CCCXXXII
Charte de commune accordée par le duc Hugues IV aux liabitants d'Argilly.
1234 (décembre).
Hugo, tliix Burguudie, universis présentes litteras inspectiiris, salulem. Noveritis, quod nos hominibiis manentibiis el mansuris in villa de Argilleyo, salvis reddifibusnostris, talem franchisiam dedimus et concessimus.
1. Videlicet, quod quilibet hominuni de villa illa de Argilleyo, tantummodo solvet annuatim, in festo beati Dionisii, quindecim solidos divionenses censuales (1). Et ille qui non solvet dicto die, vel in ciastino, illos quindecim solidos, solvet de emenda septem solidos nobis, vel inandato nostro (2).
2. In dicta vero villa suut viginti quinque homines, qui solvent de censia sua tantummodo annuatim, usque ad quinque solidos, et elapsis illis quinque annis, solvent nobis vel mandato nostro sicut et alii homines superius nominati.
3. Et sciendum est, quod homines de dicta villa, reddeut nobis unam corveiam annuatim ad laciendum feua nostra, et in quolibet mense, usque ad quinque annos reddent nobis unam corveiam in telaria (3) nostra, et post illos quinque annos dicti homines sunt liberi et immunes de omnibus corveiis, preterquam de corveia feuorum.
(1) La perceptiou Je l'ette redevauce était faite par les éclievius, qui recevaient 20 gros pour leur salaire. (Terrier de la ehàtellenie d'Argilly, 1459.)
(2') Cet ofûcier était le prévôt, oflicier ducal qui étendait sajuridictiou sur Ar;^illy, Bagnot, liroin, Auvillars, Glanou, Pouilly, Monlmoyeu, Ecuelles, ISraguy, Chivres, l'alleau, .Mariguy-les-ReuUée, Corberon, Mazerotie, Perruey, Corgenguux, La Barre <le Braguy, Proudevaul.x,Villy-le-Mûutier, Longvay, Villy-le-Brùlé, Cussigiiy, Quincey, Grosbois, Villebicbot, Gerland et Balon. Les deux premières de ces localités ayant reçu des franchises, cet oflicier de justice n'eut plus d'action sur leurs habitants que par l'intermédiaire des échevius. Il tenait ses jours à ArgiUy, à Baguot et au puits du Turc, situé sur le bord du grand chemin ferré à l'estrémité du tiuage de Villebicbot, entre le bois de Chanipvarm et celui de la Béguine, qui appartenait à l'abbaye de Citeaux. Il connaissait de toutes actions personnelles ; mais l'adjudication des amendes de tl3 sols appartenait au bailli de Dijou, duquel il ressortissait et par-devant lequel les parties étaient renvoyées. 11 était assisté d'un lieutenant et de deux sergents.
(3) Tuilerie.
4. Ifem in ipsa francliisia eligentur annuatim ad festum beali Joliannis Baptiste, de coramuni assensu dicte ville, quatuor lioniines.
5. Et illi quatuor electi. jurabunf fidelitatem dicte ville et hominibus ejusdem ville (1).
6. Et illi quatuor electi poterunt mutari, et alii quatuor constitui annuatim ad festum beati Joliannis Baptiste, de communi assensu dicte ville (2).
7. Homines omnes defranchisia illa se justiciabunt per illos quatuor electos : de clamore facto dictis electis persolvet duodecim denarios, ille super quem juslicia reperietur, et illi duodecim denarii erunt quatuor electorum (3).
8. Quicumque vero de pugno vel de palma percusserit, si indeclamor exierit, quinque solidos persolvet de amenda nobis vel mandato nostro. Si clamor non exierit super hoc, nihil solvet.
9. Quicumque vero sanguinem fecerit, si clamor inde exierit, etprobatus fuerit sanguis, persolvet nobis vel mandato nostro decem solidos de emenda(4). Si auleni clamor supra hoc non exierit, nichil solvet (5).
10. Prelerea de nemoribus nostris (6) concedimus habitatoribus dicte ville, quicquid opus fuerit eis ad edificandum in villa predicta, ad respectum quatuor electorum; salvis tamen nostris Ayers (7) in quibus non volumus quod aliquid capiatur (8).
11. Illi quatuor electi requirent nemus illud a preposito a nobis constituto in villa predicta (9).
12. El in nemoribus illis habebunt habitatores de Argilleyo. homines nostri, suum usagium ad nutrimentum propriorum porcorum suorum, sed solvent nobis de suis porcis justura pasnagium (10).
(1) Emprunté au § 1 de la charte de Talant. (I, 497.)
(2) Id.
(3) Reproduction du § 2 de la charte de Talant. — « Les habitants d'Argilly se doivent justicier et prendre jugement par devant les échevins comme juges ordinaires, et ont recongnoissance de tous cas et déliz fais en ladicte ville et banlieue d'icelle, excepté des trois cas de larrecin, adultère et homicide. » (Terrier de 1459.)
(4) « Sur lesquels les échevins percevront 1 sol à leur profit. » (Terrier de 1459.)
(5) Ce § et le suivant sont reproduits de l'article 3 de la charte de Talant.
(6) Il s'agit ici des bois domaniaux ; car, outre les droits spécifiés dans ce paragraphe, les habitants d'Argilly possédaient en commun d'autres bois contigus à ceux du Duc et dont ils disposaient à leur volonté, en se conformant aux usages prescrits par la coutume.
