que leur église et leur cimetière.

Les religieux portaient un uniforme couleur bleu céleBte avec une croix blanche croi>ée d ux fois à douze pointes, dont l'ouvrage de dom Calmelet nous a conservé le dessin, et obéissaient à un maître plus tard nommé commandeur. A la suite de certaines difficultés entre Rome et Montpellier, Grégoire IX rétablit, en 1228, la maîtrise générale à Rome. Ce fut donc du monastère romain de Sainte-Marie de Saxe, que la maison de Dijon reçut les institutions à la mutation de chaque maître. La congrégation, d'assez bonne heure, comprit des religieuses (;i) en même temps que des religieux, comme la plupart des congrégations hospitalières de l'époque.

Les pauvres sont honorés; « un pauvre pour l'hospitalier tient aux yeux de sa foi la place du seigneur; c'est pour cela qu'il leur donne à tous, à son égard, le nom de ses seigneurs ».

Le règlemeut administratif du treizième siècle insistait sur les devoirs charitables de l'hospitalier (4) ; il ne devait pas quitter le lit de ses malades. Le succès qu'obtint

(1) Sur l'ordre du Saint-Esprit, voir l'abbé Brune, Hist. de l'ordre du Saint-Esprit, gr. in-8", t. VI, p. 453, Lons-le-Saulnier et Paris, 1892, qui malheureusement fait état d'un grand nombre de textes faux. Sur ce point, un article de Léopold Delisle, Journal des [savants, juil. 1893. Lallemand, t. III, p. 141. Pour l'hôpital de Dijon, nous uiilisons l'histoire qui en a été laite par dom Calmelet, Hist. de la maison magistrale, conventuelle et hospitalière du Saint-Esprit, Bibl. de Dijon, man. 371. Une copie se trouve aux Archives hospitalières. Nous employons aussi les documents nombreux de ces Archives hospitalières.

(2) 11 s'éuiit efforcé de les empêcher en 1165. Lallemand, t. III, p. 135.

(3) Bulle du pape Innocent III, du 24 août 1198.

(4) « Frater hospitalis inter opéra pietatis pascit esurientes, sitientes potat, colligit hospites, nudos veatit, et non solum infinnos visitât, sed eorum in se infirmitales assumens infirmantium curam agit; in carcere positis subvenit et participât in sepultura infirmorum, parvulos jacentes colligit... » La règle du treizième siècle se trouve aux Archives hospitalières de Dijon, liasse 4.

l'Ordre en Bourgogne, montre que, ce devoir, ses membres surent d'abord le bien remplir. La même année 1204, Eudes III avait fondé à Tonnerre, en face de l'ancien hôtel Dieu, un autre hôpital du Saint-Esprit (1).

En 1215, Henri de Vergy établit à son tour dans son bourg de Fouvent une maison du Saint-Esprit (2) et il aurait probablement mis déjà ces religieux à la tête de la maison-Dieu de Mirebeau, en 1248, sans l'opposition de l'évèque de Langres qui craignait de perdre sa juridiction et refusa d'y laisser une congrégation (3).

A Arc-en-Barrois, la maison du Saint-Esprit dépend de celle de Saulx, ainsi que les chapelles et léproseries de Saulx, de Chablis, du Val-Suzon et de Semur. Celle de Beaune dépend de Dijon (4). A Autun, une maison hospitalière prit aussi le nom d' c hôpital du Saint-Esprit », bien qu'elle ne fût pas affiliée, croyons-nous, à l'ordre de Montpellier comme on l'était à Dijon (5). Quant à la maison de Chaussin, elle fut bien reprise par les hospitaliers du Saint-Esprit en 1239 (6), mais non par ceux de Dijon, par ceux de l'hôpital de Besançon, fondé en 1203 (7).

Pendant ce temps, la maison de Dijon s'étendait à Tonnerre et Bar-sur-Aube (8). A |a fin du treizième siècle, elle a des établissements soumis à sa juridiction et à sa collation, jusqu'à Saumur et Angers. Elle s'occupe non seulement des hôpitaux, mais aussi des maladières. Des confréries lui viennent en aide (9).

(t) Les slatues de la chapelle indiquent les différentes fonctions de l'hôpital. On y invoquait la Vierge « honorée dans le mystère de ses douleurs » ; saint Jean-Baptiste, « en considération des petits enfants exposés à mourir sans baptême » ; sainte Marthe, « qui recueillit chez elle Notre-Seigneur ». Pour les nourrices, on a installé une image de sainte Agathe, vierge, à qui l'on arracha les mamelles. Pour les malades en danger de mort, sainte Barbe ; enfin saint Léonard, solitaire, est prié pour la délivrance des prisonniers et des captifs.

(2) Il dépendait de la maison d'Aurey, en Bretagne, nous déclare Bouvier, Bulletin... de l'Yonne, 1901, p. 313. En tout cas, c'est une maison « spectactem ad domum sancti spiritus divionensem » d'après le procès-verbal de visite du commandeur du Saint-Esprit d'Auray. La copie de la charte de fondation de Fouvent est aux Archives hospitalières de Dijon, liasse 16, cote 46.

(3) Arch. dép. Côte-d'Or, H. 117, 1253 bis. Cart. de Saint-Etienne, éd. Ridard, n» 111 Cette convention fut renouvelée vers 1300 avec Saint-Etienne de Dijon, Cart. de Saint-Etienne (éd. Quesnel, n° 2), p. 4.

(4) Le testament de Bernard de Château-Chalon, en 1270/1, contient un legs « pauperibus Domus Dei Belne dicte de sancto spiritu ». Arch. dép. Côte-d'Or, commanderie de Saint-Jacques de Beaune, H. 1216. Petit, t. V, p. 315, n° 3753. Et surtout le procès-verbal de visite de 1288, 1289, Archives hospitalières de Dijon, liasse 16, cote 1, qui donne des renseignements pour les autres maisons.

(5) A Autun. c'est l'hôpital Saint- Antoine, fondé peu avant 1274. De Charmasse, p. 207 et suiv. Il y eut de nombreux procès entre ces hôpitaux. Le cartulaire de l'hôpital du Saint-Esprit (1269-1432). On parle aussi, en 1258, d'un hôpital du Saint-Esprit de Langres, Aubert, op. cit., p. 18.

(6) Courtépée, t. IL p 474.

(7) Courtépée. loc. cit., indique 1199 Castan, Not.surl'hôp. du Saint-Esprit de Besançon, Ann. du Doubs pour 1864 et 1865, reproduit dans les item, de la Soc. d'émul. du Doubs, LX, 1906, p. 1 à 94. 11 y a aussi une maison à Gray. Jules Gauthier, Not. hist. sur l'hôp. du Saint-Esprit de Gray, 1238-1790, in-8°, 55 p., Vesoul, 1873. A Dole, c'est l'ancien hôpital fondé en 1134, de l'autre côté du Doubs qui devint, au treizième siècle, hôpital du Saint-Esprit. Commun, de M. Feuvrier, Bul. du Comité des trav. hist., Congrès 1896, p. 197.

(8) Bulle du pape Alexandre IV, du 12 juin 1236. Dom Calmelet, p. 21.

(9) Fouvent, Bar-sur-Aube, Tonnerre et sa léproserie de Saint-Biaise, Saint-Pourcin, Saint-Sévère (diocèse de Bourges), Orthe, Angers ; maladières d'Ambillon, Brissac, Chantoce près Noyers, Neufchàteau. Saumur. On indique aussi que Lyon était alors de la collation de Dijon. Arch. hospit., liasse 16, cote 1. Calmelet, p. 22. Nous rencontrons une confrérie du Saint-Esprit à Avallon en 13U0 : Bulletin du Comité des trav. hist. (scetion d'hist.), p. 257 (communication de M. Molard), et bien d'autres dont nous parlerons plus tard.

La papauté soutenait d'ailleurs le nouvel ordre auquel ï'évêque de Langres avait fait quelques difficultés à Dijon, Mirebeau et ailleurs. En 1285, le pape Honorius IV oblige Ï'évêque Guy, de Genève, à leur donner, avant un mois, l'autorisation d'avoir une chapelle et un oratoire à Dijon (1).

Les Antonins de Vienne, dont nous avons déjà parlé (2), recueillirent aussi, dans le cours du treizième siècle, les fruits de leur attachement à leur règle et de leur entier dévouement. Ils ont alors des maisons à Chalon (3), à Lamarche-sur-Saône (4), à Toulon-sur-Arroux (5), Poiseul-la Ville (6), Gharny (7), Chàtillon (8), Etais (9) et Norges(10). Cette dernière maison ne leur fut cédée qu'en l'an 1234-, elle devint la commanderie principale et la maison d'Etais lui fut soumise.

Ils devaient loger et nourrir gratuitement les pauvres. La charte de fondation de l'hôpital d'Estais le dit expressément (11). Quant aux religieux de Roncevaux, ils administrent l'hôpital de Bar-sur-Seine (12) qui leur avait été donné par ï'évêque de Langres, Hilduin. Enfin les chevaliers teutoniques se voient confier, en 1225, la maison d'Epoisses (13).

(1) Prou, Reg. d' Honorius IV, p. 103, cité par Petit, t. VI, p. 520, n° 5840.

(2) Voir plus haut. p. 808.

(3) En 1289. Couriépée, t. III, p. 235.

(4) Couriépée, t. H, p. 435 (il indique une léproserie en 1202).

(5) De Charmasse, Cart. de l'évêché d'Autun, p. 372 ; Courtépée, t. III, p. 172.

(6) Courtépée. t. IV, p. 283 (avant 1372).

(7) Courtépée, t. IV, p. 127.

(8) La maison-Dieu de Chàtillon, desservie par les Antonins, reçoit en 1280 une dotation de Guy de Pontcarré. L'abbé Frérot, La maison de charité de Chdtillon-sur-Seine, Pichat, 1888, p. 8.

(9) Voir plus haut, p. 823. Arch. dép. Côte-d'Or, H. 117, liasse 1247. Courtépée, t. III, p. 563; Mathieu, p. 80 Elle reçoit de nombreuses donations au treizième siècle.

(10) Cart. de l'évêché de Langres (copie d'Arbigny), p. 386 ; Bibl. nat., n° 5188, f°s 252 V-253 ; Courtépée, t. II, p. 226 ; Mathieu, p 80. L'évèque de Langres avait pris des précautions. Les hospitaliers décidaient qu'ils ne demanderaient point d'exemption : « Promittimus etiam bona fide quod qua'enus ad predictum domum nullam impetrabimus exemptionem nec impetrata utemur. » En 1231, la maison portait le titre de « domus Dei pontis de Norges ». Arch. dép. Côte-d'Or, H. 117, liasse 1247. Elle s'agrandit considérablement : en 1256, elle reçoit en donation d' « Haymoninus dictus Change », tout ce qu'il possédait audit lieu. Arch. dép. Côte-d'Or, H. 117, liasse 1246. En 1275/6, la seigneurie fut partagée avec Regnaud de Grancey qui avait acquis les droits de Saint-Bénigne de Dijon. Son nom est alors iï/tosjntalis beati Antonii de Ponli Norgiarum (Arch. dép. Côte-d'Or, H. 117, liasse 1247). Auparavant, en 1269/70, le duc de Bourgogne lui avait donné la quatrième partie du moulin d'Auberive. (Ibid.).

(11) « Ut ibi amore Dei pauperes hospitentur et de cotnmissis ibidem a Deo beneficiis suslententur. » Et il était entendu que la « prefata domus pro nulla re in usus horrei commutabitur se:i sempera I usus pauperum sit et de dic*i domus beneficio pauperes sustententur ».

(12) Mathieu, Les évêques de Langres, p. 86 ; Courtépée, t. IV, p. 422. Us l'échangèrent en 1303 avec des Maihnrins contre un établissement sis à Cuenas, en Espagne Léon Legrand, Rev. des quest. hist., 1896, p. 98, note 7. Mathieu, p. 127, 156, indique deux dates différentes.

(13) Sur cette maison, bâtie par Bernard, seigneur d'Epoisses et transmise en 1200 aux religieux de Moutier-Saint-Jean par Ï'évêque de Langres, Hilduin : Gallia christiania, t. IV, pr., p. 196. Petit, t. III, p. 376, et t. IV, p. 468, n° 2966. Mathieu, p. 80, indique qu'André, seigneur du lieu, en avait investi les chevaliers de l'ordre teutonique, mais qu'Hilduin cassa ce'te donation ; mais il confond l'acte de 1200 et celui de 1225, par lequel André, seigneur d'Epoisses, confia aux religieux de l'ordre teutonique la rnaison-Dieu d'Epoisses. Arch. du château d'Epoisses, doc. indiqué par Petit, t. IV, p. 471, n° 2986. Les chevaliers teutoniques devaient réaliser un ordre qui tint à la fois de l'ordre du Temple et de celui de Saint-Jean. Ils suivaient les statuts du Temple pour ce qui concerne les devoirs des clercs et des chevaliers, ceux de l'hôpital pour les soins des pauvres et malades. Léon Legrand, Rev. des quest. hist., 1896, p. 104.

La propagation en Bourgogne de ces ordres sérieux prouve que bien des personnes partageaient les idées du cardinal de Givry à leur endroit et se défiaient des congrégations hospitalières inorganisées que l'on rencontrait partout. Les conciles ecclésiastiques ne cachent pas le mal.

Le concile de Paris, de 1212, s'élève contre un abus très fréquent en Bourgogne, celui des pensionnaires (1). Celui de Bedon rappelle que tout ce qu'a l'Eglise appartient aux pauvres (2). Béclamations vaines, on ne pouvait demander aux hospices anciens de soutenir les charges financières et l'organisation stricte qu'impliquait l'hospice nouveau.

Un des résultats de cette décadence et de cette ruine d'une partie des anciens hospices fut de faire sentir la nécessité d'un contrôle. Le contrôle ecclésiastique avait été souvent trop faible, l'on espéra que les laïques se montreraient plus sévères.

Les nouvelles communes qui jouissaient du droit de police sans partage réclamèrent énergiquement la surveillance des hôpitaux et des maladières. Elles finirent par l'obtenir d'autant plus facilement que l'élargissement des anciennes enceintes fit rentrer au treizième siècle dans les murs de la ville un grand nombre d'hôpitaux situés jadis au dehors. C'est ce qui se passa pour Dijon pour la Chapelotte, l'hôpital Saint-Bénigne et l'hôpital Notre-Dame.

On tenta donc de contrôler les hôpitaux. Déjà, lors de la fondation de l'hôpital aux Biches, il y avait été décidé qu'une certaine surveillance serait exercée par deux des paroissiens de Saint-Jean. Nous rencontrerons les mêmes précautions à Tonnerre.

Un contrôle suppose, dans une certaine mesure, un règlement. Les règles anciennes de Saint-Augustin étaient souvent vagues, mettaient de préférence en relief le côté moral et religieux que supposait la conduite de l'hôpital et s'occupaient peu des détails et surtout des finances. Les tendances pratiques et positives du treizième siècle ne se satisfont point de ces à peu près. Avec lui commencent les prescriptions minutieuses qui visent à ne rien oublier.

De ces règlements, on voit un exemple non loin de la Bourgogne, dans les statuts de l'hôtel-Dieu-le-Comte, de Troyes, du 10 juin 1263 (S), et plus près du duché dans ceux de l'hôpital de Tonnerre (A) qui, avec la charte de fondation, limitent le nombre des

(1) Labbé, Concilia, XI, 73. Lallemand, t. III, p. 87. Léon Legrand, Les maisons-Dieu, Rev, des quesl. hist., 1896, p. 112. Il y a des pensionnaires à Màcon à la fin du quatorzième siècle ; ils font cession pure et simple de tous leurs biens dans les mains du recteur. Arch. comm. de Mâcon, GG. 160, l incent, p. 58. Nous en trouverons a la même époque un grand nombre daws les autres hôpitaux de Bourgogne.

(2) « Quicquid habent clerici pauperum est », cap. II. Mansi, XXIV, p. 34. Lallemana, t. III, p. 303.

(3) Ils ont été édités par Philippe Guignard, Les anciens statuts de l'hôtel-Dieu-le-Comte de Troyes, Troyes, 1853, in-8°, extrait des Mémoires de la Société académique de l'Aube, et sont reproduits par Léon le Grand, Statuts d'Hôtels-Dieu et de léproseries, Paris, 1001, p. 101 et suiv. Il est entendu que le pain de la maison-Dieu ne sera donné qu'aux frères et aux sœurs. Ceux-ci, après un an de piobation font les trois vœux d'obéissance, pauvreté et chasteté. « Chasteté est le loit et la couverture, car quand il n'y a point de toit, il pleut paitout. » Suivent les statut*.

(4) Le règlement est du mois de juin 1293; de nombreuses dispositions sur la tenue de l'hôpital se trouvaient déjà dans la charte de fondation de l'année précédente. Bouvier, Bulletin... de l'Yonne, 1901, p. 305. 11 y eut un autre règlement de 1296 pour les sœurs, approuvé par Boniface VIII.

frères et sœurs à vingt et fixent la quantité à distribuer aux pauvres chaque jour. On a soin de décider que le reliquat du revenu non dépensé sera « aulmosné » aux pauvres et que le compte de l'administration sera rendu deux fois chaque année en présence d'un délégué du comte de Tonnerre, de deux chapelains, de la maîtresse de l'hôpital et de deux bourgeois, gens de bien choisis par le comte. Le contrôle par les paroissiens est donc admis à Tonnerre comme pour l'hôpital aux Riches de Dijon.

Des précautions sont prises également contre les intrusions du dehors.

L'hôpital est exempt du droit de visite de l'évêque de Langres comme d'ailleurs de toute juridiction séculière. Le règlement particulier insiste sur la séparation à établir entre les laboraioires et les réfectoires des frères et des sœurs, le vêtement de jour et de nuit (1). Les pauvres sont reçus par le maître seul. Les frères ne peuvent prendre leur repas qu'après avoir servi celui des malades. Enfin, on indique les punitions que pourra prononcer le maître pour les divers manquements, délits ou même crimes commis par les personnes sujettes à son pouvoir.

Ces sûretés prises contre les abus n'empêchent pas de constater que le siècle est très charitable. Si les évêques donnent souvent moins, c'est parce que, la plupart du temps, ils sont, comme les monastères, criblés de dettes. Mais les principes ne sont pas oubliés. La papauté accorde aux hôpitaux une protection plus vigilante, elle écarte l'intrusion intempestive des évêques à Dijon (2), à Grancey (3) et à Tonnerre (4), elle multiplie les indulgences aux visiteurs des hôpitaux (5).

Le concile de Béziers, de 1233 (6), recommande de faire chaque semaine au moins une aumône publique. L'instruction des pauvres est facilitée dans les écoles. Il n'y a pour ainsi dire pas de testament (7) dans lequel on ne fasse une large part aux pauvres, aux lépreux du lieu de son domicile ou aux lépreux voisins (8), aux hôpitaux, aux œuvres de ponts, de réparation de chemins.

La charité du moyen âge est ingénieuse. Voici le testament de Guillaume de Bourgogne-Montagu, en janvier 1298, qui renferme un grand nombre de legs de petites dots de vingt et dix sous viennois : Do et lego filie... pro ipsa marilanda (9).

(1) Défense aux frères de coucher sans caleçon et aux sœurs sans chemise. Bouvier, loc. cit., p. 306. Je lui emprunte les renseignements donnés.

(2) Voir plus haut, p. 831.

(3) Voir p. 824, note i.

(4) Voir plus haut. Aussi l'évêque de Langres prend-il des précautions à Etais. Voir p. 832, note 9 ; à l'hôpital du Tronchoy en 1236 il avait aussi fait reconnaître expressément sa « gardia sive custodia ». Cart. de l'évêché de Langres, copie d'Arbigny, p. 383.

(5) 11 s'agit de l'hôpital Sainte-Marie de Dijon. Langlois, Reg. de Nicolas IV; Petit, t. VI, p. 528, n" 5903.

(6) Mansi, t. XXIII, p. 275.

(7) A tel point que le soi-disant testament de Hugues IV, en 1272, qui ne contient aucune disposition de ce genre, parait bien « singulier » à dom Plancher, t. II, p. 35 et 36.

(8) Lcprosariis vicinioribus Rocha, testament ae 1203 de Jean, seigneur de la Roche-en-Brenil. Petit, t. V, p. 220, n° 3311. Domibus leprosorum propinquioribas de Vernum, testament de 1263. Petit, t. V. p. 227.

(9) Arch. de Saône-et-Loire, fonds de Maizières, H. 57, n" 11. Petit, Preuves, n° 1493, p. 499 et suiv. Pour Laignes : Gourtépée, t. IV, p. 759. Les institutions dotales sont citées par Lallemand, t. IV, p. 451, il ne remonte pas assez haut.

Robert II, duc de Bourgogne en 1297, veut aussi que vingt livres tournois soient données en dot « à quatre cents pucelles de son duché » (1). Un legs très fréquent et très utile aux hôpitaux où les malades en sont souvent réduits à coucher à plusieurs sur de la paille (2), est celui d'un lit garni d'une courte-pointe, d'une ou deux paires de draps, quelquefois d'un édredon de plume et d'un tapis. Les souliers si utiles à ces grands voyageurs que sont les pauvres ne sont pas oubliés (3).

L'usage de la distribution pleine de pain, vin et deniers faite au jour de Yobit (4) ou de l'anniversaire, est si fréquent que ces donne du moyen âge nous les mentionnerons encore au dix-huitième siècle. L'on cherche à moraliser les pauvres en encourageant leur présence aux oflices : c'est le cas de l'évêque d'Autun qui, en 1218, laissait au chapitre de cette ville divers biens et une grange à la condition d'en distribuer les revenus à ceux qui pendant le Carême seront présents pendant qu'on chantera les psaumes au chapitre (5).

Quelquefois le legs s'étend à toute une catégorie d'institutions hospitalières. En 1207, Robert, duc de Bourgogne, fait des legs plus forts aux établissements munis de chapelains et de chapelles. « En toutes les maisons-Dieu dou Ducbaime, ou sont chapelains, cinquante soubz. A chascune maison-Dieu, ou ne sont chapelains, vint soubz. A chascune maladière ou sont chapeles cent soubz. A chascune maladière ou ne est chapele, vint soubz (6). » Il indiquait bien ainsi quel était le type des établissements qu'il préférait, d'accord en cela avec les prescriptions ecclésiastiques.

C'est que la charité du moyen âge et en particulier du treizième siècle est une charité large et qui s'intéresse à toutes les entreprises dont l'utilité sociale est certaine. L'on

(1) « Apres je vuil et commant, que par la main de mes exequ'.ours soit doué en non de restitucion, à marier quatre cens puceles de mon Duchaime en recotnpensacion des gnes fais à mes subgiez de mon père et de moi. » Dom Plancher, t. II, Preuves, n° CXXXXV ; le passage cité est p. xc.m.

(2) Ou bien dans le même lit, usage qui durera longtemps. Lallemand, t. III, p '203, 204: addc, p. 187. La dame de Vieilli laisse, en 1249, aux maisons-Dieu de Chalon, du Bourgneuf, de Beaune et de Nuits et à l'hôpital de Saint-Pierre « à chascune un lit garni, c'est asavoir chotle et cosin et IIII dras et un tapis de V sols ». Petit, t. IV, p. 380, n° 2659. « Domui Dei Cabilonensi unum lectum garnitum culcitra, pulvinari, linthearninibus et capeto » (1258/9). Cart. de Saint-Vincent de Chalon, liibl. nat ., nc 17090, p. 117; Petit, t. V, p. 168 et suiv., n° 3098. « Hospitali de Fluyreyo unum lectum munitum culcitra. pulvinari, linteaminibus et supellectile » (1290). Cart. de Cluny, éd. deBruel, t. VI, n° 537 1, p. 775. « Unam culcitram cum cossino et cum duobus linteis » (1257). Cart. de Saint- Vincent de Chalon, p. 1 i'i. Petit, t. IV, p. 450, n°2923. «Unam culcitram curn pulvinarii et duobus linteaminibus ». (1253). Cart. de Saint-Vincent de Chalon, p. 121 ; Petit, t. IV, p. 407, n° 2765. « Domui Dei cabilonensi pro peregrinis et pauperibus recipiendis unum lectum munitum. » (1250/1). Même cartulaire, p. 131 ; Petit, t. IV, p. 389, n° 2683 ; (1254), même carlulaire, p. 174 ; Petit, t. IV, p. 412, n* 2789

(3) 1249. « Cent solz por acheter solers por doner por Dieu as poures religios, as poures hontos, as poures comuns. » Petit, t. IV, p. 380 et suiv., n° 2059. Adde : Testament de Guillaume de Courtenay, seigneur de Champigneulles, en 1276. Lebeuf, item, ecclésiastiques, édit. Challe et Quantin, t. IV. p. 348-349.

(4) 1250. Testament de Guillaume de Brancion. Bibl. nat. n° 17090 ; Cart. de Saint-Vincent de Chalon, p. 120. Legs « pauperibus et leprosis in die post obitum meum » (1271). Petii, t. V, p. 315, n» 3753.

(5) Arch. dép. Côte-d'Or, G. 1010 (juillet 1218), sur la générosité des bouchers d'Autun. De Charmasse, Notice sur les hôpitaux d'Autun, p. 196, 197.

(6) Dom Plancher, t. II, Preuves, p. xciv.

considère qu'il est également bon et pieux de léguer des fonds à l'œuvre des églises ou à l'œuvre des ponts. Cette œuvre des ponts prend une grande extension au treizième siècle. Sur la route de Chalon à Tournus l'hôpital de Grosne, fondé en 1257 par Guy de Sennecoy, s'occupe spécialement de l'entretien du « pont de Graone » (1) et reçoit de nombreuses aumônes à cet effet; Ton n'oublie pas non plus, quand on fait un legs à la maison-Dieu du pont de Senailly (2), d'ajouter au legs d'un lit garni celui d'une petite somme pour la réparation de la chaussée. La maison Saint-Antoine de Norges s'occupe aussi du pont de Norges (3).

L'entretien des voyageurs ne suffit pas, il faut leur ménager non seulement un toit et un lit, mais un bon chemin, un pont solide, une chaussée en bon état. La charité du moyen âge comprenil tout: elle passe du vêtement et du soulier du passant à la route sur laquelle il marche.

Le ireizième siècle commence donc la concentration ries hôpitaux des villes (4). Le mouvement urbain fait admettre plus largement dans ces hôpitaux les infirmes, les malades, les vieillards (5) et surtout les enfants trouvés. La réunion des petits hôpitaux aux grands que réalisera complètement Louis XIV, a ses amorces au moyen âge. Mais les pèlerins ei les passants ne sont pas oubliés pour autant. On voyage toujours beaucoup au treizième siècle et les pèlerinages de Jérusalem, de Saint-Miche! et de Saint- Jacques (6) continuent d'être suivis avec ferveur.

(1) Le Cart. de l'évêché de Chalon, Bibl. nat., n° 17089, p. 31 à 34, contient des chartes relatives à cet hôpital auquel les testaments du Cartulaire de Saint-Vincenl de la même ville font également de nombreuses allusions (Bibl. nat., n° 17000, p. 33) ; ponti Graone ou de Graona (ibid., p. 119 et 122) ; operi pontis de Graone (p. 159; ibid., p. 236. Voir aussi doc. de 1250 : Petit, t. V, p. 175, n° 3111). D'autres ponts sont aussi visés : ponti sanctx Marix (ibid., p. 133) ; operi pontis Sancti Remigii (p. 159).

On trouve aussi dans d'autres testamenls des legs à l'œuvre du pont de Lézinnes, du pont de Saint-Bemy, près Montbaid, des ponts de Tonnerre, du pont de Vermenton, du pont de la Verrière, du pont de Vieux- Château. Petit, t. VI, p. 200. Quantin, Recueil de pièces pour faire suite au Cart. de l'Yonne, p. 214-216 (testament de 1241).

(2) « Unumlcctum munitumeum duabuspannis et XX solsprochaucia» (1257). Petit, t. IV, p. 446, n° 2916

(3) On la nomme la Domus Dei de Ponte ; maison Saint- Antoine du Pont de Norges en 1204 (voir plus haut p. 832, note 10) et en 1260. Petit, I. V, p. 304, n° 3695.

L'évêque de Chalon, Guillaume de Bellevèvre, fait des legs « operibus pontium seu passuum dou Vernoy, de Largillaiz, de Pontpierre des Perrous, Pontis Graonae, de Taschard deversus leproseriam Cabilonensem, de campo ferreolo, calcia'a? Sancti Mareelli et Pontois. » Cart. de Saint-Vincent de Chalon, p. 265.

(4) A la fin du treizième siècle, au nombre des établissements charitables les plus importants du duché, on doit mettre vraisemblablement ceux auxquels le duc fait de préférence ses aumônes. Les comptes de Raoul, clerc de Beaune (Arch. dép. Côte-d'Or, B. 312, f° 2), nous les indiquent. Ce sont les cinq hôpitaux de Dijon : le Saint-Esprit, Notre-Dame (hospitalis Bealœ Marie), Saint-Jean, Saint-Bénigne, l'hôpital aux Biches, la maison-Dieu Saint-Pierre de Beaune, l'hôpital de Brochon, celui de Châtillon. Les maisons-Dieu d'Autun, de Vergy, d'Auxonne, de Monlréal, de Mello, d'Avallon, du pont de Grosne, de Pommard, du Val-Suzon et de Mirebeau. Les maladières de Beaune, d'Autun, de Dijon, de Vergy, d'Argilly, de Saint-Seine, de Châtillon, de Vitteaux et d'Avallon.

(5) Lallemand, t. III, p. 133.

(6) Gautier, orfèvre de Dijon, part en pèlerinage à Saint-Jacques, en 1234, Cart. de Citeaux, n° 168, f° 172 r° ; Petit, t. IV, p. 277, n° 2141. Un autre bourgeois de Dijon en fait autant en 1243. Cart. de Citeaux, n° 168, f 160 v° ; Petit, t. IV, p. 335, n» 2453. En 1254, c'est Hugues de la Maconnière qui entreprend ce voyage. Cart. de Saint- Vincent de Chalon, p. 173 et 174 ; Petit, t. IV, p. 412, n° 2789.

§ 5. — Les transformations des quatorzième et quinzième siècles.

Le quatorzième et le quinzième siècles sont des époques tourmentées. Elles voient s'achever la liquidation d'une portion notable des petits hôpitaux d'antan et s'accroître l'importance des grands hôpitaux urbains. Le refroidissement du zèle religieux, la baisse générale de la moralité, le relâchement de la discipline ecclésiastique, les perturbations amenées par le grand schisme distendent et énervent la vieille charité. Puis voici des maladies de jadis qui s'en vont lentement, la lèpre, de nouvelles qui se précipitent, foudroyantes, la peste. L'assistance a besoin d'un nouvel outillage et d'inventer en tâtonnant l'hôpital des pestiférés. Ajoutons que les constructions anciennes sont peu solides et souvent mal entretenues : en cinquante ans un hôpital est ruiné, il faut le rebâtir. Ce n'est pas tout : l'action des hommes va souvent hâter celle du temps. Les soldats, pendant les guerres incessantes, les écorcheurs, pendant la paix, passent sur la contrée bourguignonne presque sans trêve. A chaque rafale, nombre d'hôpitaux s'écroulent. Les reconstruire est difficile et même n'est pas toujours possible ; si l'on y parvient, il faut les adapter aux besoins nouveaux et permettre de plus en plus a ceux qui, pour ces rétablissements, s'imposent de lourds sacrifices de contrôler une gestion que leur expérience leur démontre fréquemment insuffisante.

La municipalisation des hôpitaux qui demeurent s'explique par les mêmes raison* que la disparition des vieux hôpitaux : à d'autres temps, il faut d'autres hôpitaux. En somme, l'évolution commencée au siècle précédent se continue, mais les circonstances lui impriment maintenant une impulsion rapide.

Ce raccourci des traits dominants de i'époque : liquidation des anciens hôpitaux, municipalisation des nouveaux, ne doit pas nous tromper ; le tréfonds des hommes d'alors n'a point changé si la vie sociale s'est modifiée ; et d'innombrables témoignages sont là pour nous attester que l'amour du prochain et du faible est toujours vif dans beaucoup d'âmes et que la magnifique prodigalité charitable du moyen âge se manifeste encore.

La liquidation des hôpitaux du treizième siècle ne se fit que progressivement sous l'influence de trois grands événements : la disparition de la lèpre, la ruine monastique et les guerres. L'établissement qui perdit le premier son utilité, fut la maladière ; ensuite on vit décroître l'hôpital de passants ; il décroit, mais ne disparaît pas : s'il en tombe un bon nombre, il s'en élève encore de nouveaux dans le courant du quinzième siècle : cet hôpital continuant de répondre à un besoin social. Parlons d'abord des

maladières.

Avec l'arrêt des croisades, la lèpre avait beaucoup diminué dans notre pays et la

surveillance des lépreux jusqu'alors fort relâchée fut rendue plus facile et devint tracassière. De plus en plus les épidémies, qu'explique en partie le resserrement des maisons dans les villes, rendent les populations plus défiantes à l'égard des lépreux qui restent. Ils sont moins nombreux qu'autrefois, on les tolérera moins. La lâcheté anonyme de la foule ne les craint plus. Ce sentiment hostile dégénéra vite en odieuses persécutions. En juin 1321 , des bruits absurdes commencèrent à courir, on disait que les lépreux du Languedoc, excités par les juifs, empoisonnaient les puits et les fontaines. Affolé, le peuple se porta aux derniers excès contre ces malheureux. Dans tous les pays placés sous l'obédience du roi de France, on les brûla. Un chroniqueur du temps peint la situation en deux mots laconiques et effrayants : « M CCG XXI, comhiHio leprosorum (1) ». Par une ordonnance de juillet 1322 (2), la royauté prescrivit à nouveau d'enfermer ces infortunés et de les nourrir, soit à leurs frais s'ils avaient des biens suffisants, soit aux frais des municipalités. Il semble que les considérations fiscales ne furent pas étrangères à ces mesures; les biens des lépreux furent mis sous la main du roi ; les seigneurs justicieis, les villes, les établissements ecclésiastiques se ruèrent à la curée. En 1322, le recteur de la maladière de Merlout, près Chalon, se plaint que les revenus et aumônes soient retenus par les religieuses de Remiremont et les gens du duc de Bourgogne (3). A Dijon, la commune, en invoquant ses droits de police, s'occupait déjà depuis longtemps du contrôle de la léproserie; elle profita des circonstances nouvelles pour revendiquer la nomination du recteur (4). Enfin, neuf ans plus tard, imitant ce qui se faisait un peu partout autour d'elle, elle amodia la maladière (5), tout en se réservant son ancien droit de visite (0).

Aux anciennes cabanes fut substitué un corps de logis destiné à recevoir six malades: « chacun d'eux y avait son logement particulier, composé d'une chambre d'à peu près quatorze à quinze pieds au carré, avec fenêtre, porte, cheminée, armoire pratiquée

(1) « In plerisque autem locis, in detestationem horrendi facinoris, leprosi ipsi viri et mulieres, in domibus suis conclusis cum omnibus rébus suis, fuerunt ignibus appositis a populo absque alio judicio concremati », cité par Lallemand, t. III, p. 25.

(2) Bec. du Louvre, t. XI, p. 183. Isambert, Bec, t. III, p. 302.

(3) Batault, p. 7.

(4) Garnier, p. 13. A Fleurey, en 1304, ce sont également des habitants qui ont la collation et la présen tation du chapelain de leur maladière. Garnier, Rec, t. III, p. 501. note 2. Y a-t-il là un ancien droit de patronage? A Nuits « et dans toutes les autres localités de Bourgogne », dit Garnier, ce fut réalisé après 1321, Bec, t. I, p. 320, note 1. Mais il est difficile de croire que les choses se soient passées aussi simplement puisque c'est seulement en 1478 que des magistrats d'Avallon sont investis, par le cardinal Rolin, du gouvernement de la léproserie qu'ils venaient de restaurer ; ils ont aussi celui de l'hôpital : Baudouin, Maison-Dieu et maladière d'Avallon, p. 222 ; Bouvier, Bulletin de l'Yonne, 1901, p. 320; Vaudin-Bataille, p. 94. A Chalon, Jes échevins ont, en 1442, le droit de présenter le chapelain de la maladière de Saint-Jean-des-Vignes à la nomination de l'évèqne et ont l'adminisiration du temporel. Batault, p. 10-17.

(5) 10 août 13i9 ; Arch. mun., E. 10, et Arch. de l'hôpital, indiquées par Garnier, p. 1 i, note 1.

(6) Néanmoins> en principe, l'évêque n'a pas perdu tout droit. Si on dénonce le malade à la municipalité, celle-ci, à Avallon, doit demander à l'évêque l'autorisation de le faire visiter. Bouvier, Bulletin de la Société des sciences de l'Yonne, 1900, p. 237. Pour Mâcon, Mar Rameau, Annales de l'Acad. de Mâcon, 3° série, t. II, p. 260 et 261 ; D' Bon, Essai sur les épidémies en B., p. 32.

dans l'épaisseur de la muraille ; grenier dessus et cave dessous. En retour d'équerre s'élevaient les bâtiments ou maisonnettes élevées par les riches que la fatalité amenait à la maladrerie. Puis, vis-à-vis le corps de logis principal, la maisonnette consacrée aux lépreux étrangers et passants (1) ». Ces logis, plus confortables, servirent avant tout aux administrateurs. Rien d'étonnant dés lors à ce qu'en grande partie, les maladières rurales se soient évanouies (2). Les recteurs ne se soucient même plus de les reconstruire là où elles soni tombées et se contentent de jouir des revenus.

La maladière de Talant, en 1453, est devenue un cabaret (3). Celle de Saint-Siméon d'Auxerre, qui jadis avait des biens immenses, n'a presque plus rien. Elle est donnée en bénéfice au chanoine Michel le Garon qui a la réputation d'être bon médecin (4). Il n'y a que les maladières des villes et des gros bourgs (5) qui subsistent encore pour la plupart, à la fin du quinzième siècle, avec un personnel restreint et des ressources que l'avidité de leurs maîtres diminue de plus en plus. A Dijon, la mairie, à la fin du quinzième siècle, alla jusqu'à supprimer les recteurs en titre d'office (6), amodia les domaines (7) et en délégua l'administration à un receveur-gouverneur qui versa le boni des recettes clans la caisse du receveur municipal : il s'en servit pour payer les soudards et les travaux de fortifications au début du siècle suivant (»).

Là où la maladière est conservée, elle n'a pas toujours gardé son ancienne destination.

La maladie nouvelle, la peste, amène la fondation d'hôpitaux nouveaux et l'utilisation d'hôpitaux anciens ou de maladières, tel le petit hôpital de Saint-Michel d'Auxerre. En 1478 et 1479, il fut occupé par des religieuses du tiers-ordre de Saint-François, qui,

(1) Garnier, op. cit., p. 38. Nous verrons aussi à Màcon, au seizième siècle, un hôpital de lépreux voyageurs.

(2) Lallemand, t. III, p. '25(3, remarque que la plupart des léproseries, en France, disparurent à la lin du quatorzième siècle.

(3) Arch. dép. Côte-d'Or, B2 360, n» 30, liasse 580.

(4) Bouvier, Bulletin de l'Yonne, 1901, p. 29, et aussi Vaudin-Bataille, Hist.de la charité... en Bourgogne, p. 80. 81.

(5) En 1375 et 1381, Jean de Grantson est recteur de la léproserie de Saint-Seine; Arch. dép. Côte-d'Or, B. 11238. La maladière de Nuits est citée en 1408. Garnier, Bec, t. I, p. 320, 322 On parle du pré des lépreux de Flavigny, en 1358. Arch. dép. de la Côte-d'Or, Inventaire de Saint-Seine, de 1774, f° 102 V. On cite également la domus leprosorum de Saint-Seine, de Léry et de Môlois, en 1304. Arch. dép. Côte-d'Or, Invent, de Saint-Seine de 1774, f 94 r° et v°. Sur la léproserie de Saint-llippolyte d'Autun (1177), Arch. dép. Côte-d'Or, G. 759; de Vitteaux avant 1474 (25 août), Garnier, Bec, t. II, p. 275 ; de Bourg-en-Bresse, en 1475: Brossard, Cart. de. Bourg, n° 143, p. 481, et en 1490, But. du Comité des trav. hist., 1893, p. 91-94 ; de Plombières (1472) : Courtépée. t. II, p. 232 ; de Seignelay (1420) : Porée. lurent, de la collée t. de Chastellux, n° 558; de Velle-sous Gevrey (1424) : Courtépée, t. II, p. 212 ; de Beaune (1302) : Petit, t. VI. p. 483, n*5623 ; Peincedé, t. I, p. 61; de Montréal: liouvier, Bulletin de l'Yonne, 1901, p. 329; de Tournas, où l'on trouve encore plusieurs lépreux e:\ 1161. Jeanton, La comnianderie d'Aigre feuille-en-Bresse, 1906, p. 58, 59.

(6) En 1464, elle rappelle au gouverneur que l'émine de Dijon est de 28 carterauches et non de 24. Arch. mun., B. 162.

(7) Ces amodiations funestes se rencontrent partout. A Flavigny, en 1405, Guiot Turreaul est « admodiateur de la maison aux musealx de ladite ville ». L'hôpital de la maladière de Flavigny reçut, en 1441, une donation de Nicolas d'Aiserey pour la sustentation des malades. Arch. dép. Côte-d'Or, H. 117, 1253 bis. Les amodiations sont usitées également pour les léproseries de l'Yonne. Bouvier, Bulletin <!<■ la Société des sciences de l'Yonne, 1900, p. 241.

(8) Garnier, p. 30.

avec le plus grand dévouement, s'efforcèrent de combattre la redoutable épidémie (1). En 1472, on fait construire, à Bourg, avec la permission de l'archevêque de Lyon, un abri pour pestiférés (2). A Dijon et nombre d'autres villes, la maladière est utilisée plusieurs fois pour loger ces nouveaux malades. Elle devient une sorte d'annexé de l'hôpital. Bref, les maladières ne comptent plus guère à la fin de notre période. L'hôpital de passants lui aussi est moins résistant qu'au treizième siècle.

L'hôpital monastique avait été le type de celte hôtellerie pieuse; à la fin du treizième siècle, il n'était déjà plus que l'ombre de ce qu'il avait été jadis. Sa déchéance continue, activée par les mesures juridiques prises par la royauté et les seigneurs contre l'accroissement du patrimoine ecclésiastique (S). Le monastère bénédictin, privé de ses marchés et de ses revenus, toujours écrasé de dettes, en sera souvent réduit à amodier ses biens et à réduire le nombre de ses moines. Dès lors, comment pourrait-il continuer l'hospitalité généreuse d'antan? Les procès-verbaux de visites faites aux monastères bourguignons de l'ordre de Saint-Benoît, en 1342, nous livrent des preuves de cette attitude médiocre de la charité monastique. Dans la province de Lyon le visiteur estime qu'à Paray l'aumône est faible (4); l'hospitalité n'est pas bien observée (5). A Mont-Saint-Jean, si l'aumône se fait bien, l'on n'en peut dire autant de l'hospitalité (6). C'est le contraire à Vergy, l'hospitalité y est bien pratiquée, mais l'aumône ne s'y fait plus (7). Par contre, dans les maisons de Marcigny-les-Nonains, de Bourbon- Lancy et de Saint Jean-de-Losne, tout se passe correctement (8).

La situation est beaucoup plus mauvaise pour le monastère de Saint-Seine. Les officiers du duc de Bourgogne déclarent, en 1315, que là « hospitalité n'est gardée, religion y est dissolue ». Les moines longtemps pillés ont pris eux-mêmes goût à la guerre et courent partout en armes. On demande que « l'aumône soit faite et donée es poures en leu et en tens, sanz nul défauz » et que « hospitalitez soit tenue et gardée si comme elle doit être de droit et de costume » (9).

(1) Bouvier, But. de V Yonne, 1900, p. 253.

(2) « Unam domum pro ibidem personnis utriusque sexus ipsius villse dicto morbo epidemiae percussis rehabendis et ponendis. » Brossard, Cari, de Bourg-cn- Bresse, n° 139, p. 471.

(:î) Voir Chénon, Les alleux, p. 67 et suiv. ; Aubert, p. 40. Le monastère deBèze a tant de dettes, en 1314, qu'on est obligé de nommer des syndics pour administrer ses biens. Petit, t. VII, p. 516, n° 6534. Pour Saint- Seine, supra, p. 174.

(4) Elle ne se fait que débiliter. Il est vrai que l'aumônier déclare que pour toucher les revenus de l'aumône, il était obligé de faire tant de procès qu'il y consumait ces revenus : « Elemosyna vero [fit] débiliter ; excusât se elemosina[rius] pro eo quod in retinendis juribus elemosinarie oportet necessario contra plures bona et redditus dicte elemosinarie expendere. » Ulysse Chevalier, Carlulaire de Paray-lc-Monial, p. 189.

(•">) « Hospitalitas non bene fit. » Ibid.

f(j) « Elemosina san honeste fit ibidem, hospitalitas non est laudanda » ; Ulysse Chevalier, Carlulaire de Paray-le-Monial, p. 19!. A Nantua, on trouve aussi « l'hospitium minutum ». Ibid., p. 195.

(7) « Divinum officium bene fit, hospitalitas pari modo, elemosina minime, sed neglecta est fieri a tempore domini Jacobi de Rassey qui fuit longo tempore. » Ibid., p. 192.

(X) C'était le cas normal, encore à la fin du treizième siècle. Voir Cari, de Paray, p. 1 "28 et suiv.

(9) Une partie du texte a été citée plus luut parGarnier, p. 173. L'ordonnance de l'archidiacre de Flavigny

Il est difficile de croire que l'hôpital de Brochon soit encore bien entretenu (1), les guerres, nous le verrons, lui porteront le dernier coup. Même dans les villes, les hôpitaux de passants tenus par les abbayes tendent à disparaître.

Par exemple, l'hôpital Saint-Bénigne de Dijon, depuis qu'il a quitté la porte Saint- Pierre où il était encore en 431 1 (2), non loin de l'hôpital de Jérusalem, pour venir s'installer près du castrum, est de moins en moins fréquenté. La maison-Dieu de Dominique le Riche est censée le remplacer, mais depuis qu'elle est soumise à Saint- Bénigne, que d'abus ! La charge de recteur est devenue un office claustral à la nomination de l'abbé. Cet office est doté avec les revenus de l'hôpital aux Riches et après avoir prélevé sur ces revenus qu'il amodiait (3), les sommes nécessaires à l'entretien de la maison et à l'acquittement des charges de la fondation, sommes sur lesquelles il lésinait de plus en plus, le bénéficiaire gardait le reste (4). Le mal sévit partout. On peut dire qu'en 1452, l'hôpital Saint-Etienne d'Auxerre a perdu presque tous ses biens. Il n'a plus de pauvres au début du seizième siècle (5).

L'hôpital de Saint-Père d'Auxerre est négligé à la même époque et les moines veulent s'en emparer. L'hospice de l'abbaye de Saint-Germain n'a plus d'importance, celui de Saint-Vigile n'est sauvé que parce qu'il est repris par une confrérie de Saint-Silvain, une confrérie maintient aussi l'hôpital Saint-Jacques ; celui de Sainte-Catherine aux

et celle du doyen de Beaune promettent un remède. On déclare que « s'il havoit defTaut en l'aumône ou en l'ospitalité ou es autres obédience, il meteroit remède en prenant les biens temporex des dites obédiences tant que à ce que li aumône, li ospitalitez et les autres charges soient acomptées et ne soffrera que provandes soient bailles es priores forains que veut résider en l'abbaie ne à persone étrange se n'est es provoires qui sont [à] l'ospice. » Arch. dép. Côte-d'Or, B. 11652.

(1) L'abbé de Saint-Etienne mentionne à peine « l'hospitale pauperum ipsius domus » dans ses procèsverbaux de visite du 3 mai 1446. Arch. dép. Côte-d'Or, H. 117, 253 bis. Au quatorzième siècle, il avait été disputé à Saint-Etienne par le visiteur du Temple ; l'abbaye fut néanmoins mise en possession. Cart. de Saint-Etienne, éd. Parisot, n°* 39, 40, 41, 46. Une transaction qui eut lieu amena d'autres difficultés. Cart. de Saint-Etienne, éd. Fricaudet, n0' 35 à 38. Finalement, en 1331, l'abbé de Saint-Etienne fut déchargé des vingt livres de rente qu'on lui réclamait. Cart. de Saint-Etienne, éd. Fricaudet, n° 66. Ce qui nous fait croire à l'importance de cette maison encore au quatorzième siècle, c'est qu'elle reçoit encore des legs ; par exemple de Jean d'Arceau, en 1311. Arch. dép. Côte-d'Or, G. 1105. L'hôpital de Brochon paie les dimes des vignes de Fixin au chapitre de Langres. Arch. dép. Côte-d'Or, G. 1067 (1454). Sur ses acquisitions aux quatorzième et quinzième siècles, l'on trouvera des indications nombreuses aux archives hospitalières de Dijon.

(2) Ceci est prouvé par un document, des titres de Saint-Bénigne, cité par Peincedé, t. I, p. 7; Petit, t. VU, p. 491, n" 6365 ; d'Arbaumont, Notice hist. sur la Chapelle-aux-Riches, p. 22, note 1. Tant que l'hôpital est hors la ville, il reçoit des donations et des legs. En 1306, on le nomme dans le testament de Gillette, femme de Guillaume de Cutigny, Cart. de Saint-Etienne, éd. Quesnel, n° 49; en 1311, dans le testament de Jean d'Arceau. Arch. dép. Côte-d'Or, G. 1105. Après cette époque, on n'en parle plus guère, par exemple dans le testament de Begnaut Sarre qui nomme pourtant la Chapelle aux Biches. Arch. dép. Côte-d'Or, B. 11225. On l'oublie de même dans le testament de Jean de Broigne à la fin du quatorzième siècle. Arch. dép. Côte-d'Or, B. 11268, f° 69. Toutefois il est encore nommé en 1380, Cart. de Saint-Etienne, éd. Janniaux, n° 20. Une mention de l'hôpital « devant le grand portail » de Saint-Bénigne. Arch. dép. Côte-d'Or, H 1, 1, p. 142.

(3) Un exemple d'amodiation de l'hôpital aux Biches, en 1310-1312. Arch. dép. Côte-d'Or, B. 11221.

(4) D'Arbaumont, p. 24, 25. Sur le recteur Barthélémy de Vaux, en 1349, on trouvera une indication Arch. dép. Côte-d'Or, B. 11228, 11233.

(5) Bouvier, Bulletin de l'Yonne, 1901, p. 33.

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Aulx n'est plus tenu que par une maîtresse (1). Même dans les maisons religieuses qui continuent d'ouvrir leur porte aux passants et leur bourse aux pauvres (2), ce n'est plus l'aumône abondante du passé ; c'est une hospitalité restreinte, c'est une aumône stricte, déterminée par les contrats et les règlements. Ailleurs l'on n'a plus affaire souvent qu'à des hôpitaux de façade, l'esprit de charité les a quittés. Pour les soutenir, il faudrait pouvoir faire de fortes dépenses, les rebâtir quand ils sont ruinés, on ne le peut pas. Les revenus insuffisants d'un grand nombre de ces petits hôpitaux sont encore anémiés par la grosse crise monétaire du quatorzième siècle.

Dès lors, ils diminuent ou disparaissent ou redeviennent de simples chapelles ne donnant plus le logement. En 1351, le prieuré de Serrigny est uni à l'abbaye de Saint- Seine, à charge de donner l'hospitalité (3). Mais on peut douter que cette abbaye, qui ne pratiquait plus guère l'hospitalité chez elle, ait eu plus de vertu dans ses prieurés. Les biens de l'hôpital de Meursault, en 1358, sont annexés à l'abbaye de Sainte- Marguerite (4). C'est à ce moment que les doyens de la collégiale de Beaune tentèrent, mais vainement, de s'emparer des revenus de la léproserie (5).

Allons-nous trouver une situation meilleure dans les hôpitaux tenus par les ordres religieux, qu'au treizième siècle, le cardinal de Givry considérait comme les meilleurs ordres hospitaliers? A peine; et pour le prouver, en négligeant les religieux de Roncevaux qui quittèrent, en 1303, la maison de Bar-sur-Seine (6), il suffira d'examiner la situation des ordres bien représentés en Bourgogne : les hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, les Antonins et l'ordre du Saint-Esprit.

Dans ces trois ordres, on remarque des signes certains de décadence. Ils sont plus visibles pour les deux premiers.

Sans doute, les hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem qui avaient été gratifiés des biens des templiers, continuèrent un moment de remplir leur mission charitable. On parle de la Madeleine dans les testaments du quatorzième siècle, puis on se tait, et ce silence indique lejugement de l'opinion publique (7). II faut dire que les hôpitaux de ces

(1) Bouvier, Bulletin de l'Yonne, 1901, p. 33, 34, 35, 37. La situation de l'hôpital aux Riches de Dijon est la même. Il n'y reste plus, au seizième siècle, qu'une vieille servante pour soigner les pauvres. D'Arbaumont, p. 29.

(2) Tel 1 hôpital du Saint-Esprit d'Autun, que les procès-verbaux de visite de 1430 et 1431 indiquent comme bien tenu. De Charmasse, Notice sur les hôpitaux d'Autun, p. 217. Par contre on ne parle plus guère des hospices de Cluny, c'est ce qui nous semble ressortir de l'étude de Mar Rameau, Annales de VAcad. de Mdcon, 3e série, t. II, p. 250 et suiv.

(3) Courtépée, t. II. p. 354.

(4) Courtépée, t. Il, p. 330.

(5) Gandelot, p. 72.

(6) Us furent remplacés parles trinitaiies ou mathurins. Arch. nat., G. 42669. Contant. Hisl. de Bar-sur- Seine, p. 352.

(7) La Madeleine est gratifiée par le testament de Jean d'Arceau, en 1311, de Regnaut Sarre, en 1333. Sur elle, voir Arch. dép. Côte-d'Or, B. 11227 ; B. 11250. En 1404/5, le 11 février, un scandale montre que la disci-

hospitaliers de Saint-Jean ont perdu en partie leur raison d'être. Ils étaient destinés à faciliter les voyages des croisés et les pèlerinages en terre sainte; la cessation des uns, la diminution, puis l'arrêt des autres, les rendirent inutiles ; ils devinrent la proie des commandeurs (1).

Les hôpitaux de Saint-Antoine sont plus fréquentés et montrent que la faveur du public s'attache toujours à l'hôpital du Pont de Norges et à celui d'Etais. Ils sont gratifiés fréquemment dans le courant du quatorzième siècle (2). En bon Bourguignon, Philippe le Hardi avait une dévotion toute particulière à saint Antoine (3). Mais à la fin du quinzième siècle, les Antonins semblent plutôt battre monnaie avec la réputation qu'on leur fait de protéger du mal des ardents leur donateurs et ceux qui se soumettent à leur « religion » que de recueillir effectivement les malades (4).

Restent les hôpitaux du Saint-Esprit, leur étoile commence également à pâlir dans 'es dernières années du quatorzième siècle, comme nous le verrons plus loin.

Les guerres et les invasions des écorcheurs se chargèrent de compléter les ruines. Les ravages delà grande compagnie en 4359, 1360 (5) ; la guerre de cent ans, les déprédations des écorcheurs (6), de 1435 à 1438, après le traité d'Arras, furent extrêmement nuisibles aux hôpitaux des villes et des campagnes.

L'hôpital de Châtillon-sur-Seine (7) fut ruiné comme celui de Bourg, qu'anéantit en 1360 l'attaque des Anglais (8). En 1363, le roi Jean est obligé d'accorder des amortissements à l'hôpital du Saint-Esprit de Dijon pour le dédommager des pertes causées

pline y est relâchée. Ibid., B2. 360, n° 2. La confirmation des privilèges de Saint-Jean, par Philippe le Bon, se trouve aux mêmes archives, B. 11680. Sur la maison de Saint-Jean-de-Jérusalem de Bures (1333): Petit, t. VIII, p. 342, n° 7529. En dehors de Dijon, nous pouvons signaler l'hôpital de Belle-Croix, dont le bailli reçoit une aide en 1313 : Petit, t. VII, p. 503, n° 6448. Un état des possessions des templiers et des hospitaliers en Maçonnais, Charolais, Lyonnais, Forez, d'après une enquête de 1333, a été publié par M. de Charmasse, Méni. de la Société éduenne, t. VII, p. 105 à 147.

(1) Il en fut de même des commanderies de Saint-Lazare de Jérusalem pour Aigrefeuille-en-Bresse, voir Jeanton. La commanderie d' Aigre feuille, 1906, p. 22 et 36. L'hôpital de Curville est absorbé au début du seizième siècle, ibid., p. 43 ; celui de Chamonal, au quinzième, ibid , p. 43.

(2) Legs de Jean d'Arceau, en 1311. Arch. dép. Côte-d'Or, G. 1105. Dons du duc de Bourgogne en 1313; Petit, t. VII, p. 502, n° 6442; autres legs en 1349 et 1390; Arch. dép. Côte-d'Or, B. 11253 et 11288, f 69. Guillaume de Besançon est précepteur de Norges en 1323-1325. Arch. dép. Côte-d'Or, B. 11227. Autre legs en mars 1380. Cart. de Saint-Etienne, éd. Janniaux, n° 20.

(3) E. Picard, La dévotion de Philippe le Hardi et de Marguerite de France, Dijon, 1911, p. 21. Le testament fait en faveur de cet hôpital de Norges par un simple valet de chevaux montre à quel point il est estimé. Picard, p. 23. C'est toujours « saint Anthone, le saint aux Bourguoignons, — qui gist en Viennois et fait à mains maignons » dont parle le poème de Girard de Bossillon, édit. Mignard, 1858, p. 31.

(4) Voir l'acte du protocole de Guiot Tartarin, cité par Simonet, p. 312, 314.

(5) Kleinclautz, Hist. de Bourgogne, p. 100, 101. La grande compagnie pille Molesme, Châtillon-sur-Seine, Bar-sur-Aube, Mussy-l'Evêque.

(6) Sur les ravages des écorcheurs : de Fréminville, Les écorcheurs en Bourgogne; dom Plancher, t. IV, p. 233 ; Rossignol, Hist. de Beaune, p. 280 ; Bulliot, Hist. de Saint-Martin d'Autun, t. I, p. 315; Bavard et Boudrot, Hist. de V Hôtel-Dieu de Beaune, p. 2.

(7) Courtépée, t. IV, p. 187.

(8) Henri Denifle, La désolation des églises, monastères et hôpitaux en France pendant la guerre de cent ans, 2 vol., 1897-1899, t. II, p. 343.

par toutes ces guerres (1). La dévastation des hôpitaux se poursuit d'année en année. L'importante maison de Chagoy, en 1394, ne peut plus héberger les pauvres « propter guerras et alias depredationes » (2).

En 1418, l'hôpital d'Auxonne, construit en 1374, hors la ville, fut entièrement rasé (3). L'année suivante, la duchesse de Bourgogne fait une donation à la maison-Dieu de Nailly qui a été pillée par les gens d'armes (4). En 1420, l'hôpital Saint-Laurent de Màcon (5) subit les mêmes désastres.

Plus vinrent les routiers. La maison de Brochon, en 1436, ne peut plus recevoir personne et suffit à peine à ses besoins (6). L'hôpital de Beuilly est tombé en 1438. son recteur essaie vainement de le rétablir (7). Buinée la léproserie de Beaune (8) ! Buiné l'hôpital Saint-Laurent de Nuits où l'on ne peut plus recevoir de malades en 1445 (9).

Deux ans auparavant, une supplique adressée au pape Eugène IV montrait la situation lamentable de l'hôpital du Saint-Esprit de Dijon, menacé de perte totale, en dépit de tous les secours utiles qu'il avait toujours prodigués (10).

A la même époque, près des limites du duché, l'hôpital de Sens fut dévoré par l'incendie (11); celui de Tonnerre, dévasté par les routiers, souffrit beaucoup de la lutte de Louis XI et de Charles le Téméraire (12).

(1) Arcli. hospitalières de Dijon, liasse 3, cote 1 ; Arch. nat., JJ. 93, n° 300 ; Petit, t. IX, p. 489, n° 9762. Philippe le Hardi augmenta le chiffre de Jean le Bon en 1384 et 1400. Arch. hosp., liasse 3, cotes 2 et 3.

(2) « Accepimus hospitale Domus Dei de Changneis... situm in recto itinere per quod itur de Parisiis Avinionem, et ad quod, temporibus retroactis, multi Christi pauperes affluebant et inibi hospitabantur, propter guerras et alias depredationes que in illis partibus viguerint, in domibus, terris, vineis, lectis et aliis ad hospitandum dictos pauperes necessariis dampna sustinuerit quamplurima : propterea iidem pauperes non possunt in eodem hospitali commode hospitari. » Reg. Vat. Clément. VII, n» 307, fol. 465 ; Deniile, t. II, p. 331.

(3) Courtépée, t. II, p. 412.

(4) Elle rappelle que cette maison est de l'ancienne fondation de ses prédécesseurs ducs de Bourgogne. Arch. dép. Côte-d'Or, H. 117, 1253 bis.

(5) Denifle, t. I, p. 357. Déjà en 1393 il est dans la plus grande détresse « dépourvu de livres et d'ornements », Ma' Rameau, L'ancien Hôtel-Dieu de Màcon, Annales de l'Académie de Màcon, 3e série, t. III, p. 414.

(6) « Ad tantam ruinam et desolationem pervenerit quod in eodem (a rnulto tempore) nec pauperes recepi nec sibi necessaria ministrari. » Deniile, t. I, p. 355.

(7) Denifle, t. I, p 331.

(8) Denifle, t. II, p. 194, 475.

(9) « Ut pauperes et débiles personaî recipi non valeant. » (1445). Denifle, t. I, p. 340; Courtépée indique à tort 1446, t. I, p. 366.

(10) Cet hôpital, nous est-il dit, dans lequel « divinum officium diurnum pariter ac nocturnum votive celebretur et quamplures Christi pauperes utriusque sexustam orphani, paupercule et miserabilespersone, quam etiam infirmi et languidi inibi de bonis ejusdem hospitalitatis nutriantur, et de eis necessaria ministrantur, puerique custodiantur, alantur et in artibus instruantur, ac nuptui tradantur, quam plurima alia pietatis et misericordie opéra adimpleantur tamen .. causantibus guerrarum turbinibus et aliis calamitatibus. que partes illas hactenus afflixerunt, divinum officium et misericordie opéra hujusmodi... diminuentur et cessabunt, ac hospitale hujusmodi in suis structuris et edificiis que ruinam minantur, undequaque desolabitur et destruetur, nisi V. S premissis de remedio provideat opportuno. » (1443), Suppl. Eug. IV, n° 382, f° 134; Reg. Vat.. n» 402, f° 59 ; Denifle, t. I, f 349.

(11) Cet hôpital était très riche « in redditibus et proventibus suis, ornamentis, lectis et aliis necessariis ad sustentationem pauperum peregrinorum et infirmorum opulenter abundabat... » « ...Habitatio hospitalis fuit combusta totaliter et destructa ». Denifle, op. cit., t. I, n° 97, p. 28.

(12) Bouvier, Bulletin... de l'Yonne, 1901, p. 308.

Et encore ne connaissons-nous que les destructions les plus notables. De nombreux petits établissements disparaissent sans jeter l'appel de détresse que nous conserve un document. Les monastères ruinés en ferment silencieusement bon nombre d'autres (1). Puis il faut compter avec les déprédations et les accaparements que font, à l'occasion des guerres, les voisins des terres et des biens des hôpitaux ou même les officiers du duc (2).

Aux ravages faits par les ennemis se joignaient ceux des défenseurs des places, qui faisaient démolir toutes les constructions situées près des murs, qui pouvaient offrir une aide aux assaillants. Beaucoup de petites hôtelleries extra muros, d'auberges pieuses de voyageurs, situées dans la banlieue des villes, furent rasées de la sorte (3).

Des périodes aussi troublées ne laissent subsister que les maisons solides, dotées de revenus suffisants et dont la surveillance est assez stricte pour maintenir la discipline et l'ordre nécessaires, ou dont l'utilité est telle qu'on se décide à les reconstruire et à les maintenir en dépit des événements défavorables. Les textes nous livrent les noms de ceux d'Arceau (4), de Til-Châtel (5), d'Orville (6), de la Loye (7), de Maisey (8), de Pommard (9), de Montréal (10), de Saint-Eloi de Poulailler (11), de Longecourl(lJ2), du Val-Suzon(13), de Saint-Jean de Bar-sur-Seine (14), de Fouvent(15), de Mirebeau (16),

(1) Sur la ruine des monastères bourguignons pendant la guerre de cent ans, on trouvera encore d'abondants renseignements dans Denifle : pour Cluny et Clteaux, t. II, p. 607, 008 ; Saint-Pierre, Saint-Bénigne et Saint- Etienne de Dijon, 1. 1, p. 348; Vézelay, t. I, p. 336; Flavigny et Saint- Vivant, t. I, p. 337; Rougemont, obligé de s'unir un moment à l'hôpital de Norges en 1445, 1. 1, p. 346; Gevrey, t. I, p. 350; Chalon, t. I, p. 329, etc.

(2) Le 24 mai 1450, le camérier du pape fulmine une sentence d'excommunication contre les receleurs et usurpateurs des biens de l'hôpital du Saint-Esprit de Dijon. Arch. hospitalières, liasse 6, cote 1. Sur les ravages que subit l'église d'Autun de la part du bailli ducal, De Charmasse, Mém. de la Soc. Eduenne, t. XXVI, p. 87 et suiv.

(3) En 1358, à Saint-Florentin, l'ancienne église a été abattue avec la maladrerie du faubourg, cette dernière gênant les fortifications de la ville. Arch. nat., JJ. 80, n° 554 ; Petit, t. IX, p. 394, n° 9028. Le bailli de Sens, en 1361 obtient rémission pour avoir détruit tous les édifices ecclésiastiques lorsque les Anglais approchaient de la ville. Petit, t. IX, p. 441, n» 9385.

(4) Le legs de Jean d'Arceau le nomme en 1311. Arch. dép. de la Côte-d'Or, G. 1105. Son recteur est un nommé « Bisuntin » en 1340-1342. Ibid., B. 11229 ; c'est un peu plus tard Jean d'Arceau, dit Coutre-d'Aux. Ibid., B. 11246 (1349/50). On parle aussi du maître de cet hôpital dans le cartulaire de Bèze, Arch. Côte-d'Or, B2 131, t. II, p. 632 (1425).

(5) Son recteur est Jean Personne, en 1310-1312. Arch. dép. Côte-d'Or, B. 11221. Il reçoit un legs de Jean d'Arceau.

(6) Nommé dans le testament de Jean d'Arceau.

(7) La maison de La Loye est nommée en 1329. Arch. dép. de la Côte-d'Or, B. 11684.

(8) Sur la léproserie devenue hôpital, Courtépée, t. IV, p. 276. Arch. dép. de la Côte-d'Or, B. 11684.

(9) Arch. dép. de la Côte-d'Or, B. 11684 (1413).

(10) Ibid. (1324).

(11) Simonnet, p. 317.

(12) Peincédé, t. I, p. 112 ; Petit, t. VI, p. 476, n° 5582 (1301).

(13) Fondation d'une lampe ardente à l'hôpital du Val-Suzon. Arch. dép. de la Côte-d'Or, B. 11228. Voir aussi Simonnet, p. 310, 319. Il dépend toujours du grand^Saint-Bernard de Montjoux.

(14) E. Picard, La piété des ducs de Bourgogne, p. 45.

(15) Le territoire dépend de l'évêque de Langres. Courtépée, II, 197.

