VILLE DE CHATILLON
La ville de Cliàliilon, aujourd'hui chef-lieu d'un des arrondissements de la Côle-d'Or, et avant la Révolution, siège principal du bailliage de la Montagne, fut, dès l'origine et jusqu'en 1637, divisée en deux parties, ayant chacune son enceinte, son territoire propre, en un mot parfaitement distinctes l'une de l'auti'e.
La portion la plus ancienne et la ]ilus considéi'able, appelée le Bourg, située sur la rive droite de la Seine et au pied de la montagne que domine l'église Sainl-Vorle, appartenait à l'évoque de Langres; tandis que Chaii»w)>t, située sur l'autre rive, relevait directement du duc de Bourgogne. En outre, l'abbaye Notre-Dame de Châtillon, fondée au XII" siècle dans la vallée, entre les deux villes, constituait avec son vaste enclos une troisième seigneurie, sous la suzeraineté du duc.
Ce prince possédait Chaumont seul et en toute souveraineté.
L'évèque de Langres, que les titres les plus anciens désignent comme seigneur du Bourg, ayant été contraint, par la nécessité d'assurer cette possession éloignée de sa ville épiscopale contre les usurpations des seigneurs, d'abandonner une partie de ses droits au duc de Bourgogne (1); celui-ci était ainsi devenu co-seigneur du Bourg, sous la condition toutefois de faire hommage et de reconnaître la suzeraineté de l'évèque: Condition bien précaire, car, devenus ainsi seigneurs de la presque totalité de Châtillon, les ducs, auxquels la libre disposition de cette place fi-onliôre de leurs états imporlail beaucoup, mirent tout en œuvre pour se secouer de cette obligation féodale. Il ne fallut rien moins que l'intervention des rois de France (2) et l'irrésistible puissance du Sainî-Siége pour arrêter des entreprises 'qui, jusqu'à la fin du XIII' siècle, se renouvelaient presque à chaque règne ou ;\ tous changements de prélats. Peu à peu, le pouvoir de ces princes s'étant à la fois dégagé des liens où l'enserraient le baronage et le clergé, son influence, secondée par le bailli de la Montagne, institution nouvelle, devint prépondérante à Châtillon. Aussi, tout en conservant les apparences d'une suzeraineté qui allait chaque jour s'affaiblissant davantage, l'évèque de Langres n'eut bientôt plus à Châtillon que des redevances à percevoir et une juridiction que les officiers de son puissant vassal ne respectaient pas toujours.
(1) La première concession de ce Renre date de 973. Elle fui faite par Waldric, évoque de Langres, à Henri, comte puis duc de Bourgogne. (Cartulaire de l>angres.)
(2) Jugemeut rendu par le roi Louis VII, à Moret, en H53, contre Eudes II, duc de Bourgogne, confirmé en 1158 jiar le pape Adriou IV. (Imprioié dans ['Histoire de Bourgogne, de dom Plancher, I, preuves, p. 48 et 50.)
Mais, avant d'en arriver là, celle communauté de seigneurie et les conflits qui en surgissaient nécessitèrent plus d'une transaction pour régler les droits respectifs de chacune des parties, principalement en ce qui concernait la justice, l'établissement des étrangers et les formariages très fréquents entre les habitants du Boui'g et de Chaumont, ou de chacun d'eux avec les hommes de l'abbaye.
Ces actes, d'un grand intérêt pour l'histoire de la condition des personnes, furent le prélude des tentatives plus sérieuses qu'à deux i-eprises différentes le duc Eudes III, en 1208, et son fils Hugues IV^, en 1233, essayèrent pour constituer une commune à Chàtiilon. Malheureusement les évêques de Langres, aussi hostiles, par système, aux libertés communales que ces deux princes leur étaient sympathiques, s'y opposèrent toujours énergiquement et n'hésitèrent jamais pour faire prévaloir leur opinion, à recourir aux armes spirituelles que l'autorité du Saint-Siège mettait entre leurs mains. C'est pourquoi nous n'avons pas hésité à comprendre les uns et les autres parmi les pièces justificatives de l'histoire municipale de Chàtiilon.