(7) Le bois des Hées.
(8) Par lettres patentes du 14 octobre 1447, le duc Philippe-le-Bon maintint les habitants d'Argilly en possession de ces droits. (Terrier de la châtelleuie, 1459.)
(9) Cf. Anciennes coutumes de Bourgogne, tit. xxiv, Bouhier, 1, 165.
(10) Dans la suite, le Duc ayant amodié la paissou de ses bois, rentrée en demeura interdite aux porcs des habitants d'Argilly, et la commune n'en retira plus d'autres avantages que de payer deux deniers d'amende pour tout porc trouvé en mésus, au lieu des 65 sols infligés pour semblable cas aux autres localités. (Sentence du gruyer de Bourgogne, du 24 août 1437. Terrier de 1459.)
13. Preterea, si aliquis hominum dicte ville forsilan caperetur scindendo fagum vel qiiercum in dictis nemoribus, nisi concederelur ei a nobis vel a maiidato nosfro, costaret ei sexat;inta qiiinqiie solides ; sed bene licet eisdem hominibus colligere roortas (1), secundum qudd opus fuerit eis ad carruas.
14. Item si aniraalia vel pecora in furefacto deprebensa fiierint, vel inventa, unumquodque animal persolvet sex denarios de emenda nobis vel mandate nostro (2), prêter oves et minute bestie ; quarum queque duos denarios persolvet, et dampnum, ad considerationem quatuor electorum, illi cui faclum fuerit, restituetur (3).
15. Sciendum est postea, quod nos justiciam latronis, adulteri, homicide (4), retinuimus nobis, eorum videlicet qui in dicta villa vel in Balliva (5) ejusdem probati fuerint vel convicti.
16. Et sciendumest,quod habitatores Argilleivendent liberepanemet vinura(6) et alla, et etiam sine contradictione quatuor electi reddent per suura sacramentum nostro preposilo Argilleii omnes emeudas perceptas in ista Bailliva ; hoc salvo, quod ipsi habebunt duodecim denarios, sicut superius est expressum (7).
17. Nos vero retinuimus famulos nostros de Argilleio (8), quos non ponimus in ista franchisia excepto Henrico dou Tertre, quem concessimus esse de franchisiaista, ad requisitionem dictorum habitatorum.
18. Retinuimus etiam homines militum et famulorum nostrorum qui sunt in justicia nostra, quos nolumus esse de franchisia predicta (9).
(1) Hootci, liens île bois flexibles pour attacher la charrue. On les utilisait aussi pour lier les gerbes eu temps de moissou.
(2) Le terrier de 1459 appelle cette amende /jerchie; c'est la même que celle dite puryije, f/eryte. (Voir I, 233 ; II, 30.)
(3) Le prévôt d'Argilly ayant préteudu lever une amende de 7 sols toutes les fois que le mésus avait motivé une plainte, les échevins et les habitants protestèrent contre celte violation de leurs privilèges et maintinrent qu'aux échevins seuls appartenait l'appréciation du dommage causé au plaignant et du moulant ue l'indemnité. En ce c[ui concernait le bétail étranger à la commune, ils le laissèrent Ubrement e.xiger son amende. (Terrier de 14b9.)
(4) Imité du dernier § de la charte de Talant.
(3) Traduit dans le terrier de 1459 par le mot bâliz.
(6) Voir sur le commerce du pain et du vin le § 10 de la charte de Dijon (I, 7).
(7) Continné par le terrier de 1459.
(8) Parmi ces familiers ou serviteurs figuraient l'ancien maire , naguère chargé d'administrer le domaine seigneurial, de percevoir les tailles, les redevances et de gouverner les habitants. Cet officier subalterne jouissait à ce titre d'un petit fief héréditaire qu'on nommait la mairie, et dont chaque nouveau titulaire faisait hommage au duc de Bourgogne. Leur autorité, déjà bien restreinte par l'institution du prévôt qui, pour ArgiUy, remonte au Xl« siècle, disparut tout-à-fait lors de la création de l'échevinage. 11 n'en resta d'autre souvenir que la perception de 1 sol sur toutes les amendes de 7 sols adjugées par le prévôt.
(9) Le Duc, comme nous l'avons déjà dit, n'avait, malgré toute sa puissance, aucune action directe sur les hommes des seigneurs ou des églises.
19. Item dicti quatuor electi possunt retinere omnes venientes de foris in franchisiam istam, salvo jure alterius, et dabunt eis mansum idoueum, sine prejudicio alterius (1).
20. Preterea de unoquoque homine de foris veniente in iilam franchisiam, habebit dictus prepositus très solidos, et dicti electi duodecim denarios (2).
21. Etsciendum est, quod omnes habitatores predicti debent nobis chevauchias et exercitus, sicut communia Divionensis (3).
22. Preterea omnis querela placiti, que coram dictis electis, vel coram dicto preposito ventilabitur, infra annum quo orta fuerit, débet pace et judicio terminari (4).
23. Et pro istis constitutionibus volumus diclos homines nostros de franchisia ista, in bona pace libères custodiri et morari.
Quod ut ralum sit, presentibus litieris sigillum nostrum apposuimus. Actum est hoc anno Domini millésime ducenlesimo tricesimo quarto, mense decembri.
Archives de la Côte-d'Or. Chambre des Comptes de Dijon. Grand carlulaire féodal, B 10423, f°123. — Imprimé dans Pérard, page 436.