(16) Pour Mirebeau, voir plus loin, p. 859. En 1491, le recteur avait voulu établir un oratoire près de l'hôpital. Il s'ensuivit un procès avec Saint-Etienne. Arch. dép. de la Côte-d'Or, G. 215.

de Louhans (1), de Bellevèvre (2), de Montbard et de Vitteaux (8), de Velle-sous- Gevrey (4), de Châteauneuf (5), du Saint-Esprit de Beaune (6), de Guilly (7), de Cuiseaux (8) et de Nolay, sans compter ceux que nous avons déjà cités, ou que nous citerons bientôt. Ces hôpitaux sont anciens.

Près de ces hôpitaux anciens nous en voyons surgir de nouveaux en dépit des circonstances défavorables, à Chalon, en 1315 (9), à Dijon, en 1340 (10), Verdun est dotée, en 1372 (11), Coulanges-la-Vineuse, en 1378 (12), Is-sur-Tille, en 1412 (13), Semur-en-Brionnais(14)etParay(15), enl420; Auxonne, enl421(16), Baugé-en-Bresse, l'année suivante (17), Gevrey et Dracy-Saint-Loup, à des intervalles rapprochés, le premier avant 1449 (18), le second avant 1448 (19), Châtillon, en 1480 (20), Varambon,

(1) Courtépée, t. III, p. 295.

(2) Courtépée, t. III, p. 34.

(3) On possède aux Archives hospitalières de Montbard des documents du quinzième siècle sur cet hôpital; ceux de Vitteaux remontent à 1340. Claudon, Rapport présenté au Conseil général de la Côte-d'Or, le 18 juillet 1912, p. 33 et 46.

(4) L'hôpital de Saint-Philibert ou Velle-sous-Gevrey, est signalé en 1424. Courtépée, t. JI, p. 242.

(5) A Châteauneuf, les chapelains de l'hôpital, depuis 1344, sont nommés par le seigneur. Arch. dép. delà Côte-d'Or, H, 117. Dans la Comté, le plus ancien titre de l'hôpital Notre-Dame de Dole sont de 1320. Bulletin du comité des trav. hist. et scientifiques, Congrès de 1896, p. 196 suiv.

(6) Le recteur, en 1422, est Guillaume Mangeor. Arch. dép. Côte-d'Or, H. 117, 1253.

(7) C'est un ancien hôpital de passants, près de Bar-sur- Seine. Arch. dép. Côte-d'Or, C. 378.

(8) Cuiseaux remonte au dix-septième siècle, Nolay est très vieux. Garnier, Annuaire, 1898, p. 493.

(9) Cette année, Robert de Decize, évêque de Chalon, établit « unum hospitale in honore virginis gloriosae juxta pontem sanctse Mariae Cabilonensis ». Il comprenait une crèche d'enfants » puerperium ». Batault, p. 32, 33.

(10) C'est l'hôpital Saint-Fiacre dont nous parlerons plus loin. Il y eut aussi, en 1363, un projet de fondation de plusieurs chapelles ou d'un hôpital pour les pauvres à la paroisse Saint-Pierre de Dijon. Petit, t. LX, p. 491 , n° 9780.

(11) Il fut fondé par Eudes, le seigneur de cette ville. Arch. dép. Côte-d'Or, B. 11684.

(12) Arch. départ, de la Côte-d'Or, C. 378. Vaudin-Bataille, Hist. de l'Assistance publique en Bourgogne, 1898, p. 44.

(13) Pour Is-sur-Tille, M. Claudon, Rapport annuel au Conseil général du 18 juillet 1910, p. 33, indique une copie de la fondation d'une maison-Dieu faite en 1412, à Is-sur-Tille, dans les archives hospitalières de cette ville. Courtépée, t. II, p. 207, donne la date de 1439 comme celle de la dotation de l'hôpital par le curé du lieu, N. Milon.

(14) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 11684.

(15) L'hôpital de Paray fut établi au quatorzième siècle par Baudinot de Selosse. Courtépée, t. III, p. 52, n'indique pas de date.

(16) La commission pour la fondation et la dotation proposée par Amiot Viard est de 1420. Arch. dép. Côte-d'Or, B. 11684. Courtépée, t. II, p. 412, indique à tort 1435.

(17) L'hôpital de Bourg-en-Bresse existait en 1422 ; il fut approuvé par le duc de Savoie en 1451. Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12114, f» 113 r°. Ailleurs, ibid., 12117 f°, 281 v° à282 v», on le dit établi en 1480. Les hôpitaux de la Bresse, du Charolais et du Bugey, etc., remontent presque tous aux quatorzième et quinzième siècles, d'après la tradition du dix-huitième siècle. L'hôpital de Chàtillon-les-Dombes existe en 1432, il a été fondé par le duc de Savoie. Arch. dép Côte-d'Or, B. 12124, f° 324 r» ; ceux de Montluel, Belley, Charolles, Lagnieux, sont indiqués comme « très anciens », « très vieux », remontant à plus de trois cents ans. Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12123, f° 231 V et suiv. ; B. 12125, f»» 25 r» et suiv. ; B. 12125, f 120 ; B. 12144, f° 467 r" et V ; même mention pour Pont-de-Vaux.

(18) Le doyen de la chapelle ducale, le 21 juin 1448, consent à ce que le curé de Gevrey soit reconnu recteur de cet hôpital ; on rendra les comptes au patron, l'évêque de Langres. Arch. dép. Côte-d'Or, G. 1089.

(19) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 11684. Son fondateur est Jean de la Trémouille : De Charmasse, Notice sur les hôpitaux d'Autun, p. 248.

(20) Courtépée, t. IV, p. 187. On trouve encore des titres du quatorzième siècle aux archives hospitalières

en 1492 (1). Un certain nombre de ces constructions ne sont que des reconstructions, c'est le cas de Châtillon et d'Auxonne. Cette dernière ville offre un exemple de l'inlassable charité des ancêtres. L'hôpital construit en 1314, hors de la ville, est brûlé en 1418, on le reconstruit en 1450; il brûle encore en 1424, on le reconstruit en 1435(2) et, en dépit des menaces des écorcheurs, l'on n'hésite pas à augmenter notablement sa dotation.

Quels que soient ces efforts, la décadence hospitalière est indéniable; elle entraîne la municipalisation progressive des hôpitaux. La tendance générale des recteurs à transformer les revenus des passants et des pauvres en bénéfices séculiers ou réguliers dont un bénéficiaire égoïste jouissait au détriment des véritables destinataires était si visible, qu'elle amena, au début du siècle, l'épiscopat à intervenir. 11 fut décidé, en 1311, dans un article du concile de Vienne, qui passa plus tard dans le recueil des Clémentines, que les fondations charitables ne seraient plus confiées à des hommes négligents, « sed eorum gubernatio viris providis, idoneis, et boni testimonii commiltatur » (3).

Ces efforts furent vains. A la fin du quatorzième siècle, les prescriptions indiquées ne sont même pas observées par les cardinaux de l'obédience de Clément VII, qui possèdent de nombreux bénéfices en France, sans y faire observer l'hospitalité et les œuvres de charité (4).

C'est qu'il est difficile de réagir contre l'esprit d'un siècle et que les circonstances se prêtaient à ces accaparements dans de nombreux cas. Nous l'avons vu pour les maladières et les hôpitaux de passants. La conséquence fut que, de plus en plus, les municipalités s'efforcèrent de mettre la main sur les hôpitaux et que la sécularisation de ceux-ci suivit de près celle des maladières (5).

A Cbalon, ce sont les échevins qui auront, au quinzième siècle, l'autorité de patrons et de fondateurs de l'hôpital Saint-Eloi dont ils contrôlent le recteur (6). Même transformation à Auxerre où, le 9 janvier 1379, les habitants qui avaient fait dans ce sens de

de Châtillon, Claudon, Rapport présenté au Conseil général le 10 juillet 1909, p. 31. Au dehors du duché, l'hôpital de Joigny est fondé en 1330 et ratifié par le roi de France en 1337. Petit, t. VIII, p. 366, n° 7699. Bouvier, Bulletin... de l'Yonne, 1901, p. 294.

(1) Arch. dép. Côte-d'Or, C. 378.

(2) Sur l'incendie de 1424. Dr Bon, Essai historique sur les épidémies en B., s. d., p. 25.

(3) Cap. n, Quia Contingit, in Clemen., liv. VI, tit. XI. Le commentaire que nous donnons est bien celui du canoniste Johannes Andrée. Sur une autre version erronée propagée par Fleury, Tielemans, frère Orban et reproduite par d'Arbaumont et l'abbé Bouvier, Bul. de l'Yonne, p. 248, qui remplace le mot viris par laicis et, par conséquent, voit dans le canon de 1311, l'ordre de « laïcisation des hôpitaux », voir Lallemand, t. III, p. 108 et suiv.

(4) « Hospitalitatem et cetera opéra caritatis totaliter omittendo ». Ordon. de Charles VI, 1386; Rec.du Louvre, t. VII, p. 134, cité par Lallemand, t. III, p. 110, note 22.

(5) Lallemand indique aussi, t. III. p. 106, que le chiffre des asiles régis par les séculiers augmente, mais il n'en donne pas les raisons profondes.

(6) Batault, p. 8 et 9. P. Berthaud, Hist. de Chalon, 1662.

nombreux efforts au siècle précédent, enlèvent définitivement aux chanoines de la cathédrale l'administration de l'hôpital pour la confier à trois d'entre eux (1). Le motif est que l'aumône étant faite par tous, sa distribution doit être contrôlée par tous : f Comme à tous soit et appartienne le gouvernement des grandes charitez d'Auxerre et d'y mettre et establir gouverneurs qui bien et diligemment y puissent vacquer et entendre, afin que l'aumosne accoustumée à donner sur ce auxdits pauvres, ne soit en aucune manière retardée. »

Dans le courant du quinzième siècle, la gestion du temporel de l'hôpital d'Autun est confiée à des laïques (2). Ce ne sont pas seulement les ecclésiastiques qui subissent cette loi, elle s'impose aussi aux seigneurs, tout se municipalise. De la direction seigneuriale, l'hôpital Saint-Jacques de Mâcon tombe sous la direction municipale (3). Dans la même ville, ce sont aussi les échevins qui nomment les recteurs de l'hôpital du Bourgneuf (4).

A la fin de notre période, le 31 janvier 1487, le recteur de l'hôpital du Saint-Esprit de Dijon consentira à être suppléé pour la surveillance des pauvres et des petits enfants (5). Nous verrons au siècle suivant cette surveillance devenir plus envahissante.

Cette tendance à la municipalisation et à la laïcisation (6) de la direction des hôpitaux se remarque très bien dans la seconde charte de fondation de l'hôpital Saint-Jacques à Dijon, le 8 janvier 1396(7), dans une maison sise rue du Pautet. Le fondateur, Jean Tarlenet, déclare qu'il établit « ung hospital pour hesbergier et recevoir les pauvres de nostre Seigneur, et les malades administrer en honneur et révérence de Dieu, de sa glorieuse et benoite mère Nostre Dame la vierge Marie et de ses benois apostres saint Pierre et saint Paul et saint Jacques de Galice desquels sains il est pèlerin » (8). Comme il a vu

(1) Bouvier, Bulletin... de l'Yonne, 1900, p. 250. La pièce est reproduite p. 304. Vers la fin du quinzième siècle, le chapitre a repris une partie de son influence et partage l'administration avec les bourgeois.

(2) De Charmasse, Notice, p. 8 ; Batault, p. xvm. Toutefois, les recteurs de l'hôpital du Saint-Esprit devaient rendre compte de leur gestion au doyen du chapitre de cette ville.

(3) Arch. com. de Mâcon, GG. 150. Batault, p. xix, xxi. Les échevins ne délèguent la charge de l'hôpital qu'à un recteur approuvé par l'évêque.

(4) Arch. comm. de Mâcon, GG. 161 (inventaire, p. 54).

(5) Arch. mun. de Dijon, B. 166 (f 47 r«).

(6) Laïcisation partielle car l'évêque même quand il ne nomme pas les administrateurs, conserve généralement des pouvoirs de contrôle, à moins qu'il ne se trouve en présence d'un hôpital exempt, ce qui est fréquemment le cas.

(7) Il y eut, avant 1395, une première fondation, car l'amortissement consenti par le duc Philippe est du mois de mai 1391. On y explique que c'est à la suite des grands dangers courus par Tarlenet dans son pèlerinage à Borne et aux lieux saints, qu'il a fait son vœu. Il avait été pris par des gens « de la secte de Lieutrux de Borne, retenu en dure prison et en grand péril de mort. »Arch. hospit., liasse 25, cote 1. La maison se trouvait à côté du mex des religieux de Saint-Etienne. Les pauvres gens y affluèrent, le pape accorda des indulgences, Arch. hospital., liasse 25, cotes 2, 3, 6. L'acte de 1396, Arch. hosp., liasse 25, cote 5, est reproduit par Simonnet, Doc. inéd. pour servir à l'hist. des instit. de Bourgogne, IIe appendice, p. xm; la duchesse accepta le 28 janvier 1396. Sur la suite de l'histoire de l'hôpital Saint-Jacques au quinzième siècle, voir plus loin, p. 861.

(8) Cet hôpital, pour éviter sa ruine après son décès, Tarlenet le donnait à la duchesse de Bourgogne.

ce qu'il était advenu de nombreux hôpitaux ecclésiastiques, il stipule expressément « que ledit hospital soit et sera de cy en avant gouvernez perpétuelment par homme lay, non prestre ne personne d'église, qui soit de bon gouvernement et de bonne vie et honneste, qui ledit hospital [ne pourra] admoisonner ne mettre en main d'autrui, et qui y face et fera résidence personele et continuelle... et ne puist et ne porra jamais impétrer ne obtenir... grâce ne licence de non résidence » (1).

On ne peut dire, après avoir lu ce protocole, que les gens du quatorzième siècle ne se rendaient pas parfaitement compte des défauts de l'administration hospitalière de leur époque.

On voit aussi qu'au-dessus de celle des municipalités grandit l'idée d'une protection supérieure de l'Etat, représenté alors par le duc de Bourgogne.

La politique de celui-ci est curieuse à suivre. La surveillance et la direction générale du temporel des hôpitaux de Châtillon seront revendiquées par lui, vis-à-vis de l'évêque de Langres, comme « chose touchant réalité ». Dans la coutume de Châtillon se précise ce point de vue, qu'explique le droit de police générale ou de justice générale que ce prince s'attribue.

De plus en plus il intervient dans les affaires des hôpitaux. C'est ainsi qu'à la mort du frère Jean de Choix, commandeur du Saint-Esprit de Dijon, le maître de l'hôpital du même ordre, à Besançon, vicaire général au delà des monts, ayant voulu lui donner pour successeur un jeune enfant, sou neveu, le conseil du duc « obligea le vicaire à respecter les coutumes de l'ordre (2) ». Il est vrai que ce fut le père d'un conseiller ducal, le seigneur d'Asnières, le commandeur Crapillet, qui fut élu. En 1447, lorsque Jean d'Agey voulut le supplanter, sous prétexte qu'il n'avait pas été institué par des lettres de Rome, le duc fit maintenir Crapillet, montrant encore qu'il se considérait comme le tuteur des hôpitaux (S). Il émettra les mêmes prétentions au sujet des maladières.

Un mémoire dressé par ses officiers, en 1453, à l'époque des derniers efforts contre les justices ecclésiastiques (4), invoque hautement, pour justifier les prétentions ducales

(1) « Tout le temporel de l'église de Chastillon en chief et en membres, la maladière dudit Chastillon en chief et en membres, la maison de l'Ospital en chief et en membres sont de la tuicion, protection et saulvegarde de monseigneur le Duc et qui aulcune chose leur veult demander touchant le chief ou les membres des choses dessus dites ; en cas de réalité, la juridiction en appartient seul et singulier à Monseigneur le duc. » Coût. de Châtillon, art. 88. Garnier, t. I, p. 380, adde pour la maladière, p. 381, 391, 401. Girault, Essai sur l'histoire du droit français, t. II, p. 368, ne reproduit pas cet article dans l'édition qu'il a donnée, pourtant d'après une copie de Garnier : ce qui prouve, entre parenthèse, la nécessité d'une édition critique de cette coutume de Châtillon.

(2) J'emploie les expressions de Dom Calmelet, op. cit., p. 44.

(3) Dom Calmelet, p. 47. Ce Crapillet a, en 1451, d'autres difficultés: un prêtre, nommé Lorenz, et un chorial du Saint-Esprit ont voulu le tuer. Arch. dép. Côte-d'Or, B2. 360, n* 27, liasse 465.

(4) Il est en possession, lui et ses vassaux, de temps immémorial, « de faire visiter par les docteurs et cireurgiens expers en science de médecine et de cireurgie, les hommes et femmes, soit ung ou pluseurs, qui sont suspeconnés ou inférez de la maladie de lèpre qui est contagieuse, et que requiert ségrégation de

sur les maladières, la dignité de pair de France et doyen des pairs et la qualité de haut justicier (1) du prince. Il en conclut que l'évêque de Langres ne peut se refuser de mettre hors du siècle ceux qui ont été visités et déclarés lépreux par l'autorité seigneuriale (2).

La tendance à la main-mise du pouvoir central était générale. En février 1358, près du duché, l'hôpital de Joignyest placé sous la protection du roi (3). C'est d'ailleurs au quinzième siècle qu'on voit s'étendre les pouvoirs de l'aumônier du roi. « Il a, à cause de son office, le gouvernement des maisons-Dieu, aumôneries, maladières et administration parespécial qui sont de fondation royal (4) ».

En fait, cette sécularisation ne donua pas toujours de brillants résultats. L'hôpital du Saint-Esprit d'Autun, dans les mains des laïques, continua d'être mal administré (5). Les ducs cherchèrent à transformer les rectorats en fiefs, pour y caser leurs favoris et les recteurs municipaux des maladières se montrèrent aussi rapaces que leurs devanciers, ne songeant qu'à s'eurichir et négligeant les malades qui leur étaient confiés.

Un document du milieu du quinzième siècle montre même les ruses de ceux de Dijon qui s'efforçaient de frauder les nouveaux venus d'une partie de leurs droits, en faisant promettre à chacun que, jusqu à l'année révolue, « il ne pourra rien avoir des droits de ladite Maladière ; qu'il se doit pourchassier et administrer de ce qui lui est nécessaire, sans que le maître soit tenu de lui bailler aucune chose, sinon de par gratuité et par aumône (6) ».

telles gens d'avec les sains. Et se font lesdites visitations par l'auctorité des juges ordinaires du lieu ouquel le cas advient. Et se lesdiz suspeconnés sont trouvés estre ladres par lesdiz visiteurs et par le rapport desdiz cireurgiens et médecins, lequel rapport ilz sont tenuz de fere en la main dudit juge et non d'aultre dudit lieu, Révérend père en Dieu monseigneur l'evesque de Lengres ou ses officiers est tenuz de bailler son mandement pour gester ledit ladre et icelui mectre en la maladière du lieu de sa demeurance ; et le ainsi mander au curé dillec par sondit maindement après ce qu'il a esté certiffier par ledit juge dudit rapport desdiz médecins et cireurgiens; et sans ce qu'ilz le puissent ou doyent reffuser ne aussi que Monseigneur de Langres ne sesditz officiers y ayent ou doyent avoir aultre connaissance ou auctorité de Visitation. »

11 se plaint du trouble que font à sa possession les officiers de l'évêque qui veulent connaître de la Visitation. Il les assigne au quinzième jour du mois de « novembre prochain venant au prochain parlement (de Paris), et la chose est séquestrée et mise en la main du roi provisoirement ». Arch. dép. Côte-d'Or, B. 11685.

(1) Garnier cite à ce propos des lettres de Charles le Téméraire, datées de Hesdin le 20 septembre 1470, et de Boulogne le 24 septembre 1476 Arch. mun., Corresp. mun., reg. I, 139; III, 23, Notice historique sur la maladière, p. 29, note 1.

(2) Ces décisions se relient à un ensemble de mesures prises alors contre les juridictions ecclésiastiques. Champeaux, Ordonnances des ducs de Bourgogne, cclxxvih.

(3) Porée, Archives de la maison de Chatelux, n° 135 ; Arch. nat., JJ. 70, n° 31.

(4) Alors se développe la théorie que les hôtels-Dieu dont le fondateur est resté inconnu sont présumés tirer leur origine des libéralités royales. Le roi aura « la collation et don de teles maladeries qui ne monstrent par lettres expresses le contraire ». Bibl. nat., fr. 23679, fol. 232 v°, cité par Léon le Grand. Les maisons-Dieu, Rev. des questions historiques, 1896, p. 101.

(5) De Charmasse, Notice, p. 8.

(6) Arch mun , E1. Garnier, p. 29 et 30. Sur la maladière de Dijon aux quatorzième et quinzième siècles, on trouvera aussi des renseignements : Bibl. mun. de Dijon, A. F. 447, f° 105-107. En 1476, le garde de la maladière était tenu d'offrir à diner aux magistrats lorsqu'ils visitaient cet hôpital. Arch. mun., M 77, f» 190.

Il ne suffisait donc pas de municipaliser l'hôpital, il fallait lui assurer des revenus et lui garder une direction sérieuse. Une solution intermédiaire fut trouvée par le chancelier Guillaume Rolin, lors de sa fondation, en 1441, du fameux hôpital de Beaune.

La charte de fondation de Tannée 1443(1) indique que l'hôpital, établi sous le vocable de saint Antoine, avec une chapelle, était destiné à la réception, usage et habitation des pauvres malades (2). C'est un hôpital de malades et non plus un hospice de passants. On doit recevoir les malades des deux sexes débiles et âgés, les alimenter et les soigner aux frais de l'hôpital, jusqu'à ce qu'ils soient entrés en convalescence ou revenus à la santé.

Trente lits garnis, divisés en deux groupes de quinze, étaient établis et le fondateur avait décidé qu'un groupe de femmes dévotes et de bonne conduite résideraient dans l'hôpital, à ses frais, sous le gouvernement d'un maître dont le chancelier se réservait à lui et à ses héritiers la nomination.

La papauté avait accordé à l'hôpital et à sa chapelle, par deux bulles du 6 septembre 1441 (3), les privilèges dont jouissait le Saint-Esprit de Besançon. Le prêtre de l'hôpital avait le pouvoir d'absoudre les maîtres, frères, sœurs, serviteurs et servantes. L'hôpital était exempt de la juridiction de l'évêque d'Autun et de celle des chapitres d'Autun et de Beaune. Des indulgences avaient été également établies.

Les religieuses que le chancelier avait établies appartenaient aux béguines de Malines(4). Leur maîtresse, Alardine Gasquière, qui traitait assez durement les sœurs, avait voulu établir une sorte de congrégation (5), imposant un habit de novices aux nouvelles venues, puis leur remettant ensuite un habit, en signe de profession. Elle tenait des chapitres, obligeait les sœurs à la coulpe publique, si bien que celles-ci n'osaient plus « même boire de l'eau sans la permission de leur maîtresse ». Le chancelier y mit bon ordre, il rappela son droit de patronat qu'on avait voulu mettre en doute et indiqua

(1) Elle fut éditée en 163G par Blaize Simonnot sous le titre de Fondation et règles du très célèbre hospital de la ville de Beaune, fondé par haut et puissant seigneur, messire Nicolas Rolin, chevalier, chancelier de Bourgogne et seigneur à" Au t hume. Cette édition faite a l'occasion des prétentions du patron de l'hôpital, le seigneur de Pernes, fut vite épuisée. On fit une édition nouvelle : « Fondation et règles du très célèbre hospital de la ville de Beaune..., avec un abrégé de la règle mis à la fin. A Beaune, chez François Simonnot, imprimeur de la ville, 1689. » Enfin, en 1878, l'abbé Boudrot, sous le titre : Fondation et statuts de V hôtel-Dieu de Beaune, Beaune, Batault-Morot, xx-137 p., a donné un texte très complet des Statuts, bulles papales et ordonnances ducales se rapportant à cette fondation. C'est d'après ce texte que nous citons Par la suite, les notes recueillies par l'abbé Boudrot ont permis à l'abbé Bavard, curé de Volnay, de publier l'Histoire de l'Hôtel-Dieu de Beaune, 1443-i880, Beaune, 1881, 1 vol. in-8» de 365 p., où l'on trouve une étude détaillée de l'organisation ancienne de l'hôpital.

(2) « Unum hospitale pro receptione, usu et habitatione pauperum infirmorum... quos pauperes utriusque sexus qui infirmi aut débiles fuerint, volo ibidem recipi, alimentari et gubernari, expensis dicti hospitalis, donec ad sanitatem seu convalescentiam redierint ». P. 6 et 13.

(3) P. 87 et suiv.

(4) Les béguines de Flandres avaient depuis longtemps attiré l'attention des ducs. Philippe le Hardi leur fait des aumônes. Et. Picard, p. 45.

(5) * Cerimonias et modos religionis inter se et sorores tenere •. Boudrot, p. 53.

que c'était par des vœux simples et temporaires qu'il voulait que les religieuses fussent tenues.

Il décida qu'elles conserveraient leurs biens personnels et ceux qui leur arrivaient par succession, tant meubles qu'immeubles, et qu'elles pourraient en disposer à leur volonté. Il n'y avait que ceux acquis par leur industrie pendant leur séjour à l'hôpital qui restaient à celui-ci. Le règlement fixait la tenue des dortoirs, les heures du lever et coucher, les jeûnes, les prières, les sorties, l'alimentation convenable. Il était entendu que la maîtresse et les sœurs pourraient abandonner l'hôpital pour entrer en religion, se marier ou retourner dans leur famille. Tous ces caractères différenciaient profondément, dans la pensée du chancelier, l'institut des religieuses d'une « religion ou congrégation proprement dite ». « De la sorte, dit très justement M. Batault (1), les sœurs hospitalières n'avaient ni intérêt ni occasion de dilapider les revenus de l'hôpital au profit d'un ordre quelconque. » En même temps, leur liberté garantissait leur ferveur. Le succès de cet hôpital qui n'eut point besoin de réformes prouva la sûreté des vues du sage chancelier (2). Ainsi, la volonté générale est bien d'admettre, de plus en plus, un contrôle de la municipalité ou des patrons et de restreindre la souveraineté des congrégations hospitalières. L'esprit charitable, devenu plus défiant, ne fut cependant pas atteint.

La lutte magnifique que soutint la bienfaisance, pendant le courant des deux siècles que nous étudions, contre les circonstances les plus défavorables qu'ait peut-être jamais rencontrées l'organisation hospitalière : les guerres, les pillages les pestes, les perturbations économiques les plus violentes, les secousses morales les plus profondes, ne se comprendrait pas si l'on ne tenait compte des vivants sentiments de charité chrétienne qui restaient ancrés au cœur des populations d'alors. Ce sont eux qui nous expliquent pourquoi la bonté fut finalement plus forte que l'égoïsme et que les défaillances.

Pour remédier aux ruines qui sont accumulées, les papes et les évêques sont obligés de multiplier et même de prodiguer les indulgences. On pourrait presque faire un gros volume de celles qu'obtinrent les hôpitaux bourguignons, surtout dans le courant des quinzième et seizième siècles (3).

(1) Batault, Notice hist. sur les hôpitaux de Chalon-sur-Saône, p. xx.

(2) L'hôpital de Beaune enverra des sœurs dans quarante-six maisons en France et dans cinq en Suisse. 11 n'est pas besoin de rappeler ici la part que prit la femme du chancelier Guigone de Salins à cette fondation. Elle se fit aussi religieuse et fut enterrée en 1470 à l'hôpital. Sa tombe fut retrouvée dans la chapelle en 1876. Bavard et Boudrot, op. cit., p. 87 et suiv.

(3) A Autun, on trouve treize concessions d'indulgences. Batault, p. xix. A Mâcon, Batault, p. xx. Mar Rameau, L'ancien Hôtel-Dieu de Mdcon, Annales de l'Académie de Mdcon, 3* série, t. III, p. 419. Beaune en 1447, 1452, 1487, 1492. Boudrot, loc. cil. ; Bourg-en-Bresse reçoit, en 1430, une indulgence de l'archevêque de Lyon. Brossard, Cart. de Bourg-en-Bresse, p. 201, n° 72. Les indulgences accordées aux hôpitaux du Saint-Esprit en général et à celui de Dijon en particulier sont réunies dans un cartulaire spécial aux Arch. hospitalières de Dijon.

Les rois et les ducs accordent aussi de nombreuses sauvegardes (1) et des exemptions de taxe importantes. Nous en avons déjà eu la preuve pour l'hôpital de Dijon (2), on peut la fournir également pour l'hôpital de Beaune, il fut décidé que les bâtards pourraient tester en faveur de cet hôpital (3). Il est impossible de ne pas tenir grand compte de cette charité du duc, qui dépasse les limites ordinaires de la charité privée. Elle a frappé tous les historiens et se reucontre déjà chez les ducs de la première race.

Aucune misère, aucune infortune ne leur est signalée sans qu'ils s'empressent d'y apporter quelque soulagement. « Cette pitié pour les souffrances et les déshérités de ce monde, remarque M. Ernest Petit (4), est le meilleur côté du moyeu âge, et la hiérarchie féodale, en donnant au suzerain tout pouvoir et toute autorité sur ses sujets, le constituait en même temps leur protecteur naturel. »

Eudes IV fait célébrer à ses frais les obsèques et les services de tous les officiers et valets de l'hôtel. A la Toussaint et au jeudi saint, suivant la pieuse coutume de ses prédécesseurs, il lave les pieds des pauvres, les nourrit et leur fait distribuer des aumônes. Toutes les semaines, en dépit de ses finances obérées, on distribue en aumône une somme de quarante sous. « Chaque jour, ajoute M. Petit, porte une dépense de dons aux pauvres, à des pauvres femmes, à des pauvres manchots, à des pauvres prêtres, à des pauvres gentilshommes, et il ne traverse pas une localité sans y laisser trace de sa libéralité (5). î

Avec les ducs de la seconde race, ces pieux usages continuent. Philippe le Hardi, tous les jours, à la messe, faisait une offrande pour les pauvres, et à sa table il avait une nef spéciale, « un pot à aumônes », dans laquelle il mettait un don que distribuait l'aumônier. Ce dernier était chargé de répartir les dons du prince (6).

Partout où passe le duc, les aumônes aux hôpitaux, religieux, malades, aveugles, vieillards, ladres, pauvres ménages sont répandues (7). Ses successeurs l'imitèrent (8).

(1) Batault, p. 20, pour Mâcon.

(2) Voir p. 843, 849, 860, note 2, 8G1. Sur l'exemption d'aides donnée parle duc à l'hôpital du Saint-Esprit de Dijon en 1453 et 1458. Arch. hosp. de Dijon, liasse 10, cotes 1 et 4.

(3) Lallemand, t. III, p. 70, 71, 73, 75, 78. A Auxonne, le duc dote l'hôpital en accordant « tout son droit et seignorage de ce que quatre ouvriers et deux monnoyers pourront ouvrer et monnoyer de telle monnoye d'or ou d'argent que monseigneur ou le roy feront faire selon leurs instructions » (1421). Arch. dép. Côte. d'Or, B. 11684. A Bourg, en 1398 et 1400, les comtes de Savoie accordent à l'hôpital beatse Marix la permission de prendre du bois mort dans la forêt de Penouge pour le chauffage des pauvres et spécialement les femmes « in puerpero jacentes ». Brossard, Cart. de Bourg., n° 41, p. 104.

(4) Ernest Petit, Hist. des ducs, t. VIII, p. 80 et suiv.

(5) Petit, op. cit., p. 98.

(6) Compte de Hue-Hanou de 1368, f° 23 ; compte du même de 1369, f» 155. Dom Aubrée, Etat des officiers, p. 4, à la suite des Mémoires pour V histoire de France et de Bourgogne contenant un journal de Paris ; Paris, MDCCXXIX. Sur les aumônes de Philippe le Hardi, on trouvera beaucoup de renseignements dans le travail de M. Etienne Picard, La dévotion de Philippe le Hardi et de Marguerite de Flandres, Extrait des Mémoires de V Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon, 4e série, t. XII, 1911. Prost, Inventaires mobiliers des ducs de Bourgogne, Paris, Leroux, 1902-1909, t. I, p. 71, note 2, et à la table aux mots « aumônes » et « piété », et t. II, p. 45, note 2. Dom Aubrée, p. 3.

(7) Picard, p. 43 à 51.

(8) 1415. Coll. Bourg., t. LVIII, f*81. « Guillemin Varreital de Flamerans, fourier du duc de Bourgogne, étant devenu lépreux, fut obligé de se retirer. Mond. S' l'ayant appris, par compassion pour luy, par lettres de Chalon, 2 oct. 1415, le grattiflie sa vie durant de 12 frans de pension par an. »

Philippe le Bon, en faveur de Tordre de la Toison d'or, prescrit à son confesseur de distribuer aux pauvres 30 aulnes de drap de laine grise et 30 aulnes de blanc, au prix de 25 francs les deux (1). En 1432, il ordonne, toujours à l'occasion du même ordre, d'édifier des maisons dans le pourpris de la Sainte Chapelle, pour y loger douze pauvres chevaliers et les officiers de l'ordre (2).

Charles le Téméraire dépense en aumônes plus de vingt mille livres par an : « Quant le duc doit partir d'une ville, son aumosnier luy apporte par escript ce dont il peut enquérir et savoir ou bienfais et aumosnes sont bien emploées en icelle, si comme de vielles gens, povres prisonniers enchartrez, femmes gisans, orphelins, povres filles à marier, gens bruslez de feu, marchans détruits par fortune et toutes autres choses nécessaires. Et à chascun le duc, à sa dévotion départ son aumosne et signe le papier (3). »

L'administration des Parlements de Bourgogne suit l'exemple d'en haut et montre aussi un grand souci des malheureux. Il y a une taxe spéciale pour les écritures faites à leur sujet (4). Les avocats doivent plaider « pour Dieu et sans salaire pour toutes personnes misérables el qui ne pourront rien payer qui en seront creuz par leur serement simestier est (5) ». L'assistance judiciaire était créée en Bourgogne. On prend aussi des mesures pour empêcher les petits d'être molestés par les prévôts et les sergents (6).

Les municipalités ne restent pas eu arrière, elles inventent l'assistance gratuite. En 1445, le 20 juillet, une délibération de la municipalité de Dijon installait, dans la ville, un médecin gratuit et décide que les barbiers chirurgiens t gouverneront » sans frais les plaies et maladies de ces malheureux, moyennant une exemption d'impôt pour le premier et un salaire pour les seconds (7).

(1) Dom Aubrée, loc. cit., p. 166.

(2) Arch. dép. Côte-d'Or, G. 1128.

(3) Mémoires d'Olivier de la Marche, édit. Beaune et d'Arbaumont, t. IV, p. 2 et 3 ; Lallemand, t. III, p. 319.

(4) Ord. de 1370, § 14; ord. de 1384, § 6; ord. de 1439, art. 27. Champeaux, Ord. des duc de Bourg.,

(5) Ord. de 1384, § 7. Ord. des ducs, p. 39. Cf. pour le comté de Bourgogne, Champeaux, Ordonnances franc-comtoises, 1422, g 27 ; 1451, g 46, p. 119, 184.

(6) Ord. de 1474, g 53, 57; op. cit., p. 234, 235, et à la table aux mots « prévôts » et « sergents ». En France, des mesures semblables avaient été prescrites par l'ordonnance de novembre 1364, § 6 Isambert, V p. 227.

(7) « Délibéré est que pour subvenir à toutes pouvres créatures qui sont malades tant es hospitaulx comme en ladite ville, qui nauront de quoy leur fere mediciner ou gouverner par phisicien ou serurgiens, que Maistre Empsaline docteur en médecine qui por ceste cause a lettres de la ville destre quitte de tous impostz, sera tenu de veoir et visiter lesdits malades sens en riens avoir; et semblablement les quatre mais très jurez barbiers de ladite ville viseteront lesdits poures gens, les gouverneront de leurs plaies et maladies le plus diligemment que fere porront sens en riens prendre — et pour leurs peines, salaires et estoffes iceulx jurez auront chacun cent solz tornois qui leur seront paiez par le receveur de ladite ville. Et seront tenuz de venir vers le procureur de ladite ville lui monstrer et enseigner de leur pouvreté et miierableté afin que ceuli qui auraient bien de quoy neussent ce que les poures gen» qui nauroient de quoy devroient avoir. » Arch. mun. de Dijon, E. 1, E. 30; voir aussi B. 157.

On fit même, à l'occasion de cette ordonnance, un tableau représentant un chirurgien pansant un pauvre, que l'on permit plus tard d'accrocher devant l'hôpital Saint- Jacques (1). L'attention du public était ainsi attirée. C'est pour la même raison, qu'aux fenêtres de la prison était attachée une boîte de fer destinée à recevoir les aumônes faites pour les pauvres prisonniers (2).

Enfin, nous ne pouvons oublier que sur les confins du duché, à Salins, un mont-depiété est installé dès le quatorzième siècle, pour protéger les malheureux débiteurs contre la rapacité des usuriers (3).

On trouvera également le souci de l'entr'aide dans les confréries qui s'organisent entre gens de métier et dans les corporations, de la fin du quatorzième siècle et du courant du quinzième siècle. Ces confréries sont des sociétés de secours mutuels. Elles donnent des banquets, prennent soin des malades et des infirmes, veillent à l'enterrement des confrères (4). Leur boîte ou caisse est alimentée par les dons mensuels des confrères. Notons toutefois que ces confréries de métiers donnent lieu à de fréquents tumultes et la municipalité les voit de mauvais œil (5), tandis qu'au contraire, elle tolère et même parfois favorise les confréries de pure bienfaisance qui les aident à secourir les infortunes et à nourrir les pauvres. C'est à la maladière que l'une des plus vieilles confréries de Dijon, les confrères de Madame Sainte Anne et de Monsieur Saint Ytasse venaient « préparer leurs mengiers et festoyer joyeusement en l'honneur de leurs patrons » (6). Il est probable que les lépreux profitaient des reliefs de ces festins.

Une confrérie de clercs passe vers l'année 1348 un bail avec le recteur de l'hôpital du Saint-Esprit de Dijon (7). Les protocoles nous signalent aussi celles de la Conversion de Saint- Paul de l'église Notre-Dame de Dijon (8), celle de Saint-Eustache de Saint- Nicolas de Dijon (9), une confrérie de la Sainte-Trinité, des marchands pelletiers de Dijon, est installée en l'hôpital du SainUEsprit de cette ville (10). N'oublions pas non

(1) Àrch. mun., B. 157.

(2) Arch. mun., M. 79, f» 68.

(3) Quesnel, Le gage en Bourgogne, p. 100. C'est également au quinzième siècle que l'on commence à s'occuper de la curatelle des fous. Lallemand, t. III, p. 130. En Flandre, il y a des secours à domicile, des tables des pauvres; ibid., p. 311, 312.

(4) Voir les dispositions des métiers de Châtillon-sur-Seine, g 208 de la charte : Garnier, Rec, I, p. 412.

(5) Arch mun., M. 80, f° 183 (1484). La municipalité de Dijon demande à l'évéque de Langres de refuser l'autorisation à une confrérie de Saint-Martin que demandent les vignerons et ouvriers de la ville.

(6) Garnier, p. 39. Le fait est fréquent, à Auxerre; c'est dans la cour de l'hôpital que se célèbrent les mystères. Bouvier, Bulletin... de l'Yonne, 1900, p. 258. A la maladière de Dijon on joue à la « billotte » avec beaucoup d'ardeur ; il y a même des rixes et des querelles qui obligent la municipalité à intervenir. Arch. dép. Côte-d'Or, B2. 360, n° 33, cote 732.

(7) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 11233. Nous n'avons pas retrouvé le folio du protocole.

(8) 1438. Simonet, 336. Celle de Saint-Jacques a son trésor déposé dans l'église de Saint-Michel. Arch. dép. Côte-d'Or, B». 360, n° 21, liasse 294.

(9) Simonet, p. 336.

(10) Arch. hospitalières, liasse 25, cote 14.

plus la confrérie de Messieurs Saint-Fiacre, Saint-Quentin et Saint-Eutrope, ni celle de Saint-Jacques de Dijon (1), ni celle du Saint-Sacrement d'Autun (2).

Nous en trouvons partout, à Talant(3), à Gevrey, à Chalon, à Auxerre. Ces confréries jouent un rôle important à côté de l'hôpital (4), elles ont des adhérents dans des centres éloignés (5) et reconstituent souvent, au profit de l'hôpital, la familia ecclésiastique du haut moyen âge, que les droits de justice de la ville ont fait disparaître. Ce n'est point fortuitement que l'on voit surgir en même temps, à Gevrey, une confrérie de la Trinité et un hôpital (6). Ce sont les confréries de Saint-Silvain et de Saint-Jacques qui sauvent, à Auxerre, les hôpitaux de Saint-Vigile et de Saint-Jacques de la ruine (7).

Ces confréries font des quêtes qu'elles amodient (8). Ces quêtes prennent au quinzième siècle une importance énorme ; depuis que la baisse de la valeur des revenus anciens a réduit notablement les rentes des hôpitaux, l'on peut dire qu'elles constituent le plus clair de leurs ressources. Elles auront lieu, non seulement à la porte de l'hôpital, dans sa chapelle (9) ou dans la ville (10) où il se trouve, mais aussi dans un ressort plus étendu. L'hôpital Saint-Fiacre enverra ses quêteurs dans les diocèses de Langres, d'Aulun et de Chalon (11), celui du Saint-Esprit de Dijon, dans les provinces ecclésiastiques de Sens, Bourges, Tours et Rouen (1*2). On quête même dans les pays étrangers. Le puissant hôpital du grand Saint-Bernard, de Montjoux, celui de Roncevaux, au diocèse de Pampelune, celui de Saint-Antoine, de Vienne, envoient l^urs quêteurs jusqu'en Bourgogne (13).

(1) Arch. hospitalières, liasse 20, cote 8; la première fut cor.firmée le 30 janvier 1446, la seconde établie en 15H. Arch. mun., D 26.

(2) Mémoires de la Société éduenne, t. XII, p. 337. Elle existait avant 1416.

(3) Confrérie de Notre-Dame de la Conception. Simonnet, p. 333 et suiv.

(4) La Confrérie de Saint-Nicolas de Montsaugeon (Haute-Marne), érigée par l'évêque de Langres, le 22 décembre 1369, oblige ses confrères et consœurs à donner à son receveur chaque année une certaine redevance pour l'aumône à faire aux pauvres le jour de sa fête. Voir Serrigny, Montsaugeon, Domois-Dijon, 1907, p. 272 et suiv. La confrérie de Saint-Sébastien, de Chalon, s'occupe spécialement des pestiférés. Dr Bon, Essai sur les épidémies en Bourgogne, s. d., p. 21.

(5) C'est le cas de la Confrérie de Saint-Fiacre, de Dijon.

(6) La confrérie est érigée en 1446/7, le 9 janvier, et reçoit à cette date ses statuts de l'évêque de Langres, Philippe de Vienne. Sur l'hôpital, voir plus haut, p. 8'i6, note 18.

(7) Bouvier, Bulletin... de l'Yonne, 1901, p. 35 et 37.

(8) Simonnet. p. 333:

(9> En 1447, les procureurs de Saint-Etienne qui se sont transportés dans la chapelle de l'hôpital Saint- Fiacre racontent qu'ils ont vu la maîtresse de l'hôpital avec d'autres femmes « assises devant des buffets chargés de joyaux, de reliques et de chandoilles, qui leur disent que ces reliques (venues de la Sainte-Chapelle) étaient pour la sustentation des pauvres ».

(10) « A coutume le maistre-recteur d'envoyer chascun dimanche ses serviteurs en tous hostels des seigneurs de la dicte église pour demander à la clochette l'aumosne pour les dits pauvres, et pareillement chascun lundi es hostels des bourgeois et autres de la ville d'Autun. » De Charmasse, p. 8 ; Batault, p. xvm. Voir aussi Lallemand, t. III, p. 89.

(11) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 11257. Simonnet, p. 317.

(12) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 11236. Pour les quêtes du Saint-Esprit: Simonnet, p. 314 et 324 ; de l'hôpital de Pontaillier, ibid., p. 317 ; de Notre-Dame et Châteauneuf, p. 317.

(13) Arch. dép. Côte-d'Or, H. 117, 1253 bis (1447). Voir aussi Simonnet, p. 318 et 319 et surtout la très intéressante note de M. de Charmasse, Les quêtes à Autun, Mém. de la Soc. éduenne, t. XL, 1912, p. 301 à 318. Sur les maisons qui obtiennent des lettres de quête, p. 304 et 305.

Ces quêtes sont stimulées par des expositions de reliques, par la promenade de la châsse de l'hôpital qui contient ces gages réputés de la bienveillance céleste. Elles amènent des conflits, des luttes ou des transactions enire quêteurs (1) et surtout une surveillance plus grande des municipalités et du duc (2) qui, invoquant leur droit de police, se mettent à contrôler ces quêtes.

La charité privée qui alimente ces quêtes se manifeste aussi dans les testaments et dans les dons.

Ils sont encore nombreux au quatorzième siècle, les testaments qui s'occupent des hôpitaux (3) et ce sont eux qui nous permettent de voir quels sont encore les hôpitaux en exercice et ceux qui n'en portent plus que le nom.

Ces testaments révèlent l'usage très fréquent des donnes ou distributions (4) faites soit aux fêtes, soit à l'occasion des services et anniversaires. Ces libéralités donneront plus tard, comme nous le verrons, lieu à de nombreux abus, mais en attendant elles

(1) On trouvera des documents sur les locations de quêteurs : Simonnet, p. 306; les Arch. judiciaires de Dijon. Arch. dép. Côte-d'Or, B2. 360, n" 36, cote 895, indiquent une affaire qui s'élève à propos de sévices exercés contre les quêteurs du Saint-Esprit. En 1453, le du3 empêche le franc-comtois Lambelot de faire interdire les quêtes du Saint-Esprit de Dijon. Dom Calmelet, p. 48.

(2) En 1465, Philippe le Bon permet de faire des quêtes et de promener « la fiertre de Mr Saint-Fiacre » au comté de Bourgogne. Charles le Téméraire, en 1469 et 1473, renonvela la permission pour tous les pays de « Bourgogne, Charollois et Maconnois ». Arch. hospitalières, liasse 20, cotes 14, 15, 16.

(3) Legs à de pauvres pucelles de Jean Aubriot, évêque de Chalon, mort en 1352, Dom Plancher, II, p. 439 : Arch. dép. Côte-d'Or, B. 11254. En 1442, l'évêque de Chalon ordonne que tous les ans « on donneroit le jour de la feste de Saint-André des habits à trente pauvres ». Perry, Hisl. de Chalon, p. 277. Voir le testament de Jean de Brouges. Arch. dép. Côte-d'Or, B. 11288, f° 69. La donne de Saint-Saturnin de Saulieu existe avant le quinzième siècle. Un registre de 1420 montre qu'il y avait jadis beaucoup de confrères. En 1439 le musicien Jean Begnaudet lègue un lit garni à l'hôpital de Saulieu. De Charmasse, Notes sur le testament d'un musicien Autunois. Mém. Soc. Eduenne, t. XX, p. 154.

PourMâcon, voir le testament de 1352 léguant « à chaque infirme de l'hôpital de Bourgneuf, chaque samedy saint, et à chaque malade pauvre de la ville et des sururbes, un repas consistant en un pain de quatre deniers, une pinte de vin pur et net et un Ironçon de carpe de deux doigts de grosseur ou d'un autre poisson ». Arch. de Màcon, liasse 56, n° 42, cité par Batault, p. xx. A Chalon, le doyen du chapitre de Saint- Vincent ne doit ni manger, ni se coucher dans la maison décanale avant d'avoir fait l'aumône à cent pauvres. Cari, de Saint-Vincent de Chalon, Batault, p. 27 et p. 36; il cite, p. 31 etsuiv., d'autres testaments et donations en faveur des pauvres, établissant des donnes, des legs de lits garnis. A Dijon dans le testament d'Etienne Fremiot de 1380 : Cari, de Saint-Etienne, éd. Janniaux, n° 20, p. 39, il y a un legs à treize pauvres veuves et à treize femmes pauvres « in puero jacentibus ».

(4) A Autun, la fondation de Saint-Léger est devenue une distribution faite à tous les pauvres de la ville pendant les quarante jours de carême puis, à partir de 1309, pendant trois jours de chaque semaine de carême. De Charmasse, note, p. 191, on ira jusqu'à secourir 3,737 personnes, en 1437. De Charmasse, L'institut charitable de l'aumône de Saint-Léger, à Autun. L'aumône devient alors très onéreuse. L'aumône de Nantua, aux personnes de la ville, fut réglée en vertu d'un acte du 10 avril 1143. Arch. dép. Côte-d'Or, C. 378. La donne des Jacobins de Dijon se fait hors la ville en temps de peste. Dr Bon, Essai .., p. 28. « Item veult le jour de mon obit être donné pour l'amour de Dieu à tous pouvres venans en miennes processions jusqu'à trois douzaines de pains. » Batault, p. 41. L'aumône générale de Bomans semble exister dès cette époque. Lallemand, t. III, p. 323, note 70. Dans le testament de Jean de Brouges, Arch. dép. Côte-d'Or, B. 11288, on parle de l'aumône de Talant et des malades du grand vendredi. Citons encore les aumônes de Perrecy ; Courtépée, t. III, p. 66 ; celles de Semur faites à treize pauvres en 1486 ; Courtépée, t. III, p. 472, etc. A Beaune, on distribue chaque matin trois gros en aumône. Lallemand, t. III, p. 389. La critique des « donne » est faite par Bloch, L'assistance et l'Etat à la veille de la Révolution, p. 40. Elle porte plus au dix-huitième siècle qu'au moyen âge ou les « donne » furent utiles.

sont utiles. A Auxerre, le pain à offrir aux pauvres est déposé dans une grande cuve, à la porte des Jacobins, où se fait la distribution (1). On en gratifie tous ceux qui se présentent. A propos de donnes semblables, on prononce le mot d' « aumône générale », à Ghalon, en 1471, dans le testament de Jeanne de Mâlain (2), mais il s'agit à notre époque d'une distribution générale extraordinaire faite au jour de Fobit et non d'une aumône générale permanente.

A côté des donnes l'on rencontre toujours l'usage des dots ; dans le testament de Robert de Decize, l'évêque de Chalon, dont nous avons déjà parlé (3), il est stipulé que 120 livres dijonnaises seraient données pour doter quarante filles, « qui seraient choisies dans les villages de Fontaines, Farges, Ghampforgeuil et Saint-Loup, lesquelles filles, une fois mariées, devraient loger un pauvre pendant un an si elles avaient une maison à elle ». Il lègue en outre 100 livres tournois à vingt demoiselles à marier, à la condition de loger pendant un an deux pauvres auxquels elles feront réciter chaque soir trois pater et trois ave. Jean Germain, évêque de Ghalon, fait un legs semblable à « trois pauvres pucelles » (4).

La charité accompagne les pauvres par delà la mort. Jehan de Boichot de Grissey, habitant de Chalon, demande à être enterré « in cimeterio sancte crucis inter pauperes Domus Dei sanctœ crucis cabilonensis » (5).

Elle va trouver les prisonniers dans leur prison (6); elle secourt les orphelins : Jehanne de Mâlain nourrit un « orphelin » dans son hôtel « pour honneur et amour de Dieu » et lui lègue 20 francs tournois (7). Elle distribue des médicaments, ce sont les hôpitaux qui sont souvent dans ce cas ses dispensateurs (8).

Elle se manifeste dans les usages quotidiens, dans les châteaux du duc et des seigneurs, comme dans la maison des bourgeois plus humbles, se trouve « ce pot à aumônes » dont nous avons déjà parlé et où l'on a l'habitude de mettre de côié, pour les pauvres, une part de chaque repas (9). Il n'est pas une circonstance grave de la vie qui ne donne occasion à la charité de penser à eux.

Résumer la situation des hôpitaux, à la fin du quinzième siècle, n'est pas impossible, il suffît de regarder ceux de Dijon. Ses hôpitaux religieux de Saint-Bénigne et de la Chapelotte subsistent, mais fortement diminués, surtout le premier, et nous savons pour

(1) Bouvier, Bulletin... de l'Yonne, 1900, p. 253.

(2) Batault, Not. sur les dames de la Miséricorde, p. 30.

(3) Batault, p. 31, croit à tort que Robert de Decize « eut l'initiative des dots fondées au profit de jeunes filles pauvres » Nous avons déjà rencontré de ces fondations en Bourgogne dès le treizième siècle ; voir p. 834.

(4) Batault, p. 40, 41.

(5) Arch. de Màcon, fonds de la Ferté; Batault, p. 34.

(6) Testament de 1456-1466 Batault, p. 41 ; ibid., p. 43.

(7) Batault, p. 42. Même chose dans le testament de dîme Huguenin Vertillet, p. 43.

(8) Bouvier, Bulletin. . de l'Yonne, 1900, p. 252, pour l'hôpital d' Auxerre.

(9) Lallemand, t. III, p. 320.

quelles causes celui de la Madeleine reçoit encore quelques passants (1). Enfin il s'en crée deux nouveaux, celui de Saint-Jacques et celui de Saint-Fiacre. Les plus importants sont toujours ceux de Notre-Dame et du Saint-Esprit (2).

Le premier est encore occupé au quatorzième siècle par un recteur (3), trois religieux et une religieuse. Ce nombre augmenta ei fut porté par la suite à quatre chapelains (4). La religieuse se charge de surveiller les nourrices de l'hôpital et s'engage à lui laisser tous ses biens. C'est en réalité une sorte de pensionnaire (5), comme sont des pensionnaires, beaucoup de recteurs, de religieux ou de donateurs qui s'offrent, eux et leurs biens, à l'hôpital dans les mêmes conditions (6).

L'hôpital du Saint-Esprit, « l'un des beaulx joyaulx qui soit à Dijon » (7), restait prospère au début du quatorzième siècle. Il a toujours comme filiales les maisons de Bar-sur-Aube, Tonnerre et Fouvent (8), il faillit même, en 1333, établir une colonie à l'hôpital de Mirebeau, mais l'opposition de Saint-Etienne fit échouer ce projet.

Au début du quatorzième siècle, les bâtiments de Dijon s'embellissent; un logement spécial au commandeur fut établi par frère Urbain, en 1337. l\ fixa de sa main le règlement de l'hôpital.

Encore à l'aube du quinzième siècle, l'on n'y voyait qu'un maître et quatre religieux. Ce nombre augmenta par la suite : en 1426, il est de six ; en 1460, de quatorze religieux dont huit prêtres : il est vrai que l'hôpital était de plus en plus chargé. En 1438, l'une des années les plus affreuses qu'ail connues la ville de Dijon, l'hôpital reçut jusqu'à

(1) On le nomme en 1380, dans le testament d'Etienne Frémiot, Cart. de Saint-Etienne, éd. Janniaux, n° 20.

(2) Ce sont les deux hôpitaux de Dijon que mentionnent, en 1349, les testaments de « Jacques li Archerey de Francheville », de Hugues de Pellerey, de Michel de Bricon. Arch. dép. Côte-d'Or, B, 11253.

(3) Nous connaissons les noms d'un assez grand nombre de ses recteurs : un nommé Milon, Arch. dép. Côte-d'Or, B. 11223 (1317-1318); Jean de Boux, ibid., B. 11239 (1340-1342); Pierre de Saint-Phal, ibid., B. 11242 (1349-1359) ; Pierre de Bretenières, ibid., B. 11246 (1346-1349); Guillaume de Dompierre, ibid., B. 11248, B. 11256, f° 29 v°, f° 87 r° (1355-décembre 1357) ; Robert de Chagny, en 1382 : Simonnet, p. 308; et en 1395, Cart. de Saint-Etienne, de Dijon, éd.Gally, n° 6. Thiebault Charpy est receveur en 1498. Arch. mun., B. 152 bis; voir aussi Fyot, Hist. de l'église Saint-Etienne, p. 299.

(4) Ces chapelains touchent 10 francs par an sur le revenu de l'hôpital. Arch. hospitalières, liasse 18, cote 1.

(5) « Dicta Ysabellis de Dignos l[dedit] se et bona sua hospitali béate Marie de Dyvione et ibidem promictit quamdiu vixerit, personaliter residere, infantes projectos in dicti hospitali tenebitur, prout ut alie mulieres que vocantur [fuerint] nutrices projectorum in ipsi hospitali cons'itute hactenus facereconsueverunt, nutrire seu nutrici facere. Et eandem religiosus vir frater... rector... ad huiusmodi ministerium et [pro] se et suis successoribus recipit et promictit sibi illa ministrare que sui successores talibus mulieribus ministrare consueverunt. Ita quod omnia bona que ipsa Ysabellis habere potuerit tempore sue mortis dicto hospitali erunt totaliter applicate. » Arch. dép. Côte-d'Or, B. 11256, f° 87 r». Simonnet, p. 309.

(6) Le 3 juillet 1393, un nommé Porteau, de la ville d'Angers, donne tous ses biens à l'hôpital Saint-Jacques, à la condition d'y être nourri, entretenu et enterré « et oultre qu'il me doit faire avoir ma absolucion et moy faire absobre d'une sentence d'escommeniement en quoy ie suiz à la resqueste de Guiot Chauchart, bourgeois de Dijon ». Arch. hosp. de Dijon, liasse 25, cote 4. Il s'agit d'une excommunication pour dettes; Jean Tarlenet, le maître de l'hôpital Saint-Jacques, pour obtenir l'absolution de Portereau, devra payer la dette. On trouvera d'autres exemples de pensionnaires dans Simonnet, p. 307, note 1, 308, 309.

(7) Arch. mun., E2.

(8) Arch. dép. Côte-d'Or, G. 215. Fyot, Hist. de l'église Saint-Etienne, p. 291. Peut-être n'était-ce qu'une seconde tentative, voir plus haut, p. 831, note 3.

quinze mille pauvres ; il en mourut dix mille, qui furent enfouis dans le cimetière par les soins des religieux (1). Nous avons vu les requêtes et les plaintes qu'il élève en 1363 et 1442. Pour venir à son secours, les papes l'avaient dispensé de la dîme (2) et les ducs de l'impôt des fortifications, en 4458 (3). Suivant Calmelet, l'hôpital comprenait alors soixante-dix lits dans la grande salle d'entrée et les autres salles étaient pleines de berceaux d'enfants.

Ces deux hôpitaux dijonnais firent des efforts méritoires, mais il est néanmoins facile de voir que la discipline n'est plus ce qu'elle devrait être. Cela tient à beaucoup de causes : l'ordre du Saint-Esprit est tiraillé entre deux directions, celle de Montpellier, dont une bulle du pape Grégoire XI avait admis les prétentions et qu'appuyait le roi de France, et la maison de Sainte-Marie de Saxe, que soutinrent les papes romains lors du grand schisme (4). Ajoutons que le Saint-Esprit de Besançon prétendait autorité sur Dijon (5). Les nominations de recteurs amèneront donc d'incepsants conflits, la discipline se relâche ; en 1433, on dénonce les mœurs du maître du Saint-Esprit (6).

Dans l'intérieur de l'hôpital éclatent des querelles incessantes et des actes de violence dont les protocoles de notaires nous rapportent les échos (7). La papauté fit bien quelques efforts, le pape Eugène IV, dont le neveu Pierre Barbus était grand maître de l'ordre à Borne, soumit, en 1446, les religieux à la règle de Saint-Augustin. Ils devinrent des chanoines réguliers et durent réciter l'office canonial (8). Cette situation mauvaise est générale dans l'ordre (9), et ailleurs nous la retrouvons à Notre Dame (10), dont les locaux sont mal tenus (11).

Elle s'explique par des causes morales déjà connues, et par des motifs juridiques. Beaucoup de ces hôpitaux, Notre-Dame et le Saint-Esprit de Dijon, sont restés des lieux

(1) Dom Calmelet, p. 43. L'obituaire de la maison porte la mention suivante : « Anniversaire général pour tous les bienfaiteurs de l'hôpital de céans tant vifs que morts et pour tous les trépassés dont les corps sont inhumés au cimetière dudit hôpital dont il y en a eu, par la mortalité qui fut en 1438, dix mille inhumés. Animx eorum requiescant in pace. »

(2) L'opposition des abbayes de Saint-Etienne et de Saint-Bénigne empêcha ce privilège de produire son effet. Dom Calmelet, p. 54.

(3) Arch. mun. de Dijon, E"2.

(4) Dom Calmelet, p. 40.

(5) Dom Calmelet, p. 63.

(6) Arch. mun. de Dijon, B. 153, f» 98 r».

(7) Simonnet, p. 320, 321(1357); p. 322 (1361); p. 323, 324 (1422).

(8) La mesure parait avoir eu momentanément effet, et l'on vit refleurir des vertus. Sœur Angle Bomaine, moniale du Saint-Esprit, mourut en odeur de sainteté en 1459. Dom Calmelet, p. 62.

(9) La léproserie de Saint-Biaise de Tonnerre est administrée par des religieux du Saint-Esprit également tombés en décadence à la fin du quinzième siècle. Bouvier, Bulletin... de l'Yonne, 1901, p. 312.

(10) On relâche de prison la maîtresse de l'hôpital Notre-Dame, une nommée Perrotte. Arch. mun. E6. 1492 ; voir aussi Arch. dép. Côte-d'Or, B-. 360, liasse 34, cote 752, l'enquête sur les déportements d'un aveugle reçu en cet hôpital ; on trouvera aux mêmes archives, B2. 360, liasse 17, cote 195, une autre enquête à propos d'un vol dans ce même hôpital.

(11) Au début du quinzième siècle, les sergents de Dijon qui surveillaient un certain Guillaume de Tours qui s'était retiré à l'hôpital Notre-Dame comme en un lieu de franchise, déposent qu'ils l'ont gardé jour et nuit « en la poureté et vermyne avec les povres dudit hospital ». Arch. mun., E. 6.

d'asile (1 ) ; le recteur doit en faire la police intérieure, mais il n'en a guère les moyens, d'où ces querelles et ces batailles qui donnent à la ville le moyen d'intervenir. Il y a aussi les causes économiques, les hôtelleries payantes se sont multipliées à Dijon, dans le courant du quatorzième et du quinzième siècle (2), elles remplacent les hôpitaux de riches de plus en plus (3). Il en résulte des conséquences graves pour l'histoire hospitalière.

Les hôpitaux de passants vont devenir des hôpitaux de passants pauvres et bientôt des hôpitaux de mendiants qui ne se soutiennent que par la charité de l'extérieur : on ne peut plus compter sur l'aumône des passants. Il faut les dons de Marguerite de Bourgogne pour soutenir l'hôpital Saint-Jacques de Dijon (4). Après sa mort, il tombe en ruines (5) et Perrenette, veuve de Martinet d'Eperemont, dépense vainement tout son bien à le relever. Elle implore, désespérée, vers 1433, le secours de la duchesse Isabelle de Portugal (6). Cette pétition et celle qu'elle adressa plus tard au duc Philippe luimême, font valoir l'utilité persistante de l'hôpital de passants (7). Grâce à lui, on peut loger, par jour, jusqu'à quarante pauvres (8). Il y a donc toujours de nombreux passants qui profitent des abris qu'on leur offre. En 1453, le duc de Bourgogne exemptera le Saint-Esprit de Dijon du paiement des aides, parce qu'il est « accablé par les malades et pèlerins qui y arrivent de tous pays » (9). L'on établira donc encore des hôpitaux de pèlerins, en même temps que des hôpitaux de malades.

Il est à la fois l'un et l'autre, cet hôpital Saint-Fiacre de Dijon, que l'on avait installé en mars 1340 (iO), « in loco incongruo ac mhonesto » et qui fut, en 1433, établi dans une maison proche de celle de Guy de Pontailler, seigneur de Grancey, dans la rue

(1) Les procureurs du duc n'osent encore pénétrer, en 1467, dans l'hôpital du Saint-Esprit pour y arrêter les criminels. Arch. hosp., liasse 6, cote-2, et pour Notre-Dame voir la note précédente.

(2) Clément Janin signale au quatorzième siècle le chapeau rouge, le chat d'argent, l'archerie, la croix blanche, l'étoile, la menalle : Les hôtelleries dijonnaises, p. 20, 24, 30, 39, 56, 101, et vingt-quatre autres au quinzième siècle.

(3) Il est très remarquable de trouver le logis de la croix d'or dans les jardins du chambrier de Saint- Bénigne en 1464, lbid., p. 42. Le chambrier perçoit un cens sur lui. Arch. Côte-d'Or, H 1, 1, p. 145(1465).

(4) Arch. hospitalières de Dijon, liasse 25.

(5) » Icelluy hospital par faulte de conduicte et entretenement est cheut en totale ruyne et destrucion sans ce qu'il y eust aucune apparence d'ospital ou de maison Dieu. »

(6) Isabelle de Portugal avait épousé le duc Philippe en 1430 • voir le continuateur de dom Plancher, t. IV, p. 134. Elle vint à Dijon en 1433 ; ibid., p. 177. C'est s celte époque, croycns-nous, que dut lui être remise la pétition non datée de Perrenette. La duchesse écrivit à Gérard Vyon et Philippe Machefoin, de demander l'agrément du duc ; en juin, elle mandait au maître de sa chambre aux deniers, Imbert de Plaines, d'accorder à Saint-Jacques une charge de sel.

(7) « Ladite suppliante considérant et veant la destruction dudit hospital et que en ladite ville de Dijon pouvres pèlerins passant leurs chemins, et autres pouvres mendians estoient petitement receus. »

(8) Tandis « qu'il n'y avoit jndis lieu et place où l'on peut heberegier un poure... et que de présent l'on y héberge bien XL poure tout à la foiz bien couchez et pansez, » L'hôpital d'ailleurs s'accrut sous la direction de Perrenette. Il reçoit des donations en 1443, 1458, 1459, 1461.

(9) Arch. hospit., liasse 10. cote 1. A Tournus, l'aumônerie ne sert plus qu'aux pèlerins dans le courant du quinzième siècle. Jeanton, La commanderie d! Aigrefeuille-en-Bresse, 1906, p. 54.

(10) Fyot, p. 262 ; Courtépée, t. II, p. 139; d'Arbaumont, p. 45 ; Voillery, p. 144. Le nouvel hôpital est transféré en 1433 ; l'évêque Jean de Nevers en avait consacré l'autel, le cimetière et le jardin de la nouvelle maison le 12 novembre 1433.

Saint-Fiacre (rue Vauban). Sa destination est de secourir les malades frappés de plaies repoussantes (1) que l'on ne veut loger ailleurs et son succès prouve sa malheureuse utilité (2). Il était dirigé par trois sœurs vivant sous la règle de saint Augustin (3).

Tels sont les hôpitaux de Dijon. Ils nous montrent bien en raccourci la situation hospitalière à la fin du quinzième siècle. L'hôpital de passants n'a pas disparu, on en fonde encore. C'en est un, l'hôpital de Dracy-Saint-Loup, qui est établi pour recevoir et loger « les povres et venans » ; c'en est un autre, l'hôpital de Verdun (4) et l'hôpital nouveau de Semur-en-Brionnais (5), ils ont pour but également de venir au secours des étrangers. Au contraire, les hôpitaux de Beaune et celui d'Auxonne (6) sout des hôpitaux de malades. Ces hôpitaux de malades grandissent à côté des hôpitaux de passants qui restent utiles, mais commencent à inspirer des inquiétudes.

A un moment où les routiers, les truands (7) et écorcheurs pullulent, on se défie des vagabonds qui profitent de l'hospitalité des hôpitaux (8) pour voyager de tous côtés en commettant mille méfaits. Peut-être l'attitude des Anglais, défavorables au vagabondage, accrut-elle ce sentiment dans le courant du quinzième siècle (9)? Mais il n'atteint

(1) Le doyen de la Sainte-Chapelle déclare: « Cum multi peregrini infirmi et débiles ad noitram ecclesiam veniunt causa devotionis et orationis et ad impetrandum, mediante domino, per mérita beati Fiacri de suis infirmitatibus auxilium et juvamen qui propter mfirmitates di versas, horribiles etfetentes, non possunt invenire hospicium ubi possint caput suurn commode reclinare, nos de supradictis compacientes, intuitu pietatis, et propter hoc specialiter hospitalitatem ordinavimus pro eisdem et pro aliis miserabilibus personis et ius hospitalis seu hospitalitatis declaramus. » On appliquera, déclare-t-il, les aumônes à la confection de l'hôpital et aux œuvres de charité ; la moitié des aumônes données à la fabrique ira à l'hôpital si l'on obtient des lettres du Saint-Siège et des évêques pour cet hôpital. Il nomme ensuite le recteur. Arch. hosp., liasse 20, cote t.

(2) Des miracles s'y opèrent. Arch. ho-p., liasse 20, cote 14. Il reçoit de nombreuses donations. Arch. dép. Côte-d'Or, G. 1220, f-> 6! f 1438) ; f* 60 (1497); G. 1188 (1435); E. 2173, f» 48.

(3) Une bulle du pape Eugène IV avait autorisé cet établissement en 1438. Arch. hosp., liasse 20, cote 5. (41 II est installé « ad introitum portis de Verduno... pro ibidem pauperes aflluentes recolligendos, colli-

gendos et sustinendos ». Arch. dép. Côte-d'Or, B. 11684.

(5) On fait remarquer dans la charte de fondation qu'il n'y a pas dans la ville de Semur de maison-Dieu en laquelle « les pauvres de noire seigneur soient abergiez et recueillez... et que les pouvres mendians qui vivent et affluent en ladite ville... y sont très petitement receuz et abergiez pour le petit masonnement qui est en la dicte ville... et que, faicte la dite maison-Dieu, en icelle de jour en jour se pourront accomplir les heuvres de miséricorde ». Arch. dép. Côte-d'Or, B. 11684.

(6) La requête du fondateur Amiot Viart d'Auxonne indique qu'il y aura une image représentant le Christ « en telle ressemblance qu'il estoit la nuit qu'il adoroit ou jardin ou ilsuoit sang pour la très grant douleur de la dure et angoissante mort qu'il scavoit et veoit qu'il avoit à souffrir pour la redempcion de l'umain lignaige. » On dira quotidiennement « une messe a note » pour le repos du feu duc de Bourgogne, de la duchesse et de leur lignée. Le duc pourra envoyer « audit hostel 6 personnes de bonne vie qui seront loges et soustenuz pour servir Dieu. Item, toutes povres personnes qui ne pevent gaigner ne quérir leur vie seront tenuzet soutenuzoudit hostel Dieu, enseveliz et enterrez chascun suivant son état. » Arch. Côte-d'Or, B. 11684.

(7) L'ordonnance du roi Jean contre les truands est de 1350. Lallemand, t. III, p. 352. Il était défendu aux hôpitaux d'héberger plus d'une nuit les mendiants s'ils n'étaient pas malades et à toutes personnes de donner l'aumône « à tels truands sains de corps et de membres ».

(8) Porée, Inventaire... de Chastelux, n° 327 (1385/6). Guiot Marchant de Parly « qui a transformé avec sa femme son hostel de Parly et ses autres biens en hôpital pour recevoir, coucher et hebergier... pour l'amour de Dieu les poures trespassans par ledit lieu... » a blessé un vagabond nommé Babinet qui « fort et puissant... alloit, coquinant par les tavernes, gésir aus hospitaulz, sans se appliquer à gaaigner son pain honnestement ».

(9) Dès le quatorzième siècle nous voyons qu'en Angleterre il y a des peines et même de la prison pour

pas encore l'intensité qu'il revêtira au quinzième siècle. C'est qu'il est difficile de distinguer le voyageur malfaisant du pèlerin et que les pèlerinages sont encore fort Iréquenlés, entre autres celui de Saint-Jacques deCompostelle. On voit passer à Béziers, vers cette époque, de nombreux pèlerins bourguignons (1), et même, pour favoriser ces pèlerinages, en 1395, Jean Tarlenet, de Dijon, a établi sa maison de la rue du Pautet. On comptera encore au seizième siècle, à Màcon, de 159 à 178 pèlerins de Saint-Jacques chaque année (2).

Il est nécessaire, pour leur sécurité personnelle, que les pèlerins soient armés (3). Comment distinguer, dès lors, le soldat pieux de l'écorcheur ? On ne le tente pas encore. Les tribunaux qui condamnent encore fréquemment les malfaiteurs à des pèlerinages, ne songent même pas aux conséquences possibles de leur imprudente condamnation (4).

§ 6. — Municipalisation et laïcisation partielle de l'assistance au seizième siècle.

« Toujours dans la cité ceux qui n'ont rien envient les bons, portent aux nues les méchants, détestent les traditions, sont favorables aux nouveautés et, dans la haine qu'ils éprouvent pour leur propre situation, s'efforcent de tout transformer (5). » Ces quelques lignes de Chasseneuz nous montrent que nous sommes loin du moyen âge. Le pauvre, honoré jadis, est maintenant l'homme suspect ; on le craint, surtout le pauvre étranger qui souvent se livre à l'espionnage, porte tort aux mendiants de la ville et, dans ses vêtements sales, véhicule des germes de peste. On va l'expulser ou le contraindre à travailler. Au milieu du siècle il devient le bélitre, enchaîné au tombereau d'ordures et condamné au travail forcé du nettoyage urbain (6). Ces mesures hostiles

ceux qui font l'aumône à un pauvre valide. Lallemand, t. III, p. 348. Les Bohémiens gagneront l'Europe occidentale dès 1417. Lallemand, t. III, p. 344. A la fin du quinzième siècle les mendiants pullulent Sur les excès des moines défroqués faux pèlerins, déjà en 1317 : Petit, t. VIII, p. 222, n° 6682.

(1) Lallemand, t. III, p. 114 et 115.

(2) M9r Rameau, Les anciens hospices du Maçonnais, Annales de l'Acad. de Màcon, 3e série, t. II, p. 243.

(3) Les habitants de Saint-Saturnin ont massacré, par esprit de représailles, pour se venger des maux de la guerre, des Anglais qui se rendaient en pèlerinage à Rome. Petit, t. IX, p. 482, n° 9704 et p. 483, n° 9715.

(4) Les parlements imposent encore des pèlerinages aux individus coupables de violences. Celui de Saint- Thibault-en-Auxois est mentionné en 1296 dans un arrêt du Parlement de Paris. Petit, t. VI, Preuves, p. 429, n° 5322; et en 1356, le meurtrier doit y aller à la Noël, sans chemise et en se contentant de pain et d'eau pour son vivre. Petit, t. IX, p. 371, n" 8860. Voir aussi Valat, Poursuite privée et composition pécuniaire dans l'ancienne Bourgogne, Dijon, Nourry, 1907, p. 187, 226 ; il indique d'autres réparations religieuses, telles que : messes, paiement des frais funéraires, etc.

(5) « Semper in civitate quibus opes nullae sunt, bonis invident, malos extollunt, vetera oderunt, nova exoptant, et odio suarum rerum omnia mutari student. » Chasseneuz, Catalogus glorim mundi, 2e part., 27e considér., Genève, 1649, p. 428. Le jurisconsulte déclare que, par conséquent, les riches doivent être préférés aux pauvres dans l'exercice des fonctions publiques ; il s'appuie aussi sur les textes de droit romain qui écartent le tuteur suspect.

(6) Voir p. 537.

au passant sont devenues nécessaires. Comme une végétation parasite s'est développée, depuis le quinzième siècle, toute une organisation pour exploiter chacune des formes de la surabondante charité du moyen âge. Toutes les misères maintenant sont maquillées et mises en coupe réglée par les coquillards, faux pèlerins, les drilles, faux soldats errants, les franc-mitoux ou malingreux, faux infirmes, les mercandiers, faux marchands ruinés, les piètres, faux boiteux, les ri f odes, faux incendiés, les orphelim, faux sansfamille. Le résultat de ces entreprises sans vergogne fut d'amener un changement de menialité. Non seulement le vagabond sera traqué, mais on va restreindre, au profit du pauvre de la ville, la place si large qu'accordaient à l'étranger les établissements du moyen âge. L'on sera moins compatissant et plus égoïste et, comme l'homme ivre de Luther, l'on se jettera d'un excès dans l'autre.

Plus stricte, plus méticuleuse et plus sévère sera désormais la surveillance municipale, et puisque le vagabondage se révèle maintenant comme une plaie provinciale et nationale, les organes de la nation et de la province, le roi et son représentant, le parlement, s'en occuperont davantage (1).

Du coup, l'histoire de l'assistance jusqu'alors si complexe, si difficile â rassembler, si hérissée de sèches nomenclatures de noms d'hôpitaux, prend un centre en Bourgogne, Dijon, dont la municipalité suit l'exemple de Paris ou de Lyon. C'est là que résonne de suite l'écho des inspirations parisiennes ou lyonnaises. L'histoire de l'assistance en Bourgogne, au seizième siècle, sera surtout celle de l'assistance à Dijon.

On peut la diviser en deux périodes, la première allant jusqu'à 1528, époque de l'établissement de la chambre des pauvres de Dijon; la seconde, qui se déroule de 4518 à la fin du seizième siècle et nous montre la direction de cette chambre, des mains de la municipalité, passant peu à peu dans celles du Parlement. Après avoir suivi ces transformations dans la capitale de la Bourgogne, nous chercherons un aperçu de la situation hospitalière dans l'ensemble de la province et des quelques progrès réalisés.

Les guerres de la fin du quinzième siècle avaient amené dans les grandes villes du duché (2) et notamment à Dijon, une « grant multitude de povres gens du comté de Bourgogne » (3). La mairie naturellement s'en occupa et chercha, tout ensemble, à pourvoir à leur nourriture et à leur logement. Des procédés extraordinaires furent employés pour remédier à cette situation extraordinaire : les notions juridiques

(i) En colorant cette immixtion dans ces matières mixtes du principe que les hôpitaux, comme d'ailleurs les confréries, « sont des corps purement laies qui peuvent se former par la seule autorité du souverain et qu'il peut de même supprimer, unir, transférer, etc., suivant ce qu'il juge le plus convenable pour la police du royaume ». Denizart, Collect. de décis. dejurisp., t. II, v° Hôpitaux.

(2) C'est ainsi que l'hôpital d'Auxerre porte le nom de « grandes charités », montrant qu'il est alors devenu plutôt un bureau de pauvres qu'un hôpital proprement dit : Bouvier, Bulletin... de l'Yonne, 1900, p. 257.

(3) Arch. mun., E^. (1479).

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anciennes les permettant (I) : nombreuses quêtes, réquisitions des hôpitaux (2), monopole de leur surveillance (3), emprunts et avances d'argent (4). On obtenait ainsi le vivre, tandis que pour le couvert, l'on réparait le toit de la grande salle du Saint- Esprit, et même l'on méditait des bâtiments nouveaux (5).

Ces emprises exceptionnelles sur la direction générale hospitalière constituaient un premier pas de fait dans la série des intrusions municipales, parfaitement justifiées d'ailleurs par les circonstances, et qui allaient mettre peu à peu la gestion des hôpitaux urbains hors des mains des ordres religieux et de l'administration religieuse.

Le 3 septembre 1502, désireuse de séparer les malades des autres pauvres, la ville offre au maitre du Saint-Esprit, le frère Sacquenier, une place pour construire un hôpital neuf; le 20 octobre, elle lui demande ce qu'il compte faire; le 24, elle reçoit sa réponse. Cette réponse parut satisfaisante. Le frère Sacqueuier, débordant de bonne volonté, promettait de commencer les travaux dès le mois de mars 1503 et de finir son hôpital très vite ; il acceptait, chose grave, le contrôle ou « Visitation » de la ville tant pour l'hôpital neuf que pour l'ancien, en reconnaissant, d'une manière un peu vague,

(1) C'est de là qu'il faut partir pour comprendre la laïcisation des hôpitaux et non des théories protestantes ou catholiques sur les droits de l'Etat. Sur ces théories, Lallemand, t. IV, p. 1 et suiv. Ces théories ne sont venues qu'après coup. Pour le protestantisme, il faut distinguer le luthérarisme hostile aux œuvres et défavorable en fait aux hôpitaux et le calvinisme dont l'attitude est différente. Chez les catholiques i1 y a deux écoles : l'une favorable à l'intervention du pouvoir central avec Vives, l'autre contraire.

(2) Arch. mun., B. 165, f° 84 r° et v°. Les échevins de Dijon et plusieurs autres « assemblez en grant nombre pour adviser les meilleurs moyens que l'on pourra tenir et avoir tant pour faire queste par les parroiches de ceste ville de Diion que autrement pour le vivre et substantation des pauvres mendians estans présentement en très grant nombre... en grande misère et pouvreté au moyen de la grande charte des vivres mesmementdu blefd et autrement, et aussi pour trouver loigis et lieux esquelx lesdits pourront estre mis... » décident « que lesdits pouvres seront proportionnez et receus et mis par nombre es ho^pitaulx de ceste ville de Diion, à savoir à l'ospital du saint Esperit, à l'ospital de la Magdeleine, à Nostre-Dame, à saint Jacques, à l'ospital de la Chappellote, de saint Bénigne et de saint Fiacre ». On nomme, pour les différentes paroisses, des commissaires chargés de faire cette répartition. Ils choisiront ceux qui feront la quête dans les paroisses « chascun de son jour et de son tour », et « s'ils ne sont en nombre souffisant pourront appeler aveceulx telz personnaiges soient hommes ou femmes ». Tout ce qu'ils recueilleront devra « être porté à l'ostel du prince d'Oranges... près de l'église de saint Jehan Baptiste ». Les maîtres et maîtresses des hôpitaux iront y chercher les vivres pour les distribuer.

(3) Voir plus haut, note 1.

(4) Arch. mun., B. 165, fJ 87 r° (27 février 1481/2). Dans son inventaire des délibérations de la municipalité (B. 428, p. 208), M. Boudot indique à ce propos : « Ce qui prouve que l'administration des hôpitaux appartetenoit à la mairie. » Il va trop vite, ce n'était qu'un premier pas.

(5) Arch. mun. E3 ; Arch. mun., B. 168 f° 62 r° « Item... que l'on mendera en la chambre le maistre du Saint Esperit pour savoir de lui la manière comment il entend dresser et édiffier la place qu'on lui a donnée pour faire un hospital pour soutenir les pauvres — sinon l'on fera exécuter le mandement du roi. » Il y avait donc eu un mandement du roi (Louis XII). N'oublions pas que nous sommes en 1502, trois ans avant la réforme de l'hôtel-Dieu de Paris, en 1505. Cette concession du terrain par la ville détruit l'argumentation des religieux qui, en 1643, prétendaient que le fonds leur appartenait. On la verra reproduite par dom Calmelet, p. 67, 68. (Il y a, dans l'exemplaire que nous utilisons, des erreurs de pagination, entre autres, une page 66 bis).

que les échevins et les officiers de Monseigneur de Langres étaient les protecteurs de sa maison (1).

La situation de fait pouvait devenir une situation de droit, facilement, en poussant un peu loin les conséquences des déclarations du recteur. L'imprudent avait promis d'aller vite. Il ne le put, malgré ses efforts et les procès des échevins (2) ; la première pierre ne fut posée qu'en 1511, puis vint un temps d'arrêt forcé.

En 1513, le siège des Suisses obligea les Dijonnais à brûler leurs faubourgs (3). Les maisons voisines que le Saint-Esprit baillait jadis à cens disparurent (4). Il ne resta debout que l'hôpital et ses deux salles où les envahisseurs installèrent leurs soldats malades. Une fois l'ennemi disparu, l'on reprit les projets anciens, la ville pressant de plus en plus le maître Sacquenier avait fait saisir, en 1511 (5), les quêtes du Saint-Esprit, sous le prétexte qu'il ne les employait pas aux constructions promises. L'agression suscita la résistance. Contre le recteur récalcitrant, des lettres du grand sceau, en 15 16, furent obtenues (6). Puis, après bien des passes procédurières, ce long procès fut terminé par une transaction du 5 juillet 1517 (7). Sacquenier dut verser 800 livres à la ville. L'attaque rude eut des conséquences importantes, les assaillants municipaux ne dissimulaient d'ailleurs, nullement, leurs intentions : dans une requête présentée au roi, la ville exposait que « pour éviter la diversion des fonds et questes et aumônes faits à l'hôpital du Saint-Esprit pour le nourrissement des pauvres et des malades, comme

(1) Arch. mun., B. 168, f° 62 v°; délibération du 24 octobre 1502; ibid., E3, liasse. Guillaume Sacquenier est requis de faire l'hôpital en la place qui lui a été concédée « depuis le cours de l'eaul morte de la rivière d'Oulche jusques au meur du troige par lequel l'on va parle cymistiere du saint Esperit en la foliotte », moyennant « la Visitation d'icellui hospital neuf » ainsi qu'il avait été stipulé. Il répond qu'il entendait « fere et construire ledit hospital à la louange de Dieu et de nos disseigneurs tellement que a perpétuité il en seroit parler ». 11 promet de commencer eu mars prochain et d'achever « au plus brief », mais demande la permission de mettre plus bas la planche passant par le cimetière, et celle de fermer les portes pour la clôture du cimetière. Et « en tant qu'il touchoit la Visitation dudit hospital requise par mesdisseigneurs comme en l'autre hospital, icellui révérend a fait faire response qu'il avoit beilles apostoliques par lesquelles mesdisseigneurs de la ville et les officiers monseigneurs de Lengres estoyent protecteurs dudit hospital et offroit d'en donner ung vidimus à la ville. » La ville lui accorde le droit d'enlever la planche, mais ne lui permet pas de fermer les portes « à cause du treige ancien ». Sacquenier avait fourni, comme preuve de la protection, des lettres du 12 juillet 1475, émanées du grand maître de Rome.

(2) Sur le procès qui éclata alors en 1507 : Arch. mun , E3.

^3) Le 4 septembre. Arch. mun., B. 168, f° 267 r°. Il est vrai que le roi donna plus tard une indemnité.

(4) C'est ainsi que l'hôpital avait 20 gros de cens emphitéotique sur la maison de Jacob Langlois, sise devant l'hôpital du Saint-Esprit, en 1505/6. Arch. mun., E3.

(5) Elle ne les relâcha que sur un arrêt du Parlement de Paris, du 6 septembre 151 1 (Arch. hosp., liasse 12, cote 1), prononçant mainlevée de cette saisie mais obligeant le commandeur à contribuer à la construction pour la somme de 400 livres. Arch. mun., I. 159. On verra toutes les pièces de ce gros procès. Arch. mun.,E3. Il continua en 1512. Arch. mun., I. 60. Autres accusations, le 12 septembre 1515. Arch. mun., B 169.

(6) Sacquenier, pour se soustraire à la charge qui lui avait été imposée et qui avait de grands revenus (il était abbé de Saint-Pierre de Baulmes) s'était démis de sa fonction, en fraude prétendait la ville, en faveur de Claude Laurent. La ville poursuivit ce dernier qui ne put presque rien donner car il démontra facilement que les revenus de sa rectorie lui suffisaient à peine. Dom Calmelet commet encore une erreur en prétendant que la vieillesse avait amené le départ du frère Sacquenier. Dom Calmelet, p. 63 et 72.

(7) Elle fut approuvée par le Parlement le 7 juillet suivant. Arch. mun., E3.

aussi pour parachever l'hôpital neuf (la grande salle construite sur le modèle de l'hôtel- Dieu de Paris), il est nécessaire d'ôter la superintendance de l'hôpital aux maîtres recteurs et de la confier aux magistrats ».

Les termes employés montrent à l'évidence que la municipalité avait eu connaissance de la réforme opérée en 1505, à l'hôtel-Dieu de Paris (1), et la preuve en est dans les copies qui furent faites des décisions parisiennes, le 28 juillet. Bientôt une délibération confiait la supérintendance au vicomte-mayeur (2). C'était un second pas dans la voie de la municipalisation.

Il fallait maintenant faire reconnaître les prétentions de la municipalité et faire homologuer par le roi ses affirmations. On mit en avant le fait que la conduite des religieux et religieuses du Saint-Esprit était alors fort scandaleuse. Une plainte fut même adressée, à leur propos, an juge fort indulgent qu'était le scelleur de Langres (3). Ces plaintes se renouvelleront par la suite et amèneront une enquête qui prouvera leur bien fondé (4).

La municipalité, naturellement, n'eut garde de laisser tomber ces affaires et leur donna une large publicité pour se concilier l'opinion.

Sur ces entrefaites, le roi François Ier fort occupé, comme le prouvent de nombreux actes de son règne (5), de la réforme des hôpitaux, vint faire son entrée à Dijon, le 16 avril 1521 (6). Sans aucun doute, la ville profita de l'occasion pour lui montrer les embarras où elle était. Le roi écoula des doléances qui rentraient si bien dans ses vues. Le 14 mai 1522, par des lettres rendues, conformément à l'avis du Parlement, il permit au maire de commettre deux ou trois personnes notables, pour veiller, avec le procureur général, sur la nourriture et l'entretien des pauvres et surtout sur ce qui concernait l'administration de l'hôpital du Saint-Esprit (7). Ce troisième progrès n'était pas encore définitif. La supérintendance de l'hôpital n'étant encore donnée que par intérim.

(1) A Paris, c'est sur la prière même du chapitre Notre-Dame que la municipalité avait pris la direction du temporel. Lalemand, t. III, p 113. L'inlluence parisienne se manifeste dans l'imitation de la grande salle des malades et dans les deux copies de l'arrêt du Parlement de Paris ordonnant la réforme. Arch. mun., E3.

(2) Arch. mun., B. 169, f° 115 v, 28 juillet 15)7. Les é. hevins ont « délibéré que pour la superintendance des pouvres et maison de l'ospital du saint Esprit dudit Diion mondit seigneur le viconte mayeur avoit icelle superintendance, Visitation des pouvres, alimens et médicamens d'iceulx.

» Et peur la garde et distribution des VIII cens livres qui se recouvreront sur le présent recteur du dit liospital et autrement, M« Thomas Berbisey, et pour controlleurs lesdits Nicolas de Ploart et Philibert Godrant.

» Et touchant l'apoinctement que quiert avoir le maistre du saint Esprit des 1111e livres qu'il doitemploier chacun an en l'ospital dudit saint Esperit jusques à la perfection d'icellui, attendu que c'est affaire touche les gens du roy, l'on s'en remectra à eulx et à la discrétion de la court. »

(3) Arch. mun., B. 169, le 30 sept. 1527, f» 62 r».

(4) Arch. mun., E*, l'enquête est de 1527. Auparavant, en septembre 1526, on se plaignait des mauvais soins donnés aux malades. Il y a aussi des batailles. Arch. mun., E2 (Î523).

(5) Sur la bienveillance du roi François I" pour l'hôpital de Beaune : Bavard, p. 141.

(6) Arch. mun., B. 170, f°s 33 V et 34 r°.

(7) Arch. hospit., liasse 12, cote 2.

Mais les scandales redoublent (1), les pauvres se plaignent, les religieux prétendent que les décisions royales ne concernent pas les quêtes. Alors, sur une réclamation en forme que signèrent d'ailleurs quitre des religieux du Saint-Esprit (2), le Parlement de Dijon intervint. Dans son arrêt du 8 mars 1528, il distinguait le produit des quêtes et les revenus des biens fonds. Les deniers provenant des quêtes étaient mis sous la main du roi ; ils devaient être régis et gouvernés par deux ou trois échevins ou habitants de la ville, nommés par les commissaires de la cour, le procureur général, les vicomte-mayeur et échevins (3). En un mot, pour employer le langage financier de l'époque, les finances extraordinaires passaient sous la direction de la municipalité et de la cour.

Quant aux finances ordinaires : produits des terres, vignes ou cens, rentes, etc., il était enjoint au recteur de « bien les administrer et en même temps de bien conduire les religieux ».

La chambre des pauvres était fondée.

Le chemin qui a mené à sa formation est facile à suivre. La municipalité a réquisitionné les hôpitaux dès la fin du quinzième siècle et le début du seizième, ce qui lui

(1) Il y avait eu, en 1527, des abus, « jeux, paillardises », et une bâture d'un serviteur d'Henri Chiquet, tanneur de la ville. Le scelleur de Langres, interrogé par les échevins, ne consentait qu'à faire l'information ; la municipalité passa outre et fit arrêter les deux religieux coupables (30 septembre 1527;. Arch. mun., B. 172, f° 62s r" à 63 r° ; le 9 octobre, les religieux renoncent « libéralement » à l'appel qu'ils avaient interjeté. Arch. mun., B. 172, f°» 64 v° et 65 r°.

(2) Liasse 12, cote 3 ; Bibl. mun., A. F. 371, f° 74, 75. Le 8 janvier précédent le maître de l'hôpital, Dominique Richard, avait fait des excuses « touchant ce qu'on le charge du mauvais gouvernement audit hôpital ». Arch. mun., B. 172, f° 152 v°.

(3) L'importance de cet arrêt nous oblige à en reproduire une bonne partie :

« Sur les requestes, plainctes et doléances faictes à la court de la part de frère Pierre Mignot, Bénigne Frelon, Jean Boisselier et Jean Mortier, tous prestres religieux de l'hostel-dieu et hospital du sainct Esprit de Dijon et le procureur général de ladicte cour touchant la mauvaise administration dudict hospital tant envers les dictz religieux que envers les pauvres et petits enffans qui y affluent journellement, et aussi des biens et revenus dudict hostel et maison-Dieu, contre frère Dominicque Richard maistre recteur d'iceluy lieu; veu l'arrest sur ce rendu de la cour de parlement de Paris, les lettres patentes en forme de commission obtenues par les vicomte mayeur et eschevins de la ville et commune dudit Dijon. Pour avoir la surintendance de ladicte maison, etc., ...ladicte cour... commect soubz la main du roi tous et chacuns les deniers provenans et qui proviendront des questes qui se font pour ledict hostel et maison dieu, soubz laquelle, par manière d'intérim, jusques aultrement par ladicte cour en soit ordonné, lesdicts deniers seront régis et gouvernez par deux ou trois eschevins ou habitans de ladicte ville qui seront nommez et choisis par lesdits commis de la cour, le procureur général et lesdicts vicomte mayeur et eschevins de ladicte ville ; lesquels deniers seront par lesdictz deux ou trois qui seront nommez employez par l'advis desdictz commis d'icelle cour, procureur général et de telz que lesdictz vicomte mayeur et eschevins députeront, en réparations dudict hostel et maison Dieu, nourriture, alimens, médicamens et aultres nécessités des pauvres d'iceluy hostel et maison Dieu et dont lesdictz qui seront nommez à recevoir et administrer lesdictz deniers seront tenus rendre bon compte et rcliqua par devant lesdits commis de la cour, procureur général et députez desdicts vicomte mayeur, etc. »

Sur la chambre des pauvres, dom Calmelet, p. 76 et 94 ; Arch. Dijon, A. F. 372, p. 35; Arch. dép. Côte-d'Or, B. 11686; Bibl. Dijon, man. A. F., 206, 207, 208. Le plus ancien registre connu au dix-huitième siècle commençait en 1538 et finissait en Î5'i3. Bibl. mun , man. 372, p. 35. Le parlement avait un registre spécial des délibérations concernant la chambre des pauvres. Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12069 quater (1523-1642).

était permis en cas d'éminent péril. La situation mauvaise a multiplié ces errements auqnels le recteur du Saint-Esprit a donné une adhésion vague, suivie d'une affirmation fort précise de la ville, sur la supérintendance, affirmadon homologuée provisoirement par une affirmation royale. Puis tout se condense, se solidifie, et pour la situation nouvelle on crée une organisation nouvelle.

Lorsqu'elle fit son apparition, la chambre des pauvres de Dijon était presque entièrement dans les mains de la municipalité qui, au gouvernement de l'hôpital du Saint- Esprit, députa de suite deux membres (1). Ces commis rendaient compte à la chambre dans laquelle le maire avait la préséance, la première place et la présidence (2). « C'est le maire et les échevins qui avaient la direction et police des pauvres et qui en faisaient les ordonnances en la chambre de ville », dira encore au dix-huitième siècle l'avocat David (3) et il ajoute : « Ladite police consistait à ordonner pour la nourriture des pauvres ce qui se faisoit les dimanches de chacune semaine, dont on dressoit état de la recette et de la dépense ; tout le fond étoit en aumônes qui s'apportoient le dimanche en la chambre. »

A peine installée, la nouvelle direction se signala par des mesures énergiques: les pauvres furent dénombrés exactement (4), les mendiants valides contraints à travailler et, entre l'hôpital ancien et le neuf, une muraille élevée de suite empêcha les pauvres de fréquenter ce dernier (5); il n'y eut plus de permises que les quêtes ordonnées par les échevins (6). A ces mesures draconiennes, vainement, le recteur du Saint-Esprit, Richard, tenta de résister ; il lui fut enjoint de restituer les ornements et vases sacrés qu'il avait voulu reprendre (7). L'on menaça même les sœurs de les fustiger, si elles continuaient de maltraiter les malades (8). 11 n'y eut pas jusqu'au recteur de la maladière, qui ne fut soumis à des mesures sévères : il lui fut défendu >le quitter sa résidence (9). Aux allures un peu molles, faibles et tergiversantes d'autrefois, l'on veut

(1) Arch. mun., B. 172, f° 169 v°. « Et ont mesdisseigneurs commis au régime et gouvernement de l'hospital du Saint-Esperit, suyvans arrestde la coure touchant l'administration de l'hôpital, nobles hommes Bénigne de Barres et Claude Contault pour la ville. » Délibération du 10 mars 1528/9. Le premier commis, le 12 mars, fut remplacé par Jean des Barres.

(2) Bibl. mun., A. F. 208, f° 1 ; registre de 1538-1543, f° 51 v» ; f» 20 de la dépense et f° 62. On trouve l'original des extraits de l'avocat David (1538 à 1657) aux Arch. hosp., liasse 17, cote 1.

(3) Ce mode-te avocat David est le travnilleur consciencieux dont les extraits des registres de la Chambre ont permis la publication du règlement imprimé de 1649 et les travaux postérieurs de Joly de Bévy.

(4) Arch. mun., B. 17 i. Le Parlement l'appuyait en 1532 ; un arrêt enjoint à tous les hôpitaux de recevoir les pauvres à peine de confiscation. Arch. mun., E. 1.

(5) A.rch. mun., B. 176, fs 1,3 r° et 11 v° (1533).

(6) Le 4 mai 1531, les quêtes des hôpitaux « ont été défendues par Messieurs de la ville. » Il est entendu que les secours de l'hôpital Saint Fiacre seront administrés par les jurés des pauvres. Arch. mun., B. 181.

(7) En 1531, les conflits avec ce recteur furent incessants. Il s'opposait d'ailleurs également aux visites du grand maître de l'ordre. Arch hospit., liasse 11, coles 2 et 3.

(8) Arch. mun., B. 175 Voir aussi l'enquête faite sur l'une d'entre elles, le 7 septembre 1534.

(9) Arch. mun., B. 176.

substituer l'ordre sec et volontaire, appuyé par le fouet. Cette énergie semblait indispensable.

L'esprit de la nouvelle assistance se trouve tout entier dans un règlement confirmé par le Parlement de Dijon, de l'année 1543 ou 154-4, et que nous ont conservé les archives municipales (1).

Le mal qui ronge les hôpitaux, c'est surtout l'immoralité, on veut la chasser par des procédés en quelque sorte matériels ; en premier lieu par une séparation absolue entre les hommes et les femmes (2), le règlement dit : « les masles » et « les femelles ». Pour leur enlever toute occasion de « converser ensemble », « seront murées à chault et haraint toutes les portes, fenestres et pertuys par lesquelz on peut entrer du couvent desdiz religieulx audit hospital vieulx hault et bas. Et ne sera permis ausditz pouvres masles et femelles d'aller à l'ospitat l'ung de l'aultre » (3). L'administration des sacrements aux femmes et aux filles sera confiée par le recteur prudent à « l'ung de ses religieux plus eagé et bien vivant qui n'y procédera synon en lieu apparent » (4). Les hommes et enfants mâles sont parqués à l'hôpital neuf (5), les femmes et fdles au vieil hôpital (6), sous la supérintendance des religieuses ; une partie de l'hôpital neuf est réservée aux « agitez et maladiez » qui sont soignés, sous la surveillance du recteur, par des sortes de garçons de salle, pris parmi les malades sains, et qui les veillent durant la nuit (7).

Aux femmes et aux filles malades est assignée l'infirmerie du vieil hôpital (8). C'est

(1) Arch. mun., E4. Une note manuscrite mise sur la liasse indique comme date « vers 1540 » ; mais le frère Jean Regnauldot, successeur du frère Richard, ne fut nommé recteur qu'en 1543. Dom Calmelet, p. 78. De plus, une réclamation, dont le brouillon se trouve dans le règlement, invoque, pour dispenser les religieux de recevoir à l'hôpital des pestiférés, le règlement de 1544, défendant, dans son article 12, d'admettre « les pestiférés à l'hôpital ». Or, précisément notre article 12 porte cette prohibition. Pour plus de facilité dans les citations, je mets des numéros aux paragraphes.

(2) « Premièrement pour obvyer aux inconveniens advenuz par le passé audit hospital sera séparée tous les pouvres masles estans et qu'ilz seront audit hospital d'avec les femelles, reservez touteffoys les petitz enffens de laict. »

(7) § 2 : « Et pour ce faire seront lesdiz malades agittez et maladies reduictz en la partie de l'hospital neu f en laquelle y a le moings d'espace. Et seront visitiez souvent matin et soir par lesdicts recteur et religieulx. Et leur sera secouru par quattre, cinq ou six plus vallides et discretz des sains qu'ilz seront par lesdiz maistre choisiz. Desquelz les deulx du moings vacqueront continuellement de jour les ungs après les aultres à secourir lesdiz pouvres malades de toutes choses qu'ils pourront et que ordonné leur sera. Et de nuict y vacqueront et vellera l'ung d'iceulx jusques à la mynuict, et l'autre après la mynuict jusques au jour. Et lesdictzdeux qu'ilz auront vellé ladite nuict seront tout le jour syvant... exemptz de vacquer audit service — tous lesquelz y vacqueront hberallement sans gronder, mal parler, ne mal dire, ne user de paroles lubriques... à peine d'estre mis ung jour au pain et à l'eaue en prison au charbonnier. »

(8) § 5 : « Item les femmes et filles malades fera reduyre en l'enffermerye de l'hospital viel. Pour le gouvernement des personnes desquellez aura la superintendance seur Jehannette religieuse dudit hospital et couvent. Et luy sera baillé pour ayde quattre ou six des aultres femmes saines estans audit hospital. Lesquelles y vacqueront tant jour que nuyct ainsi qu'il est dict cy dessus de l'ospital neuf.

également à cette infirmerie que sont conduites « les femmes ensainctes, les accouchées, les nourrices et enffens qu'elles allaictent et aussi les tilles saines et les filles gaingeur » sous la surveillance de deux sœurs (1).

Chacune des infirmeries est éclairée pendant toute la nuit (2). Progrès important qu'il ne faut pas dédaigner.

Pendant la journée, les hommes sains aident au service ou à l'instruction des enfants ou a en quelque chose honneste ». Les femmes seront également pourvues d'occupations : on leur apprend « leur foy et créance, pseaulmes, plainées, oraisons et canticques et ne leur sera permis dédire chansons synon... à louanges de Dieu ».

Pour empêcher l'encombrement de l'hôpital, il était décidé que « les femmes grosses n'y seraient reçues qu'un mois avant l'accouchement, à moins qu'elles ne soient pauvres et malades (3) ». Point d'abri pour les « meseaulx, vérollés et pestiférés » (4) qui sèmeraient la contagion parmi les sains. Les arrivants devront déclarer sous serment, d'où ils viennent, leur lieu de naissance, leurs maladies, leurs enfants, leurs parents. Et si, lors de la visite, on leur découvre quelque maladie interdite, on les éloigne impitoyablement de l'hôpital (5).

Un rôle des entrées et sorties facilite le contrôle de la chambre, attentive à l'examiner (6), et permet la surveillance des distributions de vivres que l'on fait aux sains comme aux malades. Un rôle écrit spécial est également dressé de ces distributions. On l'envoie chaque dimanche, comme l'autre, à l'examen des magistrats chargés des pauvres (7).

Ce zèle, cette énergie ne furent point de suite appréciés. Les Dijonnais, naturellement, désapprouvèrent ; les quêtes faites par les nouveaux agents n'eureni pas le même succès que les anciennes. Il est probable que les religieux dépossédés déversèrent sur elles

(1) § 6. Pour la seconde catégorie, on désigne sœur Odette qui est aussi assistée d'une certain nombre de femmes saines.

(3) § 12 : « Item ny seront receues femmes grosses synon qu'elles soient en apparence d'accoucher deans ung mois ou qu'elles soient poures et malades. »

(5- § 13 : « Item pour ad ce obvyer seront ceulx qu'ilz viendront audict hospital prius par serment dont ilz viennent et sont natifz, quelz eages ilz ont, et quelles maladyes sur toutes les partyes de leurs corps, quelz sont leurs pères, mères, marys ou femmes; s'ilz ont enffens et combien. Et les femmes grosses par qui elles sont engrossyes. Et oultre seront les misles visitez par ledict recteur ou de ses religieux à ce commis en lieu qui sera pour ce advisé... Et les femelles par lesdites religieuses ou aulcune d'icelies plus entendue...

(6) § 10. « Item, fera roole des pouvres du lit hospital qu'ilz vuyderont et de ceulx qu'ilz y seront de nouveaulz receuz. . »

(7) § 80. « Item, à tous lesquelz pouvres tant mallades que sains, à eulx baillez par escript fera (le recteur) distribuer à cha-cun l'aulmosne deux foys le jour à la manière accoustumée et prandra garde qu'il n'y ayt abuz tant aux achaptz de bled, mouture d'kelluy .., et distribution de pain, qne semblablement es achaptz de pitances et distribution d'icelies. Et de tous les achaptz et distribution fera faire roole par escript. Lesquelz ilz envoyra chacun dimanche esditz commissaires en la chambre des pouvres. »

des bruits malveillants; les quêtes ne passaient-elles pas par trop de mains? L'intégrité des magistrats était-elle bien sûre? Les permissions en vertu desquelles on les faisait n'étaient-elles pas trop vieilles (1)? En 1545, un arrêt de la Cour rendit au recteur du Saint-Esprit, frère Renauldot, l'autorisation de les faire « sans préjudice touteffoys de la supérintendance appartenant ausdicts procureur général et vicomte mayeur et escbevins audit hospital et à charge de rendre compte des quêtes par devant eux (°2) ».

Le Parlement qui manifestait ainsi la haute main qu'il mettait sur la direction des hôpitaux et qui s'était contenté jusque-là de déléguer deux conseillers (3) à la chambre, ne tardera pas à y jouer un rôle plus important.

La royauté galvanisait alors ses officiers par des impulsions énergiques. Coup sur coup, parurent les édits de 1543 sur les léproseries (4) et ceux du 15 janvier 1545, enjoignant aux administrateurs d'hôpitaux de rendre compte de leurs revenus et de leur administration aux plus prochains juges (5). La mairie de Dijon en profita pour demander, le 18 décembre 1546, la saisie de toutes les recettes des maisons hospitalières de la ville.

Le Parlement de Dijon qui avait enregistré cet édit de 1545, par arrêt du 17 mai 1546 (6), écouta cette supplique et, malgré les résistances du clergé, le 14 août 1549, il obligea les maîtres, recteurs et administrateurs des hôpitaux de la ville et faubourgs, en punition de « la mauvaise conduite et administration d'iceulx ruinés que aultres choses », à remettre les titres de leur fondation, accompagnés de l'indication de leur charges et revenus, dans les mains de deux conseillers (7).

L'on visait surtout les petits hôpitaux qui restaient encore dans la ville de Dijon.

Ces petits hôpitaux, tout doucement, continuaient alors d'aller en décadence. Les uns avaient disparu, les autres n'en valaient guère mieux.

(1) Aussi de nouvelles lettres d'Henn II, du 20 avril 1547, furent-elles portées pour permettre les quêtes dans les provinces de Vienne, Lyon, Reims, Paris, etc. Dom Calmelet, p. 8. En 1531, l'hôpital du Saint- Esprita«ait obtenu la permission de quêter à Reims aux lieu et place de celui de Besançon. Arch. mun., I, 66.

(2) Arch. hospit., liasse 12, cote 4. C'est par erreur que dom Calmelet pense que la ville perdit un momen la supérintendance; l'arrêt déclare le contraire.

(3) Toutefois, le 4 août 1529, il commettait quatre conseillers, pour pourvoir sur le fait des hôpitaux de la ville et faire rapport à la cour. Bibl. mun., fonds Saverot, n° 2, t. Ier, f° 386.

(4) Isambert, t. XII, p 851. Cet édit attribuait aux baillis, sénéchaux et autres juges la surveillance de l'administration des hôpitaux et maladreries avec faculté de remplacer les administrateurs. Les droits de justice de la ville lui donnaient la place d'un juge.

(5) Isambert, t. XII, p. 897. Il y eut aussi ceux du 26 février et de mai et juin 1546, indiqués parle même, t. XII, p. 919. Guenois, Conférence des ord. royaux, MDCXVII, p. 22. Ils prescrivaient aux baillis et sénéchaux d'établir des commissaires administrateurs des hôpitaux et commettaient pour veiller à l'exécution du précédent édit un président et quatre conseillers. Sur cet édit: d'Arbaumont, Notice historique, p. 31 à 33 ; Bouvier, Bulletin... de l'Yonne, 1S99, p. 121.

(6) Bibl. de Dijon, A. F. 4562, I. 42, f° 26. Peignot, Précis historique de l'hôpital de Dijon; Mémoires de la Commission des antiquités de la Côte-d'Or, t. I, p. 82. Peignot ne fait d'ailleurs que résumer dom Calmelet.

(7) Arch. hospit , liasse 20, cote 23 ter. En 1551, on commet encore deux échevins pour demander aux maîtres des hôpitaux de remettre leurs titres. Arch. mun., E1. Y eut-il une grève au Saint-Esprit? Dans le Registre du 12 février 1551, finissant le dernier août 1554, on indique au f° 175 V que les sœurs de Beaune gouvernent l'hôpital neuf.

C'est à peine si l'on peut parler encore de l'hôpital de Saint-Bénigne, situé à peu de distance du château, et dont l'aumônier, déclare une pièce extraite d'un procès de 1599, est obligé « de loger et nourrir tous les étrangers, de quelque nation qu'ils fussent, en allant et revenant de quelque pèlerinage (1) ».

Rien dans les textes ne permet plus de croire au sérieux de cet hôpital, que les testaments ignorent. La situation du principal hôpital de Saint-Bénigne, l'hôpital aux Riches, n'est guère meilleure. Il a perdu une partie de ses biens, il n'y a plus à l'intérieur qu'une vieille femme qui « à elle seule tient la place des convers, des converses et du recteur (2) » ; les bâtiments sont ruinés, les terres en friche ; et le recteur, qui habite l'abbaye, prétend qu'il ne touche à Saint-Bénigne aucune pitance, sauf deux ou trois fois l'année, aux fêles solennelles. A l'en croire, il serait le vrai pauvre de l'hôpital, et encore il n'y vient pas.

Au nombre des hôpitaux disparus il faut compter l'hôpital de la Madeleine, situé hors de la ville. La ville achetait encore, le 5 avril 1518, des linceuls neufs pour y coucher les pauvres (3) ; or, voilà que le 12 décembre 1520, « pour complaire au gouverneur de la ville », on résolut de le démolir, aux frais des Dijonnais, avant la venue du roi (4). Il est vrai que neuf ans plus tard (5), la mairie invitera le maître de l'hôpital qui, consciencieusement, continuait d'en toucher les revenus, de le reconstruire hors la ville. Il ne semble pas avoir entendu la proposition et plus tard l'on se contenta de lui faire verser une certaine somme chaque mois à l'hôpital du Saint-Esprit (6).

L'hôpital Saint-Fiacre, pour lequel la mairie avait défendu de quêter, en décidant que les secours lui seraient accordés (7) par les jurés des pauvres, se trouvait du coup dans un grand dénûment. Un arrêt du Parlement de Dijon, en 1541, puis des lettres patentes du roi, du 5 janvier 1547/8, entérinées le 18 janvier de la même année, autorisèrent à nouveau ses quêtes (8). Mais l'hôpital fut obligé de déposer ses titres

(1) Arch. dép. Côte-d'Or, Titres généraux de Saint-Bénigne. D'Arbaumont, Notice, p. 22, note 1. Toutefois cet hôpital de Saint-Bénigne est nommé encore à la fin du quinzième siècle. Voir plus haut, p. 857, note 6.

(2) D'Arbaumont, Notice, p. 80. Il est vraisemblable que ce recteur diminue fortement sa part aux prébendes de Saint-Bénigne. Néanmoins, sa rectorie rapporte alors très peu.

(3) Arch. mun., B. 169.

(4) Arch. mun., B. 170, f° 18 r°. Cet hôpital était à la porte Saint-Pierre : Reg. de 1572-1582, f° 261 v°.

(5) Le 11 octobre 1529. Arch. mun., B. 173, f° 77 r°. « Pour mettre ordre sur le fait des pouvres de la ville que ne peuvent estre habergiez aux hospitaulx de ladite ville attendu la destruction de l'hôpital du temple de ladite ville, duquel hôpital neantmoings le maître de la Magdeleine lieve le revenu, ont délibéré que icelui sera contrainct à fere reffere et bastir ledit hospital hors la ville et pour ce fere luy sera donné

place. »

(6) Le 4 juin 1559, le rapporteur de la Chambre des pauvres indique que le maître de la Madeleine donne 20 sols d'aumône tous les mois « sans tirer à conséquence ». Le 2 juillet de la même année le maître accepte cette cote de 20 sous par mois. Bibl mun., man. 208, p. 78.

(7) Arch. mun., B. 181. Il était toujours en partie soutenu par sa confrérie. Il y a des confrères de Saint- Fiacre dans les diocèses de Langres, Besançon, Màcon, Chalon et Autun, en 1501. Arch. hosp., liasse 20, cote 19.

(8) Arch. hosp., liasse 20, cotes 23 et 23 bis.

MO

l'année suivante et resta fort gêné dans ses aumônes (1) ; il est, encore en 1557, affecté spécialement aux individus « frappés de maléfices et maladies estranges comme sont les malades que l'on dit de Saint-Antoine et de Saint-Fiacre (2) » et le restera jusqu'à la fin de l'ancien régime.

Quant à l'hôpital Saint-Jacques, son rôle fort discret, le fait qu'il n'est tenu que par une maîtresse (3), le rendent si peu nécessaire que l'on songea à y installer un moment l'école de jeunes filles fonlée par le président Godran (4;.

Un peu meilleure se révèle, par une heureuse exception, la situation de l'hôpital Notre-Dame, car dans le procès-verbal de visite qu'y firent, au mois d'août 1526, les vicaires généraux de René de Brèche, abbé de Saint-Etienne, l'on déclare qu'il possédait encore dix-huit lits entretenus pour les pauvres passants et, autre preuve d'une bonne tenue, l'on continuait d'y célébrer l'office canonial dans la chapelle (5).

Le dépôt des titres de tous ces petits hôpitaux ne suffisant pas, un arrêt du 21 mars 1551 ordonna la saisie de leurs retenus et biens et leur administration par des commis « exception pour l'hôpital Saint-Fiacre et du Saint-Esprit (6) ».

Les archives démontrent que cette administration laïque ne fut pas plus heureuse que celle qui l'avait précédée. Les commis profitèrent de leur situation pour exploiter à leur tour les hôpitaux de la manière la plus éhontée.

C'était un jeu pour eux d'héberger des passants pauvres jusqu'à dix jours de suite, en dépit des règlements qui limitent alors, à un jour, l'hospitalité, de les laisser vacquer par la ville et même de se permettre des actes plus blâmables.

Martin Blanchard, le commis de Notre-Dame, est devenu l'associé des vagabonds ; il participe « à leurs butins, leur fait paier gîte, souffre qu'ils beuvent et mangent inso-

(t) En 1555 on lève encore à son profit la défense de quêter (arrêt du 30 septembre) ; Areh. hospit., liasse 20, cote 29; de même en 1565, ibid., cote 30.

(2) Arch. raun., E:>. Sur l'envoi de malades à l'hôpital Saint-Fiacre, Reg. de 1567-1571, f° 3, 115, 135. Bibl. Dijon. A. F. 208, p. 111 v°. En 1571, la mairie y installe encore un pauvre homme. J. Garnier, Journal de Gabriel Breunot, t. 1, p. 3.

(3) Arch mun., Es. parlent d'une somme de 10 gros 2 deniers avancés par la maîtresse de l'hôpital Saint- Jacques pour l'enterrement d'un pauvre homme. Il est aussi nom né dans les testaments. Arch. dép. Côted'Or, G. 1218, f° 169. Nous connaissons les engagements que prend cette maîtresse : « Les superintendants des pauvres s'étant informés des bonnes vies et mœurs... de Françoise Guybourg... ont icelle receue maistresse en l'hospital saint Jacques à la charge de y faire son devoir selon que touttes maistresses estant aux hospitaux ont accoutumées faire, et à laquelle sera donné dix livres pour l'aider à subvenir à sa nourriture moyennant lesquelles sera tenue faire touttes offices nécessaires audit hospital à ses frais, et outre les dictes dix livres luy sera donné d'entrée par le receveur dudit hospital central pour faire le nettoyement des lits, linges es autres meubles étant audit hospital, laquelle entrera en icelluy quand bon luy semblera : ce que laditte Guibourg a accepté et promis de faire son devoir en laditte charge. » Bibl. Dijon, A. F. 206, p. 626, 627. La Chambre délibère encore sur la nomination d'une maîtresse dans le registre de 1590-1592, f°3 80 v°, 103. Bibl. de Dijon, man. A. F. 208, f vu v°.

(4) Voir plus haut, p. 720.

(5) Fyot, Hist. de l'église Saint-E tienne, p. 298. Des lettres de provision de recteur de l'hôpital Notre- Dame sont accordées en 1507 à Antoine Michel, religieux de Saint-Etienne. Arch hosp., liasse 18, cote 3.

(6) Arch. hospit., liasse 20, cote 24.

lemment » (I). Quelques années plus tôt, le commis de Saint-Jacques, un nommé Hérard, avait été, pour des agissements semblables, déclaré inhabile à pouvoir jamais administrer le bien des pauvres, et condamné à 20 sols d'amende (2).

La saisie amena donc des déboires ; l'examen des comptes révéla que tous ces hôpitaux ne touchaient, en somme, que fort peu : à peine de quoi entretenir leurs recteurs; enfin, pour éviter de gros procès (3), l'on se décida à ordonner la mainlevée.

Mais la main de la ville ne peut, au seizième siècle, rester longtemps ouverte, elle a vite fait ae rattraper la proie qu'un moment elle a semblé vouloir abandonner. En arguant de l'attitude du roi Henri II, qui avait confirmé, en 1553, les édits de son prédécesseur, talonnée par l'incessante misère qui ne lui laisse point de cesse (4), la Chambre avec le Parlement va prendre derechef la haute direction hospitalière.

Tout une réglementation nouvelle fut présentée en 1557. Elle distinguait les pauvres malades et les invalides, les pauvres passants et les pauvres honteux. Les premiers seront soignés à l'hôpital et une fois guéris, on les obligera à travailler ou on les expulsera; les invalides et les petits enfants resteront à l'hôpital, les vieux dans une chambre, les vieilles dans une autre. Les petits enfants et les filles seront gardés jusqu'au temps d'apprendre un métier ou de servir (6).

Les passants auront un abri spécial, ils auront droit à la « passade » : dîner, souper et coucher. On ne leur permet pas de s'en aller par la ville ; ils reçoivent une pièce d'argent à leur départ (7).

Aux pauvres honteux, enrôlés sur la matricule des aumônes ordinaires, tous les dimanches on distribuera une aumône proportionnée à leurs « maladie, impotence et multitude d'enfants ». Ils seront exhortés à mettre leurs enfants à métier et service. Pour eux-mêmes on cherchera des emplois, une punition sévère corrigera ceux qui mendieront avec les enfants.

La difficulté était de trouver des fonds ; à ce propos, l'arrêt de 1549/50 était rappelé ; en suivant ses directions, il fallait s'enquérir de toutes les fondations des collèges, abbayes,

(1) Bibl. mun., man. 208, p. 30 (6 mars 1557/8).

(2) Par sentence du lieutenant de la mairie du 6 novembre 1553. Arch. mun., E°.

(3) L'évèque de Langres, abbé de Saint-Bénigne et de Saint-Etienne, réclamait le droit d'administrer les hôpitaux de Dijon. Arch. mun., E1.

(4) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12069 quater.

(5) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12069 quater.

(G) « Le* fils ou filles ne pourront quitter les maîtres chez qui on les aura mis ; les parents ne pourront les retirer ; il est permis à tout habitant de la ville de venir prendre à l'hôpital un enfant qui les servira gratuitement pendant dix ans, s'il est au-dessous de sept ans ; pendant huit ans s'il passe sept ans. »

(7) « Procédant oultre sera destiné ung lieu ou hospital pour loger les passans et viateurs, lesquelz seront receuz audit lieu et auront les passades du disné, soupper et coucher tant seullement, sans pouvoir pourchasser par la ville. Puis leur sera baillé une pièce d'argent ou à la discrétion des officiers commis audit hospital qui les contraindront à vuyder ladite ville s'ilz ne sont malades ouquel cas seront envoyez à l'hospital desdiez malades. »

prieurés et églises, destinées à des aumônes. Il y en avait, par exemple, une à Saint - Etienne «ou l'on doit distribuer quatre-vingts miches de pain par semaine ». A leur défaut, les sermons et les processions restent des moyens efficaces pour secouer le sentiment charitible « pour ce que le peuple de Dijon et de toute la Bourgogne est assez facile à émouvoir par choses qu'il voyt et oyt ».

Les taxes des pauvres constituent le procédé usuel. Tout le monde se cotisera volontairement : la cour, la chambre des comptes, le lieutenant du bailli, les officiers, avocats, procureurs, les échevins, les bourgeois, les ecclésiastiques. A chacun l'on demandera d'indiquer ce qu'il veut donner. Des troncs pour les pauvres « barrez et cloz de serrures » s'offriront partout aux yeux dans les hôtelleries, dans les boutiques, chez les notaires qui devront y mettre le denier à Dieu et qui ne pourront recevoir de contrats sans porter avec eux « leurs boetes » . Ces notaires transformés en quémandeurs quêteront près des contractants ; ils importuneront pour les pauvres les testateurs et avertiront de suite la chambre du résultat de leur zèle. C'est elle qui dans ses mains concentre les ressources. Les habitants ne feront plus l'aumône eux-mêmes; il leur est interdit de donner aux portes; ils enverront aux hôpitaux ce qui leur restera « de chair ou potage ou aultre viandes (1) ».

Un tel système, pour fonctionner, exigeait toute une administration. Des officiers spéciaux seront établis : un receveur général et contrôleur de l'aumône aidé de quatre commissaires, munis de tous les pouvoirs de police nécessaires, va concentrer les ressources dans ses mains.

Six recteurs des hôpitaux devaient être créés, deux pour chacun des trois hôpitaux maintenus. On les changeait tous les six mois. Enfin deux secrétaires et deux collecteurs étaient proposés. On prévoyait aussi un médecin et un chirurgien qui visiteraient, chaque jour, tantôt l'hôpital des malades, tantôt les autres hôpitaux. Enfin des sergents, aumôniers, procureurs étaient également indiqués, ainsi que la constitution du bureau du dimanche, qui distribuait les aumônes (2).

Bref, c'était une aumône générale que le projet de 1557 réglementait à Dijon, une aumône pareille à celle qui fonctionnait à Lyon depuis 1537 (3), pareille à celle que le

(1) En 1570, on interdira aux habitan's de louer leur maison aux pauvres et mendiants. Reg. de 1567- 1571, P 51.

(2) Ce bureau comprendra deux commissaires, un recteur de chaque hôpital, le receveur et contrôleur, un secrétaire et deux sergents pour recevoir les requêtes et faire les distributions. Arch. mun.. E5. On verra aussi dans cette liasse divers extraits des registres des délibérations de la ville sur l'administration intérieure de l'hôpital.

(3) Il y avait à Lyon, depuis 1531, une aumône générale qui semble avoir servi de modèle à toutes celles qui suivirent et dont l'histoire est racontée tout au long dans un volume intitulé : Institution et aeconomie de l'aumône générale de Lyon et hospital Notre-Dame de la Charité; dédié à Alfonse Louis du Plessis de Richelieu, cardinal archevêque de Lyon, et imprimé en 1638, pour la quatrième fois par les soins du bureau de l'aumône générale ; in-4" de 100 pages. Nous devons la communication d'un extrait de cet important document à l'obligeance de M. Jean Margin, économe de l'hospice de Morlaix. On y raconte qu'à l'occasion

P. Dunod établira à nouveau, au début du dix-huitième siècle, dans la capitale bourguignonne.

Nous ne savons si le règlement fut exactement appliqué, toujours est-il que ces quêtes et cette taxation n'allèrent pas sans difficultés. Déjà, le 30 mars 1558, il avait fallu obtenir un arrêt du conseil contre les religieux de Saint-Bénigne, pour les obliger à contribuer (1) ; en 1559, ils obtinrent un abonuement (2). Chacun cherche à fuir la taxe ; les bourgeois prétendent que plusieurs officiers du Parlement et de la Chambre des comptes ne paient pas leurs cotes (3). Le résultat, c'est que les aumônes manquent, bien qu'on s'efforce de les percevoir « le plus doucement que faire se pourra » (4).

Les événements eux-mêmes, qui exigent une autorité qui s'impose à tous, haussent le Parlement à une situation de plus en plus élevée en matière d'assistance et, en faii, c'est lui qui, à ce moment, a pris la direction de la chambre des pauvres de Dijon et contrôle les règlements de la mairie (5).

Déjà en 1543, les conseillers Berbis et Bataille avaient exigé les clefs du coffre pour en tirer les deniers et les employer à la subsistance des pauvres, malgré l'opposition des échevins.

Puis, voici la composition de la chambre qui se modifie. En 1551, les députés de la Chambre des comptes y sont entrés; puis les ecclésiastiques. Le Parlement, pour donner plus d'autorité à ses commis, les nomme, en 1553, pour une année entière (6).

La mairie essaya vainement de résister, il y eut des protestations (7), un essai de

de la famine de 1530 et 1531, pour « se deschaiger d'une telle misère », les provinces circonvoisines « remplirent quantité de batteaux de leurs pauvres affamez et les exposèrent à l'aventure sur les rivières du Rosne et de la Sosne ». Les Lyonnais les reçurent à bras ouverts, chacun se rotisa, le clergé et les habitants, et l'on nourrit 8,000 étrangers (dit le texte) du 10 mai 1531 au dimanche 9 juillet suivant. Comme après le départ des étrangers au moment de la moisson il restait de l'argent, l'on continua à le distribuer aux pauvres delà ville. On choisit huit notables bourgeois pour cette charge ; ils s'oi-cupèrent donc des valides. Quant aux invalides, ils furent enfermés dans l'hôpital Notre-Dame de la Charité, construit vers l'année 1620-1623. Nous croyons utile de résumer cette histoire de l'hôpital et de l'aumône de Lyon, car il est impo-<sible de ne pas voir les relations très intimes qui unissent l'évolution du grand hôpital de Dijon à celle du grand hôpital lyonnais.

(1) Bibl. Dijon, 10 mai 1558, A. F. 456- I. 70. Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12080, f" 19 r° à 21 r°.

(2) Le lundi 28 novembre 1559, un des directeurs de l'hôpital représente qu'il a été obligé « d'abonner avec les religieux de Saint-Bénigne pour toutes les aumônes qu'ils devaient du passé »; ce qui est approuvé

par la Chambre. Bibl. Dijon, fonds Saverot, n° 2, t. I, f" 958.

(3) Bibl. mun. de Dijon, fonds Saverot, n" 2, t. I, f 983 (6 mars 1559/60).

(4) Ibii., f0 844 (19 déc. 1558), f° 854 (5 février 1558/9).

(5) Le 17 janvier 1551, la cour ratifiait les articles de la mairie de Dijon « sur le faict de la conduicte et alymens des pauvres. » Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12069 quater, f° 2 r°.

(6) On peut voir la transformation qui s'est opérée dans les décisions rapportées dans le manuscrit de la Bibl. df Uijon, A. F. 208, p. 1. Quand le maiie de Dijon se trouvait dans la chambre des pauvres, il avait au début la première place au-dessus des conseillers du parlement et autres. Reg. de 1557-1561, f°s G v", 14, 21 v», 27, 41. La chambre de ville députait deux échevins. En 1582, au contraire, il est décidé que les conseillers du parlement et l'avocat général précèdent le maire. Reg. de 1582-1585, f°« 3, 76, 86 v° et 127 v°. Bibl. de Dijon, A. F. 208, f vu r°.

(7) Bibl. de Dijon, fonds Saverot, n° 2, t. I, f0' 480, 541.

grève (1). Gestes ridicules et vains, si sa résistance conserva quelque temps certaines prérogatives honorifiques au maire, la réalité du pouvoir lui échappe de plus en plus.

La royauté, sur ces entrefaites, par ses édits du °2\ juillet 1560 (2) et d'avril 1561 (3), revenait à la rescousse. Le vagabondage, l'anarchie et la violence des luttes religieuses la poussaient à presser les choses. Elle voudrait encore restreindre la part des administrateurs des hôpitaux et augmenter celle des pauvres. Mais les temps sont si mauvais et le danger qui règne universellement est tel, qu'en 1562, la première fois que l'on a mis les quêtes en amodiation à Dijon, personne n'est venu (4). La ville est fatiguée de taxes, le procureur des pauvres demande des contraintes contre tous ceux qui ne veulent pas payer (5). Alors, le Parlement recourt aux grands moyens, il envoie sept conseillers à la chambre des pauvres (6), d'autres conseillers iront faire la quêie dans les églises (7). Ce n'est plus le notaire, c'est le parlementaire lui-même qui tend la main.

Pour augmenter l'autorité des promesses, il est décidé que les aumônes pour lesquelles se cotise la cour, seront payées en vertu d'autorité de la cour et non de la ville, ce qui permet aux syndics de saisir les épices des récalcitrants (8). Il en fut ainsi les années suivantes, et pendant un moment, certains hôpitaux comme le Saint-Esprit parurent bien administrés (9).

Les difficultés reparurent bientôt. Tous les ans s'accumulaient de nouvelles taxes pour pallier aux inconvénients de la guerre (10), à la diminution des quêtes, à la

(1) Le 3 mai 1558, aucun des échevins n'est venu « depuis 3 ou 4 mois » pour assister le procureur. Bib.. Dijon, man. 208, p. 35, 36; voir aussi p. 38. Le 28 juin suivant, au contraire, délibération est faite par la chambre au complet. Le maire, six échevins, cinq ecclésiastiques sont présents avec Messieurs de la cour et des comptes. Ibid., p. 39. Les empiétements de la chambre des pauvres sur les droits de justice de la ville sont encore signalés dans le registre de 15G7-1571, f°» 9 V, 92, 107 v°, 199, 127, 219. Avec la Ligue, la mairie éleva à nouveau ses prétentions, mais ce ne fut pas pour longtemps. Voir plus loin, p. 880.

(2) Indiqué par Isambert, t. XIV, p. 41. Le 30 mars 1557/8, Henri II avait confirmé un arrêt du Parlement de Dijon obligeant le clergé à la nourriture des pauvres et une sentence du bailliage de Dijon, du 28 décem bre 1560, déclare que l'hôpital Saint-Fiacre n'était pas compris dans le premier édit de Fontainebleau.

(3) Le deuxième édit est reproduit par Isambert, t. XIV, p. 105. Voir Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12080, f°s 102 r° à 104 r» ; il fut enregistré au Parlement le 2 juin. Une copie se trouve aux Arch. hosp., liasse 20, cote 30.

(4) Arch. mun., E^. (29 mai 1562).

(5) Fonds Saverot, n° 2, t. II, f» 20 (samedi 29 novembre 1563).

(6) lbid., t. II, f 105 (5 juillet 1564).

(7) Ibid., t. II, f° 106 (13 juillet 1564). Sur tous ces points, voir Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12069 quater, f° 6 et suiv.

(8) lbid., t. II, f° 196 (mardi 3 juillet 1565). C'était d'autant plus facile à obtenir que la promesse faite par les officiers est faite in conspectu curie. Bibl. mun. de Dijon, fonds Saverot, n° 2, t. I, p. 654.

(9) Du moins au dire de dom Calmelet ; il raconte que le 24 avril 1566, l'avocat de Corbie, plaidant devant la cour, se félicitait de l'accord qui existait entre les échevins et le recteur de l'hôpital. « Les aumônes que l'on fait à cet hôpital, disait-il, y sont si bien gouvernées que l'on peut dire qu'en icelui les pauvres y sont tellement reçus et traités que même pour ce jour d'huui en cette sason qui est fort chère, l'on ne trouve aucun mendiant en la ville de Dijon. » Bibl. mun. de Dijon, A. F. 371, p. 87.

(10) On est au lendemain de l'invasion allemande de 1569. Kleinclauz, Hist. de Bourg., p. 238.

famine (1), à l'afflux des misérables qui encombrent la ville de Dijon. Il y a douze cents pauvres dans cette cité, en 1572 (2).

Les morts sont fréquentes, les cimetières sont encombrés (3), les frais des enterrements pourtant sommaires, accablants (4); les délits se multiplient: il faut enfermer les pauvres.

Pour sortir de ce mauvais pas et éviter les aliénations des biens de l'hôpital (5), on décida encore, toujours, c'était le procédé normal, une nouvelle saisie des revenus des petits hôpitaux. Le prétexte invoqué fut l'article 73 de l'ordonnance de Moulins de 15(36. A nouveau, les petils hôpitaux furent administrés par « deux gens de bien », nommés pour trois ans, par les patrons des divers établissements, à la charge d'en rendre compte chaque année à la chambre des pauvres (6).

Les difficultés d'application firent que cette saisie ne dura pas plus que les précédentes et qu'un arrêt du Parlement, du 16 janvier 1575 (7), prononça à nouveau la mainlevée des revenus en faveur de l'hôpital Notre-Dame, de celui de la Ghapelotte et celui de la Madeleine, en échange bien entendu d'une contribution a l'hôpital du Saint-Esprit (8). L'hôpital Saint-Fiacre vit également, le 28 avril 1575, ses revenus débarrassés du contrôle de la chambre (9).

De ces saisies courant après d'autres saisies, le résultat fut que tous les petits hôpitaux, accablés d'impôts, incertains du lendemain, ruinés par les enterrements de pauvres et obligés de payer d'assez grosses sommes à l'hôpital général, diminuèrent encore leur hospitalité. La mauvaise administration et l'inconduite précipitèrent d'ailleurs l'abaissement de certains d'entre eux. C'est ainsi que Barbe Millot, la

(1) Il fit très froid en 1572 et les grains furent très chers. Bibl. mun., B. 210.

(2) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 120G9 quater, f° 30.

(3) Le petit cimetière de l'hôpital Notre-Dame est rempli ; l'on est obligé de demander l'enterrement des pauvres au grand cimetière de cette paroisse. Arch. hosp., Reg. de 1572-1582, f° 111 v°, 130 v°. Une indication que fournit M. de Chaimasse montre la mortalité indiyente de l'époque. A Autun, de 1550 à 1552, on a enterré plus de deux ctnts pauvres à l'hôpital Saint-Nicolas de Marchaud. Notice, p. 236.

(4) En janvier 1574/5. « Messieurs du Parlement ont fait un édict et sentence que de tous les hospitaux on nommera deux habitants de la ville solvables et responsables pour lever les revenus desdicts hospitaux, et auiont l'administration et soin de nourrir les p<uvres et rendront compte par devant les surintendants. » J. Garnier, Journal de Gabriel Breunot; Analecta divionensia, t. I, p. 14.

(5) Bibl. mun.. fonds Saverot, n° 2, t. Il, f° 729. A Chalon, en 1527, on avait décidé également que le recteur ne pourrait aliéner les immeubles de l'hôpital sans le consentement de l'ofticial et des échevins. Batault, p. 18.

((>) Le compte des recettes et dépenses de l'hôpital Notre-Dame en 1574-1575 est aux Arch. hosp., liasse 8, cotes 4 et 5.

(7) L'arrêt est aux Arch. hosp., liasse 20, cote 33. Fyot, Hisl. de l'abbaye de Saint-Etienne, p. 298; d'Arbaumont, Notice, p. 35 et suiv. ; Reg. de 1575, f°s 264, 265 ; Bibl. mun., man. A. F. 372, p. 265 ; Cartulaire de l'hôpital, cote 23, fol. 1. Cette mainlevée s'explique par le fait que. le 25 mai 1574, le roi avait indiqué ne pas vouloir enlever l'administration des hôpitaux aux corps ecclésiastiques.

(8) La ville essaiera encore, en 1581. de prendre le bâtiment neuf de l'hôpital aux Riches pour loger l'école de filles du président Godran, mais elle sera déboutée par an et du 13 mars 1582. D'Arbaumont, p. 42.

(9) Arch. hosp., liasse 20, cote 35. C'était, du reste, indiqué par l'arrêt du Parlement déclarant le revenu d e tous les hôpitaux de la ville affectés à celui du Saint-Esprit, attendu que tous les pauvres y étaient conduits.

maîtresse de l'hôpital Saint-Jacques, convaincue d'adultère, fut condamnée à mort(l). D'autres scandales éclatent à l'hôpital Notre-Dame (2); ceux du Saint-Esprit sont presque incessants.

Cependant, la détresse générale ne discontinue pas, de nouveaux flots de pauvres arrivent sans cesse, poussés toujours par la famine, toujours par l'ennemi, toujours par la peste. Dijon a seize cents pauvres en 1576(3). Une seconde invasion allemande brûle la province, cette année-là, sous la conduite de Jean Casimir, fils de l'électeur palatin Frédéric III (4).

Puis viennent les guerres civiles et la Ligue ; continuellement l'on réclame des taxes nouvelles; les membres du Parlement multiplient les « beaux règlements » et les appels à la charité. Dans la confusion générale la discipline se relâche tout naturellement et l'on entend contre l'hôpital du Saint-Esprit, en 1580, en 1588, en 1592, des accusations qui recommencent ; l'inconduite y règne de plus belle (5). Pour remplacer le maître trop faible (6), la municipalité se vit attribuer par le Parlement la juridiction pour les délits commis à l'hôpital (7).

Cette misère se perpétue (8) jusqu'à la fin du siècle, elle dure encore après la reddition de Dijon à Henri IV (9), les pauvres affluent toujours en telle quantité par la ville, qu'on est obligé, le 11 mai 1596, de leur interdire de mendier hors de leurs bailliages (10) et, le 25 novembre 1597, pour contraindre les membres du Parlement, harrassés d'impositions, à payer leurs cotes d'aumône, on les menace de leur défendre, en cas de désobéissance, l'entrée du Palais (11).

A ce moment, la chambre des pauvres est tombée définitivement sous la direction d u Parlement. Il y est entré un président en 1569, avec M. Delaguesle (12). A la faveur des troubles dé la Ligue, le maire avait bien essayé de reprendre sa situation ancienne et

(1) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12169; B. 12170 (entre 1591 et 1598).

(2) Arch. mun., EG. En 1580, c'est dans la maison du maître de l'hôpital Notre-Dame qu'un meurtre sera commis par un notaire. .1. Garnier, Journal de Gabriel Breunot, t. I, p. 28.

(3) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12069 qualer, f> 30.

(4) Kleinclausz, Hist. de Bourg., p. 236.

(5) On accuse d'inconduite la maîtresse de l'hôpital. Arch. mun., E6. (1580). Voir aussi Arch. mun., B. 220. En 1588, c'est un procès entre la religieuse Huguette Vrau et le recteur Claude Bazan. Arch. mun., E2. Voir aussi Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12069 qualer, f° 52 (7 février 1589/90).

(6) Arch. mun , B. 229 et E2.

(7) Arch. mun., B. 225.

(8) Un grand nombre de personnes meurent de froid dans les rues en 1588. Arch. mun., E. 26.

(9) Cette année 1595 fut une année de famine et de peste. Dom Cahnelet indique que les deux salles de l'hôpital n'étaient pas assez grandes pour tenir les pauvres (Bibl. mun., A. F. 371, p. 101) ; aussi la municipalité en enverra une partie à la maison de l'Isle. Arch. mun., B. 233 et B. 234.

(10) Bibl. Dijon, fonds Saverot, n° 2, t. III, f° 631.

(11) Ibid., t. III, f° 668 (21 novembre 1597).

(12) Dom Calmelet, p. 94. C'est même en 1569 que Peignot (Mémoires de la Commission des antiquités de la Côte-d'Or, t. I, p. 85) place, évidemment à tort, l'époque de la formation de la chambre des pauvres. Car, en 1558, le recteur Jean Lallemand, dans une requête, avouait lui-même que depuis l'arrêt de 1558, il avait perdu la supérintendance. Bibl. Dijon, man. 208, p. 36, 37.

d'affirmer que la chambre des pauvres était dans l'enclos de la ville et « qu'il estoit audit vicomte mayeur d'y présider » (1). Mais ce ne fut pas pour longtemps. Après la capitulation de Dijon, le Parlement triomphant rétablit la chambre des pauvres (2) qui, en 1596, comprenait quatre conseillers, quatre maîtres des comptes, cinq députés du clergé (S) et la municipalité. Les avocats et procureurs n'y firent qu'une apparition (4).

L'histoire des hôpitaux de Dijon et des difficultés auxquelles ils furent en proie pendant le cours du seizième siècle, nous fait comprendre le petit nombre d'hôpitaux qui furent construits à cette époque et pourquoi un grand nombre d'hôpitaux anciens disparurent sans laisser de traces.

A Chalon-sur-Saône, ce n'est pas une construction nouvelle, mais une reconstruction d'hôpital ancien à une autre place, qui est décidée eu 1519 et qui commence eu 1529, à une époque où les nécessités des fortifications font démolir le vieil hôpital Saint- Eloi (5). A Noyers, un hôpital nouveau est établi dans le faubourg, à la suite d'une transaction passée entre le maire et les habitants, le 20 juillet 1566 (6).

Auparavant, à Beaune, en 1521, par les soins de Pierre Mathion, une place vide avait été achetée devant le prieuré Saint-Etienne, pour y bâtir de petits logements pour les pauvres vieilles hors d'étal de gagner leur vie (7). Cet hospice de vieilles subsista jusqu'à la fin de l'ancien régime (8).

Vers le milieu du seizième siècle, on reconstruisit l'hôpital du Saint-Esprit de la même ville. Il reste médiocre et n'a plus que trois lits pour les malades. En 1548, l'on établit aussi, ou plutôt on rétablit, l'hôpital Saint-Jacques de Montbard (9).

(1) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12069 quater, f» 54 V et 55 r° (9 juillet 1590).

(2) Le 4 juillet 1595 : « Sur ce qu'il a esté proposé qu'il estoit nécessaire adviser à la nourriture des pauvres de la ville la cour a ordonné que la Chambre desdiz pauvres sera restabli, et que MM" iront à tour de roole selon qu'il est accoustumé pour pourveoir à tout ce qu'ils jugeront être utile et nécessaire pour la nourriture des pauvres. » Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12069 quater, V 57 r°.

11 "y eut bien encore, en 1597, une protestation du maire, mais sans effets. Bemarquons que c'est en 1595 que nous voyons des sergents mis directement au service de la Chambre des pauvres. Bibl. mun., A. F.

(3) Un pour la Sainte-Chapelle, un pour Saint-Etienne, un pour Saint-Bénigne, deux pour les autres

éclis6S.

(4) Les avocats et procureurs avaient député deux procureurs et deux avocats sous le nom de « députés de Saint-Yves», i Le plus ancien registre qui parle d'eux, indique Joly de Bévy, est de 1561. On les mit au dessous des échevins, mais sous le maire Laverne, il y eut une délibération portant qu'ils n'auraient que voix consultative. Ce qui les fit partir. »

(5) Batault, p. 53 et suiv. Les lettres patentes de février 1529, et permettant de construire un hôpital pour loger les pauvres « tant pestiférés que autres » sont reproduites p. 60-64. Le pape Paul II accorda des indulgences en 1538 (p. 65-70). Les travaux commencés en 1529, et non en 1549 comme le dit Ferry, semblent achevés en 1546. Voir aussi Courtépée, t. III, p. 235.

(6) Arch. dép. Côte-d'Or, C. 378.

(7) Gandelot, p. 123.

(8) Gandelot, p. 68 (en 1549).

(9) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12126, f°s 199 r» à 203 r«.

Ce n'est que sur le tard, en 1586, qu'on édifie, à Auxerre, l'hôptial Saint-Roch (1) et en 4596, celui d'Avirey-le-Bois ou Lingey (2). Mais ailleurs, que de ruines! Les invasions répétées, les guerres, les famines, le renchérissement des vivres, l'élévation du taux de l'argent, les passions religieuses ont détruit nombre d'hôpitaux.

Les huguenots ont brûlé l'hôpital de Vitteaux (3), détruit celui de Saulieu (4) et de Toulon-sur-Arroux (5), ravagé les terres de l'hôpital de Chalon (6) et de celui d'Auxerre (7). Les Allemands en saccageront bon nombre d'autres.

Sous l'influence de ces événements, il ne faut donc pas s'étonner de voir considérablement se restreindre les hôpitaux de passants et les maladières. A Dijon, où les hôtelleries payantes et fréquentées par les voyageurs aisés sont fort nombreuses au seizième siècle, on en compte quarante et un en 1564 (8), nous voyons que l'on mesure de plus en plus parcimonieusement la place laissée aux gueux dans la maison du Saint- Esprit. Sans doute on leur donne la passade, mais c'est d'assez mauvaise grâce (9). Le prétexte facile à invoquer et légitime, c'est le danger de peste. On défend aux maîtres de l'hôpital de recevoir les étrangers malades de la peste (10). Et ces précautions s'accordent fort bien avec les intérêts des hôteliers de l'époque. Sous prétexte de peste, l'on arrivera même, à la fin du siècle, à poursuivre les femmes charitables qui hébergent les passants dans une grange près de la porte d'Ouche et leur distribuent des aumônes, car c'est, leur dit le procureur syndic, le « vrai moyen pour accroistre... le danger de peste (11) ».

C'est pour les mêmes raisons, qu'à Auxerre, l'on supprime les aumônes faites aux indigents et aux passants au grand hôpital (12), et que l'on renvoie les passants à l'hospice Saint-Vigile, que l'on débaptise alors pour remplacer son nom par celui de Saint- Sauvain (13). Il est vrai qu'une confrérie de Saint-Jacques maintient encore l'hôpital de ce nom en 1570, dans la même ville d'Auxerre (14). Les relations de la France et de

(1) Bouvier, Bulletin... de l'Yonne, 1901, p. 35.

(2) Courtépée, t. IV, p. 428.

(3) Courtépée, t. IV, p. 530.

(4) Courtépée, t. IV, p. 101.

(5) En 1569. Courtépée, t III, p. 172.

(6) Batault, p 22 (en 1562). En 1595, les soldats emportent le linge de l'établissement. Batault, p. 105.

(7) A Montpellier, qui avait fait reconnaître sa supériorité en 1559 sur l'hôpital de Dijon. L'hôpital du Saint- Esprit hors les murs fut détruit complètement, en 1562, par les protestants, et les vingt-neuf commanderies qui en dépendaient immédiatement eurent le même sort Bibl. mun., A. F. 371, p. 89.

(8) 9 dans la paroisse Saint-Michel. 1 dans la paroisse Saint-Médard, 12 pour Saint-Jean et Saint-Philibert, 7 à Notre-Dame, 6 à Saint-Nicolas, 6 dans les faubourgs; en tout 41. Arch. mun. ajouter Clément Janin, Hôtelleries dijonnaises.

(9) Il est parlé de la passade : Arch. mun., B. 174, et dans le règlement de 1557. Voir plus haut, p. 875, note 7, aussi Arch. mun., E. 26. On la restreint à un jour.

(10) Arch. mun., B. 177, (1534); de même Arch. mun. B. 192, en 1532. Mêmes prohibitions en 1533.

(12) Bouvier, Bulletin... de l'Yonne, 1900, p. 260.

(13) Bègl. du 16 mars 1579. Lebeuf, Pièces justificatives ; Bouvier, Bulletin... de l'Yonne, 1900, p. 262; 1901, p. 35.

(14) Bouvier, ibid., 1901, p. 37.

l'Espagne restent étroites pendant la Ligue et le sanctuaire respecté de Saint-Jacques est loin d'être déserté.

L'hospitalité n'existe pour ainsi dire plus dans les hôpitaux de Brochon et de Til- Chàtel (1). L'hôpital de Charolles est ruiné ; on sera obligé de le rebâtir en 1616 (2). C'est dans le même élat que se trouve celui de Saint-Antoine ou du Saint-Esprit d'Autun (3) ; celui de Marchand n'est plus tenu que par une servante (4). On n'aperçoit plus, au milieu du seizième siècle, que les quelques murs « cariés de vieillesse » de l'antique hôpital Saint-Pierre de Beaune (5). Les restes de cet hôpital disparurent quand on augmenta les fortifications de Beaune. L'hôpital du Bourgneuf ne fournit plus de véritable hospitalité (6).

Bs sont assez rares les asiles comme celui de Châteauneuf où le droit ancien d'hospitalité est conservé (7). On peut en dire autant du prieuré-hôpital de Montréal (8).

Quant aux commanderies, leurs maisons ont été accaparées, l'on est obligé, le 15 février 4578/9, de sommer le commandeur de l'hôpital de Norges, le frère Millot, de recevoir des malades atteints de la maladie de Saint-Antoine (9). Injonction singulière qui nous montre que, même pour les établissements les plus importants des Antonins, le travail d'absorption particulière et d'abandon du devoir hospitalier est déjà presque accompli.

Les maladières s'écroulent, la plupart sont désertes, même dans les lieux les plus fréquentés.

On rencontre un lépreux dans celle de Dijon, en 1521; de 1559 à 4594, l'on n'en compte que douze en tout (10). A Chalon, il n'y a également qu'un lépreux dans la maladière, en 1543 (41); à Beaune que deux ménages, en 4545 (12).

Les échevins de Tonnerre voyant leur maladière inutile en aliéneront les biens, en 1503 (13). Les appétits sont excités par la vue de ces biens à prendre et, pour éviter

(1) Fyot, Hist. de l'église Saint-Etienne, p. 381, 302.

(2) Courtépée, III, p. 16. Voir au paragraphe suivant.

(3) Harold de Fontenay, Autun et ses monuments, p. 373, 374. Docteur Bon, Essai sur les épidémies, p. 45.

(4) De Charmasse, Notice, p. 233.

(5) Gandelot, p. 4. Ses fonds passèrent au Saint-Esprit. Gandelot, p. 68.

(6) Gandelot, p. 74. Le concile de Trente prévoit lui-même la possibilité de transformer les anciennes fondations qui ont perdu leur utilité. Sess. XXV ; De réf., c. 8 ; Lallemand, t.' IV, p. 27.

(7) Arch. dép. Côte-d'Or, H. 117, 1252 bis. Voir l'acte du 4 mars 1566.

(8) Bouvier, Bulletin... de l'Yonne, 1901, p. 328.

(9) Arch. hosp., Cartul. de l'hôpital, t. II, 5e part., f° 30. A Sacquenay, hors du duché, de l'hôpital qui a absorbé la maladière, il ne reste plus que la chapelle de Saint-Jean-Baptiste qui dépend de la commanderie de la Madeleine de Dijon. On parle, dans les textes, d'une chapelle « vulgairement appelée l'hôpital ». Baudot, Notice sur Sacquenay et son hôpital. Mém. de la Commission des antiquités de la Côte-d'Or, 1834-1835, p. 55, 56.

(10) Garnier, Notice sur la Maladière, p. 27, 28.

(11) Batault, p. 105, note 1.

(12) Bavard et Boudrot, Hôp. de Beaune, p. 231, alors qu'au treizième siècle il s'y trouvait cinquante lépreux.

(13) Bouvier, Bulletin... de l'Yonne, 1901, p. 219. Cf. docteur Bon, Essai sur les épidémies en Bourgogne, p. 34, 35.

la dilapidation générale, François Ier, en 1543, s'était efforcé de placer toutes ces maladières sous la direction de son grand aumônier.

Cependant, quelques-unes restent et servent encore. A Mâcon, la léproserie ou hôpital Saint-Clair est toujours un hospice de lépreux passants : il est dû « à tous lépreux allans et venans par pays quant ils passent audit Masçon, leur nourriture pour le jour qu'ils y arrivent avec leur couche, et le lendemain le matin le desjeuné et quinze deniers pour les passer outre » (1). Ce document curieux montre bien que les règles de la séquestration ne sont pas plus observées ici qu'à Dijon, au quinzième siècle; l'on y maintient une sorte de combinaison de la maladière et de l'hôpital de passants, de deux formes d'hospitalité qui, l'une et l'autre, tendent à disparaître (2).

Il y aura donc, à la fin du seizième siècle, une masse d'hôpitaux bien moindre qu'aux époques précédentes (3). En même temps que leur nombre décroît, leur administration achève de se transformer.

La misère des temps amène ce résultat que les hôpitaux à court de ressources ne peuvent plus alimenter leurs pauvres ; la discipline y est molle (4) ; les réformes du concile de Trente ne produisirent leur effet qu'assez tard (5) et, en attendant, les anciens ordres religieux si zélés au treizième siècle sont en complète décadence. On réclame de

(1) Arch. communales de Màcon, GG. 189 (1518-1553), Inventaire, p. 70. A notre époque, près d'Autun, il est décidé que la léproserie de Fleury doit comme jadis recevoir les lépreux passants. De Charmasse, Notice sur les hôpitaux, p. 242. C'est si bien une léproserie de passants que la ville d'Autun lui donne neuf paires de souliers (1580). Ibid., p. 242.

(2) L'on attribue la disparition de la lèpre en grande partie à l'usage du linge de corps, usage qui se répand de plus en plus dans le peuple. Bouvier, Bulletin... de l'Yonne, 1900, t. LIV, p. 241. N'exagérons point; toutefois, la lèpre a dû subsister plus longtemps dans quelques endroits : en 1564, l'on reconstruit la maladière de Gilly-lez-Citeaux. Arch. dép. Côte-d'Or, H. 117, 1253 bis.

(3) Les Arch. de l'Yonne, H. 2336 et ss., doc. cité par Bouvier, Bulletin... de l'Yonne, 1899, p. 105, signalent les hôpitaux de Ligny, de Montréal, de Seignelay, Saint-Bris, Chitry, Coulanges-la- Vineuse, Brienon, Appoigny, Saint-Julien-du-Sault, Saint-Fargeaux, Dixmont, Bleneau, Noyers. Et à l'intérieur du duché, les documents, fort incomplets, nous signalent l'hôpital Saint-Pierre, à Arnay, Courtépée, t. IV, p. 35, l'hôpital du Saint-Esprit d'Autun, qui subsiste encore puisque le doyen de la cathédrale en nomme le recteur en 1565, mais il est en mauvais état, voir infra, p. 883. Les Cordeliers avaient à Chàtillon un hôpital près de la porte dijonnaise ou porte des Cordeliers ; il disparut au dix-huitième siècle. Frérot, La maison de charité de Châtillon-sur-iSeine, p. 11, note 1.

Les archives hospitalières de l'hôtel-Dieu d'Auxonne contiennent des documents du quinzième siècle. Rapport de M. Claudon au Conseil général, le 16 juillet 1908, tirage à part, p. 17. On a aussi des titres de l'hôpital de Seurre remontant au seizième siècle: ibid., p. 25. A Saulieu, les titres de propriété remontent à 1581 ; ceux des legs et donations, à 1572 : Rapport Claudon, 1910, p. 39. De même quelques titres rares des archives de Montbird remontent au quinzième siècle; Rapport Claudon, 1912, p. 33. Voir plus haut, p. 845, n. 16. Pour Vitteaux, ibid., p. 46. On devra compléter cette liste avec celle des hôpitaux du dix-septième siècle et les indications que nous donnent les archives du Parlement sur les hôpitaux saisis.

(4) A la fin du quinzième siècle, il y avait déjà des disputes; ainsi, en 1483, les hôpitaux de Bar-sur-Aube, Tonnerre et Fouvens discutent sur la préséance ; on tranche la difficulté en suivant l'ordre de l'ancienneté. Arch. hosp., liasse 16, cote 5 bis.

(5) Le concile de Trente (1545-1563) prescrivait aux ordinaires de s'occuper des pauvres des hôpitaux et de leur bonne administration: Sess. XXIII, chap. i; Sess. VII, Decr. De réf., chap. xv ; ils devaient les visiter et recevoir les comptes : Sess XXII, Decr. De réf., chap. vin et ix ; ils étaient constitués exécuteurs des dispositions pieuses ; ibid., chap. vm. Voir Lallemand, t. IV, p. 27.

bons religieux et « de bonnes religieuses » et l'on n'en trouve pas. La situation lamentable de l'ordre du Saint-Esprit ne se manifeste pas seulement à Dijon, on la remarque également à Tonnerre où, en 1530, on est obligé de l'écarter de l'administration de l'hôpital et de le remplacer par un doyen de Tonnerre (1).

L'on se plaint également du peu de conduite des sœurs de l'hôpital de Chalon, en 1541. Elles sortent sans permission et manquent de charité envers les malades; on parle de leur nommer une maîtresse; en 1541, leur gouvernement est confié à une demoiselle de Pise (2).

L'insuffisance des religieux de Saint-Lazare décide également l'évêque d'Autun, Jacques Hurault, à confier aux habitants de la ville d'Àvallon le soin de la maladière à la condition de rendre des comptes annuels devant une commission composée de l'évêque et de son procurateur; la même année, il leur abandonnait la direction de l'hôpital (3).

Dès lors, rien d'étonnant à ce que, partout, les hôpitaux tombent sous l'unique direction des laïques, qui la remettent souvent à des clercs qui leur obéissent. C'est ainsi que l'hôpital d'Auxerre fut désuni de la cure de Saint-Georges, par un règlement homologué, le 16 août 1568, et l'administration confiée à un « homme d'église ja âgé, de bonne vie et douce conversation qui fera résidence en l'hôpital ». Cet hôpital va s'orienter presque exclusivement du côté du soin des malades pensionnaires de l'hôpital, des enfants trouvés et des orphelins (4).

A Chalon, les échevins disputent à l'évêque le choix de l'aumônier. L'hôpital tombe complètement entre leurs mains; l'économe est nommé par les bourgeois et notables (5) de la cité. Les soins corporels et spirituels furent donnés par les Carmes.

Partout les mêmes effets produisent les mêmes résultats. Il est entendu, en 1595 (6), que, suivant les arrêts et règlements faits par le Parlement de Dijon, les maire el échevins de Châtillon-sur-Seine auront dans les mains les revenus de la maladière et de l'hôpital de cette ville (7).

(1) Bouvier, Bulletin... de l'Yonne, 1901, p. 219 et 313. Les religieux du Saint-Esprit reviendront plus tard à Tonnerre ; ils y sont en 1632. Arch. hosp., liasse 16, cote 15.

(2) Batault, p. 109. Auparavant il y avait eu, en mars 1535, accord de la municipalité et du prieur de Saint-Laurent au sujet des droits paroissiaux prétendus par le prieur et le curé de l'hôpital. Arch. dép. Côte-d'Or, H. 117, 1253 bis.

(3) Bouvier, Bulletin... de l'Yonne, 1901, p. 318, 320.

(4) Bouvier, Bulletin... de l'Yonne, 1900, p. 260. A Joigny, en 1566, c'est également aux officiers du corps de ville qu'on confie, à la suite d'un arrêt du Parlement, 1 administration du temporel de l'hôpital. Bouvier, ibid., 1899, p. 98, et 1901, p. 295. A Sens, à la suite d'une sentence de 1533, il y a six administrateurs de l'hôpital : trois choisis parmi le chapitre, trois parmi les habitants. Bouvier, ibid., 1899, p. 98.

(5) Batault, p. 84 et 96.

(6) Garnier, Chartes d'ajfranchiss., t. I, p. 455, § 6 et 7.

(7) Garnier, Annuaire de la Côte-d'Or de 1898, p. 493.

C'est à la suite de semblables décisions, que les habitants de Montréal rentrèrent, en 1572, en possession de leur maladière (1).

Ailleurs, le Parlement fixe la part des pauvres: par arrêt du 13 août 1583, il réserve un tiers du revenu de l'hôpital de Givry, près Chalon, au recteur et à l'aumônier, les deux autres tiers devront aller aux pauvres (2).

Nulle part la main-mise de l'autorité laïque ne se manifeste mieux que dans ces Chambres des pauvres, dont nous avons trouvé un type si bien marqué à Dijon ; nous en trouvons une non seulement à Dijon, mais aussi à Beaune, où elle fut organisée ou réorganisée, en 1586, par le chanoine Vivant Gardin (3).

La même année, les registres de l'hôtel de ville parlent, pour la première fois, d'une « osmone » à Chalon. Elle est administrée par les magistrats à tour de rôle, qui ont pour auxiliaires des dames de charité (4).

De même à Autun où, à partir du testament de Robert Hurault, qui avait légué aux pauvres de la ville les deux tiers de ses biens (29 février 1567), nous voyons un bureau des pauvres composé non seulement de l'évêque et du chapitre, mais aussi des délégués de la ville et les officiers du roi (5), et dans les mains duquel tous les revenus des pauvres se trouveront centralisés. C'est donc du seizième siècle que date la mainmise définitive des pouvoirs laïques sur l'administration des hôpitaux, main-mise dont les siècles postérieurs développeront toutes les conséquences.

Pour suppléer, dans une certaine mesure, aux congrégations qui ne méritent plus leur nom d'hospitalières, l'on voit se fonder ou continuer de fleurir nombre de confréries. Il y a une confrérie du Saint-Sacrement et de la maladière, à Laignes, en 1523 (6), une confrérie de Saint-Fiacre, à Jargeau, au seizième siècle (7), une de Sainte-Barbe, en l'église de Fontenay, près Vézelay: nous en avons conservé les statuts de 1515 (8). 11 en existe plusieurs à Dijon, celle de Saint-Jacques s'établit malgré la

(1) Bouvier, Bulletin... de l'Yonne, 1901, p. 328. Il en avait été de même à Sens où, en 1533, l'hôpital a six directeurs, dont trois nommés par le chapitre et trois par les habitants. Bouvier, ibid., 1901, p. 286.

(2) Batault, p. 22. Ce taux des deux tiers en faveur des pauvres est celui que réclamait des hôpitaux de de Dijon le procureur du roi au bailliage, en 1565. Arch. mun., E1.

(3) Gandelot, Hist. de Beaune, p. 159 ; Courtépée, t. II, p. 297; Voillery, Fin de l'ancien régime, p. 132; fiatault, Dames de la miséricorde de Chalon, p. 38, prétend qu'elle était organisée dès 1516. Elle se charge de distribuer des secours en pain et en grain aux familles indigentes ; une somme est offerte aux passants. On comprend très bien, étant donné ce que nous avons dit, qu'on ait écarté les prétentions du chapitre de Notre-Dame sur l'Hôtel-Dieu de Beaune au début du seizième siècle. Bavard et Boudrot, L'Hôtel-Dieu de Beaune, p. 130 et suiv.

(4) Batault, L' Association des dames de la Miséricorde, p. 35.

(5) De Charmasse, Notice sur les hôpitaux, p. 203.

(6) Rapport de M. Claudon au Conseil général, le 10 juillet 1909, tirage à part, p. 33.

(7) Bulletin du Comité des trav. hist. et scient., année 1902, p. 119. M. Claudon signale aussi un registre de la Confrérie de Saint-Nicolas de Bougemont (1563-1786) dans son Rapport de 1912, p. 36 du tirage à part.

(8) Ils ont été publiés par l'abbé Phélut, Société d'études d'Avallon, t. XXXII, p. 41 à 57. Une confrérie des « trespassés » de l'hôpital de Beaune est signalée par Bavard, p. 136. L'acte de fondation, du 8 mai t542, est aux Arch. hospitalières, liasse 7, cote 1. Cette confrérie peut faire « une table pour y recevoir les aumônes et pourter la coquelle pour tout le pourpris dudit hôpital ». Pour la Confrérie de Saint-Jacques et celle de Saint-Joseph et des Quatre-Couronnés, voir Arch. mun., D. 26.

municipalité; ces confréries souvent peu connues auraient besoin que des études attentives les missent en lumière.

Signalons toujours des aumônes et des donnes. On en signale une à Marigny-en- Brionnais, fondée en 1568, une autre à Germigny (près Chalon), en 1585, dans le but de marier de pauvres fdles et de faire apprendre un métier aux enfants indigents ; elle fut établie par M. de Germigny; une aumône à Pontaubert, en 1598 (1). A la Chapellesous-Brancion l'on en trouve une pour orphelins, foudée par des huguenots (2).

Il existe également une donne à Vaux-Saint-Seine (S). A Servignal, en 1555, le seigneur a fourni des terres qui devaient être cultivées par les quatre plus nécessiteux des habitants et à leur profit (4).

Les hôpitaux seront aidés par des donations volontaires (5), les taxes et cotisations collectives, et les secours des pouvoirs publics. Les aumônes du Parlement de Dijon sont très larges (6) ; elles sont prises d'habitude sur le fonds des amendes (7) ; au début du siècle, les congrégations pauvres en bénéficiaient surtout, mais avec l'établissement de la Chambre des pauvres et des fortes cotisations (8) qu'elle exigeait, l'on vit se raréfier sur les registres du Parlement, les noms des anciens bénéficiaires.

Ces cotisations sont d'autant plus nécessaires que le produit des quêtes diminue de plus en plus (9).

C'était jadis la source de revenus la plus importante et elle procure encore à Saint- Fiacre un bénéfice appréciable (10). Mais ailleurs, la diminution est presque effrayante. La chasse de l'hôpital du Saint-Esprit de Dijon s'amodiait, en 1543, par les religieux

(1) Arch. dép. Côte-d'Or, C. 378. A Liernais, en 1588, on établit une dotation pour une pauvre fille. Courtépée, t. IV, p. 132.

(2) Courtépée, t. III, p. 364.

(3) En 1586. Courtépée, t. IV, p. 293.

(4) Les habitants devaient eux-mêmes faire le choix. Arch. dép. Côte-d'Or, C. 378.

(5) Nous trouvons dans les titres de l'hôpital à Dijon, de 1541 à 1550, un fondateur; de 1551 à 1600, il y en a quatorze. Bibl. mun., 626 (373). Pour les bienfaiteurs de l'hôpital de Chalon, voir Batault, p. 43, 214, 215. Pour celui de Reaune : Bavard, p. 135 et suiv., 150 et 151.

(6) Nous le voyons faire des aumônes de 10 livres, 20 livres, 10 francs, 5 francs, 10 livres, 5 livres en 1518, 1519, 1520, 1521, 1523, 1525, 15'29, aux Cordeliers ou frères mineurs de Dijon, de Seurre, d'Auxonne et aux Cordeliers d'Auxonne. Fonds Saverot, n° 2, t. I, P» 206, 213, 220, 227, 241. En 1553, 1554, ce n'est plus la même chose: l'on se contente de permettre de quêter aux Carmes de Montréal. Bibl. mun., A. F. 4562, I. 63.

(7) Ceci est dit le 19 mars 1523. Bibl. de Dijon, fonds Saverot, n» 2, t. I, f» 306.

(8) En 1586, le 21 avril, sur l'invitation du maire, la cour quadruple ses cotes pour le soulagement des pauvres. Bibl. mun., fonds Saverot, n° 2, t. III, f» 155. En 1587, elle les double ; ibid., f» 193.

(9) Les quêteurs allaient, précédés d'images représentant le saint auquel 1 hôpital était consacré. « Jehan Tricauldet, receveur des deniers de ceste ville de Dijon. Payez à Perrenet Hanriot peintre demourant audit Dijon la somme de deux francs deux blancs a luy dehuz pour avoir f-rit de son meslier de peintrerie sept petits tableaux, figures et painctures de Notre Dame du Saint Esperit, la Magdelene, saint Jacques et saint Fiacre. Pour ceulx qui font queste en chacune des paroiches de cestedite ville — psur lesdits hospitaulx quester — pour chascun tableau cinq solz et deux blancs — pour le murtier pour chacune piere — lesquelx ont esté distribuées es procureurs de chacune paroiche. » 20 juillet 1518. Arch. mun., E2.

(10) L'amodiation de la quête de cet hôpital paurles diocèses de Langres, Autun, Chalon, Nevers, Auxonne, à l'exception de Cluny, de Vézelay et de Larsac est de XI" livres en 1556. Arch. hosp., liasse 28, cote 32 (la pièce manque dans la liasse).

du Saint-Esprit, pour une somme de 810 livres (1) ; elle n'en vaut plus que 100, en 1558; 110, en 1572; 15, en 1590; 18 écus, en 1592; 12 écus, en 1595 (2).

On va accuser la concurrence et pourchasser les quêteurs étrangers qui viennent pour Notre-Dame de Lorette (1551), pour le Quinze-Vingt ou les filles pénitentes de Paris (1557), pour le grand Saint-Bernard de Montjoux (3), etc.

Ces mesures ne suffisant pas, l'on établira des taxes et l'on multipliera le privilèges en faveur des pauvres (4).

Ils jouissent, depuis 1557, du privilège de committimus ; exempts du droit d'éminage, ils ont la préférence pour les grains vendus en cas de disette (1585); le procureur de la communauté des pauvres est reçu par la cour à postuler et défendre pour eux (art. 1er, § 1 et suivants) (1544), et les greffiers leur délivrent gratuiiement les extraits d'arrêts et sentences qui les concernent (arrêt de 1560). Enfin, l'on institue pour eux la boucherie de carême, en faveur des malades qui, munis d'ordonnances du médecin, de la permission du maire et des prêtres de leur paroisse, peuvent manger de la viande (5).

Des progrès se remarquent aussi dans l'organisation des sages-femmes, des médecins et des barbiers, à l'usage des classes misérables.

Le 5 juin 1515 (6), l'on a installé des femmes jurées, c'est-à-dire des sages-femmes payées par la municipalité pour aider en particulier les pauvres femmes. Elles devaient déclarer à la municipalité le nom des filles enceintes (7).

(1) Arch. mun., B. 182, f» 78 v».

(2) Beg. de 1557-1561, f° 78 ; Reg. de l'hôpital de 1572, f 34 ; de 1590, fs 66 et 189 V ; de 1592, f°» 59 V, 115 V ; de 1595, f0' 244 V, 245 v°, indiqués par Joly de Fleury. Bibl. mun. de Dijon, man., p. 290 et A. F. 208, f° h v.

(3) Arch. hosp., liasse 6, cote 2. Ces messagers avaient été autorisés par l'évêque de Langres; ils réclamèrent contre les obstacles cru'on leur faisait, et le 2 octobre 1568, un arrêt du Parlement de Dijon défendait d'entraver leurs quêtes. Arch. hosp., liasse 9, cote 6.

(4) L'hôpital a le manteau et chaperon des sœurs qui y décèdent. Bibl. mun., manus. 372, p. 273. Chasseneuz le déclarait d'une façon générale exempt d'impôts : Consuetudines ducatus,ed. Colonise Aliobrogorum, 1616, col. 166: « Pauperes quorum industria est necessaria ad alimenta, non debent concurrere ad onus collectée impositae. » Le 16 mai 1567, un arrêt du Parlement de Dijon exempte l'hôpital du Saint-Esprit des charges et impositions du clergé. Arch. hospitalières, liasse 10, cote 9. A Auxerre, en vertu de lettres patentes d'Henri III, de 1587, les pauvres ont droit à un sol par minot de sel. Arch. dép. Côte-d'Or, C. 378. A Autun, ils ont une part dans les aumônes de carême et un droit d'usage dans les forêts royales. De Charmasse, Notice, p. 193. Ils ont aussi les corvées des grosses bêtes de boucherie. Bon, Essaisurles épidémies en Bourgogne, p. 32, 33.

(5) Arch, mun., B. 207. Ceux qui étaient chargés de la boucherie de carême payaient une certaine somme aux pauvres et à la confrérie de Saint-Antoine. La chambre des pauvres qui avait charge de cette boucherie finira plus tard par la mettre aux enchères publiques. Garnier, Hist. du quartier du bourg, p. 33, 34.

(6) Arch. mun., B. 169, 1° 65 v°. La municipalité décide en considération de « plusieurs inconvéniens qui adviennent en ceste ville par le moyen des femmes jurées commises à recevoir les enffens lesquelles ne sont expertes ainsi qu'il appartient, aussi elles ne veulent servir les pouvres femmes comme les riches, mais les refusent le plus sovent ; et pour à ce obvier, après ce que la matière a esté longuement débatue, ont délibéré que en ceste ville seroient doresnavant unze femmes jurées cy après mentionnées... » On décide en outre que chacune aura une chambrière ou une voisine à laquelle elle apprendra son industrie ; quand elle ira de vie à trépas, ce sera « la plus souffisant des servantes » qui la remplacera. En outre, comme ces sages-lemmes peuvent être de service de jour et de nuit, l'on décide d'exempter leur mari de guet, garde et fortification. L'institution fonctionna; le 2 jan\ier 1559. l'on nous parle de réception de mères jurées.

(7) Arch. mun., B. 235 (1597-1598).

Aux médecins que nous avons déjà rencontrés au quinzième siècle, on demande de ne pas prendre de salaire excessif (1). On les autorise (2), puis on les invite (3) à venir visiter gratuitement les malades des hôpitaux; on les exemple alors d'impôts (4). Avec reconnaissance l'on acceptera les services de J. Robin, qui demande à voir et soulager, une ou plusieurs fois par semaine, les pauvres de l'hôpital du Saint-Esprit « pour l'honneur et utilité de la République dijonnaise ».

Les médecins deviennent plus savants (5). Le 9 juin 1541, il est décidé qu'ils doivent montrer leurs degrés et licences; en 1544, il y en a un certain nombre à Dijon, cinq et neuf ou dix barbiers chirurgiens. Par la suite, ce chiffre diminua. Il ne reste que deux médecins dans cette ville, en 1595, l'on en est réduit à inviter un médecin beaunois à venir demeurer dans la capitale de la province (6).

Le chirurgien, nommé d'ailleurs parles maîtres de l'hôpital (7), doit aller à l'hôpital deux fois par jour, soigner et curer les plaies et appliquer les médicaments, « huiles, onguents, emplâtres » (8).

Les achats de médicaments deviennent plus importants (9), les lits sont garnis de linceuls; on sépare les malades et les sains; des hôpitaux spéciaux sont établis poulies pestiférés (10). Mais en fait, en temps de peste, l'affluence des contagiés est telle qu'on est fréquemment obligé de les établir dans l'hôpital des malades lui-même.

La sollicitude pour les enfants se manifeste dans l'attention que l'on a de leur donner une instruction morale (11), de leur faire apprendre un métier et aussi dans l'effort de

(1) Arcli. mun., B. 169.

(2) Arch. mun., B. 187. Le 12 juin 1544, on règle les salaires des médecins, apothicaires et chirurgiens pour le traitement des pauvres. Bibl. Dijon, AF. 208, p. I.

(3) Le 12 juillet 1549.

(4) Arch. mun., E1.

(5) Le 5 avril 1530, on les autorise à faire « Notomie ». Arch. mun., B. 173, f° 137 r°. L'on rencontre aussi un médecin de l'hôpital et des barbiers à Chalon. Batault, p. 90. A Auxerre, d'après le règlement de 1568, les médecins doivent venir visiter les pauvres trois fois par semaine, Bouvier, Bulletin..., 1900, p. 260.

(6) Arch. mun., B. 233.

(7) Reg. de 1557-1661, p. il v° (1558).

(8) Bibl. mun., man. 208, p. 43 ; ibid., p. 44.

(9) Arch. mun. Dijon, E. 48.

(10) On les met à Dijon à la maison de l'isle, quelquefois à la maladière, quelquefois à l'hôpital. Voir plus haut p. 587, Journal de Gabriel Breunot, t. II, p. 156 et 533. A Auxerre, sur le bord de l'Yonne, on construit l'hôpital des pestiférés ou de Saint-Roch. Bouvier, Bulletin..., 1900, p. 264. Près du duché, à Sens, on l'installe dans le prieuré de Saint-Antoine en 1562; Bouvier, 1901, p. 286. A Beaune, l'absence d'hôpital de pestiférés amène des violences en 1553 ; Bavard, p. 142.

(11) En 1536, François Ier avait fondé les enfants rouges pour recevoir les enfants nés à l'hôtel-Dieu de parents étrangers. Au seizième siècle, on installe aussi des tours pour les enfants abandonnés. Auparavant on les laissait à la porte des églises ou de l'hôpital. « La veille de rois 1580, on a apporté un petit enfant devant la porte de l'hospital Saint Fiacre, qu'on a envoyé au Sainct Esprit », lit-on dans le Journal de G. Breunot, éd. Garnier t. I p. 28. Cet usage reste encore fréquent à Dijon : « Avant l'ouverture de la porte au fermerot tut aporté un enfant lequel le portier treuva le mattin dudit jour sur les fumiers près de laditte porte étant en un petit panier qui etoit renversé ou il crioit et illec étoient des pourceaux qui feuilloient près d'icellui, au chevet duquel fut treuvé un billet portant ces mots : « Messieurs de la chambre des pauvres ne recevez » cet enfans ains le renvoyé à Is-sur-Tille, etc. » Bibl. mun., man. 208, p. 65 (27 mars 1559).

la Chambre, pour recruter des nourrices qui sont vraiment surchargées de trop de nourrissons (1). Un certain nombre d'enfants et de filles sont retirés à Dijon dans une sorte d'orphelinat nommé « la Rochelle » (2). L'on s'efforce de leur procurer des places. On ne néglige pas non plus les pauvres honteux (3) ni les prisonniers (4-).

Nous avons constaté de nombreux efforts pour la concentration des revenus des hôpitaux (5). C'est avec peine, au milieu des convulsions politiques incessantes, que l'on sort du moyen âge. L'on aperçoit bien les principales réformes à faire dans l'administration hospitalière. Quelques-unes sont réalisées, mais les rafales dévastatrices, politiques et religieuses, ont tout entravé. L'on est excédé des vagabonds et des mendiants (K), du désordre et des violences ; la paix est le souhait de tous. Ce que l'on désire, ce que l'on veut après ce siècle tourmenté, c'est de l'ordre, c'est de la moralité (7), ce sont des congrégations hospitalières sérieuses, ce sont des ressources suffisantes. A tous ces vœux, il appartiendra au dix-septième siècle de donner une réponse.

§ 7. — L'assistance royale au dix-septième siècle; les congrégations ;

les hôpitaux généraux.

Le dix-septième siècle fut le siècle de cette organisation que désirait tant la précédente époque, lorsque désabusée des luttes et de l'anarchie, elle se fut pliée à l'absolutisme royal. Les particuliers, le parlement, les congrégations, la royauté, tous désormais se mirent à collaborer à l'œuvre commune et cherchèrent à construire, à unifier et à coordonner les efforts. La première impulsion fut donnée par ces héros de la charité, qu'on nomme saint François de Sales et saint Vincent de Paul ; leurs efforts furent puissamment secondés par une société politique et religieuse, sorte de franc-

(1) Le 23 janvier 1557/8, les superintendants des pauvres trouvent que « à l'hôpital vieil les petits enfans étant au bersseau sont rnaltraittés pour ce qu'il y avoit sept enfans et pour nourrir iceux n'y avoit que trois nourrices par quoy leur semble que les dits pauvres petits enfans meurent ». Bibl. mun., man. 208, p. 27. Le 7 mars 1557/8, il y a quatorze enfants et six nourrices ; ibid., p. 32, 33. L'on sera même obligé de défendre aux filles d'abandonner leurs enfants sous peine de mort car l'hôpital, envahi par les enfants, ne pouvait plus les nourrir. Bibl. mun., A. F. 372, p. 133 (arrêt du 9 décembre 1580).

(2) Le maître de la Rochelle, le 4 décembre 1558, présente onze petits enfants mâles et neuf filles tant grandes que petites. Bibl. mun., man. 208, p. 56 ; cf. p. 34, 85.

(3) François I", en 1536, avait décidé qu'on leur distribuerait des secours à domicile.

(4) On en parle dans les testaments. Arch. dép. Côte-d'Or, G. 128, f» 169.

(5) Quelques-unes des réunions furent définitives, telles, en 1571 et 1581, celles des aumônes faites le 18 juillet 1460 à l'hôpital Notre-Dame par Antoine Labouquet, et une distribution de pain fondée par Catherine Labouquet pour les pauvres de Saint-Michel. Bibl. mun. A. F. 372, p. 268.

(6) Déjà en 1538, nous voyons des internements de pauvres dans les hôpitaux. Bibl. de Dijon, man. 208, p. 1 ; A. F. 372, p. 118. Il y eut d'autres mesures d'internement en 1567 (reg. f 51) et 1572 (reg. fos 12, 28, 186). Les pauvres étaient conduits par des sergents à la Sainte-Chapelle pour y trouver à louer leur travail; on les employait à enlever les boues, après quoi on les enfermait à l'hôpital.

(7) Sur la baisse générale de la moralité à cette époque : Albert Déjardins, Les sentiments moraux au seizième siècle, Paris, Durand et Pedone-Lauriel, 1887, 1 vol. in-8°.

maçonnerie catholique, qui porte le nom de Compagnie du Saint-Sacrement et dont le rôle en matière d'assistance, considérable en Bourgogne comme dans toute la France, s'incarna en quelque sorte en cette province dans les actes de son partisan bourguignon le plus illustre, Bénigne Joly, « le père des pauvres » de Dijon. A cette société succédèrent des congrégations hospitalières nouvelles, munies d'une exacte discipline et d'un entraînement moral supérieur qui ne tardèrent pas à galvaniser les communautés anciennes encore susceptibles d'élan et supplantèrent en partie les organisations disparates qui subsistaient encore dans beaucoup d'hôpitaux. A la fin du siècle, la volonté royale devenue ferme, accélérant l'impulsion donnée par les particuliers et les compagnies, bien qu'elle poursuivit souvent un but quelque peu différent, plus politique qu'humanitaire, devint capable de réaliser la difficile opération de l'union des petits hôpitaux aux grands, déjà tentée au seizième siècle, réclamée encore au début du dix-septième et presque complètement réalisée dans les premières années du dix-huitième siècle. Nous allons donc envisager successivement l'activité charitable des particuliers et de la compagnie du Saint-Sacrement, celle des congrégations nouvelles, enfin l'organisation des grands hôpitaux.

C'est avec un sermon de François de Sales, que commence, peut-on dire, l'histoire de l'assistance en Bourgogne, au dix-septième siècle. Il vint prêcher un carême à Dijon, sur l'invitation de la municipalité (1) et y rencontra la célèbre baronne Jeanne de Chantai, qui déjà s'occupait d'une confrérie du Saint-Esprit ayant pour patronne sainte Anne visitant Elisabeth. L'on s'y efforçait de recevoir les étrangers et pèlerins dans un hospice : ce qui montre que. différente de la charité officielle, la charité privée ne voulait point quitter l'œuvre des passants. La société, en même temps, visitait et consolait les veuves, les prisonniers, les malades et surtout les pauvres femmes (2). Un des soucis de ces pieuses personnes « suivre le saint sacrement quand on le porteroit aux malades », montre l'importance qu'on accordait alors à la dévotion au Saint- Sacrement, dévotion devenue plus populaire depuis les guerres de religion.

De cette confrérie dijonnaise, encouragée par le commandeur du Saint-Esprit, le frère Tarlot, sortit, croit-on, l'ordre de la Visitation fondé par la baronne de Chantai. Les visitandines se consacrent à la consolation des malades et au soulagement des indigents. Nous avons déjà parlé des maisons qu'elles eurent en Bourgogne (3).

(1) Arch. mun., B.241, f° 91 r° : « Monsieur le vicomte mayeur a dit avoir seu que sy la compagnie a pour agréable que le seigneur évesque de Genesve qui est personnage de grande doctrine en la théologie presche aux avans et caresme prochain... il s'y employra » (11 août 1603). L'évêque vint en 1604. Le 16 avril, la Chambre le remerciait des résultats de sa mission. Ibid., (» 247 r» et v>.

(2) Dom Calmelet, p. 102.

(3) Arch mun., D. 57. Elles avaient été autorisées en 1615 par l'évêque de Langres. Voir plus haut, p. 733 . Elles s'installèrent à Dijon en 1622. On trouvera des indications plus complètes sur cette fondation dans Louis Prunel, Sébastien Zamet, évèque duc de Langres, Paris, 1912, p. 155-163.

Quelques années après, dans un autre hôpital dijonnais, l'hôpital Saint-Jacques, nous trouvons une autre congrégation de femmes charitables, les sœurs de Sainte-Marthe, issues également de la Visitation du Saint-Esprit. Ses fondatrices, Louise Morel et Marguerite Esmonin, qui s'étaient retirées dans cet asile, entreprirent, elles aussi, sur les conseils de l'évêque de Langres, Sébastien Zamet, de former un groupe de filles et de femmes veuves pour visiter, secourir les malades et exercer les autres œuvres de charité, au nombre desquelles rentrait l'enterrement des femmes suppliciées. Elles reçurent leurs statuts et l'habit violet en 4628 (1). Les successeurs de M9r Zamet, entre autres Armand de Sirniane de Gordes, leur continuèrent leur protection, et les habitants de Dijon leur furent d'abord très favorables (2). Toutefois, elles reçurent seulement en 1678 l'approbation royale à la suite d'incidents dont nous parlerons plus loin.

11 est intéressant de remarquer que ces nouvelles œuvres qui éclosent autour des malades et des hôpitaux sont en quelque sorte des condensations et des transformations de ces anciennes confréries charitables si fréquentes au moyen âge et encore au seizième siècle ; saint Vincent de Paul ne fait lui-même que promouvoir Pexiension des organisations antérieures, lorsqu'il fonde, le 24 novembre 1617 (3), une association de dames de charité à Chàtillon-les-Dombes, association qui s'occupe de bonnes œuvres et de la visite des malades ; en 1 624 , à Mâcon, il organisera un groupement semblable (4). C'est également de la même inspiration que sortit la compagnie des dames de la miséricorde de Chalon, érigée en 1638 et dont M. Batault a écrit l'histoire (5). Les dames de charité ne font, elles aussi, que poursuivre, mais avec une organisation plus stable et plus uniforme, ce que réalisaient leurs devancières depuis de nombreux siècles.

En 1633, à Autun, le chanoine André Guyon forme une congrégation ou religion de la charité, dont les adhérentes s'engagent également à servir les pauvres gratuitement comme des sœurs hospitalières (6). Il y a aussi des dames de la charité à Avallon et à Auxerre (7).

A toutes ces œuvres dispersées, à ces petites congrégations, à ces confréries, aux

(1) Courtépée, t. II, p. 139; Prunel, Sébastien Zamet, p. 164 et suiv. Elles s'installèrent en 1640 rue Saint- Jean, puis, en 1671, rue de la Chapelotte (rue Berbisey actuelle, en face de la rue Brulart). Bibl. mun , A. F. 371, p. 104.

(2) Voir la délibération du 7 février 1676.

(3) Batault, Les dames de la Miséricorde, p. 5. L'idée de fonder une association semblable à Paris n'avait pas besoin d'être en fait suggérée à Vincent en 1634, ainsi que le pense M. Allier : La cabale des dévots, p. 36.

(4) Batault, p. 6 et 7. Voir le procès-verbal fort intéressant publié par lui, p. 9 et 13.

(5) Batault, Notice historique sur l'Association des dames de la Miséricorde de Chalon-sur-Saône, Chalon, 1878, in-8°. Voir les statuts, p. 16-23.

(6) Le 9 octobre 1633, elles prennent l'habit, mais elles administrent mal et en 1754 on leur interdit de recevoir des novices. En 1782, ce monastère de la Charité du Saint-Esprit fut supprimé. De Charmasse, Notice, p. 225.

(7) Les dames de la charité d'Auxerre existent au début du dix-septième siècle. Bouvier, Bulletin de la Société des sciences de l'Yonne, t. LUI, 1899, p. 112 et t. LV, 1901, p. 327.

chambres des pauvres, au Parlement lui-même, comme au gouvernement, il fallait une ligne de conduite commune, une politique, une ébauche d'organisation d'ensemble ou tout au moins des points de contact entre les organisations existantes, ce fut la confrérie du Saint-Sacrement qui les donna. Celte société, dont Raoul Allier a récemment révélé le rôle et L'allure, fut installée à Dijon en 1643, par M. de Renty (1), dont les relations bourguignonnes mériteraient d'être étudiées de près. Son caractère de société secrète ne doit pas être exagéré, car était-ce bien une société secrète qu'une compagnie qui avait l'appui de l'évêque de Langres, Sébastien Zamet (2), de l'évèque d'Autun, Gabriel de Roquette (3), et l'importante adhésion de Louis de Rochechouard de Chandenier, abbé de Tournus et de l'aumône (4), qui ne semble pas avoir pu être ignorée du roi et qui comptait parmi ses membres un tel nombre de parlementaires? Il semble même que l'historien de la compagnie n'ait pas attaché assez d'importance à celte présence des membres du Parlement, qui, comme surintendants des pauvres, contrôlant les hôpitaux, ont le soin, tout à la fois, des prisonniers, des mendiants, des prostituées, des enfants abandonnés (5), bref de presque toutes les personnes auxquelles s'intéressent les œuvres d'assistance.

Remplissez de membres d'un Parlement une de ces vieilles confréries, qui s'occupent tout à la fois de lutter contre le protestantisme et de soulager la misère, comme l'était la confrérie du Saint-Sacrement, de suite vous aurez une compagnie qui touchera toutes les œuvres de charité et prendra une allure politique autant que religieuse, une compagnie qui se rattachera à d'autres par des liens étroits et faciles : car les parlementaires ne sont pas isolés, ils correspondent et même cette correspondance les rendra plus tard redoutables à la royauté elle-même, une confrérie enfin à laquelle la haute situation de ses membres, leurs rapports et leurs conflits possibles avec le pouvoir royal, imposera par la force des choses une grande discrétion. Nous obtiendrons presque nécessairement tous les caractères offerts par la compagnie du Saint-Sacrement, qui d'ailleurs comprend jusqu'en 1653, peut-être autant de tendances jansénistes que de tendances ultramontaines (6).

(1) Raoul Allier, p. 240-241. Il cite parmi ses sources, La vie de M. de Rcnty, par P. Jean-Baptiste Saint- Sure, S. J. (1651). Cette année même 1643, le baron de Renty visitait l'hôpital de Beaune : Bavard et Boudrot, L Hôtel-Dieu de Beaune, p. 172-173. Cet hôtel-Dieu, en 1647, reçut aussi la visite de M. Olier. Faut-il attribuer à cette visite la fondation à Beaune d'un rameau de la Confrérie? En tout cas, en 1645, nous voyons que Hugues Bertauld fait des aumônes à l'hôpital, aumônes qui lui permettent de se relever ; ibid., p. 181, et que la même année l'hôpital de la Trinité est établi.

(2) M. Prunel a montré les attaches de la Compagnie du Saint-Sacrement et de l'ordre du Saint-Sacrement fondé par Mo' Zamet (1627-1637). op. cit., p. 208 et suiv.

(3) Raoul Allier, p. 34, 389 et suiv.

(4) Baoul Allier, p. 34. Bossuet fit partie de la compagnie.

(5) « La cour députe un commissaire dans chaque paroisse, pour reconoitre ceux qui sont en état de fournir l'aumône aux prisonniers (t. IV, F. 442). Mercredy 4 février 1615. » Fonds Saverot, n° 2. « La cour députe un conseiller en chaque paroisse avec les maires et echevins, pour dresser un rolle des habitans qui sont en état de contribuer a la nouriture des prisonniers. (T. IV, f. 610 et 612). Lundy 12 et jeudy 29 mars 1618.»

(6) Raoul Allier, p. 18?, n'insiste pas sur ce point : il est très important.

Cette société dijonnaise, jusqu'à 1653, ne semble pas avoir manifesté l'énergie dont elle débordera plus tard (1). Son rôle s'accrut lorsqu'elle reçut dans ses rangs Bernard Gonthier, prévôt de Saint-Etienne et vicaire général de l'évèque de Langres, l'homme « qui allait être son vrai chef et dont les impies sentiraient les efforts mystérieux et inquiétants » (2). Il prit dans la congrégation de la Sainte-Vierge, dirigée par les Jésuites et dont faisaient partie presque tous les membres du Parlement, son auxiliaire le plus actif, Jean Cœurderoy, trésorier au bureau des finances et qui, le 28 décembre 1655, fut nommé président aux requêtes du palais (3).

M. Gonthier, dès l'année 1653, établit le Refuge de Dijon, consacré aux pénitentes de bonne volonté et non aux femmes condamnées par l'autorité de justice. Ce ne fut qu'en 1655 que le Refuge fut érigé en monastère, par l'arrivée à Dijon des religieuses de Notre-Dame du refuge, qu'on fit venir d'Avignon (4). Il contribue avec M. du Plessis à l'établissement l'hôpital de Sainte-Reine (5).

C'est probablement à l'influence de la compagnie qu'il faut attribuer la fondation à Dijon, en 1658, de la Société de la miséricorde qui s'occupait de panser les individus atteints de la « mauvaise gale, appelée vulgairement la rache » (6), de la distribution aux malheureux de bois, charbon, sirops, confitures, onguents, et surtout du baume du commandeur. La visite des prisonniers (7), l'ensevelissement des suppliciés et en général de toutes les personnes pauvres de la ville rentraient également dans les attributions de cette œuvre excellente.

Et il n'est pas téméraire non plus de trouver dans les avis de Gonthier, l'explication du testament de Louis Galois, baron d'Auvillars, qui, en 1677, cède sa terre à Edme Gonthier, conseiller au Parlement, son neveu, à la charge d'y ériger un hôpital pour les malades du lieu. Il le dote de 200 livres de rente, et, fait digne de remarque, il avait aussi fondé dans son village une chapelle rurale du Saint-Sacrement (8).

(1) Elle écrit bien à Paris, en 1644, « que, par ses soins, on avait empêché la plupart des débauches du carnaval et qu'il était important de supprimer les abus et les débauches qui se font dans les villages aux fêtes des patrons de paroisse. » Raoul Allier, p. 241. Et, en effet, à Dijon, vers cette époque, la municipalité défend à toute personne de sortir masquée pendant le carnaval. Arch. mun., B. 282, et Raoul Allier, p. 242 et suiv. C'est probablement à elle qu'on doit le renouveau de l'interdiction faite par le Parlement de Dijon de danser sur les cimetières. Voir un arrêt de 1560 : Champeaux, Les cimetières et les marchés du vieux Dijon, p. 7.

(2) Raoul Allier, p. 241. Prunel, p. 307. Sur la famille des Gonthier, Arch. dép. Côte-d'Or, E. 910.

(3) Tableau généalogique des familles Cœurderoy, Arch. mun., E. 628.

(4) Elles s'installèrent rue de la Manutention (manufacture des vivres militaires). Auparavant, en 1549, il avait été question d'un asile à Dijon pour les filles pénitentes ; la princesse d'Orange avait offert une maison, mais le projet n'aboutit pas.

(5) Raoul Allier, p. 242, note 1, et plus loin, p. 908.

(6) Courtépée, t. II, p. 140.

(7) Sur le mauvais état des prisons en général et la misère des prisonniers, Lallemand, IV, p. 183 et suiv.; pour la prison de la ville, Garnier, Les hôtels de ville de Dijon, Mémoires de la Commission des antiquités de la Côte-d'Or, t. IX, p. 81 et suiv. Toutefois, n'exagérons pas et n'oublions pas que la Chambre de ville est obligée, en 1605, de défendre aux prisonniers de se promener ou de jouer aux quilles au lieu de prier Dieu ou de chanter le Salve Regina pendant qu'on leur porte des aumônes ou qu'on dit la messe pour leurs bienfaiteurs. Arch. mun., B. 242.

(8) Courtépée, t. II, p. 480.

Notre intention n'est pas de rechercher ici toutes les œuvres dans lesquelles on peut voir l'action de la compagnie du Saint-Sacrement en Bourgogne : cette société ne fit en somme qu'y donner une impulsion plus vive à des œuvres qui existaient avant elle. Il y a des hôpitaux relevés en Bourgogne, dès le début du dixseptième siècle (1), des charités et des aumônes répandues un peu partout, à Chàtillonles-Dombes, à Ghalon, à Châsse, à Cravet, et des fondations de métiers sont créées à Châteauneuf et à Autun, par exemple, avant la compagnie.

Mais la compagnie donne une activité plus grande et l'unité qui leur manquait à ces efforts décousus; elle .prépare les voies que suivront les congrégations nouvelles qui bientôt remplaceront les anciennes (2). Et cela amena la décadence, puis la suppression de l'ordre du Saint-Esprit de Dijon.

Cet ordre du Saint-Esprit s'était pourtant bien relevé depuis la fin du seizième siècle; on lui avait rendu ses anciennes possessions (3). A Dijon, son commandeur, le frère Tarlot, dont le portrait conservé impressionnait si fort son dernier successeur, dom Calmelet (4), y avait réveillé, depuis son arrivée (le 21 juin 1629), une partie de la ferveur ancienne; mais d'autres embarras naquirent de la lutte de la commanderie de Montpellier avec celle de Rome, et de la création d'une chevalerie du Saint-Esprit, imaginée de toutes pièces, à grands renforts de faux documents, par l'esprit inventif d'un certain diacre du Languedoc, Olivier de la Tran, sieur de laTerrade(5). La royauté tomba dans le piège, admit la juridiction de Montpellier sur les commanderies des deux Bourgogne et accorda des lettres patentes à la nouvelle chevalerie en l'année 1618. L'ordre de Dijon, troublé dans son économie par toutes ces inventions, se vit trop faible pour résister aux nouvelles attaques de la Chambre des pauvres, entièrement tombée dans les mains du Parlement à la suite des calamités et des famines des années 1629, 1630 et 1631 (6) et où les dernières résistances de la ville avaient été définitivement

(1) Celui de Tournus est transféré en 1613 à l'intérieur de la ville, rue de la Prévôté, puis rue des Lombrois, dans les bâtiments qui avaient servi de collège; celui de Charolles reconstruit en 1610, d'Auxonne en 1624; à Sennecey, les premières fondations sont de 1641; à Cluny, l'hôpital Notre-Dame destiné aux habitants est construit en 1627. Chavot : Le Maçonnais, géographie historique, p. 114.

(2) Ce n'est pas qu'il n'y ait eu quelques efforts pour ramener la régularité dans les hôpitaux anciens: à la fin du seizième siècle, le visiteur général de Rome, frère Melchior de Vallé fit une visite à Dijon et s'occupa d'une réforme intérieure (lecture spirituelle aux repas, confession et communion des moniales au moins une fois par mois, prêtre spécial affecté aux mourants). Dom Calmelet, p. 96. Et en 1649, on avait autorisé une visite dans les prieurés de cet ordre à Ours Arnot, chanoine du grand Saint-Bernard, et à Leu, vicaire général de Saint-Augustin. Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12102, f» 202.

(3) Un arrêt du 21 octobre 1610 l'avait maintenu dans la direction de l'hôpital de Bar-sur-Seine, à la charge de rendre compte devant tous juges. Arch. hosp., liasse 16, cote 50.

(4) « Son air de tête, dit-il, son coup d'oeil, la décence de sa longue barbe, tout son maintien annoncent ce qu'il était: un homme plein de prudence et de candeur. » Dom Calmelet, p. 107. Et de fait, le portrait nous offre un grand front à la Michel-Ange, ravagé et plein de rides, des cheveux courts, des cils en broussailles et des yeux vifs illuminant le front.

(5) L'histoire est racontée tout au long par dom Calmelet, p. 112 et suiv.

(6) En 1631, le Parlement, en quittant la ville à cause de la peste, lui avait laissé, par exemple, le pouvoir de « résoudre et décider souverainement tout ce qui, pendant la translation, concernerait le fait de ladite

vaincues (1). Comme à Lyon, pour abriter des malheureux qui se pressent à l'hôpital : on y trouve, en 1642, trois cents pauvres (2), il fallut des constructions nouvelles, et comme à Lyon, les nouvelles constructions, une fois achevées, prirent, cette même année 1642, le nom de Grand hôpital Notre-Dame de la Charité (3).

« C'était, dira plus tard, avec une naïveté charmante, le règlement, en user envers les pauvres comme on dit qu'ont accoutumé de faire les autres oyseaux envers la cingale ou cincle, oyseau marin, auquel ils prestent leurs nids, parce qu'estant maigre et foible, il n'a pas la force d'en bastir un. » A l'hôpital, la générosité d'un conseiller au Parlement, Pierre Odebert, et de sa femme, Odette Maillard, permit d'adjoindre un orphelinat (4). Le nouveau bâtiment, qui prit le nom de « Sainte-Anne », s'éleva sur le devant de l'hôpital neuf, dont il augmenta encore l'importance, en accentuant par son bel aspect la misère et la déchéance du vieil hôpital du Saint-Esprit, dont les bâtiments menaçaient ruine.

contagion et nourriture des pauvres à l'hôpital, et de faire exécuter les ordres et délibérations que la Chambre fera à ce sujet et tous jugements de mort civile et naturelle contre ceux qui contreviendront à icelles délibérations et aux règlements. » Peignot, Précis, Mém. de la Com. des antiquités de la Côte-d'Or, t. I, p. 86. En 1636, la Chambre des pauvres reçoit la permission d'appliquer la peine du fouet.

(1) L'on prit toute une série de précautions pour empêcher la direction de revenir au maire. Ainsi, dans le cas d'absence du président du Parlement, il fut décidé que la présidence reviendrait au conseiller le plus ancien, à son défaut au plus jeune. S'ils étaient tous les deux absents, ils devaient avertir ceux qui les avaient précédés dans la charge. (Registres de 1623, 1628, 1644). Un arrêt du 11 mai 1654 défendit au vicomtemayeur de prendre la présidence en cas d'absence des conseillers et présidents du Parlement. Les réclamations de la ville sont exposées dans l'arrêt intitulé : a De la supérintendance que MM. les maires et échevins ont sur les pauvres dans l'hôpital de Dijon ». Bibl. mun. de Dijon, A. F. 504, f°133 et Fonds Baudot, man. 322, p. 480. Cet écrit est postérieur à 1643. Depuis 1626, le clergé a cessé d'assister aux séances à la suite d'un arrêt défendant aux ecclésiastiques d'entrer dans la Chambre de ville. On y trouve donc à la Chambre des pauvres un président du Parlement, deux conseillers, deux membres de la Cour des comptes, un trésorier général (depuis l'arrêt de 1629), le maire et les échevins.

(2) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12234, P 460 et B. 12235. Ces constructions furent encouragées par Etienne Bouhier, conseiller au Parlement. A Langres la fondation de l'hôpital de la chanté en 1638 est due à Ma' Zamet : Prunel, Sébastien Zamet, p. 296 et suiv.; Aubert, Les hôpitaux de Langres, p. 75 et suiv.

(3) « Les fléaux de la famine et de la peste... ayant affligé la ville de Dijon de l'un et de l'autre es années 1629, 30 et 31... Cela eut pareil succès que cent ans auparavant avoient eu ces mesmes fléaux, qui donnèrent occasion à ce saint establissement de l'aumosne générale, qui depuis a produit la maison de charité dans une grande ville. » Fondation, construction des kospitaux du Saint-Esprit et de Notre-Dame de la Charité de la ville de Dijon, p. 12.

(4) Pierre Odebert donna d'abord à l'hôpital une aumône de 24,000 livres qu'il éleva plus tard à 88,000 livres. C'est en 1645. le 25 avril, qu'il arrêta définitivement ses intentions. L'acte fut homologué par le Parlement le 11 mars 1647 et à la Chambre des pauvres le 17 mars suivant, enfin consigné le 29 mars sur les registres du Conseil de la ville : Arch. mun., B. 271. Les Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12102, f° 65.v°, indiquent l'approbation de cette fondation, pour les articles ajoutés: ibid., B. 120103. Adde: Fondation et règles de l'hôtel Sainte-Anne de la ville de Dijon, fondé par Pierre Odebert et Odette Maillard sa femme. P. Palliot, 1647, in-4°. Voir aussi : registre de la Chambre des pauvres des 2 janv. 1633, 19 février et 12 mars 1645, 6 mai 1646, 19 mai 1647 et 30 janvier 1650; celui de la Cour des 11 mars 1647 et 19 juin 1654. L'hospice Sainte-Anne de Dijon fut transporté en octobre 1693 à l'intérieur de la ville. Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12113, f« 78 v»et 79 r° (édit enregistré le 2 décembre 1693). Et enfin, en 1805, il émigra dans l'abbaye des Bernardines. Après avoir été destiné aux orphelins des deux sexes, il fut réservé aux filles et comprenait, en 1789, 160 enfants. Sur la donation faite par Pierre Odebert en 1659 à l'hôpital d'Avallon : Bouvier, Bulletin des sciences hist. de l'Yonne, 1901, p. 322 et 323. Des renseignements très complets sur la fondation de Dijon et les familles des donateurs sont fournis par la brochure de M. A. Cornereau, L'hospice Sainte-Anne de Dijon. Revue de Bourgogne, 1914, p. 05-94.

En 16-40, on construisit un nouveau corps de logis pour les sœurs hospitalières. On songea tout naturellement à annexer au « nouvel et brillant hôpital » ce qui restait de l'ancien. Le 23 mars 1646, sur la requête du procureur des pauvres, Jean Fichot, la cour ordonna une visite de l'église et dos bâtiments ruineux du Saint-Esprit ; le 24 août, un autre arrêt ne laissait plus aux deux hospitaliers qui restaient avec le commandeur, qu'un tiers des revenus de la ferme ; les deux autres tiers devaient être appliqués aux réparations urgentes et à l'extinction des dettes. En février 1648, l'inventaire de tous les biens appartenant à l'hôpital fut ordonné (1); et enfin, un arrêt de la cour, du 4 avril 1648, « consomma la grande opération qui confondit les deux masses des deux hôpitaux, assujettit les recteurs et religieux à messieurs les intendants et rendit supérieur en tout le nouvel hôpital de la Charité sur l'ancien hôpital du Saint- Esprit, duquel il tirait son origine » (2).

Le règlement, imprimé en 1649 par les soins des intendants du bien des pauvres, et peut-être rédigé sous l'inspiration de la compagnie du Saint-Sacrement, fixait l'organisation de l'hôpital Notre-Dame de la Charité (3).

(1) Cet inventaire avait été réclamé en 1629-1630. Arch. mun., B. 267. Il fut ouvert le 20 mai 1G48 et clos le 11 juin par le commissaire Michel Millière.

(2) Bibl. mun., man , A. F. 371. p. 120; man ., A. F., 372, p. 30. Peigr.ot, Mém. de la Com. des Antiquités de la Cô!e-d'Or, t. I, p. 89. Nous croyons utile de reproduire ici les parties essentielles d'un arrêt si impoi tant :

« La cour faisant droit en ladite instance, ayant égard aux dites requêtes, a ordonné et ordonne que tous les biens et revenus dudit hôpital du Saint-Esprit de la ville de Dijon desquels ont joui et jouissent de présent les lecteur et religieux d'icelui seront cy après régis et administrés par les intendants des pauvres delà dite ville, auxquels ladite cour a permis et permet d'en disposer comme des autres biens des dits pauvres, vendre, acquérir, changer et faire ce qu'ils jugeront à propos pour l'utilité dudit hôpital, mener toutes actions au nom des dits pauvres, à la forme de» édits et arrêts, ainsi et autrement, comme bon leur semblera, pour la réunion di s biens aliénés ou usurpés sur ledit hôpital et recouvrement de tous les droits d'iceluy, à la charge de payer au dit recteur par les dits intendants, chacun an, à perpétuité, la somme de trois cent livres de pension et cent cinquante livres à chacun des deux autres religieux... et à condition aussi de fournir par les dits intendants la nourriture et entretf nement à deux novices et les frais de leur instruction ; et que les dits recteurs et religieux, outre les diles pensions, auront leurs droits de présence et assistance aux convois et enterrements, services et offices tant à l'église du dit hôpital qu'ailleurs ou ils seront appelés ; qu'ils auront le droit du son des cloches, en fournissant par eux le luminaire de la dicte église en tout temps; qu'ils entretiendront les ornements en bon et dû état ; conserveront soigneusement les reliques et généralement tout ce qui est de présent en la dite église servant à la desserte et à l'administration des Sts sacrements, dont et de tout, ensemble des titres et papiers sera fait un inventaire double par le dit commissaire en présence d'un des dits intendants; l'un desquels inventaires sera mis à la chambre des dits pauvres avec les dits titres et papiers, et l'autre délaissé aux dits recteur et religieux : lesquels intendants seront en outre tenus et obligés d'acquitter les dettes dud t hôpital légitimement contractées et pour choses nécessaires. Ordonne qu'il sera procédé à la visite de la dite église, des bâtiments et domaines..., etc. »

On laissera aux dits recteur et religieux, pour leur habitation, ce qui sera jugé nécessaire par les dits intendants ; le surplus demeurera pour la commodité des pauvres.

« ...Et ne pourront, les dits recteur et religieux admettre aucune personne en leur place, ni recevoir aucun novice qu'ils n'ayent donné requête aux dits intendants en la chambre des pauvres, et qu'ils n'ayent été informé par eux des mœurs et conduite de ceux qui s<; présenteront » Dom Calmelet, p. 120 et 121.

(3) Le titre est : Fondations, construction, économie et règlements des hospitaux du Saint-Esprit et de Nostre-Dame de la Charité ea la ville de Dijon; Dijon, Palliot, 16i9, 112 p. Des lettres patentes du mois de septembre 1650, vérifiées en la cour, le 3 janvier 1650, confirmèrent ces statuts. Arch. dép. Côte-d'Or. Elles sont manuscrites, Bibl. mun., man. A. F. 372, p. 30 et suiv. Sur l'auteur du règlement Philibert Boulier et l'inspiiation possible de la compagnie du Saint-Sacrement. Prunel, Sébastien Zamet, p. 307.

Il se trouve, comme tous les hôpitaux de Dijon, sous la direction de la Chambre des pauvres, qui s'occupe aussi des prisonniers de la maison de ville et de la conciergerie, des pestiférés de la maison de l'île et de la maladière. A l'hôpital sont envoyés les malades « de quelque pays qu'ils soient, estans trouvés en la ville de Dijon ou aux faux-bourgs » ; on les met dans une des deux grandes salles du nouvel hôpital, les sexes sont séparés. S'y trouvent aussi les vieillards et les vieilles femmes de la ville et des faubourgs qui ne peuvent plus travailler, les orphelins, garçons et filles de la ville et faubourgs, les enfants exposés. Les passants sont reçus, traités, couchés et logés au vieil hôpital pour une nuit « en leur donnant pour passade cinq sols, plus ou moins, suivant leurs qualités et nécessités ».

Voilà ce qui se fait à l'bôpital ; au dehors, l'on distribue chaque semaine une pension aux pauvres honteux et chaque année, un écu de gratification est remis à chaque malade des escrouelles « pour faire son voyage à saint Marcoul ». Enfin, l'on s'occupe de donner « pension à de pauvres escoliers pour estudier au collège et l'on constitue des dots à de pauvres filles, au nombre et des sommes portées par les fondations faites par divers bienfaiteurs et bienfaitrices ».

La mendicité est interdite dans les villes sous peine de fouet; il est défendu expressément de faire l'aumône, sous peine de 10 livres d'amende la première fois, de 30 la seconde. Toutes les prohibitions que nous avons rencontrées à ce sujet au siècle précédent sont renouvelées. La Chambre, qui se réunit tous les dimanches à une heure et demie, en la maison de ville, entend les rapports des intendants de semaine, nommés par elle (1) : elle se rend compte des requêtes adressées par les pauvres pour être secourus (2), du revenu des quêtes, troncs, legs, des procédures en cours, et de la façon dont sont donnés les soins aux malades et dont sont faites aux pauvres les visites des divers ordres religieux : chacun devant aller à l'hôpital, à un jour déterminé de chaque semaine (3). Non seulement la Chambre s'occupe de l'administration des biens, mais elle a des pouvoirs de police fort étendus, sans jouir d'ailleurs de la juridiction contentieuse. Elle concentre dans ses mains l'autorité « directive » (4) et « coactive j>. Elle fait fustiger de verges par les chasse-coquins les mendiants récidivistes qui s'obstinent à quêter dans la ville et poursuit ceux qui donnent (5); le fouet sera égale-

(1) Ils ont une réunion spéciale le mercredi, à midi, à l'hôpital, dans la salle de direction. Bibl. mun., A. F. 372, p. 48.

(2) Les malades, enfants nouveau-nés, passants sont reçus « par dépôt », sur ordre du président et définitivement par délibération de la Chambre. Bibl. mun., A. F. 372, p. 68.

(3) Les capucins le dimanche, les jacobins le lundi, les minimes le mardi, les cordeliers le mercredi, les carmes le jeudi, les jésuites le vendredi, les oratoriens le samedi.

(4) Cette autorité lui permet de faire des règlements que, par mesure de précaution, elle fait homologuer par la cour. Bibl. mun., A. F. 372, p. 56.

(5) « Les curés et prédicateurs seront invités, de la part de la Chambre, de faire connoltre en leurs prônes et prédications que l'on doit obéir au magistrat qui a fait défenses de donner aux pauvres qui mendient dans les églises, qu'il y a péché, et que ceux qui veulent faire des aumônes peuvent faire la charité aux pauvres de l'hôpital où l'on reçoit ceux qui sont en misère et en nécessité. » Bibl. mun., A. F. 372, p. 118.

ment employé à l'égard des renfermés ou des nourrices qui quittent l'hôpital sans permission ou se cachent chez les habitants ; les suborneurs seront condamnés à payer une pension aux tilles-mères. La Chambre peut aussi punir les religieuses de certaines peines (I). Elle a autorité sur le recteur et les religieux et tout le personnel, et peut instituer et destituer ses officiers pour faits concernant leurs charges.

Si les religieuses du Saint-Esprit conservaient encore le soin des malades, les religieux voyaient leurs pouvoirs considérablement réduits. Il ne leur restait plus que l'administration du spirituel, et encore était-elle en fait dans les mains d'un prêtre séculier, fort zélé, nommé Mandrot (u2), « qui paraissait du goût des intendants ». Le commandeur Boulanger lui céda sa charge, ce qui amena des protestations de la part des sœurs et des autres religieux (3).

Au dehors, les luttes entre la nouvelle chevalerie du Saint-Esprit et les hospitaliers proprement dits achevaient d'épuiser l'Ordre. L'évoque de Langres en profita pour imposer à Dijon sa juridiction et sa visite. Les derniers efforts tentés pour faire tomber la transaction de 1667 précipitèrent la déchéance de la maison du Saint- Esprit. Un arrêt du conseil du 19 juillet 1675 (4), non seulement maintint la permission pour les intendants de régir les biens de l'hôpital conformément à l'arrêt de 1528 (5), mais encore il restreignit, et même ne conserva que conditionnellement les pouvoirs spirituels du commandeur de l'ordre du Saint-Esprit dans l'ancien hôpital. Pour le nouvel hôpital, il permettait aux intendants de faire appeler des sœurs hospitalières de l'institut du père Vincent ou celui des hôpitaux de Beauue et de Chalon, ou de tel autre « qu'ils jugeront bon être » (6).

(1) « Les unes furent privées de vin pour deux mois, les autres ferrées aux prisons de l'hospital pour deux jours, et pendant ce temps-là réduites au pain et à l'eau. a> Règlement imprimé, p. 35. Et, en effet, nous voyons les sœurs du Saint-Esprit « enfermées dans le charbonnier » ou même expulsées. Bibl. mun., A. F. 372, p. 298. Ces désordres cessèrent complètement avec les sœurs de M. Joly.

(2) Il avait été reçu le 20 juillet 1642 et fut remplacé le 8 juin 1659 par un autre prêtre nommé Bernard. Bibl. mun. Dijon, A. F. 372, p. 189.

(3) Le 24 avril 1657, un arrêt dépouilla île la croix et de l'habit trois sœurs hospitalières qui refusaient de le reconnaître.

(4) C'est môme de cet arrêt que l'auteur du règlement imprimé en 1734 fait partir, par erreur, l'origine de la Chambre des pauvres. Bibl. mun., A. F. 372, p. 36.

(5) Les religieux n'avaient pour leur nourriture et entretien que les anciens revenus acquis avant 1528 ; le curé de Saint-Philibert était maintenu au droit d'exercer les fonctions curiales dans l'hôpital nouveau ; le3 fondations devaient être acquittées par tel prêtre qu'il semblerait bon aux intendants. Dans l'ancien hôpital, l'exemplion de la juridiction de l'ordinaire et le droit pour le recteur d'exercer les fonctions curiales, ne valaient que s'il y avait congrégation régulière dans le royaume avec un supérieur majeur.

(6) Quant aux religieuses du Saint-Esprit, elles devaient voir leurs places réduites jusqu'au chiffre de quatre, celui de leur fondation, et être, à partir de ce moment, nourries et entretenues sur les revenus de l'ancien hôpital. Il parait certain que la défaveur dont était frappées alors les religieuses du Saint-Esprit parait avoir été sans objet, mais il était resté dans l'opinion des idées hostiles tenant vraisemblablement aux fréquents scandales des quinzième et seizième siècles; on vengera sur les sœurs du dix-septième siècle les fautes de celles qui les avaient précédées. « Ce qui montre l'injustice de Dijon, dit avec raison Calmelet, c'est qu'à Besançon l'on réclama, à la suite d'une peste des religieuses de Dijon pour remplacer celles de Besançon que la peste avait enlevées. Les sœurs de Dijon fournirent là d'excellents sujets qui émigrèrent dans les hôpitaux de Gray, Poligny, Arlay, Vaucouleurs et Neufchàteau, tous dépendants de Besançon. »

L'institution du Saint-Esprit était condamnée, des prêtres séculiers dirigèrent l'hôpital neuf, et les religieuses, peu à peu, secouèrent le joug du père Robert (1), pour entrer dans cet hôpital (2).

En 1681, les vieux et vieilles y furent transportés. Enfin, l'on vit s'y installer, aux lieu et place des hospitalières du Saint-Esprit, les sœurs d'un ordre nouveau, que venait de fonder à Dijon un saint prêtre, Bénigne Joly, surnommé « le père des pauvres ». Les filles de M. Joly, qui jusqu'alors avaient eu l'habit séculier, reçurent l'habit de religieuses novices, le 6 janvier 1685 (3).

Nous entrons alors dans une nouvelle phase. A l'activité des particuliers et de la société du Saint-Sacrement qui, à l'époque où nous nous trouvons, se trouve dispersée en tout ou partie (en partie à Dijon, où il en reste un rameau sous le nom de « confrérie des œuvres fortes ») (4), va succéder celle des congrégations nouvelles, souvent filles de cette société. Un de leurs plus ardents promoteurs fut M. Joly.

Bénigne Joly (5), revenu à Dijon en 1672, se signala par son zèle; dès la première année, aidé par la confrérie des « Frères des œuvres fortes », il fit réparer la chapelle Saint-Vincent, où les pauvres reçurent chaque semaine une instruction et une aumône. Il les organisa aussi en une confrérie (6), qu'il nomma « la Sainte famille de Jésus ». Les confrères, tout gueux qu'ils étaient, devaient s'aider de leurs prières et services (7). La première confrérie lui permit de réunir un certain nombre de demoiselles chargées de recueillir les aumônes et qui l'aidèrent à créer une c Chambre de la providence », que l'on installa près de Saint-Philibert (8). Les filles chrétiennes qui s'en occupaient « pansaient les plaies des infirmes, donnaient des potages et des médicaments aux

(1) Les religieuses de Beaune étaient venues à Dijon, mais elles n'y restèrent pas; on leur substitua des religieuses du Saint-Esprit.

(2) Ce commandeur dut rendre des comptes à son Chapitre ,• le 11 février 1679, un arrêt obligeait les religieux de Dijon à se pourvoir pour obtenir du pape un supérieur majeur dans le royaume. Bibl. mun. Dijon, man. 372, p. 14. En 1681, les intendants de l'hôpital avaient écrit aux directeurs de la mission de Saint-Lazare, à Paris, pour obtenir des sœurs hospitalières ou sœurs grises, mais leur directeur, M. Dupont, ne pouvait les envoyer que dans un an. Bibl. mun. Dijon, man. 371, p. 154. Peignot, Mémoires, t. I, p. 90, indique 1684.

(3) L'opposition des religieuses du Saint-Esprit fut déclarée non recevable le 1" mars 1686. Voir aussi sur les lettres patentes du 7 janvier 1686 et les arrêts du 22 décembre 1688 : Arch. hosp., liasse 17, cote 15.

(4) Raoul Allier, p. 432.

(5) L'abbé Bavard, Vie du vénérable Bénigne Joly, Dijon, 1892. Bénigne Joly naquit à Dijon, en 1644. Après des études faites à Beaune, où il resta de 1652 à 1659, il y reçut la tonsure à douze ans ; de là il revint à Dijon où il étudie chez les jésuites en 1659 ; il continue ses études à Reims, puis à Paris, au collège de Navarre où il se trouve en 1662, et reçoit les ordres en 1665. De 1664 à 1666, il alla loger chez un confrère du Saint-Sacrement, M. de la Chapelle-Pajot. (R. Allier, p. 431).

(6) Bavard, p. 112-114. Il y a des passages qui montrent bien la différence de la conception du dix-septième siècle et de la nôtre : « Travaillez, disait Bénigne à ses auditeurs, à gagner votre vie ; après cela, n'ayez point honte de demander l'aumône. » P. 11 i. Après une vie tout entière donnée aux œuvres, Bénigne mourut le 7 septembre 1694.

(7) Ibid., p. 123-128.

(8) Elle fut fondée par Anne Palliot et Elisabeth Delahaye. Bavard, p. 130-137, 159.

malades et distribuaient du chanvre et de la laine aux femmes pauvres qui manquaient de travail ». L'après-midi, un grand nombre de ces pieuses demoiselles confectionnaient des couvertures et des vêtements pour les malheureux (1). Bénigne, se souvenant que parmi les plus misérables se trouvaient les prisonniers, enfermés dans les prisons de la Conciergerie et du Château, fit dériver vers eux une partie de la bienfaisance de la « confrérie de la miséricorde » (2) ; il s'occupa en même temps du rachat des prisonniers condamnés aux galères (3). Depuis 1678 également, il était devenu l'aumônier de la confrérie des «r Dames de la charité » (4). Grâce à tous ces concours, il put s'occuper non seulement des pauvres qui mendiaient, mais aussi des pauvres honteux; sur un registre particulier étaient consignés leurs noms, avec l'indication des besoins de chacun (5). L'absence de literie des pauvres l'amena en outre à préconiser la « distribution de couches » (6). Il obtint enfin d'établir une sorte de maison-abri pour les filles repenties qui désiraient s'arracher à leur vie passée. Trois chambres du vieil hôpital lui furent d'abord données, mais comme les administrateurs des hospices voulaient avoir la direction de cette communauté naissante, Bénigne fut obligé de se transporter ailleurs, au vieux couvent (7). A ce moment la municipalité était fort montée contre lui, car les recherches sur les personnes à racheter n'avaient point été sans amener de fâcheuses clartés sur les moeurs d'un certain nombre de personnages importants. C'est là ce qui explique pourquoi, le 1er juillet 1677, le procureur syndic dénonce la « société des frères des œuvres fortes » qui s'enquérait des mœurs des habitants (8). Ce qui montre bien la vraie raison de cette animosité, c'est qu'à la même séance, la mairie retire aux sœurs de Sainte-Marthe l'autorisation donnée en 1676 « comme plus inutille et préjudiciable au publicq qu'advantageux ». Le 30 juillet, on revient à la charge, car les sœurs <t par un mespris insusportable... n'ont pas laissé et continuent leurs assemblées comme auparavant dans une maison qu'elles ont acquise en la rue Chapelotte ». On déclare que dans la ville il y a déjà trop de religieux et religieuses, et la municipalité prend la résolution de les expulser (9).

11 est probable que les sœurs de Sainte-Marthe en visitant les pauvres ont trop bien renseigné « les frères des œuvres fortes ». Toujours est-il que cette querelle ne dura

(1) Bavard, p. 132, 159.

(2) Sur la bienfaisance de M. Joly pour les prisonniers : Bavard, p. 186, 187, 195. L'ancien aumônier était Gonthier, mort le 1er juin 1678; il était, avant Bénigne Joly, le chef des « frères des œuvres fortes ». Baoul Allier, p. 151, 241.

(3) Bavard, p. 189.

(4) Bavard, p. 134-135. A la mort de Gonthier également.

(5) Ibid., p. 135.

(6) lbid., p. 215.

(7) Documents sur les origines du Bon-Pasteur, cités par Bavard, p. 215 et suiv.

(8) Arch. mun., B. 316, P 52 r" et v». Qu'on lise M. Allier, p. 431, et l'on n'aura nullement l'impression exacte de l'origine véritable de cette cabale contre « la cabale ».

(9) Arch. mun., B. 316, f»' 82 v° et 83 r°. En 1677, f° 74 V, on casse le « devoir » des menuisiers ; ibid.; f° 142 r° et v°, probablement pour avoir l'air de prendre une mesure générale.

pas; le roi en 1678 autorisa les sœurs de Sainte-Marthe (1) et le 26 février 1682, la chambre de ville, sur la requête de M. Joly, consentait à l'établissement des filles repenties (2). C'était une maison de retraite en même temps qu'une maison de détention (3).

Le même ordre hospitalier, fondé par Bénigne Joly, devait s'occuper de l'hôpital et du Bon Pasteur : c'était le nom de cette maison de repenties.

L'ordre nouveau qui s'occupait de l'hôpital fut formé à la vie religieuse et hospitalière par deux sœurs que Ton fit venir de la communauté de Sainte-Agnès d'Arras; il fut reconnu par lettres patentes datées de janvier 1688(4) et confirmé dans son établissement près de l'hôpital Notre-Dame de Dijon (5). Ce ne fut qu'en 1696 que les filles de M. Joly s'engagèrent, par des vœux solennels, dont le formulaire, examiné dans une assemblée extraordinaire des intendants de l'hôpital, fut ensuite approuvé par délibération de la chambre du 26 février 1696 (6).

Elles étaient d'abord chargées, en vertu de leur traité du 3 septembre 1689, de donner des hospitalières, non seulement à l'hôpital (7), mais aussi au Bon Pasteur. Mais pour éviter les inconvénients qui pouvaient résulter de l'application des mêmes sujets à deux missions si différentes, le 19 août 1698, François de Clermont, évêque de Langres, dispensa les hospitalières de la Charité d'observer ce traité qu'il annula et, pour marquer la désunion qu'il établissait entre les deux communautés, il décida que les

(1) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12110, f°s 104 r° à 10G r°. Enreg. le 13 août 1678.

(2) Le 15 juillet 1679, la Chambre s'était déjà ravisée. Arch. mun., B. 318, f> 44 r° et v°.

(3) On devait y garder « les filles débauchées qui avaient dessein de faire pénitence de leurs faultes, celles qui vouloient esviter les occasions prochaines de péché et celles que les parents jugeoient nécessaires d'y renfermer de l'authorité de la justice, ou celles qui pouvoient être condamnées à être enfermées à cause de leur vie scandaleuse et de leurs déportements qui corrompoient beaucoup de jeunes gens. » Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12112, f°» 61 r° à 62 V; enreg. 14 août 1687.

(4) Arch. dép. Côte d'Or, B. 12112, f°» 118 r" à 119 V, enregistrées le 23 mars 1689. Arch. hospitalières, liasse 17, cote 13. « ...A la charge que tout ce qui sera donné et laissé à la communauté des dites hospitalières à titre universel ou particulier sera censé donné aux dits hôpitaux. » Il y avait eu délibération des 4 et 11 juillet, 19 et 26 décembre 1688, prises en la Chambre des pauvres. Voir aussi Bavard, p. 344.

(5) Sur le règlement des hospitalières de Notre-Dame de la Charité : Bavard, p. 326.

(6) Nous croyons utile de reproduire ici l'admirable Teneur dudit formulaire : « Monseigneur et mon Dieu tout puissant et tout bon, c'est dans le désir de vous plaire, d'honorer et d'imiter la vie de votre fils notre seigneur Jésus-Christ, chaste, obéissant et charitable, qu'en la présence de votre divine magesté, je sœur N. N aidée de votre grâce, fais vœu d'obéissance, chasteté et service des pauvres selon nos règles pour tout le temps que j'aurai le bonheur de demeurer dans cette communauté ; recevez donc sainte trinité adorable l'offrande que je vous fais aujourd'hui de moi-même afin qu'animée de votre divin esprit je porte constamment le joug et le fardeau de votre service et de celui de vos pauvres — et que me consacrant de plus en plus à votre divin amour je parvienne à cette vie éternelle que vous avez préparée à ceux qui imiteront cet adorable sauveur qui est la voie, la vérité et la vie. Ainsi soit-il. »

Esuite la mère prononce à haute voix l'oraison suivante pour les autres sœurs qui la disent tout bas : « Divin Jésus, vrai père des pauvres, l'unique objet de nos affections, et vous, ô très sainte Vierge, mère de ces mêmes pauvres, nous vous supplions très humblement de prendre sous votre protection particulière notre petite communauté — et de recevoir l'offrande qu'elle vous fait aujourd'hui de s'appliquer au service de ces chers pauvres que nous choisissons pour nos seigneurs et maîtres, pour la plus grande gloire de celui qui vit et règne dans les siècles Ainsi soit-il. »

(7) Elles ne pouvaient passer d'un hôpital à l'autre, ou s'absenter, qu'avec la permission des intendants.

filles du Bon Pasteur auraient une constitution particulière, un costume à elles et pourraient recevoir des novices (1).

La satisfaction causée par le nouvel ordre est prouvée par son succès, il envoya des filiales à Nuits (2), à Marcigny-sur-Loire (3), à Langres (4), à Chàlillon (5) et Avallon (6).

Cet ordre nouveau n'était en quelque sorte qu'un tirage bourguignon d'un autre ordre qui du premier coup avait obtenu la plus grande faveur et l'a toujours conservée : je veux parler des sœurs de Saint-Vincent de Paul ou sœurs grises.

Les confréries de charité, associations de personnes de conditions diverses, adonnées aux soins des pauvres, n'étaient point suffisantes, pour rester dans les hôpitaux pendant les pestes et les contagions, il fallait avoir des personnes dévouées, dégagées des liens de famille et consentant à borner leur vie au service des pauvres. Saint Vincent de Paul le comprit, en 1627 (7), avec Louise de Marillac, veuve d'Antoine Legras, écuyer, il entreprit cette fondation, qui, en 1633, prit la forme d'une communauté avec noviciat. Les religieuses nouvelles devaient « peu dire et beaucoup faire ». Leur immense dévouement les fit appeler partout. En 1789, la congrégation des filles de la charité avait 426 établissements en France (8). Toutefois, en Bourgogne, elles n'apparaissent qu'à la fin du siècle, et ne se répandent bien qu'au dix-huitième. Elles s'occupent d'instruction en même temps que de bienfaisance (9), comme le feront les sœurs du Saint- Sacrement et les sœurs de la Providence (10).

La bienfaisance est donc une des préoccupations des congrégations nouvelles, les sœurs de Saint-Lazare s'occupent du bureau de charité de Beaune(ll), les Auguslines, de l'hôpital Saint-Antoine d'Autun (12) et de l'Hôtel-Dieu d'Auxerre(13). Les Lazaristes, dans leurs prédications, recommandent l'établissement de règlements en faveur des

(1) Arch. hosp., liasse 17, cote 16.

(2) Bavard, p. 3G4.

(3) Bavard, ibid.

(4) Bavard, p. 365. C'est là qu'elles rencontrèrent des difficultés ; l'hôpital Saint-Laurent voulait les renvoyer à Dijon dans leur vieillesse ; aussi cet hôpital prit-il des sœurs grises.

(5) Bavard, p. 366.

(6) Bavard, p. 367.

(7) Lallemand, Hist.de la Charité, t. IV, 1" partie, 1910, p. 41, et les références citées note 24. Courtépée, t. II, p. 139; Bavard, p. 313. Elles sont à Dijon, à Alise Sainte-Beine, au nombre de six, depuis 1666, avec un chapelain fondé par M. Hémon (voir Voillery, La fin de l'ancien régime en Bourgogne, p. 121) ; à l'hôpital général d'Autun (Courtépée, t. II, p. 524).

(8) Lallemand, op. cit., p. 14.

(9) Voir plus haut, p. 734.

(10) lbid.

(11) Garnier, Annuaire départemental, 1898, p. 492.

(12) Au dix-huitième siècle, elles perdront leurs biens et il leur sera défendu de recevoir des novices. Courtépée, II, p. 308.

(13) C'étaient des Augustines de Gien qui furent introduites à Auxerre en 1643. Bouvier, Bulletin des sciences... de l'Yonne, 1900, p. 271.

pauvres (1). Les Jésuites, nous l'avons vu, montrent un grand zèle pendant les pestes. A Chalon, ils s'adonnent à l'instruction des pauvres (2).

Une chose très remarquable, c'est la petite place que tiennent maintenant les anciens ordres hospitaliers dans la distribution charitable. Les disciples de la commanderie de Saint- Antoine subsistent encore à Norges, mais peu occupés. Il se continue d'anciennes distributions de pain à la porte des prieurés de Saint-Romain (3), à Anteuil (4) et au seuil des monastères où nous les retrouverons encore à la fin du dixhuitième siècle; mais cela ne produit que des résultats médiocres au point de vue qui nous occupe. Toutefois, on fonde encore à Alise, le 9 avril 1662, une aumône qui permet de distribuer un potage tous les dimanches aux pauvres qui se présentent devant le couvent des Cordeliers, et à Saint-Seine en 1694, le 31 janvier, les moines consentent à nourrir quatre pauvres du bourg de Saint-Seine « estimant que leur abbé ne trouverait pas mauvais qu'il en nourrit six sur son revenu » (5).

Mais celte bienfaisance qui se traduit en des distributions peu surveillées d'ordinaire, donc peu utiles et tombant souvent sur de faux mendiants, est moins appréciée qu'autrefois.

Cependant, des créations du moyen âge, il reste un ordre respecté, qui prend même au dix-septième siècle un éclat nouveau, celui des religieuses de Beaune. Elles contribuent à l'établissement des sœurs de Sainte-Marthe, à Chalon, en 1633(6), et en 1680, elles installent des sœurs de leur ordre à Saint-Jean-de-Losne (28 février 1680), à Seurre et à Auxonne(7), la même année (8).

Elles iront plus tard à Arnay-le-duc, Chagny, Cluny, Cuiseaux, Louhans, Marcigny, Monlmerle, Paray, Tournus (9).

(1) Bavard, p. 308.

(2) Batault, p. 62.

(3) Aumône générale tous les dimanches. Courtépée, t. II, p. 347.

(4) Courtépée, t. II. p. 306.

(5) Inventaire de Saint-Seine de 1774, f°» 125 V, 126 r". L'offre est acceptée par l'assemblée des habitants ; on donnera, à chaque pauvre, par jour une livre et demie de pain et une fois du bouillon. De la sorte, dix pauvres sont à la charge des religieux ; les habitants nourrissent les autres.

(6) Batault, L'hôpital de Chalon, p. 126, 127. L'aumônier de Beaune resta le visiteur du nouvel hôpital. Le règlement de 1633 est reproduit dans le même ouvrage, p. 135 à 155.

(7) Bavard, Hôtel-Dieu de Beaune, p. 201, 203. Les dates données par Batault, p. 458 ne coïncident pas avec celles-ci. Les religieuses de Beaune ont de nombreuses filiales en Franche-Comté : à Dole (1663), à l'hospice Saint-Jacques de Besançon (1667) ; elles sont remplacées trois ans après par les religieuses de Sainte- Ursule ; à Vesoul (1683), Saint-Claude (1686), Arbois et Lons-le- Saunier (1689). Elles iront jusqu'à Grenoble. Les hospitalières de Vesoul iront à Belfort en 1752. Abbé Humbrecht, Mém. hist. sur les hôpitaux de Belfort, in-8°, 1895, p. 51, cité par Lallemand, t. IV, 1» partie, p. 580.

(8) A Couches, en 1732; sans compter quantité de localités de la Franche-Comté, de la Lorraine, de la Suisse, etc., indiquées par Batault, Notice sur les hôpitaux, p. 458, 459.

(9) Hist. de V hôtel-Dieu de Beaune, p. 173. Voiraussi Lallemand, t. IV. lre partie, p. 579. Le manque de sujet seul, déclare ce dernier auteur, les empêcha de s'étendre encore davantage. Et il ajoute, comme preuve, que lors de la fondation de l'hôpital d'Auxonne, on ne put trouver de personnel ni chez les filles de la charité de Saint-Vincent de Paul qui « suffisaient à peine à quelques grandes villes », ni à Dijon où la famille des hospitalières... était trop restreinte pour sa propre tâche », ni à Beaune; il fallut s'adresser à Dole. Bizouard,

Pendant que ces transformations qui mettaient de |)lns en plus l'administration hospitalière dans les mains des autorités de justice et le soin des malades dans celles des congrégations anciennes ou nouvelles, s'accomplissaient, la royauté ne restait pas inactive. Dès la fin du seizième siècle, en 1599, subissant son impulsion (1), le Parlement ordonnait une enquête sur l'état des hôpitaux, maladières et léproseries de la province (2). Sans grand succès d'ailleurs, la royauté, toujours à court d'argent, tentait d'utiliser les revenus de ces établissements pour entretenir les anciens soldats et officiers estropiés. C'est dans la môme intention qu'elle chercha, en 1606 (3) et en 1612(4), à mettre sous l'autorité du grand aumônier de France les maladières du royaume alors en fort mauvais état et presque inutiles (5).

Ces tentatives furent déjouées, c'est ainsi que la maladière de Dijon resta à la ville de Dijon qui se fit maintenir dans son droit, par un arrêt du conseil du 27 janvier 1614 (6). Tentatives sans vigueur, sans suite, menées mollement, entravées

Histoire de l'hôpital d'Auxonne, 1884, p. 42, 43. Nous verrons qu'il y a là une part d'exagération, car, au dix-huitième siècle, on reproche à ces sieurs d'avoir un personnel trop nombreux dans chaque hôpital.

(1) Le Parlement obéissait aux prescriptions des lettres royales du 18 décembre 1599, indiquées par Isambert, t. XV, p. 226. Il y avait eu auparavant des commissions relatives aux hôpitaux qu'on n'avait point obéies. Arch. dép. Côte-d'Or, C. 3687 (1590).

(2) Journal de Gabriel Breunot, p. 162, 194, 209. Les procès-verbaux sont faits et communiqués, mais ils semblent insuffisants et, le 18 juin 1(100, la Cour les renvoie aux lieutenants des bailliages pour les établir et remettre « sans aucune connivence ou dissimulation ».

(3) Edit de 1606, indiqué par Isambert, t. XV, p. 301. Sur la situation des anciens soldats. Bouvier, Bulletin... de l'Yonne, 1899, p. 109 et suiv.

(4) Isambert, t. XVI, p. 35. Sur le mandement du 27 août 1612 ouvrant à Paris des asiles de mendiants. Bouvier, Bulletin... des sciences de l'Yonne, 1899, p. 106.

(5) Toutefois, on trouve encore des lépreux; une ordonnance curieuse du bailly de Vézelay, rendue contre trois lépreux de Saint-Père-sous-Vézelay, en 1607, et les obligeant à se retirer à la maladière et « de porter clicquelles et autres marques et enseignes circonstanciées aux autres lépreux » a été publiée par M. Quantin : Bulletin du Comité des travaux historiques (section d'histoire et de philologie), 1885, p. 291-296. Il reste encore une demoiselle à Beaune, en 1675 ; à Auxerre ou voit jusqu'à la fin du dix-septièmp siècle cinq à six lépreux dans la maladière de Sainte-Marguerite, annexée à l'Hôtel-Dieu ; Bouvier, Bulletin... des sciences de l'Yonne, 1900, p. 277, mais les bâtiments anciens avaient disparu, ibid., année 1901, p. 30 et 31 ; à A vallon, trois lépreux sont encore mentionnés en 1624; ce n'est qu'en 1664 que la malaûière sera supprimée; Bouvier, Bulletin, 1901, p. 319. A Nolay et à Pommard, la léproserie est vide. Bavard et Boudrot, Hôpital de Beaune, p. 230. La léproserie de Fleury n'avait plus d'habitants; elle fut annexée à l'hôpital d'Autun en 1614. De Charmasse, Notice, p. 247. L'invasion de Gallas, en 1636, en nettoya un bon nombre. La chapelle Saint-Jean-Baptiste de Sacquenay (hors du duché) disparut alors d'une façon complète. Tout fut brûlé. Un procès-verbal de reconnaissance, de 1645, porte « qu'au milieu de la grande rue deSacquenai, ou lieu ou souloit être l'hôpital, il y a plusieurs années, il y a une grande place inculte. » Baudot, Notice sur Sacquenay etson hôpital (Mémoires de la Commission des antiquités de la Côte-d'Or, 1831-1835, p. 59). Celle d'Auxonne est devenue un asile de veuves indigentes. Bizouard, Notice sur l'hospice Sainte-Anne d'Auxonne, p. 1. La maladière d'Auxonne fut détruite en 1630. Courtépée, t. II, p. 412 ; la ladrerie située plus loin redevint un ermitage. Ibid. Les biens de la léproserie détruite de Bourbon-Lancy seront également unis à l'hôpital Saint-Jean destiné aux voyageurs avant que celui-ci ne soit remis, en 1655. à l'hôpital principal de Bourbon-Lancy. Sur la misère à Beaune, à cette époque : Bavard et Boudrot, p. 167 La chapelle des lépreux de Chàtillon est également abandonnée et ses biens seront réunis plus tard à l'hôpital Saint-Pierre. Arch. dép. de la Côte-d'Or. Cartulaire de Notre-Dame de Chàtillon (d'Hochmelle), H. 18, n° 205 bis, P 51 r" ; la maladière de Cravant est en ruines en 1695 et n'a plus que 8 livres de revenus. Bouvier, Bulletin des sciences hist. de l'Yonne, 1901, p. 45.

(6) Garnier, Notice historique sur la maladière, p. 41. L'administration fut confiée aux intendants ; arrêt du 8 septembre 1613. Bib). mun., A. F. 372, p. 265.

sans cesse par les troubles extérieurs et intérieurs, pendant la première moitié du dixseptième siècle, mais qui peu à peu préparent les esprits à la réforme définitive. C'est à elles que nous sont dues quelques indications fort suggestives sur ce qu'étaient devenus nombre de petits hôpitaux de campagne au début du dix-septième siècle.

Au Parlement de Dijon, le 20 mars 1623 (1), le procureur général du roi, M. de Xaintonge, avait remontré qu'il avait été averti que « nonobstant les plaintes par luy ci-devant faites de la mauvaise administration du revenu des hôpitaux et maladreries de cette province et les arrêts donnés par la cour sur les dictes plaintes, les recteurs des hôpitaux, contre l'intention des fondateurs, appliquoient lesdiz revenus à leur profit sans nourrir ni entretenir aucuns pauvres, laissoient tomber en ruine les batimens et que quelques uns des ditz hôpitaux servoient de réceptacles et retraictes à des vagabonds et filles de joye » (2). Il requiert qu'il plaise à la cour d'informer de ces malversations et de dresser un procès-verbal de l'état des lieux et bâtiments et, en attendant, de saisir et mettre lesdits revenus sous la main du roi. La cour décida que les recteurs des hôpitaux déposeraient au greffe le procès-verbal de l'état des bâtiments et maisons et elle commit pour faire la visite à Dijon, le conseiller Berbis, et pour les autres bailliages, les lieutenants de bailliages.

L'information confirma les mauvais bruits dont le procureur s'était fait l'écho. Le 13 août 1628, M. Berbis fait savoir qu'il a procédé à la visite des hôpitaux du bailliage de Dijon, « qu'en celuy de Brochon il s'y commettait plusieurs meurtres, pilleries, saletés, que l'église et les batimens étaient entièrement en ruine et n'y avait point eu de pauvres depuis 40 ans en ça ; qu'en celui d'Arceau qui avoit été fait à cause d'un grand chemin qui souloit estre (là) et qui n'y etoit plus à présent, il n'y eut aussi aucuns pauvres, ni pareillement en celui de Mirebeau, ni du Val de Suzon, que les recteurs desdiz hôpitaux auxquels avoit ordonné par arrêt de mettre leurs titres par devers le greffe n'avoient satisfait et qu'il croyoit être expédient d'y pourvoir par l'annexe desdiz hôpitaux à celuy du Saint-Esprit de cette ville de Dijon selon qu'il avait été proposé cy devant ». La cour ordonna l'envoi de ces procès-verbaux à M. de la Rochefoucauld, grand aumônier, pour y pourvoir (3). La question de la concentration des hôpitaux est donc nettement posée, mais leur union suscite toujours des difficultés (4).

(1) Àrch. dép. Côte-d'Or, B. 12069 ter, f» 24 r». Pour l'hôpital d'Arceau, il y avait déjà eu une décision du Parlement Mêmes arch., B. 12230, f» 221.

(2) Il ajoute tout crûment « qui y exerçoient des bordeaux publiques ».

(3) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12069 ter, f° 32 v°. Ce n'est que plus tard, en 1653, que le seigneur de Couchey, Jean Morelel, qui était recteur de l'hôpital, reconnaissant qu'il était devenu « un repaire de bandits » et qu'il était impossible de le réparer, consentit à son union avec l'hôpital de Dijon. Arch. hosp. de Dijon, liasse 30, cote 2. Cette utilisation des hôpitaux par les brigands est générale. Lorsqu'on détruira, en 1702, ce qui reste de la léproserie de Beaune, l'on déclarera que les ruines de cet hôpital « ne servoient plus que de refuge aux voleurs pour attaquer les passans à la brune ». Bavard et Boudrot, Hôpital de Beaune, p. 232. A Pommard, l'hôpital supprimé en 1732 servait aussi de refuge aux « gens de mauvaise vie ». Ibid., p. 233.

(4) Nous l'avons déjà vu pour la maladière de Dijon. Les objections à l'union se reproduisirent plus tard.

Et pourtant l'on a encore besoin de certaines formes anciennes de la charité.

Tout réduits qu'ils sont, les petits hôpitaux de passants n'ont pas perdu toute clientèle. Fouettée par la contradiction protestante, la foi se réveille, les pèlerinages ont repris faveur, les grands et les petits, ceux >ie Sainte-Reine et de Saint-Eloi (1), comme ceux de Saint-Michel, de Lorette et de Notre-Dame du Puy (2), bien que la ville de Dijon suscite des embarras aux pèlerins (3).

Arch. mun., B. 263. Sans doute il faudrait une enquête étendue pour compléter les renseignements précédents. Néanmoins elle nous semble devoir prouver une décadence générale. Le 1!) juillet 1615, à Saint-Fiacre de Dijon, l'on déclare d'un front tranquille que « ladite fondation dudit hôpital n'estoit pour y recevoir auleung malades, mais pour loger les voyageurs ». A Nuits, l'hospitalité n'était plus exercée depuis que les bâtiments avaient élé cédés aux capucins en 1633. Arch. dép. Côle-d'Or, II. 117, 1253 bis. Elle avait cessé probablement avant et ne fut rétablie que par l'édit de 1693. Aussi l'on nous dira, en 1700, que « quoique l'hôpital de Nuits soit très ancien, il n'a néanmoins commencé de renaître qu'à l'entrée de ce siècle ». Saint-Nicolas de Marchaut, à Autun, ne satisfait plus le Parlement : un arrêt de 1627 oblige le recteur à en confier l'administration à un bourgeois. Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12231, f° 580. A Beaune. il y a union de l'hôpital du Saint-Esprit à THôtel-Dieu, en 162S. Bavard et Boudrot, L'Hôtel-Dieu de Beaune, p. 163. L'hôpital de Bourgneuf étant supprimé, les deux tiers de ses revenus tombent dans les mains de la Chambre de ville qui en emploie une partie à donner la passade aux étrangers. (Voir plus loin, p. 915). L'hôpital de Charolles en ruines devra être reconstruit en 1616. L'hôpital de Chaumont de Chûtillon-sur-Seine a disparu vers l'année 1620. Arch. dép. de la Côte-d'Or. Cartulaire de Notre-Dame de Chdtillon (d'Hochmelle), H. 18, n° 205 bis, f" 51 r°. De même le souvenir de la Maison-Dieu des quatre frères (Deltey, canton de Mesvres) s'est effacé de la mémoire des hommes. De Charmasse, Mém. de la Soc. Eduenne, t XXX, p. 81. L'hôpital de Saint-Biaise de Cluny destiné aux voyageurs pauvres tombe en ruines, ses bâtiments seront renversés au début du siècle suivant et ses possessions annexées à celles de l'Ilôtel-Dieu. Chavot, Le Maçonnais, Géographie historique, p lli. Il en est de même à Auxerre pour les hôpitaux de Saint-Etienne depuis le seizième siècle, de Saint-Père (depuis 1610); de Saint-Germain (1014), de Saint-Vigile et de Saint-Boch (fin du dix-septième siècle); rie Sainte-Catherine-aux-Aulx, de Saint-Jacques et de Saint-Michel, (probablement au début du même siècle). Bouvier, Bulletin... des sciences hist. de l'Yonne, 1901, p. 31 et suiv.

En 1725, la salle des malades de l'hôpital de Fouvent est devenue une écurie. « Ensuite nous avons passé dans un bâtiment étant au derrière de ladite chapelle que l'on nous a dit avoir anciennement servi de salle pour y recevoir des pauvres et qui sert présentement d'écurie ; à quoi nous tâcherons incessamment de remédier en y abergeant quelques pauvres », inlique le orocès-verbal de visite du commandeur de Dijon. Arch. hosp., liasse 16, cote 61. En 1712, dans la visite, l'on ne parlait pas de l'hôpital, lbid. C'est donc que la situation était ancienne. Nous croyons que l'hôpital de Dracy-Saint-Loup se vante lorsqu'il prétend, en 1672, n'avoir jama's cessé l'hospitalité car, en 1759, on l'unira à l'hôpital d'Autun, sous prétexte que de temps immémorial il ne l'eserce plus. De Charmasse, Notice, p. 255, 258. Pour l'hôpital Saint-Jean de Bourbon-Lancy, voir plus haut, p. 905, note 5 in fine. Par contre, l'hospitalité est conservée à l'hôpital Saint-Germain, de Chàtillon-sur-Seine, mais elle est restreinte. Garnier, Annuaire, 1898, p. 493. Elle existe encore, au contraire, assez large à Chàteauneuf; les titulaires de l'hôpital sont, depuis 1671, nommés par l'évêque d'Autun, qui remplace les seigneurs. Arch. dép. Côte-d Or, H. 117, 1253 bis; Garnier, Annuaire, 1898, p. 490. Quant à l'hospitalité de Dijon pour les passants, nous avons vu plus haut ce qu'elle était devenue : on reçoit les passants à l'hôpital un jour, à moins qu'il n'y ait nécessité de les conserver davantage et on les écarte en temps d'épidémie.

(1) Arch. mun., B. 241. On apporte à Dijon les châsses des saints, notamment celle de « madame Sainct* Bègne » pour obtenir la cessation de la pluie. Des quêtes sont faites dans les maisons par les demoiselles de la ville. Les pèlerins de la chapelle Saint-Eloi de Dielosse (près Fouvent) sont insultés par les habitants de cette ville. Le Parlement intervient le 13 juin 1630. Arch. hosp., liasse 16, cote 50.

(2) La preuve en est qu'au dix-septième siècle, nous voyons apparaître à Dijon les hôtelleries du Mont- Saint-Michel (1645) : il y a même un grand et un petit Saint-Michel ; celles de Notre-Dame de Lorette et de Notre-Dame du Puy (1534). Clémenl-Janin, Les hôtelleries dijonnaises, p. 99, 102, 108. Le pèlerinage très fréquenté de Saint-Sébastien d'Uchon durera jusqu'en 1790. De Charmasse, Mémoires de la Société Eduenne, t. XVI, p. 66. Sur les pèlerinages de Besançon, de Notre-Dame d'Etang près Dijon et de Saint-Seine : Prunel, Sébastien Zamet, p. 345 et suiv.

(3) Elle exige un certificat de médecin pour les infirmes, de l'évêque pour les pèlerins et religieux. Arch. mun., E«.

Cette ferveur pour les pèlerinages ne cessera pas : à Alise en particulier, nombreux sont ceux qui étaient attirés par le pèlerinage et la « fontaine médicinale ». «Il est aisé de concevoir, raconte un mémoire de la fin du siècle, que les pauvres y estoient dans un grand abandon avant qu'il y eut un hospital, aussi estoit-ce une chose fort commune que d'y voir quantité de misérables, qui faute de secours, et spirituel et temporel, agonisoient dans les champs et au pied des buissons, pesle mesle avec ceux que la mesme misère avoit déjà fait expirer. » (1) Cela décida, en l'année 4659, sous l'impulsion de la compagnie du Saint-Sacrement (2), deux bourgeois compatissants, MM. Desnoyers et Blondel, à y créer un hôpital qui, dans la pensée de ses pieux fondateurs, devait être avant tout un hôpital d'étrangers et de pèlerins. Ce n'est qu'au dix-huitième siècle que l'on se décida à y admettre également des malades du lieu et des villages voisins (3).

Peur arrêter le pèlerinage à l'étranger qui couvre souvent le vagabondage, il faudra ces mesures draconiennes de Louis XIV, dont nous avons déjà parlé (4).

Pour les ministres du grand roi, le vagabondage et la mendicité constituent un désordre qu'il faut absolument faire disparaître. Leur but avoué, dans la déclaration de juin 1665, était d'y arriver en enfermant dans les hôpitaux généraux, les invalides et les incorrigibles, auxquels on donnerait à travailler, tandis que par des distributions bien réglées, Ton soulagerait les nécessiteux de la ville (5). Le procédé n'était inconnu ni à Dijon ni à Beaune. Dans cette dernière ville, un orphelinat ou hôpital de la Trinité avait été fondé en 1634 par Antoine Rousseau et Barbe Deslandres, sa femme (6).

Une chambre des pauvres, créée à l'instar de celle de Dijon (7), y était installée ;

(1) La Compagnie du Saint-Sacrement s'occupera beaucoup de cet hôpital. R. Allier, La cabale des dévots, p. 242, note 1, ce qui nous montre encore qu'il y avait désaccord sur l'hôpital de pèlerins entre la charité privée et les pouvoirs publies.

(2) Arch. dép. Côte-d'Or, H. 118, 1253 et H. 119, qui contient tout le dossier. (Milsand, ibid., p. 551). L'abbé Lereuil, Fondation de l'hospice de Sainte-Reine en Bourgogne, Dijon, 1876, in-8°. L'hôpital fut patenté en 1660, L'inventaire des titres, commencé en 1678, le 26 octobre, finit en 1679. Arch. dép. Côted'Or, B. 12110, f"s 240 v à 244 r°.

(3) Garnier, Annuaire, 1898, p. 494, 495.

(4) Voir p. 616 et p. 914, note 8, et Bloch, op. cit., p. 48 ; Lallemand, t. IY-1, p. 250.

(5) Le rôle de la Compagnie du Saint-Sacrement dans l'établissement des hôpitaux généraux a-t-il été aussi considérable que le pense Raoul Allier : La cabale des dévots, p. 62, 67 ; il est difficile de le croire. Le modèle était très ancien, c'était l'aumône générale de Lyon du seizième siècle ; le roi le dira lui-même, en 1680, dans ses lettres confirmatives des privilèges de i'hôpital ou aumône générale de Lyon « qui a servi ae modèle a tous les aulres establis dans les villes de nostre royaume, mesme en nostre bonne ville de Paris et en ce le de Tours. » Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12110, f°'258v°â 263 r«, enreg. le 26 juillet 1680. En 1662,1a royauté ordonna la fondation d'un tel hôpital dans les villes et faubourgs où il n'en existait pas encore. Lallemand, t. 1V-3, p. 262 et suiv.

(6) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12102, f° 82 ; Courtépée, t. II, p. 297 ; Voillery, p. 165. Il était destiné d'abord à l'éducation de 52 enfants orphelins des deux sexes; ce n'est que plus tard qu'on l'appela hospice de la Charité et qu'on y reçut les vieux et les vieilles.

(7) Les règlemens et coutumes de la Chambre des pauvres de la ville de Beaune, Beaune, Simonnot, 1659, in-12. On rappellera plus tard, au dix-huitième siècle, que la chambre des pauvres de Beaune est

Chalon avait également un établissement solide, depuis que l'intendance à vie de M. Virey, élu cinq (ois maire, lui procura un peu de stabilité, tandis que de nouvelles religieuses, sorties de Beaune, y soignaient les malades à la satisfaction de tous. A Chalon les écbevins en corps éiaient recteurs de L'hôpital (1).

Ces hôpitaux, on les nommait improprement déjà, bien qu'ils ne fussent pas encore des hôpitaux de mendiants, des « hôpitaux généraux », puisque le A novembre 1045, Synion Lallemand, procureur du bureau d'Autun, demandait l'établissement d'un « hôpital général » dans cette ville (2), en alléguant l'exemple des villes de Dijon, de Chalon et de Beaune (3).

Des obstacles momentanés empêchèrent ce projet d'Autun d'aboutir, mais le mouvement était lancé et jusqu'à la fin du siècle, nous allons voir se multiplier les fondations d'hôpitaux particuliers ou généraux.

Ce fut la glorieuse ville de Saint-Jean-de-Losne qui donna le branle (4). Dès l'année 1658, le 20 août, elle avait résolu d'établir un « hospital ou les pauvres originaires de la dite ville seroient nourris, eniretenus, logés et soulagés en aumônes et charités qui y seroient volontairement distribuées », et en outre <s qu'il seroit achepté une maison fort spacieuse et retirée pour les y loger ». Des personnes charitables s'en mêlèrent; une chapelle fut construite et bénie le 30 mars suivant ; la direction était remise aux écbevins. L'idée de la réunion des petits hôpitaux inutiles à de plus grands était bien dans l'air, puisque à Saint-Jean-de-Losne elle se manifeste spontanément. Les lettres patentes royales nous apprennent que depuis « longtemps qu'il y avoitque les pauvres n'estoient pas reçus et soulagés dans l'hospital de Sainct Usage, tout à fait ruiné et desmoly », les habitants du lieu ont pris la résolution d'incorporer leur hôpital à celui de Saint- Jean-de-Losne, comme étant d'une même paroisse et ayant toujours soulagé leurs pauvres : ce fut exécuté par acte du 7 mars 1661 (5). Le 21 juin et 22 septembre de la même année, les habitants d'Aubigny, d'Esbarres et de Bonnencontre prirent la même

établie de temps immémorial et qu'elle a été confirmée par Louis XIV en janvier 1690. Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12122, f 53 v°.

(1) Bataull, p. 118, 124. Sur le règlement de 1633, p. 133.

(2) A Autun, une charité avait été établie en 1641 pour « retirer et nourrir de pauvres mendiants ». Le projet de Lallemand obtint l'approbation de l'évêque, et même un arrêt favorable du Conseil d'Etat, du 17 février 1646. Mais à la suite de la mort de M. de Ragny, en 1652, les travaux demeurèrent suspendus. De Charmasse, Notice, p. 260 et suiv.

(3) Ils ne portent pas encore le titre en vertu de lettres patentes expresses.

(4) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12106, f°' 195 r» et 196 v°. Toutefois, n'oublions pas qu'à Noyers un hôpital avait été fondé, en 1649, par le piètre Pierre Salles ; à Sennecey, en 1611, par Chareusat, notaire : c'est un petit hôpital auquel, en 1690, le curé de Fridolin en ajouta un second qui fut lui-même suivi d'un troisième construit par Claude Fèvre. A Toulon-sur-Arroux, il y a également un rétablissement d'hôpital, en 1656, par Léonard Engibert ; un autre en 1655 à Bourbon-Lancy. Ces hôpitaux ne sont point patentés.

(5) Sous certaines conditions qu'énumèra l'acte de réunion approuvé par le roi Arch. dép. Côte-d Or, B. 12106, f™ 194 r° à 195 r°. D'autres lettres patentes royales de 1663 agréaient la fondation de 1658 et permettaient aux échevins de Saint-Jean-de-Losne d'établir et destituer les officiers de l'hôpital et d'y donner des règlements.

résolution. Le roi approuva cette union en septembre 1662, il y joignit le Chastelet et tous les lieux où l'hospitalité aurait cessé à trois lieues de Saint-Jean-de-Losne par le décès des administrateurs, à la charge d'entretenir et nourrir les pauvres desdits lieux et de suivre et exécuter les intentions des fondateurs desdits hôpitaux (1).

Deux ans après, à Châtillon-sur-Seine, « pour la nourriture des pauvres enfans natifz, originaires et résidans en la ditte ville », le bienfaiteur du collège dont nous avons déjà rencontré le nom, le prêtre Guyotte, créait l'hôpital Saint-Pierre (2).

L'année suivante, à Autun, l'on ne se contente plus de prendre pour modèle les hôpitaux de la province. Le Vierg d'Autun, ayant visité à Paris un véritable hôpital général, le grand hôpital général dirigé par M. Duplessis de Monlbard, déclarait, en 1667, dans une assemblée d'habitants, du 14 avril, qu'un tel établissement était facile. Il y eut une autre assemblée le 25 mars; le bureau des pauvres du Saint-Esprit fut consulté en septembre, l'évêque se montra très favorable, d'autant plus que la ville souffrait de distributions d'aumônes moyenâgeuses qui y attiraient un grand nombre de gueux, et au mois d'août 1668, des lettres patentes furent obtenues (3).

Le préambule indiquait très clairement le but des hôpitaux généraux :

« Comme il est du devoir de la charité chrétienne de pourveoir aux nécessités des pauvres, il est aussy de la police civille de faire en sorte que personne ne demeure inutile, l'oisiveté étant la source de la pauvreté et ouvrant la porte à toutes sortes de désordres, c'est pour cela qu'ayant reconnu qu'il n'y avoit point de meilleur remède pour l'un et pour l'autre que l'établissement des hôpitaux généraux dans lesquels on renfermerait tous les mendians et vagabons pour avoir plus de moyen pour les instruire dans les mislères et les devoirs de la religion catholique et leur faire apprendre un métier. »

La mendicité était interdite à Autun, défense de recevoir l'aumône; défense de la faire sous peine de 20 livres d'amende « nonobstant tous motifs de compassion, nécessité pressante ou autre prétexte que ce soit » ; défense aux propriétaires, locataires, etc., de loger ou retenir des pauvres : ceux-ci devaient se retirer à l'hôpital ou vivre des subventions que leur distribuait le bureau, qui jouissait des pouvoirs de correction les plus étendus. Aux administrateurs, il était permis de dresser dans l'hôpital « des poteaux, carcans et prisons » et d'user du fouet. En cas de crime, ils devaient remettre les coupables au juge ordinaire. Les portes de la ville, surveillées par un ou deux ce archers de la Vierge », portant une casaque avec une croix et munis d'une épée et d'une hallebarde, ne laissaient plus passer les pauvres étrangers.

(1) Mêmes références.

(2) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12105, approbation du roi, avril 1070, enreg. le 2 mai. Garnier, Annuaire 1898,

(3) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12108, f3 368 r° à 374 r°. Enregistrées le 22 juin 1671. Adde de Charmasse, Notice, p. 263 ; Courtépée, t. II, p. 524.

Les revenus devaient être fournis par les aumônes et fondations distribuées par les maisons religieuses (1), par ceux des hôpitaux et léproseries situés à deux lieues aux environs de la ville d'Autun, par les cotisations des habitants, des taxes sur les gens de métier et sur les marchands ouvrant boutique, etc. Pour récompenser l'évêque Gabriel de Roquette (2) de l'aide qu'il avait donnée à celte nouvelle maison, l'on donna à cet hôpital de vagabonds et mendiants le nom de Saint-Gabriel.

Il faut croire que les privilèges dont jouissait l'hôpital général d'Autun attirèrent l'attention de la ville de Dijon qui, possédant déjà presque la chose (3), voulut aussi avoir le titre officiel (4).

En l'année 1669, la ville avait demandé au roi qu'il lui plût d'ordonner « que tous les pauvres mendians de la dicte ville de Dijon, faubourg et banlieue d'icelle seroient renfermés en un lieu qui sera choisy ; qu'à cet effect, il sera nommé un président et deux conseillers dudit parlement, deux maistres des comptes, un trésorier de France et les vicomtes mayeur et eschevins qui seront changés de deux ans en deux ans pour la direction qui pourrait choisir des ecclésiastiques pour administrer les sacrements dans ledit hospital; que la maison sera appelée N. D. de la charité ; que les armes du roi seront mises sur la porte et qu'il sera fait deffense à toute personne de mendier sous peine du fouet, des galères ou du bannissement », les directeurs devaient avoir de larges pouvoirs de correction.

A la suite de cette supplique, le roi, le 27 mai 1669, chargea l'intendant Bouchu de convoquer une assemblée générale de tous les ordres, corps et communautés « pour estre ouys sur l'eslablissement de l'hospital général et aviser aux moyens pour la nourriture, entretien et subsistance des pauvres ». La convocation fut faite pour le samedi 22 juin.

Ce jour-là, après avoir pris l'opinion de tout le monde, on décida :

« Que sa majesté sera très humblement suppliée d'accorder l'establissement d'un hospital général en cetle ville au lieu du vieil hospital appelle Notre Dame de la charité et sous ce tiltre ».

(1) C'est ce qui amena, en 1608, la disparition de l'aumône de Saint-Léger. De Charmasse, Mém. de la Soc. éduenne, t. XVII, p. 404, et plus haut, p. 790, note 8.

(2) L'évêque avait eu soin de faire décréter qu'il conserverait la direction; que l'hôpital serait indépendant du grand aumônier de France et qu' « aucune communauté religieuse » ne serait admise au gouvernement spirituel de cet hôpital.

(3) La ville avait déjà obtenu, le 27 mai 1G67, la réunion définitive des biens de l'hôpital Notre-Dame, de la Magdeleine, de la Chapelotte et de Saint-Jacques à ceux du grand hôpital. Cependant, tout n'alla pas sans difficultés ; c'est seulement le 8 août 1677 que le recteur de l'hôpital Notre-Dame et les délégués de la Chambre des pauvres tombèrent d'accord, moyennant 70 livres payées par le recteur. Le grand hôpital devait avoir trois lits pour recevoir les malades qui auraient pu auparavant invoquer l'aide de l'hôpital Notre- Dame. Arch. hosp., liasse 18, cote 8.

(4) Les inventaires des archives hospitalières et de la ville nous montrent que dans le classement l'on a employé le mot d' « hôpital général » sans se rendre compte de sa signification technique d'hôpital de mendiants.

Pour parvenir à la subsistance des pauvres renfermés, nourris et instruits, l'on priait le roi d'accorder un octroi du vin à raison de six livres par queue qui entrera et sortira par cette ville « autre néantmoins que du vin des habitants et de la part de leurs vignerons ». On lui demande aussi de rétablir, après le paiement de sa dette, l'ancien oclroi des farines sur la boulangerie et pannerie, l'octroi « du sel sans rien paier » au profit de l'hôpital, pour sa consommation, et enfin la réunion des hôpitaux du ressort du Parlement, abandonnés par leurs fondateurs (1).

Cette demande fut en partie accordée (2).

Quelques années après, en 1675, à Auxerre, un hôpital général était également installé (3) ; enfin, sur l'initiative de l'évêque de Chalon, Henry-Félix de Tassy, et grâce aux dons de Mrae de Thésut de Laus et au dévouement du P. Gallo, de l'Oratoire, un hôpital général, dit de Saint-Louis, fut reconnu à Chalon par des lettres patentes du roi, de l'année 1682 (4), confirmées en mai 1692 (5). Cet hôpital général suscita de violentes oppositions de la ville, qui ne voulut pas le confondre avec l'hôpital Saint-Laurent, il n'était accessible qu'aux habitants ayant une résidence de sept ans et il ne fut permis d'établir aucun impôt sur les habitants pour sa fondation.

En 1685, des lettres patentes du mois d'octobre établirent aussi un hôpital général à Màcon (6). En 1695 à Bourg-en-Bresse (7), et en 1699 à Pont-de-Vaux (8) le roi en autorise deux autres.

Ici s'arrête la liste des hôpitaux généraux de mendiants du dix-septième siècle (9). Les autres hôpitaux dont nous parlerons sont des hôpitaux simples. Il s'en fonde un presque chaque année à la fin du siècle. Les exposés des motifs de ces établissements soni quelquefois instructifs, par exemple celui de Moutier-Saint-Jean.

En 1681, au mois de février, l'abbé de ce lieu, Claude-Charles de Bochechouart de Chandenier a fait remontrer au roi « qu'ayant reconnu les grandes misères et souffrances

(1) Arch. mun., B. 308, f° 3 r» et v°. Nous devons l'indication de ce document à M. Oursel. M. Garnier n'avait point remarqué cette date exacte de l'hôpital général et se sert du mot sans aucune précision dans les inventaires de l'hôpital.

(2) La preuve en est que la Chambre des pauvres, le 30 mars 1G70, prie le sieur avocat Burteur, qui se trouve à Paris, de se plaindre du retranchement du sel accordé à l'hôpital : « 11 pourra représenter, dit-elle, que ledit hôpital est général, qu'il y a cinq cents pauvres. » Bibl. de Dijon, man. 208, p. 109. On parle toujours de 1' « hôpital général de Dijon » en 1G87. Arch. hosp., cart. 1, p. 154.

(3) Bouvier, Bulletin de la Société des sciences de l'Yonne, 1889, p. 108 et suiv. Le texte des lettres patentes se trouve dans l'année 11)01, p. 17 et suiv.

(4) Batault, Notice sur les hôpitaux de Chalon, p. 276, 279 et suiv. Courtépée, p. 237. Cet hôpital porte aussi le nom d'Aumône générale.

(5) La confirmation de cet établissement en 1692. Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12112, fos 449 r°à 452 v°, enreg. le 13 juin. Reproduites par Batault, p. 286 à 295.

(6) Etat des hôpitaux de Bourgogne de 1775. Voir au paragraphe suivant.

(7) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12117, f° 9 r».

(8) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 11116, f»« 328 v» à 330 r». Elles ne furent enregistrées que le S juillet 1705.

(9) Une tentative faite à Langres en 1676 et en 1687 échoua. Aubert, Les hôpitaux de Langres, p. 81 et

des pauvres malades dudict Moutier Saint Jean et des villages dépendant de la mense abbatiale », il avait depuis vingt ans érigé une confrérie de la charité et fait venir deux filles de la charité de Saint-Lazare, mais voyant qu'elles ne pouvaient aller dans les domiciles des malades aussi promptement qu'il eût été nécessaire, et qu'elles étaient demandées en même temps dans plusieurs lieux et villages éloignés, enfin que les chemins étaient très mauvais, notamment en hiver, où les maladies sont plus fréquentes, il déclare vouloir établir un hôpital pour, recevoir tous les malades de Moutier et ceux qui dépendent de la mense abbatiale. Il lui donnait 10,000 livres et les meubles; Jeanne Vernot, veuve de Claude Angely, bourgeois de Moutier, abandonnait sa maison. Le consentement des habitants et de l'évèque de Laugres fut obtenu facilement, ainsi que celui du roi qui octroya l'autorisation « à charge pour les ecclésiastiques qui feront le service de dire à l'issue de chaque grand'messe le verset : Domine, salvum fac regem » (1).

L'année 1684 vit renaître l'hôpital de Nuits (2). L'orphelinat de Sainte-Anne d'Auxonne, plus stable déjà en 1087, fut consolidé en 1098, par un don qui permit de lui trouver une maison. A Seurre, un arrêt du conseil de 1604, relevant le fait que « les cavaliers et les soldats malades dans leurs routes et lors des camps sur la Saône y ont été parfaitement secourus », accorda une subvention à l'hôpital de la ville (3) rééilifié par le maire et les échevins au milieu du dix-septième siècle. En 1080, cette somme est fixée à 150 livres, mais comme l'hôpital établi dans la rue aux oies était peu salubre, on le rétablit sur remplacement d'un ancien bastion, au faubourg Saint- Georges, près de la Saône (4). Les hôpitaux Saint-Jacques de Charolles (5), ceux de Paray, que l'on relève en 1679, de Chàtillon-les-Dombes (6), et de Pouilly sont de la même période. Gex existe en 1660. Ces établissements de Nuits, Seurre, Châtillon-les- Dombes, Charolles, Paray et Pouilly ne sont pas encore patentés. Ceux dont nous allons donner l'énumération jouissent par contre déjà de ce privilège.

D'abord l'hôtel-Dieu de Cluny qui est de l'année 1674 (7).

En 1689, les habitants de Louhans, en Bourgogne, remontrent que leur hôpital, en

(1) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12111, fos 148 r° à 149 v» (et non f° 158 comme le dit l'inventaire), enregistrées le 20 février 1683. On indique la date de 1G79. La terre de Saint-Jean comprenait dix-sept villages. Sur les arch. de cet hôpital, F. Claudon, Rapport au Conseil général, du 18 juillet 1912, p. 34.

(2) Courtépée, t. II, p. 366.

(3) Bizouard, Notice sur l'hospice d'Auxonne, p. 11. Il remontait à la triste année 1536, époque où quelques dames charitables (elles ne s'appelleront que plus tard dames de la charité) recueillirent les enfants abandonnés de la ville. Ibid., p. 2.

(4) Il ne fut patenté qu'en 1709. Mais le transfert fut homologué par le Parlement en 1689. Garnier Annuaire i898, p. 501.

(5) Le roi y approuve une communauté de sœurs. Il y a des hospitalières en 1693. Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12114, fos 246 v° à 247 r°, enregistrées le 25 mai 1699. Les sœurs étaient installées depuis 1686.

(6) Il avait été dévoré par un incendie en 1670 et fut rétabli par le duc d'Orléans. Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12124, f° 324 r°, mais ne fut patenté que plus tari.

(7) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12117.

forme d'hôtel-Dieu, établi depuis longtemps, est devenu incommode et trop petit. Ils demandent à l'établir hors de la ville. Le roi le leur permit en juillet 1689 (l).

La même année, en septembre, une requête de la municipalité de Saint-Trivier (2), diocèse de Lyon, ayant déploré la très grande pauvreté qui régnait chez le peuple — <c plusieurs sont morts sans secours corporels dans leur maladie » — on créa un hôpital sous le nom de la charité, afin de secourir les pauvres et recevoir les passants, «. loger, nourrir et médicamenter les pauvres malades et leur donner les assistances nécessaires tant au spirituel qu'au temporel ».

L'hôpital de Baugé-en-Bresse où l'hospitalisation avait cessé depuis longtemps « soit par la mauvaise administration du recteur d'icelluy ou par le malheur des guerres, lorsque le pays de Bresse a été réduit à l'obéissance du roi (3), est entièrement tombé en ruines, mais la disette et les maladies ayant excité la piété et la charité des habitants, ils l'ont entièrement rétabli à neuf pour fournir l'hospitalité aux pauvres dudit Baugé et des lieux circonvoisins qui y abondent de tous côtés, même des soldats passants » : le roi approuve cet hôpital par lettres d'octobre 1697 (4). Nommons enfin les hôpitaux d'Auxonne (5), de Bourg établi en 1693, de Tournus en 1696.

Cette masse imposante d'hôpitaux anciens, nouveaux ou ressuscites de la fin du dix. septième siècle, avait besoin de ressources nouvelles.

Un premier apport lui fut fait par la réunion des biens légués aux pauvres de la religion réformée (6), en 1683. Louis XIV y ajouta les fonds qui avaient appartenu aux consistoires protestants (7).

Une mesure plus efficace ne tarda pas d'être prise.

En 1672, Louvois voulant trouver des fonds pour la noblesse du royaume et les officiers et soldats qui avaient bien servi le roi, avait uni à Notre-Dame du Monl-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem, dont il était vicaire général, les maladières, léproseries et hôpitaux, où l'hospitalité n'aurait pas été ci-devant gardée suivant les conditions de la fondation (8).

L'exécution de cette décision permit au Mont-Carmel de revendiquer les biens de

(1) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12112, f°* 171 v° et 172 r°, enregistrées le 5 janvier 1690.

(2) Ibid., P»216 v° et 217 r«.

(3) On rappelle que par lettres de novembre 1601, enregistrées à Dijon en 1604, au mois d'août, le roi Henri IV a confirmé les habitants dans leurs privilèges.

(4) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12114, P>» 113 r»à 114 r», enregistrées le 18 janvier 1698.

(5) Il avait été rebâti en 1624.

(6) 1683. Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12111, fos 149 r° à 150 v», lettres enregistrées le 4 mars. Voir aussi, ibid., B. 83.

(7) L'hôpital d'Arnay-le-Duc en fut gratifié en 1690.

(8) Lallemand, Hist. de la Charité, t. IV, lr« partie, p. 129 et note. Cet édit correspond à l'abolition des pèlerinages car plusieurs soi-disant pèlerins « passent le cours de leur pèlerinage en une débauche continuelle ». La plupart des malfaiteurs prennent ce titre. Voir aussi de Charmasse, Notice, p. 225, et plus haut, p. 616 et

l'ordre du Saint-Esprit de Dijon (1). Une multitude de procès s'engagèrent partout; les élus protestèrent (2) ; Dijon résista. Toutefois les biens des commanderies de Tonnerre, Fouvent ei Saint-Pourcin furent enlevés par les chevaliers de Saint-Lazare, dont les cent quarante commanderies, divisées en deux classes, étaient réparties en cinq grands prieurés : la Bourgogne formait l'un d'entre eux (3).

Les années désastreuses pour la moisson qui suivirent la mort de Louvois et les charges qui en résultèrent pour les hôpitaux, grands et petits ; les réclamations très vives de ceux qui prétendaient que l'édit de 1672, faisait servir à l'entretien d'officiers mariés et à des dépenses de guerre l'argent des pauvres et était contraire aux intentions des fondateurs, modifièrent la volonté royale (4). Un nouvel édit, de mars 1 693, désunit de l'ordre du Mont-Carmel etde Saint-Lazare les maladières, hôpitaux et autres lieux pieux.

L'ordre du Saint-Esprit, qu'un arrêt du Conseii venait de déclarer purement régulier et hospitalier (5), ne profita pas de cette réunion. Ses biens ne quittèrent les mains des chevaliers de Saint-Lazare que pour passer dans celles des administrateurs de l'hôpital général de Dijon.

L'opération de 1693 produisit des résultats considérables et augmenta dans une large mesure les revenus des hôpitaux. Une simple et sèche énumération suffira pour le prouver.

Le grand hôpital de Dijon se vit adjoindre les biens des petits hôpitaux de la Chapelotte, de Notre-Dame, de la Maladière, des hôpitaux de Beaumont, d'is-sur- Tille, du Val-Suzon et d'Arceau (6). Le 17 février, les biens « de la maladière de la ville et chapelle et dépendances et des hôpitaux ou maladeries de Pommard, près Beaune, et de Nolay » vont à « l'hospital des pauvres malades de la ville de Beaune » (7). L'hôpital de Chalon. le 25 du mois de mai de la même année, vit ses revenus grossis des « biens et revenus de l'hospital Saint-Eloy, de Sainte-Magdelaine de Rully et de la maison-Dieu de Givry (8) ; celui de Tournus à la même date s'accrut des

(1) La chevalerie avait été abolie et Henii de la Certe s'était vu interdire le titre de grand maitre par les arrêts de 1689 et 1690.

(2) Arch. dép. Côte-d'Or, C. 3687 (1674). Voir aussi aux Arch. hospitalières, liasse 18, cote 9, le procès entre l'hôpital Notre-Dame de Dijon et Saint-Lazare. Pour Langées, Aubert, Les hôpitaux de Langres, p. 92 et suiv. L'hôpital Saint-Laurent à partir de la fondation de l'hôpital de la Charité devient surtout un hôpital de soldats, ibid., p. 95.

(3) Les autres étaient Normandie, Bretagne, Flandre, Languedoc.

(4) Lallemand, t. IV-1, p. 131, note 65.

(5> Arrêt du 10 mars 1700. Arch. mun., B. 371, p. 167.

(6) Arch, dép. Côte-d'Or, B. 12113, f°s 214 v° à 215 v°, enregistrées le 14 février 1696. Bibl. de Dijon, A. F. 4562, II, 172.Beproduit dans les Edite, déclarations, lettres patentes imprimées àDijon de 166G à il35,t. II, p. 429. U y avait eu déjà une union provisoire de l'hôpital du Val Suzon prononcée en 1640, de celui de Saint- Jacques du 20 novembre 1644, de celui de Brochon en 1653. Bibl. mun., A. F. 372, p. 265-268.

(7) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12114, f° 30 r° et v<>, enregistrées le 28 février 1697. Bibl. de Dijon, A. F. 456*. II, 18?. Arch. hosp., liasse 30, cote 4. Courtépée, t. II, p. 338.

(8) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12114, fos 35 v° et 36 v°. Le mandement est de décembre, l'enregistrement le 27 arvil 1697.

fonds des hospitaux de Cuisery, Barges, Mervant, Saint-Gengoux et Bussy, et des maladreries de Planteguilte et Sentilly (1). A l'hôpital de Vitteaux iront les dépouilles de la maladrerie de la ville, de la maison-Dieu de Saffres et de l'hôpital ou maladrerie de Villy (2). »

Semur prendra les appartenances de la maladière de Saint-Lazare (3). La maladière de la ville et la chapelle de la Madeleine de Nuits iront à l'hôpital de Nuits (4). On y ajoutera, en 1702, les biens et revenus des chapelles hospitalières de Premeaux, de la Magdeleine d'Argilly, et de Saint-Denys de Neuilly. L'hôpital d'Avallon reçut les maladières d'Avallon, de Saint-Barthélémy, de Montréal et de Pontaubert (5).

Dans le diocèse de Langres, Fouvent, d'abord réuni à Chaumont, fut rendu à la maison du Saint-Esprit par arrêt du conseil privé du roi, du 30 mai 1699 (6).

L'énumération est longue, car l'opération fut complète.

L'hôpital d'Arc-en-Barois profita de la maison-Dieu de Messey et de la maladière de Bar-sur-Seine en vertu de l'arrêt du 11 mai 1697 (7). A l'hôpital Saint-Pierre de Châtillon et à la chambre de charité de la même ville, l'on adjugea « les biens et revenus de la maladrerie de la dite ville, de la maison-Dieu du dit Châtillon, située en la rue deChaumont, et des maladreries de Montbard et Ville-Château» (Vieux-Chàteau)(8). L'hôpital de Pouilly-en-Auxois jouit des revenus de la maladière du lieu (9).

Quelques modifications furent apportées pour Arceau à la suite d'un arrêt de 1697 et de l'opposition du curé et du seigneur, l'union n'eut pas lieu et fut révoquée (10) ; par contre, en 1699, le 8 mai, un arrêt du Conseil d'Etat, suivi de lettres patentes du roi, porta l'union à Dijon de l'hôpital d'Orville (11).

(1) Ibid., f°s 36 V à 37 v°, enregistrées le 7 mai 1697. Bibl. de Dijon, A. F. 4562, II, 184. Courtépée, t. III, p. 235.

(2) Ibid., fos 74 v° à 76 v°, enregistrées le 5 août 1697. La dame Robelin, veuve de Denis Languet, seigneur de Rochefort et baronne de Satires, patronne de l'hôpital, fixe les droits qui lui resteront. Il y aura à l'hôpital deux lits qui porteront les armoiries du seigneur de Satires, etc.

(3) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12114, fl» 14 r° à 15 v°, octobre 1696. Bibl. de Dijon, A. F. 456-, enregistrées le 11 janvier 1697.

(4) Arrêt du 10 septembre 1695. A Vézelay, on unit les maladières de Vézelay, Vauprevoir et Armes et l'hôpital ou maladière de Saint-Père. Luzy eut aussi sa maladière.

(5) Etat, p. 30. Mais le 20 novembre 1699, les pères de la doctrine chrétienne d'Avallon avaient été réintégrés dans la possession de la maladière de la ville. Bibl. mun. Dijon, A. F. 4563, II, 212. Sur les unions d'Auxerre, d'Appoigny, Coulanges-la-Vineuse, Toucy (voir l'Etat imprimé).

(6) Note manuscrite de la p. 85 de VEtat imprimé cité plus loin.

(7) Arch, dép. Côte-d'Or, B. 12114, f° 123 v° et 124 r°, lettres du commencement de décembre, enregistrées le mars 1G98.

(8) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12114, f<« 135 r» et 136 r°, décembre 1697 enreg., le 30 avril 1698. Pour l'hôpital de Suzy uni à Langres, Hubert, p. 66.

(9) Ibid., f° 154 r° et v°, décembre 1696, enregistrées le H juillet 1698. Bibl. mun. Dijon, A. F. 4563, II, 199. On trouvera une partie de ces renseignements dans YElat général des unions faites des biens et revenus des maladreries, léproseries, aumôneries et autres lieux pieux aux hôpitaux des pauvres malades, Paris, Thierry, 1705 (un exemplaire se trouve aux arch. hosp. de Dijon).

(10) Arch. hosp., liasse 30, cote 5.

(11) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12115, f» 8. Arch. hosp., liasse 30, cote 6. Sur l'hôpital d'Orville, en 1659. Arch. dép. Côte-d'Or, H. 117, 1253 bis.

En 1700, l'hôpital de Nuits, qu'on venait de confirmer (I), se vit unir les maladières de Nuits, Argilly, l'hôpital de Premeaux et de Meuilley (2). L'on trouvera quelques autres réunions au dix-huitième siècle, mais elles n'eurent ni l'importance, ni rétendue, ni les effets de la grande opération de 1093

Le résultat de toutes ces unions, ce fut de donner aux hôpitaux, même locaux, un rayon plus étendu, car ils durent secourir les misères des lieux dont ils avaient absorbé le petit hôpital ou la chapelle. L'assistance, répandue dans une large banlieue, commence donc dans une certaine mesure à remplacer l'assistance purement locale et c'est un pas très considérable vers notre notion d'assistance publique.

Telles sont les grandes modifications extérieures : sous l'influence des particuliers, des confréries, des congrégations, de l'esprit général de l'époque, une grande organisation administrative royale se monte en faveur des hôpitaux. Elle se traduit par ces unions et par une réglementation plus uniforme.

Au point de vue intérieur, nous pouvons dire qu'au dix-septième siècle, presque partout, se solidifie la distinction nette de l'administration et du soin des malades. Aux laïques l'administration, aux religieux le soin des malades. Cette distinction est devenue nécessaire depuis que les taxes pour les pauvres sont rendues permanentes, et elle se justifie d'ailleurs par le peu d'aptitude de beaucoup de petites congrégations, surtout de femmes, à l'administration proprement dite. L'administration des laïques tend à se subordonner au contrôle du pouvoir central qui voudrait faire entrer dans le bureau de charité le subdélégué de l'intendant pour surveiller les administrateurs (3).

Les ecclésiastiques, pour autant, ne se mettent pas à l'écart. Le 9 janvier 1044, un mandement de Sébasùen Zamet, évoque de Langres, engageait les curés à « exhorter prudemment et avec discrétion » les malades de leurs paroisses « de ne point sortir de ce monde sans y laisser des marques de leur bienveillance et de leurs charités envers les nécessiteux » (4).

C'est d'autant plus nécessaire que les anciennes quêtes ne se font plus (5). Elles sont remplacées par des taxes qui sont devenues « un revenu ordinaire et certain de casuel qu'il estoit originairement » (0).

(1) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12115, f° 72.

(2) Ibid., f° 140. Pour la maladie re. il y avait eu déjà des lettres précédentes. Voir f° 29 v°.

(3) C'est la déclaration du 12 décembre 1698 qui ne fut pas observée comme le remarquera encore l'intendant Amelot au dix-huitième siècle. Annuaire, 1898, p. 477.

(4) Règlement, p. 81 et 82. L'évêque de Langres permet de manger du beurre et des œufs eu carême à ceux qui font une aumône aux pauvres de l'hôpital, le 3 mars 1658. Bibl. mun., A. F. 372, p. 294.

(5) Elles ne rapportaient plus que des sommes dérisoires : en 1603, 20 livres; en 1606, 2S livres pour la chasse de Dijon. Aussi par délibération du 22 janvier 1616, il fut décidé qu'on n'amodierait plus la quête de l'hôpital. Bibl. mun. Dijon, A. F. 372, p. 290.

(6) Ibid , p. 439 et suiv.

Les privilèges des pauvres se multiplient (1). On octroie aux hôpitaux des exemptions pour le sel (2), pour le bois (3), la boucherie (4), une Chambre de carême (5).

Un arrêt de 1649 leur a en outre donné, à Dijon, le monopole important de fournir des tentures de deuil aux églises et aux maisons des personnes décédées (6). Ils prélèvent aussi un droit sur le produit des représentations (7).

Le roi paie une pension pour certains orphelins ; en revenant de la conquête de Franche-Comté, en 1668, a il cédé à l'hôpital de Dijon les meubles et ustensiles des hôpitaux de l'armée (8).

Enfin, les pauvres bénéficient d'une administration intérieure plus parcimonieuse et plus régulière. Tous les revenus de l'hôpital sont touchés par un receveur général qui ne fait la dépense que sur les ordonnances et mandements de la chambre. Il est aidé par un receveur particulier des deniers casuels et extraordinaires ainsi que par un receveur particulier des cens emphytéoliques et rentes foncières. Ces deux emplois sont récents et créés au dix-septième siècle. L'hôpital ne craint pas la famine, il a un dépôt de grains depuis 1668, et une provision de farine de trois mois d'avance (9).

Certains autres avantages peuvent être signalés : les avocats conseils gratuits des pauvres avaient disparu avec le retrait « d'ors la chambre des pauvres » des députés de Saint-Yves, l'on en rétablit un en 4622 a sans prétention de séance ni voix délibérative » (10). Ces avocats s'engagent à intruire gratuitement les affaires des pauvres et à « plaider, escrire et consulter pour les pauvres en toutes leurs affaires et procès» (11). Un procureur des pauvres, à gages celui-là, s'occupe de « présenter et d'occuper en toutes les causes des pauvres de l'hôpital ». Un notaire gratuit reçoit tous les contrats

(1) Toutefois, en 1685, nous voyons qu'on défend aux juges de condamner à des aumônes au lieu d'amendes hors les cas prévus par les lettres du 21 janvier 1685. Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12111, f° 263 r° et v°.

(2) On ne paie le sel que le prix marchand. Le franc salé est accordé à Beaune : Arch. Côte-d'Or, B. 12101 f» 213 r° et B. 12102, f» 114, à Dijon, au Saint-Esprit, Bibl. mun., A. F. 4562, I, 547, 585 ; II, 399, à Samte- Anne, Bibl. mun., A. F., 4562, I, 613; II, 399, 400; pour six minots à Chalon-sur-Saône, Arch. dép. Côted'Or, B. 12099, f° 207 ; à Autun, pour huit minots ; don confirmé en 1672.

(3) Le Saint-Esprit peut prendre huit arpents de bois taillés dans la forêt de Mantuan, près Vergy, pour le chauffage de l'hopita1.

(4) Etablissement d'une boucherie à l'hôpital de Dijon. Bibl. mun. Dijon, A. F. 4562. 1. 1, 756 (15 fév. 1669). (ô) Cette Chambre de carême permet de vendre ou faire vendre de la viande et de la volaille en carême.

Fonds Saverot, n° 2, t. IV, f° 811. Lundi 28 juin 1621. Il est enjoint aux maires et échevins de tenir la main à l'exécution de ladite décision. Ibïd., t. IV, f0' 849-850. Jeudi lu février 1622.

(6) Bibl. mun., A. F. 372, p. 273.

(7) 1665, 1667, 1694, voir le paragraphe suivant. Ils perçoivent également le quart des amendes et confiscations prononcées pour contraventions au règlement de 1669, concernant les manufactures de laine et de fil en Ja ville de Dijon. Ibid.

(8) Bibl. mun. Dijon, A. F. 372, p. 292.

(9) Bibl. mun. Dijon, A. F. 372, p. 8.

(10) On semble, d'après l'exemple donné par le règlement, p. 82 et 83, avoir suivi un modèle toulousain. Voir aussi Bibl. mun. Dijon, A. F. 272, p. 435.

(11) Bègl. p. 88. Bibl. mun. Dijon, A. F. 372, p. 455. Il existe depuis le seizième siècle.

de l'hôpital et en fait « gratuitement toutes les susdites expéditions, registrement et copies » (1).

Il y a également des progrès notables dans la direction médicale intérieure.

Le règlement imprimé de l'hôpital de Dijon de 1649 permet à ce sujet bien des constatations : le soin des malades est confié à des médecins qui n'en feront pas des sujets d' « expériences » (2) ; ils doivent venir au moins tous les deux jours, ordonner les remèdes nécessaires, prendre garde à ce que les sœurs exécutent « ponctuellement les ordonnances, soit en la composition des médicaments, soit en la distribution, observant le temps et les heures prescrites » (8). L'hôpital a une « apothicairerie » tenue par les sœurs, et où deux maîtres apothicaires vont trois fois par semaine pour instruire celles-ci. Ces maîtres jurés apothicaires visitent une fois par an les médicaments et font dresser l'inventaire du contenu de la boutique (4). Les chirurgiens touchent de légers gages, ils doivent tous les jours visiter l'hôpital, et en dehors de l'hôpital « soigner et médicamenter de leur art tous pauvres honteux et autres qui n'ont moyen de les payer de leurs peines » (5).

Les nourrices sont mieux surveillées (6); en 1668, le président de Souvert profite de l'agrandissement de la salle des malades pour y faire placer « des lits dans lesquels les malades seraient à i'avenir couchés séparément au lieu que jusqu'à ce moment ils avaient toujours couché deux dans le même lit ».

Enfin, n'oublions pas que l'on cherche à faire servir l'hôpital à la création de ces écoles professionnelles dont on parle déjà beaucoup au dix-septième siècle (7).

Il y a une manufacture de draps à l'hôpital Sainte-Anne ; la ville la prend sous sa protection (8) et les devoirs de celui qui dirige les manufactures de l'hôpital sont spécialement prévus par le règlement, de 1649 (9). Tout cela sans succès : une délibération du 17 novembre 1680 fait connaître que cette manufacture était tombée depuis plusieurs années (10).

(1) Règl. p. 92, 93. Bibl. mun. Dijon, A. F. 372, p. 453. Le secrétaire de la Chambre est aussi gratuit. Ibid., p. 459. Pour les sergents de la Chambre, ibid., p. 463. Depuis 1GG0, ils sont à la charge de l'hôpital: en partie seulement depuis 1675. Ibid., p. 466 et 467.

(2) Règlement, p. 58.

(3) Les médecins reçoivent, en 1662, des gages de 50 livres portés, en 1709, à 100 livres. Bibl. mun. Dijon, A. F., 472, p. 229.

(4) Ibid., p. 243.

(5) Ibid., p. 237. On leur donne, en 1649, ?,Q livres.

(6) Les filles-mères peuvent se retirer à l'hôpital pour nourrir leur enfant, à la condition d'en nourrir aussi un autre. Voir Arch. mun. Dijon, I, 110, une décision qui oblige une fille-mère qui voulait abandonner son enfant à le nourrir à l'hôpital.

(7) Voir Veuclin : Tentatives faites aux dix-septième et dix-huitième siècles pour établir des écoles professionnelles (Bulletin dit, Comité des trav. hist., Congrès, 1897, p. 417). Il cite un grand nombre d'écoles, parmi lesquelles celles d'Auxerre.

(8) Arch. mun., R. 272.

(9) Règl. p. 87.

(10) Bibl. mun. Dijon, man. A. F. 572, p. 182.

La charité du dix-septième siècle a donc fait des prodiges et réparé une partie des ruines accumulées aux époques précédentes. Grâce aux efforts des particuliers, combinés avec ceux de l'autorité royale, beaucoup d'hôpitaux sont relevés, dotés, munis d'une direction; on en a exclu les faux infirmes et les pensionnaires (1). Des ordres sérieux s'occupent des malades. A l'intérieur des principales villes et des localités les plus importantes, de petits groupes de dames pieuses, et des confréries (2), secondent ou remplacent les quelques charités, bureaux de charité, chambres des pauvres, maisons de charité, ou aumônes que nous voyons apparaître çà et là (3). Mais cette assistance est encore, peut-on dire, à l'état d'échantillon; il lui manque d'être répandue uniformément et surtout dans les campagnes. Et puis, la lutte entreprise par les hôpitaux généraux contre le vagabondage et la mendicité ne donne point de résultats. Ne conviendrait-il pas de chercher autre chose?

L'on ne peut s'empêcher non plus de remarquer que la lutte contre le protestantisme a rendu le sentiment religieux inquiet et inquisiteur. La charité devient souvent subordonnée à une pratique de piété : une fondation autunoise conditionne l'aumône à une communion (4). A Dijon, pour toucher quelque chose, le pauvre devra venir au sermon de Bénigne Joly ; on oblige le malade, dès son arrivée à l'hôpital, à se confesser « sous peine de le priver des secours du médecin et du chirurgien » ; les expositions du Saint-Sacrement dans les salles de l'hôpital se multiplient; les vieux sont tenus d'assister au catéchisme. Ces exigences, qui ne se développent qu'à la fin du dixseptième siècle, et surtout au début du dix-huitième siècle, et dont les persécutions, dirigées alors contre le protestantisme (5), donnent la clef, discréditent la piété en la rendant vexatoire. Elles expliquent en partie la réaction de la fin du siècle suivant. Le goût de l'uniformité a conduit à une sorte de caporalisme. Tous les hommes et femmes vivant en communauté à l'hôpital portent des bonnets ou coiffures rouges, « ce qui permet de

(1) Délibér. du 13 février 1661. Bibl. mun. Dijon, A. F. 372, p. 185.

(2) La confrérie fonctionne toujours à côté de l'hôpital et souvent le prépare comme au moyen âge. On le voit à Moutier-Saint-Jean, voir plus haut, p. 913 ; à Langres, Aubert, p. 80. En 1663, il y a une confrérie à Bourbon- Lancy. Sur ces confréries, Arch. dép. de la Côte-d'Or, inventaire manuscrit de la série E., nos 3191-

(3) En 1626, il existe une charité à Chasse, près Màcon (Courtépée, IV, p. 457) ; à Avallon (Blin, Bulletin iVAvallon, 1905, p. 162). En 1633, charité de Chàtillon-les-Dombes ; en 1668, charité de Verdun ; en 1683, charité de Fontaine-Française ; des dames de chanté et une chambre se trouvent à Nantua, Auxonne, Dijon, Beaune, Autun et dans beaucoup d'endroits ; une maison de charité à Cluny, en 1675 ; à Bourg-de-Couches, à Ternant. Courtépée, t. II, p. 402. Citons aussi les aumônes de Cravet (1648), de la miséricorde, à Chalon (1640) ; de Bar-sur-Seine (1643 et 1665), de Fougerette (1676), de Senecé et Seignelay (1690), de la Clayette (IG96), de Varenne-sous-Dun (1696), de Senozan (1694), etc. Nous prenons la plupart de ces indications dans l'Etat manuscrit dressé au dix-huitième siècle par l'intendant Amelot, dont nous parlerons au paragraphe suivant.

(4) Voir au paragraphe suivant.

(5) Bibl. mun., A. F. 372, p. 85. Et pourtant l'on doit recevoir à l'hôpital en principe « les malades étrangers de quelque religion et quelque pays qu'ils soient ». Beg. du 16 juin 1675 ; Bibl. Dijon, A. F. 372, p. 123. C'est donc que la peine indiquée vise les libertins ou les « nouveaux convertis », c'est-à-dire les protestants censés convertis après la révocation de l'édit de Nantes.

les reconnaître plus facilement s'ils vont en ville contre les règlements » (1). Dans les cérémonies, processions, obsèques, tous les pauvres y assistent vêtus de robes rouges (2). Cet usage ne fut conservé que pour les enfants « à bonnet rouge ».

De telles mesures s'expliquent par une sorte d'exagération du besoin d'ordre, d'unité, d'uniformité. En fuyant l'anarchie du seizième siècle, l'on est tombé dans l'excès contraire. Le pauvre et le vagabond ne devraient plus exister car un Etat bien policé n'admet pas les individus hors cadre ; à la personne et enfin à sa conscience on veut faire endosser l'uniforme.

§ 8. — L'assistance au dix-huitième siècle, l'aumône générale, les ateliers de charilè. Bilan général de l'assistance en Bourgogne à la fin de l'ancien régime.

Un aperçu sur l'évolution qui se poursuit, un coup d'œil d'ensemble sur la situation des hôpitaux et des établissements de charité bourguignons du dix-huitième siècle, et sur l'appréciation qu'on faisait alors de cette assistance : voilà les trois points qu'il est nécessaire de développer avant de clore ce long chapitre.

L'on rencontre dès le début du dix-huitième siècle toute une série de confirmations (3) ou de créations d'hôpitaux simples et d'hôpitaux généraux qui continue et achève le mouvement commencé au siècle précédent. Successivement les registres du Parlement nous donnent les noms des hôpitaux d'Auxonne, (4), Cuiseau (5), Paray (6), Chagny(7), Couches (8), Bourg (9), Marcigny-sur-Loire (10), Seurre (11), Is-sur-Tille (12),

(I) Reg. du 19 septembre 1666, 5 avril 167!, 13 novembre 1672, 4 juin 1673, 23 juin et 21 juillet 1675; 17 juillet et 30 octobre 1678 cités Bibl. mun. Dijon, A. F. 372, p. 98. Ces nombreuses décisions montrent la répugnance qu'on mettait à les observer et nous indiquent l'état de l'opinion publique.

(2)*Délib. du 20 juin et 5 septembre 1666. Ibid.

(3) Ou même de reconfirmations. C'est le cas de Pont-de-Vaux.

(4) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12115, f° 8 r° et v", janvier 1702, enreg. 30 avril 1703.

(5) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12116, f*>» 380 r° à 383 v» ; les lettres patentes sont de juillet 1705.

(6) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12117, f" 1 r<> et v (1705).

(7) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12117, f«s 2 v° et 3 r°, nov. 1705, enreg. décembre ; Courtépée, t. III, p. 327. Les administrateurs peuvent t poser poteau et carcan ». Ils ne le firent pas.

(8) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12117, f'u 196 r» et v», enreg. le 1er déc. 1707. On lui réunit l'aumône due par les jésuites d'Autun. Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12122, fus 253 v» à 254 v» ; arrêt du Conseil, 1721 ; lettres patentes. 1723, enreg. 14 juillet 1724.

(9) Ibid., f°s 281 v» à 282 v», mars 1708. enreg. le 13 juin 1708, reçut en 1750 la permission de recevoir des dons et legs. Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12130, f°s 274 r» à 275 v», octobre. Voir aussi B. 12133, f" 252 pour certaines cessions de cens avec le Chapitre Notre-Dame.

(10) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12118, f°s 85 r° à 86 v», févr. 1709, enreg. le il juillet.

(II) Ibid., fos 127 r° à 128 v», juin, enreg. le 5 déc. 1709.

(12) Arch dép. Côte-d'Or, C. 12119, f»7v à 8 v°, nov., enreg. 18 déc. 1711. Il avait été fondé le 4 avril. Arch. dép. Côte-d'Or, H. 117, 1253 bis. On lui réunit les biens du consistoire d'abord attribués au grand hôpital de Dijon. Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12123 ; 28 août, 7 déc. 1724. Il reçoit la permission d'acquérir deux petites maisons. Ibid., B. 12145, f° 80. Sur les archives hospitalières actuelles d'Is-sur-Tille : Claudon. Rapport au Conseil général du 18 juillet 1010, p. 33.

Pouilly-en-Auxois (1), Pont-de-Veyle (2), Montuel (3), Pont-de-Vaux (4), Châtillon-les- Dombes(5), Belley (6), Saint-Rambert (7), Charolles (8), Montbard(9), Vitteaux (10). Bourg- de -Mervans (11), Bourbon -Lancy (12), Noyers (13), Bourg-deSennecey (14-), Seurre (15;, Bagé (16), Lagnieux (17).

La concentration des ressources des petits hôpitaux, des monastères déchus, des fortifications déclassées, des missions périmées se poursuit également à leur avantage (18).

Cette liste des hôpitaux patentés du dix-huitième siècle ne comprend pas uniquement de récents hôpitaux comme l'hôpital de Couches établi depuis peu (1693) (19), d'anciens hôpitaux sollicitent aussi les patentes royales pour obtenir les faveurs attachées à ce genre d'établissements : en particulier la permission de recevoir des libé-

(1) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12122, f»s 153 r° à 154 r°, avril, enreg. 20 juin 1722.

(2) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12123, fos 134 r° à I4G v°. On nous donne les statuts de l'hôpital, approuvés pir l'archevêque de Lyon, le 18 juin 1718; enreg. le 22 mars 1725 (filles de Sainte-Marthe).

(3) Ibid., fos 231 v° à 233 r°, octobre, enreg. 28 nov. 1725. On permet à l'administrateur de faire certaines aliénations pour finir le bâtiment, en 1742. Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12128, i° 111.

(4) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12124, fus 278 r° à 281 r°, avril 1730, enreg. 14 juin 1731. On lui unit une maison de charité.

(5) Ibid., f"s 324 r° à 334 r°, mai 1731, enreg. 28 nov. 1731. Les lettres donnent les statuts de l'hôpital.

(6) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12125, P» 25 r° à 26 v>, enreg. 29 mars 1732.

(7) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12126, t°> 67 v° à 68 v°, mars, enreg. 5 juillet 1737.

(8) Ibid., P» 120 r<> à 122 v°, arrêt ord. l'enreg., août 1730, enreg. 2 déc. 1737. Courtépée, t. III, p. 16 et 17, ne place qu'à cette époque la date de l'hôpital général : elle est antérieure.

(9) Ibid., P>s 199 ro à 203 r°, ; délib. du 28 juin ; lettres patentes d'août, enreg. 3 déc. 1738. L'hôpital de Montbard porte le titre d'fiôpital Saint-Jacques. Sur ses arch. hospitalières actuelles : Claudon, Rapport au Conseil général de la Côte-d'Or, 1912, p. 33.

(10) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12127, f°<> 255 r° à 257 v°, 3 fév. 1734, enreg. 10 mars 1741. Courtépée, t. III, p. 530. Sur les arch. actuelles : Claudon, Rapport au Conseil général de la Côte-d'Or, 1912, p. 46.

(11) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12131, f°s 328 r» à 330 r°, déc. 1754, enreg. 13 fév. 1755. Encore inachevé à l'époque de Courtépée, t. III, p. 347. Voir pour la compétence, ibid., B. 12135, f° 40. Oublié par l'intendant dans son état de 1775.

(12) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12134, f»s 1C5 r» à 1G7 r", enreg. 11 avril 1763.

(13) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12135, fus 7 V à 18 r", enreg. 5 déc. 1764. (On y donne les statuts de l'hôpital). Courtépée, t. III, p. 519.

(14) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12139, fos 159 r» à 169 r», avril 1773, enreg. 16 janv. 1774. Courtépée, t. III, p. 338 (reg. du Saint- Sacrement). Il fut bâti en 1777. Courtépée, t. III, p. 338.

(15) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12142, f°s 35 v° à 38 v°, enreg. Ie' déc. 1779. Il n'y a qu'une salle pour les deux sexes, ce que l'archevêque de Besançon déclare indécent: il exige deux salles.

(16) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12144, f0* 5 v° à 8 v°, 11 juillet, enreg. 21 nov. 1782. L'hôpital, situé dans la basse-cour du château, depuis longtemps portait le nom de chapelle Notre-Dame.

(17) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12i44, f° 467 r° et V, mars 1784, enreg. 26 nov. 1784.

(18) C'est ainsi qu'on unira à l'hôpital de Nuits la chapellenie fondée par M. Midan, arch. dép. Côte-d'Or, B. 12129, f° 315 ; deux aumônes à Bourg-en-Bresse, B. 12117, f° 9r°; l'hôpital de Buffon à l'hôpital de Dijon, par acte reçu par Collet, notaire à Dijon, en octobre 1711. Bibl. mun., A. F. 372, p. 265. L'hôpital de Meursault sera remis à l'hôtel-Dieu de Beaune en 1759-1760. Arch. dép. Côte-d'Or. B. 12133, f° 147. Voir l'approbation du décret d'union: ibid., B. 12136, f° 155 v°. La même année 1759, l'hôpital de Dracy-Saint-Loup fut joint à l'hôpital d'Autun. De Charmasse, Notice sur les hôpitaux d'Autun, p. 258. Une partie des fortifications de Châtillon-sur-Seine est cédée à l'hôpital Saint-Pierre de cette ville. Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12139, f° 340. L'hôpital Saint-Gabriel d'Autun obtient la réunion des biens du monastère de Saint-Antoine à la suite de la suppression de celui-ci. Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12143, f° 270 v°.

(19) Ou Noyers, fondé en 1649, par Pierre de Selles, prêtre. Courtépée, t. III, p. 519.

ralités (1), l'exemption des prestations on services de guet, de garde, de fortification, de fermeture de ville, logement, aide, contribution des gens de guerre (2) et diverses autres charges. D'ailleurs tous les hôpitaux ne sont pas patentés (3), l'on n'accorde la patente à un hôpital que lorsqu'il a fait ses preuves et montré qu'il possède un capital suffisant et une installation convenable (4), et lorsque les autres autorisations nécessaires ont été obtenues (5). Quelques hôpitaux non patentés existent encore à la fin du dix-huitième siècle en Bourgogne (6).

La patente est donc un privilège envié surtout depuis la législation hostile aux biens de mainmorte des édits de 1661 et 1749. Beaucoup d'établissements hospitaliers tentèrent de l'obtenir. L'on ne se contenta pas de l'accorder aux anciens hôpitaux, les mêmes bénéfices furent concédés à certaines maisons de charité qui du coup obtinrent la situation des hôpitaux (7). En 1733, au mois de décembre, le roi confirme la maison de charité de Louhans (8). Puis suivent les confirmations de celles de Monlcenis (9), de Fays-Billot (10) , la création de celles de Villeaux (11), de Saint-Sern in- d a-Bois ( 1 2), de Pont-de-Veyle (13), de Fays-Billot (14), à nouveau, de Bayé (15), de Châtillon-les-Dombes (16), etc.

(1) A Pouilly, lorsqu'on réclame les lettres patentes, il est indiqué qu'on recevrait des libéralités en faveur de l'hôpital « s.y l'établissement en estoit assuré, et s'il nous plaisoit (c'est le roi qui parle) le mettre en état de recevoir et d'accepter les dons et legs et autres dispositions qui pourroient être faites ». L'hôpital de Saint- Rambert déclare qu'on lui conteste les dons que lui font les particuliers parce qu'il n'est pas patenté. C'est pour la même raison que Saint-Jean-de-Losne, en décembre 1749, demande la permission de recevoir des dons et legs. Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12130, fos 191 v° à 193 r", enreg. 25 février 17->0.

(2) Ces exemptions sont indiquées tout au long dans les lettres patentes. Voir, par exemple, celles de Couches. Bourg, Marcilly-sur-Loire, Seurre, Is-sur-Tille. Le Parlement enregistre généralement avec quelques réserves : par exemple, jusqu'à limite d'un certain chiffre de revenus, ou bien à charge que les legs à titre universel ne seront pas sujets à réduction et que les notaires ne seront pas responsables. Souvent, il est stipulé que l'hôpital ne dépendra pas du grand aumônier et restera sous la juridiction de l'évêque.

(3) Les hôpitaux bénéficient également des biens des condamnés pour duel: ils sont attribués à l'hôpital le plus proche du lieu du délit. Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12119. f"s 4 v° à 6 vn, 28 octobre 1711, enreg. 20 nov 1711. Ils sont exempts, comme d'ailleurs les biens des fabriques, fondations et confréries, des impôts du dixième, vingtième, etc.: Arch. dép. Côle-d'Or, B. 12119, f° 21 r° et v", 27 oct. 1711, enreg. 5 févr. 1712; Bibl. mun., A. F. 372, p. 271. Certains ont le privilège du franc salé. Voir plus haut, p. 918, note 2.

(4) L'on nous dira, pour l'hôpital de Marcigny-sur-Loire, qu'il « y a une grande maison bien haute, y aiant un grand verger, un beau pré, ladite maison bien meublée de tout ce qui est nécessaire au service d'un hôpital, beaucoup de lits pour les malades et une chapelle pour leur dire la messe ».

(5) Autoiisation des habitants du seigneur, consentement de l'évêque. Voir, par exemple, les lettres de fondation de l'hôpital de Marcigny-sur-Loire et celles d'Is-sur-Tille.

(6) Par exemple, l'hospice des incurables de Màcon en 1775.

(7) D'autres restèrent des orphelinats, comme à Louhans.

(8) Arch. dr'p. Côte-d'Or, B. 12125, f»s 146 r» à 147 v°, enreg. le 30 janv. 1734.

(9) Ibid., B 12126, f°* 117 v° à 120 r», févr., enreg. déc. 1737. Courtépée, t. III, p. 145.

(10) Ibid., i»= 210 r« à 215 v°, nov., enreg. 30 déc. 1738. La fondation était de 1726. Courtépée, II, p. 189> (il y a une maison d'école).

(11) Ibid., B. 12139, f°s 28i v» à 286 v°, juillet, enreg. le 26 juillet 1774.

(12) Ibid., B. 12141, f»s 188 v° à 189 v°, enreg. le 7 mai 1778.

(13) Ibid., B. 12142, fos 52 v» à 54 r°, enreg. 17 nov. 177S.

(14) Ibid., fos 81 r° à 82 r«, juillet 1779, enreg. 12 janv. 1780.

(15) Ibid., B. 12114, fos 5 v° à 8 v", enreg. 21 nov. 1782 (en même temps que les lettres de l'hôpital). Ce sont deux fondations de la duchesse de Chàtillon.

(16) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12145, f»s 444 v à 450 v», enreg. le 12 juillet 1787. On y détaille les statuts la société porte le nom de « Société charitable de Saint-Vincent de Paul ».

L'on alla plus loin et l'on se décida à patenter même de simples bureaux de charité. C'est ainsi que des lettres royaux du 15 juillet 1786, enregistrées le ^9 novembre ratifient l'établissement d'un bureau de charité dans la ville de Bourg (1).

C'étaient aussi de véritables bureaux de charité patentés que les aumônes générales approuvées dont nous parlerons bientôt.

Ces trois termes d'hôpital général ou simple, de maison de charité, de bureau de charité, nous semblent bien marquer trois degrés de l'assistance et en même temps trois types qui tendent à supplanter les organisations anciennes. Ils deviendront l'hôpital, le dispensaire, le bureau de bienfaisance de l'époque actuelle, et remplaceront les « donnes » du moyen âge, les hôpitaux généraux du dix-septième siècle et même les aumônes générales du début du dix-huitième siècle.

Ces transformations ne se produisirent que progressivement. L'hôpital général de mendiants de Louis XIV qui devait nourrir les invalides et corriger, par des travaux forcés, les vagabonds de leur paresse invétérée, se révéla de bonne heure insuffisant et trop peu rente. L'orf renonça à enfermer tous les pauvres ; l'on se contenta de leur faire de très larges distributions de vivres au moyen des aumônes générales ou des bureaux de charité. Pour eux l'hôpital eût été trop dur. Il était trop doux au contraire pour les paresseux et les incorrigibles : l'on installa a leur intention la maison de force et son régime sévère. Une fois que ces deux nouvelles institutions turent établies a ses côtés, l'hôpital général de mendiants du dix-septième siècle prit une signification nouvelle : celle d'hôpital régional. On l'opposa à l'hôpital simple qui resta un simple hôpital local (2).

De l'ancien hôpital général du dix-septième siècle sont donc sortis le grand hôpital régional (3), l'aumône générale et la maison de force ; celle-ci à son tour engendra ou

(1) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12145, fus 28G r° à '292 r°. Il est permis à co bureau de recevoir les dons et legs à la condition de se conformer aux règlements concernant les gens de main-morte.

(2) En 1730, l'hôpital de Pont-de-Vaux demande « que le titre d'hôpital général qui lui a été donné par le feu roy (en mai 1699, enreg. 17U5) ne puisse luy estre disputé parce qu'il n'auroit pas esté possible d'y accepter des seuls fonds qui luy sont affectés toutes les différentes œuvres que présente le titre d'hôpital général ny d'y renfermer les pauvres valides a quoy nous avons d'ailleurs suffisamment pourvu dans notre pays de Bresse par l'établissement d'un hôpital. » Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12124, f" 2T8 v°. C'est bitn sur la première acception que l'on insiste. Sept ans plus tard, l'hôpitai de Charolles demande le titre d'hôpital général parce qu'en vertu de ses lettres rie 1693, il ne peut recevoir que les malades de la ville ; avec ce titre, il pourra recevoir d'autres malades de la province et « les soldats en particulier ». On ne parle plus de mendiants à enfermer. C'est la deuxième signification qui remplace la première. Lallemand, t. IV (2), p. 272, a bien remarqué une transformation : « Insensiblement, dit-il, les hôpitaux généraux deviennent de simples asiles abritant des vieillards, des femmes, des orphelins et se refusent à admettre des vagabonds, des quémandeurs incorrigibles »: mais il n'aperçoit pas le caractère régional tiès étendu de ce nouvel hôpital général.

(3) Toutefois, pour Dijon, on donne la préférence aux malades de la ville et des faubourgs; les malades des villages voisins ne sont admis « qu'autant que les circonstances le peuvent permettre ». On accepte les étrangers, mais il est défendu aux maires et échevins des autres villes d'envoyer leurs malades à l'hôpital de Dijon. Il n'y a d'exception, depuis 1708, par suite des aumônes des Etats, que pour les malades de la pierre, fistule ou autres opéiations de chirurgie, et les malades de la rage. Dijon reçoit alors tous les malades de la province. Ils « ne sont confiés qu'aux meilleurs maîtres ». Bibl. mun., A. F. 372, p. 123, 124.

plutôt amena par contre-coup, la vogue d'une institution, également comprise dans l'hôpital général ancien : l'atelier de charité. De l'hôpital simple se distinguera également la maison de charité, sorte de dispensaire ou d'hôpital en formation, enfin de l'administration de l'hôpital simple se détachera celle du bureau de charité (I), qui va spécialement s'occuper des distributions et des « donnes » hors de l'hôpital et constituer un organisme très en faveur tout à la fin du dix-huitième siècle et dont les cahiers demanderont la généralisation.

Cette constitution des bureaux de charité distincts de tout hôpital proprement dit fut facilitée dans une large mesure par celle des chambres des pauvres anciennes et des bureaux d'aumônes générales qui s'installèrent au début du dix-huitième siècle dans les principales villes de la Bourgogne. Il est facile de présenter brièvement l'histoire de ces dernières.

Le mouvement tenté par la royauté en faveur des hôpitaux généraux ne commença véritablement à porter ses fruits que lorsque les missionnaires delà Compagnie de Jésus, les RR. PP. Chaurand, Guévarre et Dunod, investis de pouvoirs officiels et porteurs d'instructions royales, se mirent à parcourir la France (3) en s'efforçant de vulgariser les procédés pratiques qui permettaient l'installation de ces grands hôpitaux. En Bourgogne où l'on avait souffert très fort du grand hiver de 1709 (3), ce fut le P. Dunod qui vint (4). Le 2 août 1714, il prêcha une petite mission à la Sainte-Chapelle (5). L'idée dont s'inspirait Dunod était celle du P. Chaurand qui affirmait qu'il suffisait des aumônes de la charité et d'une légère taxe imposée aux riches pour nourrir les pauvres beaucoup moins nombreux qu'eux (b).

Ces idées présentées, par le P. Dunod, convainquirent les Dijonnais, et le 11 août, la Chambre du conseil delà ville, le 13 août, la Chambre des pauvres, reconnurent que

(1) La séparation fut très bien marquée dans les cahiers du clergé du bailliage d'Autun : « que dans les villes où il y a des hôpitaux établis pour la suppression de la mendicité, les administrateurs nonobstant le texte des lettres patentes qui porteroit que les pauvres ne pourroient être secourus que dans lesdites maisons, puissent... répandre au dehors les secours qu'il seroit sage d'accorder pour prévenir la mendicité. » Mém. de la Société éduenne, t. XIV, p. 132.

(2) L'ouvrage principal est celui de Paultre : De la répression de la mendicité et du vagabondage en France sous l'ancien régime, Paris, 181)7 (thèse). Voir aussi Bloch, p. 48.

(3) Sur cet hiver, Paultre, p. 13. On avait été amené à des règlements draconiens, par exemple celui du Parlement, du 2 mai 1760. Bibl. mun. de Dijon [8273].

(4) On pourrait croire le contraire en lisant l'exposé de Joly de Fleury qui attribue cette fondation au président Bouhier. Mais au moment où l'auteur écrit, les Jésuites étaient expulsés, ce qui explique son excessive disciétion à leur sujet. Au sujet de l'aumône générale, on pourra consulter aussi .1. Garnier : Les deux premiers hôtels de ville de Dijon (Mémoires de la Com. des antiq. de la Côte-d'Or, t. IX. p 76) et E. Bertucat: Les finances municipales de Dijon, Dijon, Nourry, 1010, p. 37G et 380.

(5) Avis ou public. Annonce d'une petite mission dans la Sainte Chapelle pour faire cesser la mendicité dans la ville de Dijon; placard, Bibl. mun. de Dijon [11410]. Ce placard a été reproduit par André Mary, dans sa brochure s. d., Les mendiants à Dijon, p. 10 et 11. Voir aussi, Arch. mun., B. 349.

(G) Il disait que partout il trouvait « suivant la supputation de saint Jean Chrysostome, trente riches ou médiocres contre un véritabh pauvre et qu'ainsi chacun donnant à raison d'un double seulement par jour, qui n'est qu'un écu par an, les trente médiocres feront 30 écus qui suffiront et au delà pour l'entretien de chaque pauvre. » Paultre, p. 233.

de tous les moyens proposés pour bannir de la ville la mendicité, « il n'y en avoit point de meilleur que ceux qui en avoient été mis en pratique en plusieurs villes du royaume par les soins du Révérend Père Dunodde la Compagnie de Jésus, dans tous lesquels lieux la mendicité avoit cessé entièrement et les pauvres y avoient été nourri avec beaucoup de facilité et peu de peine » (1). Le moyen adopté consistait clans « une aumône générale en distribution de pain pour la semaine, faite tous les dimanche*, suivant des rôles dressés par la municipalité de concert avec les curés et personnes charitables ». Le procédé n'était pas nouveau : nous l'avons maintes fois rencontré depuis le dix-septième siècle, mais d'un moyen extraordinaire que l'on n'employait jadis qu'exceptionnellement et pour peu de temps, l'on veut faire un remède permanent. Le règlement du P. Dunod était sévère. Il était défendu aux pauvres de mendier sous les plus dures peines ; les personnes de la ville ne devaient ni faire l'aumône ni loger des pauvres, étrangers et vapabonds, sous menace d'amende (2). Aux pauvres, étrangers et vagabonds chassés de la ville, les portiers interdisaient de rentrer. Tous les officiers, soldats, bourgeois, suppôts de la maréchaussée, devaient prêter main forte aux gardes de l'aumône chargés d'appliquer les règlements nouveaux; les prescriptions draconiennes, rencontrées dans le courant du seizième siècle, revivaient donc (3).

L'administration de cette aumône fut prise par la Chambre des pauvres à laquelle on adjoignit vingt-quatre notables bourgeois (4) auxquels on donna séance à la suite des échevins; puis le 28 août, deux curés de la ville complétèrent le bureau. Des rôles des pauvres furent établis de l'avis des curés de paroisse et, le dimanche, 16 août 1711, une distribution de 2,800 livres de pain fut faite au cloître des jacobins. Ce lieu fut abandonné ensuite sur le refus des Pères Jacobins et remplacé par une maison canoniale attenant à l'hôtel de ville, où l'on construisit plus tard la chapelle de Saint-Alexis (5). Le bureau de l'aumône générale se tenait le vendredi de chaque semaine, à 2 heures de relevée. Il comprenait, outre l'assemblée du bureau, un certain nombre de directeurs : directeurs généraux ou particuliers des quêtes, directeurs de passants ; plus tard on y vit aussi quatre directeurs des orphelins, deux directeurs pour les pauvres honteux, deux directeurs des prisons

(1) Arch. mun. E. 29. Le maire avait tenu plusieurs conférences. Voir aussi Bibl. mun., A. F. 375, p. 474 Il y eut une autre séance le 17 août. Le R. P. Dunod « fut invité et sa place lui fut assignée au bureau du secrétaire ». Le 11 septembre 1711, nous voyons que le P. Dunod fut remercié avec éloge par le président Bouhier. Le Père fut conduit dans une chaise à Dole par le voiturier François Séjournât aux frais de la ville. Arch. mun., E. 29.

(2) « Nulle famille de simple manœuvre ou de gens sans profession ne pourra s'établir à Dijon sans autorisation. » L'on n'assimile donc au pauvre que l'ouvrier sans profession et le simple tâcheron.

(3) Voir plus haut, p. 870 et ss., 875 et ss.

(1) « Ils furent mis au nombre des secrétaires du roi, des officiers de la monnaie, avocats, procureurs, notaires, marchands en gros et bourgeois les plus notables de la ville. » Bibl. mun., A. F. 375, p. 477.

(5) Le 14 juillet 1714, un don de 1,017 livres 7 sols fut fait par Bernard, bourgeois, et Françoise Bernard, sa sœur, pour la construction de cette chapelle. Arch. mun , E. 29. En attendant, la messe pour les pauvres se célébrait à l'église Saint-Michel.

et enfin deux directeurs du grenier des blés qui seraient achetés pour l'aumône générale. Les aumônes très abondantes dans les premiers temps, permirent de distribuer aux pauvres chargés d'enfants jusqu'à 10 à 12 livres de pain par semaine ; aux autres on donnait 5, 6 ou 7 livres. Elles expliquent pourquoi, en juin 1713, des lettres royaux (1) déclarent que cet établissement « a déjà produit tout l'effet que l'on pouvait désirer (2) tant parce que l'on ne voit plus de mendiants ni dans les rues, ni dans les églises de la ville, que parce que les pauvres eux-mêmes, sans incommoder le public, se trouvent en même temps secourus par l'aumône ordinaire qu'on leur donne, et occupés par le travail qu'on leur distribue suivant leur âge et leurs forces ». Sur ce travail varié nous n'avons guère d'indications. Tout ce que nous savons, c'est que l'œuvre tenta, sans grand succès, il est vrai, en 1719, d'établir une manufacture de fil pour occuper toutes les femmes auxquelles on donnait du pain. Ce fut l'âge d'or de l'aumône générale de Dijon.

Mais bientôt vinrent des temps plus sombres. Les directeurs des quêtes avaient été rendre visite aux maisons religieuses de la ville et aux Pères Chartreux, pour les prier de ne plus donner d'aumônes à leur porte (3). Des froissements s'en suivirent. La sévérité de la répression, d'autre part, exaspéra la population; les laquais, écoliers, artisans, rossèrent copieusement les gardes de l'aumône. La Cour, le 13 août 1715, menace les délinquants de poursuites extraordinaires, car les gardes sont à ce point maltraités « d'injures et de coups, avec tant de violence, que presque tous ont demandé leur congé ». Leurs remplaçants rencontrèrent le même accueil. Le 4 juillet 1714, la Cour intervient à nouveau, elle élève les amendes, déclare que le témoignage de deux gardes, confirmé dans sa répétition et confrontation, sera suffisant pour faire preuve du délit. Pendant quelque temps tout parut aller bien, mais le 17 février 1720, époque de grande misère, le Parlement ayant interdit les quêtes qui se faisaient, en dehors de l'aumône générale, à Notre-Dame, à Saint-Michel, à Saint-Nicolas et à Saint-Pierre, aigrit à nouveau les esprits. Les fabriciens de ces églises à coup de procès réclamèrent (4).

(1) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12119, f° 193 r° à 194 v°, enreg. 5 janv. 1714. Nous en avons de nombreuses copies: Bibl. mun. Dijon, A. F., man. 375, p. 485 et suiv. A. F. 4562 ; Arch. mun. E. 29 et B. 123.

(2) On indiquait aussi le soulagement que la nouvelle institution procurait à l'hôpital général de Dijon qui n'avait que très peu de fonds pour se maintenir. Le roi confirmait l'aumône générale, lui permettait d'acquérir des dons et legs, de vendre et échanger des immeubles, de faire des règlements, mais réservait aux juges ordinaires les ordonnances ou actes de justice criminelle ou de police. Enfin l'aumône avait les privilèges des établissements de pareille nature. La cour enregistra avec un correctif fixant que pour les legs et institution et aliénation d'immeubles, ilfaudrait communication des délibérations les concernant au procureur du roi et homologation de la cour.

(3) Les quêtes que faisaient aux principales fêtes de l'année des prisonniers conduits par des sergents de la mairie en faveur des pauvres de l'hôpital avaient été aussi abolies.

(4) Ceux de Notre-Dame, Saint-Nicolas et Saint-Michel déclarent que « l'aumône générale ne fut pas établie sur la ruine des charités particulières et si elle avait été proposée sur ce pied-là aux sieurs magistrats de la ville, ils ne l'auraient pas admis. » Arch. mun. E. 29.

L'animosité (1) s'accentua. Les curés cessèrent de prendre place au bureau, en 1723, pendant que la population plus nerveuse multipliait les affronts aux quêteurs de l'aumône (2) et que les recettes baissaient de plus en plus. Le Parlement éleva en vain le taux des amendes, et en vain multiplia les injonctions de respecter les gardes. Menaces inutiles : en 1732, les fonds allaient manquer, le premier président de Berbisey sauva la situation en consentant un prêt assez considérable. Les Etats s'empressèrent aussi de venir au secours de l'aumône générale, et de lui faire à chaque assemblée triennale un don de 500 livres. De guerre lasse l'on songea à restreindre la dépense, et pour réduire le nombre des assistés, un règlement du 25 février 1733 (3), décida la confection d'un nouveau rôle, et que nul n'y serait compris « s'il n'a au moins soixante ans ou ne soit hors d'état de gagner sa vie pour raison de ses infirmités ou autres causes légitimes (4) » . Les assistés devaient être natifs de Dijon (5) ou avoir supporté pendant sept ans les charges delà ville. Le même bénéfice était étendu aux domestiques et « compagnons ouvriers, âgés de soixante ans ou hors d'état de gagner leur vie pour infirmités, qui auront résidé dans ladite ville pendant dix ans ». L'aumône générale pour tous les pauvres se transformait donc en une sorte de caisse de retrait* pour vieillards, infirmes ou vieux domestiques et vieux ouvriers, enfin poulies pères de familles nombreuses (6). Toutes les défenses primitives et les interdictions de faire l'aumône et de recevoir des pauvres étaient renouvelées avec plus de rigueur que jamais. Tout cela n'empêchait pas une décadence (7), qu'accélérait, encore en 1763, l'expulsion des Jésuites, les fondateurs de l'œuvre (8).

(1) En 1721, la chambre des pauvres est obligée d'emprunter 60,000 livres. Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12122, fos 9 r° à 11 v°, enreg. le 13 juin. Ces années-là, les hôpitaux ressentaient aussi les effets de la banqueroute de Law. En 1723, nous savons que l'hôpital de Couches a été ruiné par les remboursements de « surfonds et billets de banque ». Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12122, fos 253 v° à 254 v°. Voir aussi la dépêche de M. Lepelletier, arch. Côte-d'Or, C. 373.

(2) Le S avril 1728, dans ses considérants, le Parlement relève qu'on a observé « que les femmes et filles dévotes qui quêtent pour les malades des paroisses pendant les messes paroissiales, affectent d'y précéder ou de croiser des préposés pour la quête de l'aumône générale dont le produit diminue tous les jours. » Ceci nous montre bien l'état de l'opinion.

(3) On avait fait appel aux Jésuites. Le 4 mai 1734, il avait été décidé qu'un petit livre du P. Jehannin, en forme d'exhortation, pour ramener la charité envers les pauvres, serait imprimé aux frais de la ville. Voir aussi le Plan de l'établissement de l'aumône générale à Dijon, dressé par le R. P. Raussin, Dijon, 173G, in-4°.

(4) Arch. mun., E. 29.

(5) On prétendait que les habitants des villages voisins venaient à Dijon se faire inscrire pour échapper aux tailles. (Extrait du reg. des délib. du 13 février 1733).

(6) Plus tard, on indiquera aussi, parmi les assistés, « les ouvriers chargés d'une famille nombreuse qui ne peuvent parvenir, parleur travail, à fournir du pain à leurs enfants en bas âge. »

(7) En 1755, la ville avait été obligée de laisser quêter les mendiants étrangers avec la permission du inaire. Arch. mun., B. 389.

(8i A partir de 1703, c'est un prêtre séculier qui devient directeur des pauvres aux lieu et place d'un Jésuite. Cette année 1763, il y eut des contestations entre les intendants de l'hôpital et les marguilliers et fabriciens de l'église Saint-Jean. Les magistrats des pauvres déclarèrent qu'ils ne réclamaient pas de préséance, mais que « c'était le droit commun de la province de donner la préférence à la quête faite au nom des pauvres ». Bibl. mun., A. F. 372, p. 285. Toute une série de renseignements sur ces contestations se

En 1767, les charges annuelles excèdent de plus du double les revenus ; la quête de 18,753 livres 19 sols 7 deniers qu'elle produisait en 1712, est tombée, en 1780, à 800 livres à peine; le prix du pain est augmenté de beaucoup. Un nouvel appel à la charité fut décidé, et l'évêque prié, à cet effet, de publier un mandement (1). Les résultats furent heureux : la quête extraordinaire à laquelle la magistrature collabora largement, produisit 0,646 livres 7 sols 0 deniers, et l'on put distribuer encore, par semaine, 927 livres de pain. Ce renouveau ne dura pas ; derechef l'aumône faiblit. Nous suivons ce dépérissement à des signes certains : à partir du 31 juillet 1768, les séances de la direction n'eurent plus lieu que tous les quinze jours, le dimanche ; le 31 janvier 1772, on les réduisit à une séance par mois, le dernier vendredi du mois. Une phrase de l'auteur du « Mercure Dijonnais » du 14 décembre 1783, nous apprend que l'aumône générale « est dans la dernière détresse » (2). Un nouveau mandement de WT de Vogué implorant la pitié et la générosité des fidèles lui tendit quelques fonds (3). L'aumône se releva une fois encore; elle durera à Dijon jusqu'au 15 décembre 1 79-2 (4).

L'aumône générale de Dijon ne fut pas la seule connue en Bourgogne. On en rencontre une à Autun, où elle fut établie en Tannée 1712, par Mgr d'Alancourt, évêque de cette ville, avec l'assistance de la municipalité. On éveilla en sa faveur le souvenir toujours vivant de la vieille aumône de Saint-Léger (5). Elle reçut, en 1747, de Louis Benoist, chanoine de la catbédrale et syndic du clergé, un don important en vertu duquel l'hôpital général devait fournir 500 boisseaux de seigle par an au bureau de l'aumône. Ce qui lui permettait, au dire de Courtépée (6), de distribuer jusqu'à 1.500 livres de pain, par semaine, aux Autunois nécessiteux (7).

A Beaune, le 14 avril 1714, en vertu d'un testament de Pierre Parizot, fut instituée également une aumône générale, mais à la suite de difficultés provenant de la dualité de direction et des conflits entre le bureau de celte aumône'générale et de celui de la Chambre

trouvent dans les écrits suivants : Mémoire pour MM. les directeurs du bien des pauvres de l'hôpital au sujet de la quête contre les fabriciens de l'église Saint-Jean, Bibl. mun. de Dijon, fonds Milsand ; ibid., 17484] ; Réponse des fabriciens, ibid., [7481] ; Réplique aux fabriciens, ibid., [7482]; Notes sommaires pour les fabriciens 1765 17483] ; Mémoire pour l'hôpital, 1766, ibid., [10584].

(1) 17 décembre 1767. Arch. mun., E-n. Pour stimuler le zèle, il est déclaré que les commissaires du bureau de l'aumône qui négligent leur devoir de quêter dans les églises n'auront droit à aucune exemption. Arch. mun , B. 401. L'année suivante, il y a de nouvelles mesures prises à Dijon. Extrait des registres des délibérations de la chambre du conseil, etc., du 9 août 1168, concernant les mauvais sujets, Dijon, A. Defay, 1768, in-8% Bibl. de Dijon. F. D. 447.

(2) Mercure Dijonnais, éd. Dumay, p. 300 .

(3) Ce mandement est bien dans le style de l'époque : « Verrait-on sans pitié une multitude d'infortunés? Seroit-ce inutilement qu'ils élèveraient vers vous leurs bras languissants. Ah ! loin de nous un sentiment si peu digne du chrétien et de l'homme sensible ! » Arch. mun., E-'1.

(4) C'est à cette date que Trullart arrêta le compte. Arch. mun., E29.

(5) De Charmasse, Mém. de la Soc. éduenne, t. XVII, p. 411.

(6) Courtépée, t. II, p. 524.

(7) Il fallait avoir payé sept ans la taille de la ville pour pouvoir être secouru.

des pauvres de cette ville, il fut décidé, par une transaction du 19 janvier 1718 (1), que le bureau de l'aumône générale serait réuni et incorporé à la Chambre des pauvres et que ses biens seraient régis et gouvernés par ce même bureau des pauvres à charge d'exécuter et accomplir les volontés du fondateur (2). Une fusion semblable fut faite à Bourg, où, en 1786, le bureau de charité, avant d'obtenir d'être patenté, s'était annexé l'aumône générale de la ville et le bureau de la croix (3). En 1715, à son tour, Auxerre profita de l'institution d'une aumône générale (4). Nolay compta également une aumône générale, qui rendit de grands services lors de la disette de 1775 (5). L'institution était donc assez répandue et se renconirait même dans certaines petites localités, comme Vermenton (6).

On le voit, le nom d'aumône générale n'est pas absolument technique. A Beaune, le bureau des pauvres est un bureau d'aumône générale. Le bureau de charité n'est souvent, lui aussi, qu'un bureau d'aumône. Ce dernier nom de bureau de charité ou de charité tendait à se vulgariser de plus en plus, c'est lui que nous trouvons généralement employé à la fin de l'ancien régime et dans les cahiers des paroisses. L'institution profila du voisinage de l'aumône. Grâce à l'aumône générale, ce bureau a plis de plus en plus la signification d'une institution concentrant dans ses mains loutes les ressources de la charité locale (7) et il est manifeste que cette sorte de monopole, les aumônes générales ne l'ont reçu qu'à la suite des décisions anciennes du

(1) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12122. L'arrêt oonfirmatif du Conseil d'Etat estde juillet 1720, les lettres patentes tla 12 août.

(2) « S'obligent les dils sieurs commissaires de la Chambre des pauvres de faire cesser à perpétuité et absolument la mendicité dans ladite ville, tant à l'égard des pauvres mendians d'icelle que des pauvres étrangers, auquel effet ils feront distribuer deux fois par jour du pain aux pauvres passants à l'une des portes de la ville aux heures que lesdits sieurs commissaires trouveront le plus commodes ; ils feront de même une pareille distribution aux pauvres mendiants de la ville à l'issue de la messe fondée par le sieur Jean-Batiste Etienne, qu'ils feront célébrer tous les dimanches dans la chapelle de l'hôtel de ville où ils auront soin de faire se trouver tous les pauvres mendians de la ville pour assister ensuite à une exhortation avec catéchisme qu'ils leurs feront faire à l'issue de la messe et les obligeront à justiffier de leurs exactitudes à se confesser aux bonnes fêtes de l'année. Il a été convenu que pour éviter les désordres qui sont arrivés par l'yvrognerie des pauvres lorsqu'on leur donnoit de l'argent, on ne fera aucune distribution à aucune aumône que pain seulement. » En cas de disette comme en 1094 et 1709, la mairie devait venir au secours du bureau en autorisant, avec le Parlement, une taxe. La mairie conservait en principe les droits de police, mais autorisait un brigadier et deux gardes des pauvres à lej exercer. La chambre jouissait des mêmes privilèges que l'aumône générale de Dijon.

(3) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12145, f» 286.

(4) Courtépée, t. IV, p. 377.

(5) Courtépée, t. II, p. 330.

(G) Courtépée, t. IV, p. 373.

(7) C'est ainsi qu'à Chalon, en 1788, l'on s'efforce de bannir la mendicité de la ville en concentrant toutes les ressources des divers établissements charitables dans les mains d'un bureau de charité composé de l'évèque, de dix-sept citoyens choisis dans la chambre municipale et le conseil d'administration de la ville, de deux députés de l'église cathédrale, un de la collégiale Saint-Georges, des curés de la ville, de deux députés des communautés de la ville et banlieue, de deux dames députées de la Société de la Miséricorde et d'une sœur de la Providence. On devait diviser la ville en huit quartiers et charger dans chaque quartier deux membres du bureau de tenir la liste des pauvres et de distribuer des secours. Batault, Les dames de la Miséricorde, p. 141, 144-145. En réalité, ce bureau de charité était une aumône générale; la Bévolution

seizième (1) et même du quinzième siècle, qui, dans les cas de calamité publique, accordaient aux seigneurs, aux municipalités, enfin au roi, un contrôle étendu sur tous les établissements hospitaliers. El, d'un autre côté, il est facile de saisir que le jour où la royauté déclara, avec Louis XIV, que chaque paroisse devait entretenir ses pauvres, elle ameuait nécessairement l'idée de créer un bureau de charité dans chaque paroisse (2). Mais pendant longtemps, l'insuffisance des recettes empêcha cette institution de se répandre, elle sera encore souhaitée par nombre de cahiers en 1789.

Débarrassée du souci du pauvre sédentaire par cesdiverses institutions de l'aumône et du bureau de charité, la royauté put reprendre avec plus de vigueur sa lutte contre le vagabondage. Des mesures très énergiques, trop énergiques même, furent prises à la suite de la déclaration du roi du 18 juillet 1724 ; elles aboutirent à l'internement d'un certain nombre de mendiants (3) dans des hôpitaux déterminés, transformés, dès lors, pour partie, en maisons de force (4). On essayait de faire travailler les internés pour en tirer un peu d'argent. A Bourg, ils filaient le chanvre ; à Dijon, l'on avait établi une manufacture de serge vers la fin de 1727, et une manufacture de bas : cette dernière subsistait seule en 1728, l'autre était fort tombée faute d'ouvriers (5). Par contre, à Mâcon, les valides (Orrectionnaires refusaient de travailler. Ce fut probablement la constatation des résultats médiocres fournis par le labeur forcé, qui poussa de plus en plus les esprits à préconiser une autre forme d'assistance par le travail volontaire : l'atelier de charité.

Un des premiers soins de Turgot fut de prescrire l'ouverture des ateliers de charité (6). Les circonstances l'y amenèrent d'elles-mêmes. Au Cours des années 1 768 et 1769, la Bourgogne avait connu la disette ; l'exportation avait fait sortir beaucoup de blé de la

l'empêcha de fonctionner. Sur l'aumône générale de Besançon, fondée en 1720 : Saint-Martin. La mendicité à Besançon, thèse, 1910, p. 55 et ss. Là aus-i les bureaux d'aumône ont un monopole, ibid., p. 115.

Les cahiers du clergé d'Autun mettent très bien en relief ce monopole ; ils demandent d' « établir des bureaux de charité composés de personnes charitables qui voudraient bien se prêter à cette bonne œuvre, faire refluer dans ledit bureau toutes les aumônes qui se font dans la ville pour être réparties d'après un plan d'administration générale rendu public, de manière que tous les pauvres puissent être suffisamment soulages ». Mém. de la Soc. eduenne, t. XIV, p. 138.

(1) Voir plus haut, p. 864.

(2) Aussi le bureau de charité date vraiment de l'époque de Louis XIV.

(3) Voir plus haut, p. 540, 541. La méthode devra triompher alors partout; la maison du Bon-Pasteur de Dijon « qui, du gré de ses fondateurs, n'était qu'une maison de refuge est devenue une maison de force ». Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12131, f 105.

(4) Un état des hôpitaux de mendiants d'Auxerre, Avallon, Dijon, Autun, Mâcon, liourg, contenant le nombre des mendiants, hommes, femmes, enfants, avec l'indication des valides et des invalides, dressé à la date du 1er janvier 1729, se trouve aux Archives départementales de la Côte-d'Or, C. 387 ; on indique les ressources fixes de ces hôpitaux : elles sont insignifiantes ; ces établissements ne sont guère soutenus que par la char té publique et les dons de l'Etat.

(5) En 1728, le produit de la manufacture de bas de Dijon, uni au peu que donne la manufacture de serge, s'élèv-e à 713 livres 17 sols. Un sixième était attribué aux ouvriers; le reste profitait au roi qui en usait pour couvrir la dépense causée par la subsistance des mendiants.

(6) Sur le rôle actif de Turgot en matière d'assistance, on lira le chapitre intéressant de Bloch : L'assistance et l'Etat en France à la veille de la Révolution.

province (1), les paysans et les citadins en souffrirent cruellement. Tous protestaient bien entendu contre la liberté absolue du commerce des grains, que Turgot venait d'établir. C'est à ce moment-là que le ministre se mit à préconiser avec insistance les ateliers de charité. En 1770, l'intendant de Bourgogne ordonne leur établissement (2). En 1774, les Etats décident d'en fonder sur différents points du duché (3), mesure qui provoquera plus tard les applaudissements de Turgot (4). Auparavant, le 16 novembre 1774, dans une lettre adressée à l'intendant de Bourgogne il exposait tout son plan :

« Il a dû, sans cloute, disait-il, paraître cruel de punir les hommes d'un malheur involontaire et d'ajouter à des infirmités douloureuses la peine du renfermement. On a jugé, dès ce temps, que les secours nécessaires au pauvre invalide étoient dus par la paroisse qui l'avoit vu naître, et à laquelle il avoit consacré son travail tant que ses forces le lui avoienl permis; mais les difficultés de l'exécution et les obstacles nés des circonstances qui avoient lieu pour lors, ont rendu sans effet les dispositions qui avoient été projetées, et malheureusement on a cru pouvoir aller en avant sur l'autre partie de l'opération qui ne devoit cependant être que la seconde dans l'ordre des temps ; puisqu'il est impossible de détruire la mendicité et injuste de la proscrire • tant que le mendiant ne peut être regardé comme coupable, tant que la misère peut le forcera mendier pour vivre, tant que l'on n'a pas pris des mesures préalables pour assurer aux pauvres invalides des secours, et aux pauvres valides du travail à leur portée (5) ».

On ne pouvait mieux indiquer combien, dans l'esprit du minisire libéral, le procédé persuasif de l'atelier de charité l'emportait sur le fouet de la maison de correction (6). Après l'émeute de Dijon du 18 avril 1775 et le pillage de la maison de M. Filzjean il écrivait encore que le seul moyen d'aider le peuple à traverser la crise était d'augmenter « le nombre et le crédit des ateliers de charité (7) ». Le 17 avril et le 6 mai, il revenait à la charge (8).

L'intendant accueillait ces indications avec une déférence apparente mais son expérience journalière de ceux de Dijon (9) (il venait tous les matins se promener sur le

(1) Girod, Les subsistances en Bourgogne, p. 36.

(2) Arch. dép. Côte-d'Or, C. 3363 (1770), f° 70 et n° 73 : dépêche de l'intendant qui ordonne l'ouverture d'ateliers publics; f° 233 : lettre des élus sur ces ateliers de charité.

(3) Arch. dép. Côte-d'Or, C. 3227, f'° 205 v. On devait installer sept ateliers de charité.

(4) Arch. dép. Côte-d'Or, C. 3356, n° 1 (12 janvier 1775). Il s'adressera directement aux élus « pour être instruit du succès de ces travaux ».

(5) Cette lettre a été reproduite par Joseph Garnier, Annuaire départemental de la Côte-d'Or, 1898,

(6) Arch. dép. Côte-d'Or, C. 3356.

(7) Girod, p. 54 (dépêches du 22 avril) ; il envoie une instruction aux élus dans ce sens. Ibid., p. 55.

(8) Arch. dép. Côte-d'Or, C. 3356, n° 6 et n° 8 : « Je vois que vous n'avez parlé des ateliers de charité qu'à Dijon et à Beaune. »

(9) Adde sur l'atelier de Beaune, C. 3687. Girod, p. 59, note 2, qui citant ce dernier document, déclare à ce propos ; « On manque d'ailleurs totalement de renseignements sur le fonctionnement des ateliers. » Cela

chantier), lui donnait un certain scepticisme. Néanmoins celte sorte d'oeuvre d'assistance par le travail subsistait, c'est encore à elle que l'on recourait en 1782 et 1783 (1). KWe prendra une importance plus considérable les premières années de la Révolution.

C'est grâce aux mesures prises par Turgot que nous pouvons dresser le bilan de l'assistance publique en bourgogne à la fin de l'ancien régime. Dans la lettre du 16 novembre 1774 que nous avons citée plus haut, le ministre déclarait que le roi voulait avoir « une connaissance exacte, paroisse par paroisse, de tous les établissements de charité qui existent dans les différentes provinces du royaume sous quelque dénomination que ce soit, tels qu'hôpitaux, hôtels-Dieu, maisons de charité, fondations de bouillons des pauvres, aumônes, distributions manuelles et généralement de tout ce qui est établi pour le soulagement des malades et des pauvres ». Il réclamait donc un état détaillé de tous les établissements existant dans la généralité pour juger vraisemblablement des ressources sur lesquelles il pouvait compter. L'intendant se mit à l'ouvrage et, le 7 juillet de l'année suivante, il envoyait au minisire le travail demandé (2). C'est celui-ci qui, bien qu'incomplet (3), va servir de base aux considérations qui

vient de ce que l'auteur n'a pas consulté, à la Bibliothèque municipale de Dijon, F. B. 236, f° 125, les Mémoires de Taisand, maître-maçon, sur les ateliers de charité à l)>j<ni . De l'avis de cet entrepreneur, les ateliers fonctionnaient fort mal : « les mauvais ouvriers voulant être paies plus cher que les bons ». Les ouvriers n'y faisaient rien, « ils ne font que se quereler, dire des folies aux passants, se dégoûter les uns les autres ». « Ils ne veulent travailler qu'à la journée et non à la tâche et être payés au prix des meilleurs. » L'entrepreneur ayant essayé de réagir et payer les meilleurs à la tâche, « tous voulurent 3 livres 10. sols disant qu'on les volait. Je m'échape, déclare le narrateur, ils voulaient faire de ma maison comme de celle de M. Filzjean. » Il ajoute que les ouvriers de Dijon ne songeaient qu'à boire. « Quand ils ont de l'argent, ils ne travaillent plus que quand ils ont tout mangé et quand on ne veut plus leur donner de vin à crédit. »

(1) Voir les documents cités par Girod, p. 71, notes 1 et '2. Ils reçoivent alors des dons assez importants de l'intendant et des Chartreux. La pratique de l'atelier est répandue çà et là : à Chevannay, ce sont les travaux entrepris par le curé qui font remarquer à Courtépée que « la mendicité est bannie de la paroisse et môme y est odieuse ». Courtépée, t. III, p. 558. Des détails assez ciiconstanciés sur les ateliers de charité de Besançon sont fournis par Saint-Martin : La mendicité à Besançon spécialement au dix-huitième sièele, (thèse), 1910, p. 116 et ss.

(2) La partie concernant le département de la Côte-d'Or a été publiée par M. Garnier dans l'Annuaire départemental de la Côte-d'Or, 1898, p. 185-502.

(3) L'intendant n'a fait qu'un rapport superficiel; il aurait dû augmenter notablement le nombre des établissements de charité qu'il cite. Il oublie même certains hôpitaux : celui de Bourg-de-Mervans, à la vérité inachevé (Courtépée, t. III, p. 347) ; celui d'Allerey, imparfait encore, mais ayant déjà occasionné de grandes dépenses (ibid., III, p. 351); celui de Pont-de-Veyle, celui de Villy dont les revenus servent à payer un maître d'école (ibid., III, p. 592). Il oublie la maison de charité de Fierre-en-Bresse (ibid., III, p. 444) ; les charités de Jambles (ibid., III, p. 382). Pas un mot de l'important bureau de charité et de la filature de coton d'Issy-l'Evêque, fondée en 17(18 par le curé Verdalin et qui rendit, en 1771, tant de services. Courtépée. t. II, p. 575. Pour Dijon, il ne mentionne pas une reuvre qui nous est indiquée par une brochure : L'établissement d'une compagnie de la charité pour le soulagement des j,<iur>-rs de la paroisse Saint-Jean, Dijon, Frantin, 17G9, in-8° (Bibl. de Dijon, 3961). L'œuvre de la marmite de la même ville, fondée en 1708, ne trouve pas place dans sa nomenclature. (Aubert, Hôpitaux de Langres, p. 175etss.). Bien des fondations de métiers sont oubliées, ainsi pour Charnay (Courtépée, t. III. p. 420). Son énumération des donnes passe sous silence celles de Sainte-Anne de Fiée (Courtépée, t. III, p. 564); de Montigny-sui-Armançon (ibid., t. 111, p. 575) ; l'aumône de pain de Salmaise (ibid., t. IV, p. 233); les fondations de Larve (ibid., t III, p. 383). de Messey (ibid., t. III, p. 389), de Salive (ibid., t. IV, p. 231), de Pouillenay (ibid., t. III, p. 578), etc. La critique de l'intendant ne parait pas non plus toujours très sûre ; à son tour elle est ou excessive, ou incomplète ou mal informée.

vont suivre (1) et nous permettre de nous rendre compte des divers établissements d'assistance, de leur administration financière, de l'organisation des soisis qui y étaient donnés, des différentes sortes d'assistés, enfin de l'esprit de charité et de son évolution dans le courant du dix-huitième siècle. En guise de conclusions les critiques de l'intendant et les déclarations des cahiers de 1789 nous donneront le jugement de l'opinion publique sur l'organisation d'alors.

Les divers établissements d'assistance portent des noms extrêmement variés ; l'on nous parle tour à tour d'hôpital, d'hôpital général, d'hôpital de malades, d'hospice, d'hôtel- Dieu, d'orphelinat, maison des orphelines, refuge des orphelines, hospice Sainte- Anne, petit hospice, maison d'aumône, d'aumône, d'aumône générale, d'assemblée d<" charité, de maison de charité, de chambre de charité, d'établissement de charité, de confrérie de la charité, de chambre des pauvres, de confrétiede l'aumône, de concession, donne, fondation, distribution annuelle, manuelle, de Marinettc, de providence, d' œuvre de la marmite, d'école de charité, etc. Tous ces mots n'ont pas une signification technique rigoureuse (2), mais il s'en faut qu'ils n'aient aucune signification technique : il faut tenir compte des époques. Nous connaissons déjà les sens divers du mot hôpital général, il s'en trouve un à Autun, Àuxerre, Chalon, Diion, Bourg, Màcon, Pont-de-Vaux, et Charolles (3) : ces deux derniers sont moins importants; ce qui, joint aux cinquante hôpitaux et hospices que nous rencontrons énumérés soit dans l'état d'Amelot, soit dans les autres documents cités plus haut, nous donne un total de soixantesix hôpitaux répartis dans cinquante-sept villes de la Bourgogne (4).

Nous n'avons pas à insister sur la signification de ces hôpitaux et de ces hospices. Nous aurons d'ailleurs l'occasion de reparler un peu plus loin de leurs clients. Les noms d'orphelinat ou de petit hospice n'ont pas besoin non plus d'explications. Les maisons de charité, souvent tenues par des religieuses, nous semblent des hôpitaux atténués, des orphelinats, des écoles, des hospices, où l'on distribue des bouillons et des remèdes pour les pauvres de la paroisse. Il nous semble qu'on visite surtout dans ces maisons les malades, mais d'habitude on ne les loge pas. C'est ainsi que la maison de charité de Fayl-Billot est très étendue et logeable, mais il n'y a point de salle pour les malades. Les sœurs soulagent les pauvres dans leur domicile et leur donnent des matelas,

(1) Toutes les fois que nous ne fournissons pas de références, c'est à l'état que nous nous reportons.

(2) Nous avons un sens bien déterminé pour hôpital général et pour donne. Entre hôpital, maison de charité et charité, il y a des flottements. Pour désigner l'établissement de Seignelay. Courtépée dira « hôpital ou plutôt charité desservie par deux sœurs ». Courtépée, t. IV, p. 371.

(3) La tentative pour Semur n'ayant pas réussi (Massicot, à la suite du Mémoire historique sur la ville de Semur-en-Auxois, p. 330 et 335), le testament de M» Trichâteau qui cherchait à obtenir un hôpital général fut cassé au mois d'août 1699.

(i) Nous ne comptons pas les hôpitaux hors du duché, bien que compris actuellement dans le département de la Côte-d'Or, comme l'hôpital de Laignes. Arch. dép. Côte-d'Or, H. 117, 1253 bis. Sur Laignes, Courtépée, t. IV, p. 759. Sur la maison de chanté de Louhans, Courtépée, t. III, p. 297.

des draps, des couvertures, des bouillons et des médicaments. Quelquefois la maison de charité comprend le logement. À Cluny-ville hi maison de charité est établie pour le soulagement des pauvres qui ne peuvent entrer à l'hôtel-Dieu, de même à Louhans qui s'occupe aussi de ceux qui en étant sortis ne peuvent encore gagner leur vie; à Montcenis, la maison de charité est devenue un hôpital patenté, en 1737 (I) ; celle fie TouIon-sur-Arroux est un hôpital encore non patenté qui comporte cinq lits, une sœur, un domestique. Il y a donc des degrés dans les maisons de charité, celles qui visitent et celles qui logent (£). La chambre de charité, bureau de charité ou charité simple (3) constitue souvent une œuvre moins importante, elle ne comprend, eu général, pas de local fixe ; Ton y visitera le pauvre honteux autant que le pauvre malade.

La marinette est aussi un terme vague qui souvent désignera une maternité; celle de Belley pourvoit aux besoins des pauvres, soulage les femmes en couches, fait allaiter leurs enfants quand les mères ne le peuvent pas elles-mêmes, fournit, entretient et blanchit le linge des prisonniers; à Bourg, l'institution vise les pauvres honteux; à Chalon, on donne des secours aux pauvres, du bouillon aux malades et l'instruction aux jeunes filles.

La donne est une distribution en nature ou argent. Le bouillon des malades permettra à Chagny, de secourir le malade qu'on ne peut mettre à l'hôpital. Ces bouillons se distribuent à Bligny (4), à Nolay, à Baigneux, à Mâcon. Il faut y rattacher l'œuvre de la marmite qui n'est pas signalée par l'intendant, et existe à Dijon « où elle s'exerce dans des maisons particulières où il y a des sœurs qui demeurent indépendamment de l'hôpital (5) ».

(1) La tradition rapporte que celle de Nolay était un ancien hôpital dont les biens avaient été réunis à l'hôpital de Beaune. A Sacconey, la maison de charité est « pour visiter et assister les malades et faire l'école »; à Louhans, l'orphelinat s'appelle maison de charité. C'est le local qui permet souvent à la maison de charité d'être en même temps une école. Autres maisons à Blaisy (Caurtépée, t. IV, p. 249), à Bussy [ibid.,t. IV, p. 257), Saint-Bris (ibicl., t. IV, p. 369).

(2) La terminologie n'est pas très sure. Les charités de Mirebeau, Fontaine, Bussy, Nuits, s'occupent des invalides et malades ; le bureau de charité de Beaune du soulagement des malades et instruction des jeunes filles; à Pont-de-Vaux, la maison de charité établie en 1G95 est dirigée par les administrateurs de l'hôpital général qui y font distribuer tous les jours des aliments aux pauvres honteux et aux passants valides (Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12124, f° 278). Celle de Noyers, qu'on appelle aussi hôtel-Dieu, est un hospice où l'on entretient six pauvres (Arch. dép. Côte-d'Or, li. 12135, f° 12 r°).

(3) On trouve les noms d'assemblée de charité : Arnay ; bureau de charité: Saulieu (sur son registre de 1GGC à '.077, Claudon, Rapport au Conseil général, 1910. p. 39) ; charité : Semur. Sur les bureaux de charité : Lallemand, t. IV-, p. 328; sur Saint-Seine: Claudon, Rapport an Conseil général, 1911, p. 29. Le bureau de charité que se propose d'établir la dame de Beaumont-sur-Grone et où l'on recevra des femmes en couches, les malades et les orphelins (Courtépée, t. III, p. 358), est une maison de charité.

(4) A Bligny-sur-Ouche, l'intention de la fondât! ice, M11* Jeanne Gilliot avait été de fonder un hôpital (Arch. dép. Côte-d'Or, G. 792 ; addc, Courtépée, t. II, p. 310).

(5) Arch. des hospices de Langtes, III, A1, citées par Aubert, op. cil., p. 175 et ss. Nous savons par le» archives municipales E'2'-', le prix payé, en 17G0, au chaudronnier « pour la construction d'un digesteur ou marmitte en cuivre pour faire du bouillon aux pauvres >■. C'est une marmite dont le couvercle ferme « hermétiquement ». On l'appelle aussi « une marmite physique ». Il s'agit d'une autre œuvre de la marmite, croyons-nous, rattachée, celle-là, à l'aumône générale.

En dehors du bouillon l'on distribue du pain, du vin, des fèves, du grain, de l'argent, des matelas, des vêtements, des médicaments de toute sorte dans les hôpitaux et au dehors. La sœur supérieure de l'hôpital de Dijon donnera par exemple un peu d'argent aux convalescents (fondations Carré et Arcelot) ; des souliers aux pauvres les plus nécessiteux qui sortent de l'hôpital (fondation Arcelot) ; des robes de chambre aux passants et aux vieux, des raantelets aux malades, des pantoufles aux servantes qui veillent le soir près des malades, (fondation Joly de Blaisy). Elle achètera du sucre pour les vieilles (fondation Arcelot), du sucre, des biscuits et des confitures pour les malades dégoûtés (fondation Gaull) (1).

Les constitutions de dots si populaires au moyen âge, ne sont pas abandonnées ; nous trouvons les fondations spéciales de dots à Autun. L'évêque d'Autun a fourni le principal qui permet de marier tous les trois ans trois filles, à chacune desquelles on donne 500 livres. Des institutions semblables se rencontrent à Germigny, à Clessé, à Saint- Vincent-des-Prés et à Trembley, à Dijon (2). Enfin, n'oublions pas qu'à Neuilly on distribue depuis 1774, des prix de vertus « avec des cérémonies vraiment attendrissantes » (3).

Si ces derniers mots nous rappellent que nous sommes au dix-huitième siècle, en revanche l'étude des donnes et des distributions nous reporte en plein moyen âge. Elle ne forme pas la portion la moins curieuse de l'assistance ancienne. C'est souvent, grâce à ces « donnes », qu'il nous sera facile de retrouver sous les établissements d'assistance bourguignons du dix-huitième siècle toutes les différentes couches déposées par les siècles, et de découvrir encore les survivances de la vieille hospitalité du monastère et de la cathédrale, et de l'activité des confréries. Quelques distributions monacales ont disparu, par exemple à Vergy : les religieux n'y semblent pas fournir tout ce qu'ils doivent ; à Etang : les moines de Saint-Nicolas touchent la dime d'aumônerie sans faire d'aumônes; à Gevrey, dont les moines gardent les douze pièces de vin de Paumônerie avec une lésinerie semblable ; enfin, à Velle-sous-Gevrey, où les chevaliers de l'ordre de Malte conservent également un hôpital devenu inhospitalier; mais ailleurs nous retrouvons encore les distributions faites à la porte des monastères ou des prieurés: à Flavigny, à Flagey, à Saint-Rambert, à Nantua, à Perrecy, à Cluny, à Marcigny, à Chalon. Ces aumônes sont même considérables a Paray. Les chartreuses de Pierre-Chatel, d'Arvierre, de Meyrias, de Porte, les prieurés de Cousieu, de Talissieu et Ganemont, comme l'abbaye de Saint-Sulpice dans la subdélégation de Belley, en l'ont autant. Les traits

(1) Reg. des fondations, Bibl. mun. de Dijon, A. F. 373, f°s 17 V et suiv. A Chalon, la maîtresse de l'hôpital dispose de 1,123 livres destinées aux douceurs à donner aux malades et aux pécules (Balault, p. 405).

(2) C'est la fondation de M. Brigandet (1(153), Arch. mun., A. F. 373, f° 22 v°. Les deux filles qui devaient être élevées suivant la fondation Fyot devaient recevoir aussi à leur sortie 40 livres pour les aider à se marier (ibid , f° 25 v°); voir aussi : A. F. 372, p. 315. Sur la question : Lallemand, t. IV (2), p. 451 et suiv.

(3) Courtepée, t. II, p. 224.

archaïques maintenus dans certaines de ces distributions nous reportent aux quatorzième et quinzième siècles, et peut-être même auparavant. Les Bénédictins de Saint- Rambert font une distribution « le vendredi de cbaque semaine depuis la Saint-Jean- Baptiste jusqu'à Saint— Michel, on donne à chaque pauvre une demi-livre de pain, moitié orge, moitié blé ; même distribution se fait la veille de Noël, le dimanche gras et le jeudi saint. On offre aussi, la veille de Noël, deux livres de viande et une livre et demie de pain à chacun des soixante habitants les plus pauvres de la paroisse ». A la porte de l'abbaye d'Ambornay, le dimanche gras, l'on détaille un porc, dont on en débite les parts à chacun de ceux qui se présentent ; une autre aumône d'un morceau de pain de seigle faite à tout venant commence le premier lundi de carême et continue jusque et y compris le vendredi saint. Le jeudi saint on dispense un pain de douze mesures de froment, trois mesures de fèves cuites et une feuillette de vin. A l'abbaye royale de Chezery, à certaines époques, seuls pouvaient venir à l'aumône les garçons de la paroisse, à d'autres époques on admettait des personnes de tout âge et de tout sexe'. Des lettres patentes de 1772 firent cesser ces usages bizarres (1). Ces « donnes ». comme celle de Nantua, dont les répartitions de l'aumônier « n'approchent pas de la huitième partie du fonds qu'il reçoit », « étaient fort abusives et ne profilaient guère aux pauvres », au témoignage de l'intendant. En dépit des arrêts du Parlement de Dijon, qui ne la permettaient qu'aux mendiants, « tous les habitants d'Ambornay, par exemple, même des bourgeois, exigent l'aumône ».

Ces indications sont loin d'être complètes (2). L'intendant ne connaît pas « la prébende de la Vierge » que distribuent tous les jours les bénédictines de Marcigny-les- Nonains (S) ni la donne des moines de Laive (4). Il ne nous livre de renseignements que sur les « donnes » permanentes et sur celles qu'il croit provenir d'une fondation. Les religieux craignant qu'on ne voulut leur enlever le revenu des aumônes pour l'annexer à une aumône générale ou à un hôpital quelconque, ou les soumettre au contrôle des officiers de justice (5), niaient souvent énergiquement leur obligation (6). Nous ne savons rien non plus de l'importance des secours offerts à la porte, ni du nombre des hospitalisés dans les monastères. L'usage des uns et des autres existe

(1) 11 y eut aussi, en 1765, un arrêt qui confirma la transformation de l'aumône du prieuré de Marcignyles-Nonains. Courtépée, t. III, p. 131.

(2) La charité monastique ne se réduit pas à ces seules donnes ; c'est ainsi que hors du duché, mais dans la Côte-d'Or actuelle, les religieux de Bèze paient un chirurgien pour le traitement des malades de l'abbaye et des pauvres du bourg. Cotlin, La liquidation des biens du clergé sous la Révolution dans le district d'Is-sur-Tille, Dijon, Nourry, 1911, p. 77.

(3) Courtépée, t. III, p. 129.

(4) lbid., t. III, p. 383.

(5) C'est à ce contrôle qu'est assujetti l'hôpital Saint-Germain de Châtillon.

(6) C'est ce que font l'abbé de Citeaux et l'abbesse de Màlain ; l'on a même supprimé les aumônes publiques de Citeaux, probablement pour le même motif.

encore (1), nous en avons la preuve dans les vains efforts de l'aumône générale de Dijon pour les supprimer dans cette ville.

Une distribution faite par le chapitre delà cathédrale de Belley nous remémore aussi l'ancienne activité pieuse des cathédrales.

Il n'y a pas jusqu'à l'usage du grenier d'abondance qui ne soit rappelé par le secours parfois sérieux que donnent les monastères aux villes et aux établissements hospitaliers dans les cas de disette (2), mais l'intendant n'en parle pas.

L'hôtellerie pieuse pour le passant et le pèlerin ne fonctionne plus que rarement; celle qui se trouve en face de l'église de Nantua est vide. On ne tolère même plus celle de Seyssel-Ville, située sur le Rhône, à la limite de la France et de la Savoie, dans un lieu fréquenté, par conséquent. L'hospitalité de Chàteauneuf pour les pèlerins a été supprimée et convertie, en 1750, en une aumône de 4-0 livres (3) et l'intendant s'applaudit d'avoir en partie expulsé de l'hôpital de Sainte-Reine les pèlerins auxquels pourtant il était destiné (4). C'est que la crainte du vagabondage (5) domine plus que jamais l 'administration d'alors ; on voit des vagabonds partout. Aux pauvres voyageurs l'on se contente de laisser quelques asiles de nuit dans de grands hôpitaux, comme celui de Dijon (6). Il n'y a qu'un cheminot auquel le gouvernement veuille ouvrir libéralement les portes des hôpitaux, c'est le soldat passant, comme nous le verrons plus loin.

A côté des donnes monastiques, nous retrouvons les donnes des confréries conservées fidèlement, trop fidèlement même, dans les coins du pays bourguignon les plus reculés où se sont solidifiées depuis longtemps les vieilles traditions que rien n'a pu troubler. A Savigny-en-Terre-Pleine, c'est un gaspillage : l'on distribue, le jour de l'Ascension, des pains d'une livre et demie à tous les étrangers indistinctement, et le lendemain à

(1) L'hôpital Saint-Germain de Châtillon loge encore les passants, mais il ne leur offre plus la nourriture, encore moins la pièce de monnaie.

(2) Dans les cas de disette, si les moulins de TOuche sont insuffisants, l'on recourra aux moulins de Cîteauxet de Saulon. Girod, Les subsistances en Bourgogne, Revue Bourguignonne, t. XVI, n° 4, p. 34. Au début de la Révolution, Clteaux maintient son rôle bienfaisant: Simon, Les subsistances à Dijon de 1180 à 1194 ; Enquêtes sur la Résolution en Côte-d'Or, 1913, p. 231 et note 2.

(3) Arch. dép. Côte-i'Or, H. 117, 1252 bis.

(4) « Depuis quelques années seulement, cet hôpital est utile au public. Sous prétexte qu'il avait été formé pour des étrangers, on refusait d'y recevoir les malades du lieu et des villages voisins. La crainte d'une suppression a obligé les administrateurs à se rendre moins difficiles. Mais on reçoit toujours de préférence des étrangers. D'où il résulte le tiès grave inconvénient que cette maison sert de refuge aux vagabonds qui, certains d'y trouver un refuge, se retirent dans ce canton. » L'intendant voudrait qu'on laissât une vingtaine de lits pour les malades du lieu et qu'avec le reste on fît une maison de force.

(5) A Beaune, « la passade » n'existe plus pour les pauvres étrangers ; la municipalité, qui employait à cet effet les deux tiers des revenus de l'ancien hôpital du Bourg-Neuf, les a cédés au bureau de la chambre des pauvres lors de la transaction du 18 janvier 1718 dont nous avons parlé plus haut.

(6) Le pèlerin Benoît Labre y hébergea au dix-huitième siècle (Voillery, p. 148) ; mais c'est à tort que cet auteur indique qu'on y recevait « les voyageurs indigents pour deux ou trois nuits ». En principe, on n'y logeait qu'une nuit.

tous les habitants (1). « Rien n'est plus abusif, déclare l'intendant, que cet établissement. Il est administré par des confrères tous habitants du lieu qui s'y enyvrent d'une partie du produit, les pauvres n'en retirent presqu'aucun avantage. II y a tous les ans, le jour de l'Ascension, plus de cinq mille étrangers à Savigny, ce qui occasionne beaucoup de tumulte et souvent des batailles ; enfin, sous prétexte du service qui se fait le lendemain, il s'assemble une quantité de curés de campagne à chacun desquels on donne 40 livres (2) et qui se font bien nourrir toute la journée ». A Saint-André, s'exécute, dans les mêmes conditions, une offrande d'une livre et demie de pain le jour de la translation de saint Nicolas. « Les distributeurs de celte aumône sont des paysans qui pour deux livres de cire se font recevoir confrères. Ils mangent entre eux la moitié des revenus et distribuent le surplus à leurs amis, pauvres ou riches ». A Bar-sur- Seine, en vertu d'un testament de 1643, il est fait une distribution de 3 livres (le jour des mendiants) et de 10 livres aux pauvres honteux à chacune des quatre fêtes solennelles de la Vierge. Savigny-le-Beuréal voit une libéralité analogue de 0 liards à 2 sols à chaque venant attirer tous les ans a dans celte communauté tous les fainéans ». A Saint-Martin-du-Fresne le gain de l'aumône converti en pain est distribué un jour aux pauvres de Saint-Martin et des environs, et ce qui reste, le lendemain aux habitants « avec la même confusion ». Ces anciennes aumônes ont été conservées par des confréries, par celle du Saint-Esprit à Saint-Martin, par celle de Savigny (3), par celle de Saint-Nicolas à Saint-André, de Saint-Saturnin à Saulieu (4). Les cas que nous énumérons sont exceptionnels au dix-huitième siècle ; à ce moment, d'ordinaire, l'aumône ne se dispense plus à jour fixe et sans distinction, elle est confiée à une personne ou à une organisation qui se charge d'en faire part aux plus nécessiteux, lorsque le besoin s'en fera sentir.

Sur ce point de l'organisation de l'administration de l'assistance, nous trouvons encore la plus grande diversité, mais une diversité qui commence à se discipliner, à s'unifier et sous les aspects multiples de laquelle l'on commence à voir se dessiner nettement les assises de l'organisation moderne des bureaux de bienfaisance.

Depuis le seizième siècle, avons-nous vu, la royauté avait soumis les hôpitaux à un certain contrôle des officiers de justice : contrôle intermittent d'abord, mais qui par la

(1) Il y avait 1,000 livres de revenu, produit de 156 journaux de terre et de 7 soitures de prés. Il existait aussi à Fiée (bailliage de Semur) une donne de la Sainte-Anne où l'on donnait aux pauvres plus de 500 michottes de pain de trois livres. Elle fut changée en distribution pour le? pauvres de Fiée et d'AUerey : Courtépée, t. III, p. 564.

(2) Le manuscrit porle l'abréviation du mot : livres. Nous croyons que 40 sols convient mieux à l'antiquité évidente de la distribution, mais on a pu transformer les sols en livres.

(3) Sur la confrérie de Savigny : Courtépée, t. IV, p. 21. Il n'y avait jadis que vingt-huit confrères.

(4) La donne de cette dernière ville se fait à l'église de Saint-Saturnin, le 29 novembre de chaque année. Les droits de confrérie s'élèvent à 12 sols qu'on distribue à chaque pauvre.

force des choses tendit à devenir permanent. A la fin du dix-septième siècle l'on avait osé davantage et proposé un même type d'organisation. Par une déclaration du 10 décembre 1698, pour créer une administration plus uniforme, le roi établit un règlement concernant les nouveaux hôpitaux formés avec -les maladreries, léproseries et autres lieux pieux désunis de l'ordre du Mont-Carmel et de Saint-Lazare, et même les anciens hôpitaux auxquels auraient été unis de ces sortes de biens (1). Ces prescriptions s'étendaient aussi aux hôpitaux sans règlements (2). L'on y décidait qu'il y aurait dans chaque hôpital un « bureau de direction » composé de directeurs nés, comprenant le premier officier de justice du lieu ou son représentant, le procureur du roi ou du seigneur, le maire, un échevin et le curé et, en outre, d'un nombre variable de notables choisis, de trois ans en trois ans, dans des assemblées générales. Directeurs nés et directeurs élus composaient le bureau ordinaire. L' « assemblée générale » était formée du bureau ordinaire, des anciens directeurs de l'hôpital et des autres habitants ayant droit de se trouver aux assemblées de la communauté, c'est-à-dire, dans la majorité des paroisses, de la totalité des habitants. Le bureau qui administrait, nommait tous les trois ans son trésorier-receveur, et tous les ans deux directeurs (3). Les archevêques et évêques avaient le droit de présider les assemblées dans les hôpitaux de leur diocèse ou de se faire remplacer par leurs vicaires généraux. L'assemblée générale n'intervenait que pour le contrôle et dans les cas graves (4). Par la suite, il arriva que le roi, même en patentant des hôpitaux anciens, exigea qu'ils se fissent diriger suivant les principes de 1698. Il le dit expressément dans les lettres patentes qui concernent Pouilly (5), Saint-Rambert et Charolles.

La jurisprudence de l'intendant et celle du Parlement développèrent ces dispositions. Ils sont assez rares, à la fin du dix-huitième siècle, les cas où une personne fait seule les distributions des aumônes et règle seule les actes d'administration d'un hôpital sans en rendre compte. Notons cependant quelques exceptions. Les seigneurs distribuent à leur gré, à Ternantet Semesanges, à Chàteauneuf, à Massy-sous-Dun ; mais l'intendant voit ces répartitions de mauvais œil, il « présume » que le seigneur d'Auvillars remplit

(1) Arch. dép. de la Côte-d'Or, 12144, P» 203 V à 210 r°, publiées le 20 janvier 1699. Ces édits sont reproduits par Néron, Recueil d'édits et d'ordonnances royaux, t. Il, 1720, p. 298 et 299. Isambert, Recueil général des anciennes lois françaises , t. XX, p. 309 à 313. En 1713, le 6 août, il fut stipulé que les créanciers ou débiteurs des hôpitaux ne pouvaient être administrateurs de ces établissements. Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12119, P' 162 v° à 163 v», enreg. le 14 août 1713.

(2) D'où la jurisprudence tira la conclusion que ces règlements étaient applicables aux hôpitaux qui n'avaient pas de lettres patentes enregistrées. Denizart, Collection, v° hôpitaux.

(3) Ce bureau administre en général ; il s'occupe de la mise en ferme des biens et revenus de l'hôpital, des diminutions à faire aux fermes, de l'état delà recette et de la dépense.

('i) L'assemblée générale nomme les directeurs qui ne sont pas nés, s'occupe des bâtiments et ouvrages nouveaux, des procès, emprunts et acquisitions et enfin de la vérification du compte clos et arrêté par le bureau. On exigeait, en outre, une comptabilité réglée ; le trésorier ne pouvant faire aucune dépense sans un mandement des directeurs. Il devait présenter les pièces justificatives avec son compte.

(5) Dans les lettres qui instituent l'hôpital de Pouilly, il est déclaré : « sera le bureau ordinaire île la direction composé et ses biens administrés suivant le règlement porté parla déclaration du 12décembre 1698. »

bien sa mission : présomption enveloppée de doutes, peu flatteuse pour l'intéressé ; il « soupçonne » formellement le seigneur de Varambon du détournement d'une somme assez importante. Il est moins inquiet sur le sort des aumônes distribuées par le curé seul à Chagny, à Gigny, à l'hôpital de Tougin, à Lagnes (1), bien qu'il note que celle de Saint-Denis, près Bourg, qui se trouve dans ce cas, « est actuellement assez mal faite » . En somme ce mode d'administration lui semble condamnable : à propos de l'administration de l'hôpital de Tougin et de la maison de charité par les curés de Cessy et de Sacconey, il dira qu'il « serait dans l'ordre que les syndics et quatre principaux habitants de ces paroisses participassent à cette administration ». L'excellente direction de l'hôpital de Gex n'échappe même pas à sa censure ("2). La gestion sans contrôle ne lui dit rien qui vaille, et cela même de la part d'un laïc. A Juigny-le-Châtel, c'est le procureur fiscal qui distribue le produit de l'aumône « par des billets que le fermier acquitte. Cydevant c'était le vicaire qui donnait les billets et il y avait moins d'abus ».

Cependant, il est des cas où l'intendant est bien forcé d'admettre le procédé : c'est lorsqu'il s'agira d'un syndic responsable devant une communauté (3) ou de l'héritier du fondateur (4).

Généralement, l'on se trouvera en présence d'un groupe de personnes qui donnera plus de garanties : des fabriciens (5), d'une confrérie (6), des officiers municipaux (7), des notables (8), des recteurs, d'un groupe de dames pieuses (9). Très souvent nous trouvons le curé avec des adjoints; le curé et la confrérie (10), le curé et un mépartisle (11), le curé et deux recteurs (12), le curé et les officiers de justice (13) le curé et les officiers municipaux (14), le curé et un groupe de dames (15). On rencontre

(1) A Saint-Clément de Mâcon, à Saint-Veran, à Varenne-lez-Mâcon.

(2) « Il serait seulement à désirer qu'au lieu d'être soumis à la seule direction de l'évêque, il y etlt un bureau de direction composé de cet évèque et des principaux officiers du bailliage et de la ville de Gex. »

(3) C'est le cas du syndic de Saint-Rambert.

(4) A Dommartin, à Massy-sous-la- Vineuse, à Saint-André-du-Désert, à Sennécé, à Trembly, à Fleury (ici c'est le fondateur lui-même provisoirement).

(5) L'aumône de Nantua, celle de Perouges.

(6) A Grieges, à Méseriat, à Chânes.

(7) A Altignat, l'aumône est distribuée par deux notables choisis par la communauté assemblée ; à Coligny, par sept notables du lieu ; à Nolay, la maison de charité est administrée par cinq habitants nommés tous les trois ans ; on leur joint cinq souscripteurs pour l'aumône de la même ville.

(8) A Chàtillon-les Dombes.

(9) La Providence de Chalon, la chambre de charité de Nantua, celle de Nuits, l'aumône de Bussy-le- Grand, la confrérie de Bourbon-Lancy.

(10) Le curé est le premier administrateur de la confrérie de Givry.

(11) A Bourg-de-Buxy.

(12) A Senozan.

(13) A Chàteauneuf, à Bligny-sur-Ouche.

(14) A Seyssel. A Villars, ce sont eux qui signent les mandats.

(15) A Beaune, le bureau de charité est administré par le curé et deux dames. Une organisation analogue à Chàtillon-les-Dombes, à Avallon et à Mâcon pour le bouillon des pauvres.

des combinaisons assez curieuses : à Pluvault l'aumône est régie par le seigneur et ses officiers qui en rendent compte devant le curé.

Ailleurs, nous trouvons le seigneur, lecuré, lejuge (1); on leur adjoint, dans certains lieux, quelques habitants (2). Une combinaison assez fréquente est celle du curé ou du directeur spirituel et des officiers municipaux auxquels on ajoute un certain nombre d'autres personnes (3).

Il ne fut pas facile de faire appliquer exactement l'ordonnance à Semur pour le bureau de l'hôpital (4) ; on l'y fit observer néanmoins et aussi à l'hôtel-Dieu de Gluny, au dire de l'intendant; ailleurs on s'en rapproche plus ou moins exactement (5), il s'agit de maintenir le principe du contrôle, et autant que possible, du contrôle des officiers de justice (6).

L'administration des hôpitaux est soigneusement distinguée du soin des hospitalisés (7), celui-ci est souvent confié à des congrégations tant anciennes que nouvelles. Des congrégations anciennes, celle qui se rattache à l'ordre du Saint-Esprit disparait (8). Dom Calmelet a décrit avec émotion l'agonie de cet ordre illustre, succombant aux dissensions et aux procès et aussi au poids trop lourd d'un passé souvent fort discutable. Les hospitaliers de Roncevaux et de la Rédemption des captifs demeurent près de l'hôpital de Bar-sur-Seine mais ne s'en occupent plus. Les Bénédictines de Champchanous qui soignent l'hôpital de Louhans recevront l'interdiction de recevoir des novices

(1) C'est le cas de Louhans.

(2) A la Clayette, à la Varenne-sous-Dun, à Bourg-de-Chagny, on adjoint des fabriciens aux échevins; à la Charité de Verdun, il n'y a que le curé, les officiers municipaux et les fabriciens.

(3) On adjoint la religieuse supérieure à Saint-Jean-de-Losne ; quelques dames pieuses à la maison de charité de Cluny, un économe et un chapelain à l'hôpital d'Arnay. A Seignelay ; l'hôpital fondé par Colbert est administré par le curé, les officiers locaux et deux notables ; de même à Coulange-la-Vineuse ; à Vermanton, par le curé, le procureur du roi, un échevin et deux notables. Dans ces trois localités, ces notables sont élus pour deux ans.

(4) Massicot n'a pas compris la prétention du premier président du présidial d'être président né, ni celle du lieutenant du bailliage, du procureur du roi et du curé, oper. cit., p. 339, 352, 353 et l'an et du 18 mars 1750 : Il y voit la lutte du clergé et de la noblesse contre le tiers-état.

(5) A Belley, l'on est presqu'en règle : le bureau de l'hôpital comprend l'évêque, le lieutenant de bailliage, le maire et le syndic, un député de la cathédrale ; mais on ne parle pas de notables. A Bourbon-Lancy, c'est l'intendant des eaux minérales, le lieutenant général du bailliage, le procureur du roi et le curé de Saint- Léger. A Germiny pour l'aumône : lieutenant général, procureur du roi, deux chanoines et officiers municipaux. A Toulon, nous trouvons le maire, le bailli, le curé et trois administrateurs élus par la communauté. A Montcenis, le lieutenant civil, le maire, le procureur du roi, le curé, le chapelain.

(6) Naturellement, il n'est pas question d'appliquer l'ordonnance quand on se trouve en présence de sœurs de charité ou de sociétés de dames de charité.

(7) A ce point que, pour des religieuses de Semur, cueillir des fruits chez un fermier de l'hospice, c'est « s'occuper du temporel ». On les réprimande (1733). Massicot, p. 350.

(8) En février 1722 mourut la dernière religieuse de l'ordre du Saint-Esprit, sœur Françoise Boichot, âgée de quatre-vingt-quatre ans (Dom Calmelet, p. 176). En 1742, le 1er mars, le roi défendit de recevoir des novices. Alexandre Petit fut le dernier profès en 1743, comme le commandeur Calmelet, mort en 1777, avait été le dernier commandeur. Le traité qui cédait les biens des commandeur et religieux à l'hôpital Notre- Dame de la Charité de Dijon fut souscrit le 29 avril 1778. Arch. mun. Dijon, A. F. 373, 1° 10 r°.

en 1737 (1) et se disperseront. Il subsiste encore des religieuses de la commanderie de Saint-Antoine à Norges. Quant à l'ordre de Beaune, il est resté presque intact bien que ses sous-filiales sorties de Chalon paraissent trop facilement portées à la dépense et exagèrent à l'excès le nombre de leur personnel (2). Il y aune série de réclamations fort justes portées à ce sujet. Mentionnons aussi les Augnstines qui, bien que cloitrées, s'adonnent avec zèle au soin des malades en l'hôtel-Dieu de Mâcon.

En somme ces ordres anciens ne jouent plus, à l'exception (exception mitigée pour les filiales) de celui de Beaune, qu'un rôle effacé à côté de celui qu'ont pris les ordres nouveaux du dix-septième siècle. Parmi eux il faut citer en premier lieu les sœurs de charité (3) qui se répandent dans toute la province ; on les trouve dans plus de trente-deux localités grandes ou petites. Elles accomplissent leur mission de bonté, sans excès de dépense, avec modestie et dévouement, à la satisfaction de tous : à tel point que l'intendant considère que la fondation d'une sœur de charité dans une localité vaut un établissement ou une maison de charité (/<■). Et, en fait, dans une localité du dix-huitième siècle, la sœur de charité représente souvent à elle seule tout le bureau de bienfaisance.

Toutes pareilles en dévouement, les sœurs noires ou de l'Enfant Jésus s'occupent

(t) Pourtant, postérieurement à cette interdiction, de 1765 à 1775 environ, elles firent beaucoup de bien à cet hôpital. Leur interdiction n'était due d'ailleurs qu'à des désastres financiers.

(2) Elles sont à Couches en 1703. Courtépée, t. II, p. 5GG ; à Belleyen 1701. Leur dernière fondation fut celle d'une filiale à l'hôtel-Dieu de Saulieu qui fut faite par la soeur Ravinet : Bavard et Boudrot, L'Hôtel-Dieu de Beaune, p. 277 (Batault ne cite pas cet établissement dans la liste qu'il donne: Notice historique sur les hôpitaux de Chalon, p. 458). A Seurre, l'intendant se plaint du trop giand nombre de ces hospitalières et suspecte leur mauvaise administration ; de même à Saint-Jean-de-Losne (cinq sœurs, une postulante et trois domestiques) : « on n'a pas besoin de neuf personnes pour en servir quatorze » : il n'y avait que quatorze lits. L'hôpital d'Auxonne est mal administré, mais on n'indique pas s'il y a faute des hospitalières. A Cluny, il y a sept sœurs et trois domestiques pour seize lits. A Paray il y a, dit Courtépée (t. III), p. 52, huit filles de piété quoique les lettres patentes les fixent à cinq. A Louhans, treize sœurs, vingt-quatre lits : Courtépée, t. III, p. 296 indique quarante-quatre lits, mais VEtal de 1775 montre qu'une salle de vingt lits est inoccupée. A Cuiseaux, elles ont été remplacées par les sœurs du Saint-Sac» ement qui se contentent de trois sœurs pour douze lits ; une de ces sœurs fait l'école. A Tournus, où l'on a été obligé de ramener le nombre des lits de trente-six à vingt-quatre, il y a douze sœurs, deux domestiques, un aumônier, un chapelain, un médecin, un chirurgien. « On pourrait, dit avec raison l'intendant, réduire le nombre des sœurs et se contenter d'un chapelain ». Pour Arnay, le nombre est au contraire raisonnable.

(3) On les trouve à Dijon (voir p. 73 i), à Alise, à Autun (1701). Courtépée, t. II, p. 524 ; à Beaune (1690) ; à Blaisy, en 1700. Nous avons le livre de recette et de dépense des sœurs de î 782 à 1792. Arch. dép. Côte-d'Or, H. 117, 1252 bis, et aussi Courtépée, t. IV, p. 249. Bussy-le-Grand, Bligny-sur-Ouche, Beaumontsur-Grosne, Bourbon-Lancy, Châtillon-sur-Seine (Rapport de Claudon du 10 juillet 1909 au Conseil général de la Côte-d'Or, p. 30) ; Chalon-sur-Saône (Courtépée, t III, p. 238); Fay-Billot, Gex, Givry où les sœurs de charité furent remplacées par des sœurs noires de Chalon (Courtépée, t. III, p. 33 1 ) ; Issy-1'Evèque, La ' Motte-Saint-.Iean, (on doit en établir deux, Courtépée, t. II, p. 583), Mont-Saint-Vincent, Montceni.s, Moutier- Sainl-Jean (Courtépée, t. III, p. 545); Nolay (1710, 1730) (Courtépée, t. II, p. 313. 336), Pierre-en-liresse (Courtépée, t. III, p. 4'ii), Rosey, Seignelay (Courtépée, t. IV, p. 371), Saulieu, Sain!-Sernin-du-Bois, Sacconay, Sassenay, Seignelay, Tougin, Tournus, Verdun-sur-le-Doubs, Vermanton. Elles sont au nombre de deux, trois, quatre, six. Chenevet, Mémoire sur la maison des sœurs de charité, Almanach de In province de Bourgogne, 1782, p. 219. Voillery, p. 131, indique vingt localités.

(4) Ainsi pour les cinq sœurs de charité d'Autun désignées par l'évêque Ma' ûéroquettes. Une sœur de charité est fondée à Nolay et Change en 1730 par Anne Mannemet. Courtépée, t. II, p. 313 et 336. A Dijon il y a, en 1788, quelques petits incidents. Arch. mun., B. 422.

des hôpitaux de Louhans, de Givry et de Chalon ; nous savons qu'elles s'adonnaient en même temps à l'instruction (1). Les sœurs du Saint-Sacrement (2) constituent également un ordre mixte poursuivant le soin des malades aussi bien que l'enseignement. Ce sont là, dans les idées de l'époque, des charités : 1 école se rattache à « la charité instructive » et l'aumône à « la charité distribulive » (3). L'état mentionne donc un certain nombre d'écoles gratuites, nous en avons parlé plus haut. Dans les ordres de femmes nous trouvons encore les soeurs de l'hôpital, celles de Saint-Lazare et de Sainte-Marthe (4). Les religieuses de M. Joly, soutiennent toujours leur bonne réputation à Dijon, à Nuits comme à Marcigny-sur-Loire (5). « Elles sont actuellement trente vivant en communauté, dira vers la fin du siècle Joly de Bévy, qui remplissent les devoirs de leur état avec un zèle et une charité envers les pauvres dont on ne peut être qu'infiniment édifié lorsqu'on entre dans l'examen des détails intérieurs de cette maison » (6). A Beaune, au bureau de charité opèrent cinq sœurs de Saint-Lazare. Enfin les sœurs de Sainte-Marthe que nous retrouvons à Dijon (7), sont vues par les municipalités et le Parlement avec une faveur particulière. La chambre de ville constate en 1700 leur dénuement, la réduction de leurs revenus et que « néanmoins ces religieuses s'occupent avec le plus grand zèle de l'instruction des enfants et d'œuvres de charité » (8). Un arrêt du Parlement de Dijon du 11 janvier 1755 leur donna ainsi qu'aux officiers de l'hôtel de ville de Dijon le monopole île quête pour les prisonniers (9). Même là où ne s'apercevaient pas de congrégation proprement dite, souvent on en rencontrait le costume et l'allure pieuse. A Couches, l'hôpital est desservi par des

(2) L'état de 1775 nous les signale à l'hôpital général de Mâcon et à l'hôpital d'incurables; à Auxonne, elles restent de 1758 à 1787. Bizouard, Aotice sur l'hospice Sainte-Anne d' Auxonne, p. 20 et 31. A Cuiseaux et à Romenay-Vrile, voir plus haut, p. 73 i. Les Ursulines s'occupent de distributions de pain et de soupe à Bourbon-Lancy.

(3) La distinction est faite par l'état général de 1775 qui nous dira, par exemple, à propos de Tournus : « Ainsi, par sa fondation, la charité de Tournus est distinguée en charité instructive et charité distributive ; la première a 1,000 livres de revenus et la deuxième 650 livres. » C'est même ce qui permettra de faire certains virements caritatifs, et d'affecter au traitement d'un maître d'école un fonds destiné à une aumône : par exemple a Pontaubert.

(4) On s'occupe de l'instruction gratuite des enfants, notamment des filles. Des écoles gratuites de filles sont installées à Tougin, Sacconey, Louhans, Cuiseaux, Bourg-de-Chagny, à Beaune (bureau de charité), à Epoisses, à la Marinette ou Providence de Chalon, à l'hôpital de Toulon, à Givry (sœurs de l'école de Jésus). Des écoles pour les deux sexes se rencontrent à Autun, Tournus, Romenay, Bourg-Vilain, Brissey. Pour Minot (Courtépée, t. IV, p. 279). Un maître d'école est fondé à Pontaubert. Nous ne citons ici que les écoles gratuites indiquées par l'état. 11 y en a bien d'autres comme nous l'avons vu plus haut, p. 734, 741.

(5) Nous n'avons de renseignements que pour Dijon et Marcigny-sur-Loire (Courtépée, t. IV, p. 127), car à Nuits, l'intendant n'a pu obtenir d'éclaircissements des administrateurs.

(6) Arch. mun., A. F. 372, p. 204.

(7) lly a aussi des sœurs de Sainte-Marthe à Semur. Sur leur règlement de 1720, Massicot, p. 342. Certaines donnent lieu à des accusations scandaleuses en 1734 ; elles se montraient, parait-il, insubordonnées Ibid., p. 353.

(9) Desaint, Arrêts de règlements, p. 1. Les servantes de Jésus-Christ qui s'occupent de l'hôpital de Châtillon-les-Dombes sont sous la protection de Marthe et Madeleine. Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12124, f 324 r°.

« filles dévotes sans aucuns vœux (1) » ; elles ne peuvent être plus de trois ni former corps et communauté. Il est entendu également qu'il y a à l'hôpital de Marcigny-sur- Loire « deux sœurs hospitalières pour servir les pauvres malades, qui ne font point de vœux ny corps de communauté et sont reçues comme servantes portant un habit noir et un voile tant qu'elles demeureront audit hôpital, d'où elles peuvent sortir quand elles veulent » : elles ne peuvent être plus de deux (2). C'est une organisation semblable qui existait à l'hôpital de Laguieux : elle présentait des inconvénients au point de vue du recrutement, car des deux sœurs hospitalières, nous révèle 1 intendant, l'une est morte et i'aulre s'est mariée, si bien qu'il ne reste plus personne pour soigner les malades.

N'oublions pas les confréries d'hommes et de femmes. L'une d'elles la confrérie des Pénitents noirs de Beaune, instituée par Clément VIII le 13 février 1703, a pour but de secourir les prisonniers Elle a, déclare l'intendant, « la plus grande attention de donner aux prisonniers tous les secours dont ils ont besoin » (3). La société Notre-Dame de la Miséricorde de Dijon distribue chaque année 300 moules de bois, 600 tonneaux de charbon, des sirops, confitures, etc. Elle s'intéressait spécialement aux pauvres honteux et aux suppliciés (A). Il y a de ces confréries un peu partout, nous en trouvons dans les villes et dans les campagnes, à Dijon, à Auxonne (5), à Givry et Sassenay, à Bourhon-Lancy, à Saviguy, sans compter celles dont nous avons parlé plus haut (6). Beaucoup des associations de dames qui s'occupent des distributions et de la visite des hôpitaux ne sont en réalité que des confréries (7) . Les sociétés de Dames de charité ont une grande part, quelquefois même toute la part, ainsi que les sœurs de Saint- Vincenlde Paul, dans l'administration des charités (8).

A côté de ces associations pieuses il s'en forme d'autres d'une tournure plus laïque. Telle cette association de bienfaisance judiciaire dont on parle en 1788(9), telles ces associations ou collèges de médecins et de chirurgiens qui se signaient dès le second tiers du dix-huitième siècle. En 1733, les maîtres de chirurgie de Dijon ouvrent un dispen-

(1) An h. dép Côte-d'Or, B 1-2117, f° 190 r<> et v° (1707).

(2) Arch. dép. Côte-d'Or, 15. 12118. De même à Louhans où les religieuses ne peuvent faire corps ou communauté. Axch. dép. Côte-d'Or, B. 12125, P 146 r°.

(3) Ils s'as>emblent dans la chapelle de la croix. Courtépée, t. II. p. 522. A Corombles, les revenus de la Confrérie appartiennent aux pauvres. Courtépée, t. 111, p. 501.

(4) En 1780, elle obtient la permission de faire construire derrière la chapelle du Morimont un abri pour loger la petite voiture servant au transport du corps des suppliciés. Arch. m un., B. 420.

(5) Instructions, statuts <>t prières à l'usage de la confrérie établie ù Auxonne pour le soulagement des pauvres malades, des mourans et des âmes du purgatoire, Besançon, veuve de Cl. Bochet, 17.'. i, in- 12, Bibl. d'Anxonne.

(0) Confréries du Saint-Esprit, confrérie de charité, confrérie de l'aumône, dit l'état, sans indiquer le titre.

(7) Voir p. 903.

(8) Sur le service des dames de charité de Semur : Massicot, p. 336.

(9) Projet d'une association de bienfaisance judiciaire, dans les Affiches de Dijon, supplément du il mars 1788. Elle avait des modèles à Paris. Dreyfus Ferdinand, L'association de bienfaisance judiciaire (1787-1791), Paris, L. Maretheux, 1904.

saire dans la tour qui surmontait la porte Guillaume, chaque jour de dix heures du matin ils pansent les malades indigents et leur fournissent gratuitement les médicaments.

Les personnes que l'on secoure dans tous ces établissements sont en principe les « pauvres », c'est-à-dire les pauvres mendiants, les pauvres honteux. Il y a des hôpitaux pour les invalides, des aumônes générales et des maisons de force et des ateliers de charité pour les valides, sans compter des distributions variées. Du pauvre qui tend la main, l'on distingue le pauvre honteux qui se cache et qu'il faut chercher à domicile, c'est pour lui que sont faites les « charités» entre autres celles d'Arnay (1) et de Semur, de Châtillon-les-Dombes, la marinette de Bourg, la miséricorde de Chalon-sur- Saône. C'est lui qu'iront découvrir les soeurs de charité. Quant au malade sa place est en principe à l'hôpital. Certains de ces hôpitaux ont une affectation spéciale (4) : l'hôpital Saint-Fiacre, de Dijon, reçoit les malades du bas chœur du chapitre ; celui de Lagnieux les domestiques malades et les pauvres infirmes de la ville; les hôpitaux de Dijon et d'Avallon reçoivent aussi les infirmes de la ville (3). Dans nombre d'hôpitaux, il y a des lits spécialement affectés aux malades de tel ou tel village (4).

L'hôpital général s'occupe des malades de la région, l'hôpital local de ceux de la ville et banlieue. C'est par exception que quelques grandes maisons situées hors de la province comme les Quinze-Vingt de Paris (5), ou le grand hôpital de Lyon (6), ou tel hôpital spécialement protégé par les princes de Condé, gouverneurs de Bourgogne, comme l'hôpital de Chantilly, jouissent de certains privilèges. En Bourgogue (7), l'hôpital le plus fréquent est l'hôpital urbain ; quelquefois l'on spécifie que les malades de la ville et de la campague environnante pourront seuls venir.

Les vieillards ne sont pas oubliés. A Dijon, on reçoit les hommes et les femmes d'au moins soixante ans, natifs de la ville ou en ayant supporté les charges. Leur nombre

(1) D'Arnay (fondée en 1755).

(2) Celui d'A. vallon, en vertu de la fondation ne devait recevoir que les habitants de la ville qui, vieux ou infirmes, seraient hors d'état de travailler. Mais, depuis 177*2, Ton y reçoit tous les malades hors d"état de se faire soigner.

(3) Norges s'occupe des malades atteints du feu Saint-Antoine.

(4) Le curé de Villecomte, en 1762, cède ses biens à l'hôpital de Dijon à la condition de recevoir un malade de sa paroisse. Courtépée, t. II, p. 264. La dame de Moleron fonde un lit à l'hôpital de Charolles pour les malades de sa terre. Courtépée, t. III, p. 73. La paroisse de Branges a un lit à l'hôpital de Tournas et un autre à l'hôpital de Louhans. Courtépée, t. III, p. 346. Celle de Saint-Sulpice a un lit à l'hôpital de Saint- Amour. Ilrid., t. III, p. 453 ; voir aussi pour Simard, ibid., t. III, p. 455. Darcey a un lit à l'hôpital Sainte- Heine et un autre à l'hôpital de Semur. Ibid., t. IV, p. 263.

(5) Confirmation de leurs privilèges et 172G. Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12124, f°s 164 r° à 167 v°, enreg. 29 décembre 1729.

(6) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12133, f° 174. Ces hospices ont la faculté de vendre, acquérir et recevoir des legs d'une manière très étendue. Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12134, f° 291.

(7) On parle de l'hôpital de Chantilly. Arch. dép. Côte-d'Or, H. 117, 1253 bis. Il a des droits à Larrey. entre autres un fourneau sur l'étang. Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12128, f° 115.

fut fixé en 1722 à cinquante vieux et cinquante vieilles. L'hôpital d' A vallon leur était d'abord en partie destiné, ils peuvent venir aussi aux hôpitaux d'Autun (1), d'Auxerre, de Màcon. L'aumône de Gluny est faite pour eux. On entretient quatre vieilles femmes à l'hospice de la charité de Beaune.

Les incurables sont reçus à Dijon (2) et à Màcon où un asile leur est spécialement ouvert.

Les fous ont six loges à Alise ; on les admet également à Dijon, où des loges furent mêmes construites pour eux, en 1725, par le premier président de Berbisey (3).

Les enfants trouvés et les orphelins constituent l'une des plus lourdes charges des hôpitaux, surtout de celui de Dijon (4) « qui est le seul de la province qui reçoive des enfants naturels » (5). Tous ses enfants étaient divisés en diverses catégories. « Les enfants au lait », autrefois élevés à la nourricerie du Saint-Esprit, où ils se trouvaient pour des raisons d'hygiène etd'économie, furent envoyés à la campagne avec les enfants « grandelets », de dix à onze ans ou au-dessus (6), il ne resta à l'hôpital que les « enfants à bonnet rouge » presque tous infirmes et incapables de gagner leur vie, au nombre d'une quarantaine environ, et les « filles de Sainte-Anne», beaucoup plus nombreuses et presque toutes « hors d'état de pouvoir entrer en service et de travailler (7) ». L'hospice Sainte-Anne, d'Auxonne, s'occupe de nourrir, loger et entretenir quatorze orphelines de sept à dixhuit ans (8); l'hospice de la charité, de Heaune, élève cinquante-deux enfants orphelins des deux sexes, légitimes ou non, de neuf à dix-huit ans; à Saulieu, un orphelinat pour soixante enfants, trente de Saulieu et trente de Vitteaux, ne semble pas, faute de ressources, pouvoir fonctionner en 1775(9) ; à Autun, l'on reçoit soixante enfants « de l'âge de sept ans et des deux sexes » ; les orphelins sont également gardés à Auxerre, de sept à dix-huit ans, par l'hôpital général ; l'hôtel-Dieu de la même ville reçoit les pauvres

(1) Il pouvait recevoir douze vieillards et douze vieilles; un legs pour douze vieillards infirmes est fait en 1763 par la dame de Santigny. Courtépée, t. III, p. 140.

(2) On y compte onze filles. Bibl mun. Dijon, A. F. 372, p. 126.

(3) Voir aussi Arch. dép. Côte-d'Or, C. 378 ; Bibl. mun., man. A. F. 372, p. 120 ; Lallemand, t. IV-, p. 13.

(4) Bibl. mun., A. F. 372, p. 62. Il y a un tour ouvert nuit et jour à la porte de. l'hôpital pour recevoir les enfants et, près du tour, une sonnette qui communique avec la chambre des portiers. Bibl. mun. Dijon,

(5) Les prix pour les bàtaids exposés furent de 72, 75, 90, 100, 120 livres. Délibérations des 27 juin 1723, 11 septembre 1735, 21 juin, 16 août 1750. Ibid„p. 133. On refuse les enfants légitimes à moins qu'il y ait constatation de la pauvreté du père et de la mère, ou famille nombreuse après le décès du père ou de la mère ; dans ce cas, l'on admet un entant sur cinq et deux sur sept. Il/ici., p. 138. On élève aussi les enfants tn bas âge orphelins de père et de mère.

(6) Ce furent le président Fyot de Lamarche en 1723 pour les enfants de lait, et de Brosses, en 1748, poulies autres qui firent admettre cette mesure. Le système donna de très bons résultats. Il était employé ailleurs, à Avallon, par exemple : Ernest Blin, L'assistance de l'enfant à Avallon, Bul. de la Soc. de l'Yonne, 190'i, p. 8; Lallemand, t. IV-, p. 89 et suiv.

(7) Bibl. mun., A. F. 372, p. 131 et 132.

(8) 11 n'y avait que quatre orphelines en 1700, quatorze en 1748. On leur adjoint une école en 1760. Bizouard, Notice sur l'hospice Sainte-Anne, p. 12, 19, 24.

(9) La fondatrice avait été frappée des grands avantages de l'œuvre de charité établie à Beaune sous le nom de la très sainte Trinité et avait voulu en former une semblable à Vitleaux. Arch. dép. Cote-d'Or,

enfants et les enfants trouvés jusqu'à sept ans; l'hôpital de la Charité, de Bourg, fait élever, annuellement, plus de cent trente enfants, dont quatre-vingt-dix à la campagne (1). Les enfants sont admis aussi à l'hôpital Saint-Louis de Ghalon, à celui de la charité de Màcon. A Louhans, la maison de charité élève seize orphelins, celle de Tonrims vingt orphelins. (2) A ces orphelinats, on adjoindra, quand on le pourra, une manufacture ; quelquefois, la manufacture remplace l'orphelinat puisqu'elle permet à l'enfant de gagner sa vie(3). C'est ainsi que la Charité, de Semur, a fondé une manufacture de coton qui rend de grands services (4). Des éloges pareils sont faits de celles de toiles, d'étoffes de laine et de bas qui soutiennent, en partie, l'hôpital de Chalon. Les enfants profiteront aussi de fondations de métiers faites à leur profit en quelques endroits (5) ; à Dijon l'on n'a, en 1780, que 900 livres pour ces fondations de métiers (6) ; quant à la manufacture de l'hôpital de Dijon relevée en 1713, elle végéta jusqu'en 1737, époque où l'on se décida à vendre les laines, marchandises et autres ustensiles de la fabrique (7). On ne conserva qu'un ouvroir ou atelier pour les garçons à bonnet rouge et les filles sainte Anne, on les occupait à filer la laine et le coton (8).

Les soldats passants ou malades, reçoivent aussi des secours depuis que la royauté s'occupe spécialement d'eux (9). On le sait, et si l'intendant veut obtenir un hôpital à Noyers, il a soin de dire que cet hôpital pourrait recevoir « les soldats qui, lorsqu'ils

(1) Les syndics de Chàtillon-les-Dombes ont le droit de faire élever un enfant à la chanté de Bourg. De même le seigneur de Vonnaz : Courtépée, t. III, p. 297.

(2) Seyssel reçoit les enfants trouvés et abandonnés. On voit combien est en dessous de la vérité un auteur qui s'est occupé spécialement de la question lorsqu'il déclare que la Bourgogne comptait cinq hospices pour enfants, orphelins et vieillards des deux sexes outre les hôpitaux.

(3) A Issy-1'Evêque, en 1768, le curé a établi une filature de coton et un bureau de charité. Courtépée, 1. 11, p. 475.

(4) Massicot, p. 356.

(5) A Arnay, apprentissage de deux orphelins ; à Alise, d'un orphelin ; à Autun, de six enfants. On trouve une fondation semblable à Chàteauneuf et à Germigny ; la chambre des pauvres de Beaune s'occupe également de l'apprentissage.

(6) Les administrateurs examineront les garçons et filles « qui seront en état d'apprendre des métiers et s'informeront auprès de celui ou de celle qui gouvernent lesdits enfants, de leur façon de vivre, humeurs et inclinations, atin de voir à quoi ils seront propres. » On fera ensuite un rapport au bureau du nom et de l'âge des enfants et des métiers qu'ils désirent apprendre, puis les jurés des corps de métiers que les enfants auront choisis seront avertis d'en parler à tous les maîtres de leurs corps. Ceux qui veulent des enfants viendront au bureau et les enfants seront remis « à ceux qui feront la condition meilleure, dont la conduite, l'expérience et la réputation paraîtront mériter la préférence ». Bibl. de Dijon. A. F. man. 373, fos 22 v° et suiv. On cherche à réprimer les collusions entre les parents des apprentis et les maitrçs qui souvent partagent ensemble l'aigent payé pour les marchés. Ibid., f°s 28 et suiv. (1781).

(7) Délibération du 22 décembre 1737.

(8) Les enfants recevaient une gratification proportionnée à leur travail. L'on s'occupe encore du travail des enfants employés dans la filature de coton de Dijon. Arch. mun., B. 426 (1782-1790).

(9) Au début du dix-septième siècle, il n'y avait pas d'hôpitaux militaires; des religieux suivaient les régiments, les soldats infirmes ou estropies s'hospitalisaient dans les couvents. Histoire de France, de Lavisse, t. VI, p. 321. En 1707, on créa des médecins, chirurgiens et inspecteurs dans les hôpitaux, places de guerre et armées. Arch. dép. Côle-d'Or, B, 12117, f°s 263 r" à 266 v°, enreg. le 28 mars. Lire les Observations sur les ordonnances de i747 et 1180 relatives aux hôpitaux militaires. Bibl. de Dijon, Fonds Baudot, man. 112, f 81.

sont malades ou estropiés, et hors d'état de continuer leur route, sont obligés de se retirer dans des granges, sur la paille, où ils périssent misérablement (I ) ». La demoiselle Jaquette Marie-Nicolas, veuve de François Mairelet, notaire royal, lorsqu'elle veut faire patenter l'hôpital d'Is-sur-Tille, indique la situation militaire delà ville, cet endroit caians toujours été et estant encore extraordinairement fatigué par le passage des troupes (2) a.

Ces soldats malades sont nombreux à l'hôlel-Dieu de Beaune qui se trouve « au milieu de plusieurs grandes routes » ; ils y occupent souvent le tiers des lits ; on reçoit aussi des soldats à Is-sur-Tille, à Seurre (ri), à Montluel (4), à Arnay, à Gharolles (5), à Montbard (6), à Guiseaux, à Tournus, à Pont-de-Vaux (7), à Lagnieux (8), à Chàtillonles-Domhes (9). Une contrihulinn royale de l'Etat est reçue dans ce cas par l'hôpital ; le prix de la journée du soldat malade fixé longtemps à 10 sols fut élevé à 19 dans le courant du dix-huitième siècle (10).

Les catégories des personnes secourues sont donc extrêmement variées : pauvres valides, pauvres honteux, contagieux (1 1), infirmes, incurables, fous, enfants naturels, orphelins, soldats; on n'oublie ni la fille non dotée, ni la femme enceinte, ni le prisonnier ; on n'ose pas entièrement repousser le passant. Ces personnes trouvent d<\s institutions accueillantes pour les recevoir, et celles-ci ne sont pas sans ressources.

Bien qu'il soit assez difficile de donner un budget sérieux de tous les établissements d'assistance, voyons les chiffres fournis par l'intendant de Bourgogne.

Les deux cent quinze établissements dont il donne rénumération dans l'état que nous avons analysé précédemment (12) auraient eu comme revenu en argent 563,647 livres 9 sols, 2 deniers. A cette somme on doit ajouter :

683 mesures de froment valant 2,73*2 livres.

560 — de méteil — 1,680 —

2,037 — de seigle — 5,092 10 sols.

699 — d'orge — 1,398 —

(1) Il y a cent lits continuellement occupés et souvent les malades sont deux à deux.

(2) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 1219, f 7 v.

(3) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12118, f° 127 r°.

(4) Arch. dép. Côte- :'Or, B. 12123, P" 231 v° à 233 r\

(5) En 1737, on demande à Charolles le titre d'hôpital général pour recevoir les soldats en particulier Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12121), f 120.

(G) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12120, f» 190 r° à 203 r°.

(7) Arch. dép. Côte-d'Or. B. 12144, f° 407 r" et v°.

(8) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12124, P> 278.

(9) Arch. dép. Côte-d'Or, B. 12124. f» 324.

(10) Bibl. mun., A. F. 372, p. 187.

(11) Les sœurs de Charolles ont un spécifique contre la teigne et la rache. Courtépée, t. 111, p. 16. Les maladies de la peau sont soignées aussi à Sainte-Reine. Courtépée, t. III, p. 538.

(12) Il nous parle de 215 établissements dans la pièce de la liasse C. 387 des Arch. dép. de la Côte-d'Or. Or, c'est précisément le chiffre auquel on aboutit en additionnant les établissements de l'état de 1775. Arch. dép. Côte-d'Or, C. 378.

400 mesures d'avoine valant 500 livres.

12 — de légumes — 27 —

56 muids 1/2 de vin à 36 livres le muid

de 280 pintes 2,034 —

18 cordes de bois 36 —

Soit au total : 577,146 livres, 19 sols, 2 deniers. (1).

11 faut joindre, pour être complet, à ce revenu ordinaire un revenu extraordinaire qu'il est impossible d'évaluer (2) provenant des quêtes, des dons manuels, de certaines amendes et confiscations, des dons faits par la province, des produits des recettes de justice (3), et des exemptions d'impôts (4), etc.

Le dix-huitième siècle fut donc, lui aussi, un siècle de bienfaisance : l'on n'en peut douter après avoir parcouru la longue liste de ses créations et rénovations hospitalières et vu la place considérable qu'a prise la question de l'assistance dans les préoccupations non seulement du gouvernement mais encore des particuliers. Il continue l'œuvre des âges précédents en la modifiant i-ur de nombreux points. Les hôpitaux généraux sont devenus des hôpitaux régionaux ; les aumônes générales, les bureaux de charité, les ateliers de charité, qui se sont installés aux côtés de l'hôpital, donnent à l'attitude des pouvoirs publics vis-à-vis du mendiant un aspect plus humanitaire. Le sentiment charitable se laïcise dans une certaine mesure, à vrai dire plus apparente que réelle, car c'est la charité religieuse qui tient encore la première place. Les noms des fondateurs d'établissements de charité et la physionomie qu'ils donnent toujours à leurs fondation le prouvent surabondamment.

Les aumônes faites par les évêques et les ecclésiastiques sont encore nombreuses. Les évèques d'Autun, Gabriel des Roquettes, au dix-septième, et Alancourt, au dix-huitième

(1) A Dijon, les sept établissements de charité ont 110,330 livres de revenus. Pour Semur, en 1724 : voir Massicot, p. 344.

(2) Par exemple, on donne aux hôpitaux la totalité des biens des condamnés pour duel (28 oct. 1711). Edils, déclarations, lettres patentes, t. VI, p. 59. Les comédiens doivent payer le droit des pauvres, sinon il y aura saisie de leurs effets (Arch. mun. Dijon, 1, 113 (1713); mais le patrimoine des hôpitaux souffre beaucoup de la législation hostile aux biens de mainmorte : de l'édit de 1661 qui défend aux gens de mainmorte toute acquisition a fonds perdu, de l'édit de 1749 qui leur interdit d'acquérir entre autres les rentes constituées sur les particuliers, enfin de l'exigence des lettres patentes au profit de ces établissements. Cela permit aux héritiers de faire annuler bien des legs faits aux hôpitaux. On en verra un exemple à Auxonne, à propos de l'hospice Saint- Amour. Bizouard, Notice.. , p. 25. Leurs ressources étant insuffisantes, les hôpitaux demandent la permission de faire des loteries : ainsi l'hôpital général de Bourg. Boislile, Correspondance des contrôleurs généraux des finances avec les intendants, t. II, p. 38, nos 134 etsuiv.

(3) Nous possédons encore des registres de justice des hôpitaux de Dijon, de Tonnerre, de Chantilly et de l'hôtel-Dieu de Beaune. Arch. dép. Côte-d'Or, B2. O. 1252.

(4) Voir plus haut, p. 918. Pour la dépense, nous trouvons des indications dans le manuscrit souvent cité de la Bibl. mun., A. F. 372, p. 395 et suiv. Il n'y a pas, pour Dijon, de tableaux permettant de suivre la lluctuation des dépenses et des recettes année par année pendant plusieurs siècles ; mais avec les nombreux matériaux que nous possédons, il ne nous est pas impossible d'en reconstituer un grand nombre.

siècle, se signalent le premier par son zèle pour la création de l'hôpital général, le second par son rôle dans rétablissement de l'aumône générale de la même ville; ce sont eux qui introduisirent dans leur diocèse les sœurs de charité et leur assurèrent des revenus. Ils créent aussi des dots dans leur ville et encouragent maintes fondations pieuses. L'évèque de Belley, Mor de Donat, fonde l'hôpital de celte ville en 1742 ; la charité de Verdun fut établie par M. de Maupoux, l'évèque de Chalon ; l'évêque d'Auxerre, M(Jr de Caylus, fonde plusieurs aumônes générales (1). M91 de Tdladet, évêque de Mâcon, dans son testament, du mois de septembre 1725, établit des distributions manuelles dans de nombreux endroits : à Uoncenoy -ville, à Chevagny-la-Chevrière, à Fleury-la-Montagne, à Prisse, à Saint-André-le-Désert. Enfin les nouveaux évoques de Dijon prouvèrent (2) ainsi que leurs prédécesseurs de Langres (3) abondamment leur générosité. Les fondations par de simples curés de distributions manuelles, aumônes, créations d'hôpitaux (4) sont très touffues dans le courant du dix-huitième siècle. Nous ne pouvons songer à en donner une liste approximativement exacte, ni dénombrer ceux qui, ne se contentant point de fondations, s'occupèrent directement des malades comme Fr. Leclerc, curé de Saint-Germain-de-Senailly et Lory, le curé de Norges qui, depuis trente ans l'un et dix-huit ans l'autre, déclarent les Etats en 1788, soignèrent gratuitement les pauvres atteints de luxations et de fractures (5).

Leurs noms voisinent avec ceux des seigneurs bienfaisants de Pluvault, de Bussy, de Beaumont, de Ternanl (G), d'Auvillars, de Germigny, avec ceux des fondateurs de « charités » etd' « aumônes» parfois non négligeables ; on distribue aux pauvres de Bussy

(1) A Auxerre, à Vermenton. Courtépée, t. IV, p. 377.

(2) En 1770, pour remédier au prix excessif du blé, l'évèque de Dijon fait distribuer aux pauvres de la ville un secours de 60,000 livres que lui remet la province ; il y joint d'abondantes aumônes personnelles.

(3) L'évèque de Langres, en 1709, fait de très grandes aumônes. Mathieu, p. '228. Cordier, le grand vicaire de Langres, est surnommé le père des pauvres. Courtépée, t. IV, p. '295.

(4) Sans parler du curé Guyotte, le fondateur de l'hôpital de Châtillon à la fin du dix-septième siècle, nous pouvons indiquer, au dix-huitième siècle, les établissements des curés de Russy, Epo;sses (Rapport Claudon du 1G juillet 1907, p. '23). Ambérieux, Meseriat, Boissey, Gigny, Macigny, Bourg- Vilain, Clessé, Fleury-la- Montagne, la Clayette, Massy-sous-la-Vineuse, Saint-André-le-Désert, Saint-Vincent-des-Prés, Senozan , Trembly, Varenne-sous-Dun, Villecomte, etc. Une mention est également due au relèvement de l'hôpital de Saulieu par l'abbé Voisenet et sa sœur ; une autre à l'abbé Verdolin, fondateur du bureau de charité et de la manufacture de coton d'Issy-l'Evèque, et nu curé de Fontenaille-sous-Courson. Courtépée, t. IV, p. 34t. Signalons aussi la fondation de la maison de Sacconey par un prêtre originaire de Genève, le sieur Firmini. Enfin l'établissement à Cluny- Ville d'une maison de charité par Jacques Tallard, supérieur d'une mission extraordinaire faite à Cluny en 1675. Nous n'avons pas besoin de rappeler la fondation de l'hôpital de Moutier- Saint-Jean par l'abbé du monastère. Cette énumération n'est pas limitative, car souvent l'on ne nous indique ni la qualité ni même le nom du testateur.

(ôj Arch. dép. Côte-d'Or, C. 3G87. En 1785, nouvelle gratification au curé de Norges. Arch. dép. Côte-d'Or, C. 3'239, f" '25.

(6) A reniant et Semezanges, un ancien seigneur avait laissé 1,000 livres pour acquérir les fonds. « Cette acquisition n'a point été faite, les seigneurs paient annuellement une rente de 50 livres parce qu'elle est hypothéquée sur les terres. »

cent livres de pain par semaine (1). Le seigneur du Bassin, Nicolas Come.iu, lieutenant aux gardes françaises, a établi l'hôpital de Pouilly ; M. de Bouthière, seigneur de Chagny, celui de Chagny ; M. Seurot, seigneur de Cussey, celui de Fayl-Billot. Et encore nous ne nous occupons pas des fondations sans nombre fakes au profit des grands hôpitaux (2). Personne d'ailleurs n'a le monopole de la charité : simples bourgeois, petits notaires, membres des cours judiciaires, tous rivalisent de générosité. On rencontre aussi des créations collectives de communautés d'habitants. Celles-ci dans certains endroits se chargent elles-mêmes de construire leur hôpital : c'est ainsi que furent édifiés l'hôpital de Seurre, l'hôtel-Dieu d'Auxonne et la charité de Vermenton, etc. (3).

Néanmoins, le rôle pris par le pouvoir central et administratif, par le roi, par les Etats, par l'intendant, est beaucoup plus grand qu'autrefois. Nous avons déjà parlé des subventions données par le roi aux maisons de renfermement des mendiants, des soldats, des orphelins, et des privilèges qu'il accorde aux hôpitaux (4). L'intendant le seconde de son mieux et pousse parfois le zèle jusqu'à se faire professeur d'agriculture et distributeur d'avis aux pauvres— on juge de l'extension de ce mot — sur l'art d'ensemencer les terres dans les saisons convenables (5). Enfin une mention touie spéciale est due à l'activité des Etats qui prodiguent aux hôpitaux des subventions nombreuses (6) et en 1757, en 1700 et 1781, se font exhiber un rôle de tous les hôpitaux avec ordre « de rapporter tous les ans des certificats des officiers de justice constatant que les dons et aumônes ont reçu leur destination et que les vœux des fondateurs ont été exécutés ». Le contrôle des Etals se superpose à celui du Parlement. Ils inviient les officiers de justice et les curés à certifier « que les pauvres et les malades des campagnes ont été nourris dans les hôpitaux, entretenus et médicamentés selon les grati-

(1) Courtépée, t. IV, p. 257. À Beaumont, la fondation se réduit à 30 livres. On peut signaler aussi les aumônes de M. et M" e de Serre, seigneur de Flacé, aux pauvres du lieu ; celle de M. de Chantois, de Fleuryla-Montiigne ; celle de Mor du Bost d'Anglure, à Massy-sous-Dun, etc. Sur la charité des seigneurs du Val-de-Meray : Courtépée, t. IV, p. 405; de la dame de Sainte-Colombe-de-Châtillon-sur-Seine : Rapport Claudon, 1909, p. 23.

(2) Consultez sur ce point les registres de fondations des hôpitaux pour Dijon, les ouvrages de Batault pour Chalon,de Bizouard pour Auxonne.

(3) Cette énumération n'est pas limitative, mais nous manquons souvent de renseignements. En fait, les fondations faites par des particuliers sont la règle ; celles des collectivités, l'exception.

(i) Le roi envoie souvent des remèdes. Dans les cahiers de paroisse de Saint-Thibault, l'on réclamera, en 1789, l'établissement de deux filles hospitalières pour « prendre soin des malades en leur distribuant les remèdes que Sa Majesté a la bonté d'envoyer tous les ans ». Arch. dép. Côte-d'Or, B2. 22G. La paroisse de Vianges, dans ses cahiers de remontrances, demande aussi qu'on indique la manière de se servir des médicaments et remèdes que l'administration répand dans nos campagnes. Arch. dép. Côte-d'Or, B2. 254.

(5) Avis distribué par ordre de M. l'intendant des provinces de Bourgogne, Dijon, ier août i7G7, suivi du prospectus d'un établissement de charité formé dans la paroisse de Saint-Denis-sur-Sarlhou, pour aider les pauvres à ensemencer leurs terres dans les saisons convenables , Dijon, Causse, 1767, in-4°. Bibl. de Dijon, F. D. 277.

(G) Dijon recevra 8,000 livres, Autun 800, Chagny 150, Charolles 200, Seurre 600, Louhans 150. Voir aussi Arch. dép. Côte-d'Or, C. 3687.

ficalions respectives » (1). Les Etats permettent aussi aux villes des bailliages de s'imposer pour l'entretien des hôpitaux et hospices ; ils font plus ; ils s'occupent aussi de vulgariser les enseignements utiles à la santé générale (°2) et même les recettes de cuisine (S). Le 28 décembre 1773 ils créent un cours gratuit d'accouchement pour l'instruction des sages-femmes (4), mesure d'une utilité urgente ; ils récompensent les hommes bienfaisants comme le sieur Martin « démonstrateur de plantes » à Auxerre qui distribue gratuitement des médicaments aux pauvres des campagnes (5). Eux-mêmes veillent à ce que l'on place dans les paroisses de campagnes les boites de médicaments (6).

Dans les cas de disette, les États ordonnent des détaxes d'impôts, des distributions de grains ou de riz, dans la province (7). Les incendiés ne sont pas oubliés : une somme de 12,000 livres leur est distribuée annuellement, et les évêques sont invités à établir dans leurs diocèses des bureaux en leur faveur (8). Cette ingérance des Etats en matière d'assistance est un des traits les plus marquants du dix-huitième siècle. Le soin des pauvres n'est plus seulement une question de police pour le pouvoir central, c'est aussi un devoir de secours. A côté de la charité privée, qui dépend du sentiment individuel, variable suivant les temps, vient s'installer la charité des Etats qui annonce celle de l'Etat.

Ce n'est pas que le sentiment charitable des particuliers ait fait fadlite au dixhuitième siècle ; dans les fondations de Dijon nous retrouvons des pratiques qui nous reportent loin en arrière. Les pauvres, à Dijon, assistent aux messes dites pour les fondateurs; tantôt, ils chantent un libéra ; tantôt, un de profanais. Ce soin touchant d'inculquer le souvenir des morts à ceux qui bénéficient de leurs dons, se retrouve dans la coutume de la récitation de prières sur la sépulture du défunt. C'est ainsi que douze enfants de l'hôpital doivent réciter les sept psaumes de la pénitence sur ht tombeau de Blaize Richard, religieux de l'abbaye de Saint-Etienne, de Dijon. Comme au

(1) Imprimé en 1784 ; cité par Batault, p. 305.

(2) En 1784, les Etats invitent les médecins Chaussier et Enaux à rédiger, pour la publier, une méthode curative de la rage et de la morsure des vipères. Arch. dép. Côte-d'Or, C. 3238, f° 678.

(3) Manière de faire les potages pour nourrir les pauvres, publié par MM. les élus des Etals de Bourgogne, Dijon, J. Grangier, 1709, in-4°. Bibl. de Dijon, F. D. 204. — La cuisine des pauvres, dédié aux Etals généraux de Bourgogne, par un ancien officier des dits Etats, Dijon, Defay, 1772, in-4°. Bibl. deDijo.i, [656].

(4) Le 28 décembre 1773. Arch. dép. Côte-d'Or, C. 3226. Hénault touchait 1,200 livres pour ce cours. Ibid., G. 3il3. f° 47 r°.

(5) Arch. dép. Côte-d'Or, C. 3687 et C. 3242, f° 639.

(6) En 1780, on dépose à l'hôpital et a la chambre de ville île Dijon des boites fumigatoires pour rappeler à la vie les personnes noyées ou suffoquées par les vapeurs de charbon. Arch. mun. B. 414.

(7) Arch. dép. Côte-d'Or, C. 3688 (1784-1785) et C. 3240. Lettre de M. Rousselot, maire de Dijon, du 1" mars 1111, au sujet de la distribution d'un secours de riz aux pauvres, s. 1. n. d., in-4". Bibl. de Dijon, F. D. 296.

(8) Arch. dép. Côte-d'Or, C. 32i0, f° 294. Notre caisse départementale de secours pour les incendiés de la Côte-d'Or, créée par délibérations du Conseil général des 29 août 190G et 9 avril 1907 a donc, elle aussi, une préfigure dans la vieille province.

moyen-âge, on songe non seulement à secourir la misère, mais aussi à fournir un peu de bien-être. Le 8 octobre de chaque année, en exécution de la fondation Marc, on met dans la marmite pour le bouillon des malades trois ou quatre volailles et l'on ajoute à l'ordinaire un quarteron de pain, un quarteron de viande et un peu de vin ; un goûter est aussi donné aux malades le jour de la Saint-Denis (1). Comme au moyen-âge, l'amour du prochain, chez les petits et chez certains grands, se manifeste dans leur testament. Voici par exemple, un domestique, Jean Décamp, demeurant à Fiée en Picardie (2), qui dans son testament, rédigé à Dijon, demande qu'on distribue l'année de son décès et sans intérêt, 100 livres aux pauvres de sa paroisse natale (3); Pierrette Daroisy, domestique à Chalon, donne ses meubles aux malades de l'hôpital (4). A Cussy-la- Colonne, Etienne Carré d'Aligny, « un de* plus respectables seigneurs de la province », ayant aimé les pauvres pendant sa vie, veut être enterré avec eux au cimetière et cela en 1772 (5). Nous avons rencontré une clause toute semblable au quinzième siècle (6). Néanmoins, nous ne sommes plus au moyen-âge et encore moins, peut-on dire, dans ce dix-septième siècle dont la charité empreinte de prosélytisme et facilement inquisitoriale et vexatoire, a amené une réaction très sensible dans le dernier quart du dixhuitième siècle. Sans étudier le sujet autrement que sous l'angle de l'assistance, contentons-nous de faire remarquer que la chambre de Dijon, en 1731, à l'occasion des troubles amenés par l'interdiction des quêtes faite par l'aumône générale (7), augmente le nombre des ecclésiastiques de l'hôpital et de cette mesure tire prétexte pour interdire la visite hebdomadaire des différents ordres religieux à l'hôpital de Dijon (8).

Cette augmentation justifie trop bien cette exclusion, pour que cette dernière ne soit que la cause de la première. Les indices se multiplient : nous en voyons dans les suppressions de missions annexées aux hôpitaux d'Auxonne et de Pouilly, dans l'abstension des femmes d'Autun qui depuis deux ans, en 1775, ne se présentent plus à la communion pour recevoir en récompense cinq livres (9) ; dans la réduction des messes de fondations devenues trop nombreuses ; dans la raréfaction des expositions du Saint- Sacrement à l'hôpital. Le prétexte est toujours respectueux : ces expositions « viendraient plutôt à diminuer qu'à augmenter le respect des fidèles pour le mystère ado-

(1) Registre des fondations, Bibl. de Dijon, A. F. 373, f° 20 r°. Une petite liste abrégée des principaux bienfaiteurs de l'hôpital de Dijon, dans Voiilery, p. 147, 148. Voir aussi plus haut, p. 936.

(2) Paroisse de Alouchy-L^gnche (Somme).

(3) « Et dans le cas où quelques-uns de mes parents seraient dans l'indigence, je veux, ajoute-t-il, que cette somme leur soit distribuée de préférence. » Arch. dép. Côte-d'Or (Reg. des causes du procureur si/ndic et de l'hôtel du maire), B'2. 0.^537.

(4) Batault, p. 400.

(b) Courtépée, t. II, p. 319.

(6) Voir plus haut, p. 858, note 5.

(7) Voir plus haut, p. 471.

(8) Sur cette visite, voir plus haut, p. 898, note 3.

(9) Cette communion se faisait le 6 décembre en l'église des Gordeliers d'Autun ; la fondation en était établie en faveur de trente-trois femmes.

rable de l'aulel » (1). Tous ces petits faits qui s'additionnent prouvent que le courant de l'idée révolutionnaire traverse les esprits dans les hôpitaux, comme ailleurs. L'assistance prend un caractère plus laïque et plus réaliste; ils sont bien les continuateurs des anciennes confréries, les maîtres de chirurgie de Dijon, qui en avril 1733, installent dans la tour surmontant la porte Guillaume un dispensaire pour les malades de la ville et de la campagne (2), néanmoins leur mentalité est bien différente. Les médecins jouent un rôle plus considérable et cachent moins soigneusement leur science et leurs remèdes (3). Toutefois, il semble que, dans la seconde partie du dix-huitième siècle, vis-à vis de la charité officielle devenue plus démonstrative, la charité privée soit en baisse, du moins dans certaines villes. Sur le registre des fondations de l'hôpital de Dijon, nous rencontrons cinquante-cinq fondations de 1701 à 1750, onze seulement de 1751 à 1780 (4). De plus si, faisant abstraction des confirmations d'hôpitaux qui ne feraient que rendre encore plus sensible ces différences, nous relevons dans l'état de l'intendant Amelot la liste des fondations et aumônes du dix-huitième siècle, liste fort incomplète, comme on sait, nous comptons 34 fondations jusqu'en 1750, 6 seulement de 1750 à 1789. Ainsi la charité parle et s'étale davantage, mais il semble bien qu'elle agisse moins, Ne nous plaignons pas d'ailleurs de ces discours ni des examens, ni des critiques de la fin du dix-huitième siècle, c'est souvent, grâce à eux et grâce à elles, que nous connaissons bien des détails des institutions et que nous nous rendons compte du jeu facile ou pénible de leurs différents rouages. L'Etat de l'intendant Amelot a déjà révélé son appréciation personnelle, il blâme les « donnes » et les distributions du moyen-âge et voudrait faire pénétrer partout l'action de son administration. Il aperçoit aussi des abus dans un certain nombre d'hôpitaux — une petite minorité il faut le dire (5) — et soupçonne qu'un certain nombre de fondations anciennes ont été accaparées au détriment des pauvres : sur ce point il est en dessous de la vérité (6). Dans l'ensemble, si

(1) Atvh. mun. Dijon, A. F. 373, f° 12 r.

(2) De 10 heures du matin à midi, l'on y traitait et pansait gratuitement les malades indigents et on leur fournissait gratuitement les linges et médicaments externes dont ils pouvaient avoir besoin. En 1788, les Etats leur permirent de se réunir au local du cours d'accouchement et d'anatomie. \rch dép. Côte-d'Or, C. 3243, f» 183.

(3) C'est après avoir consulté le Mémoire de Durande, l'un des médecins, que la chambre de ville prendra, en 1779, des mesures contre la petite vérole. Arch. mun , B. 413. Ce Durande deviendra, l'année suivante, médecin des pauvres aux appointements de 1,200 livres (Arch. mun., B. 414), et en 1787 médecin des Etats. Arch. dép. Côte-d'Or, C. 3242, f° 604.

(4) Bibl. de Dijon, mari. A. F. 373. A Chalon, la différence n'existe pas ; il y a quarante-cinq fondations de 1700 à 1750, et trente-huit de 1750 à 1780 ; mais il ne faut pas oublier que régulièrement, ou du moins fort souvent, les religieuses et les maîtresses de l'hôpital qui ont conservé la libre disposition de leurs biens en cèdent une partie à l'hôpital. A Semur, M. Massicot, sans s'expliquer la raison, indique ceci pour la dernière période du dix-huitième siècle : « Nous notons un temps d'arrêt assez grand dans les donations faites à l'hospice comparativement avec les années antérieures ». P. 357.

(5) Voir p. 937 et ss.

(6) P. 940. Par exemple, il ne parle pas de la maison de l'aumône des moines de Gigny (sécularisés du temps de Courtépée et qui ne donne rien), Courtépée, t. 111, p. 308, 309, ni d'une négligence pareille du chapelain de Fay. Jbid., t. III, p. 421.

Ton apprécie ses critiques avec impartialité, l'on trouve que pour la grande province qui constituait alors la Bourgogne, elles se réduisaient à peu (1) et cette appréciation est confirmée quand on examine les réclamations des cahiers de 1789.

Chose curieuse dans ceux-ci, nous ne relevons qu'une plainte au sujet des « donnes » faites sans contrôle à lout le monde, elle émane du clergé d'Autuu (2). Ce qui semblerait prouver qu'elles n'étaient pas si mal vues de l'opinion publique, ces donnes qui réjouissaient tant de personnes, et amenaient une fête dans Je village et des clients a « la multitude des cabarets (3) » s'installant déjà partout dans les campagnes. Elles avaient aussi l'avantage de mettre sur le même pied le riche et le pauvre et enlevaient au secours donné tout caractère humiliant. Les donnes n'étaient pas impopulaires, et si leur distribution n'étaient pas conforme aux règles d'une sage assistance, il n'est pas sûr qu'elles fussent contraires aux intentions des fondateurs. Les cahiers de paroisses ne disent donc rien des donnes et parlent fort peu de l'assistance : ce sont les cahiers de bailliage qui nous fournissent la presque totalité de nos renseignements. Ils s'occupent des revenus des hôpitaux qu'ils voudraient voir grossir soit par des incorporations ou des institutions particulières (4), soit par des mesures plus générales, telles uuecontri-

(I) L'appréciation de Joseph Garnier, suivant lequel « le plus grand nombre» des hôpitaux ou établissements aurait été mal administré {Annuaire i898, p. 487, 488) est manifestement exagérée. Dans la subdélégation de Dijon, sur neuf établissements certains, pas une critique n'est prononcée par l'intendant. Les deux autres, l'aumônerie de Gevrey et l'hôpital de Saint-Philibert, sont douteux; en réalité si ce sont des biens accaparés au quinzième ou seizième siècle, cela n'a aucun rapport avec l'admin^tration du dix-huitième siècle. 11 n'y a pas de critiques pour les quatre établissements d'Arnay. A Auxonne, sur quatre établissements un seul suggère des réserves : l'hôpital doni l'administration est trop dépensière. On soupçonne le seigneur de s'être emparé de l'hospice de Mirebeau : nous savons, par l'enquête du dix-septième siècle, ce qu'il faut penser de cet hospice. Pas un mol de blâme dans le rapport pour les sept établissements de la subdélégation de Beaune. A Châtillon, sur les deux hôpitaux, l'un, l'hôpital Saint-Germain, parait inutile. Nous pourrions continuer cette critique de la critique de M. Garnier, elle nous montrerait que dans l'immense majoiité des cas, en dehors des donnes, il n'y a pas de blâmes et que l'administration parait suffisante.

('.!) « II y a, dans plusieurs paroisses du diocèse, des fondations établies pour distribuer dans des tems marqués une certaine quantité île pain à tous les misérables qui se présenteront. Ces sortes de distributions, dans les endroits où elles sont, sont appelées donnes On distribue à loutes personnes qui se présentent, soit paroissien, soit étranger, sans examiner s'ils ont réellement besoin de 1 aumône qui seroit nécessaire à ceux qui souffrent. Ceux qui sont dans l'habitude de mendier viennent de toutes parts demander cette aumône qui devient commode à la mendicité et peu utile à la pauvreté. Sa Majesté sera supphée d'ordonner que 1 un fasse un usage plus utile au soulagement des pauvres de ces fonds qui leur sont destinés et qui quelquefois sont considérables ; l'établissement de bureaux de charité formés par des règlemens sages, tels qu'on en voit dans plusieurs villes du royaume parait le meilleur moyen d'employer ces fonds au soulagement des malheureux. » Mém. de la Soc. Eduenne, t. XIV, p. 135, 136.

(3) Ibid., p. 135.

(4) A Noyers, l'on demande la réunion des revenus du prieuré a ceux des hôpitaux. Arch. dép. Côte-d'Or, B8. 2261, ait. 1!). Saint-Thibault réclame qu'à l'hôpital de Semur on réunisse les revenus du bénéfice de la chapelle Saint-Gilles et l'établissement de deux sœurs hospitalières. Arch. dép. Côte-d'Or, B2. 226*. Les cahiers du tiers état du bailliage de Charolais contiennent dans leur section VI l'article suivant: « Que les fonds distraits des hospices de charité, que le seigneur de Manigny-le-Comte et celui de la Motte-Saint-Jean étaient assujettis à établir dans ces deux paroisses, ainsi que tous autres établissements publics, leur soient restitués. » (Art. 21). Arch. pari., t. Il, p. G'22.

billion (I) prélevée sur les biens du clergé. A cet avis se rallie le tiers état de Dijon et celui de Bourg-en-Bresse et le clergé d'Autun qui fait valoir « celte charge primilive de la dime » (2).

L'administration des hôpitaux n'est guère l'objet d'observations précises ; l'on se contente de réclamer plus de publicité pour les comptes et plus d'uniformité dans les administrations (3). Des progrès incontestables ont été réalisés et si l'on en souhaite d'autres c'est d'une manière assez vague, ce qui prouve que l'on n'y remarque que peu d'abus (4).

Dans quelques endroits des hôpitaux nouveaux sont souhaités (5). Auxerre désirerait un hôpital toutes les cinq lieues (0). Ces créations sont peu demandées car les hôpitaux

(1) « Art. 12. — Que les biens de l'Eglise étant, à vrai dire, le patrimoine des pauvres, et spécialement destinés à leur entretien, il sera pourvu aux secours nécessaires pour les établissements de charité par une contribution prélevée sur les bénéfices excédant 3,000 livres de revenus, laquelle sera versée dans la caisse des administrations provinciales. » Arch. pari., t. III, p. 107 ; reproduit art. !), titre, du clergé de Dijon : ibid., p. 143. A Bourg-en-Bresse, dans son article 8, le tiers demande la réunion des biens des monastères supprimés au hôpitaux, collèges et autres établissements utiles. Voir aussi l'art. H. Arch. parlent., t. II, p. 460. La paroisse de llavigny a une proposition originale : pour obliger les prélats, abbés et prieurs à la résidence, elle demande qu'on leur fasse déposer à la caisse des pauvres le vingtième de leurs revenus pour chaque mois d'absence. Arch. dép. Côte-d'Or, B"3. 2261 ; Bourbon-Lancy, art. 120. Mém. Soc. éduenne, t. VII, p. 343.

(2) Mém. Soc. éduenne, t. XIV, p. 137.

(3) Les Etats généraux feront en sorte que toutes les administrations publiques, particulières, et même celles des hôpitaux soient soumises à la plus grande publicité. Clergé de C/idtillon-sur- Seine, section 2, article 13. Arch. parlem., t. II, p. 701. Le clergé du bailliage de Chalon-sur-Saône déclare (tans son article 13 : « L'administration des hôpitaux n'est pas encore tout ce qu'elle devrait être; le clergé du bailliage pense qu'un moyen de la porter à la perfection dont elle est susceptible, ou d'acquérir au moins des idées qui puissent en faciliter le progrès, serait d'en rendre les comptes publics parla voie de l'impression ; les curés de la campagne demandent qu'il y soit établi une certain nombre de lits uniquement destinés aux malades de leur paroisse. » Arch. pari., t. II, p. 602. Le tiers état du même bailliage : titre de l'église, réclame :

Art. 13. — Qu'il soit accordé la protection la plus spéciale aux hôpitaux ou hospices de charité; qu'il en soit même établi pour les enfants trouvés dans les villes capitales et épiscopales ; que ces différents établissements aient une administration uniforme dans tout le royaume et que les comptes en soient rendus publics. Arch. pari., t. Il, p. 609.

Les cahiers du clergé du bailliage d'Autun entrent dans des détails. Ils demandent, dans les hôpitaux, un livre-journal tenu par les médecins et chirurgiens et indiquant les noms des malades, les soins donnés, le succès ou l'insuccès des traitements. Mém. de la Soc. éduenne, t. XIV, p. 130. Ils souhaitent aussi plus de publicité et plus d'influence pour le clergé dans les bureaux. Ibid., p. 131.

(4) Une allusion à la législation des biens des hôpitaux est faite par le tiers état d'Auxonnequi réclame (titre de la législation, art. 28) : « ...qu'il soit dorénavant permis à tous particuliers, même aux hôpitaux et fabriques de placer leur argent sur billets ou obligations avec intérêts au taux de l'ordonnance, sans aliénation du principal ». Arch. pari., t. IL p. 123. Le tiers état de Dijon demande aussi l'abolition des franchises accordées par les souverains relativement aux droits d'entrée dans les villes, « sauf pour les hôpitaux et établissements de charité ». Art. 49, Arch. pari., t. III, p. 133.

(5) La paroisse de La Bussière réclame l'établissement d'un hôpital dins l'abbaye pour les malheureux dont fourmille la paroisse (art. 8). Arch. dép. Côte-d'Or, B2 242. Les gens de Maisey-le-Duc implorent qu'on rétablisse leur hôpital ou que celui d'Arc-en-Barois soit tenu de recevoir leurs malades. Arch. pari., t. II, p. 714.

(6) Art. 24. — Que Sa Majesté soit suppliée d'accorder la plus efficace protection aux hôpitaux, d'en établir à la distance de cinq lieues, de pourvoir à leur dotation sur le surplus des biens du clergé et d'arxorder sur ces mêmes biens les secours nécessaires à ceux déjà établis dont le revenu sera reconnu insuffisant ; qu'il soit permis aux dits hôpitaux seulement de recevoir les dons et aumônes en fonds sans payer d'amortissement.

ne manquent pas dans la province : il est vrai que les difficultés des communications sont très grandes et que le malade des campagnes ne peut d'ordinaire aller chercher bien loin la maison qui doit le secourir (1).

L'on s'occupe davantage des asiles d'enfants. Les orphelinats devraient être installés dans toutes les villes de bailliage déclare le tiers d'Autun (2). Quant à la noblesse d'Auxois, elle émet le vœu que les enfants trouvés seraient éduqués sur les côtes pour en faire des marins sous le nom d' « enfants de l'Etat » (3). Il ne faut pas oublier que la noblesse avait un gros intérêt pécuniaire : l'éducation des enfants trouvés constituant une lourde charge pour les seigneurs (4). A défaut d'hôpitaux, certains se contenteraient de sœurs grises établies dans les bourgs et gros villages du royaume : avec les remèdes qu'elles distribuent et les soins qu'elles donnent aux malades elles fournissent tous les avantages d'une maison de charité (5).

Ces maisons de charité d'ailleurs ne donnent lieu qu'à peu d'observations. Si elles étaient organisées suivant les vœux du clergé de Chalon-sur-Saône chacune d'elles contiendrait une salle pour les incurables et une autre pour les orphelins et enfants trouvés (6).

Les cahiers jusqu'ici peu loquaces sont, par contre, beaucoup plus explicites sur les bureaux de charité chargés de distribuer des secours aux vieillards et aux indigents (7).

(1) C'est là le motif qui a inspiré l'abbé de Salignac-Fénelon lors de la fondation d'une maison de charité à Saint- Germain-du-Bois ; il dit « qu'il étoit mort beaucoup de pauvres ouviiers de la campagne faute de pouvoir être secourus dans leur maladie », et il a en outre observé « que ceux qui ont été transférés dans les hôpitaux voisins ont souvent risqué la vie par la difficullé du transport dans un pays montueux et par la peine qu'ils ont dû ressentir de se trouver séparés de leur famille ». Arch dép. Côte-d'Or, B. 12141, f° 188 r°.

(2) « Que dans toutes les villes de bailliages, il soit établi un hospice pour recevoir des enfants naturels ou abandonnés. » Cahiers du tiers état des bailliages d'Autun, Montcenis, Semur-en-Brionnais et Bourbon- Lancy, art. 73. Arch. pari., t. II, p. 107. Mém. de la Soc. éduenne, t. VII, p. 358.

(3) Art 22. Arch. dép. Côte-d'Or, B2. 2263 ; Arch. pari., t. II, p. 131. Les filles devaient être employées dans les manufactures et filatures. L'idée vient vraisemblablement qu'en des hôpitaux comme à Dijon, les enfants pour lesquels le roi paie une pension portent le nom « d'enfants au compte du roi » et vraisemblablement « d'enfants du roi ». Bibl. mun , A. F. 372, p. 132.

(4) Bouhier, Comment, sur la coût, de Bourg., t. II, p. 5')0, 781.

(5) Cahiers de la noblesse du bailliage d'Auxerre. Article 75 : « Les Etats généraux s'occuperont des moyens d'assigner des fonds pour former dans les bourgs ou gros \illages du royaume, à une distance fixée, des sœurs grises pour avoir soin des malades de la campagne. » Arch. pari., t. II, p. 118.

(G) Art. 14. Arch. pari., t. II, p. 602. Cet article prouve que la maison de charité-dispensaire n'est pas encore bien distincte de l'orphelinat et de l'hospice.

(7) Les cahiers de la noblesse du bailliage d'Auxois sont très explicites sur ce point : « Art. 21. — Le député demandera que les villes, bourgs et villages établissent des bureaux de charité et répondent des vagabonds qui seraient arrêtés et ramenés dans leurs paroisses.

.) Dans le cas où les tonils de charité ne suffiraient pas, les curés et syndics seront autorisés à demander un supplément au bureau général du bailliage. En conséquence, Sa Majesté sera suppliée de laisser à la disposition de l'administration des provinces les fonds qu'elles lui passent pour la suppression de la mendicité. » Arch. dép. Côte-d'Or, B2. 2262. Arch. pari., t II, p. 131. (Il faut savoir, pour comprendre ces réclamations, que la province payait au roi 42,307 1. 14 sols pour la suppression de la mendicité dans le royaume. La Bresse, Bugey, Valromey et Gex, 7,692 livres. Cette somme s'imposait sur les garnisons). Arch. dép. Côte-d'Or, B. 3413, f° 11 r°.

La paroisse d'Anstrude, dans le biilliage d'Auxois, réclame un bureau de charité dans son article 14. Arch. dép. Côte-d'Or, B2 2261. De même Allerey (bailliage de Saulieu). lbid., B2. 254. « Qu'il soit établi des

L'installation de ces bureaux de charité dans les villes, les bourgs et même les simples villages (I) est réclamée par un grand nombre de bailliages et même par quelques paroisses comme un moyen d'amener l'extinction de la mendicité : chaque paroisse devant nourrir ses pauvres. Le clergé de Charolles dans son amour des solutions énergiques interdirait à tout pauvre de sortir de sa paroisse (2). Mais comme il serait injuste de mettre sur le même pied l'invalide qui ne peut et le valide qui doit travailler, à côté de la réclamation du bureau de charité, se trouve celle de l'atelier de charité, et certains vœux en installeraient dans toutes les paroisses (3). Ailleurs on se contenterait d'ateliers répartis dans la province sous la direction et inspection des administrateurs de province (4).

bureaux de charité dans toutes les paroisses de la campagne ». Cahiers du tiers état d'Auxerre, art. 27. Arch. pari., t. II, p. 121. Cahiers de la noblesse de Chalon-sur-Saône, art. 11, seut 4. Arch. pari., t. II, p. 607. Voir aussi : Cahiers du clergé de Chalon-sur-Saône, art. 10 ; Arch. part., t. II. p. 001 . De même le tiers état de Chalon-sur-Saône, titre de l'église, art. 14 ; Arch. pari , t. II, p. 609. C est un bureau de chanté que le clergé de Châtillon vise lorsqu'il demande que des revenus soient établis dans chaque paroisse pour soulager les pauvres (art. 4, section V). Arch. pari., t. II, p. 702: « Il serait à souhaiter que des revenus fixés et proportionnés aux besoins fussent destinés, dans chaque paroisse de campagne, au soulagement des pauvres, et que l'administration en fût confiée aux personnes notables du lieu, à la tète desquelles se trouvent les curés. » Le tiers état du même bailliage de la montagne émet, au fond, le même vœu quand il postule « que chaque communauté soit tenue de nourrir ses pauvres, sans que ceux-ci puissent se livrer ailleurs à la mendicité » (ch. V, art. 21, Arch. pari., t. II, p. 714.'.

La noblesse de Bar-sur-Seine : « Enfin, il serait à désirer d'établir dans chaque paroisse une administration de charité composée des seigneurs, des curés et de deux notables habitants pour procurer des secours a la vieillesse, aux infirmités et à la misère; et ce serait le meilleur moyen de détruire la mendicité. » Arch. pari., t. II, p. 253. Le tiers état demande également que l'on pourvoie « à la subsistance des vieillards et des infirmes indigents, soit par le moyen de bureaux de charité, que les paroisses seront autorisées à établir, soit par quelque autre établissement » (art. 38). Arch. pari., t. Il, p. 259. Les cahiers du clergé du bailliage d'Autun dégagent bien la notion du bureau de charité. Mém. Soc. eduenne, t. XIV, p. 138. Voir aussi p. 131.

(1) Le cahier des 3 ordres de la p'-ovince de Bresse est très explicite. Chap. îv, art. 14 du Tiers: « Qu'il soit prélevé sur la dime une portion déterminée pour le soulagement des pauvres, enfants, vieillards et infirmes de chaque paroisse ; et que pour en faire la distribution, il soit établi un bureau de charité qui sera composé du curé, des syndics, dont, l'un sera le receveur, et de quelques notables du lieu suivant la population de la paroisse. La noblesse: non admis, comme blessant les propriétés qu'on ne pourrait attaquer sans une indemnité proportionnée. Le clergé rédige ainsi : il sera établi dans chaque paroisse un bureau de charité, composé des syndics, dont l'un sera le receveur et de quelques notables du lieu sous l'inspection du curé, et dont les fonds serorrt pris soit sur leurs dîmes, soit sur les économats, soit aussi sur le produit des menses épiscopales ; soit enfin de telle autre manière qu'il plaira à sa majesté arbitrer, etc. Arch. parlent., t. II, p. 458.

(2) Art. 30. Arch. parlent., t. II, p. 615. La même opinion est exprimée par la noblesse du bailliage d'Auxonne. (Voir la note précédente.)

(3) La noblesse de Chalon-sur-Saône en parle comme d'un des moyens à employer par les villes pour nourrir' leurs pauvres, art. ll.sect. 4. Arch. parlent., t. II, p. 607. Le clergé de Chalon-sur-Saône le nomme « atelier de travail » et demande qu'il soit proportionné aux productions du local, aux forces et au nombre des ouvriers. Art. 10. Arch. parlent., t. Il, p. 601. Le clergé d'Auxerre. Art. 31. « Qu'il soit établi dans chaque paroisse, ou au moins dans un arrondissement désigné, des bureaux et ateliers de charité, pour abolir la mendicité et soulager efficacement les pauvres et les malades ; et que les Etats provinciaux soietrt chargés de la dolatiorr. composition et administration desiits établissements. Arch. parlent, t. II, p. 109. Le clergé du baillage d'Auxois demande aussi des ateliers pour occuper les pauvres valides. Art. 9. Arch. parlent., t. II, p. 126, \Ti Ibid. Bourbon-Lancy, art. 120, Mém. de Société Eduenne, t. VII, p. 353. Le clergé du baillage d'Autun souhaite des ateliers et des manufactures. Mém. de Société Eduenne, t. XIV, 131 et 138. L'art. 16 du cahier du bailliage de Nuits voudrait qu'on emploie en établissements d'ateliers de charité le revenu des maisons religieuses. Arch. dép. Côte-d'Or, B-' 173.

(4) Cahiers des 3 ordres de Bourg-en-Bresse, art 32 et 33. Arch. parlent., t. II, p. 461.

Une des grosses préoccupations des campagnes c'est de s'assurer des chirurgiens capables et surtout des sages-femmes un peu au courant de leur art.

Le cours public d'accouchement* professé à Dijon, semble une institution digne d'être vulgarisée. Au clergé de Chalon-sur-Saône il semble désirable d'en installer un « dans chaque baillage ou autre arrondissement (1) ». La noblesse d'Auxerre est plus précise, c'est dans chaque arrondissement de trois lieues (2) que le cours ferait sentir son rayon d'influence. Celte amélioration ne serait pas à elle seule suffisante pour la santé des campagnards, on se plaint du peu de science des chirurgiens de villages. Sur ce point les plaintes de la noblesse, victime elle aussi de l'inexpérience de ces rebouteurs, se rencontrent avec celles du tiers état (3). Le clergé d'Auxerre met le doigt sur une autre plaie et souhaite que les campagnes pussent, elles aussi, profiter de la gratuité des chirurgiens (4), car il n'ignore pas que ces chirurgiens

(1) Arch. parlent., t. II, p. 602, art. 14.

(?) Art. 74. « Il sera établi dans chaque arrondissement de trois lieues un chirurgien-accoucheur ou sagefemme qui ne pourront être admis à l'exercice de cette fonction qu'après avoir été suffisamment examinés par les médecins et chirurgiens de la ville la plus prochaine en présence des magistrats, lequel examen sera sans frais. » Arch. parlent., t. II, 118. Le tiers état d'Auxerre, titre de l'Education publique, art. 7 : « Que les communautés desdits chirurgiens soient assujetties à donner à l'un d'entre eux des leçons publiques et gratuites d'accouchement pour l'instruction des femmes de la campagne qui se destinent à exercer cet art, dont l'ignorance occasionne la mort de beaucoup de mères et d'enfants, et qu'il soit pourvu par le gouvernement aux frais et dépenses de cet établissement. » Arch. parlem., t. II, p. 123. Même vœu du clergé du bailliage d'Auxerre, ait. fc'O : « Qu'il soit établi dans des arrondissements déterminés une école publique et gratuite pour y former des sages-femmes et que chaque paroisse soit tenue d'y envoyer des élèves intelligentes, de lionne vie et mœurs, et que la dotation, formation et direction des dites écoles soit laissée aux Etats provinciaux. » Arch.. parlem., t. II, p. 111. La noblesse de Bar-sur-Seine à son tour indique que « depuis longtemps on s'est occupé, dans différentes provinces, d'instruire des sa^es-femmes, pour qu'elles puissent garantir dans les campagnes des malheurs qui sont souvent l'effet de leur inexpérience. Il est à désirer que les Etats généraux s'occupent de cet objet important, et invitent les Etats particuliers, qui s'en sont déjà occupés, à redoubler leurs exhortations aux habitants des campagnes pour en profiter». Arch. parlent., t. Il, p. 253. « Le besoin de sages-femmes instruites est encore plus grand que celui des chirurgiens, déclare le clergé d'Autun. L'ignorance dans cet emploi si intéressant pour l'humanité a tous les jours les suites les plus funestes. » Il demande « d'ordonner qu'aucune femme ne pourra exercer cet emploi sans être suffisamment instruite et sans avoir été examinée par les maîtres de l'art. Mém. Soc. Eduenne, t. XIV, p. 130.

(3) Ch. VI, ait. 29 du cahier des 3 ordres de Bourg-en-Bresse: « Que dans les examens des chirurgiens qui se destinent au service des campagnes, il soit apporté autant d'attention et de sévérité que pour ceux qui s'établissent dans les villes. La noblesse : consenti et demandé comme très important Le clergé : consenti l'article du tiers état. » Arch. parlem., t, II, p. 460, 401. « Il est également important de veillera ce qu'aucun chirurgien ne puisse s'établir dans les villes, et surtout dans les campagnes, sans avoir donné des preuves suffisantes de sa capacité qui seront constatées par les précautions que les Etats généraux croiront devoir proposer. » Noblesse de Bar-sur-Seine. Arch. parlem., t. II, p. 253.

Le tiers état d'Auxerre, titre de V Education publique, art. G : « Que les statuts des chirurgiens soient réformés en ce qui touche l'examen des récipiendaires destinés à exercer dans les campagnes et que les dits récipiendaires soient tenus de subir au moins trois examens. » Arch. parlent., t. IL p. 123. Le clergé d'Autun : « Ou demande que les paroisses soient autorisées à procurer à des chirurgiens instruits des avantages et des gratifications, afin de les engager a s'établir parmi eux, mais on demande en même temps que ceux qui veulent exercer cet art aient fait de bonnes études et qu'il ne leur soit permis de travailler dans les campagnes que lorsqu'on se sera assuré de leur capacité » Mém. Soc. Eduenne, t XIX, p. 136.

(4) Art. 79. « Que des chirurgiens soient établis dans des arrondissements à la campagne pour y secourir gratuitement les pauvres. » Arch. parlem., t. II, p 111. Ce même article additionnel de Bourbon-Lancy. Mém. Soc. Eduenne, t. VII, p. 347.

se font payer fort cher et que le poids de leurs honoraires est lourd au paysan (1).

Donc il faut des docteurs et des soins accessibles et sérieux ; le tiers état d'Auxerre dénonce les remèdes et orviétants qui se vendent dans les campagnes et demande leur interdiction (2). Le clergé de la même ville encore plus rigoureux implore des poursuites sévères exercées contre les charlatans eux-mêmes, conformément aux lois (3). Puis viennent des remarques particulières des cahiers, sur telle ou telle réforme désirable. Des infirmeries pour des prisonniers malades k établir dans les prisons des bailliages royaux font partie des desiderata d'Auxerre et de Bourg (4).

Le clergé d'Auxerre imagine de faire régler gratuitement les contestations qui s'élèvent entre les pauvres (5). Il déplore qu'aux iïtats généraux de France, les hôpitaux ne soient pas suffisamment représentés (G). Le tiers du bailliage de Chalonsur-Saône parle de l'éiablissement d'une loi de secours qui assurera, non seulement du travail aux pauvres valides et des soulagements aux pauvres infirmes, mais aussi « des emprunts faciles aux laboureurs et artisans qui manquent d'ustensiles pour travailler (7). »

Un point sur lequel tout le monde est unanime, c'est sur la nécessité de réprimer la mendicité (8) qui est devenue un mal effrayant. (9), mais l'on ne s'entend plus sur les mesures à prendre ; tandis que Bourg-en-Bresse réclame l'exécution rigoureuse des lois

(1) La communauté de Cessey-les-Vitteaux, dans son article 12, désire « qu'on remédie à la cherté des voyages et des remèdes des chirurgiens qui exigent jusqu'à la somme de vingt et trente écus pour trois ou quatre voyages ». Arch. dép. Gôte-d'Or. B- 226 « Les chirurgiens habitant dans les villes n'en sortent pas gratis », déclare Allerey. lbid. B- "254.

(2) Titre de l'Education publique, art. 8. « Que défenses soient faites à toutes personnes de vendre et distribuer dans les villes et campagnes des remèdes et orviétans, qui ruinent la santé et la bourse des peuples; que la Société royale de médecine ne puisse plus donner aucun privilège a cette fin. et que les contrevenants soient dénoncés au ministère public. » Arch. parlent., t. II, p- 123.

(3) Ait. 79. Arch. peu lent., t. II, p. 111.

(4) Auxerre, art 25. Arch. parlent., t. II, p. 121. Le cahier des 3 ordres de Bourg-en-Bresse, art. 9 et 10du ch. v, souhiite une meilleure et plus abondante fourniture de pain dans les prisons, ainsi qu'une ration de légumes, une infirmerie, un chauffoir des lits de paille et couvertures pour de* prisonniers. Arch. parlent., t. II. p. 459, 460.

(5) Art. 48. Arch. parlent., t. Il, p. 110. (ri) Art. 102, Arch. parlera., t. II, p. 111.

(7) Tiers état du bailliage de Chalon-sur-Saône, titre de l'église, art. 14.

(8) « Qu'il soit fait un règlement pour empêcher la mendicité » : Cahiers du tiers état des bailliages d'Aulun. Montcenis, Semur-en-Brionnais et Bourbon- Lanc y, art. 72. Arch. parlent., t, II, p. 107 Ment. Soc. Eduenne. VII p. 358

Cahiersdu clergé du bailliage. d'Auxois, art. 9. Arch. dép. Côte-d'Or, B3 226*. Arch. parlent., t. 2, p. 126, 127. « Supprimer la mendicité qui est un des grands lléajx des campagnes... » : Cahier de la noblesse de Chalon-^ur-Saône, art. 1 1, section IV. Arch. parlent., t. II, p. 607. Sur le même point, voir art. 8 du Cahier de doléances de la commune de Daix : Bulletin d'kist.. de littér. et d'art religieux du diocèse de Dijon, année 1907, p. 131. Cahiers du clergé du bailliage d'Autun, Ment. Soc. Eduenne, t. XIV, p- 131.

(9) On réclame aussi la suppression des ordres mendiants ou tout au moins de leurs quêtes. Allerey (bailliage de Saulieu, se plaint particulièrement des quêteurs étrangers). Arch. dép. Côte-d'Or. B5 254.

Tiers état d'Auxerre, art. 26 : Arch. parlent., t. II, p. 121. Clergé d'Auxerre. art 25. Ibid., t. II, p. 108, Tiers état de Dijon. Arch. parlent , t. III, p. 137.

concernant les mendiants (1) et que le clergé du bailliage d'Anxois continue à préconiser les maisons de correction pour les vagabonds et gens sans aveu (2), Vitteaux se plaint de ces maisons de force où l'on i raine les pauvres (3). La noblesse de Chalon-sur-Saône désire la suppression de ces «. dépôts de mendicité qui ne sont que des réceptacles de toutes les misères humaines et dont l'inutilité est démontrée par ce fait, puisque depuis qu'il yen a, la mendicité, loin de diminuer, semble encore s'être augmentée » (4) et la noblesse de la province du Bugey et Valromay, suivant les idées de Turgot, leur fait écho en demandant que pour la répression de la mendicité « l'on usât d'une loi, non de rigueur, comme celle qui existe maintenant, mais d'une loi de police et d'amour (5) ».

Sans entrer dans des détails inutiles, un point de vue plus élevé permet au clergé et au tiers de Dijon d'indiquer la nécessité d'une réglementation uniforme pour la suppression de la mendicité dans tout le royaume. Le clergé déclare que « les règlements particuliers pour les villes, et même pour les provinces, étant, par leur nature, insuffisants (6). » Enfin l'on prévoit le fléau qui a terrifié tout l'ancien régime, la famine. Le vœu de greniers d'abondance à établir dans chaque ville principale pour les cas île disette revient souvent dans les cahiers (7). La paroisse de Ricey-Bas dans le bailliage de Bar-sur- Seine, en voudrait même un dans chaque ville du royaume, capable de nourrir le peuple de son arrondissement pendant une année ou dix-huit mois (8). C'est que la ville a maintenant remplacé le monastère ancien ; c'est à elle maintenant qu'incombe le souci de nourrir les affamés.

Si nous examinons de près ces revendications, elles ne nous révèlent, en somme, rien de nouveau comme créations d'assistance : l'on se contenterait de la généralisation et

(1) Art. 32 du cahier des 3 ordres. Arch. parlent., t II, p. 461.

(2) Art. 9. Arch. dép. Côte-d'Or B2 '226*. Arch parlem., t. II, p. 126, 127. Il demande en outre des asiles pour les pauvres invalides et des ateliers rie charité pour les valides. C'est également l'avis du tiers état de Bar-sur-Seine. ait. 38. Arch. parlem., t. II, p. 259.

(3) Arch. dép. Côte-d'Or, B2 2261.

(4) Art 11, section k. Arch. parlent., t. II, p. 007.

(5) « Par laquelle (loi) les mendiants valides soient obligés à travailler, et les pauvres, les vieillards et les infirmes assurés d'être soignés et nourris dan? cet esprit de chaiité si convenable à îles chrétiens, et d'humanité si digne de la noblesse », art. 51. Arch. parlem., t II, p. 481.

aï) Section IV, § 12 Arch. parlent,, t. II, p. 127 et art. 90, ch. 1. « Qu'il sera pourvu au moyen de détruire la mendicité et que les députés demanderont anx Etats généraux des règlements exprès sur cet objet. » Arch. parlem., t. III, p. 135.

(7) Cahier de Normes, art. 4. Arch. dép. Côte-d'Or. B2. 2261; cahiers de Saint-Thibaut, lbid. Il y a certains de ces greniers établis par des seigneurs ainsi à Ecuisses (c. de Montcenis), Courtépée III, p 160

« Qu'il soit établi dans des principales villes des greniers d'abondance sous la direction des Etats provinciaux » : Tiers état d'Auxerre, art. 1 1. Arch. parlent., t. II, p 121. De même la noblesse d'Auxerre, art. 65. Elle parle de la « ville principale de chique département ». Arch. parlem., t. II, p. 1 17.

(8) « La communauté de Ricey-Bus supplie Sa Majeslé d'ordonner qu'en temps opportun, dans les années favorables, et lorsque la nation sera libérée, il sera, tous les ans, établi dans chaque ville du royaume, aux frais de la nation, des magasins de greniers publics, où l'on réunira une quantité de blé suffisante pour nourrir le peuple de son arrondissement pendant une année ou dix- huit mois ; de manière que les peuples ne soient plus désormais dans le cas d'une disette la plus grande quand ils devraient se trouver dans la plus grande abondance » : art. 66, tiers état du bailliage de Bar-sttr-Seine. Arch. parlent., t. II, p. 264.

de l'unification des institutions déjà existantes, de l'hôpital, île l'orphelinat, du bureau de charité, de l'atelier de charité, du grenier d'abondance, du chirurgien gratuit. Les ressources on va les chercher, un peu comme autrefois, dans les biens des monastères supprimés, les fonds ecclésiastiques et la dîme, dans les privilèges ou d'autres contributions ; la nouveauté, je la verrais plutôt dans l'esprit avec lequel ces institutions sont réclamées, et surtout dans la tendance d'attribuer toutes les charges et toute la direction soit aux Etats provinciaux, soit à l'Etat. C'est l'Etat qui devrait s'occuper des enfants trouvés. Ce sont les Etals qui devraient subventionner les sœurs grises, les bureaux de charité dans le cas où ils n'auraient pas de fonds suffisants, les ateliers de charité, les cours des chirurgiens accoucheurs; à eux d'indemniser les sagesfemmes ; au roi d'établir des règlements uniformes pour la répression de la mendicité et de veiller seul, ou avec les Etats, à l'établissement des greniers d'abondance. La lassitude de la diversité, du caprice, de la spontanéité, de l'autonomie des institutions charitables du moyen âge a pris la génération intellectuelle d'alors qui aspire toujours à l'uniformité comme le dix-septième siècle, mais à une uniformité non plus religieuse mais laïque, celle que va donner la Révolution. Uniformité plus apparente, en somme, que réelle; uniformité qui ne doit pas tromper non plus et sous le vernis récent de laquelle transparaissent toujours les teintes anciennes. La charité d'autrefois a fourni à l'assistance actuelle ses cadres (1) et toutes les directives qu'elle a prises et probablement peut prendre et c'est une des gloires, et non la moindre, de nos institutions d'iissistance les [tins audacieuses et les plus modernes de pouvoir facilement retrouver à leur racine la profonde volonté charitable du passé et cette générosité de nos |ières dont nous venons, pendant tant de siècles, de suivre en Bourgogne la magnifique histoire.

(1) Tous les hôpitaux et hospices aetupls de la Côte-d'Or, à l'exception de l'hospice d'AUiéf, fondée en 1875 et de celui de Labergemeut-les-Seurre, établi en 1856, (celui de Laignes, fondé en 1895 n'a fait que succéder à un ancien hôpital), sont des hôpitaux anciens ; nos bureaux de bienfaisance succèdent aux bureaux de chanté ; nos mutualités aux confréries ; notre caisse départementale de secours aux incendiés à la caisse des Etats provinciaux (après un long intervalle) ; nos médecins gratuits ont des prédécesseurs dès le quinzième siècle. Nous avons rencontré le placement à la campagne des enfants abandonnés, les orphelinat», les maternités, les fourneaux économiques, les caisses rurales, les avances pour récoltes, les prix de vertu, etc.

Et nous ne parlons pas de la charité privée dont les manifestations actuelles ont des amorces anciennes indiscutables. La semaine anglaise elle-même ne peut-elle pas se rattacher à cette superstition des habitants de Demigny « qui ne voulaient pas travailler le samedi après midi? » Courtépée, 111, p. 'ôl'l. Superstition qu'abattit lièrement l'évèque d'Autun, Philippe d'Ugny, en 1550.

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